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	<title>Figures - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>Figures - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Feb 2025 10:51:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En hommage à Martin Aurell, grand médiéviste mort subitement à son domicile dans la nuit du 7 au 8 février, nous publions l’un des nombreux entretiens qu’il nous a accordés.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/martin-aurell-rejoint-alienor-daquitaine/">Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>En hommage à Martin Aurell, grand médiéviste mort subitement à son domicile dans la nuit du 7 au 8 février, nous publions l’un des nombreux entretiens qu’il nous a accordés.</em></p>



<p>Professeur d’histoire du Moyen Âge à l’université de Poitiers depuis 1994, au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale qu’il a dirigé de 2016 à 2022, Martin Aurell était un spécialiste des pouvoirs, de la société et de la culture de l’empire Plantagenêt et en Méditerranée occidentale.</p>



<p>Son dernier ouvrage paru est consacré à <em>Aliénor d’Aquitaine. Souveraine femme</em> (coll. «Grandes Biographies», Flammarion, 2024), une somme d’érudition qui se lit comme un roman. Le personnage s’y prête mais, surtout, l’historien apportait un soin tout particulier à l’écriture. L’appareil critique est considérable, notamment parce qu’il intègre l’historiographie britannique&nbsp;: «Aliénor, aquitaine de naissance et reine de France, mais aussi reine d’Angleterre, où elle a vécu plus d’années que sur le continent, se trouve à la croisée de deux longues traditions nationales et scientifiques dont il importe de comprendre et d’exploiter les caractéristiques propres. Combiner la méthode anglaise, issue de l’empirisme, à la française, redevable du rationalisme, ne peut qu’aboutir à un résultat équilibré.»</p>



<p>C’était toujours un plaisir de s’entretenir avec cet homme d’une rare élégance, au verbe clair, précis, bienveillant, dont l’immense savoir n’avait rien d’écrasant, au contraire il agissait comme un stimulant.</p>



<p>Nous avons publié cet entretien dans <em>L’Actualité</em> n° 111, en janvier 2016, au moment de la fusion des régions Poitou-Charentes, Limousin et Aquitaine en Nouvelle-Aquitaine.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="808" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2.jpeg" alt class="wp-image-38597" style="width:507px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2.jpeg 808w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-237x300.jpeg 237w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-768x973.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-650x824.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-150x190.jpeg 150w" sizes="(max-width: 808px) 100vw, 808px"><figcaption class="wp-element-caption">Martin Aurell en 2002 quand il publie <em>L’Empire des Plantagenêt (1154–1224)</em>. Photo Mytilus.</figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>La grande Aquitaine d’Aliénor</strong></h2>



<p><strong>Entretien Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p><strong>L’Actualité. – Peut-on trouver un ancrage historique à cette grande Aquitaine qui, en 2016, résulte de la fusion avec le Poitou-Charentes et le Limousin&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p><strong>Martin Aurell. –</strong> Une grande Aquitaine correspond à peu près à l’actuelle région, c’est le royaume d’Aquitaine créé par Charlemagne pour son fils Louis le Pieux. La géographie de cette nouvelle région ne me semble pas absurde, à part le fait qu’il n’y ait pas la Vendée qui, historiquement, fait partie du Poitou.</p>



<p>Il serait vain de chercher à établir un déterminisme géographique car les territoires sont toujours des constructions politiques et culturelles, mais on peut faire remonter la structure connue au Moyen Âge jusqu’aux tribus gauloises, via les Romains qui respectaient assez bien le tissu local conquis afin de mieux le gouverner.</p>



<p><strong>Ce territoire correspond aussi à celui de Guillaume IX le Troubadour, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine, qui cherche à étendre son domaine et qu’il a parfois du mal à maîtriser…</strong><strong></strong></p>



<p>Guillaume IX veut le comté de Toulouse pour avoir un accès à la mer Méditerranée. En 1094, il se marie à Philippa, fille du comte de Toulouse, puis il conquiert la ville en 1098 et s’y installe afin de faire valoir ses droits sur la ville et le comté, qu’il perdra une dizaine d’années plus tard.</p>



<p>Peu de temps après son mariage avec Aliénor d’Aquitaine et sans doute poussé par elle, Louis VII fait une campagne contre Toulouse&nbsp;: un échec. Et quand elle est mariée à Henri II Plantagenêt, celui-ci lance à son tour une campagne contre Toulouse, en 1159, tentative d’expansion qui se soldera par l’annexion du Quercy.</p>



<p>Au nord de l’Aquitaine, la querelle très ancienne et viscérale avec l’Anjou s’éteint par le mariage d’Aliénor avec Henri II qui est comte d’Anjou.</p>



<p>En revanche en Aquitaine, les sires sont très indépendants, prompts à prendre les armes pour se révolter contre le duc. Au sud de la Garonne, le territoire est morcelé en une multitude de vicomtés, de sorte que les ducs d’Aquitaine ont maille à partir avec l’aristocratie gasconne qui est difficile à maîtriser parce qu’elle est habituée à fonctionner de façon autonome dans ses seigneuries, dans ses principautés territoriales.</p>



<p>En Poitou, le pouvoir de quelques grandes familles est presque équivalent à celui des ducs d’Aquitaine&nbsp;: les Lusignan qui deviendront rois de Jérusalem, de Chypre et d’Arménie, les Parthenay l’Archevêque (leur nom garde la trace d’un ancêtre qui fut archevêque de Bordeaux), les très puissants vicomtes de Thouars, les vicomtes de Châtellerault, les Taillefer d’Angoulême dont une fille, Isabelle, deviendra reine d’Angleterre en épousant Jean sans Terre (1200). Dans la grande révolte de 1242 contre Alphonse de Poitiers, Henri III d’Angleterre, qui est le fils d’Isabelle d’Angoulême, est allié aux Lusignan. Entre l’Angleterre et la France, les sires poitevins sont habiles parce qu’ils savent jouer sur les deux tableaux. Pour obtenir davantage de marges de manœuvre, de liberté ou de moyens, ils peuvent passer des alliances avec le roi d’Angleterre pour se battre contre le roi de France, puis faire l’inverse. Ils y gagneront une mauvaise réputation. Au Moyen Âge, on associe souvent les Poitevins aux traîtres à cause de ce côté changeant qui est la logique politique de l’aristocratie locale.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" width="1024" height="582" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2.jpg" alt class="wp-image-38599" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-300x171.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-768x437.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-650x369.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-150x85.jpg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Détail du grand vitrail de la Crucifixion de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers (XII<sup>e</sup> siècle). Aliénor et Henri II Plantagenêt sont agenouillés, offrant un vitrail. Les quatre fils sont représentés de part et d’autre. Photo Christian Vignaud.</figcaption></figure>
</div>


<p><strong>Les seigneurs poitevins jouent-ils des alliances France-Angleterre jusqu’à la fin du Moyen Âge&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p>Au contraire, le Poitou est très loyaliste vis-à-vis des Valois pendant la guerre de Cent Ans. Quand Paris est occupée par les Anglais, l’université vient se réfugier à Poitiers. Jean de Berry reconquiert Poitiers et son petit-neveu Charles VII s’y installera plus tard. Finalement, c’est toute la vallée de la Loire qui fait preuve d’une grande fidélité au roi de France. Le Poitou subira les conséquences de la guerre de Cent Ans de façon terrible par la présence des routiers – des mercenaires – et par la bataille de Nouaillé-Maupertuis en 1356 où le roi Jean le Bon est fait prisonnier par le Prince Noir dont les troupes remontaient du sud. Ainsi, par rapport à la Gascogne, le Poitou bascule définitivement du côté de la France à partir du <span class="smallcaps">xiv</span><sup>e </sup>siècle.&nbsp;</p>



<p><strong>Lorsque l’Aquitaine est intégrée à la couronne d’Angleterre, comment le duc affirme-t-il son pouvoir&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p>En 1154, Henri II devient roi d’Angleterre et sa femme Aliénor d’Aquitaine, reine. Henri II a essayé de contrôler étroitement le duché de son épouse, mais cela a fini mal pour lui&nbsp;: la grande révolte de 1173 menée par Aliénor et ses fils. Les moyens d’action du duc sur le Poitou sont toutefois peu efficaces. Il essaie d’installer quelques Anglo-Normands aux postes de pouvoir, mais sans beaucoup de succès car la noblesse locale et les communes réclament d’être aux affaires.</p>



<p><strong>Quand on évoque l’Aquitaine, c’est souvent Aliénor qui est citée. Comment expliquer cela&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p>Depuis le <span class="smallcaps">xvii</span><sup>e </sup>et le <span class="smallcaps">xviii</span><sup>e </sup>siècle, Aliénor fait l’objet de romans qui profitent surtout de sa mauvaise réputation – tout à fait infondée – qui en fait un personnage sulfureux. Dernièrement, il y eu quelques romans dont un exceptionnel, à mon avis, celui de Clara Dupont-Monod, <em>Le Roi disait que j’étais diable</em> (Grasset &amp; Fasquelle, 2014). C’est un travail littéraire d’analyse psychologique fictive mais l’auteur a mis un point d’honneur à respecter ce que l’on sait d’Aliénor d’après les dernières recherches. Par exemple, elle ne la présente pas comme succombant au charme de son oncle Raymond d’Antioche, ni a aucun autre tentation d’adultère du reste. C’est romancé, je n’en conseillerais pas la lecture à mes étudiants comme livre d’histoire, mais c’est un grand roman, ne serait-ce que par son travail sur la langue, et le jury du Goncourt qui l’a placé parmi ses finalistes ne s’y est pas trompé.</p>



<p><strong>Donc si on associe aussi facilement Aliénor à l’Aquitaine c’est parce qu’elle est romanesque&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p>Aliénor hérite de l’Aquitaine et l’apporte à son mari. C’est, d’une certaine façon, sa dot. D’autre part, sa vie est effectivement romanesque. Aliénor est allée à la croisade, elle a parcouru une grande partie de l’Occident notamment pour réunir la rançon de Richard lorsque celui-ce était tenu en captivité par l’empereur du Saint-Empire. C’est une grande dame&nbsp;!</p>



<p>Au <span class="smallcaps">xix</span><sup>e </sup>siècle, dans l’historiographie bourgeoise qui met en avant l’émancipation urbaine, elle est liée aux communes libres. Le grand vitrail de la mairie de Poitiers (commandé en 1874) met en scène Aliénor en train d’accorder les libertés aux Poitevins.</p>



<p>Rien que d’avoir été successivement reine de France puis reine d’Angleterre, c’est fascinant. Elle a eu des enfants comme Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre dont tout le monde a entendu parler. Si l’on cherche une femme importante au Moyen Âge, à part Jeanne d’Arc, je ne vois personne qui soit aussi connue, aussi forte, aussi rayonnante qu’Aliénor d’Aquitaine.</p>



<p><strong>Que retenir de l’action d’Aliénor en Aquitaine&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p>Qu’aussi faible soit sa marge de manœuvre, une femme, même dans une société traditionnelle comme la médiévale, peut toujours s’affirmer, voire s’émanciper, y compris en politique.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/martin-aurell-rejoint-alienor-daquitaine/">Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<item>
		<title>Maurice Houvion – La perche des champions</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Aug 2024 19:05:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Témoignage de Maurice Houvion, grand perchiste devenu entraîneur national qui mena Jean Galfione jusqu’à la médaille d’or aux JO d’Atlanta en 1996.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/maurice-houvion-la-perche-des-champions/">Maurice Houvion – La perche des champions</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Témoignage de Maurice Houvion, grand perchiste devenu entraîneur national qui mena Jean Galfione jusqu’à la médaille d’or aux JO d’Atlanta en 1996.</em></p>



<p><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p>Dans <em>Le corps en mouvement</em>, notre édition placée «dans l’élan de Georges Vigarello», l’historien raconte les grandes étapes de ses recherches sur le corps, un travail de pionnier qui a complètement renouvelé cette thématique.</p>



<p>Il évoque aussi son passé sportif, les entraînements, la compétition, ce qu’il faut savoir encaisser – «Le sport, c’est apprendre à perdre» – mais aussi comment sauter à la perche ou mener une course de haies sans risquer de tomber&nbsp;: «J’ai compris en dehors des mots de l’entraîneur, qu’il fallait vraiment sauter qu’il fallait aller loin.»</p>



<p>Pour comprendre un sport que l’on n’a jamais pratiqué, il faut trouver les mots qui transmettent à la fois les explications techniques et les sensations. Lors des Jeux Olympiques, c’est ce qui manque parfois dans les commentaires télévisés d’anciens champions qui sont malgré tout précieux et incarnés. Surtout lorsque l’on a lu chez un ami ancien perchiste – Alain Pontabry, notamment champion de France Ufolep en 1966 (saut à 4 m) –, tout en suivant les compétitions, le livre d’entretiens menés par Stéphane Ghazarian et Marc Ventouillac avec Maurice Houvion, meilleur perchiste de sa génération et entraîneur de champions dont le plus célèbre est Jean Galfione, médaille d’or au JO d’Atlanta en 1996 (saut à 5,92 m).</p>



<p>Maurice Houvion a toujours voulu être champion, avec acharnement et abnégation. D’abord champion des Vosges où il est né en 1934. Il raconte ses déboires dans la course à pied puis le cyclisme jusqu’à la découverte du saut à la perche, sport peu pratiqué à l’époque donc peu concurrentiel. Avant ses 18 ans, il devient champion de Lorraine avec 2,90 m et, précise-t-il, «sans jamais avoir sauté auparavant».</p>



<p>C’est le début d’une longue carrière, jusque chez les vétérans à partir de 1977 à Göteborg où il devient champion du monde des vétérans (4,50 m).</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Techniques de base du saut à la perche</strong></h4>



<p>Voici comment Maurice Houvion résume les fondamentaux d’un saut à la perche&nbsp;: «Il s’agit dans un premier temps de courir de plus en plus vite pour donner de l’énergie. Il faut arriver dans le butoir avec le maximum d’énergie que tu vas placer dans la flexion de la perche. Après tu deviens un gymnaste qui doit récupérer une grande partie de l’énergie pour aller le plus haut possible.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>«Recordman du monde à 500 mètres sous terre»</strong></h4>



<p>Sous les drapeaux, il participe aux championnats du monde militaires en Norvège. <br>Après son service militaire, il trouve un job de prof de français, maths et sport dans un centre d’apprentissage des mines de fer Lorraine-Escaut. Il s’entraîne seul, sous le regard de sa femme. «Comme je n’avais pas de salle pour m’entraîner, quand l’hiver arrivait, je ne pouvais pas sauter. Mais en tant qu’international, j’ai fini par être connu dans le coin. Aussi, un jour, le directeur de la mine m’a proposé une idée saugrenue&nbsp;: aménager un sautoir au fond de la mine. […] C’était situé à 500 mètres sous terre. Ce qui me fait dire que je reste probablement le recordman du monde à 500 mètres sous terre.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Recycler des sièges de voiture</strong></h4>



<p>Pas d’argent qui circule à cette époque, ou si peu. Les athlètes récoltent des prix en nature. Maurice Houvion a gagné des bouteilles de vin, des produits régionaux, et même son poids en huîtres&nbsp;! C’est pourquoi il a pratiqué avec succès le système D. <br>«J’ai probablement eu le premier sautoir en mousse. En France, tout du moins. Un jour, je suis allé disputer une compétition à Strasbourg – j’avais essayé de battre le record de France mais je n’y étais pas parvenu – et après, je suis allé manger avec un chef d’entreprise qui fabriquait des sièges de voiture. Il m’a raconté qu’il avait de gros problèmes parce qu’il était obligé de brûler les sièges de voiture qui avaient des défauts et que ça lui causait des soucis avec les gens alentours. Ça a fait tilt dans ma tête&nbsp;: au lieu de les brûler, je lui ai proposé de me les donner pour que j’en fasse un sautoir. “Vous plaisantez&nbsp;?” m’a‑t-il dit&nbsp;? “Non. Au lieu de tomber dans le sable, tomber sur des sièges de voiture, ce sera fabuleux&nbsp;”. Comme j’avais une autre compétition à Strasbourg quinze jours plus tard, il a décidé de me préparer un sautoir avec des sièges de voiture. Il l’a fait et j’ai pulvérisé le record de France&nbsp;: 4,72 m.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Bubka&nbsp;: pourquoi ne pas battre un record du monde</strong></h4>



<p>L’argent ne coule pas à flots dans le monde de la perche mais les primes augmentent progressivement et, en plus, Maurice Houvion sait trouver des partenaires financiers, ce qui suscite des jalousies dans d’autres fédérations d’athlétisme. À ce propos, il affirme que Sergueï Bubka avait la réputation de négocier ses records du monde. Mais l’argent n’était une motivation suffisante. Maurice Houvion était aux championnats du monde à Athènes en 1997. Bubka saute à 6,02 m. Il pourrait tenter de battre un record du monde, avec 80 000 dollars à empocher. Non, il ne tente pas. «J’en ai discuté après et il me disait que, pour battre un record du monde, il mettait tout ce qu’il avait pour passer. Il était capable de se concentrer suffisamment pour exploser, mais que sur un seul saut&nbsp;! Après il ne pouvait plus. Il s’épuisait en un seul saut.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>D’agent publicitaire de <em>L’Est républicain</em> à entraîneur national</strong></h4>



<p>En 1963, Maurice Houvion est le deuxième perchiste européen avec 4,87 m. Il est sélectionné pour les JO de Tokyo en 1964, sans résultat à cause d’une blessure. Robert Bobin, le DTN (directeur technique national), le veut comme entraîneur national. Il refuse pendant deux ans durant lesquels il gagne très bien sa vie comme agent publicitaire de <em>L’Est républicain</em>, mais ça ne suffit pas. Finalement, sa femme insiste, il accepte ce poste qui lui paraît au-dessus de ses possibilités (de 1966 à 2000).</p>



<p>«Lorsque je suis devenu entraîneur national, je me suis posé des questions, je me suis demandé ce qu’il fallait faire pour redonner un peu de punch à la discipline. […] Il y avait une chose absolument indispensable, c’est que tout le monde parle le même langage. Il fallait d’abord que je m’impose comme entraîneur. J’avais été nommé parce que j’étais un ancien perchiste, mais il fallait que je montre que j’étais capable d’entraîner. J’avais aussi pour objectif de redonner de l’importance aux entraîneurs parce que c’est d’eux que tout partait. J’ai beaucoup réfléchi, j’ai travaillé. J’ai fait probablement la meilleure formation d’entraîneur national qui soit&nbsp;: j’ai décidé d’écrire un livre. Pour faire le bouquin, j’allais à la bibliothèque de l’Insep. Tout mon temps libre, je le passais là-bas. J’ai lu tout ce qu’il y avait à lire sur le saut à la perche. […] J’avais aussi mon expérience personnelle. C’est comme ça que j’ai écrit ce livre qui m’a permis d’avoir des idées plus claires. Au ministère, ils ont été étonnés qu’un mec comme moi rédige un bouquin, mais ça m’a permis de m’imposer comme entraîneur. L’objectif, c’était de mettre à la portée de tous les coachs des éléments pour pouvoir entraîner.» Et de préciser&nbsp;: «Rien n’est plus terrible que les bagarres techniques entre techniciens.»</p>



<p>Très dynamique, il mobilise toutes les énergies pour constituer un «groupe perche» solide, notamment en organisant chaque année des assises de la perche, avec le soutien indéfectible de Daniel Draux, patron de DimaSport, mais aussi en portant la pratique hors des stades lors d’événements organisés un peu partout en France. Mémorable show sous la Tour Eiffel avec les meilleurs perchistes internationaux du moment, en direct dans le journal télévisé de 13h présenté par Yves Mourousi&nbsp;!</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Jean Galfione aux JO d’Atlanta</strong></h4>



<p>Jean Galfione a 15 ans quand il rencontre Maurice Houvion qui jouit d’une excellente réputation. Il a entraîné des champions internationaux comme Hervé d’Encausse, François Tracanelli, son fils Philippe (record du monde en 1980 à 5,77 m).</p>



<p>Dans la préface du livre d’entretiens, Jean Galfione écrit&nbsp;: «Maurice, en quelques mots, quelques conseils et regards, m’a tout d’abord transmis la passion pour le saut à la perche, et, peu à peu, séance après séance, je suis devenu un champion, dans un premier temps de ma propre estime, puis de mon club, de ma ville, de mon pays et même du monde, pour finir champion olympique. Maurice ne m’a pas seulement permis de croire en moi et en mes capacités, mais surtout de croire en l’impossible et de me sentir à ma place parmi les meilleurs.»</p>



<p>Dix ans après cette rencontre et un beau palmarès, Jean Galfione est médaille d’or aux JO d’Atlanta. Pour éviter les sollicitations dans le village olympique, Maurice Houvion raconte qu’ils partent seulement deux jours avant l’épreuve de la perche, et pour se préparer au décalage horaire, ils vivent à Paris dans le fuseau horaire d’Atlanta.<br>Bubka ne saute pas à cause d’un problème de tendons. Une place à prendre&nbsp;!<br>«On était serein, on avait vraiment l’impression d’avoir fait tout ce qu’il fallait pour être le meilleur possible. Ce qui fait qu’on ne se posait pas de questions. Jean, je lui avais dit essentiellement&nbsp;: “Fais-toi plaisir. Tu vas faire la finale des Jeux pour ton plaisir. Ne t’occupe pas de ce que les gens vont penser, mais pense surtout au plaisir que tu vas avoir.”»&nbsp;</p>



<p>Jean Galfione passe 5,92 m et devient champion olympique.<br>«J’étais tellement heureux que je n’ai pas assisté au podium, avoue Maurice Houvion. J’étais caché derrière un pilier et je pleurais. […] J’avais besoin d’être seul. C’était un genre de dépression. Une dépression qui ne dure pas. Avec le titre olympique, tu réalises un rêve. Fabuleux. […]&nbsp;Dans ma carrière, j’ai subi un maximum d’échecs, plus que de succès, mais ce titre reste le moment suprême.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>«Le saut à la perche féminin n’est pas à son niveau»</strong></h4>



<p>Les années 1980 voient l’arrivée de la perche féminine dont Maurice Houvion est un promoteur. Il a notamment entraîné Caroline Ammel, championne de France en 2000 (4,30 m) qui a participé aux JO de Sydney. «Le saut à la perche féminin n’est pas à son niveau», dit-il avec regret en comparant le parcours de deux athlètes d’exception. Sergueï Bubka fut le premier à franchir les 6 m, performance qui semblait inaccessible. Ainsi, il a «dédramatisé&nbsp;la perche».<br><br>Yelena Isinbayeva&nbsp;est championne olympique en 2004 à Athènes, en 2008 à Pékin, recordwoman du monde en 2009 à 5,06 m mais, depuis quinze ans, aucune perchiste n’a fait mieux.<br>«Je trouve que les filles ne sautent pas aussi haut qu’elles le devraient, se lamente Maurice Houvion. Comment l’expliquer, je ne sais pas. Elles n’ont pas leur Bubka&nbsp;! Il y a eu Yelena Isinbayeva qui travaillait avec un vieil entraîneur, elle était sa seule athlète comme Nordwig. Il la connaissait bien, elle courait bien, elle était dynamique… mais elle s’est prise d’amitié avec Bubka et est allée rejoindre en Italie, à Formia, Vitaly Petrov qui était jadis son entraîneur. Il a commencé à l’entraîner, mais, à mon avis, Petrov a détruit Isinbayeva. Parce qu’il l’a préparée et fait sauter comme Bubka. Et Isinbayeva, ce n’était pas Bubka. Elle avait de la fluidité, mais Bubka c’était la force, un monstre physique. Isinbayeva, non. Elle courait comme Bubka mais avait perdu sa fluidité. Elle a stagné, ses records n’ont pas bougé, jusqu’à ce qu’elle reparte chez elle où elle a retrouvé son vieil entraîneur et un peu de fluidité. Mais c’était quand même tard.»</p>



<p>Pourquoi cette stagnation&nbsp;? «Parce qu’il n’y a pas quelqu’un qui survole la perche féminine. […]&nbsp;Elles sont dans l’attente d’un Bubka qui va les libérer. Et là, ça va monter. Je le répète, un jour les femmes sauteront 5,20 m, 5,30 m, 5,40 m. Il n’y a aucune raison pour ne pas réussir ça. Mais on n’en est pas là parce que c’est quelque chose qui, à leur niveau, est impensable. Elles pensent que c’est impossible.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Duplantis est un artiste</strong></h4>



<p>Le perchiste qui a le plus impressionné Maurice Houvion, c’est Bubka&nbsp;: «Pour moi, c’est le grand perchiste de tous les temps.» Admiration pas encore entamée par un nouveau prodige, le «fabuleux» Armand Duplantis – 6,25 m aux JO de Paris 2024 – «perchiste né» qui semble appartenir à un autre monde&nbsp;: «Duplantis a fait mieux, mais lui, c’est un artiste&nbsp;!»</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<ul class="wp-block-list">
<li><em>Maurice Houvion. La passion et l’amitié</em>, de Stéphane Ghazarian et Marc Ventouillac, Publibook, 144 p., 2024, 14,50 €.</li>



<li>Voir également sur le site de l’INA : <a href="https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/vdd08004086/souvenirs-de-maurice-houvion" title>Maurice Houvion évoque ses souvenirs des Jeux Olympiques de Tokyo (1964) à Sydney (2000)</a>, INA 2004.</li>
</ul>
</blockquote>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="MÉMOIRE D'ENTRAINEUR - MAURICE HOUVION - Athlétisme" width="650" height="366" src="https://www.youtube.com/embed/cLRo7mzCzj4?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
</div><figcaption class="wp-element-caption">«Mémoire d’entraîneur – Maurice Houvion», film de Julien Faraut, Insep 2004.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-137-le-corps-en-mouvement/"><img loading="lazy" decoding="async" width="783" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/08/couv-actu-137-net.jpg" alt class="wp-image-38213" style="width:399px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/08/couv-actu-137-net.jpg 783w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/08/couv-actu-137-net-229x300.jpg 229w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/08/couv-actu-137-net-768x1004.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/08/couv-actu-137-net-650x850.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/08/couv-actu-137-net-150x196.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 783px) 100vw, 783px"></a></figure><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/maurice-houvion-la-perche-des-champions/">Maurice Houvion – La perche des champions</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Du livre aux moutons</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Apr 2024 12:01:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dominique Taurisson-Mouret est ingénieure de recherche au CNRS, associée à l’Unité mixte de recherche Géolab (université de Limoges). Elle raconte son parcours de la chimie à la géographie.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dominique Taurisson-Mouret est ingénieure de recherche au CNRS, associée à l’Unité mixte de recherche Géolab (université de Limoges). Elle raconte son parcours de la chimie à la géographie.</p>



<p><strong>Par Louis Tissot, Clément Mommessin et Andrei Cherkasov</strong></p>



<p>«&nbsp;À l’époque, je ne voyais pas très bien ce que je pouvais faire en recherche. J’étais incertaine, comme beaucoup d’étudiants&nbsp;», se remémore Dominique Taurisson-Mouret. Cette affirmation peut paraître surprenante tant son parcours est marqué par la recherche académique.</p>



<p>Tout commence… par deux années en faculté de chimie à l’université de Limoges, puis Dominique Taurisson-Mouret décide de se réorienter en histoire car elle se rend compte que la chimie est pour elle «&nbsp;très très ennuyeuse&nbsp;». Elle effectue alors cinq années d’études dans sa région natale, obtient son diplôme d’études approfondies (DEA), qui est l’équivalent du master actuel, et commence une thèse en histoire médiévale. Cependant, n’étant pas certaine de vouloir être enseignante-chercheuse, elle décide de se réorienter vers les métiers du livre, et passe avec succès le concours de bibliothécaire en livres anciens.</p>



<p>Sa carrière professionnelle débute à Limoges et se poursuit dans le sud de la France, à Nîmes. Malgré son épanouissement – «&nbsp;je pouvais lire tous les livres que j’avais envie de lire&nbsp;» – elle estime que les horizons de la fonction restent limités.</p>



<p>Un nouveau changement de voie est donc nécessaire&nbsp;: «&nbsp;J’ai passé le concours CNRS parce que je me suis aperçue qu’il n’y avait que la recherche qui m’intéressait.&nbsp;» Ainsi, après avoir réussi ce concours, elle devient ingénieure de recherche au Centre national de recherche scientifique où elle effectue de l’accompagnement à la recherche et des recherches en Histoire.</p>



<p>Son premier poste est au Centre d’étude du <span class="smallcaps">xviii</span><sup>e</sup> siècle à Montpellier où elle débute ses travaux historiques sur&nbsp; «&nbsp;l’emprise française&nbsp;» dans le monde, plus spécifiquement en Russie et dans les pays de l’Est.</p>



<p>Après quelques années dans l’Hérault, elle rejoint les bords de la Méditerranée et l’Unité mixte de recherche (UMR) sociologie, histoire, anthropologie des dynamiques culturelles (Shadyc) qui est devenue le Centre Norbert Elias. Au sein de ce laboratoire marseillais, elle croise son approche historique avec des chercheurs et chercheuses de disciplines variées (sociologie, anthropologie, etc.). Cette ouverture suscite un intérêt particulier chez elle et sera le fil rouge de la suite de sa carrière.</p>



<p>En effet, après la cité phocéenne, c’est à Montpellier qu’elle retourne confronter son approche historique à une autre discipline en rejoignant l’UMR Dynamiques du droit. Les dix années passées avec des juristes et historiens-juristes lui permettent d’aborder une nouvelle approche, cette fois-ci juridique, dans ses recherches en histoire.</p>



<p>Puis, l’envie de rentrer au pays se fait sentir. C’est à Limoges qu’elle décide de continuer son parcours en rejoignant Géolab. Ainsi en retournant sur ces terres d’origine, cela lui permet de confronter encore une fois son approche historique à une nouvelle discipline : la géographie !</p>



<p>La carrière de Dominique Taurisson-Mouret est ponctuée par différentes étapes dans plusieurs villes. Le cœur de sa recherche est une approche historique nourrie, au fil du temps, par des disciplines variées. «&nbsp;Je n’ai jamais travaillé dans un laboratoire où l’histoire était la dominante&nbsp;», ce qui résume parfaitement son parcours «&nbsp;assez tortueux&nbsp;».</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/du-livre-aux-moutons/">Du livre aux moutons</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Rémy Pénard – Du mail art au «Stampoem»</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Mar 2024 10:02:33 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mail artist et fondateur du «stampoem». Portrait d’un artiste hors cadre et poète agité de la terre limougeaude. L’octogénaire Rémy Pénard nous vient tout droit de l’usine à l’instar de l’écrivain Joseph Ponthus.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Mail artist et fondateur du « stampoem ». Portrait d’un artiste hors cadre et poète agité de la terre limougeaude. L’octogénaire Rémy Pénard nous vient tout droit de l’usine à l’instar de l’écrivain Joseph Ponthus.</em></p>



<p><strong>Par&nbsp;Lauren Caujolle, Maxime Gelineau Coste, Jean Erian Samson, Assanatou Sanfo</strong></p>



<p>«&nbsp;T’as qu’à dessiner.&nbsp;» C’est ce qu’a répondu la mère de Rémy Pénard lorsqu’il lui «&nbsp;cassait les pieds&nbsp;» à l’âge de six ans. Depuis, il n’a jamais arrêté ses dessins. Tout a commencé avec des croquis sur des feuilles volantes. Puis, passionné des correspondances et collectionneur de timbres, à douze ans il exprime son art sur des enveloppes.&nbsp;<em>«&nbsp;</em>Je ne savais pas que ça s’appelait le Mail art. Je disais que je faisais des envois postaux<em>.&nbsp;</em>»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>De la côte maritime à la terre du Limousin : une effervescence créatrice</strong></h4>



<p>À vingt-deux ans, il quitte sa terre natale des Sables‑d’Olonne pour rejoindre Limoges, historiquement refuge des artistes militants persécutés. De 1966 à 2000, il travaille à l’usine Renault Véhicules Industriels pour faire des essais sur les moteurs AMX-30, sans oublier de dessiner. Ce n’est qu’en 1972 qu’il s’exerce au Mail art, concept né en 1962 de l’Américain Ray Johnson. La particularité de sa pratique de l’art postal repose sur le <em>stampoem</em> dont il est l’inventeur, appellation validée par son acolyte, l’artiste et professeur anglais <a href="https://www.johnfurnival.com/">John Furnival</a>. On entend par <em>stampoem</em> une poésie visuelle qui mobilise du collage et des tampons. Un aficionado de Rémy Pénard, <a href="https://ericbabaud.over-blog.com/2020/09/les-stampoems-de-remy-penard.html">Éric Babaud</a>, remarque que&nbsp;: «&nbsp;Ses courriers oblitérés véhiculent son travail artistique, des <em>stampoems</em>.&nbsp;» Dans les années 1980, il est sollicité en tant que producteur délégué en poésie de la chaîne télévisée France 3. Sa carrière s’intensifie avec ce temps fort en 2003 lorsqu’il est invité à la 50<sup>e</sup>&nbsp;Biennale de Venise pour exposer ses travaux aux côtés de deux autres artistes français : Julien Blaine et Lauranne.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="680" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/03/remy-penard-fougere-a-moustache-2023-stampoem.jpg" alt class="wp-image-38005" style="width:616px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/03/remy-penard-fougere-a-moustache-2023-stampoem.jpg 680w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/03/remy-penard-fougere-a-moustache-2023-stampoem-199x300.jpg 199w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/03/remy-penard-fougere-a-moustache-2023-stampoem-650x979.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/03/remy-penard-fougere-a-moustache-2023-stampoem-150x226.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 680px) 100vw, 680px"><figcaption class="wp-element-caption">Rémy Pénard, <em>Fougère à moustache</em>, 2023, Stampoem.</figcaption></figure>



<h4 class="wp-block-heading"><strong><em>Le Sécateur</em>, une revue poétique qui « fait chanter le mot révolution dans la forêt »</strong></h4>



<p>«&nbsp;Tous les courants majeurs, essentiels du <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle, étaient minoritaires et se sont toujours développés autour d’une revue, lieu fictif de rencontres », affirme le critique d’art et créateur de revues <a href="https://www.erudit.org/fr/revues/inter/2005-n91-inter1120238/45783ac.pdf">Michel Giroud</a>. Rémy Pénard, artiste hors-cadre, poète agité, a lui aussi eu recours à la fin des années 1970 à l’objet «&nbsp;revue&nbsp;» pour diffuser la poésie et renforcer le réseau artistique international déjà initié par le Mail art. Il fonde donc la revue poétique <em>Le Sécateur</em>. Active de 1979 à 1986, cette revue apériodique a connu vingt-deux volumes dont sept en grand format et quinze sous forme d’une page, comme pour revenir à la métaphore de « feuilles volantes » de son enfance. L’écrivain Robert Sabatier avait même déclaré qu’on pouvait faire de la poésie dans de belles revues reliées mais aussi sur une feuille de papier et la distribuer, la rendant ainsi accessible.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>L’avenir du Mail art face aux enjeux numériques</strong></h4>



<p>Retraité et vingt mille réalisations plus tard, Rémy Pénard continue pleinement son activité. Mais à l’ère du numérique, il se montre rassurant sur l’avenir du Mail art : « Tant que La Poste voudra acheminer du courrier et le pourra, ce sera possible. Car avec l’art postal, tout peut voyager, tout peut être art. »</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/remy-penard-du-mail-art-au-stampoem/">Rémy Pénard – Du mail art au «Stampoem»</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Georges Pon – Traduction, édition, érudition</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Jan 2024 07:34:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage au médiéviste Georges Pon, membre du Centre d'études supérieures de civilisation médiévale de l'université de Poitiers et du CNRS, décédé à l'âge de 85 ans le 29 décembre 2023.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/georges-pon-traduction-edition-erudition/">Georges Pon – Traduction, édition, érudition</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En hommage au médiéviste Georges Pon, décédé le 29 décembre 2023, voici l’entretien publié dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n121-ete-2018-special-communautes-dexistence/"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> n° 121</a> où il nous livre en toute modestie son parcours d’érudition, de l’histoire économique à l’histoire religieuse en passant par les traductions du latin et les éditions critiques.</p>



<p><strong>Entretien Edina Bozóky et Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p>Georges Pon a été longtemps plus enseignant que chercheur mais depuis sa retraite en 1998, il s’est entièrement consacré à des travaux de recherche. Il a privilégié le travail d’équipe, l’érudition, mais en même temps montré le souci de faire connaître par la traduction à un plus vaste public les textes médiévaux. C’est pour lui la «vraie gloire», une gloire durable.</p>



<p><strong>L’Actualité. – Pourquoi avez-vous choisi le Moyen Âge comme époque d’étude&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Georges Pon. –</strong> Je voulais faire de l’histoire. Je suis allé en khâgne au lycée Henri-IV, à Paris, j’ai échoué à l’oral de Normale Sup’ et choisi de poursuivre mes études à la Sorbonne. C’est là que j’ai découvert le Moyen Âge et que j’ai commencé à comprendre la différence entre les professeurs généralistes de la khâgne qui faisaient de brillantes synthèses et les professeurs-chercheurs.</p>



<p>J’ai découvert aussi l’œuvre de Marc Bloch. Dans l’éveil d’une carrière, les lectures ont autant d’importance que les professeurs. J’ai décidé de faire un mémoire de maîtrise en histoire médiévale, sur la vie économique dans la Catalogne entre le <span class="smallcaps">x</span><sup>e</sup> et le <span class="smallcaps">xiii</span><sup>e</sup> siècle.</p>



<p><strong>Pourquoi faire un travail sur la Catalogne&nbsp;?</strong></p>



<p>C’est le professeur Yves Renouard qui m’a proposé le sujet. Je ne l’ai pratiquement jamais rencontré. À cette époque, les professeurs de la Sorbonne n’avaient pas de bureau. Ils vous accordaient trois minutes dans un couloir. La recherche n’était pas vraiment dirigée. On n’avait aucune formation de base&nbsp;: pas de cours de méthodologie pour nous expliquer comment faire des fiches, nous présenter les instruments de travail. Il fallait tout découvrir et on ne pouvait le faire qu’à la Bibliothèque nationale, mais pour les trouver il fallait consulter trois ou quatre séries de fichiers.</p>



<p>Il fallait aussi compter avec la difficulté de la langue des sources. Je connaissais bien le latin classique, mais le latin de textes catalans du <span class="smallcaps">x</span><sup>e</sup> siècle est tout à fait particulier.</p>



<p><strong>Comment avez-vous découvert le Centre d’études supérieures de civilisation médiévale&nbsp;?</strong></p>



<p>Après avoir soutenu mon mémoire, j’ai passé l’agrégation avec succès, et l’on m’a proposé un poste à Poitiers ou à Pamiers, dans l’Ariège. Poitiers était plus proche de Paris, et j’avais entendu parler du Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (CESCM).</p>



<p>J’enseignais à l’École normale d’instituteurs, alors installée dans les bâtiments du doyenné Saint-Hilaire. Je suis allé voir les locaux du CESCM où j’ai rencontré le secrétaire général, Pierre Gallais, et j’ai tout de suite été enthousiasmé par le premier étage où se trouvaient alors réunis dans la salle de séminaire et la bibliothèque tous les outils du médiéviste, les sources et les cartulaires. Merveille&nbsp;!</p>



<p>L’année suivante, en 1962–1963, le service militaire m’a envoyé au Prytanée militaire de La Flèche, en même temps que Gabriel Bianciotto – nous partagions la même chambre. J’ai profité de ces mois pour lire la collection des <em>Annales. Économies, sociétés, civilisations</em>, la revue fondée par Marc Bloch et Lucien Febvre.</p>



<p>De retour à l’École normale, j’ai suivi autant que possible les séminaires du CESCM. Je regrette de n’avoir pu participer à ceux de Marie-Thérèse d’Alverny, une des premières chartistes, femme remarquable, lumineuse et généreuse. Elle enseignait la codicologie, la philosophie, la pensée islamique, disciplines où elle était réputée.</p>



<p><strong>Comment avez-vous intégré le CESCM&nbsp;?</strong></p>



<p>Je me suis inscrit à la session d’été de 1964 [<a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/lactualite-poitou-charentes-n108/">dossier de <em>L’Actualité</em> sur les 60 ans des sessions d’été du CESCM</a>]. C’est là que j’ai rencontré ma future femme, Charlotte Willemsen. Un peu plus tard, dans son séminaire, le directeur, Edmond-René Labande, m’a remarqué. Je posais beaucoup de questions, je connaissais bien le latin&nbsp;; il m’a laissé entendre qu’il pourrait peut-être m’engager comme assistant. Alors, en 1967, j’ai entrepris sous la direction de Jacques Boussard la publication des actes de Fontaine-le-Comte, sujet de thèse de 3<sup>e</sup> cycle qui m’a été suggéré par Dom Jean Becquet, moine de Ligugé, grand spécialiste des chanoines réguliers en France. J’ai compris la difficulté de la tâche&nbsp;: ma formation paléographique n’était pas très poussée, la salle des Archives départementales (rue Édouard-Grimaux à l’époque) était minuscule, pleine de généalogistes bruyants et de secrétaires bavardes. En 1974, j’ai soutenu ma thèse. Un professeur de Bordeaux, M.&nbsp;Guillemain, m’a dit&nbsp;: «Vous avez fait ce travail, maintenant il s’agit de devenir historien&nbsp;!» Pourtant, j’avais écrit 200 pages d’introduction historique, et j’étais assistant d’histoire du Moyen Âge depuis 1968.</p>



<p><strong>Quand avez-vous commencé à publier des articles&nbsp;?</strong></p>



<p>Je n’ai publié mon premier article qu’en 1975, dans le <em>Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest</em>, sur l’apparition des chanoines réguliers en Poitou, une petite communauté nommée Saint-Nicolas, qui a donné le nom d’une rue à Poitiers. On recrutait facilement un assistant qui n’avait rien publié, mais ensuite, pour être titularisé comme maître-assistant, il devait achever sa thèse de 3<sup>e</sup> cycle ou rédiger une partie significative de la thèse d’État.</p>



<p><strong>Vous avez donc entrepris une thèse d’État.</strong></p>



<p>Après ma thèse de 3<sup>e</sup> cycle, j’avais l’intention d’entreprendre une recherche d’histoire économique et sociale du Poitou qui répondait à la fois aux modèles de l’époque et aux liens que j’entretenais avec le monde rural. J’avais connu pendant la guerre et après 1945 des campagnes qui ressemblaient encore aux campagnes médiévales&nbsp;: les outils étaient les mêmes, la fourche, la faux, la faucille. Mais, pour le Poitou, le sujet avait été en partie défloré par l’ouvrage d’un bon historien du droit, Marcel Garaud, <em>Les Châtelains du Poitou</em>, et par celui de mon ami américain Georges Beech sur la Gâtine poitevine. Puis a paru la thèse de Pierre Toubert sur le Latium. Pour moi c’était un chef‑d’œuvre. Je me suis rendu compte que j’étais incapable de faire quelque chose s’en approchant même vaguement.</p>



<p>J’ai donc abandonné l’histoire économique pour l’histoire religieuse du diocèse de Poitiers du <span class="smallcaps">ix</span><sup>e</sup> au <span class="smallcaps">xiii</span><sup>e</sup>. J’allais à la Bibliothèque nationale et aux Archives nationales. Il n’y avait pas d’ordinateurs, on n’obtenait des photocopies que très difficilement, et il était interdit de faire de photos. Ainsi, j’ai accumulé toutes sortes de fiches, mais je n’ai su ni les classer ni les utiliser, etc. Ma recherche a été également retardée par les changements qui ont suivi 1968, la nécessité d’inventer de nouvelles méthodes d’enseignement, ainsi que par les fonctions de secrétaire général que j’ai exercées pendant dix ans au CESCM sous la direction successive d’Edmond-René Labande, Pierre Bec et Robert Favreau. Finalement, vers 1983–1984, j’ai décidé que je resterai maître de conférences et ne ferai que ce que je savais faire, c’est-à-dire des éditions et des traductions de textes diplomatiques et de textes narratifs.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2.jpg" alt class="wp-image-37934" style="width:578px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2-300x300.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2-150x150.jpg 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2-768x768.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2-650x650.jpg 650w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Église Saint-Sever dans les Landes. Photo Jean Cabanot.</figcaption></figure>
</div>


<p><strong>N’est-ce pas aussi parce que vous aimiez travailler en équipe&nbsp;?</strong></p>



<p>Edmond-René Labande reprenait la tradition allemande des séminaires, notamment pour la traduction de l’autobiographie de Guibert de Nogent. C’était là un atelier de travail collectif où chacun apportait sa contribution. C’est là que j’ai appris à travailler avec d’autres historiens comme Yves Chauvin, Jean Cabanot, Keith Bate et, ces dernières années, avec Élisabeth Carpentier&nbsp;: on a à peu près le même âge, le même type de formation, on se comprend à demi-mot. Non seulement le travail d’équipe est efficace mais il renforce aussi l’amitié.</p>



<p><strong>Qui était Adémar de Chabannes auquel vous avez consacré beaucoup de temps&nbsp;?</strong></p>



<p>Adémar de Chabannes était un Limousin de petite noblesse devenu moine à Saint-Cybard d’Angoulême. Dans les deux premiers livres de son <em>Chronicon</em>, il reprend les sources antérieures, souvent en les copiant littéralement. C’est le roman national de l’an mil. Le dernier livre est consacré à des événements plus récents sur lesquels il apporte des renseignements originaux. L’édition a été établie en 1999 par Pascale Bourgain et par un historien américain, Richard Landes. J’ai été chargé de la rédaction des notes.</p>



<p>Ensuite avec Yves Chauvin, nous avons fait la traduction de la <em>Chronique</em>, publiée en 2003. Dans l’introduction, j’ai insisté sur deux points. D’une part, Adémar de Chabannes n’était pas un fanatique de la Paix de Dieu, alors que certains historiens des années 1990 considéraient que c’était un mouvement gigantesque. D’autre part, il portait son regard fort loin, jusqu’à Jérusalem, il connaissait la conversion de la Bohème, de la Pologne et de la Hongrie, l’arrivée des Normands en Italie du Sud. C’était un homme bien renseigné, ouvert sur le monde. Il ne faut pas imaginer les monastères comme des lieux fermés où l’on passait son temps à prier le ciel. On y recevait des pèlerins, les nouvelles circulaient largement et Adémar de Chabannes était curieux.</p>



<p><strong>Vous avez multiplié et diversifié vos recherches et travaux une fois à la retraite en 1998.</strong></p>



<p>L’édition, la traduction et le commentaire du récit de fondation de l’abbaye de Maillezais, composé vers 1060–1070 par le moine Pierre&nbsp;furent encore un travail collectif commencé par Edmond-René Labande. J’ai rédigé l’introduction du volume, travail dont je suis le plus satisfait. C’est Emma, épouse du duc d’Aquitaine Guillaume Fier à Bras, qui a eu l’idée de fonder un monastère&nbsp;dans une île du Marais poitevin où l’on avait découvert les restes d’une église abandonnée. Ce récit, en partie légendaire, est un excellent exemple d’un genre à demi historique, et il est aussi une contribution très utile à l’histoire des femmes et à la conquête de l’Ouest du Poitou.</p>



<p>En même temps que ces travaux portant sur des sources narratives, nous avons publié avec Robert Favreau le <em>Cartulaire de Fontevraud</em> dont l’édition avait été préparée par Jean-Marc Bienvenu.</p>



<p>J’ai aussi participé à un autre travail collectif qui nous éloignait du Poitou, l’<em>Histoire de Philippe Auguste</em> écrite par le moine-médecin Rigord. Il en existait une ancienne édition et une traduction de Guizot. Mais ces ouvrages n’étaient plus disponibles. Aussi avons-nous l’idée de tenir un séminaire de traduction auquel participaient plusieurs médiévistes, aussi bien des historiens que des littéraires. Rigord m’avait un peu éloigné du Poitou. J’allais y revenir en participant à une nouvelle collection créée par Mgr Rouet, archevêque de Poitiers, dans le cadre de l’association Gilbert de la Porrée. J’ai participé à un volume sur Radegonde et dirigé un autre sur Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers au <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècle et grand théologien, que nous avons pu offrir à Mgr Rouet que j’admirais beaucoup.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2.jpg" alt class="wp-image-37935" style="width:686px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2-300x300.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2-150x150.jpg 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2-768x768.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2-650x650.jpg 650w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Détail de la porte ogivale dite des Apôtres de la cathédrale de Dax. Photo Jean Cabanot.</figcaption></figure>
</div>


<p><strong>Qu’est-ce qui vous a ensuite orienté vers Dax et la Gascogne&nbsp;?</strong></p>



<p>J’avais à Dax un ami, Jean Cabanot, que j’avais rencontré à la session d’été de 1964. Après la redécouverte du cartulaire de la cathédrale de Dax, document des <span class="smallcaps">xi</span><sup>e</sup> et <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècles, il m’a demandé d’en faire l’édition et la traduction. Nous avons pris l’habitude de travailler ensemble soit à Dax soit par l’échange de courriers électroniques. Jean Cabanot s’est occupé surtout de l’identification des lieux et de la mise au point de la publication. Par la suite nous avons publié deux gros volumes de documents sur l’abbaye de Saint-Sever, suivis d’une histoire de cette abbaye écrite en bonne partie par Jean Cabanot.</p>



<p>Nous avons publié le <em>Beatus</em> de Saint-Sever d’après le manuscrit latin 8878 de la Bibliothèque nationale de France (2012, site internet&nbsp;: <a href="http://www.eglises-landes.cef.fr/dossiers/beatus/beatus.htm">Cehag</a>). On appelle <em>Beatus</em> le commentaire de l’Apocalypse, composé au <span class="smallcaps">viii</span><sup>e</sup> siècle par un moine des Asturies, Beatus de Liebana. Nous lui avons consacré, Jean Cabanot et moi, une étude particulière, parue dans le <em>Bulletin de la Société de Borda</em> (2013).</p>



<p><strong>Depuis plusieurs années, vous cultivez de nouveaux champs d’érudition&nbsp;: vies et miracles des saints régionaux.</strong></p>



<p>Le compagnonnage avec Jean Cabanot ne m’a pas coupé des liens avec les chercheurs poitevins. Yves Chauvin nous a quittés trop tôt, peu de temps après sa retraite. Les liens entre Élisabeth Carpentier et moi se sont encore resserrés. Nous avons publié deux récits importants&nbsp;sur la fondation de l’abbaye de Montierneuf de Poitiers par Guillaume VIII&nbsp;et sur celle de l’église de La Chaize-le-Vicomte.</p>



<p>Après la mort de mon épouse en juillet 2010, j’ai continué à travailler avec Élisabeth Carpentier sur des dossiers hagiographiques concernant des saints du Poitou&nbsp;: saint Junien de Mairé, saint Maixent avec la collaboration de Soline Kumaoka, les miracles de saint Hilaire avec la collaboration de Robert Favreau, ainsi que la vie de saint Aubin d’Angers par Venance Fortunat.</p>



<p><strong>Quel jugement portez-vous sur l’évolution de la recherche historique&nbsp;?</strong></p>



<p>Si je jette un regard d’ensemble sur ma vie de chercheur, je fais plusieurs constatations. J’ai abandonné mes ambitions de jeunesse d’être comme Marc Bloch, Georges Duby et mon ami André Chédeville, un spécialiste de l’histoire des campagnes médiévales. J’ai «labouré» les cartulaires pour une bien maigre récolte.</p>



<p>Je dois beaucoup à deux institutions, le CESCM et la Société des Antiquaires de l’Ouest dont je suis membre depuis près de cinquante ans. Je ne sais pas si l’on a beaucoup pratiqué l’interdisciplinarité au Centre, mais j’ai toujours eu les contacts les plus fructueux avec les historiens de l’art et les archéologues&nbsp;: Marie-Thérèse Camus, Claude Andrault, Luc Bourgeois.</p>



<p>Je ne suis que difficilement les nouveaux sentiers de l’histoire médiévale. Il m’arrive de regretter qu’on néglige l’histoire sociale des <em>Annales</em> pour traiter de sujets plus «frivoles», du moins en apparence. Mais j’admire beaucoup mes «jeunes» collègues, Martin Aurell, Cécile Treffort, Thomas Deswarte. Ils ont commencé très tôt la recherche. Sitôt inscrits en thèse, ils ont dû participer à toutes sortes de journées d’études et de colloques et multiplier les publications, affronter des concours de recrutement de plus en plus difficiles, puis, quoique surchargés de tâches administratives, continuer à produire communications, livres et articles. Je crois qu’ils sont plus travailleurs que nous ne l’étions et plus novateurs dans leur démarche, même s’ils abusent parfois de problématiques compliquées.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="658" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3.jpg" alt class="wp-image-37936" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3-300x193.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3-768x494.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3-650x418.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3-150x96.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Mappemonde du <em>Beatus</em> de Saint-Sever. <em>Beatus</em> de Liebana, <em>Commentarius in Apocalypsim</em>, Saint-Sever (Landes), vers 1060. Manuscrit sur parchemin, 290 folios, 37 x 29 cm, BnF, Manuscrits, Latin 8878, fo 45bis vo 45ter.</figcaption></figure>
</div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/georges-pon-traduction-edition-erudition/">Georges Pon – Traduction, édition, érudition</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Dernier passage de Jean-François Mathé</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Dec 2023 09:20:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[curiosités]]></category>
		<category><![CDATA[Emmanuel Hocquart]]></category>
		<category><![CDATA[Fernando Pessoa]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-François Mathé]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Philippe Jaccottet]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>
		<category><![CDATA[René Char]]></category>
		<category><![CDATA[Rimbault]]></category>
		<category><![CDATA[Rougerie]]></category>
		<category><![CDATA[Thouarsais]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Xavier Person]]></category>
		<category><![CDATA[Yves Bonnefoy]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage au poète Jean-François Mathé (1950-2023) qui a sondé l’humanité jusqu’à l’os, avec une grande rigueur, sans tapage.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p>«J’adorerais ne laisser d’autre marque dans l’esprit des gens que celle d’un nuage minuscule, tel ceux qu’on aperçoit dans le ciel des tableaux de Magritte. Oui, il s’agirait de ne pas altérer la beauté du monde.» Ainsi s’exprimait dans nos pages (<em>L’Actualité</em>, n° 44) le poète Jean-François Mathé qui s’est éteint le 29 novembre 2023 chez lui dans le Thouarsais. Son petit nuage s’appelle <a href="https://www.editionsrougerie.fr/">Rougerie</a>, son premier et fidèle éditeur depuis 1973.</p>



<p>Né en 1950 à Fontgombault, Jean-François Mathé a suivi des études de lettres modernes et de philosophie à l’université de Poitiers avant d’enseigner en lycée, à Thouars.</p>



<p>En 2013, il a reçu le grand prix international de poésie Guillevic – Ville de Saint-Malo pour l’ensemble de son œuvre.</p>



<p>Les titres de ses recueils – une vingtaine – sont sobres et rigoureux comme sa poésie&nbsp;: <em>Contractions supplémentaires du cœur</em> (1987, Prix Antonin Artaud), <em>Passage sous silence</em> (1988), <em>Corde raide fil de l’eau </em>(1991), <em>Le Temps par moments</em> (1999, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=N0Zu7VjWqRo">Prix du livre en Poitou-Charentes</a>), <em>Le ciel passant</em> (2002, Prix Kowalski de la ville de Lyon), <em>Agrandissement des détails</em> (2007), <em>Ainsi va</em> (2022).</p>



<p>Ses derniers textes sont plus sombres. L’espace vital se rétrécit.</p>



<p><em>Vu, vécu, approuvé</em>, publié Le Silence qui roule en 2019, s’ouvre avec ce poème :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Je serre,<br>je resserre encore<br>et encore,<br><br>comme si je voulais<br>que ma vie<br>soit un fruit<br>tout entier entré<br>dans son noyau»</p>
</blockquote>



<p>La vie se retire à petit pas, aspirée&nbsp;; en demeurent le rythme et la délicatesse. Dans <em>Prendre et perdre</em> (Rougerie, 2018)&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Je n’aime pas les voix<br>qui transpercent la neige<br>mais celles qui sont ses flocons<br>et chantent le ciel à la terre<br>qui seule entendra la chanson»</p>
</blockquote>



<p>En hommage à Jean-François Mathé, voici un entretien publié dans <em>L’Actualité Poitou-Charentes</em>, n° 44 (avril 1999). Un entretien mené par Xavier Person qui vient de publier <em>L’alligator albinos</em> chez Verticales.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Jean-François Mathé ou le passage des oiseaux</strong><strong></strong></h2>



<p><strong>L’Actualité. – Tout d’abord, pouvez-vous nous dire l’origine de votre désir d’écrire ?</strong></p>



<p><strong>Jean-François Mathé. –</strong> C’est un désir qui m’est venu en marge de ma scolarité. À l’adolescence. Dans sa forme la plus larmoyante et sentimentale tout d’abord. Mais le point de départ véritable se situe pour moi au moment de la lecture de <em>Capitale de la douleur</em> de Paul Eluard. J’y trouvai la révélation du fait que les mots pouvaient s’assembler dans une apparente absurdité. Dans une incongruité. Oui, cette lecture déclencha en moi une surprise, une stupéfaction, qui ne m’ont jamais quitté. Que par exemple on puisse écrire des vers tels que :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>Au plafond de la libellule</em><br><em>Un enfant fou s’est pendu</em></p>
</blockquote>



<p>Voilà qui ne laissait pas de m’étonner. À partir de là j’éprouvai une énorme curiosité pour ce que pouvaient signifier de tels assemblages de mots. Ce qui fait que j’ai continué à lire, à rechercher cet étonnement dans la poésie du <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle, essentiellement bien sûr dans le surréalisme.</p>



<p><strong>C’est une découverte liée à l’aventure de la modernité.</strong></p>



<p>Oui. Il s’agissait bien pour moi d’une poésie «postrimbaldienne». La poésie dite classique ne m’aurait pas attiré alors, elle m’aurait semblé n’être que de l’ordre du discours.</p>



<p><strong>Vous commenciez dès alors à écrire ?</strong></p>



<p>J’ai lu beaucoup de poètes du <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle et à chaque fois, dans un cahier, je m’appliquai à écrire un poème «à la manière de». J’ai été un plagiaire. Je faisais mes gammes.</p>



<p><strong>Comment en êtes-vous venu à une écriture plus personnelle ?</strong></p>



<p>Ça s’est dégagé progressivement, au moment où je me suis aperçu que l’écriture me devenait nécessaire, non plus seulement en tant que forme, mais en tant que substance. Une écriture qui dégage ma substance.</p>



<p><strong>Un poète en particulier vous a‑t-il alors influencé ?</strong></p>



<p>La lecture de Philippe Jaccottet m’a beaucoup aidé. C’est quelqu’un qui pratique une poésie assez épurée. Son dépouillement m’a fait considérer comme artificielle toute idée de jeu en poésie. J’ai préféré opter alors pour un registre plus grave. Il y a eu aussi l’influence d’un Jacques Dupin. Bref, des poètes assez sévères, assez exigeants quant à la nécessaire adéquation entre l’écriture et l’expérience vécue. Il est clair en effet que je m’intéresse avant tout à une poésie qui aborde des questions relatives à l’être. Je ne suis pas, selon la terminologie d’Emmanuel Hocquard, un «poète grammairien». Mon désir d’écrire me porte vers un questionnement sur l’existence.</p>



<p><strong>On vous imagine une existence plutôt contemplative, recueillie. L’écriture vous a‑t-elle conduit à un certain choix de vie ?</strong></p>



<p>Oui. La poésie a introduit dans ma vie un grand dégoût de la comédie sociale. Elle m’a aidé à découvrir que l’essentiel est intérieur. Loin des gesticulations. Est-elle une cause ou une conséquence ? Je pense quand même que la poésie me permet de rester en retrait de la comédie sociale, tout en étant heureux. Elle m’apporte ma dose de méditation.</p>



<p><strong>Le thème de la transparence revient souvent dans vos textes :</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong><em>Je me voudrais immobile</em></strong><br><strong><em>Vitre insensible</em></strong><br><strong><em>Entre voyage et maison</em></strong></p>
</blockquote>



<p><strong>Le poème n’est-il pas pour vous comme une vitre entre le dedans et le dehors ?</strong></p>



<p>Oui. Le poème est une vitre que ne fabriquent pas les vitriers. Grâce à lui, on peut voir du dehors vers le dedans et vice versa. Découvrir des paysages qu’on n’aurait pas imaginés. Mais dans ce motif de la transparence, il y a peut-être aussi un idéalisme mal digéré : ce souhait que tout aille mieux, qu’on puisse remédier à l’incommunicabilité, ménager des circulations entre l’intérieur et l’extérieur.</p>



<p>On pourrait penser à l’attitude d’une certaine mystique, qui tend à l’effacement. Mais il n’y a chez moi aucune dimension religieuse. Je me situerai plus dans la lignée de poètes comme René Char ou Yves Bonnefoy.</p>



<p>Je crois en fait que l’homme est actuellement inaccompli. Le seul dieu que l’homme pourrait mériter, c’est lui-même, en mieux. Il s’agit de se porter à l’extrême de soi-même.</p>



<p><strong>Dans ce motif de la transparence, c’est sans doute le rêve d’un poème où le réel se donnerait à voir en tant que tel, inaltéré.</strong></p>



<p>Oui. C’est une sorte de nostalgie de pureté, d’un accord idéal au monde qu’on ne viendrait pas souiller. Cela ne se fait pas par détermination cependant, mais par moments, par instants. Il ne s’agit pas pour moi de tenir un discours sur le monde. Mais simplement de capter ce qui s’offre dans l’instant. Pour l’essentiel, ma poésie parle de la précarité de tout. Il peut y avoir bonheur, mais éphémère, intermittent. «La vraie vie, c’est par moment», écrit Georges Perros. Il en va de même du poème réussi : l’impression d’avoir capté la vraie vie par moments.</p>



<p><strong>Pourriez-vous définir le poème réussi ?</strong></p>



<p>C’est difficile. Je suis plutôt quelqu’un d’intuitif. Un poème qui tient doit avoir avant tout sa solidité dans le langage. On peut le définir par la négative : un poème m’apparaîtra insuffisant dès lors que je m’apercevrai que je m’y suis laissé aller à l’épanchement. Un poème réussi pour moi est un objet de langage assez stylisé, assez coupant.</p>



<p><strong>«Plusieurs lisent, écrivez-vous, mais c’est à l’envers de leur peau que ce qu’ils cherchent est écrit : à soi-même toujours, on est livre fermé.»</strong></p>



<p>La poésie exprime une sorte de mission impossible. Elle est volonté de connaître l’intérieur, espoir de capter le dehors. Mais il ne s’agit que d’une connaissance instantanée. Le poème, c’est la tentative et, nécessairement, la déception.</p>



<p><strong>«Il n’y a plus qu’à disparaître, visage et pays saisi par la clarté […]» : il y a bien là quelque chose d’extatique.</strong></p>



<p>C’est peut-être un désir de mort au fond, ce désir de s’effacer. Le phénomène de disparition de l’être n’est pas pour moi quelque chose de négatif. Est-ce que le monde n’est pas plus vrai quand on n’est pas là pour en parler ? «Passe, oiseau, passe, et enseigne-moi à passer !», écrit Fernando Pessoa. Je préfère les êtres qui passent, qui ne marquent pas. Avant tout, j’aime la figure du passant. Il ne marque que par le passage, non pas par une possession. J’adorerais ne laisser d’autre marque dans l’esprit des gens que celle d’un nuage minuscule, tel ceux qu’on aperçoit dans le ciel des tableaux de Magritte. Oui, il s’agirait de ne pas altérer la beauté du monde.</p>



<p><strong>Il est clair que les ciels reviennent souvent dans votre poésie, comme nostalgie, comme «appel du vertige».</strong></p>



<p>Quand je parle de beauté du monde, je pense surtout aux grands éléments : la mer, le ciel. Et à cette espèce de conflit, entre l’être humain et ces grands éléments. J’adore la perfection du ciel. Je déteste l’idée d’enracinement, d’attachement. Je ne suis pas l’homme du pays. Je crois que c’est ce que signifie le désir de transparence : une métaphore du refus de posséder un lieu et d’être possédé par lui.</p>



<p><strong>Vous vivez dans un village du Thouarsais, est-ce vraiment malgré vous ?</strong></p>



<p>Il y des raisons familiales et professionnelles à ce choix. Et c’est le choix de la campagne avant tout, pour ses silences, pour le ciel plus vaste ici, aperçu autrement qu’entre deux toits. Mais je ne suis pas un campagnard, dans mon jardin je ne fais que détruire : je tonds, je taille, je désherbe. Il ne s’agit pas pour moi de m’inscrire dans le paysage, mais d’y trouver un certain détachement, loin des bruits, du mouvement.</p>



<p><strong>Vous évoquez dans un poème le fait d’avoir «[…] choisi d’habiter là où une colline monte devant les yeux».</strong></p>



<p>Cette colline s’élève en fait derrière chez moi. Elle fait que notre maison est la première du village à perdre le soleil. On est les premiers à l’ombre. C’est une idée qui ne me déplaît pas, cet apprentissage de son propre crépuscule.</p>



<p>Je voudrais tout de même ajouter que si je n’ai pas à proprement parler «choisi» ce lieu, il me convient parfaitement. C’est une région de beaucoup de ciel, de beaucoup de vent. Une région glissante, de peu d’enracinement. On y éprouve une sensation d’ouverture sur les éléments, mais sans que cela soit spectaculaire. L’influence océanique marque le ciel. J’aime beaucoup ces passages de lumière quand on va du Poitou vers la Charente. Beaucoup plus que dans mon Berry natal, où les haies viennent clore le paysage, j’éprouve ici une sensation d’ouverture. Les variations du ciel y sont très subtiles, entre nuages et éclaircies. On y peut bien voir que tout n’est que passage.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dernier-passage-de-jean-francois-mathe/">Dernier passage de Jean-François Mathé</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Jean Demélier ne poitevinera plus</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Oct 2023 12:56:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[Gallimard]]></category>
		<category><![CDATA[Georges Lambrichs]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Demélier]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[poiteviner]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Protestantisme]]></category>
		<category><![CDATA[Samuel Beckett]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage à l’écrivain Jean Demélier, né à Poitiers en 1940, mort à Paris en août 2023, dont les cinq premiers livres parus chez Gallimard ont pour cadre sa ville natale.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p>L’écrivain Jean Demélier est mort à Paris en août 2023, à l’âge de 83 ans, dans une grande solitude. Très tôt, il a quitté Poitiers, sa ville natale, pour «monter à Paris» et faire une rencontre décisive&nbsp;: Samuel Beckett. Ses cinq premiers livres – tous se déroulent à Poitiers – ont été publiés dans la prestigieuse collection de Georges Lambrichs chez Gallimard, «Le Chemin» (1959–1992), où l’on retrouvait notamment Michel Foucault (<em>Raymond Roussel</em>), J.-M.G. Le Clézio, Pierre Guyotat, Michel Butor, Gérard Macé, Jacques Réda, Jean-Marie Laclavetine, Christian Bobin, Michel Chaillou… Depuis les années 1990, Jean Demélier dessinait de plus en plus, écrivait de moins en moins, se concentrant sur des aphorismes – des milliers – inédits pour la plupart hormis ceux qu’il parsemait dans les livres réalisés avec des artistes (Abraham, Bérénice Constans, Daniel Mohen, Jack Vanarsky, Alexandre Bonnier, Jacqueline Blewanus…). Il n’a donc jamais écrit un «dernier grand livre tout à la gloire de Poitiers». D’autant qu’une petite révolution aurait pu lui donner le sentiment qu’un de ses vœux avait été exaucé. En effet, la Justice a quitté le palais des ducs d’Aquitaine qui est devenu un lieu de manifestations culturelles.</p>



<p>En hommage à Jean Demélier, voici un entretien publié dans<em> L’Actualité Poitou-Charentes</em> n° 49 janvier 1999.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ascèse excès</strong></h2>



<p>Verra-t-on un jour une place Anti-Jean Demélier ? L’écrivain l’a rêvée. Il l’a décrite dans <em>Le</em> <em>Jugement de Poitiers</em>. La plaque existe. Il en rêve toujours, de ce bel «hommage» que pourrait lui rendre sa ville natale, de son vivant. Objet d’amour et de détestation, Poitiers rejoindrait ainsi – du moins pour une part – la fiction demélienne. Dans cinq romans, il parle explicitement de cette ville qui l’a vu naître en 1940, partir une vingtaine d’années après et resurgir par intermittence. Il vient voir son père, un monument de rigueur et de dignité qui lui a donné ce caractère «droit» et ce maintien «vertical». Quand on connaît cette filiation calviniste, on ne peut s’empêcher de penser à l’exigence de pureté des premiers protestants, ceux qu’on surnommait les «mal sentants de la foi». De ses lointains ancêtres, Jean Demélier a hérité non de la foi religieuse mais de la foi en l’homme, de l’esprit de lutte et de liberté. Nul hasard donc s’il admire Rabelais et Beckett, deux maîtres apparemment aux antipodes l’un de l’autre. Comme Rabelais, il cherche à chauffer la langue française au maximum. Comme Beckett, il veut tirer de chaque mot le maximum. Toujours le maximum.</p>



<p>Dans ses textes comme dans la vie, Jean Demélier est mordant, délirant, agaçant, exaspérant, sans pitié pour ses semblables, sans faiblesse pour lui-même. Ça explose de partout, dans un grand éclat de rire et de pleurs. Voici un prêcheur paradoxal. Pas à la mode du tout. Mais ses livres tiennent debout. Droits.</p>



<p><strong>L’Actualité. – Comment avez-vous commencé à écrire ?</strong></p>



<p><strong>Jean Demélier. –</strong> À l’école, comme tous les enfants. J’étais à l’école de la Torchaise dans le quartier sud de Poitiers. Le premier jour, la maîtresse dessinait au tableau des lettres qu’il fallait reproduire sur notre ardoise. Elle venait à moi pour me tenir la main parce que cela ne me suffisait pas de reproduire des lettres, je voulais les prolonger, les dessiner. Cela ne s’appelle pas exactement écrire mais plutôt calligraphier. Quant à écrire, je l’ai toujours fait. Cette aventure a commencé vers l’âge de 15 ans. J’écrivais des poèmes d’amour aux gens que j’aimais. Cette maladie n’a jamais cessé depuis.</p>



<p>Après le collège, je suis allé à l’École normale d’Angoulême. Je ne pouvais pas imaginer une seconde que je deviendrais instituteur. J’étais un vrai cancre, toujours dernier sauf une fois, avant-dernier. Je souffrais beaucoup. J’écrivais toutes sortes de choses. Par exemple, sans savoir que ça existait – à ma grande honte –, j’allais réinventer l’écriture automatique dans une série de textes intitulée <em>L’Épreuve de vitesse en poésie</em> : je posais sur la table une montre avec une trotteuse ; j’indiquais l’heure de départ, j’écrivais et quand ça s’arrêtait, je mettais un point et notais l’heure de la fin. J’ai fait aussi des recueils de poèmes, <em>Cosmonaties</em> et <em>Les Hyaloïdes</em>, qui évoquaient des souvenirs d’enfance dans le quartier du Grand Rondeau, une pièce délirante, <em>La Fête à Saint-Ausone</em>, des nouvelles, des notes, des aphorismes… C’est dans cette horrible école que j’ai écrit <em>La Bataille de Poitiers</em>, un texte d’une trentaine de pages, que personne n’a lu, comme tant d’autres textes. C’est une bataille contre les mots – de l’inconscient jusqu’au chant. On voit de plus en plus de mots, dans la rue, partout, qui se bouffent entre eux, qui nous traversent la tête, et dont il ne restera rien. J’avançais par paragraphes, par paquets de mots, prenant tout ce qui passait, puis j’arrêtais et je recommençais jusqu’à ce que quelque chose prenne, pour finir par un poème court. Comme si la bataille avait été gagnée.</p>



<p>En 1962, pendant la dernière année d’École normale, j’ai découvert l’œuvre de Beckett qui m’a totalement bouleversé. Il fallait écrire un mémoire pour la fin de l’année, j’ai choisi de travailler sur Beckett. Je lui ai écrit aux éditions de Minuit. Il m’a envoyé tous ses livres et ce fut le début d’une correspondance. Après avoir lu mon essai, il m’a répondu : «Cher monsieur, je vous crois aussi peu critique que moi.» Nous nous sommes rencontrés deux ans après, après une misérable licence en lettres modernes à la fac de Poitiers. C’est devenu une immense amitié. Avec Beckett, j’avais des relations de disciple à maître. Il ne donnait pas de conseils sur un texte – ce n’était pas un pédant –, ou alors de façon très laconique, par des observations très précises. De magnifiques leçons.</p>



<p><strong>Comment êtes-vous arrivé chez Gallimard ?</strong></p>



<p>Beckett m’a dit d’envoyer des textes à Georges Lambrichs qui dirigeait la collection «Le Chemin» chez Gallimard. Des nouvelles ont été publiées dans <em>Les Cahiers du chemin</em>. Elles étaient extraites de <em>Gens de la rue</em>. Gallimard a décidé de publier le recueil complet, ainsi que <em>Le Rêve de Job</em>, un roman sur lequel je travaillais depuis sept ans. Lambrichs me dit qu’il y a 150 pages à enlever. Je travaille à nouveau ce roman pendant un an et le lui montre. «C’est très bien, me dit-il, maintenant il faut l’écrire.» C’était comme recevoir 400 000 coups de poings en même temps. Mais quelle leçon ! Ce roman était construit comme la Bible, à savoir <em>L’Ancien Testament</em>, <em>Le Nouveau Testament</em> et <em>L’Apocalypse</em>. J’ai tout repris et un an après Gallimard voulait le publier. Seul détail : il risquait d’être censuré. À cette époque, si un éditeur se voyait censurer trois publications pendant l’année, il devait passer devant une commission de censure les années suivantes. Or, deux livres de Gallimard avaient été censurés cette année-là, un de Serguine et un de Guyotat, donc la publication du mien a été repoussée d’un an.</p>



<p>Par cette coïncidence, <em>Gens de la rue </em>puis <em>Le Rêve de Job</em> ont paru la même année, en 1971. Le premier avait été accueilli par des articles dithyrambiques. J’éclatais de rire en pensant à la surprise qu’offrirait le second. Les critiques furent variées, comme toujours. Il y eut un appel à la censure (sans effet) dans <em>Le Figaro</em> qui titrait «Job sur son fumier». Il est rare de voir le mot fumier dans ce journal.</p>



<p>La deuxième partie du <em>Rêve de Job</em> se déroule à Poitiers, mais le livre suivant, <em>Le Sourire de Jonas</em>, lui est entièrement consacré. Il y a cinquante-cinq chapitres et cinquante-cinq lieux que tous les Poitevins connaissent. Les deux anges, Chérubin et Nhiburec, visitent ainsi la ville et y font des pitreries. D’ailleurs, il y a des anges dans presque toutes mes œuvres ; c’est un peu mon thème majeur. Évidemment, ce n’est pas du tout un livre régionaliste. Toutefois, même s’il se moque de Poitiers, ce livre est à la gloire de la ville. J’ai la honte, l’assurance et la conviction que personne n’a jamais écrit un livre pareil sur sa ville natale. Dans les livres suivants, <em>La Constellation des Chiens</em> (1976), <em>Le Miroir de Janus</em> (1977), <em>Le Jugement de Poitiers</em> (1978), il est toujours question de cette ville, à laquelle j’aurai consacré environ deux mille pages. Mais j’ai encore des projets pour Poitiers.</p>



<p><strong>Alors que vous aviez quitté Poitiers avant d’écrire tous ces livres, pourquoi un tel acharnement à écrire sur cette ville ?</strong></p>



<p>Acharnement ? Peut-être. On m’a parfois comparé à Thomas Bernhard. Lui, c’était Vienne. Chacun a son point de départ. N’étant vraisemblablement pas Poitevin dans l’âme, ni même dans le corps, au bout de vingt-quatre ans, j’en ai eu assez. J’étouffais dans cette ville. Ensuite, je l’ai dépeinte à ma façon en ne parlant que d’elle, et c’est quand même pour elle. Il y a quelques années, Jean Pitié m’avait invité à un colloque à la fac de droit. J’avais dit : «Poitiers, c’est moi.»</p>



<p><strong>Diriez-vous la même chose aujourd’hui ?</strong></p>



<p>Oui, pas assez. C’est évidemment la parodie de la phrase de Flaubert.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="874" height="588" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2.jpg" alt class="wp-image-37858" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2.jpg 874w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2-300x202.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2-768x517.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2-650x437.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2-150x101.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 874px) 100vw, 874px"><figcaption class="wp-element-caption">Chat poitevinant. Dessin de Jean Demélier.</figcaption></figure>
</div>


<p></p>



<p><strong>Vous aimez Poitiers, mais les Poitevins vous irritent.</strong></p>



<p>J’ai appris cette année l’existence du verbe «poiteviner» qui signifie «vivre bien, benaise», «pas trop, surtout pas trop». Les Poitevins «poitevinent». Il y a, chez un certain nombre de Poitevins, quelque chose qui s’apparente à l’autosatisfaction et à l’autosuffisance. Ce sont des «mégalomaniaques miteux». Poitiers est une des villes les plus gâtées de France grâce à ses églises romanes, ses scientifiques, ses étudiants, etc. Que manque-t-il aux Poitevins ? Ils n’ont pas la mer ni la montagne, mais je suis sûr que si l’équipe du maire pouvait créer une montagne avec des pistes de ski et des plages de sable le long du Clain, elle le ferait. On pourrait alors construire des remparts autour de la ville, et dire : «Voici la République idéale.» Nombrilisme complet, aucun goût du rayonnement. Ce qui m’exaspère depuis des années, c’est qu’on retarde toujours la construction du nouveau théâtre. Et encore, il est prévu pour 700 places – dans une ville qui compte 25 000 étudiants ! –alors qu’il en faudrait 2 000, au moins. Quant au palais des Ducs d’Aquitaine, c’est le centre qui manque à Poitiers, comme il y a le palais des Papes en Avignon, le palais Jacques-Cœur à Bourges, etc. La salle des Pas perdus du palais des Ducs d’Aquitaine est d’abord une salle de spectacles, mais elle est noyautée par la Justice. Il faut construire à l’extérieur de la ville un nouveau palais de justice, en béton, en placoplâtre ou en carton bouilli, et restaurer ce palais, puis démolir les maisons qui l’entourent. Et l’on redécouvrira enfin ce chef‑d’œuvre occulté par les gens de robe. Quand on le verra, Poitiers pourra réellement s’appeler Poitiers. On viendra du monde entier pour admirer la cité de Poitiers.</p>



<p><strong>D’où vous vient cette rigueur ? Cette volonté d’être droit est-elle héritée de l’éthique protestante ? La mémoire des persécutions a‑t-elle été transmise dans votre famille ?</strong></p>



<p>Je suis très fier de mes origines protestantes – calvinistes du côté de mon père. Les protestants sont des gens droits dans leur vie mais aussi verticaux. On est sans arrêt en lutte, ce qui n’est pas confortable. On est complètement responsable.</p>



<p>Je ne fais aucun militantisme et je n’ai jamais eu le sentiment d’avoir à venger des protestants. Cela dit, ma famille compte deux figures du protestantisme : le pasteur Marty, mort en 1950, professeur de théologie dans la même école qu’Albert Schweitzer, et surtout, le pasteur et missionnaire Paul Minault, assassiné en 1897 à Madagascar. Il a été tué avec un autre missionnaire, le pasteur Escande, sur la route de Tananarive. On n’a jamais su s’il avait été assassiné par des autochtones ou par des missionnaires anglais et rivaux.</p>



<p><strong>Cette culture protestante vous aide-t-elle à «survivre» dans la traversée du désert que vous connaissez depuis plusieurs années ?</strong></p>



<p>C’est très possible. Il s’agit plutôt d’un purgatoire, bien que cette notion n’existe pas chez les protestants.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="730" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2.jpg" alt class="wp-image-37859" style="aspect-ratio:0.712890625;width:556px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2.jpg 730w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2-214x300.jpg 214w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2-650x912.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2-150x210.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 730px) 100vw, 730px"><figcaption class="wp-element-caption">Dessin de Jean Demélier.</figcaption></figure>
</div>


<p></p>



<p><strong>Ce qui ne vous empêche pas de pourfendre la futilité de notre monde.</strong></p>



<p>L’éphémère semble l’emporter sur tout. Notre époque se partage entre l’intelligence et la naïveté, pour ne pas dire la bêtise. Et surtout, il n’y a aucune vision.</p>



<p>On ne sera jamais assez humain. On emploie maintenant l’expression «intelligence artificielle» comme si l’homme pouvait être remplacé par autre chose que lui-même. Il y a très peu d’hommes, en fait. Il n’y en a jamais eu beaucoup. Combien d’hommes ont laissé une trace de leur passage sur la terre ? Allez dans les musées et les bibliothèques pour vérifier. Loin de vouloir faire de l’élitisme, j’estime que nous vivons dans une époque superficielle, où il faut en mettre plein la vue et dont il ne restera pas grand-chose. Je répète qu’il n’y a chez moi aucun goût de vengeance ni de cruauté. Mon souci n’est pas de dire ce qui va mal, mais ce qui va bien… En fait, qu’est-ce qui va bien ? Le général de Gaulle, qui n’avait pas la réputation d’être un poète, a dit : «Un artiste, c’est quelqu’un qui dit non.» Ce n’est vraiment pas par volonté de dire non, mais tellement de gens disent oui, sans même dire oui, tellement de gens jouent des jeux sordides pour avoir le confort, les avantages, que ce sont de petites gens. On ne peut pas reprocher à quelqu’un de vivre à l’aise, mais si, à côté, d’autres meurent de faim, sincèrement, il est difficile de se sentir à l’aise.</p>



<p><strong>C’est pourquoi vous dites non.</strong></p>



<p>Oui.</p>



<p><strong>Vous dites non, mais en donnant beaucoup.</strong></p>



<p>En donnant tout.</p>



<p><strong>Une vie entièrement vouée à la littérature.</strong></p>



<p>Je n’ai jamais eu le choix. Qu’est-ce que je peux faire d’autre ?</p>



<p><strong>C’est pourquoi vous n’avez jamais “travaillé”.</strong></p>



<p>Ah merci, c’est ce que je n’arrête pas de faire depuis le début ! Comme tout le monde, j’ai fait des quantités de piges, j’ai fait des textes de commande, j’ai relu et réécrit des livres anonymement. Chaque fois qu’on me propose de gagner honnêtement de l’argent, j’accepte. Certes, je ne suis pas riche le moins du monde.</p>



<p><strong>Ce sont toujours des travaux de plume. Mais vous avez aussi toujours dessiné et beaucoup exposé.</strong></p>



<p>Mes livres ne me rapportent rien depuis des années, et comme je n’aime pas l’argent…</p>



<p><strong>Vous n’êtes pas le seul. Votre ami Pierre Klossowski s’est mis à dessiner de plus en plus parce que ses droits d’auteur ne lui rapportaient pas grand-chose.</strong></p>



<p>Exactement. Cet homme d’une immense culture s’est aperçu que les gens comprenaient mieux ses dessins que ses livres. Or, il dit la même chose en dessin. Ses dessins sont écrits. J’ai essayé de mon côté. J’ai essayé de représenter Chérubin et Nhiburec. C’était nul. Je n’ai pas continué. Cela dit, j’ai toujours dessiné et je dessine toujours. Mais je travaille de plus en plus lentement. Un jour, j’ai envoyé une centaine de dessins à Beckett, pour qu’il voit. Il me les a renvoyés avec un petit mot qui disait : «Trop et trop vite.» Je les ai retravaillés. D’ailleurs, je les ai ensuite presque tous vendus. La quantité est l’ennemie de la qualité. Pas nouveau. Dans cette époque de frime et de confusion, on ne travaille jamais assez lentement. Avec les mots, c’est pareil. J’ai mis des mois à écrire les poèmes très courts de mon dernier livre paru, <em>Point de point</em>. On ajoute et on enlève simultanément. Qu’est-ce qu’on ajoute et qu’est-ce qu’on enlève ? Voilà la question.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong>Bibliographie</strong></p>



<p>Chez Gallimard, coll. «Le Chemin»&nbsp;: <em>Gens de la rue</em>, 1971, <em>Le Rêve de Job</em>, 1971, <em>Le Sourire de Jonas</em>, 1975, <em>La Constellation des Chiens</em>, 1976, <em>Le Miroir de Janus</em>, 1977, <em>Les Nouvelles Lettres de mon Moulin</em>, 1983.</p>



<p>Chez Ramsay, <em>Le Jugement de Poitiers</em>, 1978, et chez Balland, <em>Le Métro du bout du monde</em>, Balland, 1985.</p>



<p>Petits essais humoristiques chez Mona Lisait&nbsp;: <em>Brefs prolégomènes à un système politique prochain</em>, 1997, <em>LʼAnge et moi</em>, 1998, <em>Le Nouveau Code Noir</em>, 1998.</p>
</blockquote>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p><strong><em>Les cendres de Jean Demélier seront déposées dans la tombe de ses parents, Marthe et Paul, à Poitiers, au cimetière Chilvert (concession 7159, sect. 28, empl. 933), le mardi 31 octobre 10h.</em></strong></p></blockquote></figure>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="677" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2.jpg" alt class="wp-image-37860" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2.jpg 677w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2-198x300.jpg 198w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2-650x983.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2-150x227.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 677px) 100vw, 677px"><figcaption class="wp-element-caption">Jean Demélier au Confort Moderne à Poitiers en 1991 (après sa visite de l’exposition James Turrell). Photo J.-L. Terradillos</figcaption></figure>
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		<item>
		<title>La genèse de l’Adam</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Jul 2023 08:50:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[Adam]]></category>
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		<category><![CDATA[Arca]]></category>
		<category><![CDATA[Björk]]></category>
		<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[drag]]></category>
		<category><![CDATA[Madonna]]></category>
		<category><![CDATA[performer]]></category>
		<category><![CDATA[persona]]></category>
		<category><![CDATA[personnage]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Récit d'une transformation, de la construction d'un persona, sous le maquillage et les tenues. Genèse du drag.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/la-genese-de-ladam/">La genèse de l’Adam</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Oliver Norman<br>Photo Amélie Abraham</strong></p>



<p>Avant la scène, avant les spots, les applaudissements et les performances, avant tout ce que l’on peut voir dans un spectacle ou à la télévision, le drag est un art qui nous oblige à vivre autrement le rapport à soi-même. De la construction d’une persona, au choix d’un nom, aux tonnes de maquillage et aux tenues parfois douloureuses, le rapport entier du <em>performer </em>à son corps, à sa propre personne, se trouve questionné. La mise en persona est d’abord une genèse de soi.</p>



<p>Pour éviter toute mécompréhension possible, il faut indiquer que les propos qui suivent n’engagent que l’artiste qui s’y présente. L’expérience vécue de la performance comme de la préparation ne saurait se généraliser au point de voir là une vérité universelle.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Le choix d’une persona, le choix d’un nom</strong></h4>



<p>Mon voyage vers le développement d’un personnage a été de longue haleine. D’abord objet d’étude, le drag apparaissait pour moi comme l’occasion de me confronter à une autre philosophie de l’art possible, à une performance vivante qui ne peut se représenter dans un musée mais doit se vivre dans des spectacles hauts en couleurs et pleins de paillettes. J’ai donc décidé de me consacrer philosophiquement au drag, donnant ma première conférence sur le sujet en 2017 à la Florida State University.</p>



<p>Je connaissais les critiques faites au drag&nbsp;: parodie de femmes, misogynie, exclusion de personnes assignées femmes à la naissance, divertissement réservé à un public majoritairement homosexuel et cisgenre… Face à cela, je souhaitais refuser toute représentation qui imiterait un discours socialement construit sur la féminité ou la masculinité. Mon choix était fait, ma persona ne serait ni homme ni femme, mais au-delà de la dichotomie sociale, au-delà même de cette Terre&nbsp;; ce serait un alien. Son nom m’est apparu comme une évidence. Connaissant les textes théologiques, je me souvenais de la légende selon laquelle Dieu créa Adam, le premier humain, non pas comme un homme mais comme un être androgyne (on trouve cela dans le <em>Midrash Rabba</em>, notamment la <em>בְּרֵאשִׁית רַבָּה</em> ou <em>B’reshith Rabba</em>, exégèse rabbinique sur le livre de la <em>Genèse</em>). Une nouvelle interprétation de cette légende s’imposa alors&nbsp;: Adam ne serait pas seulement androgyne mais extra-terrestre, venant d’au-delà de notre monde il ne serait pas lié par nos normes genrées terrestres et pourrait explorer toutes les facettes de l’humanité possible. Pour renforcer ce jeu, j’ai choisi de proposer comme nom L’Adam (unique en son genre par l’ajout du déterminant) mais la prononciation devait se dire «La Dame». Mon esprit, fourmillant alors au contact de tous les possibles qu’offrait une telle incarnation, a décidé d’appuyer la nature extra-terrestre de L’Adam en se maquillant exclusivement en teints de couleurs, et surtout, par simple appréciation esthétique, en bleu. De même, le choix de l’atmosphère de mes présences sur scène était décidé d’avance. Mes performances ne seraient pas des chorégraphies complexes sur des musiques pop, mais des <em>playbacks</em> émotionnels, puisant dans des musiques étranges, aux sonorités discordantes. À Madonna et Piaf, je préférerais <a href="https://www.youtube.com/watch?v=u0cS1FaKPWY">Björk</a>&nbsp;et <a href="https://www.youtube.com/watch?v=0WKWZ9y-dvU">Arca</a>.</p>



<p>La persona était née dans l’esprit, mais encore devait-elle voir le jour dans la réalité.</p>



<p></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="779" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3835.jpg" alt class="wp-image-37729" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3835.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3835-300x228.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3835-768x584.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3835-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3835-650x494.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3835-150x114.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">L’Adam. Photo Amélie Abraham.</figcaption></figure>
</div>


<p></p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Persona ou personnage&nbsp;?</strong></h4>



<p>J’insiste et signe sur ce concept de persona plutôt que de personnage puisque dans le personnage se dit quelque chose comme une distance par rapport à soi, une création d’un être qui n’a pas besoin d’une participation active de son créateur, d’une entité qui, à son tour, n’affecte en rien celui qui le crée. La persona drag est certes un masque que l’on met sur scène mais, paradoxalement, il n’y a qu’en portant ce masque que nous pouvons nous mettre entièrement à nu. Ce n’est que sous un maquillage conséquent que nous pouvons apparaître devant le public à fleur de peau. La persona n’est pas un artifice créé pour divertir mais est une exploration de soi, une célébration à la fois de nos forces et faiblesses, l’acceptation et l’exagération de nos failles personnelles et sociales. La jubilation de l’art du drag relève d’un acte de manifestation de soi à soi&nbsp;: dans la persona nous nous exposons à nous-mêmes comme au public, nous explorons les facettes de nous-mêmes que la société condamne traditionnellement. Sur scène nous pouvons paraître aussi forts, confiants, sensibles, fragiles… que nous le voulons.</p>



<p>Pour reprendre des discours stéréotypés&nbsp;: sur scène se montrent des femmes fortes, des garçons qui pleurent, des créatures qui ne sauraient exister… des personnes pudiques peuvent s’exhiber dans des effeuillages dignes des cabarets burlesques, et à l’inverse la pudeur cachée de l’exubérant peut s’incarner dans des performances d’une émotion inouïe… Rien de tout cela n’est faux, et en même temps tout l’est. La personne sur scène n’est pas la personne de la vie quotidienne, mais en même temps elle l’est. Les émotions sur scène sont à la fois réelles et factices, manifestent qui nous sommes et en même temps pour divertir un public. À la fois personnage et persona, l’incarnation scénique du <em>performer</em> est à la fois lui et pas lui. Ce que la logique refuse avec son principe de non-contradiction, la scène permet d’embrasser, ce à quoi la pensée rechigne, la performance le révèle.</p>



<p></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3839.jpg" alt class="wp-image-37730" width="775" height="572" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3839.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3839-300x222.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3839-768x568.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3839-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3839-650x481.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3839-150x111.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 775px) 100vw, 775px"><figcaption class="wp-element-caption">L’Adam. Photo Amélie Abraham.</figcaption></figure>
</div>


<p></p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La mise en drag, une métamorphose&nbsp;?</strong></h4>



<p>Le temps de mise en persona est long : pour un maquillage drag il faut compter plusieurs heures. Pour que L’Adam voit le jour il faut entre trois et quatre heures de maquillage, sans compter le travail sur les tenues, sur les perruques et sur les performances en amont.</p>



<p>En trois heures, mon rapport à moi-même se métamorphose.</p>



<p>D’abord, je fais disparaître mes traits distinctifs. Je m’efface pour ainsi dire, avant de réapparaitre, je me déconstruis pour mieux construire par la suite. Je me rase pour éviter qu’une texture se devine dans le résultat final. Mes sourcils disparaissent sous six couches de colle violette et une couche de talc (qui assure une surface lisse et prête à accepter le fond de teint qui viendra s’y placer par la suite). Les pattes de mes cheveux subissent le même sort, il ne faut pas que l’on devine mes cheveux «naturels» sous la perruque choisie. À ce stade, mon visage a perdu tous ses repères habituels et ne ressemble plus à moi-même.</p>



<p>Puis, un tube de fond de teint bleu à la main, je m’enduis la face de ce qui deviendra ma nouvelle peau pour les heures à venir. D’agrégé de philosophie à Fantômas, il n’y a qu’un pas. Je n’oublie pas de couvrir mon cou et le haut de mon torse d’un bleu plus foncé, accentuant les ombres et tirant le regard sur le visage plutôt que le corps. Tout en effaçant mes traits, je cherche à attirer l’œil vers ce canevas d’où surgira, quelques heures plus tard, L’Adam. Le bloc de bleu clair demeure cependant trop uni, plus aucune forme ne s’y lit. Il faut désormais sculpter, faire sortir du fond les formes. Le bleu foncé de mon cou m’aidera pour ce faire. Le plaçant sur ma mâchoire, je le tire d’un trait oblique&nbsp;: là où je voyais rondeurs et gras avant, se trouve une finesse ; je fais de même à mes pommettes qui surgissent de leur inexistence. Les ombres créent alors une impression de volume. Aristote disait de la main de l’humain qu’elle peut tout devenir&nbsp;; avec le maquillage, c’est le visage qui peut se prêter à toutes les configurations souhaitées. Je creuse mes joues qui n’ont jamais connu cette forme, cette profondeur, ce relief… Mon regard se porte désormais sur une créature peu familière, sur un nouveau moi. Mais cette face n’en est qu’à ses débuts. Pour l’instant est-elle encore humide, reluisante du fond de teint gras appliqué. Je dois, à nouveau, effacer les traits pour mieux les reconstruire. Je recouvre mon visage de talc, la blancheur recouvrant les découpages, redonnant cet aspect fantoma(s)tique. La dysphorie revient, la finesse ne se lit plus, je retrouve les formes que je cachais. Des minutes passent… quand pourrai-je l’enlever, cette poudre qui m’assèche, qui m’oblige à faire face à l’artificialité de ce que je fais&nbsp;? Un minuteur retentit, mon pinceau peut enfin libérer les contrastes de cette poudre qui les étouffe… Les joues se redéfinissent, mais l’éclat est perdu. Je dois reconstruire ce que j’ai perdu. Les pinceaux et les fards se succèdent, un bleu encore plus foncé (mais poudreux cette fois-ci) recreuse les surfaces, un blanc immaculé accentue les zones de lumière… la naissance est en cours.</p>



<p></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="687" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3845.jpg" alt class="wp-image-37731" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3845.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3845-300x201.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3845-768x515.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3845-650x436.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3845-150x101.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">L’Adam. Photo Amélie Abraham.</figcaption></figure>
</div>


<p></p>



<p>Manque toujours quelque chose. Les yeux, dégarnis par l’absence de sourcils, doivent être habillés. La partie la plus longue mais aussi la plus épanouissante commence. Minute par minute je dessine des motifs improbables, des traits qui semblent venus d’un autre monde autour de mes paupières. C’est là que la créativité de L’Adam doit jouer&nbsp;: les sourcils demeurent ensevelis, hors de question de ressembler à mon alter-ego humain, mais les fards, eux, commencent à dessiner un visage.</p>



<p>Enfin, moment de vérité, sommet de l’activité&nbsp;: je pose des faux cils. Le regard se complète et en se complétant, se produit un changement drastique&nbsp;: trois heures se sont écoulées. L’Adam est là. Dans le miroir la personne en face de moi n’est plus moi, c’est elle. Mais j’y suis encore, je vois la personne que je suis mais que je n’ose montrer, une personne confiante, expressive, créative, une personne qui n’attendait que ces couches de produits pour se montrer.</p>



<p>L’Adam est là. Ou presque. Reste autour de mon corps des habits qui connotent ma vie quotidienne – je dois ôter la chemise. Mes jambes se recouvrent d’un voile opaque de noir. Le plus grand changement est à venir. Autour de la taille, je place une armature en métal, un corset. Je prends les ficelles en main et je tire. Mon corps se resserre, la respiration devient pénible une seconde, l’équilibre se perd… Mes kilos en trop ne se voient plus, devant moi, une forme de sablier. J’enfile ma combinaison étoilée, comme pour rappeler l’évidence de l’origine alien de la persona. Je lace mes talons. Je me lève et je constate le changement.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Le drag, nouvelle expérience du monde</strong></h4>



<p>Mon drag modifie tout le rapport à mon corps. Désormais, des mouvements si aisés dans la vie deviennent des épreuves. Je dois reconsidérer mes positions. Si je me baisse pour ramasser une pièce tombée par terre en pliant le dos et non les jambes, les baleines en métal rentrent dans mes côtes&nbsp;; descendre les escaliers est un péril lorsque vous vous trouvez sur des échasses. Mon corps n’est plus simplement l’enveloppe charnelle dont je ne m’occupe qu’à de rares occasions. Il est une réalité vécue, éprouvée, parfois dans la douleur du faux mouvement.</p>



<p>Par la même occasion je deviens conscient de l’espace qui m’entoure. Chaque modification dans le relief est ressentie, chaque pente donne l’occasion d’une perte d’équilibre, chaque coup de vent tire sur les cheveux synthétiques qui désormais siègent sur ma calvitie naissante. Sur scène l’espace s’oublie, il se déploie avec chaque pas, créé par la chorégraphie. Avant la scène l’espace s’impose. Non seulement l’espace géographique se donne à moi, mais aussi l’espace social. Sortir en drag, en 2023, c’est risquer son intégrité corporelle. Non seulement la chute est toujours possible, mais les individus malintentionnés existent. Sortir en drag c’est aussi, sans cesse, regarder par-dessus son épaule. C’est croiser des regards tantôt médusés tantôt émerveillés par cette étrangeté qui déambule dans les rues de Poitiers. C’est rencontrer des fans qui souhaitent prendre des photos. Mais c’est aussi s’exposer. S’exposer à la violence des propos, aux insultes, aux moqueries. S’exposer, parfois, à la violence physique. Nous ne sortons donc jamais seuls. Sortir en drag, c’est sortir accompagné. C’est éprouver l’amour et la haine de la société à l’égard de ceux qui sortent des cadres imposés. Et dans cette épreuve, à travers elle, se constitue une communauté. Les transformations ne se font plus tout seul à la maison mais entourés d’autres <em>performers</em> qui se transforment à leur tour. Les déplacements à plusieurs éloignent les haineux mais attirent les amoureux.</p>



<p>Tout se métamorphose au contact du drag. Le maquillage, affaire de la vie quotidienne dans une société qui dicte aux femmes comment se comporter, devient l’expression de soi. Le corps, soumis aux diktats de la publicité et éprouvé comme indésirable, est façonnable à volonté, et reçu par une foule admirative. Mais ce corps ne cesse pas d’être mien, ce maquillage ne me cache en rien. Celui qui se trouve sous les projecteurs, qui se donne en spectacle, qui s’amuse et qui divertit, ce n’est pas un autre que moi, c’est moi. C’est le moi que je veux être et que je suis mais que je n’ose montrer.</p>



<p>Loin d’être une simple transformation, L’Adam est une révélation.</p>



<p></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="938" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3846.jpg" alt class="wp-image-37732" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3846.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3846-300x275.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3846-768x704.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3846-650x595.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/07/img_3846-150x137.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">L’Adam. Photo Amélie Abraham.</figcaption></figure>
</div>


<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p></p>



<p class="ensavoirplus">Oliver Norman est agrégé de philosophie, doctorant à l’université de Poitiers, sous la direction de Philippe Grosos. Sa thèse porte sur une compréhension éthique possible du silence à partir de l’œuvre de Kierkegaard et de ses lecteurs français de la seconde moitié du <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle (Emmanuel Levinas, Jacques Derrida, Jean-Louis Chrétien).<br><br>La page Instagram de L’Adam est <a href="https://www.instagram.com/ladam_queen/?hl=en">ici</a>.</p>
</blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="ensavoirplus"><strong>Bibliographie</strong><br>Greco, L., <em>Dans les coulisses du genre&nbsp;: la fabrique de soi chez les Drag Kings</em>, Lambert-Lucas, 2018<br>Monsoon, P., <em>L’Art du Drag</em>, Palette…, 2022<br>Rupp, L. &amp; Taylor, V., <em>Drag Queens at the 801 Cabaret</em>, University of Chicago Press, 2015</p>



<p>Cet article a été réalisé dans le cadre d’une formation doctorale sur l’écriture journalistique avec l’École doctorale Humanités de l’Université de Poitiers.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Rencontre avec Michelle Perrot – 15 mai à Paris</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Apr 2023 08:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[Espace Mendès France]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[Frédéric Chauvaud]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Michelle Perrot]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelle-Aquitaine]]></category>
		<category><![CDATA[Paris]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rencontre avec l'historienne Michelle Perrot à la Maison de la Nouvelle-Aquitaine à Paris pour évoquer son livre d'entretiens avec l'historien Frédéric Chauvaud et le numéro Chambres de la revue L'Actualité Nouvelle-Aquitaine.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="ensavoirplus"><strong>Héloïse Morel</strong>, rédactrice pour&nbsp;<em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em>&nbsp;et&nbsp;<strong>Jean-Luc Terradillos</strong>, rédacteur en chef de la revue, vont rencontrer&nbsp;<strong>Michelle Perrot</strong>&nbsp;à la Maison de la Nouvelle-Aquitaine à Paris le<strong>&nbsp;lundi 15 mai de 18h à 20h</strong>.<br><em>Maison de la Nouvelle-Aquitaine, 21 rue des pyramides, Paris 1er.</em><br><em>Métro Pyramides lignes 7 et 14.</em></p>
</blockquote>



<p>Historienne, professeure émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris Cité. Si elle a grandi dans le Paris populaire de l’entre-deux guerres et qu’elle habite toujours la capitale, Michelle Perrot a eu l’occasion aussi plusieurs fois de dire son appartenance à la campagne de la Vienne puisqu’elle rejoignait, enfant, pour l’essentiel de ses vacances, Moncontour de Poitou (86) où son arrière-grand-père était marchand de bois. Son cœur est donc aussi en Nouvelle-Aquitaine !</p>



<p>L’historienne du féminisme a publié deux livres d’entretiens en début d’année, l’un mêlant théories et autobiographie :&nbsp;<em><a href="https://www.grasset.fr/livres/le-temps-des-feminismes-9782246830276">Le temps des féminismes</a></em>&nbsp;(Grasset, janvier 2023), l’autre avec l’historien Frédéric Chauvaud à propos de la question carcérale<em>&nbsp;: <a href="https://pur-editions.fr/product/9404/punir-et-comprendre">Punir et Comprendre</a></em>&nbsp;(PUR, coll. Epures, février 2023).</p>



<p></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="300" height="490" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/9404.jpeg" alt class="wp-image-37255" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/9404.jpeg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/9404-184x300.jpeg 184w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/9404-150x245.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px"><figcaption class="wp-element-caption"><em>Punir et comprendre</em>, entretiens avec Frédéric Chauvaud, épures, PUR, 2023.</figcaption></figure>
</div>


<p></p>



<p>Enfin, son travail dans&nbsp;<em><a href="https://www.seuil.com/ouvrage/histoire-de-chambres-michelle-perrot/9782020892797">Histoire de chambres</a></em>&nbsp;(Seuil, La librairie du XXIe siècle, 2009) a inspiré <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-134-special-chambres/">le numéro 134 de&nbsp;<em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em></a>, la revue scientifique éditée par l’<a href="https://emf.fr/">Espace Mendès France</a>.</p>



<p>Cette rencontre est une opportunité précieuse de partager le savoir et la réflexion de Michelle Perrot, de (re)découvrir son travail et de faire connaissance avec la revue&nbsp;<em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em>, désormais semestrielle, et dont la nouvelle édition (135 – janvier 2023) est consacrée aux forêts.</p>



<p></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/couv-actu-134-bis.jpg" alt class="wp-image-37256" width="460" height="604" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/couv-actu-134-bis.jpg 780w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/couv-actu-134-bis-229x300.jpg 229w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/couv-actu-134-bis-768x1008.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/couv-actu-134-bis-650x853.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/couv-actu-134-bis-150x197.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 460px) 100vw, 460px"><figcaption class="wp-element-caption"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em>, Chambres, dans le sillage de Michelle Perrot, de l’alcôve au banc d’essai, n° 134, été-automne 2022.</figcaption></figure>
</div>


<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p></p>



<p>Achats et dédicaces sur place.<br><strong>Rencontre ouverte à toutes et tous <a href="https://www.nouvelle-aquitaine.paris/detail-agenda/372-rencontre-avec-michelle-perrot-nouvelle-date.html">sur inscription ici</a></strong></p>
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		<title>François Mitterrand – Le promeneur enraciné</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Mar 2023 17:54:11 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un ouvrage collectif retrace le parcours de François Mitterrand (1916-1996) au prisme de l’ancrage territorial et dévoile la géographie personnelle de l’ancien Président de la République.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Un ouvrage collectif retrace le parcours de François Mitterrand (1916–1996) au prisme de l’ancrage territorial et dévoile la géographie personnelle de l’ancien Président de la République.</em></p>



<p><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p>François Mitterrand fut certainement le dernier président de la République – deux septennats&nbsp;: 1981–1995 – dont l’immense culture peut sembler aujourd’hui exceptionnelle, voire anachronique. Ce Charentais de Jarnac issu d’une famille bourgeoise catholique était pétri d’histoire, de géographie, de littérature. L’histoire longue bien sûr, au moins jusqu’aux Celtes comme l’a relaté <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_de_Hennezel">Marie de Hennezel</a> dans <em>Croire aux forces de l’esprit</em> (2016), histoire qu’il pratiqua pendant des dizaines d’années à la manière d’un <a href="https://www.jose-corti.fr/titres/carnets-grand-chemin.html">Julien Gracq</a> en parcourant la France dans tous les sens, seul au volant de sa DS. «La géographie est ma plus chère et ma plus vieille amie avec la France en rose et l’Allemagne en vert des cartes de mon enfance», écrit-il dans <em>Ma part de vérité</em>. Une géographie physique et humaine, électorale (à l’échelle municipale, cantonale, départementale), culturelle et sentimentale, comme attestent deux monuments d’écriture intime publiés chez <a href="https://www.librairie-gallimard.com/listeliv.php?base=paper&amp;form_recherche_avancee=ok&amp;auteurs=Fran%C3%A7ois+Mitterrand">Gallimard en 2016&nbsp;</a>: <em>Journal pour Anne 1964–1970</em> et <em>Lettres à Anne 1962–1995</em>. En racontant à son amante tout ce qui le fait vibrer, c’est un agenda impressionnant qu’il déroule, une mine pour les historiens et politistes qui participaient au colloque «François Mitterrand et les territoires. Sensibilité et pouvoirs» à Poitiers en mars 2017. Un livre issu de ce colloque a paru fin 2023 aux <a href="https://pur-editions.fr/product/8824/le-promeneur-enracine">Presses universitaires de Rennes&nbsp;</a>, <em>Le Promeneur enraciné. François Mitterrand, un cheminement politique et sensible à travers les territoires,</em> sous la direction de <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/entretiens-francois-dubasque/">François Dubasque</a>, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Poitiers, membre du Criham, et <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/entretiens-anne-laure-ollivier/">Anne-Laure Ollivier</a>, professeur agrégée d’histoire en classe préparatoire au lycée Albert-Schweitzer, Le Raincy, chercheuse associée au laboratoire Polen de l’université d’Orléans, qui soulignent dans l’introduction&nbsp;:«Au fil des jours et des pages, cette itinérance prouve à quel point celui qui entra à l’Élysée en 1981 avait une connaissance profonde et intime du territoire national, de ses petites patries, et de ses habitants. La France était peut-être pour lui moins une idée qu’une expérience&nbsp;: une expérience sensible.»</p>



<p>Histoire, politique, littérature et témoignages ont nourri ce colloque original et passionnant dont <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> a rendu compte dans un <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/francois-mitterrand-et-les-territoires/">dossier en ligne</a> en interrogeant tous les participants.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>«Pour être élu par les Français…»</strong></h4>



<p><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/michel-charasse-lattachement-a-la-france-profonde/">Michel Charasse</a> (1941–2020), ancien ministre et ancien conseiller du président, revient sur la nécessité de l’ancrage territorial. Il raconte notamment la candidature <em>in extremis</em> de Ségolène Royal aux élections législatives de 1988 dans les Deux-Sèvres. François Mitterrand lui avait dit&nbsp;: «Elle ne sera pas élue mais cette expérience va lui tanner le cuir, et si elle est élue, c’est qu’elle se sera bien débrouillée.» Effectivement, elle a conquis cette circonscription «difficilement prenable».</p>



<p>Non sans malice, il rappelle cette conviction que le président confia aux maires de France en novembre 1994&nbsp;: «Vous savez, pour être élu par les Français, il faut aimer la France, il faut aimer les Français, et il faut que les Français sentent que vous les aimez.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Chez les agriculteurs</strong><strong></strong></h4>



<p>Cette proximité avec les gens est bien relatée par <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/henri-nallet-le-demineur-agronome/">Henri Nallet</a>, ancien conseiller agricole puis ministre, qui proposait au président de rencontrer des responsables agricole sur le terrain&nbsp;: «Le climat était d’abord glacial, puis se réchauffait doucement. François Mitterrand les interrogeait tout simplement. Il leur parlait de telle façon que ces hommes commençaient à échanger de manière naturelle avec lui. Il avait une maîtrise de la relation interpersonnelle mais aussi une connaissance des territoires, de leur géographie et du travail que ces hommes y faisaient, qui était exceptionnelle. Cela permettait donc d’établir, quelquefois par-dessus la tête du gouvernement, des relations directes entre le président de la République et les responsables agricoles.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Le pont de l’île de Ré</strong></h4>



<p><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/philippe-marchand-niveau-de-protocole-conseil-general/">Philippe Marchand</a> (1939–2018), élu charentais, ancien ministre de l’Intérieur, évoque «l’habilité parlementaire» qu’il faut déployer «pour faire passer un texte tout en étant minoritaire». Il raconte comment il a négocié – en l’absence des voix communistes – avec une vingtaine de députés de l’opposition afin de faire voter la loi de 1992 relative à l’administration territoriale de la République.</p>



<p>Le projet du pont de l’île de Ré souleva d’énormes polémiques. François Mitterrand y était opposé mais Philippe Marchand le remercie «de son silence sur ce dossier». Pourquoi&nbsp;? Parce tous les conseillers généraux de la Charente-Maritime le voulaient. «Respectueux du choix des élus locaux, il a laissé le processus suivre son cours et le Premier ministre a finalement signé l’autorisation de construction.»</p>



<p>Il rappelle également l’attachement du président à l’île d’Aix où il venait «deux-trois fois par an».</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La roche de Solutré</strong></h4>



<p>Chaque année depuis 1946, François Mitterrand gravissait la <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/noelline-castagnez-francois-mitterrand-ou-le-mystere-de-solutre/">roche de Solutré</a> – un paysage d’histoire – en compagnie de sa famille et d’amis, à Pâques puis à la Pentecôte. Un rite dont <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/gilbert-mitterrand-le-nom-du-pere-et-du-fils/">Gilbert Mitterrand</a>, fils cadet, donne une explication&nbsp;: «Rien de métaphysique dans ce choix, ni de volonté de célébrer l’esprit de la Résistance pour faire oublier les soi-disant errements vichystes&nbsp;! Pour François Mitterrand, il s’agissait d’un temps de partage familial et amical. Étant donné les activités de chacun, et les siennes en particulier, il importait de fixer une date annuelle, récurrente, ayant fonction de repère pour un rendez-vous, et quasi-valeur d’engagement pour être sûr de pouvoir se retrouver. Un rite si l’on veut. Mais ni un rituel, ni un cérémonial, ni un pèlerinage qui sous-entendraient d’autres fondements. C’était comme cela que nous fonctionnions tout au long de l’année pour préserver nos différents moments plus intimes.»</p>



<p>D’autre part, il raconte comment, au détriment de l’île de Ré, François Mitterrand a adopté les Landes au point de faire de l’ancienne bergerie de <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/gilbert-mitterrand-comment-francois-mitterrand-a-apprivoise-latche/">Latche</a> le lieu de villégiature où il aimait recevoir «des écrivains, journalistes, scientifiques, politiques et personnalités internationales» – «une façon informelle de faire de la politique». «Latche et Solutré ont fait partie de ces lieux où il avait la possibilité de faire se rencontrer les sphères intimes et politiques qui faisaient son unité personnelle.»</p>


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<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/mitterrand-promeneur-pur.jpeg" alt class="wp-image-37277" width="451" height="701" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/mitterrand-promeneur-pur.jpeg 659w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/mitterrand-promeneur-pur-193x300.jpeg 193w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/mitterrand-promeneur-pur-650x1010.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/mitterrand-promeneur-pur-150x233.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 451px) 100vw, 451px"></figure>
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<p class="ensavoirplus"><a><em>Le Promeneur enraciné. François Mitterrand, un cheminement politique et sensible à travers les territoires</em></a>, PUR, 270 p., 24 €</p>
</blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/francois-mitterrand-le-promeneur-enracine/">François Mitterrand – Le promeneur enraciné</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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