Henri Nallet - Le démineur agronome

Henri Nallet, ancien ministre de l'agriculture sous Mitterrand. Photo Eva Avril.

Par Héloïse Morel

« Pendant plusieurs années, j’ai été conseiller au cabinet du ministère de l’agriculture. C’était très dur et très sportif ! Chaque fois que François Mitterrand se déplaçait, il y avait des menaces de manifestations. » C’est ainsi que Henri Nallet, ancien ministre, se remémore ses années auprès du président Mitterrand lors du colloque organisé par l’université de Poitiers les 29 et 30 mars 2017. Sur le terrain, il jouait le démineur et il enjoignait Mitterrand à aller à la rencontre des responsables agricoles. « C’est là où j’ai pu admirer le rapport de François Mitterrand aux territoires et aux gens qui occupent les territoires. Il s’asseyait autour d’une table dans une ferme, d’une façon tout à fait naturelle, il y avait la FNSEA, les représentants de la chambre de l’agriculture, les coopératives… Au début, c’était glacial. Puis, il les écoutait et ça se détendait doucement et ces hommes – puisqu’il y avait peu de femmes à cette époque – commençaient à échanger. » 

Cours de géographie

François Mitterrand, atlas ambulant ! C’est ainsi que Henri Nallet se souvient des trajets en hélicoptère avec le président. « Il avait une maîtrise de la relation interpersonnelle mais également des territoires et leur géographie. À chaque déplacement, j’avais droit à un cours extraordinaire de géographie. C’était épatant !» Et lorsqu’en 1993, Mitterrand vient à Tonnerre, ville dont Henri Nallet est maire (de 1989 à 1998), il connaissait parfaitement l’histoire de cette ville Yonnaise.

« Lorsque j’étais député de l’Yonne, il vient passer une demi-journée à Vézelay et nous organisons un déjeuner avec les conseillers généraux du coin. Un nouveau projet de décentralisation, soutenu par le ministre de l’Intérieur, était en cours et les départements allaient en prendre un coup… Le président fait parler les uns et les autres sur les départements. Il en rajoutait et, à la fin, il se tourne vers le ministre et lui dit “Monsieur le Ministre de l’Intérieur, vous voulez toujours supprimer les départements ?” Et nous n’en avons plus jamais entendu parler !»

Les pêcheurs de Gascogne et les viticulteurs du Midi

Ce rapport riche aux territoires, Henri Nallet le commente par une dernière anecdote où il endosse encore son rôle de démineur. « C’était au moment de négociations agricoles avec l’Espagne et le Portugal. Il m’avait demandé d’aller voir deux sujets : les pêcheurs du Golfe de Gascogne et les viticulteurs du Midi pour savoir s’ils acceptaient la situation. Il avait cette sensibilité de savoir que c’était là où ce serait difficile. “Vous allez les voir tout seul. Je ne vous ai rien dit et surtout vous n’en parlez pas au ministre de l’Agriculture.” Je pense qu’il avait un rapport très riche et simple à plusieurs formes de production. » Selon l’ancien ministre, François Mitterrand serait, vraisemblablement aujourd’hui dans les rangs de ceux qui militent pour une agriculture plus respectueuse puisqu’il constatait déjà les limites des élevages intensifs modernes de la production porcine et des volailles : « Vous vous rendez compte, ils en ont des milliers !»

Fondation Jean Jaurès, point de rencontres

En 1992, Pierre Mauroy devient le premier président de la Fondation Jean Jaurès. Le mercredi 29 mars 2017, à l’occasion d’un colloque sur François Mitterrand et les territoires, c’est Henri Nallet, ancien ministre et actuel président de la Fondation qui présente ses diverses facettes. « Aujourd’hui la Fondation revêt trois grandes missions. Celle d’archiver et de mettre à disposition les archives du parti socialiste. Nous travaillons actuellement à leur numérisation. La deuxième mission concerne la réputation internationale : nous sommes en relation avec une soixante de fondations afin de constituer un réseau d’échanges et de discussions. La troisième fonction est celle d’un lieu d’échanges, de réflexions et de productions. Nous publions beaucoup et faisons se rencontrer chercheurs et politiques. » C’est un endroit ouvert à tous, ici, il n’est pas question d’excommunication rappelle son président, mais bien d’échanger et créer le lien entre la recherche et le politique.

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