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	<title>Martin Galilée - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>Martin Galilée - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>L’avenir des jeunes historiens</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Galilée]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Aug 2019 12:00:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les jeunes chercheurs soulignent des inégalités et une précarisation des carrières</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Martin Galilée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une table ronde réunissant des historiens des sciences, notamment un maître de conférences et deux doctorants, a débattu de l’avenir de cette discipline et des carrières de chercheur à l’occasion de la journée «L’histoire des sciences aujourd’hui» le 25 janvier 2019 dans le cadre des trente ans de l’Espace Mendès France.&nbsp;</p>



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<p class="wp-block-paragraph">L’avenir de la recherche en sciences humaines et sociales se dessine dès le début de carrière des jeunes chercheurs, qui commence aujourd’hui en doctorat : «À mon époque [entre 2009 et 2013], être doctorant c’était être étudiant», explique Thomas Morel, historien des mathématiques au laboratoire de mathématiques de Lens et de l’Éspé Lille Nord de France. «Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Les doctorants tendent à être considérés comme des enseignants-chercheurs, des collègues. Ils sont représentés dans les laboratoires, on les incite à organiser des colloques et à faire des publications tout en finissant leur thèse de plus en plus rapidement.» Mais le doctorat en sciences humaines et sociales subit de nombreuses pressions et mutations, sous l’influence de la culture professionnelle des sciences fondamentales et appliquées et des modèles de recherche européens. L’égalité d’accès au doctorat, la liberté de choix des sujets et l’autonomie intellectuelle sont remises en cause, dans une atmosphère de précarisation des carrières.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Une inégalité d’accès au doctorat</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les sciences fondamentales et appliquées, l’entrée en doctorat se fait généralement très jeune et avec un financement, alors qu’en sciences humaines et sociales les profils sont plus variés et les bourses plus rares. Mathilde Frémont, doctorante en histoire des sciences à l’université de Montpellier, donne l’exemple du laboratoire Lirdef : «Beaucoup de doctorants sont enseignants dans le secondaire et font leur thèse en parallèle de leur profession. Un grand nombre d’entre eux n’ont pas de contrat, je fais partie des chanceuses.» Ces différences tendent à être ignorées par les institutions, au préjudice des jeunes chercheurs. «Dans certaines universités, on ne peut pas se réinscrire après la troisième année si on n’a plus de financement», explique Benjamin Le Roux, visant notamment la logique en place au sein des collèges de sciences fondamentales et appliquées. Une situation injuste pour Pietro Corsi, professeur <em>emeritus</em> d’histoire des sciences à la faculté d’histoire de l’université d’Oxford et directeur d’études à l’EHESS : «Le fait que dans certains laboratoires on ne puisse être doctorant sans être financé est inacceptable, puisque cela introduit des différences entre citoyens.»</p>



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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="417" height="432" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/machineapercer.png" alt class="wp-image-31198" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/machineapercer.png 417w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/machineapercer-290x300.png 290w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/machineapercer-150x155.png 150w" sizes="(max-width: 417px) 100vw, 417px"><figcaption>«C’est une curieuse machine à percer que l’on peut installer n’importe où, grâce à l’eau sous pression qui la fait mouvoir et qu’on peut lui apporter par un simple tube de caoutchouc.» Machine à percer, illustration de <em>La Science française</em> n° 70, 30 juin 1892, p. 699. Source Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, domaine public.</figcaption></figure></div>



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<p class="wp-block-paragraph">«Cette interdiction de réinscription pose des questions notamment au niveau de l’intégrité scientifique, continue Benjamin Le Roux. Il y a quelques mois par exemple, je me suis vu proposer une bourse mobilité provenant d’une fondation que certains qualifieraient d’entriste par rapport à des questions qui m’intéressent dans le cadre de ma thèse, et je pense que si j’avais accepté de travailler avec eux j’aurais pu obtenir par la suite un financement pour ma cinquième année et me réinscrire sans problème.» Pour Thomas Morel, c’est l’autonomie intellectuelle qui souffre de cette dépendance aux financements, alloués à des sujets à la mode ou très orientés. «Un contrat a circulé proposant un sujet de thèse fléché, financé par l’Idex (initiative d’excellence), sur “l’influence des financements Idex sur la trajectoire scientifique des chercheurs”. Le système se mord complètement la queue. On se demande où le doctorant va postuler dans le cadre de son post-doctorat s’il arrive à prouver que les financements Idex sont une mauvaise chose !»&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading">L’exception des thèses françaises</h4>



<p class="wp-block-paragraph">La question de la nature même des thèses est au cœur du débat, rappelle Benjamin Le Roux. En effet, l’exception française en sciences humaines et sociales, en opposition au modèle européen et à celui des sciences fondamentales et appliquées, se manifeste par des thèses longues en durée et en nombre de pages, qui impliquent souvent un fastidieux travail de recherche documentaire, d’édition, voire de traduction. Notons par exemple qu’un doctorant en histoire peut se retrouver confronté à des milliers de documents d’archive originaux non triés, localisés (ou perdus) à divers endroits de France ou du monde. «Les chercheurs de l’étranger sont toujours frappés par les thèses françaises, raconte Pietro Corsi. En Angleterre, une thèse c’est trois ans. On pense collectivement que c’est au désavantage des doctorants de la faire en quatre, cinq ou six ans.» Alors que les institutions françaises œuvrent à limiter la durée des thèses, les attentes de contenu demeurent aussi élevées, une situation intenable pour les doctorants. «Soit on part du principe qu’une thèse en histoire des sciences mérite un petit peu plus de trois ans, soit on adapte les attentes. Une thèse en histoire des sciences doit-elle nécessairement approcher 400 pages ?», interpelle Mathilde Frémont.</p>



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<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/06/mathildefremont-1024x683.jpg" alt class="wp-image-31033"><figcaption>Revue <em>L’Université de Montpellier</em>, 1890, aux archives nationales. Documents utilisés par Mathilde Frémont dans sa thèse sur les collections et le patrimoine de l’université de Montpellier au regard de l’enseignement et de la recherche. Photo Mathilde Frémont.</figcaption></figure>



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<p class="wp-block-paragraph">Cette hésitation entre deux modèles a des répercussions tout au long des carrières. «Le modèle européen désormais classique de post-doctorat de longue durée où on est jeune chercheur pendant cinq à dix ans après sa thèse n’a pas vraiment pris en France, explique Thomas Morel. On reste sur un modèle d’Ater (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) relativement court. On voit maintenant des jeunes chercheurs qui restent longtemps précaires, sans pourtant bénéficier de l’abondance des offres présentes dans d’autres pays.»</p>



<h4 class="wp-block-heading">Tout est politique</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Le modèle français, au demeurant, pourrait bien être celui de l’avenir. «Nous sommes l’un des derniers pays où les postes de titulaires sont des postes pérennes», explique Wolf Feuerhahn, historien des sciences et des savoirs, chercheur CNRS au centre Alexandre Koyré et directeur de la <em>Revue d’histoire des sciences humaines</em>. «Je pense que c’est très précieux, et que l’introduction des post-doctorats en sciences humaines est une catastrophe. […] C’est le meilleur moyen de dire “on recrute les gens à partir de 40 ans”, c’est-à-dire à partir du moment où leur vie personnelle a explosé et qu’ils ont fait trois <em>burn-outs</em>. […] Quand on voit les files de chercheurs italiens qui se pressent au CNRS, on se dit qu’on est encore attractifs, peut-être par rapport à d’autres modèles.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prenant le rôle de <em>senior</em>, Pietro Corsi exempte ses collègues d’illusions : «La solution, c’est vraiment le politique. Nous pouvons seulement vous soutenir, mais c’est <em>votre</em> futur. Beaucoup de collègues vont répondre avec sympathie, mais il faut aussi une action politique.»&nbsp;<br></p>
<p></p><div class="qnimate-post-series-post-content"><div>Cet article fait partie du dossier <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/lhistoire-des-sciences-aujourdhui/">L’histoire des sciences aujourd’hui</a>.</div></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/lavenir-des-jeunes-historiens/">L’avenir des jeunes historiens</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Sciences humaines, quelle histoire !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Galilée]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jul 2019 12:00:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Navigation entre tendances apologétiques, nationalisme méthodologique, questions de légitimité et mépris académique</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Martin Galilée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Des spécialistes de différentes disciplines de sciences humaines discutent des spécificités de ces objets d’étude notamment face aux sciences naturelles et techniques, lors de la table ronde «L’histoire des sciences humaines et sociales» assemblée à l’occasion de la journée «L’histoire des sciences aujourd’hui» le 25 janvier 2019 dans le cadre des trente ans de l’Espace Mendès France.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">«L’histoire des sciences humaines est encore bien souvent une autohistoire», débute Clémentine Gutron, historienne des savoirs et des vestiges archéologiques, chargée de recherche CNRS au centre Alexandre Koyré et porteuse du programme ANR Fabricamag. Elle exprime des critiques sur des méthodes de recherche communément pratiquées. «Les histoires des disciplines et des savoirs, en archéologie comme ailleurs, ont été et sont encore très largement écrites par des chercheurs du domaine [et non des historiens]. Cela pose un certain nombre de problèmes en termes épistémologiques ou historiographiques sur le caractère distancié du rapport à l’objet.» En d’autres termes, le risque est de donner naissance à une apologie, une histoire-mémoire présentéiste : «L’histoire-mémoire vise surtout à construire des généalogies intellectuelles pour arriver jusqu’aux courants et auteurs du présent et les légitimer comme l’aboutissement de toute une tradition», explique Isabelle Gouarné, historienne des sciences sociales, chargée de recherche CNRS au centre universitaire de recherches sur l’action publique et le politique, épistémologie et sciences sociales (Curapp-ESS), université de Picardie. Elle souligne néanmoins les progrès réalisés depuis plusieurs décennies. «Ma génération a quand même bénéficié du renouveau de l’histoire des sciences humaines depuis au moins les années 1970. Les réflexions méthodologiques qui ont été menées ont fonctionné comme un garde-fou, comme une injonction à se méfier des récits disciplinaires qui faisaient partie de notre socialisation intellectuelle.»</p>



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<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/watt-665x1024.jpeg" alt class="wp-image-31244"><figcaption>Exemple d’histoire-mémoire dans les sciences de la nature, dans un journal populaire. James Watt, présenté en génie précoce et précurseur. <em>La Science populaire</em>, n° 63 du 28 avril 1881. Source Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Domaine public.</figcaption></figure>



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<p class="wp-block-paragraph">Il s’agissait donc d’éviter aux chercheurs travaillant sur l’histoire de leur propre science de tomber dans une familiarité excessive. Plusieurs approches ont été pour cela développées ces dernières années. Une première démarche a consisté à étudier par quels procédés une discipline se fabrique des pères fondateurs. Isabelle Gouarné s’est spécialisée sur l’un d’eux : «Marx, qui était complètement ignoré par les premières générations de sociologues français au début du <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle, a pu devenir en quelques années une référence majeure. Ce renversement a été possible grâce au travail de relecture et aux stratégies de légitimation académique qu’ont déployées les intellectuels proches du communisme dans les années 1930.» Avec le développement, depuis une vingtaine d’années, de l’histoire transnationale ou croisée, c’est aussi le «nationalisme méthodologique» de l’histoire des sciences qui a été mis en question, quittant une histoire centrée sur l’Occident pour interroger les circulations avec d’autres régions du monde considérées jusque-là comme périphériques dans la production des savoirs. Isabelle Gouarné a ainsi observé le contraste frappant entre le vif intérêt qu’avait initialement suscité la science soviétique et son dénigrement après 1989 comme non-science idéalisée et partisane. Enfin, une dernière dynamique a été de rompre avec la focale disciplinaire de l’histoire des sciences pour questionner «comment les sciences humaines ont été travaillées et hantées par la question de l’interdisciplinarité, ajoute Isabelle Gouarné. La coupure entre sciences humaines et sciences de la nature est extrêmement récente. Paul-André Rosenthal la date aux années 1960.»&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading">Compagnons d’aventure intellectuelle</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Clémentine Gutron témoigne ainsi de son expérience en mission archéologique, qui démontre les implications réciproques des rapports entre historiens des sciences et communautés savantes étudiées&nbsp;: «Archéologues et géologues sont passés pour moi d’un statut d’objets d’étude à celui de compagnons d’une aventure intellectuelle. Être associée dans ces collectifs m’a fait repenser mon rapport à la discipline historienne, j’ai une attention plus marquée pour la matérialité. Réciproquement, ma présence a eu une répercussion sur la représentation que ces chercheurs se font du site sur lequel ils évoluent. Ils se rendent compte qu’il n’est pas figé dans la période qu’ils étudient mais que les vestiges continuent à vivre, dans un territoire bien souvent habité. Les ruines font partie de la vie présente.» Mais malgré l’aventure intellectuelle, des blocages académiques et disciplinaires demeurent. «De par notre statut d’historien, on peut être disqualifié auprès de la communauté savante observée : “Quelle serait la légitimité d’un historien, non-archéologue, à faire l’histoire de l’archéologie ?” Cela peut avoir des conséquence concrètes, comme des obstacles à la conduite d’enquêtes ou à la documentation.»</p>



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<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/avennes-798x1024.jpeg" alt class="wp-image-31238"><figcaption>Boîtes et offertoirs égyptiens antiques. <em>Monuments égyptiens, bas-reliefs, peintures, inscriptions, etc., d’après les dessins exécutés sur les lieux par É. Prisse d’Avennes, pour faire suite aux Monuments de l’Egypte et de la Nubie, de Champollion le Jeune</em>. Émile Prisse d’Avennes, 1847. Source Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Domaine public.</figcaption></figure>



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<p class="wp-block-paragraph">Pourtant des chercheurs excessivement enfermés dans leur discipline peuvent perdre la perspective nécessaire à leurs recherches. «Dans l’histoire psychologique et psychiatrique, les savoirs sont liés aux acteurs qui font les théories sur le psychisme», explique Jacqueline Carroy, historienne des sciences, directrice d’études honoraire EHESS et membre honoraire du centre Alexandre Koyré. «Récemment un livre m’a beaucoup frappée : <em>Schizophrènes au <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle</em>, de Hervé Guillemain. C’est extrêmement intéressant de faire non pas l’histoire de la schizophrénie mais celle des schizophrènes, à partir d’archives d’hôpitaux et de ce que disent patients et familles.» Elle présente aussi l’exemple de la psychologie expérimentale qui, par manque d’accès à une variété de participants, n’étudie pas les êtres humains dans leur ensemble mais uniquement les étudiants de psychologie. Rafael Mandressi, historien de la médecine et des savoirs sur le corps et chercheur CNRS au centre Alexandre Koyré, illustre l’importance des savoirs multiples avec un exemple historique. «À Rome, au <span class="smallcaps">xvi</span><sup>e</sup> siècle, lorsque le pape décide de faire déplacer un des obélisques égyptiens de la ville place Saint-Pierre, on fait appel entre autres à des antiquaires. Ces gens-là sont capables de dire comment les Romains antiques avaient pu transporter l’obélisque non pas sur 400 mètres mais depuis Alexandrie.» Ainsi leurs connaissances concrètes et pas seulement livresques, leurs savoirs non-académiques, permettent une opération qui mélange Rome, l’Égypte, le <span class="smallcaps">xvi</span><sup>e</sup> siècle et l’époque de César. «Au fond, il s’agit de culture», ajoute Rafael Mandressi. Néanmoins, «donner aux étudiants le goût de l’ailleurs, de l’exotisme et de l’altérité, n’est pas facile et n’est pas ce qui est fait actuellement», soulève Jacqueline Carroy.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Mép</strong>ris ou méprises ?</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Malheureuse convergence pour les historiens des sciences humaines : non seulement leur légitimité d’historiens est remise en cause, mais celle de leur objet d’étude aussi. «Les sciences humaines sont interrogées quant à leur scientificité ou même leur potentielle scientificité. Faire de l’histoire des sciences humaines serait encore plus faire n’importe quoi, s’intéresser à des savoirs dont on se demande bien pourquoi on les appelle sciences», s’exclame, indigné, Wolf Feuerhahn, historien des sciences et des savoirs, chercheur CNRS au centre Alexandre Koyré et directeur de la <em>Revue d’histoire des sciences humaines</em>. «Il y a eu, de la part des sciences naturelles, sinon un certain mépris, au moins une certaine méconnaissance», accuse Jacqueline Carroy. «<em>L’Histoire des sciences et des savoirs</em>, publié au Seuil par Dominique Pestre, ne parle quasiment pas des sciences humaines. Le seul auteur cité est Foucault !», ajoute-t-elle. Thierry Hoquet, professeur de philosophie des sciences à l’université Paris Nanterre, explique que «les sciences humaines sont même supposées nocives, vectrices de relativisme épistémique avec le soupçon très fort d’un relativisme moral». Rafael Mandressi résume d’une boutade : «Il suffit d’être anthropologue pour être suspecté d’être un dangereux gauchisant !» La situation ne pousse cependant pas Wolf Feuerhahn à l’apitoiement. «Cela oblige les chercheurs à s’interroger sur les pratiques, les lieux de productions, les échanges, les rapports avec les sciences de la nature. On est amené à être dans l’inconfort.»</p>



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<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/clefdessonges-627x1024.jpeg" alt class="wp-image-31237"><figcaption>Les miracles de Marie, dans <em>Légende. Clef des songes.</em> Manuscrit éthiopien en langue amharique collecté par l’ethnologue français Marcel Griaule. <span class="smallcaps">XX</span><sup>e</sup> s. Source Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Domaine public.</figcaption></figure>



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<p class="wp-block-paragraph">Les historiens doivent aussi s’interroger sur leur rôle dans la société. Inconfort ultime, on leur demande d’être <em>utiles</em>. «On nous a toujours poussés à parler du présent», témoigne Jacqueline Carroy. «Les chercheurs CNRS peuvent faire ce qu’ils veulent, mais en conférence les professeurs d’université ou maîtres de conférence doivent répondre au public», dont les questions révèlent souvent une forme présentéiste, voire égocentrée. Typiquement : «En quoi cela me concerne-t-il personnellement aujourd’hui ?» Or, ce n’est pas le rôle de l’historien. «Les chercheurs sont maintenant requis d’avoir des regards rétrospectifs. Je vois un hiatus qui n’est pas facile à résoudre», explique Jacqueline Carroy.</p>



<h4 class="wp-block-heading">L’inconscient des sciences humaines</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Isabelle Gouarné voit cependant une autre forme de présentéisme, désirable cette fois, dans l’histoire des sciences humaines et qui lui donnerait vocation à «expliquer, de déconstruire des façons de penser dont on hérite, de fournir les instruments d’une réflexivité en sciences humaines», des rôles autrefois joués par la philosophie ou l’épistémologie historique. «Maintenant, c’est à l’histoire des sciences humaines de mettre au jour l’inconscient des sciences humaines.» Isabelle Gouarné attribue cette redistribution des rôles au tournant réflexif ayant eu lieu dans les années 1990, à partir duquel «tout chercheur se devait de questionner l’historicité de ses objets d’étude, ses méthodes et sa position de chercheur par rapport à son objet.» Pour éviter de retomber dans les formes d’instrumentalisation passées, la chercheuse invite ses confrères à une discussion ouverte et collective pour aborder de front ce débat latent. «Les sciences humaines ont le sentiment d’être dans une position fragilisée, de repli et de défense. La question de l’utilité de l’histoire des sciences humaines dans cette conjoncture me semble un débat à rouvrir.» Le défi sera de naviguer entre Charybde et Scylla : argumenter l’utilité de l’histoire des sciences humaines et risquer l’instrumentalisation, ou questionner les valeurs utilitaristes comme le propose Rafael Mandressi mais risquer de mettre à mal le financement de la discipline.<br></p>
<p></p><div class="qnimate-post-series-post-content"><div>Cet article fait partie du dossier <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/lhistoire-des-sciences-aujourdhui/">L’histoire des sciences aujourd’hui</a>.</div></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/sciences-humaines-quelle-histoire/">Sciences humaines, quelle histoire !</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Tendance, les historiens des technosciences</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Galilée]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jul 2019 12:00:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les frontières disciplinaires s'estompent et l'actualité s'invite dans la recherche, même historique</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Martin Galilée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«Comment l’histoire des sciences s’empare-t-elle des thématiques contemporaines ?» est la question posée à trois historiens des sciences et des techniques à l’Espace Mendès France réunis en table ronde le 25 janvier 2019 pour les trente ans de l’établissement et la journée spéciale «L’histoire des sciences aujourd’hui».</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Pour Bernadette Bensaude-Vincent, professeure émérite de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, les technosciences constituent un nouveau régime de production des savoirs. Dans ce régime, les identités disciplinaires s’estompent non seulement entre sciences et techniques mais aussi entre disciplines traditionnelles : «Il est actuellement difficile de trouver le moindre projet qui ne mobilise pas à la fois des physiciens, des chimistes, des géologues, des climatologues, etc.» Pierre Lamard, professeur en histoire des techniques à l’université de technologie de Belfort-Montbéliard, peut en fournir un parfait exemple avec l’implantation de capteurs pour pompiers en intervention : «Le technologue crée un objet parce qu’il a besoin d’informations en direct à la fois sur les conditions techniques de l’intervention (température ambiante, nature des fumées…) pour prendre les bonnes décisions face au feu et sur les réactions physiques du pompier lui-même (rythme cardiaque, température du corps…) pour sa protection.&nbsp; L’objectif est de placer des capteurs au cœur de l’action, donc sur le pompier. Mais donner des informations sur son corps et sur ses propres réactions physiques provoque de grandes réticences. Il faut donc faire comprendre au technologue qu’il travaille peut-être pour rien.» Ici, les sociologues mettent en relation les attentes et les craintes de l’usager puis font le lien avec le technologue, dans une construction horizontale entre sciences techniques et sciences humaines.</p>



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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/avertisseurincendie-688x1024.png" alt class="wp-image-31186" width="516" height="768"><figcaption>L’avertisseur d’incendie, nouvelle invention. Couverture de<em> La Science française</em>, n° 78, août 1892. Source Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, domaine public.</figcaption></figure></div>



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<p class="wp-block-paragraph">Le régime des technosciences change également le rapport aux objets de recherche, qui sont instrumentalisés. «Les atomes et les molécules ne sont plus des témoins de la structure de la matière, ils sont des nanomachines pouvant être mises au travail sous certaines conditions, explique Bernadette Bensaude-Vincent. Le gène n’est plus le secret de la vie, c’est un instrument qu’on met au travail pour fabriquer des machines.» Ce changement se retrouve en histoire des sciences depuis qu’elle s’est ouverte aux matériaux et aux objets, permettant d’écrire l’histoire des sciences à partir de celle de ses instruments. «Aujourd’hui on peut faire une histoire de notre civilisation à partir de l’histoire du carbone ou du silicium», ajoute Bernadette Bensaude-Vincent. Histoire des sciences et histoire des techniques se confondent.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>L’influence du </strong><strong><em>maintenant</em></strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Cette focalisation sur les objets change également la temporalité de la recherche. Sous sa forme technique, la connaissance quitte dorénavant très vite les laboratoires. «Avant l’émergence de théories ont lieu des confrontations internes qui ne sortent pas du labo. La technologie, par contre, en sort immédiatement dès la conception de l’objet et est confrontée à la société, aux coûts et aux usages», stipule Pierre Lamard. Bernadette Bensaude-Vincent relève également l’extrême porosité entre sciences et société qui implique des sujets de recherche imposés par l’actualité. La recherche fonctionne en effet par projets, influencés par les politiques scientifiques et le marché. Pour Thierry Hoquet, professeur de philosophie des sciences à l’université de Paris Nanterre, les inflexions du <em>maintenant </em>et des modes théoriques sur les objets de recherche et d’enseignement ne sont néanmoins pas à rejeter en bloc : «Il ne s’agit pas, pour le chercheur, de se laisser ballotter par les tendances mais peut-être de se laisser assouplir dans le choix de ses thématiques.» Le <em>maintenant </em>l’a lui-même invité à répondre à des questions qu’il avait ignorées durant vingt ans de recherche dans les sciences de la nature, travaillant entre autres sur la théorie de la reproduction : «Un jour on m’a demandé de faire un cours de philosophie de l’environnement, et je me suis rendu compte que je ne savais pas ce que c’était que la nature !» L’influence de la société s’est manifestée à lui notamment par l’urgence écologique et l’interrogation féministe, qui l’ont fait revisiter des corpus qu’il pensait connaître. Il a ainsi procédé à une relecture aidée d’une vision critique de la bicatégorisation sexuelle. «Si ce qu’on appelle <em>la différence des sexes</em> constitue une succession de discours et de modèles historiquement situés, on ne parle plus de nature mais de différentes manières de naturaliser. La nature n’est alors plus un concept physique mais moral.»&nbsp;</p>



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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/sevmoulin-675x1024.jpeg" alt class="wp-image-31261" width="506" height="768"><figcaption>«La couverture de ce numéro représente une curieuse machine américaine destinée à apprendre aux élèves aviateurs les premiers éléments du vol.» Couverture de <em>La Science et la Vie</em>, n° 37, mars 1918. Source Gallica.bnf.fr / BDIC, domaine public.</figcaption></figure></div>



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<p class="wp-block-paragraph">L’histoire des sciences et des techniques trouve donc sa place au milieu des problématiques actuelles dans la construction pluridisciplinaire des savoirs. Ainsi, les débats sur l’origine du changement climatique, qui mobilisent des données climatiques historiques, donnent un prodigieux élan à l’histoire environnementale. «Beaucoup d’argent est alloué pour faire l’histoire du climat de l’Anjou ou de l’Île-de-France, alors que pendant plusieurs décennies seul Emmanuel Le Roy Ladurie étudiait l’histoire climatique. Il y a une vraie co-construction de l’objet climat», témoigne Bernadette Bensaude-Vincent. Les historiens sont même convoqués dans l’innovation technologique, par exemple pour percer le secret de la durabilité des ciments romains. Pierre Lamard raconte d’autres cas : «Deux thèses récemment soutenues montrent qu’au Danemark au début du <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle des éoliennes étaient déjà capables de fournir localement de l’électricité en réseau et de manière autonome. L’histoire des techniques montre ainsi que des connaissances passées ont une valeur contemporaine» et prouve son utilité appliquée, chère au régime des technosciences.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>L’urgence d’un pas de côté</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">L’utilité de l’histoire des sciences face aux problématiques actuelles peut également se trouver dans la prise de recul. Thierry Hoquet rappelle ainsi l’inévitable caducité des théories scientifiques dont témoigne leur histoire, et la remise en question de toute glorification des sciences que cela doit impliquer. «Pour ne pas se nier en tant qu’historien, il y a parfois l’urgence d’un pas de côté, d’une analyse qui va, plutôt que répondre à la question, toujours la dissoudre, la reformuler, et tenter d’en préciser les termes.» Ce pas de côté se retrouve en recherche comme en enseignement. «J’ai fait un cours sur l’histoire de la métaphysique de l’animal, continue Thierry Hoquet, et on ne me posait que des questions sur le végétarisme, alors j’ai arrêté de le faire. Ce qui m’intéressait ce n’était pas uniquement de savoir si on avait le droit d’en manger ou pas.» Pierre Lamard le rejoint sur un enseignement critique et indépendant des tendances de la société : «Il ne faut pas former les élèves ingénieurs à répondre [benoîtement] aux attentes de l’environnement socio-économique mais veiller à ce qu’ils soient capables, dotés d’outils conceptuels et méthodologiques, d’être acteurs du devenir de la société. C’est fondamentalement différent.» Pour lui, c’est là le rôle, notamment, de l’histoire des sciences et des techniques dans leur formation.</p>



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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/sevguerre-713x1024.jpeg" alt class="wp-image-31260" width="535" height="768"><figcaption>«La couverture du présent numéro représente un destructeur de tranchées gyroscopique imaginé par un inventeur américain.» Couverture de<em> La Science et la Vie</em>, n° 39, juillet 1918. Source Gallica.bnf.fr / BDIC, domaine public.</figcaption></figure></div>
<p></p><div class="qnimate-post-series-post-content"><div>Cet article fait partie du dossier <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/lhistoire-des-sciences-aujourdhui/">L’histoire des sciences aujourd’hui</a>.</div></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/tendance-les-historiens-des-technosciences/">Tendance, les historiens des technosciences</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Des illites en épitaphe</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Galilée]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Jul 2019 10:09:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Biodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[CNRS]]></category>
		<category><![CDATA[IC2MP]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une nouvelle démarche permettant de révéler des traces de vie très ancienne a été mise en évidence par une équipe internationale pluridisciplinaire coordonnée par Abderrazak El Albani de l’Institut de chimie des milieux et matériaux de Poitiers (IC2MP, CNRS / université de Poitiers) et menée par son doctorant Jérémie Aubineau. Voile bactérien fossile. Photo A. El Albani et J. Aubineau. L’histoire commence sur le site de Franceville, celui qui a livré il y a dix ans déjà, à la même équipe de chercheurs, les plus anciens fossiles d’organismes pluricellulaires jamais observés. Les chercheurs se sont alors intéressés à l’environnement de ces fossiles, soupçonnant certaines formations minérales d’être des voiles bactériens fossilisés. À partir de 2015, Jérémie Aubineau, alors étudiant en master, s’est attelé à décrire et répertorier toutes les morphologies de ces voiles. Il a déterminé l’environnement de ces dépôts et notamment la profondeur des eaux de leur formation. «On regarde si ces structures ressemblent, jusqu’à l’échelle micrométrique, à celles des bactéries actuelles. En l’occurrence, on les retrouve à l’identique dans les marais salants des côtes bretonnes», raconte le jeune chercheur. Il en déduit alors que ces voiles proviennent de bactéries photosynthétiques vivant par moins de cent mètres de fond. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">Une nouvelle démarche permettant de révéler des traces de vie très ancienne a été mise en évidence par une équipe internationale pluridisciplinaire coordonnée par Abderrazak El Albani de l’Institut de chimie des milieux et matériaux de Poitiers (IC2MP, CNRS / université de Poitiers) et menée par son doctorant Jérémie Aubineau.<br></p>



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<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/dsc_4864a-1024x342.jpeg" alt class="wp-image-31332"><figcaption>Voile bactérien fossile. Photo A. El Albani et J. Aubineau.</figcaption></figure>



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<p class="wp-block-paragraph">L’histoire commence sur le site de Franceville, celui qui a livré il y a dix ans déjà, à la même équipe de chercheurs, les plus anciens fossiles d’organismes pluricellulaires jamais observés. Les chercheurs se sont alors intéressés à l’environnement de ces fossiles, soupçonnant certaines formations minérales d’être des voiles bactériens fossilisés. À partir de 2015, Jérémie Aubineau, alors étudiant en master, s’est attelé à décrire et répertorier toutes les morphologies de ces voiles. Il a déterminé l’environnement de ces dépôts et notamment la profondeur des eaux de leur formation. «On regarde si ces structures ressemblent, jusqu’à l’échelle micrométrique, à celles des bactéries actuelles. En l’occurrence, on les retrouve à l’identique dans les marais salants des côtes bretonnes», raconte le jeune chercheur. Il en déduit alors que ces voiles proviennent de bactéries photosynthétiques vivant par moins de cent mètres de fond. Restait à conduire une étude précise pour confirmer l’hypothèse.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Signature minérale</h4>



<p class="wp-block-paragraph">«Le problème de la matière organique c’est qu’elle ne se conserve pas, explique Abderrazak El Albani. Dans des roches de plus de trois milliards d’années, il ne faut pas rêver, l’organique n’est plus là. Le minéral, en revanche, peut enregistrer le passage de l’organique dans le système, tel que son déplacement, comme nous l’avons montré dans une précédente étude (voir <em>L’Actualité</em> <em>nouvelle-Aquitaine</em>, n° 124, p. 12). Cette fois-ci, il s’agit des traces d’une activité bactérienne.» Les éléments chimiques présents dans le tissu bactérien ont ainsi interagi avec leur environnement minéral. «À notre grande surprise, continue le directeur de thèse, Jérémie Aubineau a trouvé une signature minérale différente entre le sédiment et le voile, pourtant épais au mieux d’un millimètre et ayant subi le passage de deux milliards d’années !» Le changement de composition chimique est lié à l’emplacement de ce voile et donc des bactéries.</p>



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<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/dsc_7175-1024x596.jpg" alt class="wp-image-31335"><figcaption> Voile bactérien fossile. Photo A. El Albani et J. Aubineau.</figcaption></figure>



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<p class="wp-block-paragraph">Ces roches sédimentaires sont très majoritairement du grès, du sable consolidé. «Allez à la plage et attendez quelques milliers d’années, ça va donner du grès», conseille le jeune chercheur pour occuper les vacances. Dans ce grès, on retrouve partout de la smectite, minéral argileux, sauf dans le voile, où l’illite la remplace. La réaction minérale qui permet de passer de l’une à l’autre nécessite un élément chimique spécifique, le potassium. «Cet élément chimique se retrouve dans le vivant, et essentiellement dans les bactéries», reprend Abderrazak El Albani. Son doctorant poursuit : «Le potassium, comme on l’a montré, peut provenir du vivant, mais il peut aussi provenir d’un autre minéral, les K‑feldspaths. On sait depuis longtemps, cependant, que ce minéral est absent de notre site.» La réaction ne peut donc se produire que dans les voiles bactériens, chargés de potassium d’origine biologique. Au contraire, sur le site de Podolya en Ukraine, les chercheurs ont observé des voiles bactériens mais qui baignent dans des sédiments contenant du potassium : il n’y a alors rien à voir. «J’ai fait l’analyse minéralogique de voile bactérien et de support sédimentaire issus de ce site, et j’ai trouvé la même chose dans les deux», témoigne Jérémie Aubineau. Le site de Franceville est donc exceptionnel aussi pour sa minéralogie.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Nous ne sommes pas seuls</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Ce travail permettrait donc d’identifier des traces de vie en l’absence de molécules organiques, si toutefois la chance fournissait des conditions similaires à celles sur lesquelles ont travaillé les géologues. Pour Abderrazak El Albani, c’est une voie ouverte pour les exobiologistes, chercheurs de vie dans le cosmos. «Dans une mission sur Mars, il est crucial de savoir où poser le véhicule. Choisit-on une roche argileuse, sableuse, calcaire ? Notre étude pourrait aider à faire ce choix. De plus, les robots étant aujourd’hui capables de petits forages, ils pourraient réaliser des analyses de sédiments millimètre par millimètre, d’après la méthode que nous proposons.» Nul besoin en effet d’observer les formations de voiles dans le sédiment ni de découvrir des molécules organiques : de l’illite parmi la smectite serait à elle seule un indice majeur d’anciens peuplements bactériens. Les chercheurs ont dorénavant un nouvel outil pour chercher de la vie dans des roches très anciennes.</p>



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<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/2016_dsc_7256-1024x650.jpg" alt class="wp-image-31333"><figcaption> Voile bactérien fossile. Photo A. El Albani et J. Aubineau.</figcaption></figure>



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<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Aubineau, J., El Albani, A., Bekker, A., Somogyi, A., Bankole, O.M., Macchiarelli, R., Meunier, A., Riboulleau, A., Reynaud, J.Y. and Konhauser, K.O. (2019). Microbially induced potassium enrichment in Paleoproterozoic shales and implications for reverse weathering on early Earth. <em>Nature communications, 10</em>(1), p.&nbsp;2670.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/des-illites-en-epitaphe/">Des illites en épitaphe</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Rafael Mandressi, pour une histoire des savoirs</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Galilée]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jul 2019 12:00:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une proposition fertile pour résoudre une fois pour toutes le clivage entre histoire des sciences et histoire de la médecine</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Martin Galilée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Rafael Mandressi, historien de la médecine et des savoirs sur le corps, chercheur CNRS au centre Alexandre Koyré à Paris, donne la conférence «Les sciences et les savoirs, une histoire de périmètres» à l’occasion de la journée «L’histoire des sciences aujourd’hui» le 25 janvier 2019 dans le cadre des trente ans de l’Espace Mendès France.</p>



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<p class="wp-block-paragraph">«La question de Georges Canguilhem reste d’actualité : de quoi l’histoire des sciences est-elle l’histoire ?», interpelle l’historien Rafael Mandressi. Il est en effet difficile de définir ce que les sciences sont et ne sont pas. «L’emploi du terme <em>sciences</em> introduit des difficultés, des rugosités, des connotations, et questionne les critères de scientificité. […] Des objets que nous désignons parfois par le même terme ne recouvrent pas les mêmes réalités.» Il est par ailleurs difficile de catégoriser un objet de recherche comme <em>scientifique</em> avant de l’avoir étudié, mettant la recherche dans une situation paradoxale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire de la médecine et l’histoire des sciences ont entretenu des rapports laborieux et compétitifs. La place de la médecine dans la révolution scientifique du <span class="smallcaps">xvii</span><sup>e</sup> siècle a été considérée négligeable par un certain courant de pensée, mais centrale par un autre. En cause ? La définition de ce que sont les sciences à l’époque moderne. Rafael Mandressi propose comme solution de parler plutôt d’<em>histoire des savoirs</em>, «pour détacher l’histoire de la médecine de l’histoire des sciences.»</p>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/remmelinus-753x1024.jpeg" alt class="wp-image-31232"><figcaption>Homme avec présentation de certains organes. <em>Catoptrum Microcosmicum</em>, par Johannes Remmelinus, 1619. Planche p. 15. Source Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Domaine public.</figcaption></figure>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la même question revient inévitablement : de quoi l’histoire des savoirs est-elle l’histoire ? «D’à peu près tout et c’est tant mieux, défend Rafael Mandressi, puisque c’est la garantie d’un pluralisme qui concerne les objets, les approches, les méthodes, et les périodes. […] Il faut éviter la cristallisation pour permettre de poser les questions d’aujourd’hui.» Ce changement de perspective apporte en effet un flou désirable. Il permet de laisser de côté des problématiques qui deviennent des fardeaux, comme la question de la scientificité et des représentations qui lui sont associées. «Ces questions bloquent le travail empirique», alors pourquoi s’en encombrer ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’existe aucun critère de démarcation qui distinguerait un savoir d’un non-savoir, mais, pour Rafael Mandressi, il serait absurde de tenter d’en formuler. Les savoirs peuvent en effet être déclinés et précisés à l’infini par autant d’épithètes : «Savoirs lettrés, techniques, tacites, sociaux, institutionnels, dissidents ou parallèles, artisanaux, sensoriels, appliqués, mixtes, spéculatifs, empiriques, pratiques, etc. Scientifiques, de temps à autre. La liste est longue, elle est ouverte, plastique.» Rafael Mandressi modère cependant : «Les possibilités sont virtuellement infinies mais ça ne veut pas dire qu’on fait l’histoire de tout.»&nbsp;</p>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/manuelcuisine-1024x437.jpeg" alt class="wp-image-31231"><figcaption>Manière de découper les viandes, volailles et poissons. <em>Gros manuel de la cuisinière bourgeoise</em>, 1875. Source Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Domaine public.</figcaption></figure>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">Recouvrir une question sémantique d’un masque de flou pour donner carte blanche aux chercheurs pourrait cependant représenter une solution de facilité. «On évite à peu de frais le travail d’aller voir ce que <em>science</em> veut dire pour les gens qui nous intéressent et dans les écrits sur lesquels nous travaillons.» Ainsi l’histoire des sciences n’est pas remplacée, mais si Rafael Mandressi est suivi, elle existera peut-être au sein de l’histoire, plus vaste, des savoirs.<br></p>
<p></p><div class="qnimate-post-series-post-content"><div>Cet article fait partie du dossier <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/lhistoire-des-sciences-aujourdhui/">L’histoire des sciences aujourd’hui</a>.</div></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/rafael-mandressi-pour-une-histoire-des-savoirs/">Rafael Mandressi, pour une histoire des savoirs</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Comment l’histoire des sciences s’écrit-elle ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Galilée]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jul 2019 14:53:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Regards sur l'histoire des sciences par la focale du livre et de l'édition</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Martin Galilée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Trois historiens autour de la table ronde «Comment l’histoire des sciences s’écrit-elle et comment s’édite-t-elle&nbsp;?», organisée à l’occasion de la journée «L’histoire des sciences aujourd’hui» le 25 janvier 2019 dans le cadre des trente ans de l’Espace Mendès France.</p>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">«Le monde éditorial de l’histoire des sciences, ce n’est pas uniquement la collection Gallien de Georges Canguilhem aux Presses universitaires de France. C’est aussi les éditions Le Pommier, et c’est aussi Michel Serre sur toutes les radios, c’est tout ça le monde éditorial.» La table ronde est ouverte par Wolf Feuerhahn, historien des sciences et des savoirs, chercheur CNRS au centre Alexandre Koyré et directeur de la <em>Revue d’histoire des sciences humaines</em>. Le but de cette rencontre est d’observer l’histoire des sciences par la focale du livre et de l’édition, «pour comprendre quelque chose à notre petit monde». Les ouvrages et surtout les grandes synthèses diffusent une facette du domaine, en font voir une certaine conception par leur inclusion ou non des savoirs avec les sciences, des autres civilisations, par l’étendue des périodes étudiées. «Comment l’histoire des sciences s’écrit-elle et comment s’édite-t-elle ?» Trois interventions, trois historiens, trois réponses.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Patiemment</h4>



<p class="wp-block-paragraph">«L’histoire de la chimie présente un cas étrange. Les travaux portant sur les périodes antérieures au <span class="smallcaps">xviii</span><sup>e</sup> siècle ont été longtemps presque inexistants, alors qu’ils étaient nombreux dans les autres sciences de la nature», commence Bernard Joly, professeur émérite de philosophie et d’histoire des sciences à l’unité mixte de recherche CNRS «Savoirs, textes, langage»&nbsp; à l’université de Lille. «Ceci est dû à une erreur historiographique qui consiste à opposer la chimie à l’alchimie, rejetant l’alchimie du côté de l’ésotérisme et vidant l’histoire de la chimie ancienne de ce qui faisait son contenu. Les historiens des sciences n’avaient pas à s’intéresser, pensait-on, à ce qui apparaissait comme un ensemble de théories et de pratiques échappant radicalement au domaine de la science.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Grande-Bretagne se développe un mouvement éditorial à l’encontre de cette erreur historiographique, auquel la France reste longtemps hermétique. La <em>Society for the study of alchemy and early chemistry</em> est créée dès 1935 et sa revue <em>Ambix</em> publiée à partir de 1937, avec la volonté de montrer que les racines de la chimie se prolongent dans les écrits alchimiques du Moyen Âge et de la Renaissance. «En 1975, <em>The foundations of Newton’s alchemy</em> par Betty Jo Teeter Dobbs montre que l’intérêt de Newton pour l’alchimie ne relevait ni des égarements d’un savant à l’esprit tourmenté, ni d’un attachement secret à des thèses ésotériques ou illuministes, mais se rattachait au cœur même des travaux scientifiques de Newton. Pourtant, la traduction française, dans sa préface, rattache l’ouvrage à la tradition ésotérique», déplore Bernard Joly.&nbsp;&nbsp;</p>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/plomb-632x1024.jpeg" alt class="wp-image-31184"><figcaption>Formes minérales du plomb, dans <em>La Vie souterraine ou Les Mines et les Mineurs</em>, par Louis-Laurent Simonin, 1867. Source : Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, domaine public.</figcaption></figure>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">Néanmoins, en 1979, Robert Halleux publie <em>Les textes alchimiques</em> et insiste sur l’identité entre chimie et alchimie en soulignant que jusqu’au <span class="smallcaps">xvii</span><sup>e</sup> siècle les deux mots étaient synonymes. Puis en 1987 paraît le premier volume de la revue (française) <em>Chrysopoeia</em>. «Cette revue rassemble les travaux de ceux qui s’intéressent aux écrits alchimiques, certes essentiellement d’un point de vue littéraire, mais avec une rigueur et une érudition inégalée. Désormais, l’impossibilité de séparer l’alchimie de la chimie au Moyen Âge et à l’Époque classique semble admise par tous les historiens des sciences et les responsables de revue ou de collections éditoriales», conclut Bernard Joly.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Diversement</h4>



<p class="wp-block-paragraph">«Le monde de l’histoire des sciences est peu institutionnalisé, avec peu de chaires et des parcours professionnels très variés. Les chercheurs viennent d’histoire, de philosophie, des sciences sociales, mais aussi de toutes les sciences, et arrivent à ce qui n’est pas vraiment une discipline mais un domaine aux contours flous qui s’auto-dénomme de manières variées – <em>sciences studies</em>, histoire des techniques, epistémologie, <em>philosophy of science</em> – correspondant à des pratiques variées», avait déclaré Wolf Feuerhahn en ouverture de séance. Patrick Matagne, maître de conférences à l’Éspé et au laboratoire Ruralités de l’université de Poitiers, qui a lui-même initialement fait ses études en sciences naturelles et en histoire, corrobore. À la pluralité des auteurs il ajoute celle des audiences, donnant lieu à quatre formes d’écriture qu’il sépare sans vouloir les figer dans une typologie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout d’abord existe une forme d’écriture universitaire visant des chercheurs. Cette forme se rapproche des publications professionnelles, articles et thèses. «Je ne me suis pas préoccupé de modifier le style, la forme ou les attentes qui étaient celles de ma thèse de doctorat», raconte Patrick Matagne au sujet d’un livre<sup>1</sup> qu’il a publié visant un public de pairs, chercheurs ou futurs chercheurs .</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seconde forme d’écriture nécessite un certain niveau de «transformation didactique». Ainsi l’éditeur peut demander l’ajout d’une synthèse à la fin de chaque chapitre pour un ouvrage destiné aux étudiants ou enseignants<sup>2</sup>. «La frontière n’est pas très nette. Le public est plus large mais demeure un public qui s’intéresse à l’histoire des sciences et qui va la chercher.»</p>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/kunstformen1-716x1024.jpeg" alt class="wp-image-31213"><figcaption>Oursins de l’infra-ordre Echinidea, dans <em>Kunstformen der Natur</em> (Les Formes artistiques de la nature) par Ernst Haeckel, 1899–1904. Source : Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, domaine public.</figcaption></figure></div>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">Dans une troisième forme, le livre va chercher son public par des ruses. «C’était un éditeur naturaliste dans mon cas, pour l’histoire de l’écologie. Mon ouvrage était classé en librairie dans les publications naturalistes, entre <em>Je reconnais les arbres</em> et <em>Les espèces d’oiseaux</em>.»<em> </em>Rangé dans cette catégorie assez large (nature, écologie, faune, flore, etc.), ce livre d’histoire des sciences pouvait être découvert par un public qui ne le cherchait pas<sup>3</sup>. «Il était rendu visible simplement par le rayonnage», raconte Patrick Matagne. Ce type d’ouvrage implique des exigences de forme et d’iconographie, et amène l’auteur à s’adosser aux recherches de confrères pour couvrir assez largement le sujet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«La quatrième forme, c’est celle à laquelle j’ai été invité ici», continue l’historien des sciences. Il s’agit d’écrire pour le public de la culture scientifique, avec une transposition didactique et un ciblage du public. Il est alors parfois nécessaire d’écrire sur des sujets autres que ceux du chercheur. «J’ai écrit des articles sur les grands voyages naturalistes et je n’ai jamais conduit de recherches sur ce sujet<sup>4</sup>. C’est un travail tout à fait spécifique, complètement différent», termine-t-il, manifestement heureux de cette pluralité.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Discrètement</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Emanuel Bertrand, maître de conférences à l’ESPCI Paris et chercheur au centre Alexandre Koyré, a observé l’histoire des sciences par le prisme des publications chez Gallimard. Ces éditions ont débuté dans les années 1910 autour de la <em>Nouvelle Revue française</em> créée par quelques écrivains dont André Gide. «Les éditions Gallimard ne sont guère connues pour être un lieu de publication dédié à l’histoire des sciences au sens large, débute Emanuel Bertrand. Aucune des 378 collections et revues qui ont jalonné le siècle d’existence de cette maison d’édition n’est consacrée spécifiquement à ce domaine d’étude.»</p>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" width="788" height="868" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/microscopewatkins.jpeg" alt class="wp-image-31215" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/microscopewatkins.jpeg 788w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/microscopewatkins-272x300.jpeg 272w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/microscopewatkins-768x846.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/microscopewatkins-650x716.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/07/microscopewatkins-150x165.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 788px) 100vw, 788px"><figcaption>Représentation des pièces d’un microscope dans <em>L’Exercice du microscope</em> par François Watkins, 1754. Source : Gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, domaine public.</figcaption></figure></div>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">Néanmoins, une analyse quantitative conduite à propos de onze collections non littéraires de Gallimard, sur le second demi-siècle de l’histoire de l’éditeur, révèle que 10 % de la production de ces onze collections correspondent à de l’histoire des sciences. Cette dernière prend donc une place non négligeable tout en demeurant très peu visible du fait de sa dispersion dans des collections aux contours bien plus larges. Ainsi, dans la collection Idées, l’histoire des sciences se retrouve dans les catégories «philosophie», «sciences humaines», et surtout «sciences». Cela témoigne de la grande difficulté pour les éditions Gallimard à déterminer si l’histoire des sciences est une sous-discipline des sciences ou des sciences humaines. Emanuel Bertrand peut en témoigner : «Lors des entretiens que j’ai menés aux éditions Gallimard, quand je posais une question sur l’histoire des sciences, on me répondait systématiquement à propos des sciences elles-mêmes. C’était comme si l’histoire des sciences ne pouvait exister que comme un appendice des sciences, comme si elle était caractérisée par son objet d’étude, les sciences, bien plus que par sa méthodologie, l’histoire.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Emanuel Bertrand avance deux hypothèses pour expliquer ses observations chez Gallimard. Premièrement, l’histoire des sciences a été écrite presque exclusivement par les scientifiques eux-mêmes jusqu’à l’entre-deux-guerres. Par ailleurs, plus aucun scientifique ni historien des sciences n’a été impliqué chez Gallimard depuis le départ de Jean Rostand en 1968. Ceci est dit sans reproche de la part de l’historien : «En 2011, les ventes du <em>Petit Prince</em> de Saint-Exupéry pointent à plus de 13 millions. […] Dans les sciences humaines, un ouvrage qui se vend à 10 000 exemplaires est déjà considéré comme un succès commercial. Rien d’étonnant à ce qu’un éditeur généraliste soit attaché en priorité à son secteur littéraire.»&nbsp;</p>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">(1) <em>Aux origines de l’écologie. Les naturalistes en France de 1800 à 1914</em>, éditions du CTHS, 1999.<br>(2) <em>La naissance de l’écologie</em>, Ellipse, 2009. <br>(3) <em>Comprendre l’écologie et son histoire</em>, Delachaux et Niestlé, 2002. <br>(4) Les grands voyages de découverte, <em>l’Actualité Poitou-Charentes</em>, n° 73, 2006, p. 38–45. <a href="https://archives-actualite.nouvelle-aquitaine.science/files/show/2105">https://archives-actualite.nouvelle-aquitaine.science/files/show/2105</a> </p>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">D’autres ouvrages de ces historiens :</p>



<p class="wp-block-paragraph">Emanuel Bertrand et Wolf Feuerhahn (dir.),  <em>Penser les sciences et les techniques</em>, à paraître<br>Emanuel Bertrand, Wolf Feuerhahn et Valérie Tesnière (dir.), <em>Éditer l’histoire des sciences (France, xx<sup>e</sup> siècle)</em>, à paraître<br>Emanuel Bertrand, Plusieurs siècles de fabrique des chaires au Collège de France,<em> Revue d’histoire des sciences humaines</em>, 33, à paraître<br>Emanuel Bertrand, <em>Transitions de mouillage : rôle des interactions entre interfaces</em>, Éditions Publibook université, 2003</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bernard Joly, <em>Histoire de l’alchimie</em>, Vuibert, 2013<br>Bernard Joly, <em>Descartes et la chimie</em>, Vrin, 2011</p>



<p class="wp-block-paragraph">Patrick Matagne, <em>Éduquer à la biodiversité pour un développement durable : réflexions et expérimentations</em>, L’Harmattan, 2012<br>Patrick Matagne, <em>Le développement durable en questions</em>, L’Harmattan, 2007<br>Patrick Matagne, <em>Les enjeux du développement durable</em>, L’Harmattan, 2005 </p>
<p></p><div class="qnimate-post-series-post-content"><div>Cet article fait partie du dossier <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/lhistoire-des-sciences-aujourdhui/">L’histoire des sciences aujourd’hui</a>.</div></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/comment-lhistoire-des-sciences-secrit-elle/">Comment l’histoire des sciences s’écrit-elle ?</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Steven Isaac, historien texan de l’Europe médiévale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Galilée]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Jun 2019 13:47:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Tous les étés, il revient à Poitiers pour ses trésors historiques, ses collègues, et les semaines d'études médiévales du CESCM</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/steven-isaac-historien-texan-de-leurope-medievale/">Steven Isaac, historien texan de l’Europe médiévale</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Martin Galilée</strong><br></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quatorze juillet 1995, Calais. Le tonnerre gronde et la pluie bat. Steven Isaac pédale, trempé. Après une semaine de voyage cycliste en Angleterre, il est sur les traces de Guillaume d’Ypres, guerrier flamand du <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècle et objet de son mémoire de master d’histoire médiévale. Son pèlerinage sur la tombe de Guillaume achevé, il retourne de Belgique en France. «Je suis passé par la plage de Dunkerque, c’était impressionnant de rouler juste à côté de toute cette histoire.» Son séjour dans le vieux monde, dans l’histoire omniprésente, dure six semaines. Il reviendra des années plus tard, médiéviste accompli, accro notamment à Poitiers. «Chaque été je suis là pour étudier. Après neuf ans, je suis toujours touché par la façade de Notre-Dame-la-Grande.»</p>



<h4 class="wp-block-heading">On peut être payé à lire</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Son amour pour le Moyen Âge, Steven Isaac en trouve les racines dans ses lectures adolescentes : <em>Le seigneur des anneaux</em>, <em>Ivanhoé</em>. Mais devenir historien n’était pas pour lui une évidence, il était parti vers le journalisme. «C’est après mon premier cours d’histoire à l’université, très poussé mais passionnant, que j’ai redécouvert que j’adorais l’histoire.» Le système américain lui a permis d’ajouter l’histoire à son cursus et d’envisager la recherche, contre toute attente. «C’est vraiment possible, se disait-t-il, on peut être payé à lire ?!» Il s’est alors passionné pour l’histoire militaire médiévale. «J’ai d’abord étudié Richard Cœur de Lion, Aliénor, les noms mythiques. J’ai ensuite compris que l’histoire était plus complexe que je ne l’avais anticipé. Quand j’enseigne maintenant à des étudiants qui ont les mêmes attraits pour ces personnages, j’explique que Richard Cœur de Lion maîtrisait la guerre mais avait aussi compris qu’il fallait maîtriser les impôts. Ce n’est pas toujours plaisant d’étudier les impôts, non, mais c’est obligatoire.» Débutant la recherche en master, pratiquement noyé dans les lectures, il remarque un personnage mineur, Guillaume d’Ypres, qui restait à étudier. Souvent décrit comme mercenaire, il amène Steven Isaac à explorer le mercenariat médiéval dans sa thèse de doctorat. «Ça touche un nerf très humain, ces gens prêts à tuer pour de l’argent», explique-t-il. </p>



<h4 class="wp-block-heading">Payés à la pièce</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Sa thèse achevée en 1998, Steven Isaac la laisse de côté et se consacre principalement à l’enseignement. Mais l’histoire le rattrappe. En 2003, Georges W. Bush entre en guerre contre l’Irak et adjoint des mercenaires à son armée. Les États-Unis refusaient ou masquaient pourtant jusque-là ce recours, illégitime pour une nation qui se voulait toujours dans le camp des justes. «Par exemple, les Flying Tigers, l’escadron basé en Chine opérant avant l’entrée en guerre officielle des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, gagnaient de l’argent pour chaque avion japonais détruit. Mais officiellement ils étaient volontaires, pas mercenaires», explique Steven Isaac. Cette fois-ci, une privatisation de la guerre s’installe. «Beaucoup de soldats de l’U.S. Army, après leur période de service, sont entrés dans des compagnies privées comme Dyncorp ou Blackwater (renommée depuis Academi) pour continuer exactement les mêmes missions. Donc étaient-ils mercenaires… ou intelligents ? Ils faisaient le même travail mais beaucoup mieux payés !»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Steven Isaac décide alors de publier ses recherches pour le grand public, présentant les mercenaires du <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècle mais tirant des conclusions contemporaines, tout en conservant la qualité académique. Il tient à ses notes de bas de page. Ses sources viennent de chroniqueurs anglais, français, anglo-normands, espagnols, italiens ou allemands, ou de textes juridiques comme pour le cas de Guillaume d’Ypres. Il observe des préjugés contre les mercenaires, existant depuis l’Antiquité. «On pense qu’accepter de l’argent revient à perdre sa liberté, à ne plus être maître de soi.» Comme en attestent les poèmes satiriques de Guiot de Provins, ces préjugés se retrouvent aussi contre les ingénieurs, dirigeant les lignes de combat pour utiliser les machines de guerre aux dépens de l’autorité des chevaliers. </p>



<h4 class="wp-block-heading">Les cartulaires sont à Poitiers</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Une part croissante des recherches de Steven Isaac se fait en France. Dès 2000, il passe deux mois à Paris, travaillant à la BNF, et prend conscience de ses lacunes en français du quotidien&nbsp;: «Je pouvais discuter de loi féodale mais ne comprenais pas la direction des toilettes !» Il suit alors un cours d’été en immersion totale à La Rochelle en 2003 et découvre Poitiers où il reviendra tous les étés à partir de 2010 grâce à une bourse Fulbright. «J’ai repéré Poitiers pour ses fonds documentaires très riches, ses collections de cartulaires, ses sources primaires, ses chroniqueurs rassemblés, et aussi ses bibliothécaires toujours prêts à rendre service.» L’ambiance de travail y est aussi beaucoup plus humaine et chaleureuse. «Pour moi c’est rassurant d’avoir des collègues comme ça. Aux États-Unis, beaucoup de médiévistes travaillent seuls.» Au reste, l’omniprésence de l’histoire médiévale nourrit sa passion. «Ici l’histoire est partout, dans les abbayes, les châteaux-forts, les villes et les donjons. En trois jours en Auvergne avec l’équipe de castellologie, nous avons visité dix-sept châteaux ! Même pour moi, c’était presque trop !»</p>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>Steven Isaac est à retrouver dans le dossier </em><a href="https://archives-actualite.nouvelle-aquitaine.science/files/show/953"><em>60 étés au Moyen Âge</em></a><em>,</em> L’Actualité<em> n°108, printemps 2015, p. 39.</em></p></blockquote>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<h4 class="wp-block-heading">Semaines d’études médiévales</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Le Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (CESCM) organise à Poitiers depuis 1954 une session annuelle internationale francophone de formation, les <a href="https://cescm.labo.univ-poitiers.fr/forma/17-juin-28-juin-2019-semaines-detudes-medievales/">Semaines d’études médiévales</a>. Ces journées regroupent une quarantaine d’étudiants, doctorants et jeunes chercheurs, français et étrangers. Les conférences, les séances de travail autour des ressources documentaires, les excursions et visites au programme sont proposées par des spécialistes du Moyen Âge venus du monde entier. Cette manifestation interdisciplinaire, unique en son genre, contribue à construire et à renforcer, depuis une soixantaine d’années, un solide réseau national et international dans le domaine de l’étude du Moyen Âge. Cette année, du 17 au 28 juin, le CESCM invite : Corrado Bologna (École normale supérieure de Pise), Corinne Beck (Université de Valenciennes), Lola Badia (Université de Barcelone), Quitterie Cazes (Université de Toulouse Jean Jaurès), Joseph Morsel (Université Panthéon-Sorbonne), Isabelle Ragnard (Sorbonne Université – Faculté des lettres), Marco Mostert (Université d’Utrecht), Howard Bloch (Université de Yale), Alban Gautier (Université de Caen Normandie), Maria Colombo (Sorbonne Université – STIH), Stéphane Boissellier (Université de Poitiers – CESCM), Maria Filomena Coelho (Université de Brasilia), Robert A. Maxwell (Institute of Fine Arts – Université de New York), et Roberto Delle Donne (Université de Naples Federico II).<br></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/steven-isaac-historien-texan-de-leurope-medievale/">Steven Isaac, historien texan de l’Europe médiévale</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Anne Leroy – Images d’un territoire déchiré</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Galilée]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Jun 2019 13:27:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Images]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La photographe Anne Leroy a exploré les vestiges de la ligne de démarcation dans la grande région</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/anne-leroy-images-dun-territoire-dechire/">Anne Leroy – Images d’un territoire déchiré</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par
Martin Galilée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">De juin 1940 à mars 1943, la ligne de
démarcation séparait la France en deux, celle de Vichy et celle qui était
occupée. Anne Leroy, photographe d’origine niortaise, en résidence de création
itinérante portée conjointement par la Drac Nouvelle-Aquitaine, la Villa
Pérochon à Niort et le centre d’art image/imatge à Orthez, en a exploré les
vestiges et souvenirs dans la grande région. Après un an d’enquête,
d’entretiens et de photographie, 44 images accompagnées de textes et créations
sonores et divisées en trois axes de recherche – Archéologies, Paysages et
Violences – ont été exposées à Niort et Orthez sous le titre <em>Je ne suis pas mort. La famille va bien</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est chez le photographe Henri Masséaux, à
Niort, qu’Anne Leroy réalise ses premiers clichés. D’abord stagiaire en classe
de troisième, elle y revient pendant ses années de lycée. «Les seules photos
que j’avais le droit de prendre, c’était les photos d’identité. J’adorais
ça&nbsp;!» Arrivée en classe préparatoire, la perspective d’être ingénieure ne
la convainc pas. Elle choisit alors de faire de la photographie son métier et
suit un an de mise à niveau en BTS photographie avant d’entrer à l’école Louis
Lumière à Noisy-le-Grand, une formation très technique aux débouchés multiples.
Comme ferait toute jeune diplômée, elle travaille d’abord un peu puis part en
voyage en Inde à bicyclette. Au retour, elle s’installe à Bordeaux. «On me
l’avait annoncé comme un suicide professionnel, mais mon intégration s’est bien
faite. J’ai travaillé avec la Métropole, des agences d’architecture et
également pour la presse.»</p>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/05/jenesuispasmortlafamillevabien-archeologie1-1024x377.jpg" alt class="wp-image-30839"><figcaption>Archéologies #1. 44°22’28’’N – 0°14’36’’O. Fresque polychrome – Dépendances du château Vulcain, Bernos-Beaulac, Gironde, 2 mai 2018. Cette fresque polychrome aurait été peinte par la première division de cavalerie allemande. Celle-ci part de Aachen (Aix-la-Chapelle) en Allemagne en mai 1940 et poursuit sa route à travers la Belgique et la France. Elle participe aux batailles qui conduisent à la rupture de la ligne Weygand et à l’entrée des troupes allemandes dans Paris qui est déclarée ville ouverte le 14 juin. Les cavaliers abandonnent leurs chevaux pour poursuivre leur route à vélo jusque dans le Bazadais, où ils sont chargés du marquage de la ligne de démarcation après la signature de l’armistice, le 22 juin 1940. Ils réquisitionnent alors les dépendances du château Vulcain à Bernos-Beaulac. Ils quittent la région au mois d’août pour la Pologne.</figcaption></figure>



<div style="height:100px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">En 2016, alors que les régions viennent d’être reconfigurées, la Drac Nouvelle-Aquitaine se rapproche de la Villa Pérochon qui, elle-même, suggère la participation du centre d’art image/imatge d’Orthez pour le projet de photographier les traces de la ligne de démarcation. Anne Leroy remporte l’appel à projets. «Je ne m’interdisais pas de faire juste une errance poétique, je l’avais écrit noir sur blanc dans le dossier. J’avais envie de me laisser emporter dans l’expérience du terrain, je ne savais pas ce qui allait se passer.» </p>



<h4 class="wp-block-heading">Des historiens en or</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Le défi était de parvenir à photographier ce
qui n’est pas visible. Si la ligne de démarcation apparaît sur les cartes
historiques, rien ou presque ne la trahit sur le terrain. Le travail d’Anne
Leroy n’était donc pas qu’une quête d’images mais une véritable enquête. Elle
s’est inspirée des moyens d’investir des territoires et d’enquêter dans les
travaux des photographes Thierry Girard, Stéphanie Solinas, Mathieu Pernot ou
Taryn Simon. Elle a effectué au total une cinquantaine d’entretiens, notamment
avec des personnes très âgées qui ont connu la ligne de démarcation. «J’ai
aussi cherché du côté de la littérature et de la poésie s’il y avait des choses
en lien avec la ligne de démarcation, mais rapidement je me suis orientée vers
les sciences sociales.» Elle a échangé durant toute la période de la résidence
avec l’historien Éric Alary, qui a publié en 2003 chez Perrin <em>La Ligne de démarcation</em>,d’après sa thèse de doctorat. «J’ai
aussi beaucoup travaillé avec des historiens locaux, des amateurs collecteurs
d’objets, de récits et de faits, et qui ont une connaissance du terrain à
l’échelle extrêmement locale, continue Anne Leroy. Ainsi Christian Richard, de
Tercé, dans la Vienne, est une mine d’or.» Elle a aussi été en lien avec
Patrice Rolli du côté de la Dordogne. Souvent à la retraite, les historiens
locaux pouvaient répondre à la dernière minute, lui consacrer des journées
entières, lui montrer où était un baraquement ou pourquoi telle cabane de
jardin était en fait une ancienne guérite déplacée. </p>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/05/jenesuispasmortlafamillevabien-violence6-1024x1024.jpg" alt class="wp-image-30837"><figcaption>Violences #6. 44°18’42’’N – 0°14’57’’O – Captieux, Gironde, 24 avril 2018. Le 21 septembre 1941, Mokhtar Ben Abila, tirailleur algérien, prisonnier de guerre matricule n° 29 564, évadé du Frontstalag 221 de Lège en Gironde, est tué par un douanier allemand à une centaine de mètres de la ligne de démarcation à Captieux – qui sur cette portion suit le tracé de la Nationale 10. Il tente de traverser une première fois la route vers 13h, mais il est appréhendé par un douanier allemand. Tandis que celui-ci le conduit à la Kommandatur de Captieux, Mokhtar Ben Abila quitte brusquement la route à hauteur de la ferme Pauletot et s’élance dans les fougères en direction de la zone non occupée. Le douanier tire une première balle depuis la route qui le blesse grièvement, puis une seconde depuis la zone non occupée. L’évadé parcourt une centaine de mètres avant de s’écrouler au bord d’un ruisseau. L’Allemand, accompagné de deux autres douaniers, pénètre en zone non occupée pour recueillir le corps qui est transporté et inhumé à Captieux le lendemain en présence du maire.</figcaption></figure>



<div style="height:100px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">À partir des informations glanées à petite échelle, elle a dégagé ses axes de recherche et alternait ses journées entre les archives, les comptes rendus de gendarmerie, le terrain et les entretiens. Les images sont arrivées ensuite. C’est notamment à partir de son travail avec les historiens qu’elle a pu constituer le corpus d’images Archéologies. «Ce corpus montre qu’il reste en fait des traces matérielles de cette ligne, même si elles s’effacent dans les paysages. C’est une mémoire qu’on commémore un peu à certains endroits et qui se perd à d’autres.»</p>



<h4 class="wp-block-heading">Jusqu’au bunker</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Parfois aussi des rencontres se sont faites de manière informelle et spontanée. Au café d’Arnéguy, dernier village au sud, dans les Pyrénées-Atlantiques, la photographe entend parler d’un bunker, le seul de la ligne. Posé en haut d’une colline, il lui offre une vue sublime. L’influence des critères militaires et économiques dans le tracé de la ligne est explicité dans le corpus Paysages. Il montre ainsi le lieu-dit de Gâtineau, à La Roche-Posay, où la ligne faisait un détour pour englober en zone occupée la centrale électrique au bord de la Creuse. </p>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/05/jenesuispasmortlafamillevabien-archeologie5-549x1024.jpg" alt class="wp-image-30840"><figcaption>Archéologie #5. 43°06’32’’N – 1°16’50’’O. Bunker allemand (diptyque) – Arnéguy, Pyrénées-Atlantiques, 17 mars 2018.
</figcaption></figure>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">En plus des violences militaires, des
personnes abattues en tentant de traverser, le travail d’Anne Leroy montre la
violence de l’instauration de cette ligne et des impacts qu’elle a eu sur le
quotidien des gens. «Le tracé était absurde par endroits, il coupait des fermes
en deux, des fermiers devaient traverser la ligne pour aller à leur porcherie.»
La photographe en a tiré le corpus Violences, des textes issus de comptes
rendus de gendarmerie qui relatent des événements tragiques qui se sont
produits le long de la ligne, complétés par les images des lieux. Textes et
photographies sont inséparables dans ce travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’exposition a été reçue différemment entre Orthez, qui était traversée par la ligne, et Niort, qui ne l’était pas. Le public n’était pas le même. À Orthez, des gens sont venus retrouver leur histoire familiale. C’est cette continuité d’histoires humaines qui transparaît dans le récit d’Anne Leroy, ces longues histoires qu’elle a écoutées et recueillies partout sur le territoire. Aujourd’hui, elle travaille à un projet de livre dans lequel elle articule son travail photographique avec des réflexions sur la fabrique de l’histoire locale. Elle enquête auprès des mêmes historiens locaux qui l’ont aidée dans son travail sur la ligne de démarcation et notamment de l’association Vienne résistance internement déportation. La photographe devient glaneuse d’histoires.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Pour aller plus loin : <a href="https://archives-actualite.nouvelle-aquitaine.science/files/show/1233?fbclid=IwAR3gCKAs7oR1QnelbBIBVHul65SduxFlYK5HjR7EL1EZ-U6A-N6Ds1sy0b4">Au château de La Rochebeaucourt</a>, <em>L’Actualité Poitou-Charentes</em>, n° 101.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/anne-leroy-images-dun-territoire-dechire/">Anne Leroy – Images d’un territoire déchiré</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Écouter Voir, poésie à l’ensa</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Galilée]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Apr 2019 08:10:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'ENSA de Limoges invite la littérature contemporaine lors du festival Écouter Voir les 10 et 11 mai 2019</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/ecouter-voir-poesie-a-lensa/">Écouter Voir, poésie à l’ensa</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Martin Galilée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’École nationale supérieure d’art (ENSA) de Limoges invite à rencontrer créatrices et créateurs littéraires contemporains lors du festival Écouter Voir, les 10 et 11 mai 2019, organisé par trois étudiants de deuxième année : Élise Carlet, Arsène Brie et Malo Barrette, dans le cadre d’un enseignement de Fabrice Caravaca, éditeur du Dernier Télégramme.</p>



<div style="height:60px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">Étudiant de l’ENSA, Louis Zérathe est invité
en tant que créateur pour réaliser une lecture et présenter ses travaux. Le
festival Écouter Voir constitue pour lui un pont entre réalisations à l’école
et travail public, lui permettant de s’ouvrir à une autre audience. Il écrit
actuellement un mémoire sur le pouvoir de la langue, sur sa plasticité qui peut
la rendre oppressante ou libératrice. Ce mémoire fait écho au travail
d’écriture et d’autoédition de poésie qu’il mène conjointement à ses études
depuis deux ans. Ses écrits sont des textes courts, dans lesquels il réutilise
des lieux communs du langage, des slogans publicitaires, des formules
politiques. Il les modifie, leur donne un nouveau sens. Des slogans de
l’industrie automobile qui vendent la liberté et l’aventure, il tente de
refaire de la littérature. Il crée des variations sur le «Tout est à nous» des
anarchistes pour le rendre plus inclusif, travailler sur la sonorité, lui
enlever son côté militant ou lui retirer son air de lieu commun.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son travail parallèle d’autoédition,
Louis Zérathe confectionne des livres, des cartes postales, des affiches,
tentant de fabriquer les objets du début à la fin, du graphisme à l’impression.
Pour compléter les parties qu’il imprime à l’ENSA, il pratique chez lui reliure
et sérigraphie. L’édition lui permet avant tout de rester maître du projet et
de faciliter sa diffusion tout en gardant l’idée politique travaillée dans ses
textes. «Il y a une sorte de responsabilité quand on produit une affiche qui
est faite pour un espace public, explique Louis Zérathe. Il faut faire
attention à ce qu’elle raconte, il ne faut pas qu’elle vienne comme une
agression visuelle. L’objet doit être diffusable sans être imposé, ce que le
graphisme peut faire venir en douceur.» </p>



<div style="height:60px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/04/comme-les-manchots-affiche-2018-727x1024.png" alt class="wp-image-30596"><figcaption>Comme les manchots, affiche, 2018, Louis Zérathe</figcaption></figure>



<div style="height:60px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’invitation de Louis Zérathe s’est faite spontanément à l’initiative des étudiants, le choix des autres artistes du festival a été aiguillé par Fabrice Caravaca, éditeur du Dernier Télégramme à Limoges et instigateur du festival dans le cadre des cours qu’il donne à l’ENSA. «Les artistes ont été choisis parce que ce sont des figures importantes de la poésie contemporaine et de l’art action», explique-t-il. «Mon but est de montrer aux étudiants que la poésie contemporaine ce n’est pas que du texte mais aussi de la performance, des installations et de la musique.» Il fait ainsi profiter public et étudiants de ses connaissances du milieu, invitant aussi une autre maison d’édition de littérature contemporaine «au catalogue foisonnant», précise-t-il, <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/francoise-valery-franck-pruja-les-editions-de-lattente/">les éditions de l’Attente</a> à Bordeaux. Rendez-vous à ne pas manquer pour les amoureux de la langue, Écouter Voir est pour le moment un événement unique. Il appartiendra aux étudiants de reprendre le flambeau pour les prochaines années s’ils le souhaitent. </p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Lectures,
performances et musique</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Écouter Voir débute par le vernissage de l’exposition <em>Les relations perdues</em> de <a href="https://eclairs.aquitaine.fr/ecrire-cuicui-de-frederique-soumagne-dernier-telegramme.html">Frédérique Soumagne</a>. Artistes et auteurs présentent ensuite leurs lectures et performances au sein de l’école. Interviennent <a href="https://www.youtube.com/watch?v=DfZ96lshbIU">Brigitte Baumié</a>, musicienne et poète en perte d’audition qui travaille à la fois en langue des signes et en langue orale, <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/serge-pey-poetique-passionnelle-du-flamenco/">Serge Pey</a>, créateur singulier de poésie-action internationale, et Louis Zérathe. Le lendemain suivent <a href="https://virginiepoitrasson.blogspot.com/2017/06/virginie-poitrasson-extrait-le-pas.html">Virginie Poitrasson</a>, écrivaine, plasticienne, performeuse et traductrice de poètes américains et <a href="https://www.youtube.com/watch?v=G2bbnL827pI">Yannick Torlini</a>, poète qui travaille la langue autant qu’elle le travaille, et <a href="https://estherferrer.fr/fr/oeuvres/video/les-films">Esther Ferrer</a>, connue pour son travail de plasticienne et d’art-action qu’elle a conduit seule et au sein du groupe espagnol ZAJ. Ses dernières expositions en France étaient au musée d’Art contemporain du Val-de-Marne en 2014 et au FRAC Franche-Comté en 2015. Ces performances sont accompagnées d’une rencontre avec les éditions de l’Attente (Bordeaux) et les éditions Dernier Télégramme (Limoges) qui publient toutes deux de la poésie contemporaine, et suivies d’un repas et d’un concert de Guigou Chenevier et Patrice Soletti.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.derniertelegramme.fr/Festival-Ecouter-voir">Écouter Voir</a>, entrée libre et gratuite, 10 et 11 mai 2019, <a href="https://www.ensa-limoges.fr/">ENSA Limoges</a></p>



<div style="height:60px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2019/04/grand-banditisme-carte-postale-2018-1024x1024.png" alt class="wp-image-30594"><figcaption>Grand Banditisme, carte postale, 2018, Louis Zérathe</figcaption></figure><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/ecouter-voir-poesie-a-lensa/">Écouter Voir, poésie à l’ensa</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Daniel Gaonac’h – Manuel de culture cérébrale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Martin Galilée]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Apr 2019 05:59:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Daniel Gaonac’h (université de Poitiers) propose un manuel de psychologie cognitive des processus d’apprentissage à destination des enseignants : Quand le cerveau se cultive.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/daniel-gaonach-manuel-de-culture-cerebrale/">Daniel Gaonac’h – Manuel de culture cérébrale</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Martin Galilée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Daniel Gaonac’h est professeur émérite à
l’université de Poitiers et membre associé du laboratoire Cerca (Centre de
recherches sur la cognition et l’apprentissage – UMR CNRS 7295). Il a exercé
différentes responsabilités à l’IUFM puis à l’Éspé de l’académie de Poitiers.
Ses recherches ont porté principalement sur le fonctionnement de la mémoire de
travail dans les activités de langage et sur l’apprentissage des langues
étrangères. Il propose un manuel de psychologie cognitive à destination des
enseignants, <em>Quand le cerveau se cultive</em>,
aux éditions Hachette éducation. Il y fait le point sur les connaissances
actuelles, «souvent anciennes, parfois plus récentes», concernant les processus
d’apprentissage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La masse molle que notre crâne protège est
avant tout une machine à apprendre, rudement mise à contribution durant les
longues années que dure l’éducation. Des milliards de connexions se créent pour
nous permettre, primates issus d’un monde tangible, de manipuler mentalement
des concepts abstraits, des symboles, des idées et des nombres. Un miracle ?
Oui, mais tout de même, il y a une méthode. Daniel Gaonac’h propose d’en
explorer les processus pour mieux adapter l’enseignement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En introduction, l’auteur prévient son
lectorat : des débats très polarisés minent le domaine de l’éducation, opposant
d’une part les croyants aux déterminants biologiques, brandissant neurosciences
et psychologie cognitive, et d’autre part les partisans des déterminants
sociaux, armés de sociologie et psychologie sociale. Nature contre culture,
essentiellement. Daniel Gaonac’h ne vise pas à prendre parti pour l’un ou
l’autre des deux camps. Au contraire, il cherche à tirer des connaissances des
recherches de ses confrères des deux bords, sans ségrégation idéologique.
«Apprendre constitue un processus biologique <em>et</em> une activité sociale», rappelle-t-il. C’est néanmoins de son
domaine de spécialité, la cognition, qu’il est le plus à même de parler :
«L’objectif de ce livre est bien d’apporter au lecteur des informations
scientifiques sur des processus cognitifs généraux : l’attention, le
fonctionnement de la mémoire, la variété des processus d’apprentissage.» Le <em>cerveau</em>, d’ailleurs, plutôt que
l’individu, est central dans le titre de son livre. On retrouvera donc
sociologie et psychologie sociale dans les premiers et derniers chapitres,
armure de contexte et de critique face aux idéologies neuroéducatives,
enveloppant un noyau de psychologie cognitive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Afin de souligner l’articulation du biologique
et du social dans l’apprentissage, Daniel Gaonac’h offre un premier chapitre
sous forme d’exemple : la prise en charge des troubles de la lecture et de la
dyslexie, «un domaine de recherche particulièrement approprié pour introduire
ce dossier “nature – culture”», précise-t-il. Il y démontre l’incapacité des
approches purement sociales et purement biologiques à résoudre ces troubles ou
à les expliquer, et le besoin de combiner les disciplines pour trouver des
solutions. «Fondée principalement sur la psychologie cognitive, notre démarche
ne rejette en rien les données des neurosciences, ni des sciences sociales.
Nous serons cependant attentifs à éviter de dériver vers certaines formes d’un
totalitarisme scientifique auquel on est parfois confronté, de quelque côté
qu’on se tourne.» Daniel Gaonac’h ne veut pas céder à la tentation de
simplifier le complexe.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Daniel Gaonac’h, <em>Quand le cerveau se cultive : Psychologie cognitive des apprentissages</em>, Hachette éducation, 320 p., 19,90 €</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/daniel-gaonach-manuel-de-culture-cerebrale/">Daniel Gaonac’h – Manuel de culture cérébrale</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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