Daniel Gaonac’h – Manuel de culture cérébrale

Daniel Gaonac’h. Photo Claude Pauquet.

Par Martin Galilée

Daniel Gaonac’h est professeur émérite à l’université de Poitiers et membre associé du laboratoire Cerca (Centre de recherches sur la cognition et l’apprentissage – UMR CNRS 7295). Il a exercé différentes responsabilités à l’IUFM puis à l’Éspé de l’académie de Poitiers. Ses recherches ont porté principalement sur le fonctionnement de la mémoire de travail dans les activités de langage et sur l’apprentissage des langues étrangères. Il propose un manuel de psychologie cognitive à destination des enseignants, Quand le cerveau se cultive, aux éditions Hachette éducation. Il y fait le point sur les connaissances actuelles, «souvent anciennes, parfois plus récentes», concernant les processus d’apprentissage.

La masse molle que notre crâne protège est avant tout une machine à apprendre, rudement mise à contribution durant les longues années que dure l’éducation. Des milliards de connexions se créent pour nous permettre, primates issus d’un monde tangible, de manipuler mentalement des concepts abstraits, des symboles, des idées et des nombres. Un miracle ? Oui, mais tout de même, il y a une méthode. Daniel Gaonac’h propose d’en explorer les processus pour mieux adapter l’enseignement.

En introduction, l’auteur prévient son lectorat : des débats très polarisés minent le domaine de l’éducation, opposant d’une part les croyants aux déterminants biologiques, brandissant neurosciences et psychologie cognitive, et d’autre part les partisans des déterminants sociaux, armés de sociologie et psychologie sociale. Nature contre culture, essentiellement. Daniel Gaonac’h ne vise pas à prendre parti pour l’un ou l’autre des deux camps. Au contraire, il cherche à tirer des connaissances des recherches de ses confrères des deux bords, sans ségrégation idéologique. «Apprendre constitue un processus biologique et une activité sociale», rappelle-t-il. C’est néanmoins de son domaine de spécialité, la cognition, qu’il est le plus à même de parler : «L’objectif de ce livre est bien d’apporter au lecteur des informations scientifiques sur des processus cognitifs généraux : l’attention, le fonctionnement de la mémoire, la variété des processus d’apprentissage.» Le cerveau, d’ailleurs, plutôt que l’individu, est central dans le titre de son livre. On retrouvera donc sociologie et psychologie sociale dans les premiers et derniers chapitres, armure de contexte et de critique face aux idéologies neuroéducatives, enveloppant un noyau de psychologie cognitive.

Afin de souligner l’articulation du biologique et du social dans l’apprentissage, Daniel Gaonac’h offre un premier chapitre sous forme d’exemple : la prise en charge des troubles de la lecture et de la dyslexie, «un domaine de recherche particulièrement approprié pour introduire ce dossier “nature — culture”», précise-t-il. Il y démontre l’incapacité des approches purement sociales et purement biologiques à résoudre ces troubles ou à les expliquer, et le besoin de combiner les disciplines pour trouver des solutions. «Fondée principalement sur la psychologie cognitive, notre démarche ne rejette en rien les données des neurosciences, ni des sciences sociales. Nous serons cependant attentifs à éviter de dériver vers certaines formes d’un totalitarisme scientifique auquel on est parfois confronté, de quelque côté qu’on se tourne.» Daniel Gaonac’h ne veut pas céder à la tentation de simplifier le complexe.

Daniel Gaonac’h, Quand le cerveau se cultive : Psychologie cognitive des apprentissages, Hachette éducation, 320 p., 19,90 €

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