Écouter Voir, poésie à l’ensa

À la piscine, affiche, 2018, Louis Zérathe

Par Martin Galilée

L’École nationale supérieure d’art (ENSA) de Limoges invite à rencontrer créatrices et créateurs littéraires contemporains lors du festival Écouter Voir, les 10 et 11 mai 2019, organisé par trois étudiants de deuxième année : Élise Carlet, Arsène Brie et Malo Barrette, dans le cadre d’un enseignement de Fabrice Caravaca, éditeur du Dernier Télégramme.

Étudiant de l’ENSA, Louis Zérathe est invité en tant que créateur pour réaliser une lecture et présenter ses travaux. Le festival Écouter Voir constitue pour lui un pont entre réalisations à l’école et travail public, lui permettant de s’ouvrir à une autre audience. Il écrit actuellement un mémoire sur le pouvoir de la langue, sur sa plasticité qui peut la rendre oppressante ou libératrice. Ce mémoire fait écho au travail d’écriture et d’autoédition de poésie qu’il mène conjointement à ses études depuis deux ans. Ses écrits sont des textes courts, dans lesquels il réutilise des lieux communs du langage, des slogans publicitaires, des formules politiques. Il les modifie, leur donne un nouveau sens. Des slogans de l’industrie automobile qui vendent la liberté et l’aventure, il tente de refaire de la littérature. Il crée des variations sur le «Tout est à nous» des anarchistes pour le rendre plus inclusif, travailler sur la sonorité, lui enlever son côté militant ou lui retirer son air de lieu commun.

Dans son travail parallèle d’autoédition, Louis Zérathe confectionne des livres, des cartes postales, des affiches, tentant de fabriquer les objets du début à la fin, du graphisme à l’impression. Pour compléter les parties qu’il imprime à l’ENSA, il pratique chez lui reliure et sérigraphie. L’édition lui permet avant tout de rester maître du projet et de faciliter sa diffusion tout en gardant l’idée politique travaillée dans ses textes. «Il y a une sorte de responsabilité quand on produit une affiche qui est faite pour un espace public, explique Louis Zérathe. Il faut faire attention à ce qu’elle raconte, il ne faut pas qu’elle vienne comme une agression visuelle. L’objet doit être diffusable sans être imposé, ce que le graphisme peut faire venir en douceur.»

Comme les manchots, affiche, 2018, Louis Zérathe

Si l’invitation de Louis Zérathe s’est faite spontanément à l’initiative des étudiants, le choix des autres artistes du festival a été aiguillé par Fabrice Caravaca, éditeur du Dernier Télégramme à Limoges et instigateur du festival dans le cadre des cours qu’il donne à l’ENSA. «Les artistes ont été choisis parce que ce sont des figures importantes de la poésie contemporaine et de l’art action», explique-t-il. «Mon but est de montrer aux étudiants que la poésie contemporaine ce n’est pas que du texte mais aussi de la performance, des installations et de la musique.» Il fait ainsi profiter public et étudiants de ses connaissances du milieu, invitant aussi une autre maison d’édition de littérature contemporaine «au catalogue foisonnant», précise-t-il, les éditions de l’Attente à Bordeaux. Rendez-vous à ne pas manquer pour les amoureux de la langue, Écouter Voir est pour le moment un événement unique. Il appartiendra aux étudiants de reprendre le flambeau pour les prochaines années s’ils le souhaitent.

Lectures, performances et musique

Écouter Voir débute par le vernissage de l’exposition Les relations perdues de Frédérique Soumagne. Artistes et auteurs présentent ensuite leurs lectures et performances au sein de l’école. Interviennent Brigitte Baumié, musicienne et poète en perte d’audition qui travaille à la fois en langue des signes et en langue orale, Serge Pey, créateur singulier de poésie-action internationale, et Louis Zérathe. Le lendemain suivent Virginie Poitrasson, écrivaine, plasticienne, performeuse et traductrice de poètes américains et Yannick Torlini, poète qui travaille la langue autant qu’elle le travaille, et Esther Ferrer, connue pour son travail de plasticienne et d’art-action qu’elle a conduit seule et au sein du groupe espagnol ZAJ. Ses dernières expositions en France étaient au musée d’Art contemporain du Val-de-Marne en 2014 et au FRAC Franche-Comté en 2015. Ces performances sont accompagnées d’une rencontre avec les éditions de l’Attente (Bordeaux) et les éditions Dernier Télégramme (Limoges) qui publient toutes deux de la poésie contemporaine, et suivies d’un repas et d’un concert de Guigou Chenevier et Patrice Soletti.

Écouter Voir, entrée libre et gratuite, 10 et 11 mai 2019, ENSA Limoges

Grand Banditisme, carte postale, 2018, Louis Zérathe
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