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	<title>Poitiers - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>Poitiers - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Manger pour se construire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ulysse]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 May 2026 07:15:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En quête de nourritures terrestres qui augmentent l’existence, de Paris à Poitiers via les souvenirs des soup dumplings de Chinatown à New York ou des cigares au fromage et aux olives du Proche Orient.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>En quête de nourritures terrestres qui augmentent l’existence, de Paris à Poitiers via les souvenirs des <em>soup dumplings</em> de Chinatown à New York ou des cigares au fromage et aux olives du Proche Orient.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Sarah Leski</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pourrais raconter ma vie en me basant sur la nourriture – sur les nourritures. Lorsque j’habitais à Paris, j’avais mes petites habitudes. J’allais faire mes courses dans quelques magasins et marchés, pas loin de chez moi. Et parmi le grand nombre de restaurants de la capitale, j’en avais trouvé où j’aimais revenir régulièrement. Il y en avait un, italien, où l’on mange des pâtes à se damner&nbsp;; et en entrée, du poulpe grillé cuit à la perfection, croustillant à l’extérieur et fondant à l’intérieur. J’ai l’eau à la bouche rien qu’en y pensant. J’y allais pour des occasions spéciales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais je crois que mon restaurant préféré de tous les temps, qui heureusement pour moi est bien plus abordable, est celui où j’ai pu remanger des dim-sum, de délicieux raviolis chinois. Ce ne sont pas n’importe lesquels&nbsp;; non seulement ils sont faits maison comme toute la carte, que j’explore un peu plus à chaque visite, mais c’est là que j’ai retrouvé les <em>soup dumplings</em> que j’avais découverts il y a des années avec ma mère et ma tante à Chinatown à New York. En commandant, on s’attendait à recevoir une soupe avec des raviolis dedans. On était donc surprises en voyant les plats en bambou habituels, et pas de soupe. La vraie surprise est arrivée à la première bouchée&nbsp;; la soupe était à l’intérieur du ravioli. Il nous a fallu observer les autres personnes dans la salle pour comprendre comment les manger. La technique est simple&nbsp;: il faut tenir le ravioli avec les baguettes au-dessus d’une cuillère, pour récupérer le bouillon savoureux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis, j’ai cherché ces raviolis dans de multiples restaurants chinois. C’était une grande joie pour moi de les retrouver enfin après plus de sept ans. J’ai récemment pu amener ma mère et ma tante en manger, et partager cette redécouverte avec elles.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Découvertes aux marchés de Poitiers</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il m’a fallu près de cinq ans pour me construire tous mes repères parisiens. Je n’en suis pas encore à ce niveau à Poitiers. Mais depuis fin août 2025, j’ai commencé à développer des nouvelles habitudes de marché. Pour les produits «exotiques» le choix est plus limité. Mais les fruits et légumes que je trouve sont sans comparaison avec ceux que j’achetais à Paris, tant sur le prix que la qualité. La différence de prix qui m’a le plus marquée, est celle des huîtres&nbsp;: à Paris, c’est un produit de luxe&nbsp;; je n’en achetais jamais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Petit à petit, je me familiarise avec les produits locaux. J’ai encore beaucoup de variétés de fromage de chèvre à goûter mais je crois avoir trouvé la version du farci poitevin que je préfère – c’est celui de la <a href="https://www.lafermedespetitesboisnes.fr/" target="_blank" rel="noopener" title="Ferme des Petites Boisnes">Ferme des Petites Boisnes</a>. Et les rillons, quelle chouette addition à un apéro&nbsp;! Ma dernière découverte est le tourteau fromager. Le marchand de fromage de chèvre en vend, mais j’étais persuadée que c’était un fromage. Quand des amis m’en ont proposé pour le dessert, j’ai découvert la texture aérienne de ce gâteau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’aime particulièrement le marché des Couronneries du dimanche matin. Parmi mes commerçants préférés, il y a Fares et Walaa (les Saveurs de Damas) qui préparent des falafels comme je n’ai jamais mangé nulle part ailleurs. Leur taboulé vert au persil est fabuleux aussi et leur caviar d’aubergine, excellent. En plus de cela, ils sont adorables. Lorsque j’ai goûté leurs cigares au fromage et aux olives, j’ai été instantanément transportée dans mon enfance au Proche Orient. J’avais complètement oublié ce goût. Est-ce le fromage&nbsp;? Je ne saurais pas le décrire. J’avais l’impression de le retrouver dans une version améliorée, plus de quinze ans plus tard. C’était à la fois le réconfort de retrouver un goût familier, perdu depuis mon enfance, et la joie d’une nouvelle trouvaille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Décidément, la nourriture occupe une place centrale dans ma mémoire et je pense même dans mon identité. Heureusement qu’il faut manger pour vivre car je vis aussi pour manger.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1.jpg" alt class="wp-image-45554" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-300x225.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-768x576.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-650x488.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-150x113.jpg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Cigares au fromage et aux olives, samoussas et falafels, des Saveurs de Damas. Photo J‑L Terradillos</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Sarah Leski est étudiante du master Histoire publique et expertise historienne, à l’université de Poitiers.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lire d’autres témoignages, contributions scientifiques et recettes dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-141-manger-sans-danger/" title="L’Actualité Nouvelle-Aquitaine «&nbsp;Manger sans danger&nbsp;», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026."><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «&nbsp;Manger sans danger&nbsp;», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/manger-pour-se-construire/">Manger pour se construire</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Feb 2025 10:51:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En hommage à Martin Aurell, grand médiéviste mort subitement à son domicile dans la nuit du 7 au 8 février, nous publions l’un des nombreux entretiens qu’il nous a accordés.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En hommage à Martin Aurell, grand médiéviste mort subitement à son domicile dans la nuit du 7 au 8 février, nous publions l’un des nombreux entretiens qu’il nous a accordés.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Professeur d’histoire du Moyen Âge à l’université de Poitiers depuis 1994, au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale qu’il a dirigé de 2016 à 2022, Martin Aurell était un spécialiste des pouvoirs, de la société et de la culture de l’empire Plantagenêt et en Méditerranée occidentale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son dernier ouvrage paru est consacré à <em>Aliénor d’Aquitaine. Souveraine femme</em> (coll. «Grandes Biographies», Flammarion, 2024), une somme d’érudition qui se lit comme un roman. Le personnage s’y prête mais, surtout, l’historien apportait un soin tout particulier à l’écriture. L’appareil critique est considérable, notamment parce qu’il intègre l’historiographie britannique&nbsp;: «Aliénor, aquitaine de naissance et reine de France, mais aussi reine d’Angleterre, où elle a vécu plus d’années que sur le continent, se trouve à la croisée de deux longues traditions nationales et scientifiques dont il importe de comprendre et d’exploiter les caractéristiques propres. Combiner la méthode anglaise, issue de l’empirisme, à la française, redevable du rationalisme, ne peut qu’aboutir à un résultat équilibré.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était toujours un plaisir de s’entretenir avec cet homme d’une rare élégance, au verbe clair, précis, bienveillant, dont l’immense savoir n’avait rien d’écrasant, au contraire il agissait comme un stimulant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons publié cet entretien dans <em>L’Actualité</em> n° 111, en janvier 2016, au moment de la fusion des régions Poitou-Charentes, Limousin et Aquitaine en Nouvelle-Aquitaine.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" width="808" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2.jpeg" alt class="wp-image-38597" style="width:507px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2.jpeg 808w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-237x300.jpeg 237w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-768x973.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-650x824.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-150x190.jpeg 150w" sizes="(max-width: 808px) 100vw, 808px"><figcaption class="wp-element-caption">Martin Aurell en 2002 quand il publie <em>L’Empire des Plantagenêt (1154–1224)</em>. Photo Mytilus.</figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>La grande Aquitaine d’Aliénor</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Peut-on trouver un ancrage historique à cette grande Aquitaine qui, en 2016, résulte de la fusion avec le Poitou-Charentes et le Limousin&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Martin Aurell. –</strong> Une grande Aquitaine correspond à peu près à l’actuelle région, c’est le royaume d’Aquitaine créé par Charlemagne pour son fils Louis le Pieux. La géographie de cette nouvelle région ne me semble pas absurde, à part le fait qu’il n’y ait pas la Vendée qui, historiquement, fait partie du Poitou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait vain de chercher à établir un déterminisme géographique car les territoires sont toujours des constructions politiques et culturelles, mais on peut faire remonter la structure connue au Moyen Âge jusqu’aux tribus gauloises, via les Romains qui respectaient assez bien le tissu local conquis afin de mieux le gouverner.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce territoire correspond aussi à celui de Guillaume IX le Troubadour, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine, qui cherche à étendre son domaine et qu’il a parfois du mal à maîtriser…</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Guillaume IX veut le comté de Toulouse pour avoir un accès à la mer Méditerranée. En 1094, il se marie à Philippa, fille du comte de Toulouse, puis il conquiert la ville en 1098 et s’y installe afin de faire valoir ses droits sur la ville et le comté, qu’il perdra une dizaine d’années plus tard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peu de temps après son mariage avec Aliénor d’Aquitaine et sans doute poussé par elle, Louis VII fait une campagne contre Toulouse&nbsp;: un échec. Et quand elle est mariée à Henri II Plantagenêt, celui-ci lance à son tour une campagne contre Toulouse, en 1159, tentative d’expansion qui se soldera par l’annexion du Quercy.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au nord de l’Aquitaine, la querelle très ancienne et viscérale avec l’Anjou s’éteint par le mariage d’Aliénor avec Henri II qui est comte d’Anjou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En revanche en Aquitaine, les sires sont très indépendants, prompts à prendre les armes pour se révolter contre le duc. Au sud de la Garonne, le territoire est morcelé en une multitude de vicomtés, de sorte que les ducs d’Aquitaine ont maille à partir avec l’aristocratie gasconne qui est difficile à maîtriser parce qu’elle est habituée à fonctionner de façon autonome dans ses seigneuries, dans ses principautés territoriales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Poitou, le pouvoir de quelques grandes familles est presque équivalent à celui des ducs d’Aquitaine&nbsp;: les Lusignan qui deviendront rois de Jérusalem, de Chypre et d’Arménie, les Parthenay l’Archevêque (leur nom garde la trace d’un ancêtre qui fut archevêque de Bordeaux), les très puissants vicomtes de Thouars, les vicomtes de Châtellerault, les Taillefer d’Angoulême dont une fille, Isabelle, deviendra reine d’Angleterre en épousant Jean sans Terre (1200). Dans la grande révolte de 1242 contre Alphonse de Poitiers, Henri III d’Angleterre, qui est le fils d’Isabelle d’Angoulême, est allié aux Lusignan. Entre l’Angleterre et la France, les sires poitevins sont habiles parce qu’ils savent jouer sur les deux tableaux. Pour obtenir davantage de marges de manœuvre, de liberté ou de moyens, ils peuvent passer des alliances avec le roi d’Angleterre pour se battre contre le roi de France, puis faire l’inverse. Ils y gagneront une mauvaise réputation. Au Moyen Âge, on associe souvent les Poitevins aux traîtres à cause de ce côté changeant qui est la logique politique de l’aristocratie locale.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" width="1024" height="582" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2.jpg" alt class="wp-image-38599" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-300x171.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-768x437.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-650x369.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-150x85.jpg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Détail du grand vitrail de la Crucifixion de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers (XII<sup>e</sup> siècle). Aliénor et Henri II Plantagenêt sont agenouillés, offrant un vitrail. Les quatre fils sont représentés de part et d’autre. Photo Christian Vignaud.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les seigneurs poitevins jouent-ils des alliances France-Angleterre jusqu’à la fin du Moyen Âge&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au contraire, le Poitou est très loyaliste vis-à-vis des Valois pendant la guerre de Cent Ans. Quand Paris est occupée par les Anglais, l’université vient se réfugier à Poitiers. Jean de Berry reconquiert Poitiers et son petit-neveu Charles VII s’y installera plus tard. Finalement, c’est toute la vallée de la Loire qui fait preuve d’une grande fidélité au roi de France. Le Poitou subira les conséquences de la guerre de Cent Ans de façon terrible par la présence des routiers – des mercenaires – et par la bataille de Nouaillé-Maupertuis en 1356 où le roi Jean le Bon est fait prisonnier par le Prince Noir dont les troupes remontaient du sud. Ainsi, par rapport à la Gascogne, le Poitou bascule définitivement du côté de la France à partir du <span class="smallcaps">xiv</span><sup>e </sup>siècle.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lorsque l’Aquitaine est intégrée à la couronne d’Angleterre, comment le duc affirme-t-il son pouvoir&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1154, Henri II devient roi d’Angleterre et sa femme Aliénor d’Aquitaine, reine. Henri II a essayé de contrôler étroitement le duché de son épouse, mais cela a fini mal pour lui&nbsp;: la grande révolte de 1173 menée par Aliénor et ses fils. Les moyens d’action du duc sur le Poitou sont toutefois peu efficaces. Il essaie d’installer quelques Anglo-Normands aux postes de pouvoir, mais sans beaucoup de succès car la noblesse locale et les communes réclament d’être aux affaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand on évoque l’Aquitaine, c’est souvent Aliénor qui est citée. Comment expliquer cela&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le <span class="smallcaps">xvii</span><sup>e </sup>et le <span class="smallcaps">xviii</span><sup>e </sup>siècle, Aliénor fait l’objet de romans qui profitent surtout de sa mauvaise réputation – tout à fait infondée – qui en fait un personnage sulfureux. Dernièrement, il y eu quelques romans dont un exceptionnel, à mon avis, celui de Clara Dupont-Monod, <em>Le Roi disait que j’étais diable</em> (Grasset &amp; Fasquelle, 2014). C’est un travail littéraire d’analyse psychologique fictive mais l’auteur a mis un point d’honneur à respecter ce que l’on sait d’Aliénor d’après les dernières recherches. Par exemple, elle ne la présente pas comme succombant au charme de son oncle Raymond d’Antioche, ni a aucun autre tentation d’adultère du reste. C’est romancé, je n’en conseillerais pas la lecture à mes étudiants comme livre d’histoire, mais c’est un grand roman, ne serait-ce que par son travail sur la langue, et le jury du Goncourt qui l’a placé parmi ses finalistes ne s’y est pas trompé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Donc si on associe aussi facilement Aliénor à l’Aquitaine c’est parce qu’elle est romanesque&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aliénor hérite de l’Aquitaine et l’apporte à son mari. C’est, d’une certaine façon, sa dot. D’autre part, sa vie est effectivement romanesque. Aliénor est allée à la croisade, elle a parcouru une grande partie de l’Occident notamment pour réunir la rançon de Richard lorsque celui-ce était tenu en captivité par l’empereur du Saint-Empire. C’est une grande dame&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au <span class="smallcaps">xix</span><sup>e </sup>siècle, dans l’historiographie bourgeoise qui met en avant l’émancipation urbaine, elle est liée aux communes libres. Le grand vitrail de la mairie de Poitiers (commandé en 1874) met en scène Aliénor en train d’accorder les libertés aux Poitevins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien que d’avoir été successivement reine de France puis reine d’Angleterre, c’est fascinant. Elle a eu des enfants comme Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre dont tout le monde a entendu parler. Si l’on cherche une femme importante au Moyen Âge, à part Jeanne d’Arc, je ne vois personne qui soit aussi connue, aussi forte, aussi rayonnante qu’Aliénor d’Aquitaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que retenir de l’action d’Aliénor en Aquitaine&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’aussi faible soit sa marge de manœuvre, une femme, même dans une société traditionnelle comme la médiévale, peut toujours s’affirmer, voire s’émanciper, y compris en politique.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/martin-aurell-rejoint-alienor-daquitaine/">Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Le Poitiers solaire d’Emmanuel Denis-Touron</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Nov 2024 16:30:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Redécouvrir Poitiers dans le beau livre d’Emmanuel Denis-Touron qui a réalisé plus de 150 dessins, la plupart aquarellés mais aussi réalisés à l'encre de Chine ou au brou de noix.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Poitiers est-elle une ville au nord du sud ou au sud du nord ? L’ardoise et la tuile se côtoient, se chevauchent parfois. Dans cet entre-deux – bassin parisien et bassin aquitain, massif central et massif armoricain – Poitiers est bien dotée mais le cœur balance. Emmanuel Touron a choisi&nbsp;: Poitiers est une ville solaire, aux tons pastels, aux lignes harmonieuses, paisibles, une ville de vacances. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux vallées qui enserrent le «plateau» offrent des points de vue larges. Il ne manque que la mer mais les couleurs aquarellées et les longs panoramiques donnent le sentiment de découvrir une cité balnéaire. Impression renforcée par le format à l’italienne du livre d’Emmanuel Denis-Touron.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="411" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_escaliers.jpg" alt class="wp-image-38435" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_escaliers.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_escaliers-300x120.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_escaliers-768x308.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_escaliers-650x261.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_escaliers-150x60.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">De bas en haut, de haut en bas. Dédale d’escaliers. Dessin Emmanuel Denis-Touron.&nbsp;</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Sa ligne claire avait été révélée dans son premier livre de dessins aquarellés sur <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/niort-en-couleurs/">Niort</a>, où il travaille, à la <em>Nouvelle République</em>. Après le succès de l’ouvrage, un retour à Poitiers semblait évident, ville de son enfance qu’il a arpentée en tous sens durant des années, notamment en y exerçant son métier de journaliste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Très peu de textes, juste des indications pour se repérer dans la ville, plus de 150 dessins la plupart aquarellés mais aussi réalisés à l’encre de Chine ou au brou de noix (et un index malgré tout en fin de volume)… C’est le lecteur qui se raconte une histoire, il est maître du jeu. </p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="307" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_place_lib.jpg" alt class="wp-image-38437" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_place_lib.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_place_lib-300x90.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_place_lib-768x230.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_place_lib-650x195.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_place_lib-150x45.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Place de la Liberté. Dessin Emmanuel Denis-Touron.&nbsp;</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">On peut chercher à reconnaître les lieux, une ruelle, un bâtiment, un virage mais aussi se laisser porter par les images, le rythme des cadrages, fureter dans ces rues, jour et nuit, dériver au fil des cases, comme dans un album de Loustal. On se croirait dans une bande dessinée non pas muette mais dont les images n’ont rien d’autre à démontrer que leur présence. Parfois des petits personnages apparaissent, c’est nouveau, on croit même reconnaître un héros à la houppette blonde et son petit chien dans le quartier Dalesme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas un catalogue de monuments historiques même s’ils sont présents, mais une promenade attentive dans la ville que l’on prend le temps d’observer dans le détail afin de débusquer des lignes originales, des signes abstraits, les effets de relief en façade (modénatures disent les architectes), les arrondis des immeubles des années 1950, comment une rue est ouverte ou fermée, mais aussi la piscine Tournesol, le colimaçon en béton de la Tour à l’oiseau, les fenêtres mansardées, les portails de toute nature y compris en métal rouillé, les enfilades de toits, les escaliers, les ombres, le crépuscule bleuté. Les lignes d’horizon créent une sismique du paysage urbain animée par les toits, les fils électriques, les cimes des arbres. Il ne manque que la maison natale de Michel Foucault et celle de la Séquestrée…</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="530" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_grand-goule.jpg" alt class="wp-image-38436" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_grand-goule.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_grand-goule-300x155.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_grand-goule-768x398.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_grand-goule-650x336.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_grand-goule-150x78.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">La Grand Goule s’invite dans le septième art. Dessin Emmanuel Denis-Touron.&nbsp;</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la mythologie de la ville, il y a la Grand Goule dont une représentation est conservée au musée Sainte-Croix, cette créature qui venait perturber le sommeil de Radegonde, la reine moniale fondatrice du monastère Sainte-Croix. Emmanuel Denis-Touron imagine les adaptations cinématographiques de<mark style="background-color:#ffffff" class="has-inline-color has-black-color"> </mark>cette histoire dans l’entrée d’un cinéma dont les spectateurs semblent sortis de ces films. Ne pourrait-on y voir un premier pas de l’artiste vers la fiction&nbsp;?</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1013" height="813" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_couv.jpg" alt class="wp-image-38434" style="width:493px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_couv.jpg 1013w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_couv-300x241.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_couv-768x616.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_couv-650x522.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/11/touron_poitiers_couv-150x120.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1013px) 100vw, 1013px"></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Emmanuel Denis-Touron, <em>Poitiers aquarelles. Retour à la ligne</em>, <a href="http://www.gesteditions.com/beaux-livres/carnets-de-l-ouest/poitiers-aquarelles-retour-a-la-ligne">La Geste</a>, 2024, 188 p., 30 €</p>



<p class="wp-block-paragraph">Exposition à Poitiers chez Segeron, Le Grand Magasin en centre-ville, du 26 novembre au 25 décembre, une signature à Auchan Poitiers sud le 18 décembre toute la journée, puis chez Segeron le dimanche 22 décembre après-midi.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Emmanuel Denis-Touron participe aux Ouvertures d’ateliers d’artistes de Niort les 23, 24, 30 novembre et 1<sup>er</sup> décembre 2024 (14h-19h) à son atelier au 62, rue Jean-Jaurès à Niort –&nbsp;<a href="mailto:emmanuel.denis.touron@gmail.com" target="_blank" rel="noreferrer noopener">emmanuel.denis.touron@gmail.com</a><br>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/le-poitiers-solaire-demmanuel-denis-touron/">Le Poitiers solaire d’Emmanuel Denis-Touron</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>De l’art à l’art de faire préhistorique, des extraits du n°138</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Yoann Frontout]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Oct 2024 16:11:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La revue]]></category>
		<category><![CDATA[archéologie]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[préhistoire]]></category>
		<category><![CDATA[théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quelques articles du numéro 138 de la revue L'Actualité Nouvelle-Aquitaine (été-automne 2024) consacré à la Préhistoire, écrits par des chercheurs et chercheuses de l'université de Poitiers.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/de-lart-a-lart-de-faire-prehistorique-des-extraits-du-n138/">De l’art à l’art de faire préhistorique, des extraits du n°138</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">Nous vous proposons de découvrir quelques articles du numéro 138 de la revue <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> (été-automne 2024) écrits par des chercheurs et chercheuses de l’<a href="https://www.univ-poitiers.fr/">université de Poitiers</a>. Ce numéro est consacré à la Préhistoire et ses expressions artistiques et savoir-faire, au prisme de l’archéologie et de la paléontologie mais également de la paléoanthropologie, de la tracéologie, de la philosophie… Sans oublier des approches littéraires et artistiques. Vous pouvez toujours acquérir la revue en librairies, à l’Espace Mendès France ou <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-136-special-eau/" data-type="link" data-id="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-136-special-eau/">en ligne</a>.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>« Tailler la pierre il y a 2,3 millions d’années » par Anne Delagnes, préhistorienne, directrice de recherche CNRS au laboratoire Pacea de l’université de Bordeaux et Jean-Renaud Boisserie, paléontologue, directeur de recherche au centre français des études éthiopiennes du CNRS et du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ainsi qu’au laboratoire Palevoprim de l’université de Poitiers et du CNRS</li>
</ul>



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<ul class="wp-block-list">
<li>« Carnivores au Magdalénien » par Laurie Pélissier, doctorante au laboratoire Palevoprim de l’université de Poitiers</li>
</ul>



<div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710da43ade21ec9&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div>



<ul class="wp-block-list">
<li>« Un Chemin de pensée » par Philippe Grosos, professeur de philosophie à l’université de Poitiers</li>
</ul>



<div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710527104dc6ef5&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div>



<ul class="wp-block-list">
<li>« Yorick, Richard et les taphonomistes » par Pascale Drouet, professeure en littérature britannique à l’université de Poitiers</li>
</ul>



<div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710358eb2a429fd&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/de-lart-a-lart-de-faire-prehistorique-des-extraits-du-n138/">De l’art à l’art de faire préhistorique, des extraits du n°138</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Faits divers : de l’enquête au roman – Avec Olivier Violeau et Jean-Paul Bouchon</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jan 2024 14:55:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[avocat]]></category>
		<category><![CDATA[écrivain]]></category>
		<category><![CDATA[faits divers]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Paul Bouchon]]></category>
		<category><![CDATA[justice]]></category>
		<category><![CDATA[Michel Foucault]]></category>
		<category><![CDATA[Olivier Violeau]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Rencontres Michel Foucault]]></category>
		<category><![CDATA[roman noir]]></category>
		<category><![CDATA[TAP]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se mène une enquête de la scène de crime au procès et parfois jusqu'au livre et la fiction ?</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/faits-divers-de-lenquete-au-roman-avec-olivier-violeau-et-jean-paul-bouchon/">Faits divers : de l’enquête au roman – Avec Olivier Violeau et Jean-Paul Bouchon</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">À l’occasion des Rencontres Michel Foucault organisé en novembre 2023 par le TAP (théâtre auditorium de Poitiers) et l’Université de Poitiers autour du thème <a href="https://www.tap-poitiers.com/spectacle/evenements/rencontres-michel-foucault-2023/" title>Faits divers (Que s’est-il passé ?)</a>, Jean-Luc Terradillos – rédacteur en chef de la revue <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> – dialoguait avec le juge d’instruction Olivier Violeau et l’avocat et écrivain de roman noir Jean-Paul Bouchon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Retour avec eux sur le déroulé d’une enquête de la scène de crime à l’écriture d’un livre. Cette table ronde est en lien avec le numéro 132 (été 2021) : <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-132-ete-2021-special-faits-divers/" title>Faits divers. Faits d’histoire, des experts, des romans noirs</a>.<a href="https://www.youtube.com/@TAPPOITIERS"></a></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Faits divers : de l’enquête au roman | Table ronde Avec Olivier Violeau et Jean-Paul Bouchon" width="650" height="366" src="https://www.youtube.com/embed/fbTFVr8mmts?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">D’autres conférences ont eu lieu pendant les rencontres 2023 :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Conférence du journaliste Fabrice Drouelle (France Inter), <a href="https://youtu.be/pdYw5aecqmw?feature=shared" title>Affaires sensibles</a></li>



<li>Conférence de l’historien Frédéric Chauvaud (Université de Poitiers) : <a href="https://youtu.be/w_aVo_Xbw2o?feature=shared" title>L’invention des faits divers</a></li>



<li>Conférence de la littéraire Christine Baron (Université de Poitiers) : <a href="https://youtu.be/sVfARDuUzUE?feature=shared" title>Le Faits divers dans tous ses états</a></li>



<li>Conférence de la journaliste Patricia Tourancheau, <a href="https://youtu.be/VpNbDp9pStc?feature=shared" title>La Fabrique du récit du fait divers, une journaliste à l’oeuvre</a></li>



<li>Conférence du médecin légiste Michel Sapanet, <a href="https://youtu.be/XwE23hJ4CGY?feature=shared" title>Les Faits divers au regard des petites histoires de légiste</a></li>
</ul><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/faits-divers-de-lenquete-au-roman-avec-olivier-violeau-et-jean-paul-bouchon/">Faits divers : de l’enquête au roman – Avec Olivier Violeau et Jean-Paul Bouchon</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Georges Pon – Traduction, édition, érudition</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Jan 2024 07:34:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[abbaye de Maillezais]]></category>
		<category><![CDATA[Adémar de Chabannes]]></category>
		<category><![CDATA[CNRS]]></category>
		<category><![CDATA[Dax]]></category>
		<category><![CDATA[Edmond-René Labande]]></category>
		<category><![CDATA[Élisabeth Carpentier]]></category>
		<category><![CDATA[Fontevraud]]></category>
		<category><![CDATA[Gilbert de la Porrée]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Cabanot]]></category>
		<category><![CDATA[Moyen Âge]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Robert Favreau]]></category>
		<category><![CDATA[Saint-Cybard]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage au médiéviste Georges Pon, membre du Centre d'études supérieures de civilisation médiévale de l'université de Poitiers et du CNRS, décédé à l'âge de 85 ans le 29 décembre 2023.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/georges-pon-traduction-edition-erudition/">Georges Pon – Traduction, édition, érudition</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">En hommage au médiéviste Georges Pon, décédé le 29 décembre 2023, voici l’entretien publié dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n121-ete-2018-special-communautes-dexistence/"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> n° 121</a> où il nous livre en toute modestie son parcours d’érudition, de l’histoire économique à l’histoire religieuse en passant par les traductions du latin et les éditions critiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien Edina Bozóky et Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Georges Pon a été longtemps plus enseignant que chercheur mais depuis sa retraite en 1998, il s’est entièrement consacré à des travaux de recherche. Il a privilégié le travail d’équipe, l’érudition, mais en même temps montré le souci de faire connaître par la traduction à un plus vaste public les textes médiévaux. C’est pour lui la «vraie gloire», une gloire durable.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Pourquoi avez-vous choisi le Moyen Âge comme époque d’étude&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Georges Pon. –</strong> Je voulais faire de l’histoire. Je suis allé en khâgne au lycée Henri-IV, à Paris, j’ai échoué à l’oral de Normale Sup’ et choisi de poursuivre mes études à la Sorbonne. C’est là que j’ai découvert le Moyen Âge et que j’ai commencé à comprendre la différence entre les professeurs généralistes de la khâgne qui faisaient de brillantes synthèses et les professeurs-chercheurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai découvert aussi l’œuvre de Marc Bloch. Dans l’éveil d’une carrière, les lectures ont autant d’importance que les professeurs. J’ai décidé de faire un mémoire de maîtrise en histoire médiévale, sur la vie économique dans la Catalogne entre le <span class="smallcaps">x</span><sup>e</sup> et le <span class="smallcaps">xiii</span><sup>e</sup> siècle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi faire un travail sur la Catalogne&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le professeur Yves Renouard qui m’a proposé le sujet. Je ne l’ai pratiquement jamais rencontré. À cette époque, les professeurs de la Sorbonne n’avaient pas de bureau. Ils vous accordaient trois minutes dans un couloir. La recherche n’était pas vraiment dirigée. On n’avait aucune formation de base&nbsp;: pas de cours de méthodologie pour nous expliquer comment faire des fiches, nous présenter les instruments de travail. Il fallait tout découvrir et on ne pouvait le faire qu’à la Bibliothèque nationale, mais pour les trouver il fallait consulter trois ou quatre séries de fichiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il fallait aussi compter avec la difficulté de la langue des sources. Je connaissais bien le latin classique, mais le latin de textes catalans du <span class="smallcaps">x</span><sup>e</sup> siècle est tout à fait particulier.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment avez-vous découvert le Centre d’études supérieures de civilisation médiévale&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après avoir soutenu mon mémoire, j’ai passé l’agrégation avec succès, et l’on m’a proposé un poste à Poitiers ou à Pamiers, dans l’Ariège. Poitiers était plus proche de Paris, et j’avais entendu parler du Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (CESCM).</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’enseignais à l’École normale d’instituteurs, alors installée dans les bâtiments du doyenné Saint-Hilaire. Je suis allé voir les locaux du CESCM où j’ai rencontré le secrétaire général, Pierre Gallais, et j’ai tout de suite été enthousiasmé par le premier étage où se trouvaient alors réunis dans la salle de séminaire et la bibliothèque tous les outils du médiéviste, les sources et les cartulaires. Merveille&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’année suivante, en 1962–1963, le service militaire m’a envoyé au Prytanée militaire de La Flèche, en même temps que Gabriel Bianciotto – nous partagions la même chambre. J’ai profité de ces mois pour lire la collection des <em>Annales. Économies, sociétés, civilisations</em>, la revue fondée par Marc Bloch et Lucien Febvre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De retour à l’École normale, j’ai suivi autant que possible les séminaires du CESCM. Je regrette de n’avoir pu participer à ceux de Marie-Thérèse d’Alverny, une des premières chartistes, femme remarquable, lumineuse et généreuse. Elle enseignait la codicologie, la philosophie, la pensée islamique, disciplines où elle était réputée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment avez-vous intégré le CESCM&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me suis inscrit à la session d’été de 1964 [<a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/lactualite-poitou-charentes-n108/">dossier de <em>L’Actualité</em> sur les 60 ans des sessions d’été du CESCM</a>]. C’est là que j’ai rencontré ma future femme, Charlotte Willemsen. Un peu plus tard, dans son séminaire, le directeur, Edmond-René Labande, m’a remarqué. Je posais beaucoup de questions, je connaissais bien le latin&nbsp;; il m’a laissé entendre qu’il pourrait peut-être m’engager comme assistant. Alors, en 1967, j’ai entrepris sous la direction de Jacques Boussard la publication des actes de Fontaine-le-Comte, sujet de thèse de 3<sup>e</sup> cycle qui m’a été suggéré par Dom Jean Becquet, moine de Ligugé, grand spécialiste des chanoines réguliers en France. J’ai compris la difficulté de la tâche&nbsp;: ma formation paléographique n’était pas très poussée, la salle des Archives départementales (rue Édouard-Grimaux à l’époque) était minuscule, pleine de généalogistes bruyants et de secrétaires bavardes. En 1974, j’ai soutenu ma thèse. Un professeur de Bordeaux, M.&nbsp;Guillemain, m’a dit&nbsp;: «Vous avez fait ce travail, maintenant il s’agit de devenir historien&nbsp;!» Pourtant, j’avais écrit 200 pages d’introduction historique, et j’étais assistant d’histoire du Moyen Âge depuis 1968.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand avez-vous commencé à publier des articles&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je n’ai publié mon premier article qu’en 1975, dans le <em>Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest</em>, sur l’apparition des chanoines réguliers en Poitou, une petite communauté nommée Saint-Nicolas, qui a donné le nom d’une rue à Poitiers. On recrutait facilement un assistant qui n’avait rien publié, mais ensuite, pour être titularisé comme maître-assistant, il devait achever sa thèse de 3<sup>e</sup> cycle ou rédiger une partie significative de la thèse d’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous avez donc entrepris une thèse d’État.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après ma thèse de 3<sup>e</sup> cycle, j’avais l’intention d’entreprendre une recherche d’histoire économique et sociale du Poitou qui répondait à la fois aux modèles de l’époque et aux liens que j’entretenais avec le monde rural. J’avais connu pendant la guerre et après 1945 des campagnes qui ressemblaient encore aux campagnes médiévales&nbsp;: les outils étaient les mêmes, la fourche, la faux, la faucille. Mais, pour le Poitou, le sujet avait été en partie défloré par l’ouvrage d’un bon historien du droit, Marcel Garaud, <em>Les Châtelains du Poitou</em>, et par celui de mon ami américain Georges Beech sur la Gâtine poitevine. Puis a paru la thèse de Pierre Toubert sur le Latium. Pour moi c’était un chef‑d’œuvre. Je me suis rendu compte que j’étais incapable de faire quelque chose s’en approchant même vaguement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai donc abandonné l’histoire économique pour l’histoire religieuse du diocèse de Poitiers du <span class="smallcaps">ix</span><sup>e</sup> au <span class="smallcaps">xiii</span><sup>e</sup>. J’allais à la Bibliothèque nationale et aux Archives nationales. Il n’y avait pas d’ordinateurs, on n’obtenait des photocopies que très difficilement, et il était interdit de faire de photos. Ainsi, j’ai accumulé toutes sortes de fiches, mais je n’ai su ni les classer ni les utiliser, etc. Ma recherche a été également retardée par les changements qui ont suivi 1968, la nécessité d’inventer de nouvelles méthodes d’enseignement, ainsi que par les fonctions de secrétaire général que j’ai exercées pendant dix ans au CESCM sous la direction successive d’Edmond-René Labande, Pierre Bec et Robert Favreau. Finalement, vers 1983–1984, j’ai décidé que je resterai maître de conférences et ne ferai que ce que je savais faire, c’est-à-dire des éditions et des traductions de textes diplomatiques et de textes narratifs.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2.jpg" alt class="wp-image-37934" style="width:578px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2-300x300.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2-150x150.jpg 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2-768x768.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2-650x650.jpg 650w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Église Saint-Sever dans les Landes. Photo Jean Cabanot.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"><strong>N’est-ce pas aussi parce que vous aimiez travailler en équipe&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Edmond-René Labande reprenait la tradition allemande des séminaires, notamment pour la traduction de l’autobiographie de Guibert de Nogent. C’était là un atelier de travail collectif où chacun apportait sa contribution. C’est là que j’ai appris à travailler avec d’autres historiens comme Yves Chauvin, Jean Cabanot, Keith Bate et, ces dernières années, avec Élisabeth Carpentier&nbsp;: on a à peu près le même âge, le même type de formation, on se comprend à demi-mot. Non seulement le travail d’équipe est efficace mais il renforce aussi l’amitié.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qui était Adémar de Chabannes auquel vous avez consacré beaucoup de temps&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Adémar de Chabannes était un Limousin de petite noblesse devenu moine à Saint-Cybard d’Angoulême. Dans les deux premiers livres de son <em>Chronicon</em>, il reprend les sources antérieures, souvent en les copiant littéralement. C’est le roman national de l’an mil. Le dernier livre est consacré à des événements plus récents sur lesquels il apporte des renseignements originaux. L’édition a été établie en 1999 par Pascale Bourgain et par un historien américain, Richard Landes. J’ai été chargé de la rédaction des notes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite avec Yves Chauvin, nous avons fait la traduction de la <em>Chronique</em>, publiée en 2003. Dans l’introduction, j’ai insisté sur deux points. D’une part, Adémar de Chabannes n’était pas un fanatique de la Paix de Dieu, alors que certains historiens des années 1990 considéraient que c’était un mouvement gigantesque. D’autre part, il portait son regard fort loin, jusqu’à Jérusalem, il connaissait la conversion de la Bohème, de la Pologne et de la Hongrie, l’arrivée des Normands en Italie du Sud. C’était un homme bien renseigné, ouvert sur le monde. Il ne faut pas imaginer les monastères comme des lieux fermés où l’on passait son temps à prier le ciel. On y recevait des pèlerins, les nouvelles circulaient largement et Adémar de Chabannes était curieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous avez multiplié et diversifié vos recherches et travaux une fois à la retraite en 1998.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’édition, la traduction et le commentaire du récit de fondation de l’abbaye de Maillezais, composé vers 1060–1070 par le moine Pierre&nbsp;furent encore un travail collectif commencé par Edmond-René Labande. J’ai rédigé l’introduction du volume, travail dont je suis le plus satisfait. C’est Emma, épouse du duc d’Aquitaine Guillaume Fier à Bras, qui a eu l’idée de fonder un monastère&nbsp;dans une île du Marais poitevin où l’on avait découvert les restes d’une église abandonnée. Ce récit, en partie légendaire, est un excellent exemple d’un genre à demi historique, et il est aussi une contribution très utile à l’histoire des femmes et à la conquête de l’Ouest du Poitou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En même temps que ces travaux portant sur des sources narratives, nous avons publié avec Robert Favreau le <em>Cartulaire de Fontevraud</em> dont l’édition avait été préparée par Jean-Marc Bienvenu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai aussi participé à un autre travail collectif qui nous éloignait du Poitou, l’<em>Histoire de Philippe Auguste</em> écrite par le moine-médecin Rigord. Il en existait une ancienne édition et une traduction de Guizot. Mais ces ouvrages n’étaient plus disponibles. Aussi avons-nous l’idée de tenir un séminaire de traduction auquel participaient plusieurs médiévistes, aussi bien des historiens que des littéraires. Rigord m’avait un peu éloigné du Poitou. J’allais y revenir en participant à une nouvelle collection créée par Mgr Rouet, archevêque de Poitiers, dans le cadre de l’association Gilbert de la Porrée. J’ai participé à un volume sur Radegonde et dirigé un autre sur Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers au <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècle et grand théologien, que nous avons pu offrir à Mgr Rouet que j’admirais beaucoup.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2.jpg" alt class="wp-image-37935" style="width:686px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2-300x300.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2-150x150.jpg 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2-768x768.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2-650x650.jpg 650w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Détail de la porte ogivale dite des Apôtres de la cathédrale de Dax. Photo Jean Cabanot.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’est-ce qui vous a ensuite orienté vers Dax et la Gascogne&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’avais à Dax un ami, Jean Cabanot, que j’avais rencontré à la session d’été de 1964. Après la redécouverte du cartulaire de la cathédrale de Dax, document des <span class="smallcaps">xi</span><sup>e</sup> et <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècles, il m’a demandé d’en faire l’édition et la traduction. Nous avons pris l’habitude de travailler ensemble soit à Dax soit par l’échange de courriers électroniques. Jean Cabanot s’est occupé surtout de l’identification des lieux et de la mise au point de la publication. Par la suite nous avons publié deux gros volumes de documents sur l’abbaye de Saint-Sever, suivis d’une histoire de cette abbaye écrite en bonne partie par Jean Cabanot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons publié le <em>Beatus</em> de Saint-Sever d’après le manuscrit latin 8878 de la Bibliothèque nationale de France (2012, site internet&nbsp;: <a href="http://www.eglises-landes.cef.fr/dossiers/beatus/beatus.htm">Cehag</a>). On appelle <em>Beatus</em> le commentaire de l’Apocalypse, composé au <span class="smallcaps">viii</span><sup>e</sup> siècle par un moine des Asturies, Beatus de Liebana. Nous lui avons consacré, Jean Cabanot et moi, une étude particulière, parue dans le <em>Bulletin de la Société de Borda</em> (2013).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Depuis plusieurs années, vous cultivez de nouveaux champs d’érudition&nbsp;: vies et miracles des saints régionaux.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le compagnonnage avec Jean Cabanot ne m’a pas coupé des liens avec les chercheurs poitevins. Yves Chauvin nous a quittés trop tôt, peu de temps après sa retraite. Les liens entre Élisabeth Carpentier et moi se sont encore resserrés. Nous avons publié deux récits importants&nbsp;sur la fondation de l’abbaye de Montierneuf de Poitiers par Guillaume VIII&nbsp;et sur celle de l’église de La Chaize-le-Vicomte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la mort de mon épouse en juillet 2010, j’ai continué à travailler avec Élisabeth Carpentier sur des dossiers hagiographiques concernant des saints du Poitou&nbsp;: saint Junien de Mairé, saint Maixent avec la collaboration de Soline Kumaoka, les miracles de saint Hilaire avec la collaboration de Robert Favreau, ainsi que la vie de saint Aubin d’Angers par Venance Fortunat.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel jugement portez-vous sur l’évolution de la recherche historique&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si je jette un regard d’ensemble sur ma vie de chercheur, je fais plusieurs constatations. J’ai abandonné mes ambitions de jeunesse d’être comme Marc Bloch, Georges Duby et mon ami André Chédeville, un spécialiste de l’histoire des campagnes médiévales. J’ai «labouré» les cartulaires pour une bien maigre récolte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je dois beaucoup à deux institutions, le CESCM et la Société des Antiquaires de l’Ouest dont je suis membre depuis près de cinquante ans. Je ne sais pas si l’on a beaucoup pratiqué l’interdisciplinarité au Centre, mais j’ai toujours eu les contacts les plus fructueux avec les historiens de l’art et les archéologues&nbsp;: Marie-Thérèse Camus, Claude Andrault, Luc Bourgeois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne suis que difficilement les nouveaux sentiers de l’histoire médiévale. Il m’arrive de regretter qu’on néglige l’histoire sociale des <em>Annales</em> pour traiter de sujets plus «frivoles», du moins en apparence. Mais j’admire beaucoup mes «jeunes» collègues, Martin Aurell, Cécile Treffort, Thomas Deswarte. Ils ont commencé très tôt la recherche. Sitôt inscrits en thèse, ils ont dû participer à toutes sortes de journées d’études et de colloques et multiplier les publications, affronter des concours de recrutement de plus en plus difficiles, puis, quoique surchargés de tâches administratives, continuer à produire communications, livres et articles. Je crois qu’ils sont plus travailleurs que nous ne l’étions et plus novateurs dans leur démarche, même s’ils abusent parfois de problématiques compliquées.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="658" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3.jpg" alt class="wp-image-37936" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3-300x193.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3-768x494.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3-650x418.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3-150x96.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Mappemonde du <em>Beatus</em> de Saint-Sever. <em>Beatus</em> de Liebana, <em>Commentarius in Apocalypsim</em>, Saint-Sever (Landes), vers 1060. Manuscrit sur parchemin, 290 folios, 37 x 29 cm, BnF, Manuscrits, Latin 8878, fo 45bis vo 45ter.</figcaption></figure>
</div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/georges-pon-traduction-edition-erudition/">Georges Pon – Traduction, édition, érudition</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Des larmes aux bassines, quelques extraits</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Nov 2023 00:04:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Biodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[amibes]]></category>
		<category><![CDATA[eau]]></category>
		<category><![CDATA[larmes]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelle-Aquitaine]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Découvrez quelques articles du numéro De l'eau, avec des chercheurs de l'université de Poitiers.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">Nous vous proposons quelques articles à découvrir du numéro 136 de la revue <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> sur l’eau (été-automne 2023) écrits par des chercheurs de l’<a href="https://www.univ-poitiers.fr/">université de Poitiers</a>. Vous pouvez toujours acquérir la revue en librairies, à l’Espace Mendès France ou <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-136-special-eau/" data-type="link" data-id="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-136-special-eau/">en ligne</a>.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>« Salut les amibes » par Vincent Delafont, Ascel Samba et Yann Héchard, enseignants-chercheurs au laboratoire EBI (CNRS, Université de Poitiers).</li>
</ul>



<div style="text-align: center; width:560px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710bd15afb9baf4&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;mode=viewer" width="560" height="350" style="width:560px;height:350px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div>



<ul class="wp-block-list">
<li>«Nécessité des larmes », par Frédéric Becq, professeur en physiologie, laboratoire PRéTI, Université de Poitiers.</li>
</ul>



<div style="text-align: center; width:560px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710648eb09c720c&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;mode=viewer" width="560" height="350" style="width:560px;height:350px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div>




<ul class="wp-block-list">
<li>« Politique de gestion de l’eau. Le mieux est l’ami du moins », par Benoît Grimonprez, professeur de droit, CECOJI, Université de Poitiers.</li>
</ul>



<div style="text-align: center; width:560px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=0034767106eea3ef621c8&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;mode=viewer" width="560" height="350" style="width:560px;height:350px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/des-larmes-aux-bassines-quelques-extraits/">Des larmes aux bassines, quelques extraits</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Jean Demélier ne poitevinera plus</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Oct 2023 12:56:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[Gallimard]]></category>
		<category><![CDATA[Georges Lambrichs]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Demélier]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[poiteviner]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Protestantisme]]></category>
		<category><![CDATA[Samuel Beckett]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage à l’écrivain Jean Demélier, né à Poitiers en 1940, mort à Paris en août 2023, dont les cinq premiers livres parus chez Gallimard ont pour cadre sa ville natale.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/jean-demelier-ne-poitevinera-plus/">Jean Demélier ne poitevinera plus</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’écrivain Jean Demélier est mort à Paris en août 2023, à l’âge de 83 ans, dans une grande solitude. Très tôt, il a quitté Poitiers, sa ville natale, pour «monter à Paris» et faire une rencontre décisive&nbsp;: Samuel Beckett. Ses cinq premiers livres – tous se déroulent à Poitiers – ont été publiés dans la prestigieuse collection de Georges Lambrichs chez Gallimard, «Le Chemin» (1959–1992), où l’on retrouvait notamment Michel Foucault (<em>Raymond Roussel</em>), J.-M.G. Le Clézio, Pierre Guyotat, Michel Butor, Gérard Macé, Jacques Réda, Jean-Marie Laclavetine, Christian Bobin, Michel Chaillou… Depuis les années 1990, Jean Demélier dessinait de plus en plus, écrivait de moins en moins, se concentrant sur des aphorismes – des milliers – inédits pour la plupart hormis ceux qu’il parsemait dans les livres réalisés avec des artistes (Abraham, Bérénice Constans, Daniel Mohen, Jack Vanarsky, Alexandre Bonnier, Jacqueline Blewanus…). Il n’a donc jamais écrit un «dernier grand livre tout à la gloire de Poitiers». D’autant qu’une petite révolution aurait pu lui donner le sentiment qu’un de ses vœux avait été exaucé. En effet, la Justice a quitté le palais des ducs d’Aquitaine qui est devenu un lieu de manifestations culturelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En hommage à Jean Demélier, voici un entretien publié dans<em> L’Actualité Poitou-Charentes</em> n° 49 janvier 1999.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ascèse excès</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Verra-t-on un jour une place Anti-Jean Demélier ? L’écrivain l’a rêvée. Il l’a décrite dans <em>Le</em> <em>Jugement de Poitiers</em>. La plaque existe. Il en rêve toujours, de ce bel «hommage» que pourrait lui rendre sa ville natale, de son vivant. Objet d’amour et de détestation, Poitiers rejoindrait ainsi – du moins pour une part – la fiction demélienne. Dans cinq romans, il parle explicitement de cette ville qui l’a vu naître en 1940, partir une vingtaine d’années après et resurgir par intermittence. Il vient voir son père, un monument de rigueur et de dignité qui lui a donné ce caractère «droit» et ce maintien «vertical». Quand on connaît cette filiation calviniste, on ne peut s’empêcher de penser à l’exigence de pureté des premiers protestants, ceux qu’on surnommait les «mal sentants de la foi». De ses lointains ancêtres, Jean Demélier a hérité non de la foi religieuse mais de la foi en l’homme, de l’esprit de lutte et de liberté. Nul hasard donc s’il admire Rabelais et Beckett, deux maîtres apparemment aux antipodes l’un de l’autre. Comme Rabelais, il cherche à chauffer la langue française au maximum. Comme Beckett, il veut tirer de chaque mot le maximum. Toujours le maximum.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ses textes comme dans la vie, Jean Demélier est mordant, délirant, agaçant, exaspérant, sans pitié pour ses semblables, sans faiblesse pour lui-même. Ça explose de partout, dans un grand éclat de rire et de pleurs. Voici un prêcheur paradoxal. Pas à la mode du tout. Mais ses livres tiennent debout. Droits.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Comment avez-vous commencé à écrire ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Jean Demélier. –</strong> À l’école, comme tous les enfants. J’étais à l’école de la Torchaise dans le quartier sud de Poitiers. Le premier jour, la maîtresse dessinait au tableau des lettres qu’il fallait reproduire sur notre ardoise. Elle venait à moi pour me tenir la main parce que cela ne me suffisait pas de reproduire des lettres, je voulais les prolonger, les dessiner. Cela ne s’appelle pas exactement écrire mais plutôt calligraphier. Quant à écrire, je l’ai toujours fait. Cette aventure a commencé vers l’âge de 15 ans. J’écrivais des poèmes d’amour aux gens que j’aimais. Cette maladie n’a jamais cessé depuis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après le collège, je suis allé à l’École normale d’Angoulême. Je ne pouvais pas imaginer une seconde que je deviendrais instituteur. J’étais un vrai cancre, toujours dernier sauf une fois, avant-dernier. Je souffrais beaucoup. J’écrivais toutes sortes de choses. Par exemple, sans savoir que ça existait – à ma grande honte –, j’allais réinventer l’écriture automatique dans une série de textes intitulée <em>L’Épreuve de vitesse en poésie</em> : je posais sur la table une montre avec une trotteuse ; j’indiquais l’heure de départ, j’écrivais et quand ça s’arrêtait, je mettais un point et notais l’heure de la fin. J’ai fait aussi des recueils de poèmes, <em>Cosmonaties</em> et <em>Les Hyaloïdes</em>, qui évoquaient des souvenirs d’enfance dans le quartier du Grand Rondeau, une pièce délirante, <em>La Fête à Saint-Ausone</em>, des nouvelles, des notes, des aphorismes… C’est dans cette horrible école que j’ai écrit <em>La Bataille de Poitiers</em>, un texte d’une trentaine de pages, que personne n’a lu, comme tant d’autres textes. C’est une bataille contre les mots – de l’inconscient jusqu’au chant. On voit de plus en plus de mots, dans la rue, partout, qui se bouffent entre eux, qui nous traversent la tête, et dont il ne restera rien. J’avançais par paragraphes, par paquets de mots, prenant tout ce qui passait, puis j’arrêtais et je recommençais jusqu’à ce que quelque chose prenne, pour finir par un poème court. Comme si la bataille avait été gagnée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1962, pendant la dernière année d’École normale, j’ai découvert l’œuvre de Beckett qui m’a totalement bouleversé. Il fallait écrire un mémoire pour la fin de l’année, j’ai choisi de travailler sur Beckett. Je lui ai écrit aux éditions de Minuit. Il m’a envoyé tous ses livres et ce fut le début d’une correspondance. Après avoir lu mon essai, il m’a répondu : «Cher monsieur, je vous crois aussi peu critique que moi.» Nous nous sommes rencontrés deux ans après, après une misérable licence en lettres modernes à la fac de Poitiers. C’est devenu une immense amitié. Avec Beckett, j’avais des relations de disciple à maître. Il ne donnait pas de conseils sur un texte – ce n’était pas un pédant –, ou alors de façon très laconique, par des observations très précises. De magnifiques leçons.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment êtes-vous arrivé chez Gallimard ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Beckett m’a dit d’envoyer des textes à Georges Lambrichs qui dirigeait la collection «Le Chemin» chez Gallimard. Des nouvelles ont été publiées dans <em>Les Cahiers du chemin</em>. Elles étaient extraites de <em>Gens de la rue</em>. Gallimard a décidé de publier le recueil complet, ainsi que <em>Le Rêve de Job</em>, un roman sur lequel je travaillais depuis sept ans. Lambrichs me dit qu’il y a 150 pages à enlever. Je travaille à nouveau ce roman pendant un an et le lui montre. «C’est très bien, me dit-il, maintenant il faut l’écrire.» C’était comme recevoir 400 000 coups de poings en même temps. Mais quelle leçon ! Ce roman était construit comme la Bible, à savoir <em>L’Ancien Testament</em>, <em>Le Nouveau Testament</em> et <em>L’Apocalypse</em>. J’ai tout repris et un an après Gallimard voulait le publier. Seul détail : il risquait d’être censuré. À cette époque, si un éditeur se voyait censurer trois publications pendant l’année, il devait passer devant une commission de censure les années suivantes. Or, deux livres de Gallimard avaient été censurés cette année-là, un de Serguine et un de Guyotat, donc la publication du mien a été repoussée d’un an.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par cette coïncidence, <em>Gens de la rue </em>puis <em>Le Rêve de Job</em> ont paru la même année, en 1971. Le premier avait été accueilli par des articles dithyrambiques. J’éclatais de rire en pensant à la surprise qu’offrirait le second. Les critiques furent variées, comme toujours. Il y eut un appel à la censure (sans effet) dans <em>Le Figaro</em> qui titrait «Job sur son fumier». Il est rare de voir le mot fumier dans ce journal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième partie du <em>Rêve de Job</em> se déroule à Poitiers, mais le livre suivant, <em>Le Sourire de Jonas</em>, lui est entièrement consacré. Il y a cinquante-cinq chapitres et cinquante-cinq lieux que tous les Poitevins connaissent. Les deux anges, Chérubin et Nhiburec, visitent ainsi la ville et y font des pitreries. D’ailleurs, il y a des anges dans presque toutes mes œuvres ; c’est un peu mon thème majeur. Évidemment, ce n’est pas du tout un livre régionaliste. Toutefois, même s’il se moque de Poitiers, ce livre est à la gloire de la ville. J’ai la honte, l’assurance et la conviction que personne n’a jamais écrit un livre pareil sur sa ville natale. Dans les livres suivants, <em>La Constellation des Chiens</em> (1976), <em>Le Miroir de Janus</em> (1977), <em>Le Jugement de Poitiers</em> (1978), il est toujours question de cette ville, à laquelle j’aurai consacré environ deux mille pages. Mais j’ai encore des projets pour Poitiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alors que vous aviez quitté Poitiers avant d’écrire tous ces livres, pourquoi un tel acharnement à écrire sur cette ville ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Acharnement ? Peut-être. On m’a parfois comparé à Thomas Bernhard. Lui, c’était Vienne. Chacun a son point de départ. N’étant vraisemblablement pas Poitevin dans l’âme, ni même dans le corps, au bout de vingt-quatre ans, j’en ai eu assez. J’étouffais dans cette ville. Ensuite, je l’ai dépeinte à ma façon en ne parlant que d’elle, et c’est quand même pour elle. Il y a quelques années, Jean Pitié m’avait invité à un colloque à la fac de droit. J’avais dit : «Poitiers, c’est moi.»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Diriez-vous la même chose aujourd’hui ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, pas assez. C’est évidemment la parodie de la phrase de Flaubert.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="874" height="588" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2.jpg" alt class="wp-image-37858" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2.jpg 874w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2-300x202.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2-768x517.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2-650x437.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2-150x101.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 874px) 100vw, 874px"><figcaption class="wp-element-caption">Chat poitevinant. Dessin de Jean Demélier.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous aimez Poitiers, mais les Poitevins vous irritent.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai appris cette année l’existence du verbe «poiteviner» qui signifie «vivre bien, benaise», «pas trop, surtout pas trop». Les Poitevins «poitevinent». Il y a, chez un certain nombre de Poitevins, quelque chose qui s’apparente à l’autosatisfaction et à l’autosuffisance. Ce sont des «mégalomaniaques miteux». Poitiers est une des villes les plus gâtées de France grâce à ses églises romanes, ses scientifiques, ses étudiants, etc. Que manque-t-il aux Poitevins ? Ils n’ont pas la mer ni la montagne, mais je suis sûr que si l’équipe du maire pouvait créer une montagne avec des pistes de ski et des plages de sable le long du Clain, elle le ferait. On pourrait alors construire des remparts autour de la ville, et dire : «Voici la République idéale.» Nombrilisme complet, aucun goût du rayonnement. Ce qui m’exaspère depuis des années, c’est qu’on retarde toujours la construction du nouveau théâtre. Et encore, il est prévu pour 700 places – dans une ville qui compte 25 000 étudiants ! –alors qu’il en faudrait 2 000, au moins. Quant au palais des Ducs d’Aquitaine, c’est le centre qui manque à Poitiers, comme il y a le palais des Papes en Avignon, le palais Jacques-Cœur à Bourges, etc. La salle des Pas perdus du palais des Ducs d’Aquitaine est d’abord une salle de spectacles, mais elle est noyautée par la Justice. Il faut construire à l’extérieur de la ville un nouveau palais de justice, en béton, en placoplâtre ou en carton bouilli, et restaurer ce palais, puis démolir les maisons qui l’entourent. Et l’on redécouvrira enfin ce chef‑d’œuvre occulté par les gens de robe. Quand on le verra, Poitiers pourra réellement s’appeler Poitiers. On viendra du monde entier pour admirer la cité de Poitiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>D’où vous vient cette rigueur ? Cette volonté d’être droit est-elle héritée de l’éthique protestante ? La mémoire des persécutions a‑t-elle été transmise dans votre famille ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis très fier de mes origines protestantes – calvinistes du côté de mon père. Les protestants sont des gens droits dans leur vie mais aussi verticaux. On est sans arrêt en lutte, ce qui n’est pas confortable. On est complètement responsable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne fais aucun militantisme et je n’ai jamais eu le sentiment d’avoir à venger des protestants. Cela dit, ma famille compte deux figures du protestantisme : le pasteur Marty, mort en 1950, professeur de théologie dans la même école qu’Albert Schweitzer, et surtout, le pasteur et missionnaire Paul Minault, assassiné en 1897 à Madagascar. Il a été tué avec un autre missionnaire, le pasteur Escande, sur la route de Tananarive. On n’a jamais su s’il avait été assassiné par des autochtones ou par des missionnaires anglais et rivaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cette culture protestante vous aide-t-elle à «survivre» dans la traversée du désert que vous connaissez depuis plusieurs années ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est très possible. Il s’agit plutôt d’un purgatoire, bien que cette notion n’existe pas chez les protestants.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="730" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2.jpg" alt class="wp-image-37859" style="aspect-ratio:0.712890625;width:556px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2.jpg 730w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2-214x300.jpg 214w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2-650x912.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2-150x210.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 730px) 100vw, 730px"><figcaption class="wp-element-caption">Dessin de Jean Demélier.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce qui ne vous empêche pas de pourfendre la futilité de notre monde.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’éphémère semble l’emporter sur tout. Notre époque se partage entre l’intelligence et la naïveté, pour ne pas dire la bêtise. Et surtout, il n’y a aucune vision.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne sera jamais assez humain. On emploie maintenant l’expression «intelligence artificielle» comme si l’homme pouvait être remplacé par autre chose que lui-même. Il y a très peu d’hommes, en fait. Il n’y en a jamais eu beaucoup. Combien d’hommes ont laissé une trace de leur passage sur la terre ? Allez dans les musées et les bibliothèques pour vérifier. Loin de vouloir faire de l’élitisme, j’estime que nous vivons dans une époque superficielle, où il faut en mettre plein la vue et dont il ne restera pas grand-chose. Je répète qu’il n’y a chez moi aucun goût de vengeance ni de cruauté. Mon souci n’est pas de dire ce qui va mal, mais ce qui va bien… En fait, qu’est-ce qui va bien ? Le général de Gaulle, qui n’avait pas la réputation d’être un poète, a dit : «Un artiste, c’est quelqu’un qui dit non.» Ce n’est vraiment pas par volonté de dire non, mais tellement de gens disent oui, sans même dire oui, tellement de gens jouent des jeux sordides pour avoir le confort, les avantages, que ce sont de petites gens. On ne peut pas reprocher à quelqu’un de vivre à l’aise, mais si, à côté, d’autres meurent de faim, sincèrement, il est difficile de se sentir à l’aise.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C’est pourquoi vous dites non.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous dites non, mais en donnant beaucoup.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En donnant tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une vie entièrement vouée à la littérature.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je n’ai jamais eu le choix. Qu’est-ce que je peux faire d’autre ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C’est pourquoi vous n’avez jamais “travaillé”.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ah merci, c’est ce que je n’arrête pas de faire depuis le début ! Comme tout le monde, j’ai fait des quantités de piges, j’ai fait des textes de commande, j’ai relu et réécrit des livres anonymement. Chaque fois qu’on me propose de gagner honnêtement de l’argent, j’accepte. Certes, je ne suis pas riche le moins du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce sont toujours des travaux de plume. Mais vous avez aussi toujours dessiné et beaucoup exposé.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mes livres ne me rapportent rien depuis des années, et comme je n’aime pas l’argent…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous n’êtes pas le seul. Votre ami Pierre Klossowski s’est mis à dessiner de plus en plus parce que ses droits d’auteur ne lui rapportaient pas grand-chose.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Exactement. Cet homme d’une immense culture s’est aperçu que les gens comprenaient mieux ses dessins que ses livres. Or, il dit la même chose en dessin. Ses dessins sont écrits. J’ai essayé de mon côté. J’ai essayé de représenter Chérubin et Nhiburec. C’était nul. Je n’ai pas continué. Cela dit, j’ai toujours dessiné et je dessine toujours. Mais je travaille de plus en plus lentement. Un jour, j’ai envoyé une centaine de dessins à Beckett, pour qu’il voit. Il me les a renvoyés avec un petit mot qui disait : «Trop et trop vite.» Je les ai retravaillés. D’ailleurs, je les ai ensuite presque tous vendus. La quantité est l’ennemie de la qualité. Pas nouveau. Dans cette époque de frime et de confusion, on ne travaille jamais assez lentement. Avec les mots, c’est pareil. J’ai mis des mois à écrire les poèmes très courts de mon dernier livre paru, <em>Point de point</em>. On ajoute et on enlève simultanément. Qu’est-ce qu’on ajoute et qu’est-ce qu’on enlève ? Voilà la question.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bibliographie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Chez Gallimard, coll. «Le Chemin»&nbsp;: <em>Gens de la rue</em>, 1971, <em>Le Rêve de Job</em>, 1971, <em>Le Sourire de Jonas</em>, 1975, <em>La Constellation des Chiens</em>, 1976, <em>Le Miroir de Janus</em>, 1977, <em>Les Nouvelles Lettres de mon Moulin</em>, 1983.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chez Ramsay, <em>Le Jugement de Poitiers</em>, 1978, et chez Balland, <em>Le Métro du bout du monde</em>, Balland, 1985.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Petits essais humoristiques chez Mona Lisait&nbsp;: <em>Brefs prolégomènes à un système politique prochain</em>, 1997, <em>LʼAnge et moi</em>, 1998, <em>Le Nouveau Code Noir</em>, 1998.</p>
</blockquote>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p><strong><em>Les cendres de Jean Demélier seront déposées dans la tombe de ses parents, Marthe et Paul, à Poitiers, au cimetière Chilvert (concession 7159, sect. 28, empl. 933), le mardi 31 octobre 10h.</em></strong></p></blockquote></figure>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="677" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2.jpg" alt class="wp-image-37860" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2.jpg 677w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2-198x300.jpg 198w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2-650x983.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2-150x227.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 677px) 100vw, 677px"><figcaption class="wp-element-caption">Jean Demélier au Confort Moderne à Poitiers en 1991 (après sa visite de l’exposition James Turrell). Photo J.-L. Terradillos</figcaption></figure>
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		<title>Archéologie – Carnet de route en Éthiopie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 May 2023 08:48:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[archéologie]]></category>
		<category><![CDATA[Ethiopie]]></category>
		<category><![CDATA[fouilles]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Horn East]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Tigré]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Carnets de voyage d'une doctorante en archéologie de l'université de Poitiers, dans la région du Tigré en Éthiopie.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Élise Mercier</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Depuis 2018, l’équipe de l’ERC Horn East mène des prospections dans la région du Tigré, afin de rechercher des stèles funéraires musulmanes et de repérer des cimetières musulmans. C’est auprès de Julien, Simon, Amelie, Deresse, Hiluf et les autres que j’ai vécue l’expérience la plus marquante de ma vie – participer à une mission archéologique en Éthiopie.&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sept heures, c’est le temps qu’il me faut pour arriver à Addis-Abeba depuis Paris. Trouver son chemin dans l’aéroport n’est pas simple. Les panneaux indiquent des directions dans une langue que je ne peux pas lire car l’alphabet ressemble à des petits graffitis. Le voyage n’est pas fini puisqu’il faut ensuite monter dans un bombardier De Havilland Cash 8Q tout droit sorti des années 1940, afin d’atterrir sur le tarmac de Mekelé, dans la région du Tigré, sur les hauts-plateaux éthiopiens à 2 250 mètres d’altitude. Mon arrivée ne passe pas inaperçue, les locaux s’interpellent de la présence d’une Occidentale seule, ce qui est plutôt inhabituel. Une fois les bagages récupérés sur un tapis grinçant, dans un bruit de ferraille, je rejoins la sortie de l’aéroport où je suis accueillie chaleureusement par l’équipe déjà sur place.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier défi est d’adapter son corps à l’environnement : la chaleur et l’altitude peuvent occasionner&nbsp;essoufflement, cauchemars et un léger état nauséeux. À mon arrivée, le climat est chaud et sec. L’Éthiopie est un pays tropical avec&nbsp;une saison sèche de janvier à mai. La température moyenne est d’environ 25 °C, mais elle peut atteindre jusqu’à 30 °C en été. Une fois cette étape passée, il s’agit de s’adapter à un environnement très dynamique, souvent bruyant car jamais rien ne s’arrête à Mekelé. C’est une région historiquement chrétienne, l’orthodoxie y a joué un rôle important. Les églises y sont très présentes, très actives et diffusent régulièrement des messages de paix et de bonne conduite dans leurs haut-parleurs. Les journées sont rythmées par de nombreuses processions, par des sacrifices et des prières où toute la communauté se réunit. Les ouvriers ne travaillent pas la terre et il est prohibé de manger de la viande, mais les locaux ne vous en tiendront pas rigueur si vous relevez le challenge de manger l’ingéra, cette grande crêpe fermentée à base de teff, essentiellement avec la main droite. La cérémonie du café est également un événement social important où le café est torréfié, moulu et infusé devant les invités.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dialecte et les expressions locales sont d’autres aspects essentiels de l’adaptation sur place. L’amharique est la langue officielle de l’Éthiopie, mais il en existe plus de 80 autres parlées dans le pays, dont le tigrinya, majoritairement parlé au Tigré. Bien qu’il soit complexe d’apprendre une langue en si peu de temps, connaître quelques mots est toujours bienvenu. C’est un signe de respect envers la communauté qui vous accueille et contribue grandement à établir des relations ainsi qu’à montrer son appréciation de la culture locale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avoir une attitude respectueuse et une ouverture d’esprit est crucial pour s’adapter. Il est essentiel d’être conscient des différences culturelles, d’éviter de faire des suppositions ou d’imposer ses croyances. L’Éthiopie a une histoire longue et complexe, avec la coexistence de divers groupes ethniques et religions dictée par des règles dont certaines sont construites sur des valeurs morales.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des difficultés principales, il faut être capable de faire face aux situations imprévues, comme les vols et les pertes de matériel. Le vol de mon téléphone a suscité beaucoup d’agitations parmi les ouvriers. Au-delà de la perte d’un objet onéreux, se dégage un acte inqualifiable : le vol. Il est sévèrement puni et prend une grande importance dans une communauté chrétienne orthodoxe. C’est aussi se confronter au système judiciaire et administratif du pays. À l’exemple du vol de mon téléphone dès les premiers jours, je me suis vue parcourir les commissariats de Mekelé afin d’obtenir un document qui me permettra, dès mon retour de contacter mon assurance. Je découvre ainsi, sur le procès-verbal, qu’en Éthiopie nous ne sommes pas en décembre 2019 mais bien en novembre 2012. Effectivement, ce pays utilise le calendrier Julien, soit un décalage de huit ans avec la France.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Les enjeux de la mission pour les locaux et les chercheurs</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">La mission vise à découvrir le riche patrimoine culturel de l’Éthiopie et à révéler l’existence de communautés musulmanes médiévales florissantes, connectées au reste du monde islamique. L’objectif était de prospecter et d’ouvrir un secteur de fouille archéologique à l’aplomb du cimetière moderne de l’église de Qwiha, repéré lors des premières opérations de l’équipe. La mission est pluridisciplinaire, impliquant histoire, archéologie et épigraphie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour mener à bien une telle expédition, il est important de se préparer psychologiquement et matériellement. Il ne s’agit pas d’imposer sa présence, mais de s’adapter à un nouvel environnement. Vous ne verrez peut-être la vie des chercheurs pendant leur mission à l’étranger que sous forme de «&nbsp;carnet de fouille&nbsp;» ou d’interview, mais le voyage fascine généralement bien au-delà de l’histoire. C’est une véritable expérience de vie, une parenthèse immersive dans une culture inconnue. Un dépaysement provoquant souvent un questionnement et des mises en perspective incessantes avec notre propre culture. Tout n’aura pas forcément de sens pour nous, mais c’est ainsi. Il s’agit d’accepter et d’observer. Il est crucial de comprendre les coutumes et les traditions, ce que nous réalisons en nous engageant quotidiennement avec les collègues éthiopiens et les ouvriers qui travaillent sur le chantier archéologique. Le tout est construit sur les échanges.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces missions à l’étranger permettent à de nombreux étudiants éthiopiens de participer à des chantiers de fouille archéologique. C’est un échange de savoirs et de méthodes constant entre les archéologues, les historiens de différentes nationalités et les étudiants.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-2-1.jpg" alt class="wp-image-37418" width="741" height="495" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-2-1.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-2-1-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-2-1-768x513.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-2-1-650x434.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-2-1-150x100.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 741px) 100vw, 741px"><figcaption class="wp-element-caption">Projet Horn East. Ouvriers et étudiants travaillant sur le chantier.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Il s’agit de les initier aux relevés architecturaux et sédimentaires, d’expliquer les méthodes d’enregistrement des données et d’utiliser le matériel à disposition comme la lunette de chantier, ou tout simplement les outils de l’archéologue. Ils ont été initiés à toute la chaîne opératoire de la fouille archéologique, de la manipulation des outils jusqu’à l’enregistrement. Les échanges se sont toujours faits dans la bonne humeur, et lorsque notre présence est admise, des liens fascinants se créent entre les participants. L’échange est d’autant plus riche pendant les pauses, autour d’un café à la saveur complètement inédite, ou d’un thé à la saveur épicée incomparable. Assis dans les cailloux, nous partageons ces quelques minutes de calme pour écouter, observer, et s’émerveiller à coup de : « Comment est-ce que l’on vit chez toi ? »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le chantier participe également à l’économie locale car, pour le mener à bien, des ouvriers locaux sont recrutés pour la fouille. Des hommes de tout âge nous ont rejoints, car le salaire est plutôt élevé au vu des conditions de vie sur place. Une vingtaine de places sont disponibles dont chacune représente une somme d’argent non négligeable pour l’année à venir,&nbsp;et nous recherchons des ouvriers déterminés. Notre contact sur place est chargé du recrutement. Ces hommes sont principalement agriculteurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Participer à l’économie, c’est aussi consommer local. Bien que la tendance à reproduire des plats occidentaux se fait un peu partout dans le monde, il a été naturel pour l’équipe de se restaurer dans des petits restaurants proposant exclusivement des plats de la région.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>S’adapter dans un pays où l’instabilité peut se fait sentir</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Les déplacements en voiture sont parfois stressants. Le taux de mortalité sur les routes d’Éthiopie est très élevé. En constatant l’état des routes, ce n’est pas vraiment une surprise. Peu d’entre elles sont goudronnées, nombreuses sont les pistes que nous avions dû emprunter pour les prospections dans les montagnes. Les camions roulent à vive allure entre les tuk tuks, les taxis collectifs et les transports de charrette tirée par des ânes. L’ensemble peut paraître chaotique, mais fonctionne plutôt bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il arrive parfois que le «&nbsp;mauvais œil&nbsp;» nous tombe dessus. Un matin, l’une des zones de fouille située dans un jardin privé est devenue inaccessible, porte close. Au ton employé par la propriétaire (une femme âgée), nos collègues éthiopiens négocient, courbent un peu le dos, et demandent pourquoi. Elle nous reproche d’avoir fait entrer chez elle le «&nbsp;mauvais œil&nbsp;», ce qui aurait entraîné la perte de l’une de ses bêtes. Pour la première fois depuis le début de la mission, nous ne sommes plus les bienvenus. La situation est délicate, la tension se fait sentir. Mais nous serons autorisés à revenir quelques jours afin de finir l’enregistrement des données et de reboucher la zone.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, pas une seule fois, nous nous sommes sentis en danger. Mais un tel voyage nécessite bien des mesures qui ont été prises en amont par les fonctionnaires de sécurité de défense (FSD) du CNRS : l’évaluation de la situation sur place. À ce moment, l’Éthiopie semblait entrer dans une période d’accalmie avec l’Érythrée. C’est d’ailleurs lors de notre séjour que le prix Nobel de la paix a été décerné au Premier ministre éthiopien. Document que nous avons eu la chance d’admirer à Addis-Abeba en décembre.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, l’ambiance sur les lieux laisse présager d’une stabilité fragile au cœur même du pays. L’armée contrôlant la route principale que nous empruntons quotidiennement pour aller de Mekelé à Qwiha, le contrôle des papiers d’identité et des passeports est obligatoire. De brefs moments d’échanges nous permettaient parfois de passer plus rapidement, mais il est indéniable qu’un lourd silence s’installait lors de ces arrêts. L’ancien gouvernement majoritairement tigréen avait laissé place à la gouvernance d’un homme d’une autre région, et les conflits inter-ethniques sont au cœur même d’une grande discorde dans le pays. L’annonce officielle de la guerre en novembre 2020 viendra enflammer l’Éthiopie déjà traversée par une crise alimentaire. Plus de la moitié de la population du Tigré souffre d’une insécurité alimentaire sévère, tandis que la majorité n’a pas un accès régulier à la nourriture. La situation a été exacerbée par ce conflit de deux ans, précédé par une invasion de criquets qui détruisaient déjà les cultures lors de notre passage en 2019.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">De toute évidence, l’accès au terrain a été impossible lors de cette période de guerre. La priorité n’était plus à l’étude, il s’agissait plutôt d’aider ceux que nous connaissions avec le peu de moyens dont la mission disposait encore. Le projet de faire venir des étudiants en tant que réfugiés de guerre est souvent abordé lors de tels conflits, mais la région du Tigré a été plongé dans une très longue période d’isolement total, où tout moyen de communication avec le monde extérieur était impossible. Aujourd’hui, un accord de paix maintient un équilibre très fragile. Les prochaines missions archéologiques envisagées par le projet Horn East ne sont pas prévues avant 2024, mais les missions d’approches et de prospections sont programmées pour 2023. Le fragile fil de l’histoire reprend petit à petit son chemin, laissant au-dessus des locaux et des chercheurs l’ombre d’une nouvelle rupture encore beaucoup trop proche.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-3.png" alt class="wp-image-37419" width="617" height="462" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-3.png 454w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-3-300x225.png 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-3-80x60.png 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-3-150x112.png 150w" sizes="auto, (max-width: 617px) 100vw, 617px"><figcaption class="wp-element-caption">Projet Horn East, église éthiopienne en construction au Tigré. Visité lors d’une prospection dans le nord de la région.</figcaption></figure>
</div>


<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Bibliographie&nbsp;<br><br>Amelie Chekroun et Nicolas Baker, <em>Les stèles perdues d’Ethiopie, Journal du CNRS</em> : <a href="https://lejournal.cnrs.fr/articles/les-steles-perdues-dethiopie">https://lejournal.cnrs.fr/articles/les-steles-perdues-dethiopie</a> consulté le 29/03/2023.&nbsp;<br><br>Julien Loiseau et Amelie Chekroun, <em>Ces stèles qui bouleversent l’histoire de l’Éthiopie, Journal du CNRS</em> : <a href="https://lejournal.cnrs.fr/videos/ces-steles-qui-bouleversent-lhistoire-de-lethiopie">https://lejournal.cnrs.fr/videos/ces-steles-qui-bouleversent-lhistoire-de-lethiopie</a> consulté le 29/03/2023.&nbsp;<br><br>Simon Dorso, <em>Le site de Kwiha (Tigray, Éthiopie) de la période aksoumite au XVI<sup>e</sup> siècle : premier bilan des fouilles et recherches en cours</em>, Séminaire Monuments et documents de l’Afrique ancienne : recherches en cours en histoire, histoire de l’art et archéologie, 2022.&nbsp;<br><br>Julien Loiseau et al., <em>Bilet and the wider world: New insights into the archaeology of Islam in Tigray. Antiquity</em>, 95(380), Cambridge, 2021, pp. 508–529.&nbsp;</p>
</blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="ensavoirplus wp-block-paragraph">Élise Mercier est en thèse d’archéologie sous la direction de Yves Gleize et Vincent Michel : Les inhumations dans les lieux de culture chrétien en Palestine, de l’antiquité tardive à l’époque des croisés. Etude diachronique des différents aspects architecturaux, religieux et sociaux d’une pratique funéraire tolérée et privilégiée dans les églises.<br><br>Cet article a été réalisé dans le cadre d’une formation doctorale sur l’écriture journalistique avec l’École doctorale Humanités de l’Université de Poitiers.</p>
</blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/archeologie-carnet-de-route-en-ethiopie/">Archéologie – Carnet de route en Éthiopie</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>François Mitterrand – Le promeneur enraciné</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Mar 2023 17:54:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[Anne-Laure Ollivier]]></category>
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		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un ouvrage collectif retrace le parcours de François Mitterrand (1916-1996) au prisme de l’ancrage territorial et dévoile la géographie personnelle de l’ancien Président de la République.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>Un ouvrage collectif retrace le parcours de François Mitterrand (1916–1996) au prisme de l’ancrage territorial et dévoile la géographie personnelle de l’ancien Président de la République.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">François Mitterrand fut certainement le dernier président de la République – deux septennats&nbsp;: 1981–1995 – dont l’immense culture peut sembler aujourd’hui exceptionnelle, voire anachronique. Ce Charentais de Jarnac issu d’une famille bourgeoise catholique était pétri d’histoire, de géographie, de littérature. L’histoire longue bien sûr, au moins jusqu’aux Celtes comme l’a relaté <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_de_Hennezel">Marie de Hennezel</a> dans <em>Croire aux forces de l’esprit</em> (2016), histoire qu’il pratiqua pendant des dizaines d’années à la manière d’un <a href="https://www.jose-corti.fr/titres/carnets-grand-chemin.html">Julien Gracq</a> en parcourant la France dans tous les sens, seul au volant de sa DS. «La géographie est ma plus chère et ma plus vieille amie avec la France en rose et l’Allemagne en vert des cartes de mon enfance», écrit-il dans <em>Ma part de vérité</em>. Une géographie physique et humaine, électorale (à l’échelle municipale, cantonale, départementale), culturelle et sentimentale, comme attestent deux monuments d’écriture intime publiés chez <a href="https://www.librairie-gallimard.com/listeliv.php?base=paper&amp;form_recherche_avancee=ok&amp;auteurs=Fran%C3%A7ois+Mitterrand">Gallimard en 2016&nbsp;</a>: <em>Journal pour Anne 1964–1970</em> et <em>Lettres à Anne 1962–1995</em>. En racontant à son amante tout ce qui le fait vibrer, c’est un agenda impressionnant qu’il déroule, une mine pour les historiens et politistes qui participaient au colloque «François Mitterrand et les territoires. Sensibilité et pouvoirs» à Poitiers en mars 2017. Un livre issu de ce colloque a paru fin 2023 aux <a href="https://pur-editions.fr/product/8824/le-promeneur-enracine">Presses universitaires de Rennes&nbsp;</a>, <em>Le Promeneur enraciné. François Mitterrand, un cheminement politique et sensible à travers les territoires,</em> sous la direction de <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/entretiens-francois-dubasque/">François Dubasque</a>, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Poitiers, membre du Criham, et <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/entretiens-anne-laure-ollivier/">Anne-Laure Ollivier</a>, professeur agrégée d’histoire en classe préparatoire au lycée Albert-Schweitzer, Le Raincy, chercheuse associée au laboratoire Polen de l’université d’Orléans, qui soulignent dans l’introduction&nbsp;:«Au fil des jours et des pages, cette itinérance prouve à quel point celui qui entra à l’Élysée en 1981 avait une connaissance profonde et intime du territoire national, de ses petites patries, et de ses habitants. La France était peut-être pour lui moins une idée qu’une expérience&nbsp;: une expérience sensible.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Histoire, politique, littérature et témoignages ont nourri ce colloque original et passionnant dont <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> a rendu compte dans un <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/francois-mitterrand-et-les-territoires/">dossier en ligne</a> en interrogeant tous les participants.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>«Pour être élu par les Français…»</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/michel-charasse-lattachement-a-la-france-profonde/">Michel Charasse</a> (1941–2020), ancien ministre et ancien conseiller du président, revient sur la nécessité de l’ancrage territorial. Il raconte notamment la candidature <em>in extremis</em> de Ségolène Royal aux élections législatives de 1988 dans les Deux-Sèvres. François Mitterrand lui avait dit&nbsp;: «Elle ne sera pas élue mais cette expérience va lui tanner le cuir, et si elle est élue, c’est qu’elle se sera bien débrouillée.» Effectivement, elle a conquis cette circonscription «difficilement prenable».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non sans malice, il rappelle cette conviction que le président confia aux maires de France en novembre 1994&nbsp;: «Vous savez, pour être élu par les Français, il faut aimer la France, il faut aimer les Français, et il faut que les Français sentent que vous les aimez.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Chez les agriculteurs</strong><strong></strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Cette proximité avec les gens est bien relatée par <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/henri-nallet-le-demineur-agronome/">Henri Nallet</a>, ancien conseiller agricole puis ministre, qui proposait au président de rencontrer des responsables agricole sur le terrain&nbsp;: «Le climat était d’abord glacial, puis se réchauffait doucement. François Mitterrand les interrogeait tout simplement. Il leur parlait de telle façon que ces hommes commençaient à échanger de manière naturelle avec lui. Il avait une maîtrise de la relation interpersonnelle mais aussi une connaissance des territoires, de leur géographie et du travail que ces hommes y faisaient, qui était exceptionnelle. Cela permettait donc d’établir, quelquefois par-dessus la tête du gouvernement, des relations directes entre le président de la République et les responsables agricoles.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Le pont de l’île de Ré</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/philippe-marchand-niveau-de-protocole-conseil-general/">Philippe Marchand</a> (1939–2018), élu charentais, ancien ministre de l’Intérieur, évoque «l’habilité parlementaire» qu’il faut déployer «pour faire passer un texte tout en étant minoritaire». Il raconte comment il a négocié – en l’absence des voix communistes – avec une vingtaine de députés de l’opposition afin de faire voter la loi de 1992 relative à l’administration territoriale de la République.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le projet du pont de l’île de Ré souleva d’énormes polémiques. François Mitterrand y était opposé mais Philippe Marchand le remercie «de son silence sur ce dossier». Pourquoi&nbsp;? Parce tous les conseillers généraux de la Charente-Maritime le voulaient. «Respectueux du choix des élus locaux, il a laissé le processus suivre son cours et le Premier ministre a finalement signé l’autorisation de construction.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il rappelle également l’attachement du président à l’île d’Aix où il venait «deux-trois fois par an».</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La roche de Solutré</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque année depuis 1946, François Mitterrand gravissait la <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/noelline-castagnez-francois-mitterrand-ou-le-mystere-de-solutre/">roche de Solutré</a> – un paysage d’histoire – en compagnie de sa famille et d’amis, à Pâques puis à la Pentecôte. Un rite dont <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/gilbert-mitterrand-le-nom-du-pere-et-du-fils/">Gilbert Mitterrand</a>, fils cadet, donne une explication&nbsp;: «Rien de métaphysique dans ce choix, ni de volonté de célébrer l’esprit de la Résistance pour faire oublier les soi-disant errements vichystes&nbsp;! Pour François Mitterrand, il s’agissait d’un temps de partage familial et amical. Étant donné les activités de chacun, et les siennes en particulier, il importait de fixer une date annuelle, récurrente, ayant fonction de repère pour un rendez-vous, et quasi-valeur d’engagement pour être sûr de pouvoir se retrouver. Un rite si l’on veut. Mais ni un rituel, ni un cérémonial, ni un pèlerinage qui sous-entendraient d’autres fondements. C’était comme cela que nous fonctionnions tout au long de l’année pour préserver nos différents moments plus intimes.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autre part, il raconte comment, au détriment de l’île de Ré, François Mitterrand a adopté les Landes au point de faire de l’ancienne bergerie de <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/gilbert-mitterrand-comment-francois-mitterrand-a-apprivoise-latche/">Latche</a> le lieu de villégiature où il aimait recevoir «des écrivains, journalistes, scientifiques, politiques et personnalités internationales» – «une façon informelle de faire de la politique». «Latche et Solutré ont fait partie de ces lieux où il avait la possibilité de faire se rencontrer les sphères intimes et politiques qui faisaient son unité personnelle.»</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/mitterrand-promeneur-pur.jpeg" alt class="wp-image-37277" width="451" height="701" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/mitterrand-promeneur-pur.jpeg 659w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/mitterrand-promeneur-pur-193x300.jpeg 193w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/mitterrand-promeneur-pur-650x1010.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/03/mitterrand-promeneur-pur-150x233.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 451px) 100vw, 451px"></figure>
</div>


<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="ensavoirplus wp-block-paragraph"><a><em>Le Promeneur enraciné. François Mitterrand, un cheminement politique et sensible à travers les territoires</em></a>, PUR, 270 p., 24 €</p>
</blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/francois-mitterrand-le-promeneur-enracine/">François Mitterrand – Le promeneur enraciné</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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