Henri-Georges Clouzot – Cinéma et art cinétique

Photographie H-G Clouzot, circa 1960. La Cinémathèque Française – Succession Clouzot.

Par Héloïse Morel

Le musée Bernard d’Agesci à Niort rend hommage au réalisateur Henri-Georges Clouzot, né il y a 110 ans dans cette ville.

Celui qui a voulu réalisé L’Enfer ne l’achèvera jamais. Pourtant, La prisonnière, tourné en 1968, serait son antichambre. Le galeriste et collectionneur Stanislas Hassler (joué par Laurent Terzief) incarne le pécheur par qui le vice et les fantasmes se déploient allant jusqu’à la perte de José (interprétée par Élisabeth Wiener), prisonnière de son emprise.

Dans L’Enfer, Serge Reggiani rongé par la jalousie, est en proie à des visions psychédéliques de sa compagne, interprétée par Romy Schneider qui par des jeux de lumières, de miroirs est désirable et volage.

Si, dans L’Enfer, les effets sont créées par des dispositifs artistiques invisibles, ce n’est pas le cas de La prisonnière où les œuvres d’arts du galeriste sont une partie intégrante de la mise en scène. Elles participent au scénario. Ce sont ces œuvres d’arts que le musée Bernard d’Agesci présente. C’est également le rapport de Clouzot à l’art au travers de trois de ses films : Le Mystère Picasso (1955), La prisonnière (1968) et L’Enfer (1964) qui sont mis en avant. Dès les deux premières salles, le visiteur se retrouve dans le décor du vernissage à la galerie dans La prisonnière avec différentes structures comme celle d’Yvaral, Structure changeante n°75 (1969), celle de Francisco Sobrino, Structure permutationnelle M (1964), ainsi que les jeux de miroirs avec les Trièdres 16 cellules de Joël Stein (1964). Sont aussi présentées des structures alliant les effets de couleurs aux bruits des mécanismes hypnotiques, comme la Structure animée à déplacement continuel (1968–72) par Hugo Demarco ou le Microtemps 14 (1965) de Nicolas Schöffer. Ces artistes d’art optique et cinétique étaient réputés dans les années 1950. Yvaral et Joël Stein ont participé aux effets de lumière de L’Enfer. Ils ont testé leurs installations afin de valoriser de façon subversive le corps de Romy Schneider amenant aux photographies et extraits présentés dans la troisième salle de l’exposition.

Mise en abyme

Le visiteur réalise l’importance des œuvres d’artistes dans l’œuvre de Clouzot. Avant d’entrer dans la salle exposant les dessins produits en temps « réel » dans Le Mystère Picasso, un extrait montre au visiteur l’œuvre en train de se faire. À la fois celle de Picasso mais également celle de Clouzot qui se filme en train de réaliser. Ainsi, d’un poisson, Picasso dessine une chimère avec une poule pour terminer avec un diablotin-faune aux yeux rouges dans une nuit sombre. Le génie s’opère et Clouzot rythme le décompte – « il te reste 8 secondes » –, il passe aussi du plan fixe en noir et blanc, à la couleur lorsque le peintre prend sa palette. Par la caméra, il saisit la création d’une œuvre jusqu’à sa disparition au profit d’une autre. Soit Picasso apparaît dessinant, soit il s’agit du chevalet présentant un papier spécial permettant de voir le dessin par transparence, soit Clouzot et le caméraman apparaissent. Le visiteur découvre ensuite deux des toiles créées lors du tournage, le diablotin (Tête de Faune, 1955) et la femme nue (L’Atelier : le peintre et son modèle, 1955). Le film remporte le prix spécial du jury du festival de Cannes en 1956.

Clouzot ne se contente pas de filmer ceux qui créent. Il collectionne leurs œuvres. C’est ainsi que la dernière salle de l’exposition offre à voir une partie de la collection du cinéaste couplée par celle de son ami galeriste Daniel Cordier. Là Le couple de Meret Oppenheim (1956), celui-la même que Stanislas Hassler possède dans son appartement et déplace pour le ranger, comme s’il s’agissait d’une paire de chaussures ordinaire. Je vous salue Marie… de Gaston Chaissac (1949) côtoie un masque Kplé Kplé Baoulé de Côte d’Ivoire, des dessins de Hans Bellmer, de Victor Vasarely ainsi que des photographies du tournage de La prisonnière, acmé de ce lien entre œuvres plastiques, cinétiques et réalisation cinématographique. Le scénario peut apparaître comme un prétexte pour que Clouzot mette en scène ces œuvres en interactions avec les personnages. La scène où José voit son compagnon Gilbert embrasser la journaliste se déroule dans un labyrinthe cinétique où les acteurs sont pris au piège des œuvres ou cachés dans celle-ci.

C’est cet aspect de l’œuvre de Clouzot qui est mis en scène dans cette exposition. Il est troublant pour le visiteur qui a vu les films de se trouver face à ces œuvres et de découvrir les effets de L’Enfer, les dessins de Picasso et cette collection. Il est aussi troublant pour celui qui n’a pas vu les films de Clouzot et dont la curiosité est piquée par ces mécanismes psychédéliques.

Exposition « Henri-Georges Clouzot : un réalisateur en œuvres », jusqu’au 25 février 2018, au musée Bernard d’Agesci, 26 avenue de Limoges, Niort.

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