Didier Vergnaud, le Bleu du ciel

Affiche 28 Bernard Heidsieck, collage et écriture manuscrite de l'auteur, mars 2000.

Entretien Laurine Rousselet

Didier Vergnaud crée l’association Vers le livre d’artiste en 1988 à Bordeaux, deux ans avant de fonder L’Affiche, revue murale de poésie. Dès 2000, il dirige les éditions Le Bleu du ciel à Libourne où l’œuvre collective, un texte littéraire et une proposition plastique, constitue une grande partie des publications. La poésie sonore, les eBooks, les tirages de tête font partie du catalogue riche d’une centaine de livres et d’une septantaine d’affiches. Si les formes d’expression sont plurielles, depuis trois décennies, Didier Vergnaud révèle son occupation majeure en soumettant la création contemporaine dans l’espace public, les entrées dans la lecture actives.

L’Actualité. – À travers le temps, pouvez-vous nous décrire par quels moyens avez-vous augmenté votre pratique éditoriale si l’on compte la pluralité de vos activités ?

Didier Vergnaud. – J’ai publié en premier la revue L’Affiche de poésie en 1990, projet qui m’a permis de constituer un réseau de professionnels du livre, bibliothécaires et enseignants, sensibles à la diffusion de la poésie contemporaine et aux arts visuels. Puis, plusieurs autres revues et journaux, notamment grâce aux expériences menées avec le service culturel de l’Université Bordeaux Montaigne. Les livres du Bleu du ciel arrivent au terme des ces années de recherche sur les formes en lien avec les autres arts.

Le dernier projet en date, au moment de cette année anniversaire des trente ans, traduit dans le monde numérique animé les préoccupations de « l’Affiche de création » : c’est l’apparition « d’affiches animées » (dans leur forme prototype développée pour une première projection à l’université Toulouse Capitole en février/mars 2018) : courts films d’animation de dix secondes, dans lesquels le son est remplacé par des textes littéraires, en collaboration avec des artistes et des développeurs. Elles se destinent aux écrans numériques installés maintenant dans les lieux de passage (gares, galeries marchandes, places, établissements culturels), aux tablettes et aux téléphones portables. L’objectif est que les personnes poursuivent l’histoire qui se dessine souvent sous forme d’échanges ou de paroles à voix haute. Ce sont des textes-conversations ou coupures au sens du cut cinématographique. Le montage final appartient aux lecteurs/spectateurs.

Avec « l’atelier Bleu », à quoi aspirez-vous ? S’en dégage-t-il des directions que vous ignoreriez ?

Nous souhaitons que le public suive nos expériences dans un temps long, d’où cet atelier dans lequel se consignent les différentes étapes et restitutions des projets souvent inédits. Nous sommes à la fois dans le côté pratique et dans l’anticipation – l’écriture contemporaine assume ces multiples registres –.

2018 fête les trente ans de votre dynamique éditoriale. Vous êtes aussi poète. En quoi votre art de manipuler les mots s’attache-t-il à l’éclectisme des éditions ?

Pour moi, écrire et éditer sont la même chose. La même recherche, le même engagement. Je le perçois nettement au moment où je regarde le chemin parcouru. Je m’attache dans ces deux activités au mouvement des choses, à leur transformation, et suis très sensible à la surprise et à la nouveauté, ce qui entraine forcément l’éclectisme.

Affiche de Charles Pennequin dans la collection “Littératures publiques” et affiche de Pierre Mabille et Mathieu Potte-Bonneville.

Vos projets d’action culturelle et artistique traduisent-ils une réalité temporelle liée à chaque lieu de réception ? Quelles en sont les qualités principales ?

Nous essayons d’inventer, avec nos commanditaires, des actions inédites, valorisant les deux parties. Pour les villes d’Angoulême et Soyaux, nous travaillons avec l’écrivain et musicien David Christoffel à la création d’une « fanfare verbale » issue d’ateliers.

Pouvez-vous nous nommer des auteurs que vous n’auriez jamais imaginé rencontrer ni publier ? La relation à l’étrangeté est-elle importante pour vous ?

Question difficile ! Je peux vous donner quelques regrets, auteurs avec lesquels j’aurais aimé faire des affiches : Denis Roche, Severo Sarduy, Roger Giroux… Quant à l’étrangeté, je la recherche.

Les bénéfices dégagés de votre force sociale sont-ils immédiats et/ou avant-coureurs ?

Ce qui est perceptible immédiatement, ce sont les personnes – en pratiquant l’écriture lors d’atelier – qui perçoivent de l’intérieur les enjeux de la création ; et donc découvrent des univers artistiques, des auteurs, des voies de diffusion, des lieux… Mon expérience d’écriture et de tournage d’un film sur les paroles de gens habitant un quartier prioritaire dans une petite ville du nord Gironde, renforce ce sentiment qu’il faut associer les arts actuels aux réalités sociales.

Le Festival Poésie Espace Public, en 2018, vers où s’oriente-t-il ?

Nous essayons à l’intérieur d’événements disparates (dans différents types d’établissements, sur une zone géographique large) de faire passer une thématique, cette année liée à l’ensemble du parcours du Bleu du ciel. Ce n’est pas à proprement parler un festival, mais un ensemble d’actions allant dans la même direction, la découverte des écritures et auteurs que nous défendons.

Préparez-vous une édition anniversaire ? Des auteurs résidents ?

Un CD audio est en cours de préparation. Des résidences aussi, avec Charles Pennequin, David Christoffel, Didier Arnaudet.

Le calcul du nombre d’ouvrages et d’affiches imprimés parvient-il à vous faire apprécier le présent ? Faut-il s’en échapper pour préparer l’avenir ?

Ces notions temporelles se fondent dans l’action. Mais l’avenir est toujours ce qui me préoccupe le plus.

Parmi vos activités, quel est votre dernier don offert à l’autre ?

J’espère que les « Affiches animées » rendront compte de cette économie du don, contre les marchands d’appauvrissement. Leur diffusion sera beaucoup plus importante que tout ce que l’on a produit.

Didier Vergnaud.

Le Bleu du ciel
BP 90312 — 33501 Libourne Cedex
05 57 48 09 04
lebleuducieleditions.fr
Les dernières affiches de Littératures publiques des éditions Le Bleu du ciel sont présentées à la Médiathèque Pierre-Fanlac, du 7 au 17 mars dans le cadre du festival Expoésie à Périgueux.

 

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