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	<title>L&#039;Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
	<lastBuildDate>Tue, 05 May 2026 08:51:28 +0000</lastBuildDate>
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	<title>L&#039;Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Manger pour se construire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ulysse]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 May 2026 07:15:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[marché]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En quête de nourritures terrestres qui augmentent l’existence, de Paris à Poitiers via les souvenirs des soup dumplings de Chinatown à New York ou des cigares au fromage et aux olives du Proche Orient.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>En quête de nourritures terrestres qui augmentent l’existence, de Paris à Poitiers via les souvenirs des <em>soup dumplings</em> de Chinatown à New York ou des cigares au fromage et aux olives du Proche Orient.</strong></p>



<p>Par Sarah Leski</p>



<p></p>



<p>Je pourrais raconter ma vie en me basant sur la nourriture – sur les nourritures. Lorsque j’habitais à Paris, j’avais mes petites habitudes. J’allais faire mes courses dans quelques magasins et marchés, pas loin de chez moi. Et parmi le grand nombre de restaurants de la capitale, j’en avais trouvé où j’aimais revenir régulièrement. Il y en avait un, italien, où l’on mange des pâtes à se damner&nbsp;; et en entrée, du poulpe grillé cuit à la perfection, croustillant à l’extérieur et fondant à l’intérieur. J’ai l’eau à la bouche rien qu’en y pensant. J’y allais pour des occasions spéciales.</p>



<p>Mais je crois que mon restaurant préféré de tous les temps, qui heureusement pour moi est bien plus abordable, est celui où j’ai pu remanger des dim-sum, de délicieux raviolis chinois. Ce ne sont pas n’importe lesquels&nbsp;; non seulement ils sont faits maison comme toute la carte, que j’explore un peu plus à chaque visite, mais c’est là que j’ai retrouvé les <em>soup dumplings</em> que j’avais découverts il y a des années avec ma mère et ma tante à Chinatown à New York. En commandant, on s’attendait à recevoir une soupe avec des raviolis dedans. On était donc surprises en voyant les plats en bambou habituels, et pas de soupe. La vraie surprise est arrivée à la première bouchée&nbsp;; la soupe était à l’intérieur du ravioli. Il nous a fallu observer les autres personnes dans la salle pour comprendre comment les manger. La technique est simple&nbsp;: il faut tenir le ravioli avec les baguettes au-dessus d’une cuillère, pour récupérer le bouillon savoureux.</p>



<p>Depuis, j’ai cherché ces raviolis dans de multiples restaurants chinois. C’était une grande joie pour moi de les retrouver enfin après plus de sept ans. J’ai récemment pu amener ma mère et ma tante en manger, et partager cette redécouverte avec elles.</p>



<p><strong>Découvertes aux marchés de Poitiers</strong></p>



<p>Il m’a fallu près de cinq ans pour me construire tous mes repères parisiens. Je n’en suis pas encore à ce niveau à Poitiers. Mais depuis fin août 2025, j’ai commencé à développer des nouvelles habitudes de marché. Pour les produits «exotiques» le choix est plus limité. Mais les fruits et légumes que je trouve sont sans comparaison avec ceux que j’achetais à Paris, tant sur le prix que la qualité. La différence de prix qui m’a le plus marquée, est celle des huîtres&nbsp;: à Paris, c’est un produit de luxe&nbsp;; je n’en achetais jamais.</p>



<p>Petit à petit, je me familiarise avec les produits locaux. J’ai encore beaucoup de variétés de fromage de chèvre à goûter mais je crois avoir trouvé la version du farci poitevin que je préfère – c’est celui de la <a href="https://www.lafermedespetitesboisnes.fr/" target="_blank" rel="noopener" title="Ferme des Petites Boisnes">Ferme des Petites Boisnes</a>. Et les rillons, quelle chouette addition à un apéro&nbsp;! Ma dernière découverte est le tourteau fromager. Le marchand de fromage de chèvre en vend, mais j’étais persuadée que c’était un fromage. Quand des amis m’en ont proposé pour le dessert, j’ai découvert la texture aérienne de ce gâteau.</p>



<p>J’aime particulièrement le marché des Couronneries du dimanche matin. Parmi mes commerçants préférés, il y a Fares et Walaa (les Saveurs de Damas) qui préparent des falafels comme je n’ai jamais mangé nulle part ailleurs. Leur taboulé vert au persil est fabuleux aussi et leur caviar d’aubergine, excellent. En plus de cela, ils sont adorables. Lorsque j’ai goûté leurs cigares au fromage et aux olives, j’ai été instantanément transportée dans mon enfance au Proche Orient. J’avais complètement oublié ce goût. Est-ce le fromage&nbsp;? Je ne saurais pas le décrire. J’avais l’impression de le retrouver dans une version améliorée, plus de quinze ans plus tard. C’était à la fois le réconfort de retrouver un goût familier, perdu depuis mon enfance, et la joie d’une nouvelle trouvaille.</p>



<p>Décidément, la nourriture occupe une place centrale dans ma mémoire et je pense même dans mon identité. Heureusement qu’il faut manger pour vivre car je vis aussi pour manger.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1.jpg" alt class="wp-image-45554" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-300x225.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-768x576.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-650x488.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-150x113.jpg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Cigares au fromage et aux olives, samoussas et falafels, des Saveurs de Damas. Photo J‑L Terradillos</figcaption></figure>



<p></p>



<p><em>Sarah Leski est étudiante du master Histoire publique et expertise historienne, à l’université de Poitiers.</em></p>



<p>Lire d’autres témoignages, contributions scientifiques et recettes dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-141-manger-sans-danger/" title="L’Actualité Nouvelle-Aquitaine «&nbsp;Manger sans danger&nbsp;», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026."><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «&nbsp;Manger sans danger&nbsp;», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026.</a></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/manger-pour-se-construire/">Manger pour se construire</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Le foie haché de mon arrière-grand-mère</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ulysse]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Apr 2026 13:20:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La revue]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[repas]]></category>
		<category><![CDATA[tradition]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment s’est transmise, de génération en génération et depuis la Pologne, une recette familiale de la cuisine juive ashkénaze. Facile à réaliser avec des foies de volaille, des oignons et un peu d’huile.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/foie-hache-arriere-grand-mere/">Le foie haché de mon arrière-grand-mère</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Comment s’est transmise, de génération en génération et depuis la Pologne, une recette familiale de la cuisine juive ashkénaze. Facile à réaliser avec des foies de volaille, des oignons et un peu d’huile.</strong></p>



<p>Par Sarah Leski</p>



<p>Le foie haché est un pâté un peu particulier, qui ne ressemble à aucune autre préparation à base de foie que je connaisse. Fondant, au goût très marqué et pourtant doux. Je n’en mange pas souvent mais c’est toujours avec grand plaisir. Entretien avec ma mère sur ce plat familial transmis depuis plusieurs générations.</p>



<p><strong>Sarah Leski. – Le foie haché occupe-t-il une place particulière parmi tes recettes&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Catherine Leski. –</strong> Ça me rappelle ma grand-mère paternelle dont tu portes le prénom Sarah qui, entre autres choses, était une excellente cuisinière. C’est elle qui m’a fait découvrir la cuisine juive ashkénaze de Pologne dont le foie haché fait partie. Il y en avait toujours chez elle pour l’apéro.</p>



<p><strong>Y avait-il d’autres plats ou éléments toujours présents chez elle&nbsp;?</strong></p>



<p>Chez Mamie Sarah il y avait toujours de la salade verte, des fruits frais et des fleurs coupées&nbsp;; choses qui n’étaient pas accessible en Pologne. Elle était heureuse et fière d’en avoir chez elle. Cela relevait de son appartenance à la France. À l’inverse, sa cuisine des plats traditionnels juifs polonais était un marqueur de sa judéité.</p>



<p><strong>Était-elle religieuse ?</strong></p>



<p>Non, elle avait rejeté la pratique religieuse à l’âge de 15 ans. Mais ayant été élevée dans un cadre orthodoxe, elle avait gardé un lien par la cuisine. En revanche la viande n’était pas certifiée casher, ni aucun autre produit. C’était de la cuisine pseudo-casher en quelque sorte, qui imitait les goûts et les façons de faire sans se préoccuper de l’aspect proprement dit religieux.</p>



<p><strong>Qu’est-ce qui était en jeu, si ce n’était pas la religion ?</strong></p>



<p>Sa cuisine était une part essentielle de son identité culturelle, qui est transmissible. Et d’ailleurs, dès mes 10 ans j’ai commencé à cuisiner comme ma grand-mère. Pendant plusieurs mois, je lui apportais mes essais de foie haché. Elle les goûtait, puis elle me disait avec son accent yiddish très marqué, «c’est très bon mais pas tout à fait ça». Elle me demandait comment j’avais fait et après elle me corrigeait «&nbsp;là tu aurais dû mettre plus de ceci, ou moins de cela&nbsp;».</p>



<p><strong>As-tu un jour obtenu une validation de sa part&nbsp;?</strong></p>



<p>Oui, un jour elle a dit que c’était très bien et nous avons arrêté les aller-retours. La recette était donnée de manière approximative avec une pincée, une poignée. Il n’y avait pas de mesure pesée. Tout ça me procurait une joie très grande. C’était un échange très agréable avec ma grand-mère, de l’ordre de la tradition qui se transmet. Une façon de m’inscrire dans une filiation. Elle cuisinait aussi avec mon père&nbsp;; c’était une partie importante de leur relation. Il a d’ailleurs continué à préparer ses recettes, à sa façon, mais qui restaient très proche de celles de Sarah.</p>



<p><strong>Quelle place avait la cuisine dans la famille&nbsp;?</strong></p>



<p>La nourriture était centrale, tant dans le quotidien que dans les évènements spéciaux. On a toujours cuisiné tous les jours, avec plaisir. Mon père était excellent cuisinier et nous a transmis, à mon frère et à moi, son amour de la cuisine. Cela nous concerne tous, autant les hommes que les femmes.</p>



<p><strong>La cuisine jouait-elle un rôle important dans ta relation à ton père&nbsp;?</strong></p>



<p>Cela a joué un rôle extrêmement important, dans le sens où mes parents se sont séparés lorsque mon frère et moi étions très petits, respectivement 5 et 6 ans. Mon père mettait un point d’honneur à nous préparer des repas de très grande qualité. Il était médecin, mais il prenait le temps de cuisiner. C’était vraiment un plaisir pour lui, un moyen de se détendre en rentrant du travail.</p>



<p><strong>Ensuite, comment le foie haché a‑t-il accompagné ta vie adulte ?</strong></p>



<p>Au début des années 1990, j’étais militante à l’association Aides et je faisais partie du conseil d’administration de Aides Île-de-France. Après la tenue du CA, nous avions l’habitude de dîner ensemble. Quand nous avons eu notre propre local avec de la restauration, nous cuisinions ensemble. C’était un moment très agréable. Une fois, nous avions décidé que les gens qui savaient en faire amènerait du foie haché au prochain repas et nous ferions une sorte de dégustation, car ils étaient tous un peu différents. Nous étions un certain nombre de juifs. Il y avait une vieille dame, rescapée de la Shoah, un homme d’une quarantaine d’années, moi, et une quatrième personne dont je me souviens moins bien.</p>



<p>Tout le débat était de savoir si l’on met de l’œuf dur&nbsp;ou pas, s’il faut flamber les foies… Il y a tant de variations sur cette recette. Chaque famille a sa version. C’est vraiment un plat que toutes les familles juives faisaient, chacune a sa façon. D’abord parce que c’est très peu cher, rapide à préparer et que ça permet d’utiliser les foies des volailles (des poulets) que l’on mangeait.</p>



<p><strong>Quel souvenir gardes-tu de ce repas&nbsp;?</strong></p>



<p>Un souvenir d’une grande émotion. J’avais la sensation de trouver à l’intérieur d’un groupe déjà très soudé (par les défis traversés dans le cadre de la lutte militante pour la défense des patients atteint de VIH/sida) un niveau de connivence de plus. C’était l’impression de se retrouver dans notre identité plus personnelle.</p>



<p>C’était aussi, même si ce n’était pas très conscient, un moyen de se retrouver juifs devant les autres membres de Aides. D’affirmer que nous étions aussi des juifs. C’était une manière de dire qu’on sait ce que c’est d’être différents, d’être l’autre, ce qu’est le rejet et la ségrégation. C’était donc normal pour nous de reconnaître l’autre dans la même situation. Les patients atteints du sida étaient souvent rejetés par leurs familles, et pas forcément toujours bien traités par le corps médical. Cette idée était venue très spontanément, je ne me souviens plus qui l’avait initié. C’était une jolie manière, par la convivialité, d’affirmer qui on était et pourquoi on s’était engagé dans ce combat.</p>



<p><strong>Veux-tu partager ta recette de foie haché&nbsp;?</strong></p>



<p>Tout à fait&nbsp;!</p>



<p>Les ingrédients principaux sont 500 g de foie de volaille et le même volume d’oignon, voire un peu plus.</p>



<p>Commencer par faire revenir les oignons, coupés en tranches fines, dans de l’huile d’olive jusqu’à les faire dorer. Puis les retirer, en gardant l’huile dans la poêle. Ensuite faire sauter les foies dans l’huile, jusqu’à ce qu’ils soient cuits, pas rosés, mais pas trop cuits non plus&nbsp;; la meilleure façon de savoir est d’en couper un pour voir l’intérieur. Saler, poivrer. Ajouter les oignons. Bien mélanger le tout, puis le passer au hachoir,&nbsp;et c’est tout.</p>



<p>On peut ajouter un œuf dur dans le mélange à mouliner, ou alors un œuf dur émietté par-dessus. Certains font flamber les foies au cognac ou au whiskey au moment de leur cuisson.</p>



<p>Le foie haché se garde au mieux trois à quatre jours au frigo. Il se mange sur du pain noir de seigle, ou au cumin traditionnel, mais aussi sur n’importe quel toast ou pain. À l’apéro c’est parfait, éventuellement avec un peu de vodka ou de schnaps.</p>



<p></p>



<p><em>Sarah Leski est étudiante du master Histoire publique et expertise historienne, à l’université de Poitiers.</em></p>



<p></p>



<p>Lire d’autres témoignages, contributions scientifiques et recettes dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-141-manger-sans-danger/" target="_blank" rel="noopener" title="L’Actualité Nouvelle-Aquitaine «Manger sans danger», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026."><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «Manger sans danger», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026.</a></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/foie-hache-arriere-grand-mere/">Le foie haché de mon arrière-grand-mère</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Glen Baxter – Ultime frisson</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Apr 2026 11:28:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[La revue]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[dessin]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelle-Aquitaine]]></category>
		<category><![CDATA[repas]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Glen Baxter s’est éteint le 29 mars 2026 à Londres. Récit d’une longue histoire avec cet artiste exceptionnel qui a sublimé les saveurs de notre région dans le Safari historico-gastronomique.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Glen Baxter s’est éteint le 29 mars 2026 à Londres. Récit d’une longue histoire avec cet artiste exceptionnel qui a sublimé les saveurs de notre région dans le Safari historico-gastronomique.</strong></p>



<p>Par Jean-Luc Terradillos</p>



<p><strong>Que se passe-t-il dans <em>Atlas</em>&nbsp;?</strong></p>



<p>Sur une aile d’avion, Jeannette est en «classe touriste», un géologue dompte des vers luisants, un vieux cow-boy ne supporte pas l’analyse néo-lacanienne, un plus jeune grimpe aux arbres à la vue d’une plaquette de poésie contemporaine, un gentleman tresse la longue barbe d’un comparse, Harry devient pénible avec son index magique… À cela s’ajoute un inventaire des «grandes catastrophes culinaires de notre temps» et des «grands fiascos de notre temps»&nbsp;: Robert saute par la fenêtre pour ne pas avoir à affronter une autre moussaka.</p>



<p>Cet album loufoque est dessiné en noir et blanc&nbsp;; le trait délicieusement suranné, comme dans les comics d’aventure et de SF des années 1930–1950. Il fourmille de ces héros populaires mais ici l’histoire est condensée en une page&nbsp;: un dessin et une phrase qui fait disjoncter l’image. Assurément, c’est du Glen Baxter&nbsp;!</p>



<p><em>Atlas</em> est son premier livre publié en français, en 1983 au Dernier Terrain vague, que nous avons déniché quelques années plus tard chez un bouquiniste poitevin. Choc intense. Début d’une longue histoire.</p>



<p>En 1987 au musée des Sables‑d’Olonne, Didier Semin présente la première exposition de Glen Baxter en France. «Fantastic&nbsp;!» Deuxième choc. De retour à Poitiers, Dominique Truco décide d’aller le voir à Londres et de l’inviter au Confort Moderne. En 1991, elle organise le Glen Baxter French Tour, avec trois autres lieux, à Rennes, Mulhouse, Dole.</p>



<p>«À quoi sait-on que l’on est dans une exposition de Glen Baxter ? Aux éclats de rire des visiteurs», constate Dominique Truco.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="800" height="534" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-au-confort-moderne-1991-v2.jpg" alt class="wp-image-45470" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-au-confort-moderne-1991-v2.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-au-confort-moderne-1991-v2-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-au-confort-moderne-1991-v2-768x513.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-au-confort-moderne-1991-v2-650x434.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-au-confort-moderne-1991-v2-150x100.jpg 150w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption class="wp-element-caption">Glen Baxter au Confort Moderne en 1991, avec le T‑shirt que Dominique Truco a fait éditer par Martine Laydet qui deviendra sa galeriste en France (Martine et Thibault de la Châtre) jusqu’en 2016 (puis Isabelle Gounod jusqu’en 2026). «“Pour moi, la fenêtre est un motif très connoté sur le plan symbolique”, éructa Cody.» Photo Jean-Luc Terradillos.</figcaption></figure>



<p>Cow-boys, collégiens à queue de canidé, explorateurs de l’empire britannique&nbsp;dans des situations inhabituelles, incongrues, troublantes&nbsp;: «Pour générer cet état de stupéfaction, dit-il, j’avais besoin de figures archétypales pour les extraire de leur contexte. Tout le monde connaît les cow-boys mais la juxtaposition du cow-boy et de l’art contemporain, cela crée un frisson. À ce moment-là se produit quelque chose comme une éruption volcanique ou un tremblement de terre. Instantanément, vous êtes forcé d’imaginer la logique de l’histoire, d’inventer comme un écrivain ou un peintre, d’essayer de produire du sens parce c’est non-sens.»</p>



<p>Chez Glen Baxter, le décalage est inné. Il a souvent raconté qu’enfant il était bègue, handicap qui le plaçait toujours un peu à côté, à distance, en toute innocence. Quand il fréquente l’école des Beaux-Arts de Leeds (1960–1965), c’est le règne de l’abstraction et du pastiche de l’expressionnisme abstrait américain. Mais il préfère Giorgio de Chirico et les collages de Max Ernst. Quand il découvre Dada, le surréalisme, André Breton, un champ mental s’ouvre à lui&nbsp;: «J’ai réalisé que j’étais déjà un surréaliste à l’âge de 16 ans.» Puis les livres de Raymond Roussel lui révèlent un monde où «tout semble étrange mais reste intensément logique», comme la sculpture dans un grain de raisin ou la statue d’Emmanuel Kant roulant sur des rails en mou de veau…</p>



<p>En 1974, Larry Fagin et Ron Padgett l’invitent à participer au Poetry Project, à New York. Sa lecture ne laisse pas indifférent. Félicitations de Harry Mathews, membre de l’<a href="https://www.oulipo.net/fr/oulipiens/hm">Oulipo</a>. Et dans la foulée, première exposition personnelle de ses dessins, à la Gotham Book Mart Gallery.</p>



<p>C’est à New York que Glen Baxter sympathise avec <a href="https://le-tripode.net/livre/edward-gorey/une-anthologie">Edward Gorey</a> qui lui conseille judicieusement d’abandonner la poésie et de persévérer dans le dessin. Bien vu !</p>



<p><strong>Symphonie de fromages de chèvre</strong></p>



<p>Comme dans un de ses livres, notre première rencontre est explosive. Non parce qu’il n’a pas lu le Raymond Roussel de Michel Foucault, mais parce que le restaurant poitevin où nous dînons est réputé à l’époque pour ses fruits de mer, son charriot de fromages et ses vins de Loire, chenins <em>of course </em>: explosion de saveurs&nbsp;!</p>



<p>Glen Baxter se souviendra toujours de cette «symphonie de fromages de chèvre». En sortant, il croit voir une météorite dans la vitrine d’un crémier. Nous lui expliquons que cette noire concrétion est comestible, qu’il s’agit d’un tourteau fromagé. Notre amitié est désormais scellée ce mardi 12 mars 1991 à 20 h 27 précises. Une lecture bilingue de <em>Ma Vie</em> est prévue le lendemain, jour du vernissage de l’exposition au Confort Moderne. «Pas la peine de prévoir beaucoup de chaises, dit-il, il y avait quatre personnes à New York et encore moins à Londres lors de mes dernières lectures.» Erreur&nbsp;! Il faut rajouter des chaises pour accueillir une centaine de personnes dont bon nombre d’étudiants de la fac d’anglais.</p>



<p>Autre surprise&nbsp;: Dave Stewart, en rupture avec Annie Lennox – exit Eurythmics –, vient donner un concert au Confort Moderne avec son nouveau groupe, The Spirituals Cowboys. Quand il découvre les cow-boys de Glen Baxter aux prises avec l’art contemporain, il achète la moitié de l’exposition. Du jamais vu&nbsp;!</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img decoding="async" width="800" height="566" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-route-chabichou-2.jpg" alt class="wp-image-45472" style="width:800px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-route-chabichou-2.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-route-chabichou-2-300x212.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-route-chabichou-2-768x543.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-route-chabichou-2-650x460.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-route-chabichou-2-150x106.jpg 150w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption class="wp-element-caption">Pour la biennale de Melle en 2003, la poche en papier destinée à emballer les fromages de chèvre de la<a href="https://routedesfromagesdechevre.fr/la-Route-du-Chabichou"> Route du chabichou</a>.</figcaption></figure>



<p>En 1999, nous lui demandons d’imaginer l’an 3000 pour <em>L’Actualité Poitou-Charentes </em>qui, ainsi, s’associe à «L’art d’être au monde», projet lancé à Poitiers par Dominique Truco et finalement réalisé à Melle en 2003. L’idée du Safari historico-gastronomique nous est venue après un <em>road trip</em> en Poitou-Charentes, du Poitou à l’île de Ré via La Rochelle, Les Demoiselles de Rochefort, la maison de Pierre Loti. Un trio se forme avec la complicité de Denis Montebello, qu’il va parfois mettre en scène en Sergent Montebello, et du photographe Marc Deneyer, pour la rubrique Saveurs de <em>L’Actualité</em>. Après Fruits of the World in Danger et Glen Baxter’s Gourmet Guide, il avait suffisamment d’expérience pour commencer cette nouvelle série.</p>



<p>Nous n’entrons dans aucune stratégie commerciale ou touristique. C’est pour la beauté du geste. S’il arrive que Glen Baxter s’intéresse à un produit bien connu, comme le chabichou ou le beurre d’Échiré, c’est parce qu’il les achète chez son crémier à Londres, au Borough Market. Notons que sa cave est bien garnie en vins français grâce à un troc avec un importateur, Yapp Brothers, dont il illustre le catalogue.</p>



<p>Pas de grands discours entre nous mais une conversation ininterrompue, le plus souvent via le fax puis Internet, en partageant ces petits riens de la vie quotidienne, ces instants de bonheur qui font le sel de la vie.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="533" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/pineau-farci-poitevin-copie.jpg" alt class="wp-image-45486" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/pineau-farci-poitevin-copie.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/pineau-farci-poitevin-copie-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/pineau-farci-poitevin-copie-768x512.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/pineau-farci-poitevin-copie-650x433.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/pineau-farci-poitevin-copie-150x100.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption class="wp-element-caption">Invité aux Gastronomades en 2005, Glen Baxter expose le Safari historico-gastronomique au Théâtre d’Angoulême. Lors de cette nouvelle étape, il est intronisé chevalier de la confrérie du franc pineau qu’il salue ensuite avec un dessin lunaire.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="533" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/foucault-fondu-creusois-copie.jpg" alt class="wp-image-45484" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/foucault-fondu-creusois-copie.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/foucault-fondu-creusois-copie-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/foucault-fondu-creusois-copie-768x512.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/foucault-fondu-creusois-copie-650x433.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/foucault-fondu-creusois-copie-150x100.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="533" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/marmite-melon-eau-copie.jpg" alt class="wp-image-45485" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/marmite-melon-eau-copie.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/marmite-melon-eau-copie-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/marmite-melon-eau-copie-768x512.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/marmite-melon-eau-copie-650x433.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/marmite-melon-eau-copie-150x100.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="573" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_beurre_echire_ns_2_v2.jpg" alt class="wp-image-45474" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_beurre_echire_ns_2_v2.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_beurre_echire_ns_2_v2-300x215.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_beurre_echire_ns_2_v2-768x550.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_beurre_echire_ns_2_v2-650x466.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_beurre_echire_ns_2_v2-150x107.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"></figure>



<p><strong>Voyages extraordinaires dans l’orbite d’une assiette</strong></p>



<p>Chaque dessin est le résultat d’une expérience gustative, littéraire ou épistolaire. Parfois il s’agit de saveurs disparues (le non-autorisé de Nueil-les-Aubiers, la marmite huguenote, le pain romain…), oubliées (les crêpes dures comme à Châtellerault, le cul de mulet, le poirion, la confiture de vieux garçon…), rarissimes (la jonchée, la fressure, la mique, le scofa, la grimolle, le petatou…), de nature archéologique (comme la seiche moitrée de l’île de Ré dont nous a parlé Jacques Boucard, ou le dail, ou la carotte-remède du docteur Amy Félix Bridault exhumée par le conservateur de la bibliothèque universitaire de La Rochelle…), des inventions (les escargots à l’ortie du restaurant Les Glycines à Melle, le trépaïs, le pain à la drèche, la fôte des bergères, le marbré, la moutarde de Lencloître…). Certains mets pourraient d’ailleurs entrer dans la série des «grands fiascos culinaires». Le plus souvent il s’agit de curiosités culinaires – les qualifier de «gastronomiques» serait un peu fort – qui viennent réactiver un patrimoine en sortant des balises strictement conventionnelles pour l’ériger en objet d’art comestible, avec un brin de folie douce et savoureuse. En tout cas c’est de la cuisine familiale, gourmande, pas compliquée – ce qui s’inscrit parfaitement dans l’optique du <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/actualite093/">Repas gastronomique des Français</a>, classé par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="533" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/bouilliture-kintoa-copie.jpg" alt class="wp-image-45480" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/bouilliture-kintoa-copie.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/bouilliture-kintoa-copie-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/bouilliture-kintoa-copie-768x512.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/bouilliture-kintoa-copie-650x433.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/bouilliture-kintoa-copie-150x100.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="533" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/broye_poitou-copie.jpg" alt class="wp-image-45481" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/broye_poitou-copie.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/broye_poitou-copie-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/broye_poitou-copie-768x512.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/broye_poitou-copie-650x433.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/broye_poitou-copie-150x100.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption class="wp-element-caption">Le broyé du Poitou ne doit pas être découpé mais brisé d’un coup de poing sur la table (ou de pied). Musée Sainte-Croix de Poitiers, 12 juin 2010. Photo J.-L. T.</figcaption></figure>



<p>En 2015, la fusion des régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes en Nouvelle-Aquitaine ouvre de nouvelles pistes au Safari historico-gastronomique, allant jusqu’au Pays basque, région déjà sillonnée par Glen Baxter.</p>



<p>Les personnages ont des prénoms qui sonnent<em> vintage</em>, comme André, Claudine, Didier, Dominique, Ferdinand, Françoise, Jany, Jean-Luc, Jean-Pierre, Marielle, Martine… Nous traduisons les textes sans fioritures, en faisant appel de temps en temps à Fred Derey-Viaud, Pascale Drouet et Denis Montebello. Et parfois nous glissons un clin d’œil à des figures familières, comme Gilles Clément, Frédéric Chauvaud, Ulysse Dubois, Liliane Jagueneau, Alain Quella-Villéger, Michel Foucault…</p>



<p>La première exposition des dessins publiés dans chaque édition de <em>L’Actualité</em> est organisée par Dominique Truco en 2003 à la Biennale internationale d’art contemporain de Melle, suivent les expositions au Centre international de poésie Marseille en 2004, à Châtellerault via Gildas Le Reste et l’école d’arts plastiques en 2005, aux Gastronomades d’Angoulême en 2005, au lycée Kyoto à Poitiers en 2011, au salon des Littératures européennes de Cognac en 2014.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="455" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_montebello_cognac_2014.jpg" alt class="wp-image-45477" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_montebello_cognac_2014.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_montebello_cognac_2014-300x171.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_montebello_cognac_2014-768x437.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_montebello_cognac_2014-650x370.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_montebello_cognac_2014-150x85.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption class="wp-element-caption">À Cognac en 2014, Glen Baxter est invité par Anne-Lise Dyck-Daure au salon des Littératures européennes pour une exposition du Safari et un échange que nous menons avec Françoise Barbin-Lécrevisse et Denis Montebello. Photo J.-L. T.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="534" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_bayonne_2017.jpg" alt class="wp-image-45473" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_bayonne_2017.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_bayonne_2017-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_bayonne_2017-768x513.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_bayonne_2017-650x434.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_bayonne_2017-150x100.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption class="wp-element-caption">Pour la foire au jambon de Bayonne, en 2017, Glen Baxter a dessiné l’affiche, les pochettes en papier et les gobelets. Photo J.-L. T.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="600" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_manguel_mondion_2005.jpg" alt class="wp-image-45476" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_manguel_mondion_2005.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_manguel_mondion_2005-300x225.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_manguel_mondion_2005-768x576.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_manguel_mondion_2005-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_manguel_mondion_2005-650x488.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_manguel_mondion_2005-150x113.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption class="wp-element-caption">Glen Baxter et Alberto Manguel à Mondion, dans la Vienne, devisant sur le Safari historico-gastronomique en 2005. Photo J.-L. T.</figcaption></figure>



<p>Mais l’apothéose reste «L’expédition Baxter en Poitou-Charentes» durant l’été 2010 à Poitiers, avec le Safari et quantité d’autres œuvres réunies par Dominique Truco – 179 au total – exposées en divers sites (galerie Louise-Michel, maison de l’architecture, musée Sainte-Croix, Espace Mendès France, CRDP, librairie La belle aventure) et murs de la ville.</p>



<p>Dans le livre édité à cette occasion, Alberto Manguel qualifie Glen Baxter de «singulier anthropologue-gastronome» qui «explore et savoure les pratiques et représentations culinaires vernaculaires les plus secrètes, les plus humbles jusqu’au plus renommées».</p>



<p>Haro sur la standardisation&nbsp;! Célébrons la diversité des terroirs et de leurs inventions&nbsp;qui nous font frissonner de plaisir&nbsp;!</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="520" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/expedition_baxter_2010-copie.jpg" alt class="wp-image-45483" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/expedition_baxter_2010-copie.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/expedition_baxter_2010-copie-300x195.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/expedition_baxter_2010-copie-768x499.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/expedition_baxter_2010-copie-650x423.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/expedition_baxter_2010-copie-150x98.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption class="wp-element-caption">Fred Derey-Viaud imitant le colonel Baxter en 2010 lors du vernissage de «L’expédition Baxter» à Poitiers (sérigraphie réalisée par Gérard Adde à l’école d’art de Châtellerault). Photo J.-L. T.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="600" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_ukulele_2010.jpg" alt class="wp-image-45479" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_ukulele_2010.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_ukulele_2010-300x225.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_ukulele_2010-768x576.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_ukulele_2010-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_ukulele_2010-650x488.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_ukulele_2010-150x113.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption class="wp-element-caption">Convergence de ukulélés le 12 juin 2010 en l’honneur de Glen Baxter, grand amateur de cet instrument et du <a href="https://www.ukuleleorchestra.com/">Ukulele Orchestra of Great Britain</a>. Photo J.-L. T.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="556" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-brunet-evolution.jpg" alt class="wp-image-45471" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-brunet-evolution.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-brunet-evolution-300x209.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-brunet-evolution-768x534.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-brunet-evolution-650x452.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter-brunet-evolution-150x104.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption class="wp-element-caption">Dessin reproduit sur une grande bâche fixée sur une façade de l’Espace Mendès France en 2010. Le professeur Michel Brunet a donné son accord pour entrer dans la légende.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="600" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_parking_effia_2010.jpg" alt class="wp-image-45478" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_parking_effia_2010.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_parking_effia_2010-300x225.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_parking_effia_2010-768x576.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_parking_effia_2010-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_parking_effia_2010-650x488.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/baxter_parking_effia_2010-150x113.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption class="wp-element-caption">Parking Effia à la gare de Poitiers en 2010. La conquête de l’Ouest&nbsp;: «Quelle vue époustouflante, pensa Kit. Il doit y avoir de la place pour garer au moins 800 000 voitures.» Photo J.-L. T.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="582" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/carte-baxter-2010.jpg" alt class="wp-image-45482" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/carte-baxter-2010.jpg 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/carte-baxter-2010-300x218.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/carte-baxter-2010-768x559.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/carte-baxter-2010-650x473.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/carte-baxter-2010-150x109.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption class="wp-element-caption">La carte des saveurs en 2010. Depuis la création de la région Nouvelle-Aquitaine en 2015, le Safari historico-gastronomique a effectué 28 étapes pour autant de nouveaux dessins. Depuis l’an 2000, les gambades exubérantes de Glen Baxter l’ont mené un peu partout. La table est bien garnie. On rêve qu’un musée l’adopte dans ses collections.</figcaption></figure>



<p><strong>Bibliographie</strong></p>



<p><em>Le Safari historico-gastronomique</em> en Poitou-Charentes, livre bilingue avec un texte d’Alberto Manguel, un entretien avec Glen Baxter, 46 dessins, publié par <a href="https://editionsatlantique.com/">Atlantique</a> à l’occasion de l’exposition de Poitiers en 2010 (épuisé).</p>



<p>Articles publiés dans <em>L’Actualité </em>écrits par Didier Semin (<a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/actualite089/">n° 89</a>, p. 112–113), Grégory Vouhé (<a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/actualite093/">n° 93</a>, p. 122–124), Jean-Pierre Mercier (<a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/lactualite-poitou-charentes-n100/">n° 100</a>, p. 69).</p>



<p>Leporello de <em>L’Actualité</em> pour l’exposition de Châtellerault, 2005 : «Glen Baxter et le sens du non-sens», texte de Jean-Jacques Salomon.</p>



<p>Leporello de <em>L’Actualité </em>pour la biennale de Melle, 2003 : texte de Denis Montebello.<br>Fascicule du Confort Moderne, 1991, «Glen Baxter», texte de Didier Semin.</p>



<p>Exposition Glen Baxter à la galerie Semiose, à Paris, du 23 mai au 20 juin 2026.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/glen-baxter-ultime-frisson/">Glen Baxter – Ultime frisson</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<item>
		<title>Méphistophélès – Démon érudit et tentateur</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Mar 2026 20:23:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Écrit en 1589, Docteur Faust fait trembler les planches de la scène élisabéthaine avec son diabolique Méphistophélès. Derrière sa rhétorique brillante et ses apparences trompeuses se cache une figure du Mal aussi séduisante qu’inquiétante.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p></p>



<p><strong>Par Mathilde Fabre</strong></p>



<p>Au début des années 1600, à Exeter, en Angleterre, une représentation de <em>Docteur Faust</em> tourne au cauchemar. Au moment de l’invocation de Méphistophélès par Faust, les acteurs, chacun dans leur cercle magique, prononcent l’incantation latine censée faire apparaître le démon. Mais la formule est peut-être trop efficace : les comédiens s’arrêtent, se rassemblent et chuchotent avec inquiétude : il y a un imposteur, un diable de trop parmi eux. Les spectateurs, ayant bien compris le danger, se précipitent hors du théâtre. Selon le récit qui nous est parvenu, les acteurs eux-mêmes, terrorisés par l’événement, passent la nuit à se repentir et prier, avant de prendre leurs jambes à leur cou et de fuir la ville dès le lendemain matin. C’est ce qui sera plus tard nommé « l’effet Marlowe ».</p>



<p><strong>Quand le dragon devient orateur</strong></p>



<p>Méphistophélès fait sa première apparition sur scène sous la forme d’un dragon. Et quelle meilleure apparence, pour s’assurer que son public identifie le diable, qu’une de ses formes bibliques ? Alors qu’il aurait pu prendre l’aspect du célèbre serpent, Méphistophélès, rusé, semble comprendre que cela reviendrait à dévoiler ses intentions manipulatrices à Faust. On peut imaginer que le dragon fait peur, tout autant à Faust qu’au public. Mais, cette première forme présente une limite essentielle : le dragon ne parle pas et il ne peut donc pas dialoguer avec Faust, négocier, argumenter ou séduire. Or Méphistophélès n’est pas seulement une vision infernale : il est un interlocuteur. Son rôle, en tant que sbire de Lucifer, est d’échanger avec Faust, de répondre à ses questions sur l’Enfer, d’exposer (et parfois d’occulter) les clauses du pacte et, surtout, de l’amener progressivement à sceller sa damnation. C’est pour cela que Faust lui ordonne presque immédiatement de changer d’apparence pour celle d’un moine franciscain. Ce choix transforme radicalement la nature de la rencontre : le monstre devient figure humaine, capable de parole et de raisonnement.</p>



<p>S’entament donc de longues discussions entre les deux personnages. Et, alors que le public est habitué à voir le diable mis en scène notamment comme un personnage comique, aux traits grotesques et au langage vulgaire, l’arrivée de Méphistophélès sur les planches bouleverse ces attentes. Nous découvrons un diable érudit et éloquent. Il fait usage de la rhétorique d’une main de maître, emploie des expressions en latin, et s’exprime majoritairement en pentamètres iambiques. Il assoit donc sa crédibilité auprès de son public, fictif et réel. Celle-ci lui permet par conséquent, en digne hériter du père du mensonge (tel que le diable est décrit dans la <em>Bible</em>), de les faire croire à ses affabulations, il est alors impossible pour ses interlocuteurs de distinguer le faux du vrai. Il devient subtilement un véritable serpent génésiaque. Mais ce n’est pas tout, il est aussi un diable au caractère sensible et profondément tourmenté par sa condition&nbsp;; il s’interroge et se lamente. Nous pourrions alors presque croire qu’il souhaiterait à Faust d’éviter la damnation.</p>



<p>Avec Méphistophélès, le diable devient homme ; pour son auteur, nous pourrions presque imaginer l’inverse.</p>



<p><strong>M comme Méphistophélès ou comme Marlowe ?</strong></p>



<p>Leurs initiales ne sont pas a priori leur seul point commun. Il est tout à fait probable que Marlowe ait instillé certaines de ses caractéristiques propres à son personnage infernal. La figure de Méphistophélès dans <em>Docteur Faust</em> a parfois l’air de refléter l’image trouble de Christopher Marlowe lui-même : un personnage ambigu, évoluant entre plusieurs loyautés et dont les paroles, comme les intentions, restent difficiles à démêler.</p>



<p>Quand on lit <em>Docteur Faust</em>, il est difficile de ne pas remarquer à quel point Méphistophélès est un personnage équivoque. Il semble à la fois dire la vérité et manipuler Faust, comme si son discours oscillait constamment entre information et tromperie. À plusieurs moments, il se contredit lui-même, notamment lorsqu’il parle du paradis : il le décrit parfois comme un lieu de joie et de perfection, mais il affirme ensuite que ce lieu n’est même pas aussi beau qu’un simple être humain sur terre. Ce genre de contradiction rend ses paroles suspectes et pousse le spectateur à se demander s’il cherche vraiment à éclairer Faust ou s’il brouille volontairement les pistes pour mieux le contrôler.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="817" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/marlowe.jpg" alt class="wp-image-45430" style="width:447px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/marlowe.jpg 817w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/marlowe-239x300.jpg 239w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/marlowe-768x963.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/marlowe-650x815.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/marlowe-150x188.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 817px) 100vw, 817px"><figcaption class="wp-element-caption">Portrait d’un gentleman (dit Christopher Marlowe), 61 x 46 cm, 1585, Corpus Christi College, Université de Cambridge.</figcaption></figure>



<p>Cette ambiguïté rappelle fortement la réputation de Christopher Marlowe lui-même. La vie du dramaturge reste entourée d’un certain mystère, notamment à cause des rumeurs qui l’ont longtemps suivi. On l’a tour à tour soupçonné d’avoir des sympathies catholiques, puis d’être un espion au service du célèbre chef des services secrets, Sir Francis Walsingham, avec pour mission d’infiltrer les cercles catholiques. </p>



<p>Ce parallèle devient encore plus frappant si l’on pense à la relation que Méphistophélès entretient avec Faust. Le démon se présente souvent comme un serviteur prêt à l’aider, quelqu’un qui répond à ses questions et qui semble même parfois compatir à sa situation. Pourtant, derrière cette apparence presque amicale, son objectif reste clair : entraîner Faust vers sa perte et obtenir son âme pour Lucifer. Il agit donc comme quelqu’un qui gagne la confiance de son interlocuteur tout en servant, en réalité, un intérêt tout autre.</p>



<p>Autrement dit, comme Méphistophélès, Marlowe apparaît parfois comme quelqu’un qui évolue entre plusieurs mondes à la fois, sans que l’on sache exactement où se situe sa véritable loyauté. En ce sens, Méphistophélès pourrait être vu comme un miroir des tensions et des contradictions qui entouraient la figure de Marlowe. Tous deux semblent évoluer dans un espace trouble, où les apparences peuvent être trompeuses et où les loyautés ne sont jamais totalement claires. </p>



<p>Cette proximité symbolique devient d’autant plus frappante quand on pense à la fin brutale de Marlowe, mort dans des circonstances liées à des milieux politiques et secrets. Comme Méphistophélès, il apparaît finalement comme une figure prise entre plusieurs forces, dont la trajectoire est marquée par le risque, la provocation et une forme de chute tragique.</p>



<p><strong>Un entremetteur infernal entre le dramaturge et le public</strong></p>



<p>L’apparence monacale de Méphistophélès n’est pas anodine et les intentions de Marlowe peuvent paraître limpides : en prenant la forme d’un homme d’église, Méphistophélès incarne ce que la <em>Bible</em> appelle un «ange de lumière» : il a l’air pur, digne de confiance, presque irréprochable, et pourtant il cache derrière cette apparence toute sa malice. Cette référence à un être apparemment parfait, mais fondamentalement maléfique, permet à Marlowe de jouer avec les perceptions du spectateur. </p>



<p>Méphistophélès montre que l’apparence ne suffit pas à juger de la morale ou de la sincérité : même ce qui semble divin peut être une illusion. Sa maîtrise de la ruse et de la persuasion renforce le sentiment que le Mal est subtil, intelligent, capable de se fondre parmi les hommes et de détourner ceux dont l’<em>hubris</em> égalerait celui de Faust. La façade sacrée rend la tromperie d’autant plus perverse qu’elle exploite la confiance que l’on accorde habituellement aux figures religieuses. Méphistophélès témoigne ainsi que le Mal peut se cacher sous les traits du Bien, et que l’apparence de piété n’est pas toujours un gage de vertu. Marlowe se joue donc des tensions et de l’insécurité religieuses de son temps pour rendre sa tragédie encore plus dramatique et terroriser ses spectateurs.</p>



<p>Le choix de la forme d’un moine a aussi une portée claire : une critique implicite du catholicisme tel qu’il était perçu à l’époque. Méphistophélès a l’apparence d’un religieux respectable, mais il utilise exactement les mêmes méthodes que celles qui étaient reprochées aux prêtres catholiques : flatter, menacer, promettre, séduire pour atteindre ses fins. Cette ressemblance transforme le démon en figure anticatholique : il n’incarne pas seulement le mal universel, il reflète aussi les craintes et les suspicions que certains protestants avaient vis-à-vis de ces prêtres et de ces missionnaires qui étaient perçus comme manipulateurs et trompeurs. Méphistophélès rappelle indirectement que la foi et la piété peuvent être détournées à des fins trompeuses, et que le danger peut se cacher là où on l’attend le moins.</p>



<p>Ainsi Méphistophélès ne se réduit-il pas à une simple figure du démon tentateur : il invite aussi à une réflexion sur la tromperie des hautes institutions et sur la fragilité de la confiance. En choisissant un moine comme première forme humaine, il incarne à la fois l’ange de lumière, la menace dissimulée, et une critique implicite des figures religieuses manipulatrices, transformant son apparence en outil de séduction, de manipulation et de réflexion pour le spectateur.</p>



<p><strong>Méphistophélès à la Burton</strong></p>



<p>Méphistophélès est né à la fin du XVI<sup>e</sup> siècle, et bien que son nom fasse partie des moins connus dans la grande famille des surnoms du Malin, il lui est arrivé à quelques reprises de faire son <em>come back</em> dans le monde de l’Art, souvent tout aussi tragiquement que dans la pièce de Marlowe, à l’exception peut-être de son apparition furtive, mais comique, dans le film <em>Dark Shadows</em> de Tim Burton. Alors que Barnabas Collins, vampire enterré vivant depuis 1775, est libéré par des ouvriers tombés sur son cercueil lors d’un chantier, et qu’il découvre le monde moderne, une musique angoissante en fond, le voici qui lève les yeux avec stupeur et, d’une voix tremblante, dit : « Méphistophélès ». Si le spectateur s’attend à voir le terrible dragon de Marlowe, le rire est garanti par l’apparition qui n’est autre que le logo en forme de M de la célèbre enseigne MacDonald’s. On peut donc affirmer que Méphistophélès, loin d’être démodé, est un diable qui sait se renouveler pour s’adapter à son public.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="712" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/dark-shadows.jpg" alt class="wp-image-45431" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/dark-shadows.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/dark-shadows-300x209.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/dark-shadows-768x534.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/dark-shadows-650x452.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/dark-shadows-150x104.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Barnabas Collins (Johnny Depp) face à Méphistophélès dans <em>Dark Shadows</em> de Tim Burton, 2012.Screenshot</figcaption></figure>



<p></p>



<p><em>Mathilde Fabre est étudiante en deuxième année de master à l’université de Poitiers. Ses recherches portent sur Christopher Marlowe et sur la désacralisation de ses antagonistes, sous la direction de Pascale Drouet.</em></p>



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		<title>Manger sans danger : des extraits du n°141</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 17:45:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La revue]]></category>
		<category><![CDATA[agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[biologie]]></category>
		<category><![CDATA[CNRS]]></category>
		<category><![CDATA[neurosciences]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelle-Aquitaine]]></category>
		<category><![CDATA[santé]]></category>
		<category><![CDATA[Université Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Trois articles tirés de "Manger sans danger", le numéro 141 de l'Actualité Nouvelle-Aquitaine.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> numéro 141 (hiver-printemps 2026) tisse les liens entre enjeux de nutrition et de production alimentaire, tout en ouvrant ses pages à mille et une saveurs. « Manger sans danger » met en avant des recherches menées sur tout le territoire de la Nouvelle-Aquitaine, en santé publique, neurosciences, agronomie, écologie, histoire… <br><br>Nous vous proposons trois articles en accès libre, reflet de cette diversité d’approches et témoignant de l’implication de l’université de Poitiers dans cette revue. Il y est question des principes derrière la fermentation, de l’épidémie galopante d’obésité ou encore des risques posés par la résistance aux antibiotiques et aux antifongiques.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>« Quand les antibiotiques ne suffisent plus », article de Myriam Azizi, Claid Bounga, Antoine Dedaldechamp et Durel Steiner Babissat Ngouma, étudiants à l’université de Poitiers dans le master Sciences du médicaments et produits de santé (sous la direction de Julien Buyck et Kévin Brunet). <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710f7cf576d2bcd&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>



<li>« Une nouvelle pandémie silencieuse », article de Dawn Ferrant Colas avec Luc Pellerin, professeur en biologie cellulaire à l’université de Poitiers, praticien hospitalier et directeur du laboratoire Irmetist. <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710240b515a6e99&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>



<li>« Kombucha, kéfir, kimchi… késako ? », article de Yann Héchard, professeur de microbiologie à l’université de Poitiers, chercheur au laboratoire Écologie et biologie des interactions (UMR CNRS 7267). <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=0034767108000f769c73b&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>
</ul>



<p>La revue est disponible sur notre site (rubrique <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/">La Revue</a>) ainsi qu’à l’Espace Mendès France et dans de nombreux kiosques et librairies de la région.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/manger-sans-danger-des-extraits-du-n141/">Manger sans danger : des extraits du n°141</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<item>
		<title>Snow Crash – De la réalité de la fiction</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Feb 2026 12:09:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Publié en 1992, Snow Crash de Neal Stephenson fait résonner des inquiétudes contemporaines. Ce roman déploie d’étranges boucles rétroactives entre fiction et réalité, notamment via l’invention du concept de métaverse.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/snow-crash-de-la-realite-de-la-fiction/">Snow Crash – De la réalité de la fiction</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;Il faudrait te décider. Ce <em>Snow Crash</em>, au juste, c’est un virus, une drogue ou une religion&nbsp;?<br>Elle hausse les épaules.<br>— Quelle différence&nbsp;? demande-t-elle.&nbsp;»</p>



<p>Tout le mystère de <em>Snow Crash</em> est résumé dans ces quelques lignes : ce roman est beaucoup de choses à la fois, c’est donc potentiellement rien mais seulement en potentiel.</p>



<p>Ce roman de Neal Stephenson publié en 1992 est pourtant simple à résumer apparemment. Dans un avenir proche et dystopique, dans lequel les États-Unis d’Amérique sont divisés entre réseaux de cités-États appartenant à des potentats plus ou moins mafieux, soumis à des crises pléthoriques (économique, écologique, migratoire), la population préfère fuir la réalité tantôt dans la drogue, tantôt dans des univers virtuels cristallisés par le métaverse. Or, le magnat texan derrière la connexion de tous les réseaux ayant permis la création du métaverse, L. Bob Rife, a le projet mégalomane de prendre le contrôle du monde et d’en forcer l’unification sous son égide, en prenant le contrôle des esprits. Pour cela, il compte recourir au Snow Crash : censément une drogue de synthèse, cette substance contient un rétrovirus devant remodeler le cerveau humain pour le rendre sensible à un autre virus, celui-là informatique, qu’il compte diffuser via le métaverse. En fait, il a découvert le Snow Crash et ne l’a pas créé : ce «&nbsp;méta-virus&nbsp;», à la fois biologique, cognitif et informatique parce qu’avant tout informationnel, est en fait l’entité extraterrestre dont l’influence était prêtée par les anciens Mésopotamiens à la déesse Astarté. Seule l’alliance improbable d’Hiro Protagoniste, livreur de pizzas, sabreur et <em>hacker</em> à ses heures perdues, avec des personnages aussi hauts en couleur que la coursière Y.T., le chef mafieux Tonton Enzo et d’anciens agents de la CIA passés dans le privé, pourra empêcher la conjuration folle de Rife d’aboutir.&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Neal Stephenson, architecte du métaverse</h2>



<p>Toutefois, cette description ne rend pas hommage à l’intérêt du roman.</p>



<p>Il est important de souligner que le concept de métaverse, revenu sur le devant de la scène médiatique et intellectuelle en raison de la résolution de géants de la <em>Big Tech</em>, Zuckerberg et l’ex-Facebook en tête, de le concrétiser, venait initialement de <em>Snow Crash</em>.</p>



<p>Or, à sa lecture, j’ai pris conscience de l’aspect pertinent de la prospective engagée par son auteur. Sans lui prêter une qualité de visionnaire, force est de constater que plusieurs tendances du monde qu’il décrivait en 1992 semblent commencer à devenir réalité dans les années 2020, en dépit de son aspect auto-parodique ou absurde.</p>



<p>Cela s’explique par le profil de l’auteur, passionné de science et plus particulièrement d’informatique, ainsi que de littérature et de beaux-arts, ou encore d’actualité politique et internationale. À ce titre, Neal Stephenson a certainement développé une vue d’ensemble des tendances lourdes à l’échelle du globe et cela a vraisemblablement contribué, de manière plus ou moins involontaire, à les partager dans sa vision du monde futur.</p>



<p>De plus, depuis le début des années 2010, il est devenu acteur en périphérie des changements en cours, étant employé comme consultant par plusieurs acteurs de la <em>Big Tech</em>, tel que Jeff Bezos, pour des projets en lien avec ses univers de fiction, comme une tentative de créer un métaverse fondé sur la technologie de la <em>blockchain</em>.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="688" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/snow-crash-cover.jpg" alt class="wp-image-45405" style="width:420px" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/snow-crash-cover.jpg 688w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/snow-crash-cover-202x300.jpg 202w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/snow-crash-cover-650x967.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/snow-crash-cover-150x223.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 688px) 100vw, 688px"></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le roman comme ébauche des années 2020</strong></h2>



<p>C’est pourquoi il est intéressant de relire son œuvre pour mieux apprécier les dynamiques en cours.</p>



<p>Plus encore, des connexions thématiques et conceptuelles sont apparues de plus en plus évidentes entre la diégèse de <em>Snow Crash</em> et la production ainsi que l’influence du Cybernetic Culture Research Unit (CCRU).</p>



<p>Le CCRU fut un éphémère laboratoire de recherche à l’université de Warwick, actif durant les années 1990 avant sa fermeture administrative puis sa dissolution de fait au début des années 2000. Sa production consista essentiellement en de la «&nbsp;théorie-fiction&nbsp;», c’est-à-dire des œuvres de fiction illustrant leurs théories à la lisière de la philosophie post-moderne et de considérations ésotériques. L’un de leurs meneurs fut le philosophe britannique Nick Land, connu aussi pour son rôle dans le développement de la pensée néo-réactionnaire, devenue cruciale auprès de l’administration Trump II.</p>



<p>Cela est d’autant plus vrai en constatant qu’au contraire du titre en français, <em>Le Samouraï virtuel</em> qui se concentre sur le personnage principal au sujet duquel nous reviendrons, le titre originel <em>Snow Crash</em> renvoie à ce concept polymorphique et presque insaisissable qui s’accorde pleinement aux préoccupations du CCRU.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Dès lors, apprécier la relation de <em>Snow Crash</em> avec les évolutions contemporaines par le prisme des œuvres ou travaux du CCRU et de ses différentes successions est apparu comme incontournable, permettant de mieux comprendre comment un roman de 1992 a tant à nous dire sur 2026.&nbsp;</p>



<p>Plusieurs éléments de concordance entre notre actualité et l’univers du roman sont évidents à relever.</p>



<p>D’abord, nous avons l’éclatement des États-Unis par un communautarisme ethnique ou religieux, ou encore par un néo-féodalisme, ce qui conduit à une crise de l’État-nation. Ce contexte explique le pouvoir pris par L. Bob Rife en cherchant à prendre le contrôle par des manœuvres clandestines. À ce titre, il semble le prototype de personnalités tels qu’Elon Musk et surtout Peter Thiel auprès de Donald Trump.</p>



<p>Ensuite, les crises climatique et migratoire massives entretiennent l’instabilité politique et les inégalités socio-économiques, entre les États-Unis, l’ex-Union soviétique et le «&nbsp;Sud global&nbsp;». Là aussi, cet aspect de la diégèse a des implications directes dans l’intrigue principale, au travers de l’alliance de L. Bob Rife avec des éléments renégats de l’ex-armée rouge et du KGB. Cet élément semble anticiper la tentation du rapprochement Trump-Poutine qui a été constatée jusqu’à récemment.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="618" height="1000" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/stephenson-samourai-virtuel.jpg" alt class="wp-image-45406" style="width:420px" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/stephenson-samourai-virtuel.jpg 618w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/stephenson-samourai-virtuel-185x300.jpg 185w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/stephenson-samourai-virtuel-150x243.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px"><figcaption class="wp-element-caption">Couverture de l’édition française de <em>Snow Crash</em>.</figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Dérégulation générale</h2>



<p>Puis, la fuite de la réalité de pans entiers de la population est structurelle, y compris parmi les élites. Cela est illustré avec une ironie acide via le portrait réalisé des <em>Feds</em>, c’est-à-dire des derniers agents du gouvernement fédéral qui se réfugient dans la procédure administrative, au point de se retrouver bombardés de courriels de leur direction pour motiver les restrictions budgétaires sur le papier toilette. Plus encore, la population se plonge dans la drogue ou le virtuel, comme le métaverse ou le <em>Snow Crash</em> lui-même le démontrent.</p>



<p>Enfin, la démocratisation de technologies dangereuses est critique dans un contexte de dérégulation généralisée, au risque de la santé et de l’environnement. Dans l’univers de <em>Snow Crash</em>, les piles radioactives sont monnaie courant, au risque des incidents de radiation, et cela va jusqu’à la banalisation des techniques de manipulation génétique qui posent la question de la normalité, notamment avec les <em>Rat-Things</em>. Ce sont des chiens de combat produits en masse, génétiquement modifiés et «&nbsp;augmentés&nbsp;» par des implants robotiques, étant eux-mêmes équipés d’une pile atomique. De nos jours, la normalisation des IA génératives ou des robots, telles les voitures électriques et dites intelligentes, pose la question de leur impact écologique et de leur conformité aux usages et besoins humains, leur «&nbsp;alignement&nbsp;» pour reprendre le terme adopté par les ingénieurs informatiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un dédale de liens</h2>



<p>Plus encore, des éléments plus structurels ressortent du roman.</p>



<p>Nous avons notamment l’intrication croissante du virtuel et du réel, concept de base du métaverse lui-même, qui semble se concrétiser. Neal Stephenson avait anticipé cette évolution dans son projet formel lui-même : il voulait faire de <em>Snow Crash</em> non pas un roman papier mais un <em>visual novel</em>, c’est-à-dire une bande dessinée interactive sur ordinateur.&nbsp; Cette dynamique a aussi un lien avec la pensée du CCRU : autant le roman que les «&nbsp;théories-fictions&nbsp;» des universitaires en marge sont nourris de références historiques, depuis la philosophie continentale ou le post-structuralisme des <em>French theorists</em> jusqu’aux grimoires des magiciens et occultistes, que de références à la <em>pop-culture</em> Internet (mèmes, <em>blogs</em>, <em>podcasts</em>, jeux vidéos). Dans les deux cas, une pensée en rhizome est encouragée par la logique du lien hypertexte. Le risque devient alors de se perdre dans un dédale de liens simili-logiques, au risque de la projection abusive de sens et d’expérimenter des «&nbsp;coïncidences signifiantes&nbsp;», similaires aux synchronicités de Carl Jung, jusqu’à sombrer dans un délire mystique ou paranoïaque.</p>



<p>De plus, le rôle du second degré, de l’humour ironique ou même cynique est devenu prédominant. L’absurde dans cette œuvre, dans laquelle un expatrié ukrainien a le mauvais goût assumé d’adopter comme surnom de <em>disc-jockey</em> «&nbsp;Tchernobyl&nbsp;», se retrouve dorénavant banalisé sur l’Internet, notamment sous la forme du <em>trolling</em>, ce goût pour le harcèlement sous une forme satirique. Qui plus est, le héros se nomme littéralement Hiro (<em>hero</em>) Protagonist !</p>



<h2 class="wp-block-heading">Déni des réalités</h2>



<p>Enfin, la place importante du mysticisme avec les rôles accordés dans l’intrigue principale à la mythologie sumérienne et biblique, à la théorie du complot dite des «&nbsp;anciens astronautes&nbsp;», en lien avec l’imaginaire lovecraftien des Grands Anciens, à la Kabbale ou encore à des concepts issus de la «&nbsp;programmation neuro-linguistique&nbsp;», fait sens par rapport à la résurgence de l’occutisme et des pseudo-sciences de nos jours.</p>



<p>Ce dernier point peut s’expliquer par plusieurs éléments communs au roman et à notre situation actuelle :</p>



<p>1) le besoin de compréhension entre les dénis de réalité lénifiants et les discours paranoïaques ou escatologiques du personnel politique et médiatique,</p>



<p>2) et la tentation de recourir à ce genre de discours pour agir sur le monde, du moins sur l’imaginaire des gens, de la part d’une partie des élites dirigeantes.</p>



<p>La synergie dans le complotisme entre le mouvement populaire et complotiste dit QAnon et les figures du <em>Dark Enlightment</em>, mouvement dit néo-réactionnaire proche de Donald Trump, notamment représenté par l’essayiste états-unien Curtis Yarvin, qui ont des prétentions intellectuelles, des accès privilégiés aux médias et au personnel politique, illustre cette ambition de refaçonner le monde par un déni des réalités.</p>



<p>Au titre de ce dernier aspect, une boucle rétroactive semble se former entre passé, présent et futur, entre fiction et réalité. <em>Snow Crash</em> crée une analogie entre occultisme ou magie et informatique, à la fois du point de vue des oppresseurs (contrôle insidieux par le Système à la fois sur le virtuel et la réalité) et des rebelles (<em>hacking</em> du cosmos ou des programmes).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Lovecraft et Burroughs</h2>



<p>Cela a induit une filiation avec un passé littéraire ayant comme figures notables Howard Philips Lovecraft et surtout William S. Burroughs, ou encore le discordianisme, qui féconde lui-même, par l’intermédiaire de Stephenson, un héritage spirituel, tels que le jeu vidéo <em>Deus Ex </em>ou le film <em>Matrix</em>. La mention de Burroughs est tout sauf innocente, à deux titres au moins. Cet auteur <em>beatnik</em> appelait à renverser la «&nbsp;réalité consensuelle&nbsp;», c’est-à-dire les représentations du monde considérées comme imposées par des puissances coercitives dans une perspective simili-gnostique, par les expériences psychédéliques et la pratique magique. Outre que cela rejoint les considérations sur la magie et le caractère délirant de l’intrigue principale de <em>Snow Crash</em>, Burroughs avait plus spécifiquement développé le propos que le langage était contre-naturel et était vraisemblablement une entité extérieure qui s’était imposée à l’espèce humaine, tel un parasite <em>alien</em>. Or, la menace principale dans <em>Snow Crash</em> est par derrière la drogue éponyme une entité assimilée tout à la fois à la déesse Astarté, à un virus biologique qui serait venu sur Terre grâce à un météore et à un code circulant par les signaux radios de l’espace interstellaire. Ce signal tente de pirater les cerveaux humains et l’un des syndromes en est la glossolalie, c’est-à-dire parler dans une langue inconnue lors d’expériences de transe. Dès lors, la référence commune à Burroughs de Stephenson et du CCRU apparaît évidente.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Éris, déesse grecque de la discorde</h2>



<p>Ledit passé littéraire a réactivé et a subverti à des fins militantes une théorie du complot réactionnaire en une dénonciation de la ploutocratie, notamment à partir de la trilogie de romans <em>Illuminatus!</em> des auteurs discordaniens Robert Anton Wilson&nbsp;et Robert Shea, dans un contexte lui-même trouble avec le Watergate et autres scandales associés dans les années 1970. Le discordianisme est un mouvement artistique et simili-religieux, (auto-)parodique et subversif. Créé avec la publication des <em>Principia Discordia</em> par Greg Hill et Kerry Wendell Thornley en 1963, le discordianisme valorise le chaos comme un principe émancipateur contre la rigidité des institutions et des dogmes. Ses membres vouent à ce titre un culte à Eris, déesse grecque de la discorde à l’origine de la guerre de Troie avec la zizanie qu’elle a initié entre les dieux olympiens autour de sa pomme en or. À ce titre, les discordaniens appellent à secouer le consensus social par les prestations artistiques et des œuvres de fiction absurdes ou provocatrices, y compris en répandant des théories du complot diffamant ou discréditant les institutions officielles. Ce sont notamment eux qui ont réactivé la théorie du complot sur les Illuminés de Bavière, remontant au xviii<sup>e</sup> siècle, en substituant la dénonciation par les monarchistes de ce groupe comme ayant provoqué la Révolution française par un discours anti-capitaliste, les <em>Illuminati</em> devenant sous leur plume un archétype des ploutocrates conspirant pour conserver leurs privilèges.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="850" height="467" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/illuminatus_couv.jpg" alt class="wp-image-45407" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/illuminatus_couv.jpg 850w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/illuminatus_couv-300x165.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/illuminatus_couv-768x422.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/illuminatus_couv-650x357.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/illuminatus_couv-150x82.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px"><figcaption class="wp-element-caption">Couvertures des trois opus de la série de romans <em>Illuminatus!</em> (1975) de Robert Anton Wilson&nbsp;et Robert Shea, auteurs se réclamant du Discordianisme, mouvement dont le caractère semi-parodique et mystico-politique a clairement influencé <em>Snow Crash</em>, le CCRU et les mentalités actuelles plus largement.</figcaption></figure>



<p>De plus, la pierre apportée par Stephenson avec <em>Snow Crash</em> a abondé la pensée d’un Nick Land, figure majeure du CCRU qui a mentionné explicitement le roman comme source d’inspiration. Dès lors, avec le <em>Dark Enlightment </em>dont il fut l’un des fondateurs, c’est-à-dire son projet idéologique pour une réaction politique et sociétale réconciliée avec le capitalisme et le progrès technologique, Land a fourni un terreau pour des soutiens majeurs du trumpisme et par association de l’ère de la post-vérité. Cela est logique puisque l’autre concept majeur développé par Land avec le CCRU fut l’hyperstition : la fiction crée la réalité, dès lors qu’elle est suffisamment répandue et convaincante.</p>



<p>Pour illustrer l’intégralité de ce propos, le legs de la figure de L. Bob Rife est représentatif du flou entretenu dans cette perspective.</p>



<p>Ce personnage de magnat états-unien cherchant à contrôler le monde entier par le recours à une synthèse entre nouvelles technologies, notamment l’informatique, et une magie antédiluvienne, rappelle celui de Bob Page, l’antagoniste de la franchise de jeux vidéos <em>Deus Ex</em>. Page est un magnat de la finance ayant obtenu la mainmise sur des secteurs-clefs de l’économie mondiale, notamment dans les secteurs de la banque et de l’assurance, de l’industrie pharmaceutique et du génie génétique, ou encore de l’informatique et des télécommunications. Dans cet univers, la société secrète des <em>Illuminati</em> telle que décrite par les discordaniens existe et elle cherche à recruter Page. Toutefois, ce dernier s’avère inapte à passer leurs rites d’initiation en raison de sa psychopathie qui le rend incapable du sang-froid ou de la patience exigés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Super-IA et assembleurs moléculaires</h2>



<p>Cet échec aurait dû amener les <em>Illuminati</em> à l’éliminer pour éviter qu’il retourne contre eux sa connaissance de leur existence mais ils préfèrent le reléguer au rang de sous-traitant privilégié, trop intéressés qu’ils sont par son pouvoir et l’usage qu’ils pourraient en avoir. Mal leur en a pris, Page finit par les trahir et par tenter de conquérir le pouvoir mondial à son seul bénéfice. Son projet est à terme de fusionner avec une IA ayant le contrôle de tous les systèmes d’information et branchée sur des assembleurs moléculaires, en mesure de tout créer <em>ex nihilo</em>, devenant quasiment un dieu terrestre.</p>



<p>Dans cet univers multipliant les connexions avec le genre du <em>cyberpunk</em>, ainsi qu’au CCRU par association, le <em>bad guy</em> présente de nombreux points communs avec son homologue de <em>Snow Crash</em>, depuis son influence corruptrice en politique ou ses projets mégalomaniaques de contrôle sur l’humanité entière jusqu’au prénom. Toutefois, il présente aussi des caractéristiques en propre qui dénotent une évolution par rapport à celui qui lui a servi de modèle, du moins potentiellement.</p>



<p>Page se démarque de Rife notamment par son transhumanisme, il cherche à devenir immortel par l’augmentation de son corps et de son esprit via l’implantation de greffons robotiques, notamment de nanomachines, et la connexion de son esprit avec des super-IA. Or, à l’heure du trumpisme aux États-Unis et donc du succès, au moins partiel, des thèses de Nick Land, le pouvoir semble largement le fait de personnalités de magnats de la <em>tech</em>, comme Elon Musk et surtout Peter Thiel. Ce dernier est ouvertement transhumaniste, a affiché son intention de devenir immortel et promeut le développement de la recherche sur l’IA, même s’il prétend s’en méfier. Plus encore, l’un de ses ouvrages préférés de Stephenson est un autre de ses romans, <em>The Diamond Age</em>, dans lequel le concept des assembleurs moléculaires est crucial.</p>



<p>Bien que Thiel se défende de vouloir instaurer un totalitarisme mondial et affirme même vouloir prévenir pareille menace, force est de constater que ses propos et actions le font ressembler à une incarnation du concept même de Page et de Rife par association, comme si l’hyperstition avait pleinement marché jusqu’au bout de sa logique de remodelage de la réalité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une étrange boucle rétroactive</h2>



<p>Ou alors, je vois des liens là où ils n’existent pas ! J’ai vraisemblablement fini par m’enfermer dans le piège des associations d’idées imputable à la prédominance prise par les liens hyper-textes, aidé en cela par le manque de sommeil, l’abus de café et la lumière bleue des écrans.</p>



<p>Cela ne fait que prouver que tout le monde peut se faire avoir, même un esprit sceptique et rationnel.</p>



<p>Pour reprendre le concept dégagé en 2007 par le chercheur états-unien en informatique et en cognition Douglas Hofstadter, toute la dynamique décrite auparavant relève peut-être de la <em>strange loop</em> ; tout serait alors affaire de boucle rétroactive (<em>feedback</em>).</p>



<p>Cela expliquerait pourquoi tout semble confus et paradoxal, comme dans l’histoire de savoir qui est apparu le premier de l’oeuf ou de la poule.</p>



<p>Est-ce notre monde en devenir qui a inspiré le roman ou le roman qui a inspiré notre monde ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’attitude paradoxale de Neal Stephenson</h2>



<p>Plus préoccupant encore, que penser de Neal Stephenson lui-même et de son attitude ?</p>



<p>En effet, l’auteur de <em>Snow Crash</em> semble accepter sa propre dystopie comme étant une réalité inéluctable, de par sa participation à des projets cherchant à concrétiser le métaverse et autres rêves libertariens des magnats de la Silicon Valley. Il est remarquable que ses personnages cherchent d’abord à préserver ce monde chaotique contre la tentative d’unification forcée de Rife, plutôt qu’à en corriger les aspects négatifs. Plus encore, cette acceptation du caractère normal de pareil futur par Stephenson se retrouve dans la biographie qu’il prête à son personnage principal.</p>



<p>Stephenson précise qu’Hiro est un enfant de l’ère nucléaire, dans la mesure où son père a directement survécu à une exécution par les Japonais, durant la Seconde Guerre mondiale, grâce au bombardement atomique de Nagasaki.</p>



<p>Dès lors, la banalisation de l’énergie nucléaire dans l’univers de <em>Snow Crash</em> est rendue neutre en termes moraux : elle provoque certes des problèmes mais c’est elle aussi qui a permis la naissance du héros de cette histoire.</p>



<p>Au contraire d’un David Lynch qui a dénoncé la maîtrise de l’atome comme le début de nos problèmes contemporains, comme dans la saison 3 de sa série <em>Twin Peaks</em>, Stephenson semble embrasser l’avenir dessiné par <em>Snow Crash</em> avec ses ombres, en lui prêtant d’étranges lumières.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Besoin urgent d’utopie&nbsp;!</h2>



<p>Si le CCRU a raison et qu’évoquer un avenir revient à l’invoquer, il est peut-être plus que temps d’appeler des mondes d’espoir à nous.</p>



<p>Plus précisément, la nécessité est de renouer avec l’esprit de l’humanisme : ne pas nier les aspérités ou même les tendances malsaines du genre humain mais les regarder en face, afin de mieux les juguler et reconnaître aussi son potentiel d’amélioration.</p>



<p>Il serait plus que temps : selon les âges prêtés par Stephenson à Hiro et à son père, l’histoire de <em>Snow Crash</em> est censée se passer dans les années 2020. C’est donc maintenant !</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Arnaud Borremans est chercheur associé à l’Institut de recherche Montesquieu (IRM). Il a soutenu sa thèse de doctorat en histoire moderne et contemporaine sur les sociétés militaires privées états-uniennes (dir. Sébastien-Yves Laurent) à l’université Bordeaux Montaigne en janvier 2025. Il a publié «Guns for Hire» dans <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> n° 140, été-automne 2025 (De la guerre).</p>



<p>À l’occasion du colloque de l’IRM, laboratoire de recherche en science politique et histoire du droit rattaché à l’université Bordeaux Montaigne, en novembre 2024 sur les liens entre sciences humaines et littérature, Arnaud était intervenu sur le genre du techno-thriller. À cette occasion, plusieurs personnes dont le professeur Sébastien-Yves Laurent et Ugo Bellagamba lui avaient posé des questions sur les connexions entre le techno-thriller et la science-fiction, notamment avec le sous-genre du cyberpunk. Ce renvoi vers le post-cyberpunk et plus spécifiquement vers <em>Snow Crash</em> l’a amené à se réintéresser à cette œuvre et à réaliser à quel point, au-delà de son apparence absurde, elle parlait peut-être plus de notre réalité que ce que je voulais bien l’admettre. Cette prise de conscience a motivé le présent article.</p>



<p>Deux entretiens avec Neal Stephenson sur France Culture dans <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-science-cqfd/neal-stephenson-le-futuriste-en-chef-7496595" target="_blank" rel="noopener" title>La Science, CQFD</a> et dans <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/mauvais-genres/l-apocalypse-climatique-selon-neal-stephenson-2848880" target="_blank" rel="noopener" title>Mauvais Genre</a>.</p>
</blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/snow-crash-de-la-realite-de-la-fiction/">Snow Crash – De la réalité de la fiction</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Eduardo Berti à toute vitesse</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Feb 2026 21:32:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour son roman « Faster », histoire d’une amitié scellée par les Beatles et par Fangio, Eduardo Berti reçoit le prix Roger Caillois 2025 de littérature latino-américaine. L’auteur d’origine argentine qui vit à Bordeaux est publié à La Contre Allée.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Buenos Aires, 1979, un jour férié&nbsp;: deux adolescents, à peine quatorze ans, repèrent «Fangio Automobiles» dans l’annuaire téléphonique. Est-ce bien le garage du célèbre Juan Manuel Fangio&nbsp;? Au culot, coup de téléphone pour s’en assurer. Oui, c’est bien le Fangio déjà entré dans la légende. Son nom est devenu une expression populaire&nbsp;: «conduire comme un Fangio» signifie (encore) conduire trop vite ou très sport… Rendez-vous est donné l’après-midi même aux deux amis qui vont réaliser leur première interview pour un fanzine sur le sport qu’ils ont créé. Précisons qu’ils ne sont pas particulièrement musclés et qu’ils cultivent «un rapport&nbsp;platonique avec le sport». Leur passion c’est la musique, surtout les Beatles qu’ils connaissent par cœur, avec une admiration pour George Harrison qui, cette année-là, sort Faster, un hommage aux pilotes de F1&nbsp;!</p>


<div class="wp-block-image wp-block-image size-medium">
<figure class="aligncenter is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/george-harrison-faster_01.jpg" alt class="wp-image-45363" style="width:420px" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/george-harrison-faster_01.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/george-harrison-faster_01-300x300.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/george-harrison-faster_01-150x150.jpg 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/george-harrison-faster_01-768x768.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/george-harrison-faster_01-650x650.jpg 650w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Le 45 tours de George Harrison sorti en juillet 1979.</figcaption></figure>
</div>


<p>En 1979, Fangio est loin des circuits depuis longtemps, il a 68 ans, mais on se souvient qu’il fut cinq fois champion du monde de Formule 1 (1951, 1954, 1955, 1956, 1957) – record qui ne sera battu qu’en 2004 par Michael Schumacher.</p>



<p>Munis de magnétophone à cassette, appareil photo et calepin, les journalistes en herbe sont bien accueillis dans ce garage d’une lointaine banlieue. Comment interviewer un mythe&nbsp;? «Y a‑t-il une question que l’on ne vous a jamais posée, après tant d’années et tant d’interviews&nbsp;? En fait, je pense qu’on m’a tout demandé. Il y a toujours une anecdote ou quelque chose du genre, mais je crois qu’on m’a tout demandé.»</p>



<p>Alors, Fangio raconte ses débuts car toute la suite est bien connue. Il ne veut pas faire le maçon avec son père. Passionné par les moteurs depuis l’enfance, il se fait embaucher dans une forge puis dans un atelier de garagiste, devient un «mécanicien intuitif»&nbsp;c’est-à-dire qu’il détecte à l’oreille le défaut du moteur.</p>



<p>Il raconte sa première course, seul, à Juarez avec une voiture emprunté au père d’un ami, un taxi Ford modèle A de 1929. En troisième position, le moteur explose au dernier tour… Son premier «sentiment de victoire» en 1939 au volant d’une Chevrolet… Sa première compétition européenne avec une Simca-Gordini en 1948, etc.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><a href="https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i15181057/victoire-de-fangio-au-grand-prix-d- angouleme" target="_blank" rel=" noreferrer noopener"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="602" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/victoire_fangio.png" alt class="wp-image-45369" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/victoire_fangio.png 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/victoire_fangio-300x226.png 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/victoire_fangio-768x578.png 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/victoire_fangio-80x60.png 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/victoire_fangio-650x489.png 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/victoire_fangio-150x113.png 150w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"></a><figcaption class="wp-element-caption">Victoire de Fangio au Circuit des remparts, à Angoulême, le 5 juin 1950. Journal <i>Les Actualités françaises</i>, édition régionale / INA.</figcaption></figure>



<p>Surtout, il décrit les sensations au volant de ces bolides monoplaces, notamment le «faux vent de la vitesse sur son corps». Et comment se gagne une course&nbsp;: «Fangio laisse entendre que gagner est plus qu’une question de vitesse, qu’être rapide est plus qu’une question de vitesse. Que la clé réside dans l’art de choisir la moindre lenteur pour chaque moment. Comme si le rôle d’un pilote ne consistait pas à savoir jusqu’où appuyer sur l’accélérateur, mais quand et combien il est utile d’arrêter d’appuyer là-dessus. Une vitesse optimale, construite à force de réticence, à coups de judicieuses décélérations.»<br>L’expérience est fondatrice pour les deux amis. Ce jour-là, ils apprennent que le succès de l’interview se joue dès la prise de rendez-vous et dans les premières minutes de la rencontre avec le héros, qu’il faut un minimum d’empathie réciproque. Le journalisme ça peut s’apprendre «sur le tas», c’est d’abord une relation humaine. Poussés par la curiosité, moteur du métier, par l’envie de sortir de chez soi, d’aller à la rencontre d’inconnus ou de célébrités – des gens qu’on ne croiserait jamais autrement – et par le plaisir de raconter, ils jubilent. Quel jeu fantastique&nbsp;! Et même quand le journalisme deviendra un «gagne-pain», ils suivront toujours cette règle&nbsp;: «Jouer sérieusement, jouer de manière responsable.»</p>



<p>Le roman d’Eduardo Berti est ponctué de citations comme celles-ci. Karl Kraus&nbsp;: «Un journaliste est un homme qui s’éduque en public.» Marguerite Yourcenar&nbsp;: «Il y a certains moments de notre existence où nous sommes, de façon inexplicable et presque terrifiante, ce que nous deviendrons plus tard.»<br>«“Quand on ne sait pas où l’on va, la vitesse à laquelle on se déplace n’a aucune importance.” Fangio aurait pu le formuler, lui qui a si souvent insisté sur l’importance de “penser” en pleine course. C’est Cees Nooteboom qui l’a écrit.»</p>



<p>Chaque chapitre est court, très court, comme écrit à toute vitesse, comme une nouvelle en accéléré, avec le mot de la chute. «Un livre sur Fangio, un livre autour de Fangio, doit être écrit à toute vitesse, plus encore que les autres, et pour cela, l’auteur doit faire corps avec l’histoire qu’il souhaite raconter.» C’est vrai pour la version française qui n’a pas été traduite, comme d’habitude, par Jean-Marie Saint-Lu. Une première version du livre a été éditée en Espagne puis Eduardo Berti l’a réécrit en français à la vitesse d’un traducteur en changeant un peu la structure, dont il s’est ensuite inspiré pour l’édition espagnole en Argentine. Voici donc un livre dont il existe trois versions un peu différentes. Reste à les comparer pour savoir s’il s’agit d’un «sosie du texte original», pour reprendre une expression d’Alberto Manguel dans son livre sur la traduction, <em>L’envers de la tapisserie</em> (Actes Sud, 2025). Ou d’un jumeau dizygote&nbsp;? ou d’une facétie de Pierre Ménard&nbsp;? Rappelons que si Eduardo Berti vit à Bordeaux depuis des années, membre de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) depuis 2014, il est né en Argentine en 1964, donc nourri aux <em>Fictions</em> et autres labyrinthes de Borges.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="692" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/faster_couv_c1_hd.jpg" alt class="wp-image-45365" style="width:420px" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/faster_couv_c1_hd.jpg 692w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/faster_couv_c1_hd-203x300.jpg 203w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/faster_couv_c1_hd-650x962.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/02/faster_couv_c1_hd-150x222.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 692px) 100vw, 692px"><figcaption class="wp-element-caption"><i>Faster</i> d’Eduardo Berti (La Contre Allée, 2025). Remise du prix Roger Caillois 2025 le 10 mars à 19 h, à la Maison de l’Amérique latine, à Paris.<br>
À paraître&nbsp;: <i>Eliseo Alegre ou le footballeur malgré lui</i> (La Contre Allée, avril 2026).</figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">À Poitiers</h2>



<p>« Des mots pour réparer », sortie de résidence de médecine narrative au Lieu multiple / Espace Mendès France, le 27 février à 18h30. Avec Céline Agniel, mise en voix de textes issus des ateliers d’écriture menés par Eduardo Berti au centre de psychotraumatologie&nbsp;du centre hospitalier Laborit avec l’équipe soignante et des patientes volontaires. Un projet soutenu par Culture Santé (ARS et DRAC Nouvelle-Aquitaine).</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Articles d’Eduardo Berti publiés dans <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em>&nbsp;: «Hôtel, doux hôtel» (n° 134), «Les deux rives» (n° 136).</p>



<p><em>Un faussaire original</em>.<em> Musée des Beaux-Arts d’Agen</em>, Atlantique &amp; L’Escampette, coll. «Curiosités», 2024.</p>



<p><em>Les pieds des photographes. Neuf photographes en Nouvelle-Aquitaine</em>, ouvrage collectif, Atlantique &amp; Le temps qu’il fait, 2022.</p>
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		<title>«&#160;Pas de fantaisie, s’il te plaît&#160;»</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Dec 2025 20:34:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Jean-Paul Bouchon signe un roman de formation agité de passions adolescentes dont l’épicentre est au lycée Desfontaines de Melle en 1967 et 1968. Par Jean-Luc Terradillos Comme dans un film d’archives de la télévision régionale, Jean-Paul Bouchon nous conduit dans la petite cité de Melle, sans oublier les noms des rues et des commerçants, ni même les temps de trajets entre, par exemple, la rue du Tapis vert, où réside le lycéen Jean-Pierre Beauséant, et le lycée Desfontaines. Que se passe-t-il dans ces lieux paisibles un an avant les «événements» de Mais 68&#160;? Rien ou presque. L’usine de chimie, implantée depuis le XIXe siècle, apporte son lot d’ingénieurs ce qui hausse le niveau de vie et de conventions sociales auxquelles s’ajoute la morale protestante particulièrement rigoriste dans certaines familles. C’est tranquille mais on étouffe. À 16 ans, Jean-Pierre est traité comme un enfant. Sa mère le tient à l’œil, minute ses déplacements, lui donne l’autorisation d’aller au cinéma mais pour tel ou tel film. L’ado sait trouver les failles. Par exemple, il peut aller voir Helga, de la vie intime d’une jeune femme, documentaire d’éducation sexuelle, parce que les associations familiales catholiques et protestantes, de droite comme de gauche, l’ont [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Jean-Paul Bouchon signe un roman de formation agité de passions adolescentes dont l’épicentre est au lycée Desfontaines de Melle en 1967 et 1968.</strong></p>



<p>Par Jean-Luc Terradillos</p>



<p>Comme dans un film d’archives de la télévision régionale, Jean-Paul Bouchon nous conduit dans la petite cité de Melle, sans oublier les noms des rues et des commerçants, ni même les temps de trajets entre, par exemple, la rue du Tapis vert, où réside le lycéen Jean-Pierre Beauséant, et le lycée Desfontaines. Que se passe-t-il dans ces lieux paisibles un an avant les «événements» de Mais 68&nbsp;? Rien ou presque. L’usine de chimie, implantée depuis le XIX<sup>e</sup> siècle, apporte son lot d’ingénieurs ce qui hausse le niveau de vie et de conventions sociales auxquelles s’ajoute la morale protestante particulièrement rigoriste dans certaines familles. C’est tranquille mais on étouffe. À 16 ans, Jean-Pierre est traité comme un enfant. Sa mère le tient à l’œil, minute ses déplacements, lui donne l’autorisation d’aller au cinéma mais pour tel ou tel film. L’ado sait trouver les failles. Par exemple, il peut aller voir <em>Helga, de la vie intime d’une jeune femme</em>, documentaire d’éducation sexuelle, parce que les associations familiales catholiques et protestantes, de droite comme de gauche, l’ont recommandé. Idem pour <em>Le Lauréat</em>, salué par le critique Michel Cournot&nbsp;: «Les parents croyaient dur comme fer à tout ce qu’écrivaient les gens du <em>Nouvel Obs</em>… […] Maman avait dû oublier le sujet du Lauréat (Dustin Hoffman couche avec la mère de sa copine et sûrement future épouse) ou n’avait pas lu l’article de Cournot.» Tout est bon pour découvrir l’anatomie féminine, de la <em>Revue naturiste internationale</em>, en vente à la maison de la presse, aux romans de gare du Pépé Larista. En 1967, les lycéennes portent des blouses, ne se mêlent pas aux garçons…</p>



<p>Jean-Paul Bouchon a raconté ses années-là dans un récit autobiographique, <em>Une adolescence poitevine au temps du Général</em> (Geste éditions, 2015), dont les premières pages ont été publiées dans le dossier Mai 68 de <em>L’Actualité Poitou-Charentes</em> (n° 80, avril 2008)&nbsp;: «Quand j’étais colonel de l’armée populaire». Au-delà de la valeur documentaire que l’avocat honoraire restitue avec précision – déformation professionnelle&nbsp;? – c’est un personnage qui vient ébranler le ronronnement de ce petit monde perclus de certitudes ou de résignation. Arrive au lycée, Isabella Rapalli, fille d’un ingénieur de l’Usine et d’une divorcée – autant dire une «femme légère». Malgré les mises en garde de sa mère – «Surtout pas de fantaisie, s’il te plaît&nbsp;!», «Surtout ne fais rien avec elle&nbsp;!» –, la tête de l’ado est chamboulée par cette présence totalement inédite. Elle est belle, intelligente, ne manque pas de culot. Décidément, elle ne ressemble à rien de connu. Très vite, Jean-Pierre prend conscience de ses insuffisances et tente de se mettre à niveau afin de résoudre cette équation&nbsp;: «Comment se faire aimer d’une fille qui ne s’intéressait pas plus à vous qu’aux autres garçons&nbsp;?»</p>



<p>Sagement, ils trouvent leur terrain de jeu dans les livres qu’ils échangent et commentent&nbsp;: Boris Vian, Simone de Beauvoir, Aragon, Malraux et Camus, Marguerite Yourcenar… sans oublier le poète René Ghil qui repose à Melle. Jean-Pierre ajoute les livres de Roger Vaillant «tous remplis d’astuces pour séduire une femme» et la littérature castro-guevariste publiée par Maspero. Côté la bande son, France Gall et Sylvie Vartan côtoient Jean Ferrat, Lenny Escudero, Léo Ferré et les Shadoks.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="705" height="479" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/12/melle-annee-68-2-livres.jpg" alt="Deux livres pour combiner l’étude et la passion." class="wp-image-38862" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/12/melle-annee-68-2-livres.jpg 705w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/12/melle-annee-68-2-livres-300x204.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/12/melle-annee-68-2-livres-650x442.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/12/melle-annee-68-2-livres-150x102.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 705px) 100vw, 705px"><figcaption>Deux livres pour combiner l’étude et la passion.</figcaption></figure>



<p>Au mitan du roman, le fossé culturel atteint une dimension sismique quand Jean-Pierre est autorisé à aller à Niort pour acheter un livre recommandé par un professeur de littérature. D’habitude avec ses parents, ils font l’aller-retour à la Camif, la coopérative des enseignants. Mais ce jour-là, c’est dans la 404 de Madame Rapalli, en compagnie de sa fille. À son grand étonnement, elle lui parle comme à un adulte, l’emmène dans des magasins de fringues pour dames, surtout pour acheter des soutiens-gorge à sa fille, et achète deux livres&nbsp;: <em>Les Réactions sexuelles</em> de Masters et Johnson, <em>Le Comportement sexuel de l’homme</em> de Kinsey. La révolution est en marche&nbsp;!</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="657" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/12/bouchon-jp-couv-melle-68-657x1024.jpg" alt class="wp-image-38861" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/12/bouchon-jp-couv-melle-68-657x1024.jpg 657w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/12/bouchon-jp-couv-melle-68-193x300.jpg 193w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/12/bouchon-jp-couv-melle-68-768x1196.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/12/bouchon-jp-couv-melle-68-650x1012.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/12/bouchon-jp-couv-melle-68-150x234.jpg 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/12/bouchon-jp-couv-melle-68.jpg 963w" sizes="auto, (max-width: 657px) 100vw, 657px"></figure>



<p><em>Melle année 68. Un amour au temps du lycée</em>, de Jean-Paul Bouchon, La Geste, 280 p., 19 €<br><em>Mémoires d’une fille de ferme. Constance à l’aventure</em>, d’Alain et Jean-Paul Bouchon, Les Moissons, 244 p., 7,90 €</p>



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		<title>Les sous-marins s’invitent à Châtellerault</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Yoann Frontout]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Sep 2025 06:31:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La revue]]></category>
		<category><![CDATA[archives]]></category>
		<category><![CDATA[guerre]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[technologies]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À Châtellerault, le CAAPC propose une exposition sur les sous-marins français jusqu'au 19 décembre 2025. Archives inédites et objets de la vie quotidienne des sous-mariniers y sont à découvrir.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Entretien avec Vincent Roblin, chef du bureau des publics et de la valorisation du CAAPC, par Yoann Frontout-Neuffer</strong></p>



<p>Pour sa deuxième exposition thématique, le Centre des archives de l’armement et du personnel civil du Service historique de la Défense (CAAPC), à Châtellerault, met en lumière l’histoire méconnue des sous-marins français. À découvrir jusqu’au 19 décembre 2025..</p>



<p><strong><strong>L’Actualité. –</strong> Pourquoi une exposition sur les sous-marins à Châtellerault, aussi loin de la mer ?</strong></p>



<p><strong>Vincent Roblin –</strong> Créé en 1969 et rattaché au Service historique de la Défense en 2005, le CAAPC est un établissement de conservation d’archives militaires appartenant au ministère des Armées. Installé dans une partie de l’ancienne manufacture d’armes de Châtellerault, on y trouve aujourd’hui les dossiers des personnels civils du ministère des Armées, les archives des unités territoriales et spécialisées de la Gendarmerie nationale, mais également les archives consacrées à la conception, aux essais, à la fabrication et la maintenance de l’armement utilisé par l’armée française depuis le XVIIIe siècle. Et ce, dans le domaine terrestre, aéronautique mais aussi naval. Il y a donc, à Châtellerault, de très nombreux documents concernant la plupart des navires construits pour la Marine nationale depuis le XIXe siècle (plans, photos…). Nous n’avons donc effectivement pas la mer à Châtellerault, mais nous avons des frégates, des porte-avions et des sous-marins, sous forme papier, ce qui est méconnu du grand public&nbsp;!</p>



<p>Nous proposons chaque année une exposition thématique construite à partir de nos fonds, afin de permettre au grand public, qui n’a pas l’habitude ou l’opportunité de consulter des archives en salle de lecture, de découvrir le riche patrimoine documentaire du ministère des Armées (notre exposition de l’an dernier était consacrée à l’année 1944). </p>



<p>En 2025, la France célèbre «&nbsp;l’année de la Mer&nbsp;» et nous commémorerons d’autre part, en 2026, les <a href="https://www.defense.gouv.fr/marine/400-ans-marine/400-ans-marine-nationale">400 ans de la Marine nationale</a>, soutenus par le Service historique de la Défense, qui donneront lieu à de nombreuses manifestations dans toute la France. Il nous est donc apparu assez évident de nous intéresser cette année au domaine naval. Nous avons souhaité aborder ce sujet sous l’angle des sous-marins, ces bâtiments mystérieux et invisibles qui exercent une fascination certaine sur le public et qui nourrissent notre imaginaire depuis leur invention, comme en témoignent le succès du roman <em>Vingt mille lieues sous les mers</em> de Jule Verne ou bien de nombreux films de guerre. Cette exposition propose donc une plongée en immersion originale dans une histoire relativement méconnue, à travers des documents d’archives conservés à Châtellerault.</p>



<p><strong>L’exposition déroule une approche historique, tant sur les avancées techniques que le rôle de ces bâtiments de guerre dans les conflits. De quand datent les premiers sous-marins français ? Avez-vous des archives assez anciennes pour documenter les premiers prototypes ?</strong></p>



<p>L’exposition a effectivement pour objectif de raconter l’histoire longue des sous-marins français, depuis les premiers submersibles du XIXe siècle jusqu’à l’ère atomique. Les aspects techniques du fonctionnement des sous-marins, la question de la construction et de l’armement des sous-marins, ainsi que les grandes étapes et&nbsp;les épisodes marquants de l’histoire de la flotte sous-marine française y sont présentés, notamment sa naissance au XIXe siècle. Pénétrer dans le monde sous-marin est un rêve caressé par l’humanité depuis des siècles. Dès le XVII<sup>e</sup> siècle, des inventeurs imaginent, sur le papier, des navires capables de se déplacer sous l’eau. En 1800, l’Américain Robert Fulton conçoit un sous-marin en bois à voile, le <em>Nautilus</em> (dont le nom sera repris par Jules Verne) et conduit avec succès des essais de plongée dans la Seine, mais le projet est rejeté par Bonaparte. Les ingénieurs ne se découragent cependant pas et la première moitié du XIX<sup>e</sup> siècle voit de nombreux projets se développer partout dans le monde, portés par la Révolution industrielle. Révélé lors des guerres de Crimée et de Sécession, le potentiel militaire des sous-marins commence à intéresser la Marine française à partir des années 1850.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="706" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/vingtmillelieue00vern_orig_0147_1.jpg" alt class="wp-image-38795" style="width:299px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/vingtmillelieue00vern_orig_0147_1.jpg 706w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/vingtmillelieue00vern_orig_0147_1-207x300.jpg 207w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/vingtmillelieue00vern_orig_0147_1-650x943.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/vingtmillelieue00vern_orig_0147_1-150x218.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 706px) 100vw, 706px"><figcaption class="wp-element-caption">Le Nautilus de <em>Vingt Mille Lieues sous les mers</em> par Alphonse de Neuville ©Wikimedia Commons</figcaption></figure>



<p>Le premier sous-marin expérimental français, le <em>Plongeur</em>, qui fonctionnait à l’air comprimé, est conçu à Rochefort en 1863 par l’ingénieur Charles Brun, et le capitaine de vaisseau Bourgois. En 1867, Jules Verne verra d’ailleurs une maquette de ce sous-marin lors de l’exposition universelle de Paris et s’en inspirera pour imaginer son <em>Nautilus</em>. Nous présentons dans l’exposition quelques documents d’archives originaux concernant le <em>Plongeur</em>, mais également des documents en lien avec les bâtiments ayant marqué l’histoire sous-marine française, comme le <em>Gymnote</em>, conçu à Toulon en 1888, ou encore le <em>Narval</em> mis au point à Cherbourg en 1899, qui constituent les premiers bâtiments sous-marins opérationnels de la Marine nationale. Le plus ancien document exposé est une publicité pour un projet de «&nbsp;bateau sous-marin&nbsp;» présenté lors de l’exposition des produits de l’industrie française de 1849.</p>



<p><strong>Les plans, photos, descriptifs des modèles récents étant certainement classés secret défense, jusqu’où documentez-vous l’évolution des sous-marins français dans l’exposition ?</strong></p>



<p>Quelle que soit leur époque de construction, les sous-marins ont toujours été à la pointe de l’innovation technique et technologique. La Marine nationale a donc toujours été soucieuse de protéger les informations stratégiques entourant la conception et le fonctionnement de ces bâtiments qui jouent, comme on le sait, un rôle important dans la défense de notre pays et de nos intérêts dans le monde entier. Les archives concernant les sous-marins sont la plupart du temps classifiées, c’est-à-dire qu’elles sont protégées au titre du secret de la Défense nationale, qui les rend incommunicables pendant 50 ans. Ces délais sont fixés par le code du Patrimoine, qui encadre les règles de communicabilité des archives publiques en France. La communicabilité des archives relatives à l’armement nucléaire est encore plus restrictive, comme on peut s’en douter, car ces documents sont incommunicables sans délai. On ne trouvera donc dans cette exposition que des documents communicables. Les sous-marins de construction récente seront évoqués brièvement, sans entrer dans le détail de leur conception, à travers quelques photographies et des plans diffusés pour la communication. Passé le délai de 50 ans, les archives classifiées peuvent être librement consultées par le public, sur demande, en salle de lecture. Elles peuvent donc aussi être exposées, ce qui explique pourquoi les visiteurs pourront découvrir, dans l’exposition, de nombreux documents portant le cachet «&nbsp;Secret&nbsp;», datés de plus de 50 ans (c’est-à-dire jusqu’en 1974).</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="705" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/frshd__aa_546_5i_582__009.jpg" alt class="wp-image-38796" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/frshd__aa_546_5i_582__009.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/frshd__aa_546_5i_582__009-300x207.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/frshd__aa_546_5i_582__009-768x529.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/frshd__aa_546_5i_582__009-650x448.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/frshd__aa_546_5i_582__009-150x103.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Photographie du sous-marin Surcouf, archive du CAAPC</figcaption></figure>



<p><strong>Y a‑t-il des archives inédites, particulièrement remarquables, que vous présentez pour la première fois au public ?</strong> </p>



<p>L’exposition a été construite principalement à partir d’archives conservées à Châtellerault. Quelques documents ont été prêtés par d’autres centres du SHD (Brest, Rochefort et Vincennes), pour compléter et enrichir le contenu de l’exposition. Plus d’une centaine de documents y seront présentés, dont de très nombreux originaux (les autres étant reproduits sur les panneaux d’exposition). Ces documents (atlas, plans, photographies, correspondance, télégrammes, affiches, journaux, brochures techniques, rapports…) sont la plupart inédits et emblématiques de l’histoire des sous-marins. Les visiteurs pourront notamment voir des documents originaux concernant les premiers sous-marins, comme le <em>Plongeur</em> ou le <em>Narval</em>, ou des documents concernant les sous-marins célèbres de la flotte française, notamment ceux de la Seconde Guerre mondiale (comme le <em>Casabianca</em> ou le <em>Surcouf</em>). Le premier sous-marin nucléaire lanceur d’engin français, le <em>Redoutable</em>, est mis à l’honneur, à travers différents documents, dont la décision officielle de mise en chantier, signée de la main du ministre des Armées Pierre Mesmer (1963). Nous évoquons également la question des accidents et des naufrages à travers des photos, des télégrammes et des rapports. Une liste de victimes du naufrage du <em>Prométhée</em> (1932), signée de la main de l’amiral François Darlan, grande figure de la collaboration, compte parmi les documents présentés. Une galerie chronologique de 19 photographies de sous-marins, de la <em>Dorade</em> (mis en service en 1905) au <em>Suffren</em> (mis en service en 2020) permettra de voir l’évolution de la flotte sous-marine à travers le temps.</p>



<p><strong>Présentez-vous également des objets ayant trait au quotidien des sous-mariniers ?</strong></p>



<p>Pour enrichir le contenu de l’exposition et appuyer les documents présentés, il nous est apparu effectivement intéressant de montrer des objets en lien avec les sous-marins. Notre établissement ne conservant que des archives, nous avons emprunté quelques objets, en particulier au Musée de l’escadrille des sous-marins de l’Atlantique (Lorient), à l’espace tradition de la Force océanique stratégique (Brest) et à la division de la symbolique du Service historique de la Défense (Vincennes). Les visiteurs pourront notamment voir des objets symboliques et des insignes, une lumière rouge d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engin (SNLE), des bonnets de sous-marinier ou encore la cloche du SNLE<em> Le Redoutable</em>. Une occasion rare à Châtellerault !</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="385" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/surcouf1929c003.jpeg" alt="Plan d'ensemble du Surcouf ©CAAPC" class="wp-image-38793" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/surcouf1929c003.jpeg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/surcouf1929c003-300x113.jpeg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/surcouf1929c003-768x289.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/surcouf1929c003-650x244.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/surcouf1929c003-150x56.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Plan d’ensemble du Surcouf, archive du CAAPC.</figcaption></figure>



<p><strong>Avez-vous prévu dans ou autour de l’exposition des témoignages de sous-mariniers ?</strong></p>



<p>La vie quotidienne à bord des sous-marins depuis les origines jusqu’à nos jours sera évoquée dans l’exposition à travers un panneau et quelques documents. Nous proposerons également le samedi 8 novembre 2025, à 14h30, en marge de l’exposition, une conférence publique (sur réservation) animée par le vice-amiral d’escadre Jean-Philippe Chaineau, ancien commandant de sous-marin nucléaire, qui a terminé sa carrière en 2022 comme commandant des forces sous-marines et qui viendra nous parler de ses 25&nbsp;000 heures de plongée et de son expérience de sous-marinier. Je signale aussi que nous proposerons une autre conférence, le jeudi 9 octobre 2025, à 18h00, animée par le contre-amiral François Guichard sur l’histoire des premiers sous-marins français, intitulée&nbsp;: «&nbsp;Du sous-marin qui inspira Jules Verne aux premiers navires opérationnels&nbsp;».</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="724" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/2251116-sga-shs-affiche-soum-a3.jpg" alt="Affiche exposition sous-marins au CAAPC" class="wp-image-38790" style="width:307px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/2251116-sga-shs-affiche-soum-a3.jpg 724w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/2251116-sga-shs-affiche-soum-a3-212x300.jpg 212w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/2251116-sga-shs-affiche-soum-a3-650x919.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/09/2251116-sga-shs-affiche-soum-a3-150x212.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 724px) 100vw, 724px"></figure>
</div>


<p class="has-text-align-center">Une exposition à découvrir jusqu’au vendredi 19 décembre 2025<br>Ouverte du lundi au jeudi de 9h00 à 12h00 et de 13h30 à 17h00 <br>et le vendredi de 9h00 à 12h00. <br>Ouverture exceptionnelle le dimanche 21 septembre, de 14h00 à 18h00.<br><strong>L’exposition étant présentée dans une emprise militaire, l’accès, gratuit, <br>se fait uniquement sur réservation et sur présentation d’une pièce d’identité.</strong></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/les-sous-marins-sinvitent-a-chatellerault/">Les sous-marins s’invitent à Châtellerault</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>La guerre sous toutes ses formes : des extraits du n°140</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Yoann Frontout]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Sep 2025 13:13:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La revue]]></category>
		<category><![CDATA[CNRS]]></category>
		<category><![CDATA[guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelle-Aquitaine]]></category>
		<category><![CDATA[sciences]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine numéro 140 (été-automne 2025) est toujours disponible sur notre site (rubrique La Revue) ainsi qu’à l’Espace Mendès France et dans de nombreux kiosques et librairies de la région. « De la guerre » interroge les limites de ce que le terme peut recouvrir et entrecroise histoires de sièges et de batailles – de la Préhistoire à l’époque actuelle – avec des analyses géopolitiques contemporaines, des approches artistiques et une plongée dans la recherche et développement en matière de défense. Tout ceci à travers un regard pluridisciplinaire et ancré sur le territoire de la Nouvelle-Aquitaine.Nous vous proposons trois articles en accès libre, rédigés par des chercheurs de l’université de Poitiers et reflets de la diversité des approches et des formats présents dans ce numéro : « Les Etats-Unis et la guerre », article de Julien Zarifian, professeur en civilisation nord-américaine (États-Unis) à l’université de Poitiers. « Trois jours dans un sous-marin nucléaire d’attaque », article de Nicolas Moinet, professeur à l’Institut d’administration des entreprises de l’université de Poitiers et membre du laboratoire Cerege. « La Guerre des mondes : un imaginaire du désastre », article de Gilles Menegaldo, professeur émérite de littérature américaine et de cinéma à l’université de [...]</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/la-guerre-sous-toutes-ses-formes-des-extraits-du-n140/">La guerre sous toutes ses formes : des extraits du n°140</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> numéro 140 (été-automne 2025) est toujours disponible sur notre site (rubrique <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/">La Revue</a>) ainsi qu’à l’Espace Mendès France et dans de nombreux kiosques et librairies de la région. « De la guerre » interroge les limites de ce que le terme peut recouvrir et entrecroise histoires de sièges et de batailles – de la Préhistoire à l’époque actuelle – avec des analyses géopolitiques contemporaines, des approches artistiques et une plongée dans la recherche et développement en matière de défense. Tout ceci à travers un regard pluridisciplinaire et ancré sur le territoire de la Nouvelle-Aquitaine.<br><br>Nous vous proposons trois articles en accès libre, rédigés par des chercheurs de l’université de Poitiers et reflets de la diversité des approches et des formats présents dans ce numéro :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>« Les Etats-Unis et la guerre », article de Julien Zarifian, professeur en civilisation nord-américaine (États-Unis) à l’université de Poitiers.  <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710d3fe9ca86b99&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>



<li>« Trois jours dans un sous-marin nucléaire d’attaque », article de Nicolas Moinet, professeur à l’Institut d’administration des entreprises de l’université de Poitiers et membre du laboratoire Cerege.  <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=0034767102b36c5ba617c&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div> </li>



<li>« La Guerre des mondes : un imaginaire du désastre », article de Gilles Menegaldo, professeur émérite de littérature américaine et de cinéma à l’université de Poitiers.  <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=0034767103fb14891d1e3&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div> </li>
</ul><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/la-guerre-sous-toutes-ses-formes-des-extraits-du-n140/">La guerre sous toutes ses formes : des extraits du n°140</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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