<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>L&#039;Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
	<atom:link href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science</link>
	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
	<lastBuildDate>Fri, 09 Oct 2026 15:22:04 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	
<image>
	<url>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/09/cropped-favicon-32x32.png</url>
	<title>L&#039;Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
	<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>André Lhote, artiste sans compromis</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/andre-lhote-artiste-sans-compromis/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=andre-lhote-artiste-sans-compromis</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/andre-lhote-artiste-sans-compromis/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Oct 2026 14:49:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[Bordeaux]]></category>
		<category><![CDATA[livres]]></category>
		<category><![CDATA[peinture]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=45792</guid>

					<description><![CDATA[<p>Françoise Garcia, conservatrice en chef honoraire au musée des Beaux-Arts de Bordeaux, fait revivre le peintre André Lhote (1885-1962) dans une biographie très bien documentée et abondamment illustrée : "André Lhote. L’art de la controverse".</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/andre-lhote-artiste-sans-compromis/">André Lhote, artiste sans compromis</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">André Lhote naît à Bordeaux en 1885 dans une famille modeste. Rien ne le destinait à devenir peintre, reconnu très tôt, mais aussi écrivain et pédagogue. Au début du siècle, place Mériadeck, il rencontre Pascal-Désir Maisonneuve, brocanteur inspiré, qui lui présente Gabriel Frizeau, grand collectionneur. Un choc esthétique. Il a 20 ans. Cette rencontre scelle son destin. Dans son nouveau livre chez <a href="https://www.editions-norma.com/collections/nouveautes">Norma éditions</a>, <em>André Lhote. L’art de la controverse</em>, Françoise Garcia, conservatrice en chef honoraire au musée des Beaux-Arts de Bordeaux, raconte le parcours extraordinaire de cet artiste parti de rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa biographie est très bien documentée, en particulier grâce à l’abondante correspondance du peintre. C’est une époque où l’on s’écrit beaucoup. La correspondance est un moyen de discuter, de peaufiner son argumentation, de laisser libre cours aux émotions. Françoise Garcia n’hésite pas à citer généreusement ces lettres ainsi que les nombreux livres de Lhote. Beaucoup d’illustrations permettent de suivre l’évolution du peintre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle s’appuie en particulier sur la correspondance avec Gabriel Frizeau quand il est à Paris, puis avec ses amis Jacques Rivière et Alain-Fournier, soit 211 lettres qu’elle a éditées (avec la collaboration d’Alain Rivière et de Jean-Georges Morgenthaler) et publiées en 1986 grâce à Jean-Paul Michel chez William Blake &amp; Co sous le titre <em>La Peinture, le cœur et l’esprit. Correspondance inédite (1907–1924)</em>. Avec Jean Paulhan, qui prend la tête de la <em>Nouvelle Revue française</em> après la mort de Jacques Rivière, les échanges épistolaires sont également très riches, plus de 600 lettres publiées en 2009 chez <a href="https://www.gallimard.fr/catalogue/correspondance/9782070124527">Gallimard&nbsp;</a>: <em>Paulhan Lhote. Correspondance (1919–1961</em>) (édition de Dominique Bermann Martin et&nbsp;Bénédicte Giusti-Savelli). Précisons que la correspondance entre André Lhote et Gabriel Frizeau est publiée dans la thèse de troisième cycle de Jean-François Moueix, <em>Un amateur d’art éclairé à Bordeaux&nbsp;: Gabriel Frizeau, 1870–1939</em> (sous la direction de François-Georges Pariset, université de Bordeaux, 1969).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <a href="https://musba-bordeaux.opacweb.fr/fr/search?query=&amp;f=183540&amp;o=18">Musée des Beaux-Arts de Bordeaux</a> possède une belle collection d’œuvres d’André Lhote. On peut voir également à la <a href="https://www.u-bordeaux.fr/campus/decouvrir-les-campus/campus-victoire/station-marne">Station Marne</a> <em>La Gloire de Bordeaux</em>, l’immense peinture commandée en 1955 dans le cadre du 1 % de l’Institut d’odontostomatologie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Comment André Lhote s’est-il initié à la peinture&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Françoise Garcia. –</strong> André Lhote a une formation de sculpteur sur bois mais c’est la peinture qui l’intéresse et qu’il pratique en loisir. Il fréquente le musée des Beaux-Arts, feuillète des revues d’art à la librairie Mollat, notamment <em>Comœdia</em>, suit des cours d’art décoratifs à l’école des Beaux-Arts, puis des cours de dessin chez Émile Brunet, un ancien élève de Gustave Moreau à Paris, mais c’est la rencontre avec Gabriel Frizeau en 1905 qui va tout déclencher. Ce vigneron issu d’une famille très aisée est un grand collectionneur, entouré d’un aréopage d’intellectuels et d’artistes parmi lesquels Odilon Redon, Francis Jammes, Paul Claudel, Alexis Leger, futur Saint-John Perse, et surtout Jacques Rivière avec lequel naît une amitié indéfectible. Il possède un grand tableau de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/D%27o%C3%B9_venons-nous_%3F_Que_sommes-nous_%3F_O%C3%B9_allons-nous_%3F">Gauguin</a>, <em>D’où venons-nous&nbsp;? Que sommes-nous&nbsp;? Où allons-nous&nbsp;?</em> (1897–1898). Ce tableau de plus de 3 mètres de long est aujourd’hui au musée des Beaux-Arts de Boston. André Lhote est ébloui. Il se rend compte que la peinture est autre chose que des reproductions ou des interprétations d’images, de portraits et de paysages. Chez Gauguin, il découvre l’importance du rythme, de la couleur, de la dissociation de la couleur et du dessin. La couleur est constitutive de l’œuvre et peut s’éloigner complètement de ce qu’elle représente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’ardeur extraordinaire et l’intelligence de ce jeune homme de 20 ans séduisent Gabriel Frizeau qui devient son mécène pour la vie. Grâce à son entregent, André Lhote expose au Salon d’automne dès 1907, rencontre Ambroise Vollard, le galeriste de Gauguin et de Cézanne dont il découvre l’importance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Trois ans après, il expose à Paris. Intrépide&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">André Lhote est un homme pressé. Il faut que les choses aillent très vite, comme pour rattraper tout ce qu’il ne connaissait pas avant. En 1910, la galerie Druet lui organise sa première grande exposition. Il lui a fallu trois ans pour se mettre au fait de la scène artistique parisienne, observer les différents mouvements, se poser les bonnes questions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Désargenté, il est d’abord hébergé chez Gustave Tronche, ami bordelais. Il y aussi Jacques Rivière et la famille d’Alain-Fournier qui le reçoit le dimanche, où il peut parler peinture, décrire ce qu’il découvre. En 1910, André Gide lui ouvre les portes de la <em>Nouvelle Revue française</em>, l’encourage et fait tout pour qu’il ait une exposition personnelle à Paris.</p>



<p class="wp-block-paragraph">S’il juge Bordeaux «ville ingrate», Paris lui fait très peur, «ville de la prostitution». D’autant que sa timidité le freine. Par exemple, le soir du vernissage chez Druet, tout le monde le cherche. En fait, étranglé d’émotion, il a préféré aller au Louvre. Malgré son caractère gascon, loyal et enthousiaste, il se sent provincial. Face à quelqu’un comme Apollinaire, c’est le jour et la nuit.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="804" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/2-lhote_la-bacchante-1912.jpg" alt class="wp-image-45796" style="aspect-ratio:1.273627833364212;width:746px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/2-lhote_la-bacchante-1912.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/2-lhote_la-bacchante-1912-300x236.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/2-lhote_la-bacchante-1912-768x603.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/2-lhote_la-bacchante-1912-650x510.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/2-lhote_la-bacchante-1912-150x118.jpg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption"><em>Bacchante</em>, 1912, huile sur toile, 108 x 108 cm. Bordeaux, musée des Beaux-Arts, don de M. et Mme Jean-Pierre Moueix, 2006.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi va-t-il voir les peintures romanes de l’église de Saint-Savin&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Très tôt, il tombe sur le livre de Prosper Mérimée sur <a href="https://www.abbaye-saint-savin.fr/fr/un-site-du-patrimoine-mondial-de-lunesco">Saint-Savin</a> où sont reproduites les peintures de la nef. Comme il s’agit de relevés peints à l’aquarelle par un artiste, <a href="https://www.calameo.com/books/000356069673651f9bab2">Gérard-Seguin</a>, André Lhote fait le voyage à Saint-Savin pour en avoir le cœur net. Il est émerveillé par le langage plastique des artistes du Moyen Âge, par la simplification des formes, par l’étagement des scènes car ces peintures sont des récits. Il perçoit de la modernité dans ces compositions par plans. Quand on peint sur un mur, il est inutile d’imiter la profondeur. Il parle alors de «tableau-fresque». Il écrit à Jacques Rivière, le 13 février 1909, «le tableau du moment qu’il est appliqué contre le mur, doit <em>être soumis aux mêmes lois que la décoration murale</em>».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il aura le même choc devant les fresques égyptiennes en 1951 lors de ses voyages en Égypte à l’invitation du roi Farouk.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entre 1907 et 1925, année de la mort brutale de Jacques Rivière, ils s’écrivent plus de 200 lettres d’une grande sincérité, où ils échangent des idées, des commentaires sur ce qu’ils ont vu et lu, et André Lhote ne craint pas d’évoquer ses difficultés matérielles.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès le retour de son voyage à Paris en 1907, André Lhote se met à écrire de longues lettres à Jacques Rivière et la discussion s’engage. Il a trouvé un interlocuteur de très haut niveau. Il est ébloui par l’intelligence, la générosité et la pureté de cet homme. Ce sont de véritables amis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le groupe de la <em>Nouvelle Revue française</em> est, au départ, contre le cubisme, petit à petit Jacques Rivière va venir au cubisme grâce à André Lhote, et va prendre conscience de l’importance de Picasso.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel cubisme défend-il&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès l’origine de sa réflexion sur la peinture, André Lhote se distingue des cubistes «purs» – Braque, Picasso, Gris, etc. – pour lesquels la peinture est une chose conceptuelle, en rupture avec l’histoire de la peinture comme le soutient Reverdy. Au contraire, il voit une continuité dans cette histoire, chez des peintres comme Cézanne, Seurat, Ingres jusque chez les Primitifs, chez les Égyptiens de l’Antiquité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette notion de rupture a été reprise pratiquement par tous les historiens de l’art et n’a jamais été remise en cause. Ce qui l’a exclu de ce mouvement. André Lhote n’apparaît pas dans le livre de Gleizes et Metzinger (<em>Du cubisme</em>, 1912) ni dans celui d’Apollinaire (<em>Les Peintres cubistes</em>, 1913) alors qu’il était de toutes les manifestations cubistes. Et cela continue&nbsp;: à la dernière exposition sur le cubisme au Centre Pompidou en 2018–2019 il n’y avait pas un seul tableau de Lhote&nbsp;!</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img decoding="async" width="1024" height="684" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/3-lhote_mirmande_ou_le_guetteur.jpg" alt class="wp-image-45797" style="aspect-ratio:1.4970594128485155;width:569px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/3-lhote_mirmande_ou_le_guetteur.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/3-lhote_mirmande_ou_le_guetteur-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/3-lhote_mirmande_ou_le_guetteur-768x513.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/3-lhote_mirmande_ou_le_guetteur-650x434.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/3-lhote_mirmande_ou_le_guetteur-150x100.jpg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption"><em>Mirmande</em> ou <em>Le Guetteur</em>, 1939, huile sur papier marouflé sur toile, 53,8 x 80,6 cm. Collection particulière.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’est-ce qu’on lui reproche&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">André Lhote voulait que l’œuvre soit lisible et que le public puisse lire le parcours du peintre à travers quelques détails. Pour lui, cela commence par un choc émotionnel face à un paysage ou à une personne – il parle d’un <em>coup de foudre</em> qui bouleverse complètement l’esprit de l’artiste. Même si le peintre va vers l’abstraction, il doit en rester quelque chose dans le tableau. Sinon, c’est de l’abstraction purement décorative.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourtant parmi les élèves de</strong> <a href="https://andre-lhote.org/academie"><strong>l’académie</strong></a> <strong>d’André Lhote, il y a</strong> <a href="https://aurelienemours.com/fr/oeuvres#techniques"><strong>Aurelie Nemours</strong></a> <strong>en 1941 qui deviendra une grande artiste de l’abstraction géométrique, dont vous citez les propos à la fin de sa vie.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains anciens élèves d’André Lhote ont ensuite choisi des voies très différentes, tout en affirmant leur reconnaissance comme Aurelie Nemours. En 2003, elle affirme ce qu’elle lui doit&nbsp;: «Avec Lhote, la composition était le sujet majeur. C’était le sujet qu’on apprenait en arrivant. Il avait donné une pose au modèle et de cette pose, il s’agissait, de n’importe où l’on se plaçait, d’extirper la composition, en somme, de quitter complètement le sujet lui-même, ce qui faisait faire déjà le saut dans l’abstraction. Il fallait abstraire la composition à partir du réel.»</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img decoding="async" width="968" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/4-lhote_academie-1935.jpg" alt class="wp-image-45798" style="aspect-ratio:0.9453072508201557;width:587px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/4-lhote_academie-1935.jpg 968w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/4-lhote_academie-1935-284x300.jpg 284w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/4-lhote_academie-1935-768x812.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/4-lhote_academie-1935-650x688.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/4-lhote_academie-1935-150x159.jpg 150w" sizes="(max-width: 968px) 100vw, 968px"><figcaption class="wp-element-caption">Atelier d’André Lhote, vers 1935. Photographie Jean Moral. Centre Pompidou, MNAM-CCI.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Peinture, écriture, enseignement… n’est-ce pas un peu trop&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">André Lhote est un acharné du travail. «Je fais trop de choses», confie-t-il à Jean Paulhan, successeur de Jacques Rivière à la <em>NRF</em>, dans l’une des 600 lettres échangées entre les deux hommes. Parfois il est épuisé, tout simplement parce qu’il faut qu’il gagne sa vie. Il doit défendre sa peinture d’autant plus qu’il n’a pas de marchand, par choix. Il refuse le système marchand qui, dans son esprit, serait une entrave à sa liberté. À cela s’ajoute le fait qu’il a un mauvais caractère, qu’il est susceptible et qu’il se plaint d’un manque de reconnaissance – ce qui est faux car il expose en France et à l’étranger, mais quand le Musée national d’art moderne lui consacre une grande exposition en 1958, il estime que c’est trop tard…</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autre part, il a besoin d’écrire et il a besoin d’enseigner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a publié des livres sur Seurat, Corot, Bonnard, Cézanne, Renoir, mais aussi des compilations de ses articles de la <em>NRF</em> et de ses conférences, <em>Parlons peinture</em> (1933), <em>Peinture d’abord</em> (1942), <em>La Peinture libérée</em> (1956), etc. C’est pour lui une manière de s’affirmer et de s’inscrire dans le temps long. Il écrit en technicien de la peinture pour ses élèves, pour les jeunes artistes et pour le Français «cultivé moyen» à qui il voue une certaine affection, même si celui-ci ne comprend rien et préfère acheter une croûte sur les bords de Seine qu’une œuvre plus difficile d’art contemporain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un précédent livre de fiction, <a href="https://www.librairies-nouvelleaquitaine.com/livre/9791070063361-l-comme-lhote-enquete-sur-un-tableau-au-dessus-de-tout-soupcon-francoise-garcia/"><em>L comme Lhote</em></a>, je raconte une enquête sur un faux tableau. Si les faussaires avaient été un peu habiles, ils auraient lu, par exemple, <em>Traité du paysage</em> ou <em>Traité de la figure</em>, où Lhote explique avec une précision absolument extraordinaire comment il faut peindre et comment il peint lui-même.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="654" height="969" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/5-lhote-couv.jpg" alt class="wp-image-45799" style="aspect-ratio:0.6749260130223504;width:443px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/5-lhote-couv.jpg 654w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/5-lhote-couv-202x300.jpg 202w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/5-lhote-couv-650x963.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/5-lhote-couv-150x222.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 654px) 100vw, 654px"><figcaption class="wp-element-caption">En couverture, <em>Rugby</em> (détail), 1917, huile sur toile, 127,5 x 132,5 cm. Centre Pompidou, MNAM-CCI.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><em>André Lhote. L’art de la controverse</em>, de Françoise Garcia, Norma éditions, 208 p., 150 illustrations, 32 €</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>                         </em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>     </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>André Lhote à Jacques Rivière</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="672" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/6-lhote-lettre-181-le-5-09-1918.jpg" alt class="wp-image-45800" style="width:492px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/6-lhote-lettre-181-le-5-09-1918.jpg 672w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/6-lhote-lettre-181-le-5-09-1918-197x300.jpg 197w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/6-lhote-lettre-181-le-5-09-1918-650x990.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/10/6-lhote-lettre-181-le-5-09-1918-150x229.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 672px) 100vw, 672px"><figcaption class="wp-element-caption">Lettre d’André Lhote à Jacques Rivière. Archives de Jacques Rivière déposées en 2000 à la bibliothèque des Quatre Piliers, à Bourges.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Le Piquey le 5 Septembre 1918</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon cher Jacques,</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’attendais toujours pour vous écrire d’avoir le temps de le faire longuement. J’ai en ce moment sur le chantier extrapictural des notes pour servir de préface à mon catalogue. Je comptais vous les envoyer, mais ce n’est pas encore au point. J’ai aussi un long article où je parle de la construction du tableau. Maintenant que vous êtes là, je sens que je ne pourrai rien faire sans votre assentiment. Ce qui m’a beaucoup touché, c’est de constater que malgré notre longue séparation, et après avoir fait chacun de son côté une évolution différente, nous nous sommes à peu près trouvés d’accord sur les questions esthétiques. Je vous promets pour bientôt des dessins, textes, etc. Ce mot n’est que pour m’informer de votre résidence actuelle. J’espère que vous avez obtenu une prolongation de permission et que vous pouvez mettre la dernière main à ce livre que j’attends avec une impatience toute fraternelle. Écrivez à Piquey, par Arès, Gironde. Je vous quitte : le soleil m’invite à terminer un paysage d’après nature, d’une architecture très camouflée : ce que j’appelle de la peinture justificative. On peut faire des merveilles avec une seule main, mais il faut de temps en temps prouver qu’on n’est pas manchot. Embrassez fort Isabelle et Jacqueline de notre part à tous deux, Marguerite écrira bientôt. Excusez ce griffonnage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À bientôt.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Votre vieil André Lhote.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/andre-lhote-artiste-sans-compromis/">André Lhote, artiste sans compromis</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/andre-lhote-artiste-sans-compromis/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Comment s’orienter : des extraits du n°142</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/comment-sorienter-des-extraits-du-n142/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=comment-sorienter-des-extraits-du-n142</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/comment-sorienter-des-extraits-du-n142/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Sep 2026 14:18:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La revue]]></category>
		<category><![CDATA[changement climatique]]></category>
		<category><![CDATA[CNRS]]></category>
		<category><![CDATA[géographie]]></category>
		<category><![CDATA[Moyen Âge]]></category>
		<category><![CDATA[neurosciences]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelle-Aquitaine]]></category>
		<category><![CDATA[patrimoine]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=45748</guid>

					<description><![CDATA[<p>Trois articles du numéro 142 de "l'Actualité Nouvelle-Aquitaine" mettant en lumière des recherches menées à l'université de Poitiers.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/comment-sorienter-des-extraits-du-n142/">Comment s’orienter : des extraits du n°142</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> numéro 142 (été – automne 2026) fait la part belle aux cartes, du parcellaire aquarellé à la représentation numérique en 3D. Le verbe «s’orienter» s’y conjugue à tous les temps, et avec de nombreux sujets : l’orientation de l’être humain par le passé, sur les mers comme sur Terre, les possibilités offertes par les nouvelles technologies, les différents mécanismes par lesquels le cerveau humain mémorise les trajets, la façon dont d’autres espèces se repèrent dans leur environnement et sont contraintes par nos activités… <br>« Comment s’orienter, avec ou sans cartes » met en avant des recherches menées sur tout le territoire de la Nouvelle-Aquitaine, en géographie et en histoire, bien sûr, mais également en biologie, neurologie, physique, économie…<br><br>Nous vous proposons trois articles en accès libre, montrant la diversité des recherches menées à l’université de Poitiers et témoignant de sa précieuse participation à notre revue. À découvrir : la façon dont le changement climatique impacte les chauves-souris en ville, l’habitude qu’avaient les chrétiens de graver ou peindre des graffitis à Jérusalem dès le VIe siècle, l’amour pour les cartes d’un historien également féru de géomatique.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>« À l’écoute des chauves-souris », article de Marina Querejeta, postdoctorante au laboratoire d’Écologie et Biologie des Interactions (EBI – CNRS et université de Poitiers) ; Sophie Beltran-Bech, professeure au laboratoire EBI et Élie Morin, docteur en écologie et géographie. <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710d2f339545764&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>



<li>« Écrire son nom à Jérusalem », article de Clément Dussart, post-doctorant au sein du projet ERC Graph-East sur les inscriptions et graffitis latins de l’Égypte médiévale et moderne, rattaché au CESCM, et en résidence au Caire à l’Institut français d’archéologie orientale. <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=00347671021e1078b75e1&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>



<li>« Être historien, cartes sur table », article de Thierry Sauzeau, professeur d’histoire moderne à l’université de Poitiers, membre du Criham, président du conseil scientifique du GiS Histoire et sciences de la mer. <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=0034767109b9537d8050d&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">La revue est disponible sur notre site (rubrique <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/">La Revue</a>), à l’unité et en abonnement, ainsi qu’à l’Espace Mendès France et dans de nombreux kiosques et librairies de la région.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/comment-sorienter-des-extraits-du-n142/">Comment s’orienter : des extraits du n°142</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/comment-sorienter-des-extraits-du-n142/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Michel Foucault en famille</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/michel-foucault-en-famille/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=michel-foucault-en-famille</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/michel-foucault-en-famille/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Sep 2026 12:30:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[livres]]></category>
		<category><![CDATA[Michel Foucault]]></category>
		<category><![CDATA[patrimoine]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Poitou-Charentes]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=45736</guid>

					<description><![CDATA[<p>"Michel Foucault. Le jardin du philosophe" : dans ce récit biographique, Frédéric Chauvaud met au jour des archives inédites et livre un portrait très vivant du philosophe dans sa terre natale.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/michel-foucault-en-famille/">Michel Foucault en famille</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque été, Michel Foucault revenait à Vendeuvre-du-Poitou dans la maison familiale pour travailler à la dernière version de ses livres. Loin de l’agitation parisienne, il retrouvait dans cette belle et grande demeure un climat serein auprès de sa mère admirative et aux petits soins. «Un lieu où les bruits du dehors sont tamisés», écrit Frédéric Chauvaud qui lui consacre un nouveau livre ancré sur l’attachement du philosophe à sa terre natale – il est né à Poitiers en 1926 – en particulier à Vendeuvre où il repose depuis 1984.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.memoring-editions.com/produit/michel-foucault/"><em>Le Jardin du philosophe</em></a>, récit biographique, brosse à grands traits le cheminement intellectuel de Michel Foucault depuis son enfance rue de la Visitation à Poitiers (actuellement rue Arthur-Ranc) à ses cours au Collège de France. Il peut être lu comme une suite au livre illustré par Benoît Hamet, <a href="https://pur-editions.fr/product/11242/les-trois-maisons-de-michel-foucault"><em>Les trois maisons de Michel Foucault</em></a>, ponctué de courts textes qui entrelacent géographie poitevine et questionnement philosophique (par Frédéric Chauvaud, Irène Le Roy Ladurie, Jean-Luc Terradillos).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Frédéric Chauvaud a largement contribué à la <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n72-avril-mai-juin-2006/">reconnaissance</a> de Michel Foucault à Poitiers, il est donc en terrain connu et sait parfaitement que le philosophe cloisonnait ses activités et dédaignait l’exercice autobiographique&nbsp;: «Mon histoire personnelle n’a pas grand intérêt.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Néanmoins, nous avons affaire à un historien scrupuleux dont le réflexe est d’aller sonder les archives : un «trésor national» conservé à la Bibliothèque nationale de France, soit 117 boîtes, environ 37 000 feuillets dont une correspondance, peu volumineuse mais pas exploitée par les spécialistes de Michel Foucault. C’est toute l’originalité de ce livre car Frédéric Chauvaud a mis au jour des pépites. Il n’oublie pas non plus les rares interviews où le Poitou est évoqué ainsi que des entretiens qu’il a menés avec des proches, en particulier Henri-Paul Fruchaud et Anne Thalamy, neveu et nièce qui passaient une partie de l’été à Vendeuvre.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="722" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/2-michel-foucault-frere-grand-mere.jpg" alt class="wp-image-45738" style="aspect-ratio:0.7050836930539138;width:379px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/2-michel-foucault-frere-grand-mere.jpg 722w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/2-michel-foucault-frere-grand-mere-212x300.jpg 212w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/2-michel-foucault-frere-grand-mere-650x922.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/2-michel-foucault-frere-grand-mere-150x213.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 722px) 100vw, 722px"><figcaption class="wp-element-caption">En 1953 à Vendeuvre, Michel Foucault, son frère Denys, futur chirurgien, et sa grand-mère, Marie Malapert. Archives familiales.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">On découvre un Foucault intime dans son milieu familial, les comportements, les habitudes, les petits riens de la vie quotidienne qui donnent un peu de chair à ce personnage statufié de son vivant, dont la pensée est toujours agissante. L’ancrage poitevin a été peu exploré par les biographes mais au fil du temps, grâce à des témoignages, la maison de Vendeuvre occupe une place très importante, une sorte d’<em>hétérotopie</em>, un havre de paix dont le rythme est réglé par le travail – il écrit à l’encre bleue sur des cahiers Clairefontaine –, l’intendance assurée par sa maman, un peu de jardinage, une virée à la pâtisserie de Neuville… En somme, une vie quasi-monacale mais, par principe, pas un mot sur ses recherches en cours ou ses projets.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On l’imagine très bien sortant de son bureau, au rez-de-chaussée, vers midi et demander s’il n’y pas quelque chose à préparer. Anne raconte que son oncle était un spécialiste de mayonnaise montée en fouettant à la main et qu’il rivalisait avec elle dans cet exercice. Autre spécialité&nbsp;: la mise en bocaux des cornichons du jardin et querelle sur les ingrédients à ajouter. En fin d’après-midi, il entretenait les rosiers et portait deux arrosoirs de 10 litres, pour arroser certes mais aussi pour entretenir sa forme physique. D’ailleurs il n’oubliait jamais ses haltères pour pratiquer la musculation en chambre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À côté du jardin d’agrément structuré par une belle allée de tilleuls et deux immenses wellingtonias, certainement plantés vers 1875 au moment de la construction de la maison, il y avait une basse-cour et de la vigne. La vendange était confiée à la cave coopérative de Neuville. «Toute ma jeunesse, j’ai bu ce pinard», confesse Henri-Paul. Dans les années 1990, cette coopérative, encore florissante, exportait un peu partout dans le monde et il fut stupéfait de retrouver ce vin au Japon vendu à un prix exorbitant.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="758" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/3-foucault-veudeuvre-neveux.jpg" alt class="wp-image-45739" style="aspect-ratio:0.740241081825888;width:445px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/3-foucault-veudeuvre-neveux.jpg 758w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/3-foucault-veudeuvre-neveux-222x300.jpg 222w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/3-foucault-veudeuvre-neveux-650x878.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/3-foucault-veudeuvre-neveux-150x203.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 758px) 100vw, 758px"><figcaption class="wp-element-caption">Michel Foucault dans son bureau à Vendeuvre en compagnie de son neveu Henri-Paul et de sa nièce Anne. Dessin de Benoît Hamet dans <em>Les trois maisons de Michel Foucault</em>, PUR, 2026.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Avec ses neveux, Michel Foucault roulait parfois à toute vitesse dans sa Jaguar sur les routes de campagne, pour visiter les châteaux de la Loire, Richelieu et Loudun, deux villes marquées par «l’affaire de la possession de Loudun» (au XVII<sup>e</sup> siècle) dont il parlera dans ses cours au Collège de France en 1975. S’il ne disait rien de ses recherches, il faisait une exception pour la peinture. Ainsi, Henri-Paul l’a écouté parler de la perspective à la Renaissance et de Manet. Il dispensait des conseils avisés pour les études d’Anne et Henri-Paul, les guidaient dans leurs lectures estivales. Est-il besoin de rappeler que dans la famille, les études étaient sacrées&nbsp;? «Nés pour apprendre», déclarait Denys Foucault, le frère cadet. Le soir, pas de télévision mais les disques de musique classique et la radio, avec notamment ce souvenir de la coupe du monde de football en 1966, où Michel Foucault soutint mordicus l’Angleterre contre l’Allemagne de l’Ouest.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Connu, voire célèbre»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce creuset familial doté d’une forte charge affective, on imagine aussi des petits rituels d’affection, amusée. Un des premiers articles mentionnant Michel Foucault était affiché à Vendeuvre, contenant cette phrase&nbsp;: «Jeune philosophe connu, voire célèbre.» Anne raconte qu’à chaque fois qu’elle et son frère passaient devant, ils se répétaient la formule «connu, voire célèbre», comme dans un film de Christian-Jacques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il arrive assez souvent que l’on entende sa voix à la <a href="https://editions.flammarion.com/entretiens-radiophoniques-1961-1983/9782080460189">radio</a>. Le philosophe au légendaire col roulé parlait sur un ton inimitable, avec un martellement professoral, une scansion très rythmée et une intonation ascendante si particulière. En privé, il aimait amuser son auditoire, comme le racontent les neveux tordus de rire en le voyant imiter ses contemporains de façon burlesque, avec pour cible préférée un Jacques Lacan pontifiant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Mon fiston bien aimé»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1966, <em>Les Mots et les Choses</em> est un succès phénoménal. Madame Foucault devient alors «la mère du philosophe si célèbre». Elle reçoit des marques de satisfaction d’amis et de proches, y compris à l’issue d’une conférence à Poitiers de l’académicien Pierre-Henri Simon sur Saint-Exupéry. L’affection maternelle se double d’un sentiment de fierté dans les lettres qu’elle lui adresse en ces termes&nbsp;: «Mon fiston chéri», «Mon trésor», «Mon Paul-Michel chéri» (son prénom d’état-civil), «Mon fiston bien aimé»… sans oublier de lui demander de rapporter de Paris des produits achetés chez Fauchon ou Hédiard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 21 octobre 1972, elle lui écrit&nbsp;: «J’ai été joliment contente de t’entendre hier soir sur France III, d’autant plus que je ne m’y attendais absolument pas, le titre de l’émission ne mentionnait pas ton nom, je te voyais parler, et cela m’a fait très grand plaisir, un peu comme si tu étais près de moi. Ce que tu as dit était très clair, très convaincant&nbsp;; je suis sûre que tous les auditeurs ont admiré ton langage élégant, ta distinction et j’étais toute prête à éclater de fierté et d’orgueil. Bravo mon chéri de tout mon cœur. S’il n’y avait pas de nuit le jour serait bien pâle et encore beaucoup plus pâle pour moi s’il n’y avait pas toi.»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Amitié filiale avec Georges Dumézil</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Des lettres reçues par Michel Foucault ramenées de Paris et conservées dans une armoire à Vendeuvre, ont été déposées à la BnF par Henri-Paul Fruchaud&nbsp;; d’autres ont été déposées par Daniel Defert. Des missives parfois lapidaires comme celles de Bourdieu et Derrida, d’autres plus substantielles comme celles de Lévi-Strauss, Jean Barraqué, Ludwig Binswanger (15 pages), Maurice Godelier… </p>



<p class="wp-block-paragraph">Et surtout les merveilleuses lettres de l’académicien Georges Dumézil (1898–1986), professeur au Collège de France jusqu’en 1968&nbsp;: une indéfectible affection va naître avec ce grand anthropologue, de trente ans son aîné. En 1955, il lui écrit «Cher Monsieur» qui deviendra assez rapidement «Mon cher ami» puis «Mon cher Michel», puis «Mon fils». </p>



<p class="wp-block-paragraph">Georges Dumézil réprimande Michel Foucault le 4 décembre 1969 parce qu’il ne l’a pas prévenu de son audition au Collège de France : «Tu es un vilain. Et ton présentateur aussi. Il faut que ce soit par Lévi-Strauss que j’apprenne le résultat. Félicitations quand même. Et pour te punir, vous me ferez quinze pages de détails, à petit interligne. Affectueusement.» Quand Michel Foucault est admis au Collège de France : «Tâche d’être sage, maintenant, ou d’avoir l’air.»</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="855" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/4-chauvaud_foucault_2.jpg" alt class="wp-image-45740" style="aspect-ratio:1.1976617567317436;width:478px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/4-chauvaud_foucault_2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/4-chauvaud_foucault_2-300x250.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/4-chauvaud_foucault_2-768x641.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/4-chauvaud_foucault_2-650x543.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/09/4-chauvaud_foucault_2-150x125.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Frédéric Chauvaud, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Poitiers, spécialiste de la justice pénale et de la violence. Photo JLT. <br>En couverture, dessin de Benoît Hamet.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Frédéric Chauvaud, <em>Michel Foucault. Le jardin du philosophe</em>, <a href="https://www.memoring-editions.com/produit/michel-foucault/">Memoring éditions</a>, 200 p., 2026.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chez le même éditeur&nbsp;: <a href="https://www.memoring-editions.com/produit/gwenola-joly-coz/"><em>Gwenola Joly-Coz. Une haute magistrate, féministe et essayiste</em></a>, préface de Michelle Perrot, 2024&nbsp;; <em>Kris de Valnor. Le procès d’une héroïne de papier</em>, collectif, 2026.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs dossiers consacrés à Michel Foucault dans <em>L’Actualité</em> accessibles en ligne depuis le <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n51-janvier-fevrier-mars-2001/">n° 51</a>, janvier 2001, jusqu’au <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n131-janvier-fevrier-mars-2021/">n° 131</a> (p. 60–69).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dossier entretiens vidéo <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/daniel-defert-vivre-avec-foucault/">Daniel Defert, vivre avec Foucault</a>.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/michel-foucault-en-famille/">Michel Foucault en famille</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/michel-foucault-en-famille/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Charlotte Krauss – Mille et un itinéraires de l’imaginaire</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mille-et-un-itineraires-de-limaginaire/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=mille-et-un-itineraires-de-limaginaire</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mille-et-un-itineraires-de-limaginaire/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yoann Frontout]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Jun 2026 23:22:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[Images]]></category>
		<category><![CDATA[La revue]]></category>
		<category><![CDATA[carte]]></category>
		<category><![CDATA[géographie]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=45643</guid>

					<description><![CDATA[<p>Toute carte interpelle l’imagination, mais lorsqu’elle dépeint un univers inventé de toutes pièces, elle ouvre un nouveau champ des possibles et… de questionnements. Arpentage de terres fictives avec Charlotte Krauss, professeure à l’université de Poitiers.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mille-et-un-itineraires-de-limaginaire/">Charlotte Krauss – Mille et un itinéraires de l’imaginaire</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien par Daria Tabacchi et Yoann Frontout-Neuffer</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">De l’île Lincoln imaginée par Jules Verne à la Terre du Milieu dépeinte par Tolkien, les cartes abondent dans les fictions, traçant les contours de lieux imaginaires. Si elles aident le lecteur à prendre leurs repères et à suivre les pérégrinations des personnages, elles apportent également un vernis de véracité, prolongent l’univers, voire révèlent, parfois, les incohérences du texte. Charlotte Krauss, professeure de littérature comparée à l’université de Poitiers et directrice du laboratoire Forellis, mène un projet de recherche au long cours sur ce qui constitue un véritable atlas de l’imaginaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité – Peut-on considérer <em>L’Utopie</em> (1516) de Thomas More comme le premier récit fictionnel accompagné d’une carte ?</strong><br><br>Charlotte Krauss – C’est en effet couramment admis, même si l’affirmation mérite d’être nuancée selon ce que l’on entend exactement par «&nbsp;premier récit fictionnel cartographié&nbsp;». Il est difficile, tout d’abord, de dire ce qui a motivé l’intégration de la carte de l’île. On peut y voir la volonté de jouer sur l’absurdité de représenter ce qui n’existe pas. Dès le titre, le caractère fictionnel de l’île est souligné&nbsp;: U‑topia, jeu entre <em>ou-topos</em> («&nbsp;nulle part&nbsp;») et <em>eu-topos </em>(«&nbsp;lieu de bonheur&nbsp;»). La carte elle-même participe de ce jeu ironique&nbsp;: on y trouve, entre autres, le cours d’eau «&nbsp;Anhydre&nbsp;» («&nbsp;sans eau&nbsp;»).</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="725" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/utopia.jpg" alt class="wp-image-45664" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/utopia.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/utopia-300x212.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/utopia-768x544.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/utopia-650x460.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/utopia-150x106.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Première version d’<em>Utopia</em> de Thomas Moore (1516) avec sa carte et son alphabet imaginaire, Wormsley Library</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La gravure de la carte est par ailleurs refaite, de manière plus sophistiquée, pour l’édition de 1518. Ambrosius Holbein propose alors une carte affinée, aujourd’hui plus célèbre que celle de 1516. On y distingue certes l’île, mais aussi un crâne formant un effet de <em>memento mori</em> («&nbsp;pense à la mort&nbsp;», et, de façon ludique, «&nbsp;pense à More&nbsp;»). Au premier plan, le narrateur Raphaël Hythlodée (signifiant «&nbsp;celui qui raconte des balivernes&nbsp;») montre l’île à un personnage probablement identifiable à Thomas More tandis que l’on peut voir à droite un soldat non identifié. Cette image est plus qu’une illustration&nbsp;: elle multiplie les interprétations possibles et élargit le sens de l’œuvre.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="697" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/utopia2.jpg" alt class="wp-image-45665" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/utopia2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/utopia2-300x204.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/utopia2-768x523.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/utopia2-650x442.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/utopia2-150x102.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Edition de novembre 1518 de l’Utopia, par l’imprimeur Johannes Frobenius (Johann Froben) de Bâle</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, toutes les éditions n’ont pas comporté de carte. Comme le rappelle Roger Chartier dans <em>Cartes et fictions. XVIe–XVIIIe siècles </em>(2022), il convient de ne pas surestimer l’importance de cette carte, puisqu’elle n’a pas été reprise dans les traductions vernaculaires du XVI<sup>e</sup>&nbsp;siècle (à l’exception de l’allemand). L’édition française comportait toutefois un frontispice montrant des personnages assis autour d’une carte posée sur une table – visible seulement pour les trois interlocuteurs et cachée au lecteur. On y voit Raphaël Hythlodée, personnage fictionnel ayant passé cinq ans en Utopie, raconter son voyage à l’auteur Thomas More et à son hôte Pieter Gillis, deux personnages historiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par la suite, à l’image de <em>L’Île mystérieuse</em> de Jules Verne, la carte n’a-t-elle pas pour fonction première de conférer une apparente véracité à la fiction ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La carte de l’île Lincoln, dans <em>L’Île mystérieuse</em> (1875) de Jules Verne, s’inscrit dans une tradition déjà bien établie de représentations d’îles fictionnelles. Elle est précédée non seulement par la carte de l’<em>Utopie</em>, mais aussi par celle de l’île de Robinson Crusoe, de l’île de Felsenburg (dans le roman de l’auteur allemand Johann Gottfried Schnabel, <em>Insel Felsenburg</em>, 1731), ou encore des îles visitées par Gulliver, situées par l’éditeur sur des cartes du monde réel comportant également de véritables îles comme Sumatra.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Verne s’inscrit donc dans cette tradition, mais en perfectionnant l’illusion d’existence de l’île, conformément à un XIX<sup>e</sup> siècle valorisant l’exactitude scientifique. La latitude, l’échelle, la précision topographique relèvent de cette logique. À ce titre, la carte contribue bien à produire un effet de vraisemblance, mais elle ne s’y réduit pas&nbsp;: elle participe aussi de la robinsonnade vernienne comme version industrielle et scientifique du modèle hérité de Daniel Defoe.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="710" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/ile-mysterieuse.jpg" alt class="wp-image-45666" style="width:525px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/ile-mysterieuse.jpg 710w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/ile-mysterieuse-208x300.jpg 208w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/ile-mysterieuse-650x937.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/ile-mysterieuse-150x216.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 710px) 100vw, 710px"><figcaption class="wp-element-caption">L’île Lincoln, dans <em>L’Île mystérieuse</em>, réalisée par Jules Verne lui-même, 1874.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La présence d’une échelle s’inscrit dans ce nouvel imaginaire technique. Mais toutes les cartes de pays imaginaires – y compris contemporaines – n’en ont pas nécessairement. Lorsqu’elles en comportent une, elle peut parfois être fantaisiste et relever davantage de l’ornement que de l’instrument scientifique. C’est le cas de <em>An Ancient Mappe of Fairyland</em> (1917) de Bernard Sleigh, où figure une «&nbsp;Scale of Thoughts&nbsp;» («&nbsp;échelle de pensées&nbsp;»), dont le sens reste volontairement énigmatique. De même, beaucoup de mondes fictionnels ne sont que vaguement situés. L’île de Robinson Crusoé est censée se trouver près de l’embouchure de l’Orénoque, mais cette localisation n’est pas reportée sur la carte historique, ajoutée au roman à partir de la deuxième édition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir du XX<sup>e</sup> siècle, on observe d’ailleurs une inflexion&nbsp;: les mondes fictionnels cessent souvent d’être pensés comme des espaces dissimulés dans notre propre monde – désormais entièrement cartographié – pour devenir des mondes autonomes. Dès lors, ils n’ont plus besoin d’être mesurables selon les critères de la cartographie réelle. C’est le cas de Westeros, dans l’univers de George R. R. Martin, ou du monde des <em>Cités obscures</em> de François Schuiten et Benoît Peeters&nbsp;: ces espaces ne comportent pas nécessairement d’échelle, mais ils n’en perdent pas pour autant leur cohérence interne. On pourrait même ajouter que leurs systèmes temporels ou historiques propres renforcent cette autonomie. Ainsi, on compte les années «&nbsp;A.T.&nbsp;», donc «&nbsp;après la construction de la Tour&nbsp;», dans le monde obscur (<em>Le Guide des Cités</em>, 1996).</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="331" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/an_anciente_mappe_of_fairyland_-sleigh_bernard_btv1b52511770j_1.jpeg" alt class="wp-image-45667" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/an_anciente_mappe_of_fairyland_-sleigh_bernard_btv1b52511770j_1.jpeg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/an_anciente_mappe_of_fairyland_-sleigh_bernard_btv1b52511770j_1-300x97.jpeg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/an_anciente_mappe_of_fairyland_-sleigh_bernard_btv1b52511770j_1-768x248.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/an_anciente_mappe_of_fairyland_-sleigh_bernard_btv1b52511770j_1-650x210.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/an_anciente_mappe_of_fairyland_-sleigh_bernard_btv1b52511770j_1-150x48.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">An anciente mappe of Fairyland : newly discovered and set forth par Bernard Sleigh (édition de 1925)</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">En revanche, ce que l’on retrouve fréquemment sur les cartes de mondes fictionnels, ce sont des signes empruntés aux conventions cartographiques anciennes&nbsp;: roses des vents, monstres marins, graphies pseudo-médiévales, etc. Ces éléments peuvent certes renforcer un effet d’authenticité, mais ils ont aussi une fonction poétique, esthétique ou métaréflexive. Ainsi, la carte fictionnelle peut produire de la véracité, mais elle ne sert pas seulement à «&nbsp;faire vrai&nbsp;»&nbsp;: elle peut aussi construire un monde, orienter une lecture, ou jouer avec les codes mêmes de la cartographie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tolkien a‑t-il lancé une «&nbsp;mode&nbsp;» des cartes fictionnelles dans la fantasy&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À mon sens, il faut distinguer plusieurs moments. D’abord, comme nous l’avons vu, les cartes de mondes fictionnels existent bien avant la <em>fantasy</em> moderne. Mais elles restent relativement rares, notamment pour une raison matérielle&nbsp;: la gravure coûte cher. Un véritable tournant s’opère au XX<sup>e</sup> siècle, et plus particulièrement avec J. R. R. Tolkien. C’est là, me semble-t-il, que les cartes deviennent un élément presque constitutif d’un certain type de fiction. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans <em>The Hobbit</em> puis <em>The Lord of the Rings</em>, les cartes sont célèbres, dessinées d’abord par Tolkien lui-même, puis retravaillées avec l’aide de son fils Christopher Tolkien (et, pour certaines, avec l’apport de Pauline Baynes). Surtout, elles ne servent pas seulement à illustrer un monde déjà inventé&nbsp;: elles participent à sa construction. Chez Tolkien, la géographie précède en partie le récit, comme il le dit lui-même.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">“If you are going to have a complicated story, you must work to a map […] otherwise you’ll never make a map of it afterwards.”«&nbsp;Si vous vous lancez dans une histoire complexe, vous devez travailler à partir d’une carte […] sinon vous ne pourrez jamais en dresser une par la suite.&nbsp;» (cité d’après Huw Lewis-Jones (dir.), <em>The Writer’s Map: An Atlas of Imaginary Lands</em>, 2018).</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">C’est sans doute là une raison essentielle de leur succès en <em>fantasy&nbsp;</em>: la carte n’est pas seulement un dispositif de vraisemblance, mais un outil de <em>worldbuilding</em>. Elle permet de donner une profondeur historique, politique et spatiale au monde secondaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce modèle déborde aujourd’hui largement la littérature. On le retrouve dans les séries télévisées (par exemple Westeros), dans les jeux vidéo (comme <em>The Elder Scrolls V: Skyrim</em> ou <em>Legend of Zelda</em>), ou encore dans les jeux de rôle.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="819" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/skyrim___skyrim_world_map_by_mirhayasu_delt7rh-fullview-2.jpg" alt class="wp-image-45675" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/skyrim___skyrim_world_map_by_mirhayasu_delt7rh-fullview-2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/skyrim___skyrim_world_map_by_mirhayasu_delt7rh-fullview-2-300x240.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/skyrim___skyrim_world_map_by_mirhayasu_delt7rh-fullview-2-768x614.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/skyrim___skyrim_world_map_by_mirhayasu_delt7rh-fullview-2-650x520.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/skyrim___skyrim_world_map_by_mirhayasu_delt7rh-fullview-2-150x120.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">La carte dans le fan art : exemple avec<em> Skyrim</em>, par Mirhayasu</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Certaines œuvres littéraires parues initialement sans carte sont même par la suite republiées avec…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, tout à fait. Et cela me semble important de ne pas attribuer automatiquement la carte à une intention auctoriale. Son apparition peut relever de plusieurs logiques, éditoriales autant que littéraires. Ainsi, la carte de Robinson Crusoe n’est ajoutée qu’à la deuxième édition de 1720, une fois le succès commercial du roman assuré. Le cas de <em>Gulliver’s Travels</em> est peut-être plus intéressant encore, puisque les cartes sont ajoutées par l’éditeur, sans relever à l’origine d’une initiative explicite de Jonathan Swift.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait même distinguer trois moments possibles de la carte fictionnelle. D’abord, il y a les cartes de genèse&nbsp;: des cartes qui servent à l’auteur pendant l’invention du monde, sans nécessairement figurer dans l’œuvre publiée. Chez J.&nbsp;R.&nbsp;R.&nbsp;Tolkien, par exemple, cette dimension préparatoire est essentielle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite, la carte peut faire partie intégrante de l’œuvre dès la première édition, conçue par l’auteur lui-même ou en collaboration avec un illustrateur proche. Dans ce cas, elle relève pleinement du projet de l’œuvre. Enfin, elle peut être ajoutée ultérieurement – et c’est un cas très intéressant, car cela peut produire des tensions. Une carte tardive peut figer un univers initialement plus mouvant, voire révéler des incohérences du récit. Roger Chartier le montre très bien avec la carte ajoutée à une édition de 1780 du <em>Don Quichotte</em> de Cervantes&nbsp;: en cherchant à spatialiser les aventures du chevalier, elle fait apparaître des contradictions de distances ou d’itinéraires.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="982" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/carte-des-cites-obscures.jpg" alt class="wp-image-45676" style="aspect-ratio:1.0427658279797345;width:610px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/carte-des-cites-obscures.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/carte-des-cites-obscures-300x288.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/carte-des-cites-obscures-768x737.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/carte-des-cites-obscures-650x623.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/carte-des-cites-obscures-150x144.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Carte des Cités obscures présente dans le second tome de <em>La frontière invisible</em> (crédit Casterman)</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait dire la même chose des <em>Cités obscures</em>, dont la cartographie, élaborée après les premiers volumes, pose la question du moment représenté et de la stabilité même des frontières.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et j’ajouterais un quatrième niveau, peut-être&nbsp;: les cartes produites non plus par les auteurs ou les éditeurs, mais par les lecteurs – ce qu’on appellerait aujourd’hui le <em>fan art</em>. Là, la cartographie devient une forme d’appropriation de l’œuvre. Comme le remarque Huw Lewis-Jones dans<em>The Writer’s map</em>, les livres populaires sont souvent interprétés d’une manière qui échappe à leur créateur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fond, la carte fictionnelle n’est pas seulement un objet du texte&nbsp;; c’est parfois aussi un objet de réception.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nous n’avons pas encore parlé d’un rôle a priori clef de la carte</strong>&nbsp;<strong>: aider le lecteur à mieux suivre les pérégrinations des personnages</strong>…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, c’est évidemment une fonction importante, particulièrement dans les récits de voyage, d’aventure ou de quêtes, de Swift à Tolkien. La carte peut servir au lecteur à se repérer, à suivre un trajet, à visualiser un parcours parfois complexe. Mais il me semble qu’elle remplit très tôt des fonctions beaucoup plus nombreuses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’abord, une fonction d’orientation&nbsp;: elle aide à se repérer dans des mondes parfois vastes ou fragmentés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite, une fonction de dialogue entre texte et image&nbsp;: il y a souvent un jeu, parfois très cohérent, parfois plus tendu, entre ce que raconte le texte et ce que montre la carte. Et cette tension peut être productive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a bien sûr aussi une fonction de vraisemblance, un effet de réel&nbsp;: la carte renforce la croyance du lecteur, tout en pouvant simultanément jouer ironiquement avec cette croyance, comme le fait déjà l’<em>Utopie</em>. Mais elle peut aussi avoir une fonction critique inattendue&nbsp;: parfois, en fixant spatialement un récit, elle en révèle les incohérences&nbsp;– on le voit avec certaines cartes ajoutées après coup.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et surtout, la carte déborde souvent le simple accompagnement du récit. Elle ouvre le monde fictionnel au-delà de l’intrigue racontée. C’est là, me semble-t-il, une de ses fonctions les plus fascinantes&nbsp;: elle suggère qu’il existe d’autres trajets, d’autres histoires possibles. J’aime beaucoup, à ce propos, cette formule de Pierre Jourde&nbsp;: </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Au sein de ce système [de la carte], le récit ne nous apparaît que comme l’un des itinéraires possibles. D’autres routes, d’autres histoires, un passé et un futur, tout le complexe enchevêtrement des figures que peut prendre la saisie de l’espace se dessinent devant nous. Si elle impose à notre rêverie des formes précises, la carte en même temps lui ouvre des perspectives inépuisables. » (J. Corti, 1991, p. 104)</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est peut-être là que la carte favorise aussi des prolongements comme la fanfiction ou les appropriations par les lecteurs&nbsp;: elle rend le monde habitable. Donc oui, elle aide à suivre des pérégrinations, mais elle sert aussi à construire un espace fictionnel ouvert.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Y a‑t-il un enjeu pour l’auteur à écrire et cartographier en parallèle, afin d’éviter toute incohérence ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, certainement, et c’est même un enjeu classique du <em>worldbuilding</em>. Cartographier en parallèle de l’écriture peut être une manière de maintenir une cohérence spatiale (distances, trajets, frontières, temporalités du voyage) tout ce qui, sans cela, peut produire des contradictions. C’est précisément ce que dit J.&nbsp;R.&nbsp;R.&nbsp;Tolkien lorsqu’il affirme qu’un récit complexe doit se construire «&nbsp;sur une carte&nbsp;». Dans ce cas, la carte n’est pas seulement une représentation <em>a posteriori&nbsp;</em>: elle devient un outil de composition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais je nuancerais&nbsp;: la carte ne sert pas seulement à éviter des incohérences, elle peut aussi produire l’œuvre. <em>Treasure Island</em> de Robert Louis Stevenson part d’un dessin de carte. Elle est parfois un instrument heuristique, une manière de découvrir le monde en l’inventant.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="500" height="889" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/treasure-island-map2.jpg" alt class="wp-image-45680" style="width:343px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/treasure-island-map2.jpg 500w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/treasure-island-map2-169x300.jpg 169w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/treasure-island-map2-150x267.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px"><figcaption class="wp-element-caption">Carte réalisée par Robert Louis Stevenson, avec l’aide de son père, pour la première édition de L’Île au trésor (1883). Il s’agit toutefois d’une version réalisée après l’écriture du livre, la carte originelle ayant été perdue lors de l’envoi du manuscrit. “But somehow it was never Treasure Island to me” (Robert Louis Stevenson, <em>My First Book: ‘Treasure Island’</em>)</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Et inversement, certaines incohérences ne sont pas forcément des défauts. Des espaces flous, mouvants ou contradictoires peuvent relever d’une poétique. Dans certains mondes fictionnels, l’indétermination est constitutive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Donc oui, écrire et cartographier en parallèle répond à un enjeu de cohérence. Mais réduire la carte à un outil de repérage des erreurs serait trop restrictif. Elle peut être un outil de contrôle, mais aussi un moteur d’invention.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Est-ce que les cartes fictionnelles sont d’ailleurs toujours exactes ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, et c’est précisément ce qui est intéressant. D’abord parce qu’ «&nbsp;exacte&nbsp;», appliqué à une carte fictionnelle, est déjà une notion paradoxale&nbsp;: exacte par rapport à quoi&nbsp;? À un monde imaginaire&nbsp;? Au texte&nbsp;? À une géographie cohérente ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certaines cartes cherchent une grande rigueur interne, comme chez Tolkien. D’autres sont volontairement lacunaires, symboliques, ou même contradictoires. Et certaines cartes ajoutées après coup révèlent des incohérences du récit au lieu de les résoudre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Donc non, les cartes fictionnelles ne sont pas toujours «&nbsp;exactes&nbsp;», mais leur intérêt n’est pas toujours d’être exactes</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Malgré l’engouement pour les cartes, tous les créatrices et créateurs de mondes fictionnels ne font pas le choix d’en proposer. C’est le cas par exemple d’Alain Damasio pour la <em>Horde du Contrevent</em> – et ce même dans l’édition “augmentée”, qui bénéficie pourtant d’une musique d’Arno Alyvan et d’un index des personnages.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est un choix intéressant, et qui montre bien que la carte n’est pas un élément obligatoire de la fiction. Ne pas proposer de carte peut être un geste pleinement assumé&nbsp;: cela peut laisser au lecteur une plus grande liberté de représentation, éviter de figer un espace pensé comme mouvant, ou encore renforcer une expérience de lecture fondée sur la désorientation ou la découverte progressive. On voit donc que l’absence de carte n’est pas forcément un manque, mais peut relever d’une poétique différente du monde fictionnel.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="768" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/map_webp_92.jpg" alt class="wp-image-45677" style="width:414px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/map_webp_92.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/map_webp_92-225x300.jpg 225w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/map_webp_92-650x867.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/map_webp_92-150x200.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px"><figcaption class="wp-element-caption">Un exemple de <em>fan cartography</em> : le monde d’Amont en Aval, tel que proposé par Contrevent, un univers de jeu de rôle papier librement inspiré de<em> La Horde du Contrevent</em></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le cas que vous évoquez, le fait que des lecteurs produisent ensuite des cartes montre aussi autre chose&nbsp;: la carte n’est pas seulement un objet d’auteur, mais aussi un outil de réception. Même lorsqu’elle est absente, elle peut être reconstruite par les communautés de lecteurs. On retrouve ce type de phénomènes dans de nombreux univers fictionnels, notamment dans les extensions éditoriales ou les pratiques de <em>fan cartography</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On retrouve donc une tension intéressante&nbsp;: certains univers choisissent de ne pas fixer leur géographie, mais cette absence peut malgré tout susciter une cartographie secondaire, issue des pratiques de lecture et des appropriations collectives.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous menez actuellement un projet de cartographie immersive des mondes imaginaires&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’agit d’un projet que nous sommes en train de développer avec l’artiste et chercheuse Svetlana Gencheva. L’idée est de partir d’une sorte de méta-carte, c’est-à-dire une carte qui rassemble plusieurs mondes fictionnels dans un même paysage imaginaire, principalement issus de contes, de légendes ou de récits pour enfants. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre point de départ est une œuvre de Jaro Hess, <em>The Land of Make Believe</em> (1930), une grande aquarelle qui représente une trentaine de royaumes issus de différents contes et histoires pour enfants. Cette carte s’inscrit dans la continuité de celle de Bernard Sleigh, avec des paysages fictionnels peuplés de lieux légendaires et accompagnés de petites légendes explicatives. Le titre lui-même renvoie au jeu enfantin du <em>make believe</em>, c’est-à-dire le «&nbsp;faire comme si&nbsp;» — une expression qui, aujourd’hui, est reprise dans les théories de la fiction.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/jaro-hess-the-land-of-make-believe-map-1958-q80-10000px.jpg" alt class="wp-image-45681" style="aspect-ratio:1.4378227055583868;width:669px;height:auto"><figcaption class="wp-element-caption"><em>The Land of make believe</em>&nbsp;(1930)par le dessinateur américain Jaro Hess fait référence à au moins une quarantaine de contes et comptines, comme Hey Diddle Diddle et sa vache sautant par-dessus la Lune. Initialement publiée par The Child’s Wonderland Company of Grand Rapids, Michigan.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de cette carte, notre projet consiste à la faire évoluer vers une forme immersive&nbsp;: d’abord en réalité augmentée, puis potentiellement en réalité virtuelle. L’objectif est de transformer cette méta-carte en espace habitable, dans lequel on pourra «&nbsp;plonger&nbsp;», afin de montrer concrètement ce que signifie s’immerger dans un univers fictionnel. Derrière la carte s’ouvriront ainsi d’autres couches explicatives ou d’autres cartes à explorer. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’agit donc à la fois d’explorer les possibilités de l’immersion cartographique et de raconter une histoire des cartes de mondes imaginaires, en passant du support statique à une expérience sensible, éventuellement enrichie par le son — même si le projet en est encore à ses débuts.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce projet s’inscrit dans un travail plus large que vous menez sur les cartes fictionnelles…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, j’ai notamment organisé en septembre 2025 une journée d’études intitulée <em>Atlas et fiction</em>, à l’université de Poitiers, dans le cadre de l’unité de recherche Forellis et de la MSHS, en collaboration avec l’Espace Mendès France. Puis, fin juin 2026, c’était un colloque intitulé <em>Parler politique&nbsp;: cartographies</em>, en collaboration avec des collègues de Cluj (Roumanie) et de&nbsp;Nantes Université. L’événement adoptait une approche volontairement large, à la croisée des lettres, de la linguistique, de l’histoire et des sciences politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai par ailleurs un projet d’ouvrage scientifique en cours, provisoirement intitulé <em>Cartographies, atlas et fiction</em>. Ce livre se propose d’étudier les relations entre cartographie, atlas et fiction, en particulier les formes d’atlas de mondes imaginaires et les cartes fictionnelles. L’idée est d’analyser ces objets à l’intersection de la littérature, des arts visuels et des pratiques éditoriales, depuis les premiers récits comme <em>Utopia</em> ou <em>Treasure Island</em> jusqu’à des univers plus contemporains comme Westeros ou <em>Les Cités obscures</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le projet s’intéresse aussi bien aux atlas récents de lieux imaginaires qu’à des formes plus anciennes ou hybrides, et il s’inscrit dans le renouvellement des études spatiales, depuis le <em>spatial turn</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fond, l’enjeu de ces recherches est de proposer une approche qui parte de la fiction pour penser la carte, et non l’inverse – en considérant ainsi la cartographie non seulement comme un outil de représentation, mais surtout comme un véritable mode de production des mondes imaginaires.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity">



<p class="wp-block-paragraph"><a id="_msocom_1"></a></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mille-et-un-itineraires-de-limaginaire/">Charlotte Krauss – Mille et un itinéraires de l’imaginaire</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mille-et-un-itineraires-de-limaginaire/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Denise de Montesquieu – Vrai vie, faux mémoires</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/denise-de-montesquieu-vrai-vie-faux-memoires/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=denise-de-montesquieu-vrai-vie-faux-memoires</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/denise-de-montesquieu-vrai-vie-faux-memoires/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ulysse]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jun 2026 15:25:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[Académie française]]></category>
		<category><![CDATA[Agen]]></category>
		<category><![CDATA[De l'esprit des lois]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[Monarchie]]></category>
		<category><![CDATA[Montesquieu]]></category>
		<category><![CDATA[révolution]]></category>
		<category><![CDATA[XVIIIe siècle]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=45646</guid>

					<description><![CDATA[<p>François Cadilhon s'est lancé un défi. À travers sa plume et celle de Denise de Montesquieu, c'est un regard différent que l'on pose sur le XVIIIe siècle. Celui d'une femme de l'aristocratie de province, loin des rues de Paris et des intrigues de la cours.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/denise-de-montesquieu-vrai-vie-faux-memoires/">Denise de Montesquieu – Vrai vie, faux mémoires</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Ulysse Iparraguirre</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais qui est cette femme ? C’est en parcourant les couloirs obscurs du <a href="https://www.chateaulabrede.com/" title>château de La Brède</a> que François Cadilhon remarque l’incrédulité des visiteurs face à l’un des portraits au mur. Celui de «Denise de Montesquieu, plume à la main, en train d’écrire ou de réécrire l’Esprit des lois». Professeur émérite de l’université Bordeaux Montaigne, ce spécialiste de Montesquieu – auquel il a déjà consacré plusieurs ouvrages – et membre honoraire du cercle des amis de Montesquieu se met alors une idée en tête : «partir à la rencontre de cette femme dont on ne savait que peu de choses». Les archives de la bibliothèque municipale de Bordeaux regorgent de sources, notamment son importante correspondance, témoignant de sa riche existence, cachée par l’ombre immense de son père.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, né en 1689 et mort en 1755, fut conseiller du parlement de Bordeaux et membre de l’Académie française. Il est l’auteur des<em> <a href="https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_persanes" title>Lettres persanes</a></em> et de <em><a href="https://fr.wikisource.org/wiki/De_l%E2%80%99esprit_des_lois_(%C3%A9d._Nourse)/Texte_entier" title>De l’esprit de lois</a></em>, ouvrage majeur dans lequel il défend le principe de séparation des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires qui inspirera la constitution américaine et celle de 1791, en France.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme un pied de nez à sa longue carrière universitaire, François Cadilhon «brise les codes scientifiques et humains» et offre une forme pour le moins atypique. Comme <a href="https://www.livredepoche.com/livre/memoires-dagrippine-9782253135081/" title>Agrippine</a>, <a href="https://www.gallimard.fr/catalogue/moi-claude/9782070298938" title>Claude</a> ou <a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k235892/f3.item" title>d’Artagnan</a>, Denise de Secondat, de Roques, baronne de Montesquieu et de Montagnac aura droit à ses mémoires fictifs. Il faut dire que sa vie n’est pas de tout repos. Observatrice active d’un XVIII<sup>e</sup> siècle en transition avec laquelle elle s’éteindra, elle a connu la monarchie absolue, la Révolution et les prémices d’un Empire naissant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toute jeune, elle est placée sous la protection de l’Église, comme nombre d’enfants de familles nombreuses à l’époque. Son père, qu’elle voit peu, tient néanmoins à ce qu’elle sache «bien écrire et bien lire». Rappelée auprès de lui, à Paris, elle vit son adolescence au rythme des changements de couvents. Mais après avoir goûté à la vie mondaine et aux bals parisiens, c’est à son grand désespoir qu’elle est forcée de rentrer au château de La Brède, domaine familial en Gironde. Là, elle retrouve le goût des livres et devient la jeune secrétaire de son «papa», consignant ses idées pour l’écriture de son <em>Esprit des lois</em>. Elle est mariée, sans avoir son mot à dire, à Godefroy de Secondat de Roques, un cousin de 25 ans son aîné «dont la tendresse et la fidélité tranchait avec les mœurs du temps». Un mariage, contre toute attente, passionné et heureux. Cependant, «c’est dans la douleur, au péril de leur vie, aux dépens de leurs charmes et souvent au détriment de leur santé» que les femmes de l’époque donnent naissance. Car c’est là sa principale mission, assurer la continuité du nom et de la fortune de sa famille. Son premier fils, Charles, meurt jeune, mais c’est son second, Joseph-Cyrille, qui lui succédera.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Denise de Montesquieu aimait son père, dont elle était très proche. Pour elle, sa mort est une tragédie. S’ensuit une bataille juridique avec son frère dont elle ressortira victorieuse, s’assurant, ainsi qu’à son fils, l’héritage du domaine de Montesquieu. Le couple s’installe à Agen, dont la baronne devient vite une figure incontournable de la vie locale. À cette époque, voyageurs et nobles bordelais se succèdent dans son salon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle reste très attachée à la pensée de son père. Son train de vie, rythmé par les dimanches à l’église dans la paroisse de Montagnac et les échanges épistolaires, est interrompu quelque temps, entre 1764 et 1765, par les rumeurs d’une «bête monstrueuse qui dévorait des innocents», au Gévaudan. Le domaine de Falmont, situé en campagne, où l’on pouvait entendre hurler les loups, paru quelque temps trop dangereux pour s’y rendre. Après la mort de son père en 1755, elle voit mourir Godefroy, le 6 mars 1774 et le roi Louis XV deux mois plus tard. Bien qu’abattue par le décès de son mari, celui du roi la laisse «franchement indifférente» tant il est peu apprécié.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques années plus tard, la Révolution s’annonce. Denise de Montesquieu devient alors, depuis Agen, l’observatrice d’une France en crise. Elle échappe au climat de terreur qui règne à Bordeaux – horrifiée par l’exécution du roi et son «procès indigne» – mais perd plusieurs de ses proches dans les soulèvements. Pourtant, <em>De l’esprit des lois</em> de son père a son rôle à jouer dans l’élaboration de la future république. La constitution de 1791 s’appuie, justement, sur ses réflexions concernant la séparation des pouvoirs. Les années passant, le climat de peur s’estompe et, lors d’une fête agenaise en 1798, elle fut même élevée au titre des anciens les plus vénérables de la ville.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle passe les dernières années de sa vie entourée de Foy, sa fille, et de ses petits-enfants. Elle se remémore son passé, citoyenne d’une république sans doute «en train de disparaître et un nouveau monde de voir le jour».</p>



<p class="wp-block-paragraph">François Cadilhon s’est lancé un défi. À travers sa plume et celle de Denise de Montesquieu, c’est un regard différent que l’on pose sur le XVIII<sup>e</sup> siècle. Celui d’une femme de l’aristocratie de province, loin des rues de Paris et des intrigues de la cours.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peut-être ce livre l’extirpe-t-il un peu de l’ombre d’un père passé à la postérité.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="418" height="631" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/3296.jpg" alt class="wp-image-45648" style="aspect-ratio:0.6624519647948431;width:280px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/3296.jpg 418w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/3296-199x300.jpg 199w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/3296-150x226.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 418px) 100vw, 418px"><figcaption class="wp-element-caption">Couverture : Portrait de Denise de Montesquieu (Fondation jacqueline de Chabannes – château de La Brède).</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><em><a href="https://www.editions-cairn.fr/Confluences/2792-denise-de-montesquieu-9791070065266.html" title>Denise de Montesquieu, Mémoires fictifs</a></em> de François Cadilhon, Cairn, coll. «confluences / Traversées», 144 p., 14,50 €</p>



<p class="wp-block-paragraph">Découvrir un autre ouvrage de François Cadilhon (p. 29) dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-137-le-corps-en-mouvement/" title><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «&nbsp;Le corps en mouvement, dans l’élan de Georges Vigarello », n° 132, été-automne, 196 pages, 2021</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi qu’un article en libre accès sur Montesquieu (p. 34–35) dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n131-janvier-fevrier-mars-2021/" title><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «&nbsp;Le siècle d’Edgar Morin », n° 131, janvier-février-mars, 148 pages, 2021</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/denise-de-montesquieu-vrai-vie-faux-memoires/">Denise de Montesquieu – Vrai vie, faux mémoires</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/denise-de-montesquieu-vrai-vie-faux-memoires/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Décélérer avec Jean Harambat</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/decelerer-avec-jean-harambat/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=decelerer-avec-jean-harambat</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/decelerer-avec-jean-harambat/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ulysse]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 14:50:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[Chalosse]]></category>
		<category><![CDATA[ferme]]></category>
		<category><![CDATA[fermier]]></category>
		<category><![CDATA[nature]]></category>
		<category><![CDATA[paysan]]></category>
		<category><![CDATA[retour à la terre]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=45627</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pourquoi toujours courir ? Prenez le temps : d'écouter le chant des oiseaux, de boire une bière entre amis, de restaurer une ferme et, surtout, de laisser la place à la nature.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/decelerer-avec-jean-harambat/">Décélérer avec Jean Harambat</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Ulysse Iparraguirre</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«On dit que le chemin se fait en marchant». Cette nouvelle bande dessinée de Jean Harambat, justement, prend ce temps. Celui de marcher, d’observer la nature, de jardiner, de bricoler avec son père, d’être imprécis, de fumer une cigarette au milieu des roses ou de boire une bière entre amis. De faire les choses «avec lenteur et méthode», paisiblement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas de <a href="https://www.dargaud.com/bd/le-detection-club-bda5280410" title>polar</a> ou <a href="https://www.dargaud.com/bd/operation-copperhead-bda5540910" title>d’espionnage</a> cette fois-ci. Loin de son registre fictionnel habituel, Jean Harambat s’attaque ici à l’intime, au sensible. Il opère à la plume et au feutre, en noir et blanc, ajoutant les couleurs sur son ordinateur. Une manière de faire preuve «de pudeur» et «de discrétion», laissant «la place au ciel et au sol». Chaque page est une nuance de vert. Appuyé sur la tradition des estampes&nbsp;– «comme celles d’Henri Rivière ou les estampes japonaises modernes»&nbsp;– le dessin cherche à «saisir des atmosphères correspondant au lieu, aux moments, aux saisons» et «une forme de fidélité au paysage».</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>« Certaines routes ne sont linéaires qu’à première vue, elles ont des branches comme les arbres, des affluents comme les rivières »</strong></p>
</blockquote>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="777" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/page-13.jpg" alt class="wp-image-45632" style="aspect-ratio:0.7588108011974983;width:401px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/page-13.jpg 777w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/page-13-228x300.jpg 228w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/page-13-768x1012.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/page-13-650x857.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/page-13-150x198.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 777px) 100vw, 777px"><figcaption class="wp-element-caption"><em>J’ai toujours rêvé d’être un fermier</em> de Jean Harambat. page 13.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">L’auteur, fils d’agriculteur, y conte sa vie. Après avoir parcouru le monde, travaillant en Tasmanie, en Argentine puis au Liberia, c’est l’histoire d’un retour à la terre qu’il dessine : le rachat d’une ferme centenaire dans le Sud-Ouest, non loin de sa Chalosse natale, son installation et sa vie d’artiste sur place. Car «nous sommes des êtres incarnés, toujours en chemin, au milieu des choses, au milieu de la réalité brute du réel». Il nous invite à décélérer, vivre ce qui semble être une longue journée à ses côtés, dans sa campagne du pays d’Armagnac, au milieu de la nature, loin du bruit de la ville et du progrès qui, «dans son mouvement perpétuel, évacue ceux qu’il était censé servir».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des figures du passé arpentent les pages et nous épaulent tout au long de la lecture. Mère, grand oncle, gascons revenant d’Algérie plantant des palmiers, Yul Brynner, Ulysse, dieux grecs et chêne centenaire viennent nous apporter une vision nouvelle du monde et de la nature. Une façon de «montrer avec une forme de douceur comment ici la nature traverse le quotidien, que ce soit la beauté du printemps, le chant d’un crapaud ou la pluie épouvantable qui t’empêche de travailler dehors.»</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="778" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/couverture.jpg" alt class="wp-image-45631" style="width:346px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/couverture.jpg 778w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/couverture-228x300.jpg 228w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/couverture-768x1011.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/couverture-650x856.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/couverture-150x197.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 778px) 100vw, 778px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><em><a href="https://www.dargaud.com/bd/jai-toujours-reve-detre-un-fermier-bda5617810" title>J’ai toujours rêvé d’être un fermier</a></em> de Jean Harambat, éd.Dargaud, 2026, 112 p. 23,95 €</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/decelerer-avec-jean-harambat/">Décélérer avec Jean Harambat</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/decelerer-avec-jean-harambat/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Crime à Ronce-les-Bains</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/crime-a-ronce-les-bains/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=crime-a-ronce-les-bains</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/crime-a-ronce-les-bains/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ulysse]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 13:12:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[1980]]></category>
		<category><![CDATA[avocat]]></category>
		<category><![CDATA[crime]]></category>
		<category><![CDATA[mariage]]></category>
		<category><![CDATA[meurtre]]></category>
		<category><![CDATA[roman noir]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=45621</guid>

					<description><![CDATA[<p>Xavier et Flavie forment un couple idyllique. Deux filles, une villa en bord de mer, tout semble parfait. Pourtant, quand une amie de Flavie refait surface, le rêve de Xavier se brise. Jusqu'où ira-t-il pour le préserver ?</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/crime-a-ronce-les-bains/">Crime à Ronce-les-Bains</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Ulysse Iparraguirre</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Été 1974, 23 h 15, ciné Saint-Martin, Ronce-les-Bains, Xavier Latour, jeune khâgneux fils d’enseignants, est assis dans la salle, la séance va commencer. Quelques rangées plus loin, Flavie Lassalle est seule, elle aussi. Elle a une robe gitane, un chemisier blanc, des chaussures basses et un visage «de princesse romaine de l’Empire». Pour Xavier, c’est le coup de foudre. Le cinéma continue : dans sa tête, le jeune homme de 19 ans monte des plans pour «s’en faire aimer» malgré ses origines bourgeoises. Il se fait voyeur, les suit dans sa 4L à trois vitesses, elle et son groupe, au flipper du bar Saint-Jean, au camping Mon bonheur et sur la plage de la Pointe espagnole, où ils pratiquent le naturisme sauvage. Sans succès. «On est con quand on a 18 ans, a dit à peu près Rimbaud.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les années passent et Xavier range la fille de la pointe dans un coin de sa tête. Il devient avocat, se marie avec une copine institutrice puis divorce, cinq ans plus tard. Seul pour les congés d’été de 1988, il décide, pour la première fois depuis longtemps, de retourner à Ronce-les-bains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un matin, Flavie est là, à la Maison de la presse, achetant le journal du jour. Il l’aborde. Elle aussi est fraîchement divorcée. Ils prennent un verre au Saint-Jean, se baignent à la plage de la Pointe et ne se quittent plus de l’été. En octobre, Flavie, de passage à Poitiers, lui apprend qu’elle est enceinte : le mariage suivra bientôt.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque année, la petite famille retourne à Ronce-les-Bains, dans la villa Geneviève, une des plus belles de la station, pour passer l’été. Flavie s’occupe des enfants, Xavier, lui, va et vient depuis le tribunal de Poitiers. Un été, alors qu’il est en ville, Flavie l’appelle. Elle a retrouvé une amie de jeunesse, Cécile, et aimerait la recevoir à Ronce.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques jours se transforment en semaines. Quand Xavier Latour rentre de Poitiers, quelque chose dans l’air est étrange. Les deux femmes ne se quittent plus, elles semblent s’être beaucoup rapprochées. Les a‑t-il vraiment vues s’embrasser ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Évincé, peu à peu, de son couple et de la villa, doublé par Cécile qui s’avère être le premier amour adolescent de Flavie, Xavier ne vient plus à Ronce que pour voir sa fille. Il essaie de se faire une raison, fait un tour à Paris et se plonge dans le travail – il suit le procès d’un homme accusé d’avoir envoyé des centaines de lettres à une amourette de jeunesse en apprenant la mort de son mari. Pas d’Hercule Poirot ici, encore moins de Colombo. Les pages ne s’ouvrent pas sur une scène macabre, bien au contraire. La mort sait s’y faire attendre. D’ailleurs, y a t‑il vraiment un meurtre dans ce roman noir ? Le lecteur se le demandera encore aux deux tiers du livre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, une idée fait son chemin chez ce grand lecteur de romans. Dans <em><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65266338.texteImage" title>Mademoiselle Giraud, ma femme</a></em> d’Adolphe Belot, le crime parfait existe… mais c’était il y a 100 ans.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="632" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/couv-la-fille-de-la-pointe.jpg" alt class="wp-image-45623" style="width:284px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/couv-la-fille-de-la-pointe.jpg 632w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/couv-la-fille-de-la-pointe-185x300.jpg 185w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/06/couv-la-fille-de-la-pointe-150x243.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 632px) 100vw, 632px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Crime à Ronce-les-Bains. La fille de la Pointe</em> de Jean-Paul Bouchon, <a href="https://www.gesteditions.com/auteurs/bouchon-jean-paul/">La Geste</a>, 2026, 328 p. 13,90 €</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lire d’autres témoignages, contributions scientifiques et faits divers dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-132-ete-2021-special-faits-divers/" title><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «&nbsp;Faits divers, faits d’histoire, des experts, des romans noirs», n° 132, été-automne, 196 pages, 2021</a><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-141-manger-sans-danger/">.</a> Notamment «Sherlock à Poitiers» avec Jean-Paul et Alain Bouchon.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/crime-a-ronce-les-bains/">Crime à Ronce-les-Bains</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/crime-a-ronce-les-bains/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Edgar Morin – Relier la science et les citoyens</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/edgar-morin-relier-la-science-et-les-citoyens/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=edgar-morin-relier-la-science-et-les-citoyens</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/edgar-morin-relier-la-science-et-les-citoyens/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 30 May 2026 14:38:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=45614</guid>

					<description><![CDATA[<p>Hommage à Edgar Morin décédé vendredi 29 mai, penseur non conformiste qui a encouragé, soutenu et stimulé l’Espace Mendès France et L’Actualité Nouvelle-Aquitaine depuis 1994. Il aurait eu 105 ans début juillet.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/edgar-morin-relier-la-science-et-les-citoyens/">Edgar Morin – Relier la science et les citoyens</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«Je me dois de dire qu’ici – je dois le reconnaître, je dois l’avouer – à Poitiers, l’Espace Mendès France est mon bouillon de cultures favori, c’est là où j’aime venir me ressourcer, c’est là où j’aime venir, pas seulement intervenir, mais aussi apprendre, connaître, parce que c’est un vrai bouillon de cultures.» Ainsi s’exprimait Edgar Morin le 25 janvier 2017 à l’Espace Mendès France lors du lancement d’une nouvelle édition de <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n115-janvier-fevrier-mars-2017/"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em></a>.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si les fondateurs de l’Espace Mendès France – des scientifiques désireux d’aller à la rencontre des gens et des acteurs de la culture populaire – ont jeté les bases d’un projet original, la rencontre avec Edgar Morin en 1994 fut déterminante. C’était aux 4<sup>e</sup> rencontres CNRS «Sciences et Citoyens» tenues au Futuroscope. Avec Didier Moreau, alors directeur de l’Espace Mendès France, nous avons assisté le dimanche matin à la communication d’Edgar Morin, totalement improvisée mais lumineuse. Nous étions plusieurs à lui demander le texte… Heureusement, j’avais enregistré avec mon petit Olympus&nbsp;! Il fut convenu que je décrypterais l’intervention et lui soumettrais le texte pour validation. C’est ainsi que nous avons publié «Relier la science et les citoyens» dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n27-janvier-fevrier-mars-1995/"><em>L’Actualité</em> en janvier 1995</a><em>.</em> Première étape d’une longue collaboration.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa pensée non conformiste nous a permis de conceptualiser ce que nous cherchions en tâtonnant. Ainsi est né un dialogue fructueux qui, pendant une trentaine d’années, a ouvert des voies inédites pour la culture scientifique et étendue son champ d’action.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que nous pressentions était une bonne voie. Mais il fallait oser, faire fi des modèles, ne pas chercher à imiter mais inventer. «Il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en cheminant.» Edgar Morin aime à citer Antonio Machado… Cela nous a permis d’ouvrir un espace de liberté. Retour aux bases en quelque sorte, aux fondements de la culture populaire. Il ne s’agit pas d’asséner des vérités, de tricoter à l’infini les mêmes thèmes en vogue, les mêmes recettes, mais plutôt de parler de la science en train de se faire, y compris dans ce qu’elle a de moins spectaculaire. Donc aller au-delà de la culture du résultat, contextualiser, décloisonner, ne pas séparer la culture scientifique de la culture. Mettre l’humain au centre, la recherche c’est une aventure intellectuelle et humaine.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="751" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/petite-couv-actu-131-copie.jpg" alt class="wp-image-45616" style="aspect-ratio:0.7333923628154484;width:294px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/petite-couv-actu-131-copie.jpg 751w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/petite-couv-actu-131-copie-220x300.jpg 220w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/petite-couv-actu-131-copie-650x886.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/petite-couv-actu-131-copie-150x205.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 751px) 100vw, 751px"><figcaption class="wp-element-caption">En <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n131-janvier-fevrier-mars-2021/">janvier 2021</a>, <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> a consacré une édition à Edgar Morin (portrait par Claude Pauquet, réalisé en 2003) pour fêter son centenaire, avec notamment son texte sur «Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur», ainsi que les témoignages et analyses d’Alfredo Pena-Vega et François Dosse.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Relier la science et les citoyens</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Edgar Morin</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La science est reliée à l’entreprise, à l’État. Elle est très mal reliée au citoyen. C’est devenu un problème de plus en plus grave puisque la science et la technique envahissent le champ de la vie civile, les problèmes de la paternité, de la maternité, de la vie, de la mort. Les citoyens tendent à être dépossédés. La finalité de notre effort serait évidemment une démocratie cognitive, c’est-à-dire où la connaissance et la compétence puissent être partagées. Il y a loin. Mais relier ne signifie pas un consensus béat. Relier suppose la révélation de la conflictualité, de la difficulté. Donc je pense que ce travail de reliance profonde est un travail historique dont nous ne sommes qu’au début. Les citoyens par ailleurs subissent des processus d’atomisation. Ils tendent à être de moins en moins reliés les uns aux autres, malgré des tentatives, notamment dans les associations, de retrouver la communauté. […] </p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons des solidarités certes collectives, mais bureaucratiques et anonymes. Et au fond, dans la société montent des SOS (SOS amitié, SOS sida, SOS exclusion, SOS chômage) qui témoignent du besoin d’un lien, d’un lien de solidarité. Or dans la devise de notre République, «Liberté Egalité Fraternité», vous savez que la liberté peut être instituée et garantie par la constitution, vous savez que l’égalité peut plus ou moins être imposée par des lois, ou par l’accession à la scolarité, mais la fraternité, nul ne peut l’imposer de l’extérieur. La fraternité doit être vécue. C’est une nécessité fondamentale. La solidarité est ce qui relie. Nous sommes dans une société qui est une nation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Vous savez que toute nation présente un double aspect : aspects de communauté et de société. J’explique ces termes : la société, c’est là où jouent les relations individuelles, égoïstes, rivalitaires, concurrentielles, antagonistes – il n’y a pas de société sans antagonismes, rivalités et conflits – ; l’aspect communautaire, c’est le sentiment d’appartenance à quelque chose qui lie. Cet aspect apparaît surtout dans les périodes de danger, quand la patrie est menacée. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot patrie est important car il concentre en lui la signification de sa communauté. Pourquoi ? Voici un mot qui commence de façon masculine (le père) et qui se termine de façon féminine (la mère). Dans l’idée de patrie, il y a une substance maternelle (mère-patrie, le foyer) et une substance paternelle (l’autorité que l’on reconnaît légitime). Ce qui donne un fondement à cette idée, qui fraternise les enfants de la patrie, c’est le sentiment d’une communauté d’origine, souvent mythologique du reste, d’une communauté d’identité qui se trouve forgée par la culture et à travers un langage commun, et d’une communauté de destin, c’est-à-dire dans lesquels les membres de la communauté sentent qu’ils ont vécu dans le passé un destin commun de défaites, de victoires, d’épreuves et qu’ils veulent affronter ensemble un destin futur. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, le problème se pose non seulement de resserrer le lien au sein des patries mais je dirais même d’amplifier ce lien, c’est-à-dire de considérer aussi que nous avons une communauté de destin avec l’Europe, qui est en train, peut-être, de se construire, et je dirais aussi dans la planète. Dans le monde actuel, il y a des forces d’unification incontestables, avec la technique, la télécommunication, l’économie. Mais ces forces d’unification sont abstraites, mécaniques, mercantiles, machiniques, et en réalité, il y a en même temps des forces de dislocation formidables, de repliement sur l’identité, ethniques, religieuses, nationales. </p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le problème de notre reliance humaine. […] Nous devons comprendre, et nous pouvons comprendre, grâce aux sciences de la Terre, qu’il y a une véritable communauté d’origine des êtres humains. Il y a aussi une communauté d’identité, parce qu’à travers la formidable diversité des individus, des caractères, des cultures, des langues, il y a un fonds commun, c’est-à-dire cette aptitude à rire, à pleurer, à sourire, et dans le fond la même machinerie qui se trouve dans chaque cerveau humain. Les sciences historiques nous montrent que nous sommes dans l’ère planétaire, que le tissu d’interactions couvre désormais toute la planète, qu’un événement qui surgit à la bourse de New York ou au Koweit retentit sur toute la planète, et que les problèmes fondamentaux de vie et de mort se posent pour toute l’humanité. C’est une communauté de destin.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Communauté d’origine, communauté d’identité, communauté de destin</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La Terre est aussi une patrie. Ce n’est pas une patrie qui doit remplacer les autres patries, il n’y a pas d’alternative, comme avant, entre un cosmopolitisme sans racine et un enracinement particulier ; c’est un enracinement plus englobant et plus profond dans lequel nous pouvons avoir une identité, une poly-identité concentrique : je suis Français, je suis Méditerranéen, je suis Européen, je me sens aussi Citoyen du Monde, emporté dans le même destin que tous les humains. Relions-nous à nos racines, relions nous à notre destin commun. Savez-vous que la solidarité est une condition essentielle de la complexification de la société ? Qu’est-ce que la complexité dans le sens social ? Cela signifie que les membres de la société, notamment les individus, sont libres et peuvent développer leurs multiples aptitudes créatrices ou autres. Il y a la liberté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la limite, la complexité absolue signifierait la désintégration de la société puisqu’il n’y aurait plus aucune contrainte, aucun lien social. Le lien social est maintenu par la contrainte, par l’autorité, par le gendarme, par l’inhibition. Mais si l’on veut que le lien social ne soit pas fondé principalement sur la contrainte et sur l’autorité, il faut qu’il soit fondé sur quelque chose d’autre, c’est-à-dire un sentiment vécu, intériorisé, de sa propre solidarité avec le reste de sa patrie, de ses patries. La solidarité – le fait de se relier – présume l’éthique même de la complexité humaine. Et à l’inverse, la complexité humaine requiert l’éthique de la solidarité. C’est la solidarité qui permet à la liberté de ne pas être criminelle, qui permet à chacun de ne pas se livrer librement à l’agression, à la domination sur autrui.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Vous devrez vous spécialiser, mais cultivez-vous !</strong> <strong>N’abandonnez jamais le souci de la culture !»</strong></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La connaissance fonctionne sur deux notes, deux thèmes ou deux modes. La computation – ce mode qu’on ne peut pas réduire au mot de calcul –, c’est séparer et c’est lier. Toute connaissance est une connaissance qui distingue et qui associe. Elle sépare, elle analyse, c’est l’acte de séparation, et la synthèse, c’est l’acte de rassemblement. Le cerveau a séparé et a relié. Nous avons cette double qualité liée et toute prédominance de l’un des aspects sur l’autre aboutit à un appauvrissement et à une mutilation de la connaissance. Donc la connaissance a besoin de la reliance. Par exemple une information n’a aucun sens si elle n’est pas intégrée, c’est-à-dire reliée dans un contexte, et si possible dans une globalité qui peut être un système d’ensemble. Il est impossible de donner un sens à ce qui arrive à Sarajevo ou au Rwanda si nous ne sommes pas capables de le situer dans son contexte historique, culturel, géographique, et dans l’ensemble des problèmes de l’Europe ou de la planète. Autrement dit, une connaissance qui ne serait pas capable de relier serait une connaissance impuissante. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement ce qu’on appelle la culture, c’est ce qui va nous aider à contextualiser et à globaliser, non seulement par la nécessaire variété des connaissances mais aussi par la gymnastique mentale à laquelle elles nous conduisent. C’est pourquoi le défaut n’est pas dans la spécialisation mais dans l’hyper-spécialisation qui devient une clôture et qui empêche la culture. Il faut relier les deux cultures, la culture dite des Humanités (la littérature, les arts, la philosophie) et la culture scientifique. Or, c’est très difficile. Pourquoi ? La première est une culture de réflexion et d’intégration des idées dans la vie. Alors que la culture scientifique est fondée sur un mode tout à fait différent, sur la compartimentation et sur une croissance exponentielle des savoirs et des informations. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui l’une et l’autre sont paupérisées. La culture des Humanités parce qu’elle n’a plus le grain des connaissances qui viennent à son moulin, puisque ces connaissances restent ésotériques, enfermées dans les disciplines scientifiques, voire dans des banques de données. Par contre, le monde de la culture scientifique est privé de la possibilité de la réflexivité, de réfléchir sur ce qu’il fait, sur le sens évidemment humain, politique et social de son développement. Où va la science ? C’est une marche dont nous ne connaissons absolument pas la destination. C’est elle pourtant qui guide l’aventure inconnue de toute l’humanité. Donc réfléchir, lier les deux cultures, devient une nécessité vitale. Vous devrez vous spécialiser, mais <em>cultivez-vous ! </em>N’abandonnez jamais le souci de la culture ! </p>



<p class="wp-block-paragraph">La réalité, celle sur laquelle portent notre connaissance et nos sciences, est à la fois séparable et inséparable. On peut isoler les éléments qui constituent la réalité mais on se rend compte de plus en plus qu’ils sont liés les uns aux autres. En quelque sorte, les choses séparées sont liées et les choses liées sont aussi, d’une certaine façon, distinctes. Il est extrêmement important, toujours dans l’idée de relier, de voir ce qui relie les choses séparées. C’est d’autant plus fort dans les choses organisées. Qu’est-ce que c’est qu’une organisation ? C’est ce qui est constitué en un système qui lie des éléments différents en un tout, depuis le noyau des atomes jusqu’aux astres, jusqu’aux êtres vivants, jusqu’aux sociétés humaines, jusqu’à l’individu. Or les “tout” organisés produisent des qualités qui ne peuvent pas exister à l’état des parties, mais qui peuvent rétroagir sur les parties. Ainsi par exemple, la société humaine possède un certain nombre de traits qui lui permettent d’instituer une langue, une culture, un savoir, et bien que la société humaine soit créée par l’interaction entre les individus, cette société rétroagit sur les individus dès leur naissance, et même avant, en leur apportant ses normes, ses interdits, son langage, sa culture. Autrement dit, nous, individus, nous produisons la société, mais la société elle même nous produit. Les qualités émergentes, vous ne les connaîtrez jamais si vous coupez les systèmes organisés en rondelles.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>«</strong>&nbsp;<strong>Dans ce monde physique, biologique, social, intellectuel, scientifique, où sont si puissantes, et deviennent de plus en plus puissantes, les forces de rupture, de renfermement, de dislocation, de conflit, il ne faut pas rêver à une utopie paradisiaque où tout serait réconcilié.</strong>&nbsp;<strong>»</strong></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Quand je parle de complexité, je me réfère au sens latin élémentaire du mot : <em>complexus</em>, «&nbsp;ce qui est tissé ensemble&nbsp;». Les constituants sont différents, mais il faut voir, comme dans une tapisserie, la figure d’ensemble. Le vrai problème (de réforme de pensée) c’est que nous avons trop bien appris à séparer. Il faut mieux réapprendre à relier. Relier, c’est-à-dire pas seulement établir bout à bout une connexion, mais établir une connexion qui se fasse en boucle. Du reste, dans le mot relier, il y a le «&nbsp;re&nbsp;», c’est le retour de la boucle sur elle-même. Or la boucle est autoproductive. À l’origine de la vie, il s’est créé une sorte de boucle, une sorte de machinerie naturelle qui revient sur elle-même et qui produit des éléments toujours plus divers qui vont créer un être complexe qui sera vivant. Le monde lui-même s’est autoproduit de façon très mystérieuse. La connaissance doit avoir aujourd’hui des instruments, des concepts fondamentaux qui permettent de relier. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Même constat : nous avons une pensée qui sépare très bien mais qui relie très mal. L’excès de séparation est diabolique, dans le sens littéral du mot, <em>diabolus</em>, «&nbsp;celui qui sépare&nbsp;». Mais après tout vous me direz, c’est peut-être le diable qui a créé l’univers ? Puisqu’effectivement nous ne pouvons vivre que dans la séparation. Là nous abordons un problème très complexe. Je pense à l’instant à cette fresque de la chapelle Sixtine qui montre ce moment de la Genèse. Le dieu génésique sépare les ténèbres et la lumière. Mais il a l’air de sortir lui-même de ce tourbillon, de s’autocréer lui-même pour pouvoir effectuer la séparation. C’est vrai, nous sommes dans un monde qui n’est monde que parce qu’il y a séparation du temps et de l’espace. Mais il n’existe que parce qu’il y a des forces de liaison. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La vie est une formidable force de reliance d’éléments très divers (ADN, protéines, etc.) qui a créé les êtres polycellulaires, végétaux, animaux, les écosystèmes, les sociétés… Ces forces de reliance se sont développées en intégrant leur propre ennemi en elles-mêmes, c’est-à-dire la destruction et la mort. En effet, ce qui différencie la machine vivante de la machine artificielle, c’est que la machine ne peut supporter le moindre désordre : elle se bloque, elle se détruit. Alors que l’être vivant, non seulement peut tolérer du désordre, mais il l’intègre. Et il l’intègre sous la forme la pire, qui est la destruction et la mort, pour se régénérer. En effet, il a été dit : sans arrêt nos molécules se dégradent et sans arrêt nos cellules refont ces molécules. Sans arrêt, notre organisme se régénère. La mort lui sert à se rajeunir. Héraclite disait : «&nbsp;Vivre de mort, mourir de vie.&nbsp;» </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la société, nous intégrons d’énormes désordres et conflits. Le conflit et la rivalité deviennent productifs, du moins jusqu’à un certain point. Nous voyons que les forces de reliance ont besoin, à un moment donné, d’intégrer les forces qui les détruisent pour continuer, pour survivre. C’est le sens du titre que Maupassant avait donné à l’un de ses romans, <em>Fort comme la mort</em>, il parlait de l’amour. Continuer la vie, c’est continuer à résister à la mort qui nous environne. C’est uniquement dans la mesure où nous nous sentons reliés, solidaires, fraternels et aimants, que nous pouvons affronter ce destin. Dans ce monde physique, biologique, social, intellectuel, scientifique, où sont si puissantes, et deviennent de plus en plus puissantes, les forces de rupture, de renfermement, de dislocation, de conflit, il ne faut pas rêver à une utopie paradisiaque où tout serait réconcilié, où il n’y aurait plus de conflit. Il n’y aura pas de paradis sur terre. On peut seulement espérer en un monde moins terrible, moins cruel, on peut espérer en une humanisation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Humaniser et civiliser notre Terre. Tout ceci suppose encore la reliance. C’est une nécessité vitale pour la pensée, pour l’épanouissement des êtres humains qui ont besoin d’un métier et d’amour et qui, sans cela, dépérissent et s’aigrissent, pour la survie de l’humanité qui devra trouver sa reliance propre si elle ne veut pas sombrer dans une régression très profonde…</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">D’autres textes d’Edgar Morin ont été publiés dans <em>L’Actualité</em>&nbsp;:</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">«Tous humains&nbsp;», n° 35.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le consensus et le conflit», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n59-janvier-fevrier-mars-2003/">n° 59</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Dépasser la notion de développement», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n63-janvier-fevrier-mars-2004/">n° 63</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«La complexité, un défi à la connaissance», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n68-avril-mai-juin-2005/">n° 68</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«L’incertitude fondamentale», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n71-janvier-fevrier-mars-2006/">n° 71</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Les livres qui ont compté», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n117-ete-2017-special-sentiers-chemins/">n° 117</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le problème d’une démocratie cognitive», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n130-octobre-novembre-decembre-2020/">n° 130</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n131-janvier-fevrier-mars-2021/">n° 131</a>.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/edgar-morin-relier-la-science-et-les-citoyens/">Edgar Morin – Relier la science et les citoyens</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/edgar-morin-relier-la-science-et-les-citoyens/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>De la graine à la salade grecque</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/de-la-graine-a-la-salade-grecque/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=de-la-graine-a-la-salade-grecque</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/de-la-graine-a-la-salade-grecque/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ulysse]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 May 2026 12:55:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[bio]]></category>
		<category><![CDATA[repas]]></category>
		<category><![CDATA[retraite]]></category>
		<category><![CDATA[tomate]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=45602</guid>

					<description><![CDATA[<p>Jacky Mercier, «le roi de la tomate» a dédié sa vie à ce fruit souvent ni rouge ni rond. Ses tomates anciennes et colorées ont su conquérir les cœurs, des marchés viennois aux palaces parisiens.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/de-la-graine-a-la-salade-grecque/">De la graine à la salade grecque</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Ulysse Iparraguirre</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le constat semble sans appel, la plus grande richesse ramenée du Nouveau Monde n’est pas une cité d’or, c’est sans conteste la tomate ! Fini le temps des grands explorateurs, en cinq siècles, ce trésor a fait bien du chemin et Frontenay-sur-Dive est sans doute l’un de ses nouveaux fiefs. En effet, c’est dans cette commune rurale que vit «le roi de la tomate», comme certains surnomment Jacky Mercier, maraîcher célèbre, des marchés poitevins aux palaces parisiens. Après 45 ans à cultiver ce légume-fruit – qui continue d’animer les débats entre botanistes et cuisiniers – Jacky a finalement passé la main de son exploitation de quatre hectares à son petit-cousin, Grégory Devergne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais quel secret pousse des chefs étoilés à venir de Paris, dans un petit village du nord de la Vienne, croquer ses tomates à même le pied ? «Vacances ? Vous avez dit vacances ?» Beaucoup de travail et de passion plutôt. Et surtout, l’originalité !</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-195-osu-blue-1.jpeg" alt class="wp-image-45608" style="aspect-ratio:1.501508211373031;width:482px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-195-osu-blue-1.jpeg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-195-osu-blue-1-300x200.jpeg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-195-osu-blue-1-768x512.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-195-osu-blue-1-650x433.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-195-osu-blue-1-150x100.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Tomates de la Bourdaisière, Osu blue. Photo Thérèse Rinuit.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">En 1980, Jacky se lance d’abord dans la tomate conventionnelle mais ça n’est pas une franche réussite, alors en 1993, il décide de cultiver ses tomates en bio, en plein champ, non tuteurées et sans retirer les gourmands – de petites tiges non productives poussant dans l’aisselle des tiges principales et réputées pomper l’énergie du pied de tomate. Pourtant, 10 ans plus tard, c’est la remarque de son ami Jean de la Vaissière qui fait tout basculer&nbsp;: «Fais pas le con, fais la différence avec les autres : démarque-toi.» Cap sur la couleur : Jacky se lance dans les variétés anciennes. Loin des standards industriels rouges et ronds, ses tomates sont noires, vertes ou blanches, allongées ou côtelées, charnues, fruitées ou sucrées, une farandole de goûts, de formes, de noms et de couleurs à n’en plus finir puisqu’il a cultivé plus de 200 variétés oubliées. Fireworks, gold nugget, tétons de vénus, nuits australes, ivory egg, evergreen, corrogo, ou encore la traditionnelle san marzano, idéale pour la sauce tomate, sont autant de trésors qui peuplent la terre de son exploitation.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-176-indigo-apple-1.jpeg" alt class="wp-image-45609" style="aspect-ratio:1.501508211373031;width:476px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-176-indigo-apple-1.jpeg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-176-indigo-apple-1-300x200.jpeg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-176-indigo-apple-1-768x512.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-176-indigo-apple-1-650x433.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-176-indigo-apple-1-150x100.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Tomates de la Bourdaisière, Indigo apple. Photo Thérèse Rinuit.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Peu de surprise, alors, à ce que les chefs comme Cédric Ravaud, de <a href="https://www.ribaudiere.com/restaurant/" title="la table du Clos de la Ribaudière ">la table du Clos de la Ribaudière </a>à Chasseneuil-du-Poitou, Alexandre Faix, lui aussi originaire de Fontenay-sur-Drive, qui tient le <a href="https://lebistrotdemegeve.com/la-carte-du-bistrot/" title>Bistrot de Megève</a>, ou Philippe Labbé, qui a dirigé l’Arnsbourg en Moselle et la Tour d’argent à Paris, se pressent dans sa petite exploitation pour créer mille recettes de ce répertoire fruité. Cocktail, apéro, entrée, plat, «trou fontenaysien», plat, dessert : après un Top 50 des 34 tomates préférées de Jacky, chaque étape du repas se décline sous le signe de la tomate à la fin de l’ouvrage. À son échelle, dans son jardin, tout est là pour prendre la relève. Le maraîcher fournit l’inventaire de ses techniques, chaque piège, chaque astuce sont abordés, page après page, la tomate est décortiquée, de la graine à l’assiette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, malgré son succès parisien, le roi de la tomate reste simple et très attaché au marché des Couronneries de Poitiers. Ce premier livre cosigné par Thérèse Rinuit, correspondante dans le Loudunais de <em>La Nouvelle République</em>, sonne comme une lettre du jeune retraité à ses clients fidèles et aux nouveaux gourmands avides de fraîches assiettes estivales.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><a href="https://www.gesteditions.com/metive/jacky-le-roi-de-la-tomate" title>Jacky le Roi de la tomate</a></em>, de Jacky Mercier et Thérèse Rinuit, Métive, 2026, 192 p., 25 €</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="727" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/couv-roi-tomate-1.jpg" alt class="wp-image-45607" style="aspect-ratio:0.7099684815524381;width:225px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/couv-roi-tomate-1.jpg 727w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/couv-roi-tomate-1-213x300.jpg 213w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/couv-roi-tomate-1-650x916.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/couv-roi-tomate-1-150x211.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 727px) 100vw, 727px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Lire d’autres témoignages, contributions scientifiques et recettes dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-141-manger-sans-danger/"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «&nbsp;Manger sans danger&nbsp;», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026.</a></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/de-la-graine-a-la-salade-grecque/">De la graine à la salade grecque</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/de-la-graine-a-la-salade-grecque/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Éloge de la patate</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/eloge-de-la-patate/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=eloge-de-la-patate</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/eloge-de-la-patate/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Ulysse]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 May 2026 14:32:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[blé]]></category>
		<category><![CDATA[buffon]]></category>
		<category><![CDATA[bujault]]></category>
		<category><![CDATA[jacques]]></category>
		<category><![CDATA[pain]]></category>
		<category><![CDATA[patate]]></category>
		<category><![CDATA[pauvreté]]></category>
		<category><![CDATA[pomme de terre]]></category>
		<category><![CDATA[prix]]></category>
		<category><![CDATA[repas]]></category>
		<category><![CDATA[solution]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=45595</guid>

					<description><![CDATA[<p>Recettes et conseils de Jacques Pierre Bujault pour lutter contre la misère. Vive la pomme de terre !</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/eloge-de-la-patate/">Éloge de la patate</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Ulysse Iparraguirre</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La mendicité «tue le travail, consomme sans cesse et ne produit jamais». Car «c’est dans la classe pauvre et laborieuse que réside la puissance et la force de la nation». Mais alors, comment lutter contre cette mendicité qui détruit notre productivité ? En mangeant et en faisant manger des pommes de terre ! Puisque le prix de la farine, et donc du pain, ne cesse de monter, remplaçons les par la patate, bien plus économique. La génération actuelle aura sans doute du mal à sauter le pas mais leurs enfants, qui n’auront jamais connu le pain, s’y attacheront bien vite. D’ailleurs, la population décroît et nul réarmement démographique ne peut se faire sans cette chère patate puisque, comme le disait si bien Buffon «à côté du pain il naît un homme». Et la pomme de terre prendra bientôt la place du pain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle n’a pas que des avantages, il faut bien l’avouer. Bien moins nutritive que le pain, il faudrait en manger trois fois plus ! Qu’à cela ne tienne, il suffira d’en consommer entre les repas ! Puisque «les femmes, les enfants et les vieillards ne font presque rien pendant les trois quarts de l’année», ils pourraient cultiver le tubercule. Il ne tiendrait plus qu’à la ménagère de ramener aux champs, à heures fixes, le légume encore chaud et emballé d’une étoffe de laine pour nourrir les travailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais comment consommer la pomme de terre ? Pas dans le pain, certains s’y sont déjà essayés. Il ne gonfle pas et perd toutes ses qualités. De plus, le pain se consomme trop souvent froid et la pomme de terre doit toujours être consommée chaude. Voici plutôt quelques conseils avisés de préparation :</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Ayez une marmite de fer, d’une grandeur convenable aux besoins de la famille ou de la ferme. C’est un ustensile à bas prix, qui ne coûte que six sous la livre. Vous y faites adapter un couvercle en tôle, concave en dedans, convexe en dessus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vous remplissez le vase de pommes de terre lavées, sans eau, ou du moins avec une très petite quantité d’eau. Vous placez la marmite à la crémaillère, au feu du ménage, et dans un instant les pommes de terre seront cuites. Elles seront sèches, légères, farineuses et de bon goût. Vous les servez chaudes, et on les mange à la place du pain avec le petit salé, les choux, les haricots, le beurre, le fromage, les autres mets, enfin, qu’on peut avoir à sa disposition.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pour un peu plus d’exotisme : chez nos voisins irlandais et allemands «on fait cuire les pommes de terre lavées dans la marmite de fer, on les pèle, on les écrase, on les détrempe avec du lait bouillant, jusqu’à la consistance d’une bouillie épaisse, et on sert chaud. Quand on n’a pas de lait, c’est avec de l’eau, du beurre et du sel, ou avec un bouillon ordinaire, à l’ognon, aux choux, aux carottes, aux haricots, au lard, etc. – C’est la soupe irlandaise : ces gens en font presque tous leurs repas ; ils en mangent trois à quatre fois par jour.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien entendu, tous ces conseils nous viennent tout droit du passé. De 1829, précisément, et de la plume de Jacques Pierre Bujault. Originaire des Deux-Sèvres, né en 1771 et mort en 1842, il est imprimeur à Niort, avocat à Melle puis achète trois fermes dans les environs en 1810 et devient agriculteur. De ces expériences, il tire de nombreux ouvrages où il conseille et vulgarise l’agriculture. <em><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9612882s/f1.item" title>Le grand almanach du cultivateur</a></em> est sans doute son œuvre la plus connue. Notons, qu’en 1988, le lycée agricole de Melle a pris son nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Défenseur du monde paysan, dans <em><a href="https://www.google.fr/books/edition/Le_pain_a_un_sou_la_livre_ou_la_Pomme_de/wkgmDkT-wJoC?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=Le+pain+%C3%A0+un+sou+la+livre,+ou+la+pomme+de+terre+employ%C3%A9e+%C3%A0+la+nourriture+de+l%E2%80%99homme&amp;pg=PA12&amp;printsec=frontcover" title>Le pain à un sou la livre, ou la pomme de terre employée à la nourriture de l’homme</a></em>, c’est l’usage miraculeux de cette dernière qu’il nous livre comme remède contre la misère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors à vos frites !</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="640" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/traite-de-pomme-de-terre-article-lactualite-na.png" alt class="wp-image-45598" style="width:354px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/traite-de-pomme-de-terre-article-lactualite-na.png 640w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/traite-de-pomme-de-terre-article-lactualite-na-188x300.png 188w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/traite-de-pomme-de-terre-article-lactualite-na-150x240.png 150w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Lire d’autres témoignages, contributions scientifiques et recettes dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-141-manger-sans-danger/"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «&nbsp;Manger sans danger&nbsp;», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/eloge-de-la-patate/">Éloge de la patate</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/eloge-de-la-patate/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
