Décélérer avec Jean Harambat

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Par Ulysse Iparraguirre

«On dit que le chemin se fait en marchant». Cette nouvelle bande dessinée de Jean Harambat, justement, prend ce temps. Celui de marcher, d’observer la nature, de jardiner, de bricoler avec son père, d’être imprécis, de fumer une cigarette au milieu des roses ou de boire une bière entre amis. De faire les choses «avec lenteur et méthode», paisiblement.

Pas de polar ou d’espionnage cette fois-ci. Loin de son registre fictionnel habituel, Jean Harambat s’attaque ici à l’intime, au sensible. Il opère à la plume et au feutre, en noir et blanc, ajoutant les couleurs sur son ordinateur. Une manière de faire preuve «de pudeur» et «de discrétion», laissant «la place au ciel et au sol». Chaque page est une nuance de vert. Appuyé sur la tradition des estampes – «comme celles d’Henri Rivière ou les estampes japonaises modernes» – le dessin cherche à «saisir des atmosphères correspondant au lieu, aux moments, aux saisons» et «une forme de fidélité au paysage».

« Certaines routes ne sont linéaires qu’à première vue, elles ont des branches comme les arbres, des affluents comme les rivières »

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L’auteur, fils d’agriculteur y conte sa vie. Après avoir parcouru le monde, travaillant en Tasmanie, en Argentine puis au Liberia, c’est l’histoire d’un retour à la terre qu’il dessine : le rachat d’une ferme centenaire dans le Sud-Ouest, non loin de sa Chalosse natale, son installation et sa vie d’artiste sur place. Car «nous sommes des êtres incarnés, toujours en chemin, au milieu des choses, au milieu de la réalité brute du réel». Il nous invite à décélérer, vivre ce qui semble être une longue journée à ses côtés, dans sa campagne du pays d’Armagnac, au milieu de la nature, loin du bruit de la ville et du progrès qui, «dans son mouvement perpétuel, évacue ceux qu’il était censé servir».

Des figures du passé arpentent les pages et nous épaulent tout au long de la lecture. Mère, grand oncle, gascons revenant d’Algérie plantant des palmiers, Yul Brynner, Ulysse, dieux grecs et chêne centenaire viennent nous apporter une vision nouvelle du monde et de la nature. Une façon de «montrer avec une forme de douceur comment ici la nature traverse le quotidien, que ce soit la beauté du printemps, le chant d’un crapaud ou la pluie épouvantable qui t’empêche de travailler dehors.»

J’ai toujours rêvé d’être un fermier de Jean Harambat, éd.Dargaud, 2026, 112 p. 23,95 €

Couverture du numéro 140 de l'Actualité Nouvelle-Aquitaine. Dessin de Benoît Hamet.