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	<title>Société - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>Société - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Edgar Morin – Relier la science et les citoyens</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 30 May 2026 14:38:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage à Edgar Morin décédé vendredi 29 mai, penseur non conformiste qui a encouragé, soutenu et stimulé l’Espace Mendès France et L’Actualité Nouvelle-Aquitaine depuis 1994. Il aurait eu 105 ans début juillet.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/edgar-morin-relier-la-science-et-les-citoyens/">Edgar Morin – Relier la science et les citoyens</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«Je me dois de dire qu’ici – je dois le reconnaître, je dois l’avouer – à Poitiers, l’Espace Mendès France est mon bouillon de cultures favori, c’est là où j’aime venir me ressourcer, c’est là où j’aime venir, pas seulement intervenir, mais aussi apprendre, connaître, parce que c’est un vrai bouillon de cultures.» Ainsi s’exprimait Edgar Morin le 25 janvier 2017 à l’Espace Mendès France lors du lancement d’une nouvelle édition de <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n115-janvier-fevrier-mars-2017/"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em></a>.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si les fondateurs de l’Espace Mendès France – des scientifiques désireux d’aller à la rencontre des gens et des acteurs de la culture populaire – ont jeté les bases d’un projet original, la rencontre avec Edgar Morin en 1994 fut déterminante. C’était aux 4<sup>e</sup> rencontres CNRS «Sciences et Citoyens» tenues au Futuroscope. Avec Didier Moreau, alors directeur de l’Espace Mendès France, nous avons assisté le dimanche matin à la communication d’Edgar Morin, totalement improvisée mais lumineuse. Nous étions plusieurs à lui demander le texte… Heureusement, j’avais enregistré avec mon petit Olympus&nbsp;! Il fut convenu que je décrypterais l’intervention et lui soumettrais le texte pour validation. C’est ainsi que nous avons publié «Relier la science et les citoyens» dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n27-janvier-fevrier-mars-1995/"><em>L’Actualité</em> en janvier 1995</a><em>.</em> Première étape d’une longue collaboration.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa pensée non conformiste nous a permis de conceptualiser ce que nous cherchions en tâtonnant. Ainsi est né un dialogue fructueux qui, pendant une trentaine d’années, a ouvert des voies inédites pour la culture scientifique et étendue son champ d’action.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que nous pressentions était une bonne voie. Mais il fallait oser, faire fi des modèles, ne pas chercher à imiter mais inventer. «Il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en cheminant.» Edgar Morin aime à citer Antonio Machado… Cela nous a permis d’ouvrir un espace de liberté. Retour aux bases en quelque sorte, aux fondements de la culture populaire. Il ne s’agit pas d’asséner des vérités, de tricoter à l’infini les mêmes thèmes en vogue, les mêmes recettes, mais plutôt de parler de la science en train de se faire, y compris dans ce qu’elle a de moins spectaculaire. Donc aller au-delà de la culture du résultat, contextualiser, décloisonner, ne pas séparer la culture scientifique de la culture. Mettre l’humain au centre, la recherche c’est une aventure intellectuelle et humaine.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="751" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/petite-couv-actu-131-copie.jpg" alt class="wp-image-45616" style="aspect-ratio:0.7333923628154484;width:294px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/petite-couv-actu-131-copie.jpg 751w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/petite-couv-actu-131-copie-220x300.jpg 220w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/petite-couv-actu-131-copie-650x886.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/petite-couv-actu-131-copie-150x205.jpg 150w" sizes="(max-width: 751px) 100vw, 751px"><figcaption class="wp-element-caption">En <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n131-janvier-fevrier-mars-2021/">janvier 2021</a>, <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> a consacré une édition à Edgar Morin (portrait par Claude Pauquet, réalisé en 2003) pour fêter son centenaire, avec notamment son texte sur «Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur», ainsi que les témoignages et analyses d’Alfredo Pena-Vega et François Dosse.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Relier la science et les citoyens</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Edgar Morin</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La science est reliée à l’entreprise, à l’État. Elle est très mal reliée au citoyen. C’est devenu un problème de plus en plus grave puisque la science et la technique envahissent le champ de la vie civile, les problèmes de la paternité, de la maternité, de la vie, de la mort. Les citoyens tendent à être dépossédés. La finalité de notre effort serait évidemment une démocratie cognitive, c’est-à-dire où la connaissance et la compétence puissent être partagées. Il y a loin. Mais relier ne signifie pas un consensus béat. Relier suppose la révélation de la conflictualité, de la difficulté. Donc je pense que ce travail de reliance profonde est un travail historique dont nous ne sommes qu’au début. Les citoyens par ailleurs subissent des processus d’atomisation. Ils tendent à être de moins en moins reliés les uns aux autres, malgré des tentatives, notamment dans les associations, de retrouver la communauté. […] </p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons des solidarités certes collectives, mais bureaucratiques et anonymes. Et au fond, dans la société montent des SOS (SOS amitié, SOS sida, SOS exclusion, SOS chômage) qui témoignent du besoin d’un lien, d’un lien de solidarité. Or dans la devise de notre République, «Liberté Egalité Fraternité», vous savez que la liberté peut être instituée et garantie par la constitution, vous savez que l’égalité peut plus ou moins être imposée par des lois, ou par l’accession à la scolarité, mais la fraternité, nul ne peut l’imposer de l’extérieur. La fraternité doit être vécue. C’est une nécessité fondamentale. La solidarité est ce qui relie. Nous sommes dans une société qui est une nation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Vous savez que toute nation présente un double aspect : aspects de communauté et de société. J’explique ces termes : la société, c’est là où jouent les relations individuelles, égoïstes, rivalitaires, concurrentielles, antagonistes – il n’y a pas de société sans antagonismes, rivalités et conflits – ; l’aspect communautaire, c’est le sentiment d’appartenance à quelque chose qui lie. Cet aspect apparaît surtout dans les périodes de danger, quand la patrie est menacée. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot patrie est important car il concentre en lui la signification de sa communauté. Pourquoi ? Voici un mot qui commence de façon masculine (le père) et qui se termine de façon féminine (la mère). Dans l’idée de patrie, il y a une substance maternelle (mère-patrie, le foyer) et une substance paternelle (l’autorité que l’on reconnaît légitime). Ce qui donne un fondement à cette idée, qui fraternise les enfants de la patrie, c’est le sentiment d’une communauté d’origine, souvent mythologique du reste, d’une communauté d’identité qui se trouve forgée par la culture et à travers un langage commun, et d’une communauté de destin, c’est-à-dire dans lesquels les membres de la communauté sentent qu’ils ont vécu dans le passé un destin commun de défaites, de victoires, d’épreuves et qu’ils veulent affronter ensemble un destin futur. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, le problème se pose non seulement de resserrer le lien au sein des patries mais je dirais même d’amplifier ce lien, c’est-à-dire de considérer aussi que nous avons une communauté de destin avec l’Europe, qui est en train, peut-être, de se construire, et je dirais aussi dans la planète. Dans le monde actuel, il y a des forces d’unification incontestables, avec la technique, la télécommunication, l’économie. Mais ces forces d’unification sont abstraites, mécaniques, mercantiles, machiniques, et en réalité, il y a en même temps des forces de dislocation formidables, de repliement sur l’identité, ethniques, religieuses, nationales. </p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le problème de notre reliance humaine. […] Nous devons comprendre, et nous pouvons comprendre, grâce aux sciences de la Terre, qu’il y a une véritable communauté d’origine des êtres humains. Il y a aussi une communauté d’identité, parce qu’à travers la formidable diversité des individus, des caractères, des cultures, des langues, il y a un fonds commun, c’est-à-dire cette aptitude à rire, à pleurer, à sourire, et dans le fond la même machinerie qui se trouve dans chaque cerveau humain. Les sciences historiques nous montrent que nous sommes dans l’ère planétaire, que le tissu d’interactions couvre désormais toute la planète, qu’un événement qui surgit à la bourse de New York ou au Koweit retentit sur toute la planète, et que les problèmes fondamentaux de vie et de mort se posent pour toute l’humanité. C’est une communauté de destin.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Communauté d’origine, communauté d’identité, communauté de destin</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La Terre est aussi une patrie. Ce n’est pas une patrie qui doit remplacer les autres patries, il n’y a pas d’alternative, comme avant, entre un cosmopolitisme sans racine et un enracinement particulier ; c’est un enracinement plus englobant et plus profond dans lequel nous pouvons avoir une identité, une poly-identité concentrique : je suis Français, je suis Méditerranéen, je suis Européen, je me sens aussi Citoyen du Monde, emporté dans le même destin que tous les humains. Relions-nous à nos racines, relions nous à notre destin commun. Savez-vous que la solidarité est une condition essentielle de la complexification de la société ? Qu’est-ce que la complexité dans le sens social ? Cela signifie que les membres de la société, notamment les individus, sont libres et peuvent développer leurs multiples aptitudes créatrices ou autres. Il y a la liberté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la limite, la complexité absolue signifierait la désintégration de la société puisqu’il n’y aurait plus aucune contrainte, aucun lien social. Le lien social est maintenu par la contrainte, par l’autorité, par le gendarme, par l’inhibition. Mais si l’on veut que le lien social ne soit pas fondé principalement sur la contrainte et sur l’autorité, il faut qu’il soit fondé sur quelque chose d’autre, c’est-à-dire un sentiment vécu, intériorisé, de sa propre solidarité avec le reste de sa patrie, de ses patries. La solidarité – le fait de se relier – présume l’éthique même de la complexité humaine. Et à l’inverse, la complexité humaine requiert l’éthique de la solidarité. C’est la solidarité qui permet à la liberté de ne pas être criminelle, qui permet à chacun de ne pas se livrer librement à l’agression, à la domination sur autrui.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Vous devrez vous spécialiser, mais cultivez-vous !</strong> <strong>N’abandonnez jamais le souci de la culture !»</strong></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La connaissance fonctionne sur deux notes, deux thèmes ou deux modes. La computation – ce mode qu’on ne peut pas réduire au mot de calcul –, c’est séparer et c’est lier. Toute connaissance est une connaissance qui distingue et qui associe. Elle sépare, elle analyse, c’est l’acte de séparation, et la synthèse, c’est l’acte de rassemblement. Le cerveau a séparé et a relié. Nous avons cette double qualité liée et toute prédominance de l’un des aspects sur l’autre aboutit à un appauvrissement et à une mutilation de la connaissance. Donc la connaissance a besoin de la reliance. Par exemple une information n’a aucun sens si elle n’est pas intégrée, c’est-à-dire reliée dans un contexte, et si possible dans une globalité qui peut être un système d’ensemble. Il est impossible de donner un sens à ce qui arrive à Sarajevo ou au Rwanda si nous ne sommes pas capables de le situer dans son contexte historique, culturel, géographique, et dans l’ensemble des problèmes de l’Europe ou de la planète. Autrement dit, une connaissance qui ne serait pas capable de relier serait une connaissance impuissante. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement ce qu’on appelle la culture, c’est ce qui va nous aider à contextualiser et à globaliser, non seulement par la nécessaire variété des connaissances mais aussi par la gymnastique mentale à laquelle elles nous conduisent. C’est pourquoi le défaut n’est pas dans la spécialisation mais dans l’hyper-spécialisation qui devient une clôture et qui empêche la culture. Il faut relier les deux cultures, la culture dite des Humanités (la littérature, les arts, la philosophie) et la culture scientifique. Or, c’est très difficile. Pourquoi ? La première est une culture de réflexion et d’intégration des idées dans la vie. Alors que la culture scientifique est fondée sur un mode tout à fait différent, sur la compartimentation et sur une croissance exponentielle des savoirs et des informations. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui l’une et l’autre sont paupérisées. La culture des Humanités parce qu’elle n’a plus le grain des connaissances qui viennent à son moulin, puisque ces connaissances restent ésotériques, enfermées dans les disciplines scientifiques, voire dans des banques de données. Par contre, le monde de la culture scientifique est privé de la possibilité de la réflexivité, de réfléchir sur ce qu’il fait, sur le sens évidemment humain, politique et social de son développement. Où va la science ? C’est une marche dont nous ne connaissons absolument pas la destination. C’est elle pourtant qui guide l’aventure inconnue de toute l’humanité. Donc réfléchir, lier les deux cultures, devient une nécessité vitale. Vous devrez vous spécialiser, mais <em>cultivez-vous ! </em>N’abandonnez jamais le souci de la culture ! </p>



<p class="wp-block-paragraph">La réalité, celle sur laquelle portent notre connaissance et nos sciences, est à la fois séparable et inséparable. On peut isoler les éléments qui constituent la réalité mais on se rend compte de plus en plus qu’ils sont liés les uns aux autres. En quelque sorte, les choses séparées sont liées et les choses liées sont aussi, d’une certaine façon, distinctes. Il est extrêmement important, toujours dans l’idée de relier, de voir ce qui relie les choses séparées. C’est d’autant plus fort dans les choses organisées. Qu’est-ce que c’est qu’une organisation ? C’est ce qui est constitué en un système qui lie des éléments différents en un tout, depuis le noyau des atomes jusqu’aux astres, jusqu’aux êtres vivants, jusqu’aux sociétés humaines, jusqu’à l’individu. Or les “tout” organisés produisent des qualités qui ne peuvent pas exister à l’état des parties, mais qui peuvent rétroagir sur les parties. Ainsi par exemple, la société humaine possède un certain nombre de traits qui lui permettent d’instituer une langue, une culture, un savoir, et bien que la société humaine soit créée par l’interaction entre les individus, cette société rétroagit sur les individus dès leur naissance, et même avant, en leur apportant ses normes, ses interdits, son langage, sa culture. Autrement dit, nous, individus, nous produisons la société, mais la société elle même nous produit. Les qualités émergentes, vous ne les connaîtrez jamais si vous coupez les systèmes organisés en rondelles.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>«</strong>&nbsp;<strong>Dans ce monde physique, biologique, social, intellectuel, scientifique, où sont si puissantes, et deviennent de plus en plus puissantes, les forces de rupture, de renfermement, de dislocation, de conflit, il ne faut pas rêver à une utopie paradisiaque où tout serait réconcilié.</strong>&nbsp;<strong>»</strong></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Quand je parle de complexité, je me réfère au sens latin élémentaire du mot : <em>complexus</em>, «&nbsp;ce qui est tissé ensemble&nbsp;». Les constituants sont différents, mais il faut voir, comme dans une tapisserie, la figure d’ensemble. Le vrai problème (de réforme de pensée) c’est que nous avons trop bien appris à séparer. Il faut mieux réapprendre à relier. Relier, c’est-à-dire pas seulement établir bout à bout une connexion, mais établir une connexion qui se fasse en boucle. Du reste, dans le mot relier, il y a le «&nbsp;re&nbsp;», c’est le retour de la boucle sur elle-même. Or la boucle est autoproductive. À l’origine de la vie, il s’est créé une sorte de boucle, une sorte de machinerie naturelle qui revient sur elle-même et qui produit des éléments toujours plus divers qui vont créer un être complexe qui sera vivant. Le monde lui-même s’est autoproduit de façon très mystérieuse. La connaissance doit avoir aujourd’hui des instruments, des concepts fondamentaux qui permettent de relier. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Même constat : nous avons une pensée qui sépare très bien mais qui relie très mal. L’excès de séparation est diabolique, dans le sens littéral du mot, <em>diabolus</em>, «&nbsp;celui qui sépare&nbsp;». Mais après tout vous me direz, c’est peut-être le diable qui a créé l’univers ? Puisqu’effectivement nous ne pouvons vivre que dans la séparation. Là nous abordons un problème très complexe. Je pense à l’instant à cette fresque de la chapelle Sixtine qui montre ce moment de la Genèse. Le dieu génésique sépare les ténèbres et la lumière. Mais il a l’air de sortir lui-même de ce tourbillon, de s’autocréer lui-même pour pouvoir effectuer la séparation. C’est vrai, nous sommes dans un monde qui n’est monde que parce qu’il y a séparation du temps et de l’espace. Mais il n’existe que parce qu’il y a des forces de liaison. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La vie est une formidable force de reliance d’éléments très divers (ADN, protéines, etc.) qui a créé les êtres polycellulaires, végétaux, animaux, les écosystèmes, les sociétés… Ces forces de reliance se sont développées en intégrant leur propre ennemi en elles-mêmes, c’est-à-dire la destruction et la mort. En effet, ce qui différencie la machine vivante de la machine artificielle, c’est que la machine ne peut supporter le moindre désordre : elle se bloque, elle se détruit. Alors que l’être vivant, non seulement peut tolérer du désordre, mais il l’intègre. Et il l’intègre sous la forme la pire, qui est la destruction et la mort, pour se régénérer. En effet, il a été dit : sans arrêt nos molécules se dégradent et sans arrêt nos cellules refont ces molécules. Sans arrêt, notre organisme se régénère. La mort lui sert à se rajeunir. Héraclite disait : «&nbsp;Vivre de mort, mourir de vie.&nbsp;» </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la société, nous intégrons d’énormes désordres et conflits. Le conflit et la rivalité deviennent productifs, du moins jusqu’à un certain point. Nous voyons que les forces de reliance ont besoin, à un moment donné, d’intégrer les forces qui les détruisent pour continuer, pour survivre. C’est le sens du titre que Maupassant avait donné à l’un de ses romans, <em>Fort comme la mort</em>, il parlait de l’amour. Continuer la vie, c’est continuer à résister à la mort qui nous environne. C’est uniquement dans la mesure où nous nous sentons reliés, solidaires, fraternels et aimants, que nous pouvons affronter ce destin. Dans ce monde physique, biologique, social, intellectuel, scientifique, où sont si puissantes, et deviennent de plus en plus puissantes, les forces de rupture, de renfermement, de dislocation, de conflit, il ne faut pas rêver à une utopie paradisiaque où tout serait réconcilié, où il n’y aurait plus de conflit. Il n’y aura pas de paradis sur terre. On peut seulement espérer en un monde moins terrible, moins cruel, on peut espérer en une humanisation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Humaniser et civiliser notre Terre. Tout ceci suppose encore la reliance. C’est une nécessité vitale pour la pensée, pour l’épanouissement des êtres humains qui ont besoin d’un métier et d’amour et qui, sans cela, dépérissent et s’aigrissent, pour la survie de l’humanité qui devra trouver sa reliance propre si elle ne veut pas sombrer dans une régression très profonde…</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">D’autres textes d’Edgar Morin ont été publiés dans <em>L’Actualité</em>&nbsp;:</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">«Tous humains&nbsp;», n° 35.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le consensus et le conflit», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n59-janvier-fevrier-mars-2003/">n° 59</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Dépasser la notion de développement», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n63-janvier-fevrier-mars-2004/">n° 63</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«La complexité, un défi à la connaissance», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n68-avril-mai-juin-2005/">n° 68</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«L’incertitude fondamentale», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n71-janvier-fevrier-mars-2006/">n° 71</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Les livres qui ont compté», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n117-ete-2017-special-sentiers-chemins/">n° 117</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le problème d’une démocratie cognitive», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n130-octobre-novembre-decembre-2020/">n° 130</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur», <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n131-janvier-fevrier-mars-2021/">n° 131</a>.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/edgar-morin-relier-la-science-et-les-citoyens/">Edgar Morin – Relier la science et les citoyens</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>De la graine à la salade grecque</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/de-la-graine-a-la-salade-grecque/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=de-la-graine-a-la-salade-grecque</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Ulysse]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 May 2026 12:55:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
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		<category><![CDATA[repas]]></category>
		<category><![CDATA[retraite]]></category>
		<category><![CDATA[tomate]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Jacky Mercier, «le roi de la tomate» a dédié sa vie à ce fruit souvent ni rouge ni rond. Ses tomates anciennes et colorées ont su conquérir les cœurs, des marchés viennois aux palaces parisiens.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Ulysse Iparraguirre</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le constat semble sans appel, la plus grande richesse ramenée du Nouveau Monde n’est pas une cité d’or, c’est sans conteste la tomate ! Fini le temps des grands explorateurs, en cinq siècles, ce trésor a fait bien du chemin et Frontenay-sur-Dive est sans doute l’un de ses nouveaux fiefs. En effet, c’est dans cette commune rurale que vit «le roi de la tomate», comme certains surnomment Jacky Mercier, maraîcher célèbre, des marchés poitevins aux palaces parisiens. Après 45 ans à cultiver ce légume-fruit – qui continue d’animer les débats entre botanistes et cuisiniers – Jacky a finalement passé la main de son exploitation de quatre hectares à son petit-cousin, Grégory Devergne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais quel secret pousse des chefs étoilés à venir de Paris, dans un petit village du nord de la Vienne, croquer ses tomates à même le pied ? «Vacances ? Vous avez dit vacances ?» Beaucoup de travail et de passion plutôt. Et surtout, l’originalité !</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-195-osu-blue-1.jpeg" alt class="wp-image-45608" style="aspect-ratio:1.501508211373031;width:482px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-195-osu-blue-1.jpeg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-195-osu-blue-1-300x200.jpeg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-195-osu-blue-1-768x512.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-195-osu-blue-1-650x433.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-195-osu-blue-1-150x100.jpeg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Tomates de la Bourdaisière, Osu blue. Photo Thérèse Rinuit.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">En 1980, Jacky se lance d’abord dans la tomate conventionnelle mais ça n’est pas une franche réussite, alors en 1993, il décide de cultiver ses tomates en bio, en plein champ, non tuteurées et sans retirer les gourmands – de petites tiges non productives poussant dans l’aisselle des tiges principales et réputées pomper l’énergie du pied de tomate. Pourtant, 10 ans plus tard, c’est la remarque de son ami Jean de la Vaissière qui fait tout basculer&nbsp;: «Fais pas le con, fais la différence avec les autres : démarque-toi.» Cap sur la couleur : Jacky se lance dans les variétés anciennes. Loin des standards industriels rouges et ronds, ses tomates sont noires, vertes ou blanches, allongées ou côtelées, charnues, fruitées ou sucrées, une farandole de goûts, de formes, de noms et de couleurs à n’en plus finir puisqu’il a cultivé plus de 200 variétés oubliées. Fireworks, gold nugget, tétons de vénus, nuits australes, ivory egg, evergreen, corrogo, ou encore la traditionnelle san marzano, idéale pour la sauce tomate, sont autant de trésors qui peuplent la terre de son exploitation.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-176-indigo-apple-1.jpeg" alt class="wp-image-45609" style="aspect-ratio:1.501508211373031;width:476px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-176-indigo-apple-1.jpeg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-176-indigo-apple-1-300x200.jpeg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-176-indigo-apple-1-768x512.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-176-indigo-apple-1-650x433.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/2025-09-14-tomates-de-la-bourdaisiere-176-indigo-apple-1-150x100.jpeg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Tomates de la Bourdaisière, Indigo apple. Photo Thérèse Rinuit.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Peu de surprise, alors, à ce que les chefs comme Cédric Ravaud, de <a href="https://www.ribaudiere.com/restaurant/" title="la table du Clos de la Ribaudière ">la table du Clos de la Ribaudière </a>à Chasseneuil-du-Poitou, Alexandre Faix, lui aussi originaire de Fontenay-sur-Drive, qui tient le <a href="https://lebistrotdemegeve.com/la-carte-du-bistrot/" title>Bistrot de Megève</a>, ou Philippe Labbé, qui a dirigé l’Arnsbourg en Moselle et la Tour d’argent à Paris, se pressent dans sa petite exploitation pour créer mille recettes de ce répertoire fruité. Cocktail, apéro, entrée, plat, «trou fontenaysien», plat, dessert : après un Top 50 des 34 tomates préférées de Jacky, chaque étape du repas se décline sous le signe de la tomate à la fin de l’ouvrage. À son échelle, dans son jardin, tout est là pour prendre la relève. Le maraîcher fournit l’inventaire de ses techniques, chaque piège, chaque astuce sont abordés, page après page, la tomate est décortiquée, de la graine à l’assiette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, malgré son succès parisien, le roi de la tomate reste simple et très attaché au marché des Couronneries de Poitiers. Ce premier livre cosigné par Thérèse Rinuit, correspondante dans le Loudunais de <em>La Nouvelle République</em>, sonne comme une lettre du jeune retraité à ses clients fidèles et aux nouveaux gourmands avides de fraîches assiettes estivales.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><a href="https://www.gesteditions.com/metive/jacky-le-roi-de-la-tomate" title>Jacky le Roi de la tomate</a></em>, de Jacky Mercier et Thérèse Rinuit, Métive, 2026, 192 p., 25 €</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="727" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/couv-roi-tomate-1.jpg" alt class="wp-image-45607" style="aspect-ratio:0.7099684815524381;width:225px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/couv-roi-tomate-1.jpg 727w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/couv-roi-tomate-1-213x300.jpg 213w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/couv-roi-tomate-1-650x916.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/couv-roi-tomate-1-150x211.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 727px) 100vw, 727px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Lire d’autres témoignages, contributions scientifiques et recettes dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-141-manger-sans-danger/"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «&nbsp;Manger sans danger&nbsp;», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026.</a></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/de-la-graine-a-la-salade-grecque/">De la graine à la salade grecque</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Éloge de la patate</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ulysse]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 May 2026 14:32:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[blé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Recettes et conseils de Jacques Pierre Bujault pour lutter contre la misère. Vive la pomme de terre !</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Ulysse Iparraguirre</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La mendicité «tue le travail, consomme sans cesse et ne produit jamais». Car «c’est dans la classe pauvre et laborieuse que réside la puissance et la force de la nation». Mais alors, comment lutter contre cette mendicité qui détruit notre productivité ? En mangeant et en faisant manger des pommes de terre ! Puisque le prix de la farine, et donc du pain, ne cesse de monter, remplaçons les par la patate, bien plus économique. La génération actuelle aura sans doute du mal à sauter le pas mais leurs enfants, qui n’auront jamais connu le pain, s’y attacheront bien vite. D’ailleurs, la population décroît et nul réarmement démographique ne peut se faire sans cette chère patate puisque, comme le disait si bien Buffon «à côté du pain il naît un homme». Et la pomme de terre prendra bientôt la place du pain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle n’a pas que des avantages, il faut bien l’avouer. Bien moins nutritive que le pain, il faudrait en manger trois fois plus ! Qu’à cela ne tienne, il suffira d’en consommer entre les repas ! Puisque «les femmes, les enfants et les vieillards ne font presque rien pendant les trois quarts de l’année», ils pourraient cultiver le tubercule. Il ne tiendrait plus qu’à la ménagère de ramener aux champs, à heures fixes, le légume encore chaud et emballé d’une étoffe de laine pour nourrir les travailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais comment consommer la pomme de terre ? Pas dans le pain, certains s’y sont déjà essayés. Il ne gonfle pas et perd toutes ses qualités. De plus, le pain se consomme trop souvent froid et la pomme de terre doit toujours être consommée chaude. Voici plutôt quelques conseils avisés de préparation :</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Ayez une marmite de fer, d’une grandeur convenable aux besoins de la famille ou de la ferme. C’est un ustensile à bas prix, qui ne coûte que six sous la livre. Vous y faites adapter un couvercle en tôle, concave en dedans, convexe en dessus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vous remplissez le vase de pommes de terre lavées, sans eau, ou du moins avec une très petite quantité d’eau. Vous placez la marmite à la crémaillère, au feu du ménage, et dans un instant les pommes de terre seront cuites. Elles seront sèches, légères, farineuses et de bon goût. Vous les servez chaudes, et on les mange à la place du pain avec le petit salé, les choux, les haricots, le beurre, le fromage, les autres mets, enfin, qu’on peut avoir à sa disposition.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pour un peu plus d’exotisme : chez nos voisins irlandais et allemands «on fait cuire les pommes de terre lavées dans la marmite de fer, on les pèle, on les écrase, on les détrempe avec du lait bouillant, jusqu’à la consistance d’une bouillie épaisse, et on sert chaud. Quand on n’a pas de lait, c’est avec de l’eau, du beurre et du sel, ou avec un bouillon ordinaire, à l’ognon, aux choux, aux carottes, aux haricots, au lard, etc. – C’est la soupe irlandaise : ces gens en font presque tous leurs repas ; ils en mangent trois à quatre fois par jour.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien entendu, tous ces conseils nous viennent tout droit du passé. De 1829, précisément, et de la plume de Jacques Pierre Bujault. Originaire des Deux-Sèvres, né en 1771 et mort en 1842, il est imprimeur à Niort, avocat à Melle puis achète trois fermes dans les environs en 1810 et devient agriculteur. De ces expériences, il tire de nombreux ouvrages où il conseille et vulgarise l’agriculture. <em><a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9612882s/f1.item" title>Le grand almanach du cultivateur</a></em> est sans doute son œuvre la plus connue. Notons, qu’en 1988, le lycée agricole de Melle a pris son nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Défenseur du monde paysan, dans <em><a href="https://www.google.fr/books/edition/Le_pain_a_un_sou_la_livre_ou_la_Pomme_de/wkgmDkT-wJoC?hl=fr&amp;gbpv=1&amp;dq=Le+pain+%C3%A0+un+sou+la+livre,+ou+la+pomme+de+terre+employ%C3%A9e+%C3%A0+la+nourriture+de+l%E2%80%99homme&amp;pg=PA12&amp;printsec=frontcover" title>Le pain à un sou la livre, ou la pomme de terre employée à la nourriture de l’homme</a></em>, c’est l’usage miraculeux de cette dernière qu’il nous livre comme remède contre la misère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors à vos frites !</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="640" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/traite-de-pomme-de-terre-article-lactualite-na.png" alt class="wp-image-45598" style="width:354px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/traite-de-pomme-de-terre-article-lactualite-na.png 640w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/traite-de-pomme-de-terre-article-lactualite-na-188x300.png 188w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/05/traite-de-pomme-de-terre-article-lactualite-na-150x240.png 150w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Lire d’autres témoignages, contributions scientifiques et recettes dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-141-manger-sans-danger/"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «&nbsp;Manger sans danger&nbsp;», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/eloge-de-la-patate/">Éloge de la patate</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>La voie des acras&#160;</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 May 2026 10:13:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[morue]]></category>
		<category><![CDATA[recette]]></category>
		<category><![CDATA[repas]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quant un plat hérité de l’enfance dans une île des Caraïbes résiste à toutes les vicissitudes de la vie et vient redonner du tonus : les acras de morue, avec toutes leurs variantes.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Yenilé Caro&nbsp;&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours vu la nourriture de deux manières : une tâche ménagère ou le moment le plus attendu de ma journée. Ces deux visions extrêmes varient selon les plats, les aliments ou encore les phases de ma vie. Encore maintenant, pendant des périodes de durée variable, je n’ai aucun intérêt pour la nourriture, peu importe ce que je mange.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les phases où la nourriture est ma motivation première ne sont pas toujours très intéressantes à narrer. Cela peut souvent se résumer à « moi mangeant le même plat plusieurs fois par semaine ». Par exemple, après avoir fait des briques de thon, pomme de terre et fromage frais, il m’est arrivé de continuer ainsi et de manger uniquement ce plat pendant plusieurs semaines, avec peut-être du riz pour accompagner.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon quotidien alimentaire paraît alors se résumer soit à «&nbsp;ne rien manger&nbsp;» soit «&nbsp;manger la même chose durant plusieurs semaines&nbsp;». Pas très intéressant à décrire… Malgré tout, il y a un plat qui m’a toujours ouvert l’appétit&nbsp;: les acras de morue. Et peu importe la période dans laquelle je me trouve. Même si les acras sont généralement servis à l’apéritif, mon appétit d’oiseau me permet de transformer n’importe quoi en plat principal.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme mes tendances alimentaires, mon amour des acras de morue vient de mon enfance. J’ai grandi dans les Caraïbes, spécifiquement sur l’île de Saint-Martin. Mon père cuisinait les acras lors des apéritifs, des fêtes ou des évènements importants. Avec lui, j’ai très rapidement appris comment les cuisiner puis comment bien les mettre dans l’huile afin de leur offrir une forme optimale. Maintenant, c’est moi qui suis en charge des acras de morue dans la famille, j’ai même développé ma propre recette alternative avec un plus de piquant.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors pourquoi ces petites boules de pâtes et de poisson parviennent-elles à vaincre toutes mes phases étranges vis-à-vis de la nourriture&nbsp;? Simplicité et diversité, telle est la réponse&nbsp;! En effet, on peut simplement résumer les acras comme des petits beignets de morue composés d’oignons, d’herbes, d’épices et bien-sûr de morue. Pourtant, chaque personne que je connais les prépare d’une manière différente. Les épices qu’on y ajoute peuvent être différentes, personnellement, j’y ajoute du piment oiseau, ce qui offre un piquant que j’appelle la roulette russe. Certains rajoutent du lait dans la pâte et pas seulement de l’eau. Toutes ces manières différentes de faire les acras de morue permettent à chaque fois de découvrir un goût à la fois familier et nouveau. De plus, ces beignets de morue sont simples à manger et ne me rendent pas malade lors de ces périodes où manger me semble presque impossible. Ils m’apportent un certain confort lors de ces phases. De plus, j’ai aussi suivi la «&nbsp;tradition&nbsp;» de faire des acras lors des rencontres ou fêtes avec mes amies ou ma famille. Les acras sont ainsi liés à des sentiments de joie et de convivialité qui me mettent dans un meilleur état d’esprit pour manger, même lorsque je n’ai pas faim,&nbsp;même lorsque mon corps entier refuse complètement.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Donner du goût à la pâte</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ma propre recette n’est pas très compliquée et reprend beaucoup des recettes que l’on peut trouver en ligne, et elle dépend surtout des ingrédients présents chez moi. Lorsque la recette nécessite un peu d’eau, je rajoute de l’eau venant de la morue, qui a dessalé plusieurs heures au préalable, afin de donner du goût à ma pâte. Quant au ratio farine/eau, il faut obtenir une pâte ni liquide ni trop collante afin de pouvoir faire de petites boules de pâtes. Quant aux ingrédients que j’incorpore à la pâte, je mets souvent des oignons, de la ciboulette, du piment d’Espelette, et pour mon ingrédient secret pour un peu plus de piquant : du piment oiseau en toute petite quantité. Il faut laisser la pâte reposer pendant quelques heures puis chauffer de l’huile et, à l’aide de deux cuillères, faire de petites boules de pâtes puis les laisser tomber doucement dans l’huile. Les acras sont cuits lorsqu’ils sont dorés.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sauce chien, créoline, mayonnaise ou ketchup</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Vous pouvez les manger avec de la sauce chien, de la sauce créoline ou tout simplement de la mayonnaise ou du ketchup. Je préfère personnellement la sauce chien avec mes acras.<br>La sauce chien est assez simple à faire, même si cette tâche est plus généralement donnée à mes amies guadeloupéennes plus expertes que moi. Elles hachent d’abord finement un oignon, du persil, du piment antillais puis elles écrasent l’ail dans un presse-ail afin d’obtenir de tout petits morceaux. Elles y ajoutent ensuite du jus de citron vert (pas jaune sinon je me fais taper sur les doigts), de l’eau frémissante et de l’huile. Une de mes amies recommande de l’huile d’arachide pour donner un goût à la sauce. Il faut laisser ensuite infuser la sauce pendant une à deux heures puis déguster !&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Yenilé Caro est étudiante du master Histoire publique et expertise historienne, à l’université de Poitiers.&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lire d’autres témoignages, contributions scientifiques et recettes dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-141-manger-sans-danger/" title><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «&nbsp;Manger sans danger&nbsp;», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/la-voie-des-acras/">La voie des acras </a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Manger pour se construire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ulysse]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 May 2026 07:15:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[marché]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[repas]]></category>
		<category><![CDATA[soup dumpling]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En quête de nourritures terrestres qui augmentent l’existence, de Paris à Poitiers via les souvenirs des soup dumplings de Chinatown à New York ou des cigares au fromage et aux olives du Proche Orient.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>En quête de nourritures terrestres qui augmentent l’existence, de Paris à Poitiers via les souvenirs des <em>soup dumplings</em> de Chinatown à New York ou des cigares au fromage et aux olives du Proche Orient.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Sarah Leski</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pourrais raconter ma vie en me basant sur la nourriture – sur les nourritures. Lorsque j’habitais à Paris, j’avais mes petites habitudes. J’allais faire mes courses dans quelques magasins et marchés, pas loin de chez moi. Et parmi le grand nombre de restaurants de la capitale, j’en avais trouvé où j’aimais revenir régulièrement. Il y en avait un, italien, où l’on mange des pâtes à se damner&nbsp;; et en entrée, du poulpe grillé cuit à la perfection, croustillant à l’extérieur et fondant à l’intérieur. J’ai l’eau à la bouche rien qu’en y pensant. J’y allais pour des occasions spéciales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais je crois que mon restaurant préféré de tous les temps, qui heureusement pour moi est bien plus abordable, est celui où j’ai pu remanger des dim-sum, de délicieux raviolis chinois. Ce ne sont pas n’importe lesquels&nbsp;; non seulement ils sont faits maison comme toute la carte, que j’explore un peu plus à chaque visite, mais c’est là que j’ai retrouvé les <em>soup dumplings</em> que j’avais découverts il y a des années avec ma mère et ma tante à Chinatown à New York. En commandant, on s’attendait à recevoir une soupe avec des raviolis dedans. On était donc surprises en voyant les plats en bambou habituels, et pas de soupe. La vraie surprise est arrivée à la première bouchée&nbsp;; la soupe était à l’intérieur du ravioli. Il nous a fallu observer les autres personnes dans la salle pour comprendre comment les manger. La technique est simple&nbsp;: il faut tenir le ravioli avec les baguettes au-dessus d’une cuillère, pour récupérer le bouillon savoureux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis, j’ai cherché ces raviolis dans de multiples restaurants chinois. C’était une grande joie pour moi de les retrouver enfin après plus de sept ans. J’ai récemment pu amener ma mère et ma tante en manger, et partager cette redécouverte avec elles.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Découvertes aux marchés de Poitiers</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il m’a fallu près de cinq ans pour me construire tous mes repères parisiens. Je n’en suis pas encore à ce niveau à Poitiers. Mais depuis fin août 2025, j’ai commencé à développer des nouvelles habitudes de marché. Pour les produits «exotiques» le choix est plus limité. Mais les fruits et légumes que je trouve sont sans comparaison avec ceux que j’achetais à Paris, tant sur le prix que la qualité. La différence de prix qui m’a le plus marquée, est celle des huîtres&nbsp;: à Paris, c’est un produit de luxe&nbsp;; je n’en achetais jamais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Petit à petit, je me familiarise avec les produits locaux. J’ai encore beaucoup de variétés de fromage de chèvre à goûter mais je crois avoir trouvé la version du farci poitevin que je préfère – c’est celui de la <a href="https://www.lafermedespetitesboisnes.fr/" target="_blank" rel="noopener" title="Ferme des Petites Boisnes">Ferme des Petites Boisnes</a>. Et les rillons, quelle chouette addition à un apéro&nbsp;! Ma dernière découverte est le tourteau fromager. Le marchand de fromage de chèvre en vend, mais j’étais persuadée que c’était un fromage. Quand des amis m’en ont proposé pour le dessert, j’ai découvert la texture aérienne de ce gâteau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’aime particulièrement le marché des Couronneries du dimanche matin. Parmi mes commerçants préférés, il y a Fares et Walaa (les Saveurs de Damas) qui préparent des falafels comme je n’ai jamais mangé nulle part ailleurs. Leur taboulé vert au persil est fabuleux aussi et leur caviar d’aubergine, excellent. En plus de cela, ils sont adorables. Lorsque j’ai goûté leurs cigares au fromage et aux olives, j’ai été instantanément transportée dans mon enfance au Proche Orient. J’avais complètement oublié ce goût. Est-ce le fromage&nbsp;? Je ne saurais pas le décrire. J’avais l’impression de le retrouver dans une version améliorée, plus de quinze ans plus tard. C’était à la fois le réconfort de retrouver un goût familier, perdu depuis mon enfance, et la joie d’une nouvelle trouvaille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Décidément, la nourriture occupe une place centrale dans ma mémoire et je pense même dans mon identité. Heureusement qu’il faut manger pour vivre car je vis aussi pour manger.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1.jpg" alt class="wp-image-45554" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-300x225.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-768x576.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-650x488.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/04/saveurs_damas_img_5169_2-1-150x113.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Cigares au fromage et aux olives, samoussas et falafels, des Saveurs de Damas. Photo J‑L Terradillos</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Sarah Leski est étudiante du master Histoire publique et expertise historienne, à l’université de Poitiers.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lire d’autres témoignages, contributions scientifiques et recettes dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-141-manger-sans-danger/" title="L’Actualité Nouvelle-Aquitaine «&nbsp;Manger sans danger&nbsp;», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026."><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «&nbsp;Manger sans danger&nbsp;», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/manger-pour-se-construire/">Manger pour se construire</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Le foie haché de mon arrière-grand-mère</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ulysse]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Apr 2026 13:20:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[repas]]></category>
		<category><![CDATA[tradition]]></category>
		<category><![CDATA[transmission]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment s’est transmise, de génération en génération et depuis la Pologne, une recette familiale de la cuisine juive ashkénaze. Facile à réaliser avec des foies de volaille, des oignons et un peu d’huile.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment s’est transmise, de génération en génération et depuis la Pologne, une recette familiale de la cuisine juive ashkénaze. Facile à réaliser avec des foies de volaille, des oignons et un peu d’huile.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Sarah Leski</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le foie haché est un pâté un peu particulier, qui ne ressemble à aucune autre préparation à base de foie que je connaisse. Fondant, au goût très marqué et pourtant doux. Je n’en mange pas souvent mais c’est toujours avec grand plaisir. Entretien avec ma mère sur ce plat familial transmis depuis plusieurs générations.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sarah Leski. – Le foie haché occupe-t-il une place particulière parmi tes recettes&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Catherine Leski. –</strong> Ça me rappelle ma grand-mère paternelle dont tu portes le prénom Sarah qui, entre autres choses, était une excellente cuisinière. C’est elle qui m’a fait découvrir la cuisine juive ashkénaze de Pologne dont le foie haché fait partie. Il y en avait toujours chez elle pour l’apéro.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Y avait-il d’autres plats ou éléments toujours présents chez elle&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Chez Mamie Sarah il y avait toujours de la salade verte, des fruits frais et des fleurs coupées&nbsp;; choses qui n’étaient pas accessible en Pologne. Elle était heureuse et fière d’en avoir chez elle. Cela relevait de son appartenance à la France. À l’inverse, sa cuisine des plats traditionnels juifs polonais était un marqueur de sa judéité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Était-elle religieuse ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, elle avait rejeté la pratique religieuse à l’âge de 15 ans. Mais ayant été élevée dans un cadre orthodoxe, elle avait gardé un lien par la cuisine. En revanche la viande n’était pas certifiée casher, ni aucun autre produit. C’était de la cuisine pseudo-casher en quelque sorte, qui imitait les goûts et les façons de faire sans se préoccuper de l’aspect proprement dit religieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’est-ce qui était en jeu, si ce n’était pas la religion ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa cuisine était une part essentielle de son identité culturelle, qui est transmissible. Et d’ailleurs, dès mes 10 ans j’ai commencé à cuisiner comme ma grand-mère. Pendant plusieurs mois, je lui apportais mes essais de foie haché. Elle les goûtait, puis elle me disait avec son accent yiddish très marqué, «c’est très bon mais pas tout à fait ça». Elle me demandait comment j’avais fait et après elle me corrigeait «&nbsp;là tu aurais dû mettre plus de ceci, ou moins de cela&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>As-tu un jour obtenu une validation de sa part&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, un jour elle a dit que c’était très bien et nous avons arrêté les aller-retours. La recette était donnée de manière approximative avec une pincée, une poignée. Il n’y avait pas de mesure pesée. Tout ça me procurait une joie très grande. C’était un échange très agréable avec ma grand-mère, de l’ordre de la tradition qui se transmet. Une façon de m’inscrire dans une filiation. Elle cuisinait aussi avec mon père&nbsp;; c’était une partie importante de leur relation. Il a d’ailleurs continué à préparer ses recettes, à sa façon, mais qui restaient très proche de celles de Sarah.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelle place avait la cuisine dans la famille&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La nourriture était centrale, tant dans le quotidien que dans les évènements spéciaux. On a toujours cuisiné tous les jours, avec plaisir. Mon père était excellent cuisinier et nous a transmis, à mon frère et à moi, son amour de la cuisine. Cela nous concerne tous, autant les hommes que les femmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La cuisine jouait-elle un rôle important dans ta relation à ton père&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela a joué un rôle extrêmement important, dans le sens où mes parents se sont séparés lorsque mon frère et moi étions très petits, respectivement 5 et 6 ans. Mon père mettait un point d’honneur à nous préparer des repas de très grande qualité. Il était médecin, mais il prenait le temps de cuisiner. C’était vraiment un plaisir pour lui, un moyen de se détendre en rentrant du travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ensuite, comment le foie haché a‑t-il accompagné ta vie adulte ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au début des années 1990, j’étais militante à l’association Aides et je faisais partie du conseil d’administration de Aides Île-de-France. Après la tenue du CA, nous avions l’habitude de dîner ensemble. Quand nous avons eu notre propre local avec de la restauration, nous cuisinions ensemble. C’était un moment très agréable. Une fois, nous avions décidé que les gens qui savaient en faire amènerait du foie haché au prochain repas et nous ferions une sorte de dégustation, car ils étaient tous un peu différents. Nous étions un certain nombre de juifs. Il y avait une vieille dame, rescapée de la Shoah, un homme d’une quarantaine d’années, moi, et une quatrième personne dont je me souviens moins bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout le débat était de savoir si l’on met de l’œuf dur&nbsp;ou pas, s’il faut flamber les foies… Il y a tant de variations sur cette recette. Chaque famille a sa version. C’est vraiment un plat que toutes les familles juives faisaient, chacune a sa façon. D’abord parce que c’est très peu cher, rapide à préparer et que ça permet d’utiliser les foies des volailles (des poulets) que l’on mangeait.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel souvenir gardes-tu de ce repas&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un souvenir d’une grande émotion. J’avais la sensation de trouver à l’intérieur d’un groupe déjà très soudé (par les défis traversés dans le cadre de la lutte militante pour la défense des patients atteint de VIH/sida) un niveau de connivence de plus. C’était l’impression de se retrouver dans notre identité plus personnelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était aussi, même si ce n’était pas très conscient, un moyen de se retrouver juifs devant les autres membres de Aides. D’affirmer que nous étions aussi des juifs. C’était une manière de dire qu’on sait ce que c’est d’être différents, d’être l’autre, ce qu’est le rejet et la ségrégation. C’était donc normal pour nous de reconnaître l’autre dans la même situation. Les patients atteints du sida étaient souvent rejetés par leurs familles, et pas forcément toujours bien traités par le corps médical. Cette idée était venue très spontanément, je ne me souviens plus qui l’avait initié. C’était une jolie manière, par la convivialité, d’affirmer qui on était et pourquoi on s’était engagé dans ce combat.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Veux-tu partager ta recette de foie haché&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout à fait&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les ingrédients principaux sont 500 g de foie de volaille et le même volume d’oignon, voire un peu plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Commencer par faire revenir les oignons, coupés en tranches fines, dans de l’huile d’olive jusqu’à les faire dorer. Puis les retirer, en gardant l’huile dans la poêle. Ensuite faire sauter les foies dans l’huile, jusqu’à ce qu’ils soient cuits, pas rosés, mais pas trop cuits non plus&nbsp;; la meilleure façon de savoir est d’en couper un pour voir l’intérieur. Saler, poivrer. Ajouter les oignons. Bien mélanger le tout, puis le passer au hachoir,&nbsp;et c’est tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut ajouter un œuf dur dans le mélange à mouliner, ou alors un œuf dur émietté par-dessus. Certains font flamber les foies au cognac ou au whiskey au moment de leur cuisson.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le foie haché se garde au mieux trois à quatre jours au frigo. Il se mange sur du pain noir de seigle, ou au cumin traditionnel, mais aussi sur n’importe quel toast ou pain. À l’apéro c’est parfait, éventuellement avec un peu de vodka ou de schnaps.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Sarah Leski est étudiante du master Histoire publique et expertise historienne, à l’université de Poitiers.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lire d’autres témoignages, contributions scientifiques et recettes dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-141-manger-sans-danger/" target="_blank" rel="noopener" title="L’Actualité Nouvelle-Aquitaine «Manger sans danger», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026."><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> «Manger sans danger», n° 141, hiver-printemps, 196 pages, 2026.</a></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/foie-hache-arriere-grand-mere/">Le foie haché de mon arrière-grand-mère</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Faits divers : de l’enquête au roman – Avec Olivier Violeau et Jean-Paul Bouchon</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jan 2024 14:55:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[avocat]]></category>
		<category><![CDATA[écrivain]]></category>
		<category><![CDATA[faits divers]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Paul Bouchon]]></category>
		<category><![CDATA[justice]]></category>
		<category><![CDATA[Michel Foucault]]></category>
		<category><![CDATA[Olivier Violeau]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Rencontres Michel Foucault]]></category>
		<category><![CDATA[roman noir]]></category>
		<category><![CDATA[TAP]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Comment se mène une enquête de la scène de crime au procès et parfois jusqu'au livre et la fiction ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">À l’occasion des Rencontres Michel Foucault organisé en novembre 2023 par le TAP (théâtre auditorium de Poitiers) et l’Université de Poitiers autour du thème <a href="https://www.tap-poitiers.com/spectacle/evenements/rencontres-michel-foucault-2023/" title>Faits divers (Que s’est-il passé ?)</a>, Jean-Luc Terradillos – rédacteur en chef de la revue <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> – dialoguait avec le juge d’instruction Olivier Violeau et l’avocat et écrivain de roman noir Jean-Paul Bouchon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Retour avec eux sur le déroulé d’une enquête de la scène de crime à l’écriture d’un livre. Cette table ronde est en lien avec le numéro 132 (été 2021) : <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-132-ete-2021-special-faits-divers/" title>Faits divers. Faits d’histoire, des experts, des romans noirs</a>.<a href="https://www.youtube.com/@TAPPOITIERS"></a></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Faits divers : de l’enquête au roman | Table ronde Avec Olivier Violeau et Jean-Paul Bouchon" width="650" height="366" src="https://www.youtube.com/embed/fbTFVr8mmts?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">D’autres conférences ont eu lieu pendant les rencontres 2023 :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Conférence du journaliste Fabrice Drouelle (France Inter), <a href="https://youtu.be/pdYw5aecqmw?feature=shared" title>Affaires sensibles</a></li>



<li>Conférence de l’historien Frédéric Chauvaud (Université de Poitiers) : <a href="https://youtu.be/w_aVo_Xbw2o?feature=shared" title>L’invention des faits divers</a></li>



<li>Conférence de la littéraire Christine Baron (Université de Poitiers) : <a href="https://youtu.be/sVfARDuUzUE?feature=shared" title>Le Faits divers dans tous ses états</a></li>



<li>Conférence de la journaliste Patricia Tourancheau, <a href="https://youtu.be/VpNbDp9pStc?feature=shared" title>La Fabrique du récit du fait divers, une journaliste à l’oeuvre</a></li>



<li>Conférence du médecin légiste Michel Sapanet, <a href="https://youtu.be/XwE23hJ4CGY?feature=shared" title>Les Faits divers au regard des petites histoires de légiste</a></li>
</ul><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/faits-divers-de-lenquete-au-roman-avec-olivier-violeau-et-jean-paul-bouchon/">Faits divers : de l’enquête au roman – Avec Olivier Violeau et Jean-Paul Bouchon</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Tabagisme&#160;: logique d’un comportement insensé</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Dec 2023 09:46:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[addiction]]></category>
		<category><![CDATA[cigarettes]]></category>
		<category><![CDATA[psychologie]]></category>
		<category><![CDATA[tabagisme]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec ses 75 000 morts par an, le tabagisme est la première cause de mortalité évitable en France. Qu’apporte la cigarette pour qu’il soit si difficile d’y renoncer, au risque d’y perdre la vie ?</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/tabagisme-logique-dun-comportement-insense/">Tabagisme : logique d’un comportement insensé</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Géraldine Quintin-Val</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec ses 75&nbsp;000 morts par an, le tabagisme est la première cause de mortalité évitable en France. Savoir cela ne suffit pourtant pas à convaincre 20 millions de Français d’arrêter de fumer. Pourquoi&nbsp;? Qu’apporte la cigarette pour qu’il soit si difficile d’y renoncer, au risque d’y perdre la vie&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">«C’est fou quand même de fumer», nous confie Louane, jeune fumeuse de vingt-quatre ans. Consommer un produit, dont la létalité est connue et reconnue de tous, ne peut évidemment qu’apparaître comme une folie. Pourtant, si un quart des Français persévèrent dans ce comportement, la psychologue que je suis est tentée de penser qu’il y a bien une logique derrière cela. C’est ce qui m’a amenée à explorer cette problématique au travers de mon doctorat en psychologie clinique et psychopathologie, à l’université de Poitiers, au sein du laboratoire CAPS. Afin de comprendre les fumeurs et les raisons de ce comportement volontaire, représentant la première cause de mortalité évitable dans notre pays, je suis allée à la rencontre de fumeurs, mais également de non-fumeurs et d’anciens fumeurs majeurs, sans troubles psychiatriques ni autres addictions associées. Je les ai tous interrogés sur leur rapport au tabac, leur histoire infantile et leur rapport au corps. Dans ce cadre-là, j’ai ainsi réalisé quarante entretiens auprès d’hommes et de femmes de 22 à 73 ans. Toutes les séances, d’une heure en moyenne, ont été intégralement enregistrées et retranscrites, avant d’être analysées par mes soins. De mes cinq années de recherches sur le terrain et dans la littérature, j’en ai conclu qu’il n’existe pas <em>une</em> mais <em>des</em> logiques à l’œuvre dans le comportement tabagique.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La dépendance physique à la nicotine</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Fumer provoque indéniablement une dépendance. Celle-ci peut cependant être de différentes natures. La plus connue est la dépendance physique. Elle est provoquée par la nicotine, une molécule psychotrope modifiant la chimie cérébrale, amenant le fumeur à ressentir un inconfort dès que son taux sanguin passe en-dessous d’un certain seuil. Cela entraine le fumeur à consommer régulièrement du tabac afin d’éviter les signes de manque. Lorsque la personne souhaite arrêter, l’utilisation de substituts nicotiniques – en gommes ou en patchs – permet d’éviter les désagréments du syndrome de sevrage. En réduisant progressivement l’apport en nicotine, cela permet au cerveau de retrouver, petit à petit, un équilibre sans la molécule. Et pourtant, une fois la dépendance physique résorbée, nombre de personnes se remettent à fumer alors même que leur corps n’en éprouve plus le besoin. Ceci s’explique par l’existence d’une autre forme de dépendance, bien plus tenace et pourtant bien moins étudiée.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La dépendance psychologique</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">La dépendance physique n’est qu’une des raisons rattachant le fumeur à sa cigarette. Au-delà de l’aspect purement physiologique, dont le traitement est relativement basique, la majorité des fumeurs présentent également une dépendance psychologique, en raison de laquelle ils ne peuvent pas se passer du produit, et ce, même lorsqu’ils ne présentent pas de dépendance à la nicotine. Cette dépendance psychologique est bien souvent associée à l’addiction, comme me l’ont fait remarquer nombre de fumeurs que j’ai rencontrés, comme Monique (65 ans) qui justifie ainsi son comportement&nbsp;: «C’est l’addiction», Laureen (25 ans)&nbsp;: «Même si on peut se le cacher au début […] ça reste une addiction quand même»&nbsp;; ou Louane (24 ans)&nbsp;: «C’est en lien avec l’addiction, j’ai besoin de ma nicotine». Le tabagisme serait donc une addiction. Au premier abord, cette affirmation semble relever de l’évidence. Pourtant, l’étude approfondie des cas que j’ai rencontrés m’amène à relativiser cette idée&nbsp;: fumer peut être une addiction, mais pas seulement. Pour comprendre cela, il est d’abord nécessaire de revenir sur la compréhension de cette notion d’addiction, du point de vue de la psychologie.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Qu’est-ce que l’addiction&nbsp;?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Une addiction peut se faire à un produit psychotrope ou un comportement. Dans tous les cas, que l’on soit addict à l’alcool, à la drogue, au tabac ou au jeu, on repère le même fonctionnement psychique. Chez les personnes concernées, la prise de produits ou le comportement ont pour objectif de permettre à la personne de se débarrasser de ses affects négatifs. Cela permet au sujet d’éviter d’y penser, tout autant que de les ressentir. De ce fait, l’addiction apporte un apaisement à des individus qui ne sont pas en mesure de se confronter à leurs affects et/ou de supporter ce qui peut les mettre à mal. À ce sujet, notons que le fait de prendre un produit ou de poser un comportement pour se débarrasser d’un affect désagréable n’a rien de pathologique en soi. C’est le cas de l’apéritif du vendredi soir ou d’un achat compulsif effectué pour se réconforter dans un moment de vague à l’âme. Cette conduite ne devient un problème que lorsqu’elle représente pour la personne la seule et unique solution pour réguler ses affects.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette recherche exclusive d’apaisement grâce à la cigarette est fréquente chez les fumeurs. C’est souvent cela qui entraine la rechute de ceux qui essaient d’arrêter, comme Malo (31 ans) qui explique&nbsp;: «C’est un gros pic de stress qui m’a fait reprendre. […] Je travaillais avec mon père. On s’est bien disputé et y avait mon cousin qui fumait et je lui ai dit voilà&nbsp;: “donne-moi une cigarette, faut que je me calme”. Il m’a donné une cigarette et je suis reparti.&nbsp; […] Le lendemain j’allais m’acheter un paquet de cigarettes.»Cet aspect renvoie à une difficulté du sujet à s’apaiser tout seul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le fumeur utilise donc un objet extérieur pour se calmer, à la manière du petit enfant serrant fort son ours en peluche pour se rassurer quand sa mère n’est pas là. C’est ce que nous fait remarquer Louane (24 ans)&nbsp;: «Je trouve que la cigarette c’est un peu comme un doudou ou une béquille […] une béquille illusoire […] temporaire.» Temporaire, le mot est bien choisi, car en effet, si le doudou du tout-petit lui permet, peu à peu, d’apprendre à s’apaiser seul, la cigarette ne permet rien de tel. Elle calme sur le moment mais cela ne dure pas, d’où la nécessité de recommencer encore et toujours, dynamique spécifique à l’addiction. Cet usage de la cigarette n’est pourtant pas le seul, tous les fumeurs ne se situant pas dans le mécanisme de l’addiction tel que nous venons de le définir.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La cigarette&nbsp;: objet symbolique</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Si certains recherchent l’apaisement dans la cigarette, d’autres se positionnent davantage dans une dimension hédonique. Fumer représente alors un plaisir. Ce plaisir est d’ailleurs rarement lié à l’effet psychotrope du produit mais plutôt à la valeur symbolique que le fumeur accorde à sa cigarette. Celle-ci vient alors représenter un objet de plaisir en lien avec son histoire infantile. Elle vient prendre la place de ce qui a pu faire défaut, réparant en quelque sorte une blessure du passé. C’est le cas par exemple d’Aurélie (48 ans) qui aime «le fait de tenir la cigarette, le contact» et qui perçoit la cigarette comme «une consolation, c’[est] quelque chose qui m’aid[e] dans ces moments difficiles […] c’est comme si j’étais moins seule peut-être». La cigarette représente ici la mère des interactions précoces dont les câlins consolent le petit enfant en détresse, mère qui a fait défaut chez Aurélie, celle-ci l’ayant abandonnée à sa grand-mère dès la naissance. Cette dimension symbolique fait également avancer à Catherine (64 ans)&nbsp;: «Je dirais pas que ma cigarette c’est une amie, mais presque. […]&nbsp;Elle ne me juge pas. Elle est là, à côté de moi.» C’est également ce que nous confie Yassine (26 ans)&nbsp;: «&nbsp;Quand je me pose, quand je réfléchis par rapport à certaines choses, la cigarette est toujours là pour m’accompagner.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">La cigarette fumée dans une perspective de plaisir symbolique se retrouve également chez ceux qui la considèrent comme un facteur de lien social. Fumer apparaît alors comme ce qui permet ou facilite la relation, comme nous le fait remarquer Yassine&nbsp;: «On se sociabilise à travers la cigarette […] Je me suis fait des amis quand même avec ce moyen-là. J’avais pas de briquet, je demande un briquet à quelqu’un, on entame une conversation, bam… et on devient super potes.» C’est également ce que relève Murielle (48 ans), se remémorant ses années de tabagisme&nbsp;: «J’avais le plaisir de fumer avec les autres, de fumer pendant les pauses. […] Enfin, c’était un moment convivial. Je travaillais dans une équipe où on était nombreux à fumer et en fait, aller fumer ensemble, c’était vraiment un temps de partage quoi. On se retrouvait ensemble, on faisait une pause en fumant.» Dans cette configuration, la cigarette n’est pas tant appréciée pour son effet psychotrope que pour ce qu’elle représente dans la relation à l’autre.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La prise en charge de la dépendance psychologique</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Nous constatons donc que derrière un même comportement – le tabagisme – nous pouvons avoir deux logiques différentes, toutes deux pouvant être à l’origine d’une dépendance psychologique. Celle-ci ne renvoie cependant pas aux mêmes mécanismes psychiques selon que la personne a besoin de la cigarette pour réguler ses affects, ce qui est le cas dans l’addiction, ou qu’elle considère celle-ci comme seul moyen d’obtenir un certain plaisir. Selon que la conduite est motivée par l’un ou l’autre de ces enjeux, la prise en charge de la dépendance psychologique ne sera évidemment pas la même. Dans un cas, il sera nécessaire de permettre à la personne d’acquérir des capacités pour ne plus être submergée par ses affects désagréables alors que, dans l’autre, il faudra accompagner le sujet dans le renoncement à ce plaisir, en l’aidant à comprendre ce que la cigarette représente pour lui et pourquoi il s’y est attaché de cette manière. Si fumer répond à une blessure de l’enfance, panser celle-ci permettra au sujet de lâcher sa cigarette sans difficulté. Parallèlement à cela, il est également nécessaire de considérer la présence ou non d’une dépendance physique, celle-ci n’étant pas liée à la dépendance psychologique et devant être prise en charge séparément.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bibliographie</strong><br>Bonnet, A., Bejaoui, M., Bréjard, V., Pedinielli, J.-L. (2011) «Dépendance physiologique et fonctionnement émotionnel chez les jeunes adultes&nbsp;: affectivité, intensité émotionnelle et alexithymie dans la consommation de substances psychoactives», <em>Annales Médico-Psychologiques</em>, 169, pp.92–97<br>Fernandez, L., Letourmy, F. (2007) <em>Le tabagisme. De l’initiation au sevrage</em>, Paris&nbsp;: Armand Colin, collection 128<br>Lesourne, O. (2008) <em>Le grand fumeur et sa passion,</em> Paris&nbsp;: Presses Universitaire de France<br>McDougall, J. (2004) «L’économie psychique de l’addiction», <em>Addiction et dépendance</em>, <em>Revue Française de Psychanalyse</em>, 68, pp.511–527<br>Pedinielli, J‑L., Rouan G., Bertagne P. (2022) <em>Psychopathologie des addictions</em>, Paris&nbsp;: Presses Universitaires de France, Que sais-je&nbsp;?<br>Quintin-Val, G., Serra, W., Albarracin, D. (2022) «Lutte contre le tabagisme&nbsp;: fondement historiques et efficacité des mesures de prévention à la lumière de la clinique», <em>Psychotropes</em>, 28, 3–4, pp.119–142</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="ensavoirplus wp-block-paragraph">Géraldine Quintin-Val est psychologue et doctorante en psychologie et psychopathologie, Attachée temporaire à l’enseignement et à la recherche au laboratoire CAPS, département de psychologie de l’Université de Poitiers.<br><strong>Titre de ma thèse</strong>&nbsp;: «&nbsp;Les enjeux psychiques du comportement tabagique&nbsp;»<br><strong>Directrices de thèse</strong>&nbsp;: Pr Dolores ALBARRACIN, Psychologue, Professeure des Universités, Université de Poitiers, Département de psychologie, Laboratoire CAPS<br><strong>Co-directeur de thèse</strong>&nbsp;: Dr Wilfried SERRA, Psychiatre, Addictologue, CH Laborit, Poitiers</p>
</blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/tabagisme-logique-dun-comportement-insense/">Tabagisme : logique d’un comportement insensé</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<item>
		<title>Annie Thébaud-Mony – Pour une science «&#160;non asservie&#160;»</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Sep 2023 09:58:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Annie Thébaud-Mony]]></category>
		<category><![CDATA[covid19]]></category>
		<category><![CDATA[Filmer le travail]]></category>
		<category><![CDATA[Henri Pézerat]]></category>
		<category><![CDATA[Meredeth Turshen]]></category>
		<category><![CDATA[Paul François]]></category>
		<category><![CDATA[santé]]></category>
		<category><![CDATA[sciences]]></category>
		<category><![CDATA[sociologie]]></category>
		<category><![CDATA[travail]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La reconnaissance des maladies professionnelles est le combat interdisciplinaire mené par la sociologue Annie Thébaut-Mony et l'association Henri Pézerat. Rencontre pour échanger sur santé au travail.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Héloïse Morel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Politiques assassines et luttes pour la santé au travail. Covid-19, cancers professionnels, accidents industriels</em> sortait en 2021 aux éditions La Dispute. Trois séries d’entretiens menés par les sociologues Alexis Cukier et Hélène Stevens de l’université de Poitiers avec la sociologue du travail Annie Thébaud-Mony. Connue pour son engagement aux côtés du chimiste Henri Pézerat dans la lutte contre l’amiante et la reconnaissance des maladies professionnelles liées à l’exposition à ce matériau, Annie Thébaud-Mony n’a de cesse d’enquêter, d’analyser les risques au travail, la gestion de la santé et d’interroger le rôle des scientifiques dans ces problématiques. La sociologue est venue à Poitiers <a href="https://filmerletravail.org/cine-debat-rouge-2/">en septembre 2022 pour accompagner le film <em>Rouge</em> de Farid Bentoumi, présenté par Filmer le travail</a>. Nous l’avons rencontré.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le livre retrace le parcours d’Annie Thébaud-Mony à l’aune de l’événement du Covid-19. La situation de la santé publique en France permet un lien avec les premiers terrains d’enquête de la sociologue en Algérie, dans les années 1970, pour comprendre l’accès aux soins des populations en dépit du faible nombre de soignants en période de tuberculose. En comparant avec la France, elle observe une meilleure prise en charge des malades en Algérie – alors que les moyens sont insuffisants et inégaux – tandis qu’en France, l’échec du traitement était supérieur. Le suivi en première ligne des personnels soignants tels qu’infirmières et aides-soignantes permettant un meilleur suivi des malades. «On peut faire beaucoup avec peu de médecins, indique-t-elle. Plusieurs pays n’ont pas les moyens d’avoir des médecins comme nous en avons. Pour autant, ils n’ont pas eu plus de décès pendant le Covid. Cela a été le cas en Algérie avec moins de décès rapportés au nombre d’habitants qu’en France. J’ai fait une observation similaire au Brésil. Dès 1988, le pays modifie sa Constitution et met en place un système unifié de santé avec un maillage sur tout le territoire avec des centres, des agents de santé et la gratuité des soins.» Annie Thébaud-Mony analyse ce qui a perturbé une meilleure prise en charge des malades en France, cette absence de proximité des soignants étant l’une des raisons. Elle évoque également une gestion purement financière et l’absence de données qui permettraient une amélioration du système de santé&nbsp;: «Il y a un paradoxe en France entre l’omniprésence d’une gestion avec des tableurs Excel et l’incapacité des hôpitaux à fournir une vision claire des statistiques de décès et leurs causes. La Commission européenne a d’ailleurs pointé cette déficience. Prenons l’exemple des malades du cancer, nous ne disposons que de registres qui sont fournis par des associations loi 1901 avec une mission de service public. On se trouve alors avec quelques registres de départements, registres qui représentent moins de 25 % de la population. De plus, il nous manque les chiffres de grandes métropoles comme Paris et Marseille… Les chiffres du cancer sont donc une extrapolation de données statistiques qui viennent du Tarn, du Calvados, etc… Ce manque empêche également de faire le lien entre l’incidence des cancers et les lieux de travail mais aussi le milieu dans lequel vivent les personnes touchées. Les facteurs de risque demeurent invisibles, comme l’exposition à des substances toxiques. La mise en place de registre départementaux de cancer est une demande formulée depuis longtemps, y compris par des géographes mais nous n’arrivons pas à l’obtenir.» La sociologue pointe également l’absence de prise en charge des diagnostics de cancer pendant la période du Covid. Les estimations sont de l’ordre de 90 000 cas non diagnostiqués dans un délai raisonnable. «C’est très important… Il s’agit d’un cas sur quatre, ce qui est invraisemblable pour un pays avancé comme la France. C’est également le cas pour les maladies cardio-vasculaires et neurologiques. J’ai évoqué avec la chercheuse Meredeth Turshen, la situation d’une femme de 40 ans atteinte de la maladie de Parkinson – certainement en lien avec l’exposition à des pesticides. Du jour au lendemain, les soins se sont arrêtés, la dégradation de sa santé est importante et elle n’a jamais récupéré musculairement. Cela ajoute du traumatisme au traumatisme.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Omission des risques</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Pour bien soigner, il faut comprendre les origines des maladies, les enquêtes menées par Annie Thébaud-Mony et ses collègues ont montré une invisibilisation du travail dans les causes de nombreuses pathologies. Souvent, les médecins et spécialistes de santé publique associent le cancer à des comportements individuels, ce qui omet la responsabilité du travail et <em>in fine</em> de l’employeur. Dans le livre, la sociologue évoque les enquêtes menées auprès des travailleurs marocains des fonderies de Bondy – pour l’industrie automobile – tombés malades du fait des conditions de travail mais qui n’avaient jamais été interrogés sur cela. Or ils étaient confrontés à des molécules cancérogènes comme la cristobalite ou l’amiante et travaillaient dans des conditions difficiles, souvent sans suivi médical régulier et avec peu de formation. Ces travaux menés en interdisciplinarité avec le laboratoire de physico-chimie de Henri Pézerat (CNRS) et régulièrement en lien avec les CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) ont permis de lutter contre l’invisibilisation de certains risques. «Les risques psycho-sociaux ont tendance à prendre le dessus, on parle de souffrances au travail, c’est un raccourci. Il y a une attention portée au burn-out des cadres mais plus on descend dans la hiérarchie du travail, moins les travailleuses et travailleurs sont visibles. Je prends souvent l’exemple des nettoyeuses et nettoyeurs. Ils cumulent les risques toxiques pour lesquels ils n’ont aucune information et une intensité de travail qui augmente. C’est le cas des femmes de chambres d’hôtel, les personnels de la SNCF… On peut également évoquer les ouvriers du nettoyage qui se sont occupés des immeubles, des rues autour de Notre-Dame après l’incendie. On sait que la pollution au plomb est stagnante. Or, il y a eu peu d’informations sur les risques, nous avons communiqué avec l’Union Départementale de la CGT de Paris mais les nettoyeurs se rendaient compte en tordant leur serpillère qu’elle était plus noire que d’habitude. Personne n’avait parlé des risques de l’exposition.»</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/annie-et-helene.jpg" alt class="wp-image-37821" style="width:603px;height:402px" width="603" height="402" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/annie-et-helene.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/annie-et-helene-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/annie-et-helene-768x512.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/annie-et-helene-650x434.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/annie-et-helene-150x100.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 603px) 100vw, 603px"><figcaption class="wp-element-caption">Annie Thébaud-Mony et Hélène Stevens lors de la séance <em>Rouge</em> réalisé par Farid Bentoumi (2020) au cinéma Le Dietrich à Poitiers. Rencontre organisée par le festival <a href="https://filmerletravail.org/" data-type="link" data-id="https://filmerletravail.org/">Filmer le travail</a>. Photo FLT.</figcaption></figure>
</div>


<h4 class="wp-block-heading"><strong>De victime à expert</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des risques et de la prévention, l’accompagnement de l’association Henri Pézerat se trouve également dans la constitution des dossiers de reconnaissances des maladies professionnelles. Les exemples sont pléthores mais citons le paysan Paul François, intoxiqué au Lasso, un pesticide produit par Monsanto. L’accident a eu lieu en 2004, il a fallu plus de dix ans pour que la responsabilité de l’entreprise soit reconnue par la Justice. Là, le rôle des chimistes, de certains médecins et d’avocats a été la clef. «J’ai intitulé l’un de mes livres <em>La Science asservie</em> (2014), c’est tiré de mon expérience et de celle de Henri Pézerat. En tant que chercheurs, nous étions mal à l’aise de produire de la science pour la science. Nous faisons de la recherche pour que nos résultats servent à quelqu’un. C’est un engagement citoyen, militant, sur les questions de santé au travail. Il était important pour nous, non seulement de lutter avec les travailleurs pour la reconnaissance en maladie professionnelle, mais surtout de leur donner les moyens de s’approprier les connaissances. À la fin, ils deviennent eux-mêmes experts. Pour chaque dossier, l’un des principes de l’association est d’être rigoureux dans l’approche d’un problème. Il s’agit d’une coopération dans la durée entre scientifiques, professionnels de santé et les personnes concernées. Par exemple, nous avons mené tout un travail autour d’une usine de broyage d’amiante à Aulnay-sous-Bois. La méthodologie a été de recenser les victimes, mettre en sécurité le site et constituer le dossier judiciaire. Tout cela se fait en collaboration, l’un des maillons étant les journalistes d’investigation qui permettent de faire sauter le couvercle de l’invisibilité. C’est toute une histoire pour chaque situation car souvent, dans un problème de pollution, cela implique les industriels et les pouvoirs publics. Il faut alors démêler les fils.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Sentinelles collectives</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">De son expérience, Annie Thébaud-Mony constate certaines difficultés aujourd’hui pour accéder à des informations. À la question de l’accès aux données scientifiques, elle évoque l’enquête sur le nucléaire qu’elle a menée dans une centrale à Chinon à la suite d’une alerte du CHSCT, inquiet du manque de rigueur dans le suivi dosimétrique des intérimaires et travailleurs sous-traitants. «J’avais accès à plusieurs sources différentes&nbsp;: les officielles, les carnets dosimétriques des travailleurs, les médecins du travail et EDF qui avait mis en place le dosimètre électronique. En réunissant ces sources, on obtenait des éléments sérieux. Or depuis, cela a disparu. Tout est informatisé et les chercheurs n’obtiennent pas les accès si aisément. Les seules données accessibles sont celles officielles gérées par l’institut de radioprotection et de sureté nucléaire qui est une instance étroitement liée à l’industrie nucléaire. Alors qu’il serait préférable d’avoir une instance indépendante en santé publique. De plus les CHSCT ont disparu, ce qui n’aide pas.» Dans ce tableau, s’ajoute la complexité des sources de pollutions. Dans l’affaire de l’incendie de Lubrizol (site classé Seveso) en 2019 à Rouen, un nuage toxique s’est dispersé et une toiture en amiante a été pulvérisée. Les sources de pollution sont multiples. «La plupart des conséquences sont différées mais rien n’est réellement mis en place pour récolter les données et aucun monitoring des pollutions n’a été positionné après l’incendie pour évaluer l’évolution. Or certaines informations sont préoccupantes comme la trace d’hydrocarbures dans le lait maternel après l’accident ou des taux importants de substances toxiques dans les lichens. Mais ce sont des bulles d’informations dans un océan d’ignorance. Au lieu de réfléchir à limiter la pollution, on rend responsables la population avec des recommandations qui sont des injonctions&nbsp;: “vous ne devez pas laisser vos enfants jouer dans le jardin”…»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au regard des entretiens menés par Hélène Stevens et Alexis Cukier qui croisent son parcours et les problématiques actuelles, on mesure l’importance des collectifs de travail dans un temps long qui ont mené vers des reconnaissances importantes, des changements de loi comme pour l’interdiction de l’amiante en 1997 ou des rencontres dans les luttes. Paul François témoigne dans son propre parcours de la force de ces rencontres et de la nécessité d’un travail rigoureux de recherche pour mener des combats de David contre Goliath dans <em>Un Paysan contre Monsanto </em>(2017), il écrit&nbsp;: «Annie Thébaud-Mony me l’a si souvent répété&nbsp;: “Les procès sont des outils pour faire bouger les lignes, et les travailleurs sont les sentinelles de la santé environnementale”.»</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Dans le thème des enquêtes sur la santé et l’environnement, l’Espace Mendès France organise <a href="https://emf.fr/ec3_event/superboom-de-rentree-phosphatons-un-avenir-radieux/">une soirée de lancement, le 13 septembre 2023 à partir de 18h30</a>, durant laquelle se tient un plateau radiophonique&nbsp;: Agriculture, nos futurs. Autour de la table se retrouveront les journalistes <strong>Inès Léraud</strong> (<em>France culture</em>, <em>Splann!</em>) et <strong>Morgan Large</strong> (<em>Radio Kreiz Breizh</em>) pour parler de l’enquête sur les algues vertes et l’agro-industrie en Bretagne et la chercheuse <strong>Marie-Laure Decau</strong> qui dirige une ferme expérimentale à l’INRAE de Lusignan. <a href="https://www.youtube.com/watch?v=cWPJGqu83E0&amp;ab_channel=EspaceMend%C3%A8sFrance">À écouter en direct ou en podcast</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Suite à ces échanges, dansons avec Superphosphate, bal électrotrad, comme une grosse boum de fin du monde. Avec <strong>Armelle Dousset</strong> (Modulatrix) : accordéon, bidule clavier / <strong>Matthieu Metzger</strong> (Dr Systole) : saxophone sopranino, talking bidule / <strong>Alban Pacher</strong> (Square Boy) : violon, bidule.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/travail-sante.jpeg" alt class="wp-image-37818" style="width:273px;height:437px" width="273" height="437" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/travail-sante.jpeg 638w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/travail-sante-187x300.jpeg 187w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/travail-sante-150x241.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 273px) 100vw, 273px"></figure>
</blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour aller plus loin&nbsp;:</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><a href="https://boutique.editionssociales.fr/produit/annie-thebaud-mony-politiques-assassines-et-luttes-pour-la-sante-au-travail/" data-type="link" data-id="https://boutique.editionssociales.fr/produit/annie-thebaud-mony-politiques-assassines-et-luttes-pour-la-sante-au-travail/">Politiques assassines et luttes pour la santé au travail. Covid-19, cancers professionnels, accidents industriels</a></em>, entretiens avec Annie Thébaud-Mony par Alexis Cukier et Hélène Stevens, éditions La Dispute, 2021.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le documentaire <em>Les Sentinelles</em> réalisé par Pierre Pézerat en 2016 revient sur les combats de Henri Pézerat, Annie Thébaud-Mony et le parcours de Paul François.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La Science asservie</em> de Annie Thébaud-Mony, éditions La Découverte, 2014.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Un Paysan contre Monsanto</em> de Paul François, Fayard, 2017.</p>
</blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/annie-thebaud-mony-pour-une-science-non-asservie/">Annie Thébaud-Mony – Pour une science « non asservie »</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Archéologie – Carnet de route en Éthiopie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 May 2023 08:48:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[archéologie]]></category>
		<category><![CDATA[Ethiopie]]></category>
		<category><![CDATA[fouilles]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Horn East]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Tigré]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Carnets de voyage d'une doctorante en archéologie de l'université de Poitiers, dans la région du Tigré en Éthiopie.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Élise Mercier</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Depuis 2018, l’équipe de l’ERC Horn East mène des prospections dans la région du Tigré, afin de rechercher des stèles funéraires musulmanes et de repérer des cimetières musulmans. C’est auprès de Julien, Simon, Amelie, Deresse, Hiluf et les autres que j’ai vécue l’expérience la plus marquante de ma vie – participer à une mission archéologique en Éthiopie.&nbsp;</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sept heures, c’est le temps qu’il me faut pour arriver à Addis-Abeba depuis Paris. Trouver son chemin dans l’aéroport n’est pas simple. Les panneaux indiquent des directions dans une langue que je ne peux pas lire car l’alphabet ressemble à des petits graffitis. Le voyage n’est pas fini puisqu’il faut ensuite monter dans un bombardier De Havilland Cash 8Q tout droit sorti des années 1940, afin d’atterrir sur le tarmac de Mekelé, dans la région du Tigré, sur les hauts-plateaux éthiopiens à 2 250 mètres d’altitude. Mon arrivée ne passe pas inaperçue, les locaux s’interpellent de la présence d’une Occidentale seule, ce qui est plutôt inhabituel. Une fois les bagages récupérés sur un tapis grinçant, dans un bruit de ferraille, je rejoins la sortie de l’aéroport où je suis accueillie chaleureusement par l’équipe déjà sur place.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier défi est d’adapter son corps à l’environnement : la chaleur et l’altitude peuvent occasionner&nbsp;essoufflement, cauchemars et un léger état nauséeux. À mon arrivée, le climat est chaud et sec. L’Éthiopie est un pays tropical avec&nbsp;une saison sèche de janvier à mai. La température moyenne est d’environ 25 °C, mais elle peut atteindre jusqu’à 30 °C en été. Une fois cette étape passée, il s’agit de s’adapter à un environnement très dynamique, souvent bruyant car jamais rien ne s’arrête à Mekelé. C’est une région historiquement chrétienne, l’orthodoxie y a joué un rôle important. Les églises y sont très présentes, très actives et diffusent régulièrement des messages de paix et de bonne conduite dans leurs haut-parleurs. Les journées sont rythmées par de nombreuses processions, par des sacrifices et des prières où toute la communauté se réunit. Les ouvriers ne travaillent pas la terre et il est prohibé de manger de la viande, mais les locaux ne vous en tiendront pas rigueur si vous relevez le challenge de manger l’ingéra, cette grande crêpe fermentée à base de teff, essentiellement avec la main droite. La cérémonie du café est également un événement social important où le café est torréfié, moulu et infusé devant les invités.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dialecte et les expressions locales sont d’autres aspects essentiels de l’adaptation sur place. L’amharique est la langue officielle de l’Éthiopie, mais il en existe plus de 80 autres parlées dans le pays, dont le tigrinya, majoritairement parlé au Tigré. Bien qu’il soit complexe d’apprendre une langue en si peu de temps, connaître quelques mots est toujours bienvenu. C’est un signe de respect envers la communauté qui vous accueille et contribue grandement à établir des relations ainsi qu’à montrer son appréciation de la culture locale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avoir une attitude respectueuse et une ouverture d’esprit est crucial pour s’adapter. Il est essentiel d’être conscient des différences culturelles, d’éviter de faire des suppositions ou d’imposer ses croyances. L’Éthiopie a une histoire longue et complexe, avec la coexistence de divers groupes ethniques et religions dictée par des règles dont certaines sont construites sur des valeurs morales.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des difficultés principales, il faut être capable de faire face aux situations imprévues, comme les vols et les pertes de matériel. Le vol de mon téléphone a suscité beaucoup d’agitations parmi les ouvriers. Au-delà de la perte d’un objet onéreux, se dégage un acte inqualifiable : le vol. Il est sévèrement puni et prend une grande importance dans une communauté chrétienne orthodoxe. C’est aussi se confronter au système judiciaire et administratif du pays. À l’exemple du vol de mon téléphone dès les premiers jours, je me suis vue parcourir les commissariats de Mekelé afin d’obtenir un document qui me permettra, dès mon retour de contacter mon assurance. Je découvre ainsi, sur le procès-verbal, qu’en Éthiopie nous ne sommes pas en décembre 2019 mais bien en novembre 2012. Effectivement, ce pays utilise le calendrier Julien, soit un décalage de huit ans avec la France.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Les enjeux de la mission pour les locaux et les chercheurs</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">La mission vise à découvrir le riche patrimoine culturel de l’Éthiopie et à révéler l’existence de communautés musulmanes médiévales florissantes, connectées au reste du monde islamique. L’objectif était de prospecter et d’ouvrir un secteur de fouille archéologique à l’aplomb du cimetière moderne de l’église de Qwiha, repéré lors des premières opérations de l’équipe. La mission est pluridisciplinaire, impliquant histoire, archéologie et épigraphie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour mener à bien une telle expédition, il est important de se préparer psychologiquement et matériellement. Il ne s’agit pas d’imposer sa présence, mais de s’adapter à un nouvel environnement. Vous ne verrez peut-être la vie des chercheurs pendant leur mission à l’étranger que sous forme de «&nbsp;carnet de fouille&nbsp;» ou d’interview, mais le voyage fascine généralement bien au-delà de l’histoire. C’est une véritable expérience de vie, une parenthèse immersive dans une culture inconnue. Un dépaysement provoquant souvent un questionnement et des mises en perspective incessantes avec notre propre culture. Tout n’aura pas forcément de sens pour nous, mais c’est ainsi. Il s’agit d’accepter et d’observer. Il est crucial de comprendre les coutumes et les traditions, ce que nous réalisons en nous engageant quotidiennement avec les collègues éthiopiens et les ouvriers qui travaillent sur le chantier archéologique. Le tout est construit sur les échanges.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces missions à l’étranger permettent à de nombreux étudiants éthiopiens de participer à des chantiers de fouille archéologique. C’est un échange de savoirs et de méthodes constant entre les archéologues, les historiens de différentes nationalités et les étudiants.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-2-1.jpg" alt class="wp-image-37418" width="741" height="495" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-2-1.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-2-1-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-2-1-768x513.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-2-1-650x434.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-2-1-150x100.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 741px) 100vw, 741px"><figcaption class="wp-element-caption">Projet Horn East. Ouvriers et étudiants travaillant sur le chantier.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Il s’agit de les initier aux relevés architecturaux et sédimentaires, d’expliquer les méthodes d’enregistrement des données et d’utiliser le matériel à disposition comme la lunette de chantier, ou tout simplement les outils de l’archéologue. Ils ont été initiés à toute la chaîne opératoire de la fouille archéologique, de la manipulation des outils jusqu’à l’enregistrement. Les échanges se sont toujours faits dans la bonne humeur, et lorsque notre présence est admise, des liens fascinants se créent entre les participants. L’échange est d’autant plus riche pendant les pauses, autour d’un café à la saveur complètement inédite, ou d’un thé à la saveur épicée incomparable. Assis dans les cailloux, nous partageons ces quelques minutes de calme pour écouter, observer, et s’émerveiller à coup de : « Comment est-ce que l’on vit chez toi ? »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le chantier participe également à l’économie locale car, pour le mener à bien, des ouvriers locaux sont recrutés pour la fouille. Des hommes de tout âge nous ont rejoints, car le salaire est plutôt élevé au vu des conditions de vie sur place. Une vingtaine de places sont disponibles dont chacune représente une somme d’argent non négligeable pour l’année à venir,&nbsp;et nous recherchons des ouvriers déterminés. Notre contact sur place est chargé du recrutement. Ces hommes sont principalement agriculteurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Participer à l’économie, c’est aussi consommer local. Bien que la tendance à reproduire des plats occidentaux se fait un peu partout dans le monde, il a été naturel pour l’équipe de se restaurer dans des petits restaurants proposant exclusivement des plats de la région.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>S’adapter dans un pays où l’instabilité peut se fait sentir</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Les déplacements en voiture sont parfois stressants. Le taux de mortalité sur les routes d’Éthiopie est très élevé. En constatant l’état des routes, ce n’est pas vraiment une surprise. Peu d’entre elles sont goudronnées, nombreuses sont les pistes que nous avions dû emprunter pour les prospections dans les montagnes. Les camions roulent à vive allure entre les tuk tuks, les taxis collectifs et les transports de charrette tirée par des ânes. L’ensemble peut paraître chaotique, mais fonctionne plutôt bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il arrive parfois que le «&nbsp;mauvais œil&nbsp;» nous tombe dessus. Un matin, l’une des zones de fouille située dans un jardin privé est devenue inaccessible, porte close. Au ton employé par la propriétaire (une femme âgée), nos collègues éthiopiens négocient, courbent un peu le dos, et demandent pourquoi. Elle nous reproche d’avoir fait entrer chez elle le «&nbsp;mauvais œil&nbsp;», ce qui aurait entraîné la perte de l’une de ses bêtes. Pour la première fois depuis le début de la mission, nous ne sommes plus les bienvenus. La situation est délicate, la tension se fait sentir. Mais nous serons autorisés à revenir quelques jours afin de finir l’enregistrement des données et de reboucher la zone.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, pas une seule fois, nous nous sommes sentis en danger. Mais un tel voyage nécessite bien des mesures qui ont été prises en amont par les fonctionnaires de sécurité de défense (FSD) du CNRS : l’évaluation de la situation sur place. À ce moment, l’Éthiopie semblait entrer dans une période d’accalmie avec l’Érythrée. C’est d’ailleurs lors de notre séjour que le prix Nobel de la paix a été décerné au Premier ministre éthiopien. Document que nous avons eu la chance d’admirer à Addis-Abeba en décembre.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, l’ambiance sur les lieux laisse présager d’une stabilité fragile au cœur même du pays. L’armée contrôlant la route principale que nous empruntons quotidiennement pour aller de Mekelé à Qwiha, le contrôle des papiers d’identité et des passeports est obligatoire. De brefs moments d’échanges nous permettaient parfois de passer plus rapidement, mais il est indéniable qu’un lourd silence s’installait lors de ces arrêts. L’ancien gouvernement majoritairement tigréen avait laissé place à la gouvernance d’un homme d’une autre région, et les conflits inter-ethniques sont au cœur même d’une grande discorde dans le pays. L’annonce officielle de la guerre en novembre 2020 viendra enflammer l’Éthiopie déjà traversée par une crise alimentaire. Plus de la moitié de la population du Tigré souffre d’une insécurité alimentaire sévère, tandis que la majorité n’a pas un accès régulier à la nourriture. La situation a été exacerbée par ce conflit de deux ans, précédé par une invasion de criquets qui détruisaient déjà les cultures lors de notre passage en 2019.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">De toute évidence, l’accès au terrain a été impossible lors de cette période de guerre. La priorité n’était plus à l’étude, il s’agissait plutôt d’aider ceux que nous connaissions avec le peu de moyens dont la mission disposait encore. Le projet de faire venir des étudiants en tant que réfugiés de guerre est souvent abordé lors de tels conflits, mais la région du Tigré a été plongé dans une très longue période d’isolement total, où tout moyen de communication avec le monde extérieur était impossible. Aujourd’hui, un accord de paix maintient un équilibre très fragile. Les prochaines missions archéologiques envisagées par le projet Horn East ne sont pas prévues avant 2024, mais les missions d’approches et de prospections sont programmées pour 2023. Le fragile fil de l’histoire reprend petit à petit son chemin, laissant au-dessus des locaux et des chercheurs l’ombre d’une nouvelle rupture encore beaucoup trop proche.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-3.png" alt class="wp-image-37419" width="617" height="462" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-3.png 454w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-3-300x225.png 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-3-80x60.png 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/05/horn-east-ethiopie-3-150x112.png 150w" sizes="auto, (max-width: 617px) 100vw, 617px"><figcaption class="wp-element-caption">Projet Horn East, église éthiopienne en construction au Tigré. Visité lors d’une prospection dans le nord de la région.</figcaption></figure>
</div>


<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Bibliographie&nbsp;<br><br>Amelie Chekroun et Nicolas Baker, <em>Les stèles perdues d’Ethiopie, Journal du CNRS</em> : <a href="https://lejournal.cnrs.fr/articles/les-steles-perdues-dethiopie">https://lejournal.cnrs.fr/articles/les-steles-perdues-dethiopie</a> consulté le 29/03/2023.&nbsp;<br><br>Julien Loiseau et Amelie Chekroun, <em>Ces stèles qui bouleversent l’histoire de l’Éthiopie, Journal du CNRS</em> : <a href="https://lejournal.cnrs.fr/videos/ces-steles-qui-bouleversent-lhistoire-de-lethiopie">https://lejournal.cnrs.fr/videos/ces-steles-qui-bouleversent-lhistoire-de-lethiopie</a> consulté le 29/03/2023.&nbsp;<br><br>Simon Dorso, <em>Le site de Kwiha (Tigray, Éthiopie) de la période aksoumite au XVI<sup>e</sup> siècle : premier bilan des fouilles et recherches en cours</em>, Séminaire Monuments et documents de l’Afrique ancienne : recherches en cours en histoire, histoire de l’art et archéologie, 2022.&nbsp;<br><br>Julien Loiseau et al., <em>Bilet and the wider world: New insights into the archaeology of Islam in Tigray. Antiquity</em>, 95(380), Cambridge, 2021, pp. 508–529.&nbsp;</p>
</blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="ensavoirplus wp-block-paragraph">Élise Mercier est en thèse d’archéologie sous la direction de Yves Gleize et Vincent Michel : Les inhumations dans les lieux de culture chrétien en Palestine, de l’antiquité tardive à l’époque des croisés. Etude diachronique des différents aspects architecturaux, religieux et sociaux d’une pratique funéraire tolérée et privilégiée dans les églises.<br><br>Cet article a été réalisé dans le cadre d’une formation doctorale sur l’écriture journalistique avec l’École doctorale Humanités de l’Université de Poitiers.</p>
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