Sans oublier Balzac, Noël et Thibaudeau

Manuscrits des Calvinistes d'Antoine-Claire Thibaudeau. Olivier Neuillé - médiathèque de Poitiers.

Par Grégory Vouhé

L’occasion, aussi, de retrouver dans l’article « Poitiers balzacien », paru en janvier 2013 dans L’Actualité, les nombreuses occurrences de Poitiers dans l’œuvre de Balzac (absent du volume Qu’a donc Los Angeles de plus que Poitiers ?). Comme de relire « Promenades poitevines & littéraires » – on préfère l’usage de poitevin à « pictave », inconnu des dictionnaires (L’Actualité n° 85, juillet 2009). Sans oublier les Souvenirs pittoresques du Poitou et de l’Anjou d’Alexis-Nicolas Noël, publiés en 1828 (L’Actualité n° 117, p. 42), ou le manuscrit des Antiquités de la ville de Poitiers rédigé par Pierre de Beauménil du milieu des années 1740 au début des années 1780 (ibid., n° 113, p. 88 – 90). Datée de Poitiers en août 1827, la lettre II d’A. Noël débute ainsi :

« Messieurs,

Je vous ai promis la relation de mes courses dans le Poitou, et la description des sites que je vais parcourir […].

Poitiers, civitas pictonum, dont l’origine remonte aux premières années de la domination romaine, est une de ces villes qui comme tant d’autres voit chaque jour disparaître de son sein ses plus précieux monuments historiques ; des édifices que les siècles avaient ennoblis, que la religion avait consacrés, semblent avoir enseveli sous leurs ruines jusqu’aux souvenirs qui s’y rattachent.

Située sur une colline au confluent de la Boave et du Clain, cette antique cité n’a plus rien de son ancienne splendeur… »

Couverture des Souvenirs pittoresques d’Alexis Noël (1828), illustrée d’un dessin de l’auteur lithographié par Langlumé. Photo Olivier Neuillé – Médiathèque de Poitiers.

Vers la même époque, Antoine-Claire Thibaudeau (Poitiers, 1765 – Paris, 1854) rédige un roman historique intitulé Les Calvinistes, chronique poitevine, ou le Poitou au seizième siècle, resté inédit. On ne peut s’empêcher de penser au roman sur l’histoire de France à la manière de Walter Scott de Lucien de Rubempré, qui dépeint la lutte entre les protestants et les catholiques (Illusions perdues). Donné par son petit-fils à la bibliothèque municipale de Poitiers, le manuscrit de Thibaudeau comprend 962 feuillets. « Le sujet de ce roman est la guerre de religion en France depuis la mort de François Ier jusqu’à la Saint-Barthélemy. […] Le théâtre est la province de Poitou […] La partie romanesque se compose des amours du fils d’un ministre calviniste supplicié avec la fille du gouverneur catholique du Poitou […]
À la Toussaint, Mourant et sa famille revinrent à Poitiers. Si c’était une fête d’aller au village, c’en était une aussi de rentrer dans la ville après deux mois d’absence.
[…]

Première page du manuscrit des Calvinistes d’Antoine-Claire Thibaudeau.
Photo Olivier Neuillé – médiathèque de Poitiers.

Je ris de pitié quand je vois des écoliers conduits aux champs par leurs maîtres, tantôt tristement deux à deux comme à la procession, tantôt pèle-mêle en polissonnant, mais sans penser à rien. Avec leurs couteaux, ils écrivent leurs noms sur la pierre levée, sans soupçonner que c’est peut-être un autel ou un tombeau de leurs ancêtres. Ils passent devant les aqueducs de l’hermitage, sans se douter que ce fut un monument du peuple-roi1. […]

L’instruction de Maurice relativement à l’histoire de son pays avança rapidement. L’ancienne origine de Poitiers lui avait été prouvée par les ruines des monuments romains, tels que le Palais Gallien, les Arènes, les Aqueducs. […]

Cependant Maurice, qui ne connaissait pas de plus belle ville que Poitiers, avait sur le cœur ces expressions dont s’étaient servi ses ancêtres dans leur requête au roi Louis XI, ville de grand circuit, vague et mal peuplée. Il faut donc, dit-il un jour à frère Jean, qu’elle ait bien changé depuis. Elle est de grand circuit, c’est vrai, mais vague et mal peuplée, je ne vois pas cela. […]

Première page du chapitre V des Calvinistes d’Antoine-Claire Thibaudeau.
Photo Olivier Neuillé – médiathèque de Poitiers.

La moitié des rues ne sont pas pavées, les autres le sont de cailloux pointus qui percent la plante des pieds. L’herbe y croit comme dans un pré, et les bouchers y mènent paître les moutons. — Connaissez-vous, répliqua Maurice, beaucoup de villes où il y ait autant de beaux, de superbes établissements publics ? Chaque jour elle s’embellit. C’est une forte place de guerre. […]
Tout reposait dans la ville. Maurice brûlait d’impatience. Attentif au moindre bruit, il comptait les minutes ; le gros horloge Balthazar sonna minuit, la porte s’ouvrit, et se referma sur lui
2. »

  1. Le peuple-roi, l’ancien peuple romain. Ô Romains, disait-il, peuple-roi que je sers (Voltaire, Mort de César, III, 8).
  2. Médiathèque de Poitiers, manuscrit 363 (408). Gaston Dez, « Le Conventionnel Thibaudeau. L’exil, le Poitou », bulletin de la société des Antiquaires de l’Ouest, 1946, le confond en note avec un manuscrit de 1829 (p. 43), et en donne un autre extrait (p. 47) : « adieu Pierre-Levée… charmant coteau, gentilles prairies, Biard, Hôpital des Champs, Saint-Benoît, Cueille Mirebalaise, Moulin Parent, rochers du Porteau, où j’ai, dans mes beaux jours, souvent mangé la salade à l’huile de noix, du caillé, des jonchées et (les) fouasses délicieuses… »

Qu’a donc Los Angeles de plus que Poitiers ?, dir. A. Quella-Villéger et J.-P. Bouchon, Atlantique éditions de l’Actualité Nouvelle-Aquitaine, 812 p., 28 €

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