Gaëtan Bernoville et P. Pingault

Vue de Poitiers. Photo Marc Deneyer

Par Gré­go­ry Vouhé

La ten­ta­tive d’épuisement est vaine. Innom­brables sont les auteurs par­lant de Poitiers. Citons encore La Société du Sacré-Cœur de Jésus de Gaë­tan Bernoville (Gras­set, 1940) : « De quelle belle et fière façon campe cette ville uni­ver­si­taire sur les collines aux allures de falais­es ! Demeures de noblesse, églis­es insignes, cou­vents tac­i­turnes, col­lèges opu­lents, tout cela, plein de sens et chargé d’histoire, mi-dressé, au-dessus d’une de nos plus belles cam­pagnes, à l’extrême sud du pays de Loire, au seuil du Midi bour­don­nant. D’où je ne sais quel charme com­pos­ite et sub­til dont le songe s’enchante sans vivac­ité, mais sans mélan­cholie, je ne sais quel par­fum d’un passé que la vie ani­me et qui est pré­cisé­ment con­cen­tré, comme en une cas­so­lette, dans la mai­son des Feuil­lants. […] Au delà, le parc dévale vers une vaste prairie où le Clain fait gliss­er silen­cieuse­ment ses eaux lentes sur un fond d’herbe. Puis c’est brusque­ment la ligne des collines, abruptes et rocheuses comme des falais­es. Paysage à la fois déployé et con­tenu, riant et grave, plein de con­fi­dences et de voix, éminem­ment fait pour retenir et envelop­per les monastères, les cou­vents, les vieilles demeures où la France d’autrefois per­siste. »

Essai topographique

Dans son Essai topographique sur la ville de Poitiers (1824), P. Pin­gault s’intéresse notam­ment aux habi­tants : « Les Poitevins, en général, ont des mœurs très douces ; ils sont sen­si­bles, bons, dociles, très attachés aux usages qu’ils tien­nent de leurs pères et mères, et se prê­tent dif­fi­cile­ment à les chang­er. […] On leur a reproché d’être inertes, insou­cians : il est vrai qu’il ne règne pas par­mi eux toute l’activité des villes de com­merce ; cepen­dant on voit aug­menter le nom­bre et le suc­cès des com­merçants. Quant aux man­u­fac­tures, leurs pro­duits ne sont pas con­sid­érables ; une nou­velle man­u­fac­ture de drap, des bon­neter­ies, des toiles, des étoffes, des mégis­series, des tan­ner­ies et des poter­ies en font les prin­ci­paux objets. A Saint-Benoît, près Poitiers, il existe une fab­rique de papiers. L’habitant est ami des sci­ences, de l’étude ; aus­si beau­coup de gens dis­tin­gués y bril­lent par leur mérite et leurs tal­ens ; aus­si ont-ils établi une Société d’agriculture, célèbre par ses mémoires, con­join­te­ment avec l’Athénée ; une Société d’émulation, dont les séances sont pour le moment sus­pendues […]

Poitiers est groupé sur le som­met d’une colline tournée vers le nord : à l’est de cette colline coule le Clain, qui prend sa source à Jesse, près de Con­folens, et à l’ouest la petite riv­ière de la Boivre promène douce­ment ses eaux pour aller se réu­nir au Clain vers le nord de la ville. […]

Suiv­ant le rap­port de M. l’Apparent, préfet du départe­ment de la Vienne, dans une descrip­tion générale qu’il a faite de ce départe­ment, la ville de Poitiers con­tient qua­tre mille cinq cent quar­ente-six feux1 ; mais les nou­velles maisons qui s’élèvent tous les jours dans son enceinte en ont aug­men­té le nom­bre et embel­lis­sent cette ville, autre­fois si mal bâtie. Ses rues, dont on renou­velle le pavé, qui étoit très mau­vais, mal­gré l’alignement qu’on a soin de pren­dre pour les maisons qu’on rebâtit, et mal­gré le niv­elle­ment qu’on s’efforce d’y établir, en général n’en sont pas moins sin­ueuses et ont presque partout une pente assez sen­si­ble, surtout aux par­ties ori­en­tale et occi­den­tale ; mais elles sont, en général, larges et belles dans la par­tie supérieure de la ville, où demeure la classe aisée de la société ; les maisons y sont bien bâties, presque toutes en pier­res de taille, et ont d’un à trois étages sur le rez-de-chaussée, tan­dis que les anci­ennes de la basse ville sont en bois et n’ont qu’un ou deux étages. »

  1. Feu : un ménage, une famille.

Qu’a donc Los Ange­les de plus que Poitiers ?, dir. A. Quel­la-Vil­léger et J.-P. Bou­chon, Atlan­tique édi­tions de l’Actualité Nou­velle-Aquitaine, 812 p., 28 €

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