Madalina Petcu — «Simplement, fais-le !»

Madalina Petcu, maîtresse de conférence à l’université de Poitiers, rattachée au Laboratoire des mathématiques et applications (UMR 7348), avec l’équation de Navier-Stokes, régissant la dynamique des fluides. Photo prise par les étudiantes et étudiants.

Rencontre avec Madalina Petcu du Laboratoire de mathématiques et applications (LMA) de l’université de Poitiers, dont la passion pour les mathématiques et l’enseignement s’est révélée dans sa ville natale à Bucarest.

« Tu as choisi les mathématiques ? Mais c’est difficile d’avoir le même niveau que les hommes dans un métier pareil. » 

En entendant cette réflexion d’un ancien professeur de géographie exerçant dans un lycée d’élite de Bucarest, Madalina Petcu n’a pas été découragée, juste déconcertée. Le fait qu’un professeur, ayant une influence sur ses élèves, puisse tenir un tel discours l’a choquée et lui a fait prendre conscience du fait qu’il existait de réels préjugés ancrés dans la société. 

En effet, née de parents ingénieurs, pour Madalina, les études et le milieu scientifique ont toujours été une évidence et ces discriminations étaient inexistantes dans son environnement familial. 

Madalina Petcu a grandi et étudié à Bucarest. Un attrait particulier pour l’enseignement est stimulé chez elle au collège. En effet, elle admire sa professeure de mathématiques, particulièrement pédagogue, cultivée et possédant une belle écriture. Elle ira jusqu’à l’imiter chez elle le soir, en écrivant sur les murs de sa maison, au plus grand plaisir de ses parents… Aujourd’hui, Madalina est maîtresse de conférence en mathématiques appliquées à l’université de Poitiers. Cette ancienne professeure est toujours présente dans son esprit : « Quand j’enseigne, quelque part je l’imite un peu », dit-elle.

Selon Madalina, l’influence des enseignants et le côté humain des relations est essentiel dans sa vie : « J’ai aimé les matières dans lesquelles j’ai admiré mes professeurs. Il n’y a pas qu’un côté purement scientifique. C’est pour ça qu’aujourd’hui je fais attention quand j’enseigne. »

Les mathématiques n’étaient pas sa première option. Elle s’est tout d’abord attelée à des études en biologie. Cependant, trouvant cette science fastidieuse du fait de la quantité d’informations à mémoriser, elle décida de s’orienter vers les mathématiques. 

« J’ai choisi ce métier par paresse », se remémore-t-elle avoir dit à sa mère.

En effet, pour Madalina, il était plus simple de n’avoir « qu’à » réfléchir plutôt que d’apprendre beaucoup de notions par cœur. Elle a donc poursuivi ses études universitaires en mathématiques à Bucarest.

Son projet professionnel initial était de devenir enseignante. Cependant, certains professeurs lui ont démontré l’intérêt de la recherche et lui ont proposé de poursuivre dans le domaine des mathématiques en envisageant une thèse. Ce qui l’amène en 2002 jusqu’à Paris pour effectuer son doctorat portant sur la modélisation mathématique de la formation des vagues grâce aux équations différentielles à dérivées partielles. Elle décrit son directeur de thèse comme un modèle lui ayant transmis les bases du métier de chercheur ainsi que les connaissances nécessaires à son domaine de recherche. C’est à ce moment que sa passion pour son métier, la modélisation mathématique de phénomènes physiques, s’est développée.

Une fois doctoresse, Madalina a effectué une année en Attachée temporaire d’enseignement et de recherche (Ater) à Paris suivi de six mois d’enseignements aux États-Unis, puis une année de post-doctorat à Genève. En 2007, elle réussit finalement à obtenir le « métier de ses rêves » en France, enseignante-chercheuse au Laboratoire des mathématiques et applications de Poitiers. Pour elle, obtenir ce poste, conciliant son projet d’enseignement et sa passion pour la recherche, est son plus grand accomplissement car il est vraiment compliqué d’être titularisé en tant que chercheur. 

Son métier est une passion : « D’un côté il y a une charge importante de travail mais c’est tellement fascinant, intéressant… Je ne me vois pas faire autre chose. »

Aujourd’hui, en tant que professeur, Madalina a remarqué que certaines de ses étudiantes avaient tendances à ne pas tenter des concours à niveaux plus élevés parce que certains préjugés sexistes sont ancrés inconsciemment dans leurs esprits. 

Son conseil, en tant que professeure et en tant que femme, est de ne jamais s’autocensurer : “If you like it, just do it !” (« Si tu aimes quelque chose, fais-le ! » ) annonce-t-elle avec assurance.

« On rate parce que l’on est un être humain, pas parce que l’on est une femme », ajoute-t-elle.

De manière générale, Madalina ne ressent pas de discriminations en tant que femme dans son travail. Son métier est international, rassemblant des personnes venant du monde entier, hommes et femmes. Ce domaine reste cependant dominé en nombre par le genre masculin, mais petit à petit, au fil des années, Madalina a pu observer une augmentation du nombre de femmes dans le milieu. « Ce n’est pas un parcours tellement facile. Dès l’enfance, certains professeurs envoient des préjugés et des a priori qui peuvent décourager les filles. Tant qu’on ne se met pas de barrière, il y aura sans doute de plus en plus de femmes dans les sciences. Il faut dépasser les préjugés et les idées reçues sexistes. »

Auteurs  

Gabin Galnon est en deuxième année de thèse au laboratoire Xlim de Limoges, faisant parti de l’équipe d’électronique imprimée. Son sujet porte sur la mise au point de dispositifs émetteur de lumière pompés électriquement à base pérovskite hybride.
Julie Magri est doctorante en deuxième année au laboratoire Xlim à Limoges. Elle travaille sur la mise en place d’un interféromètre à conversion de fréquence dans le moyen et lointain infrarouge.
M.A Fathima Shabana est doctorante en deuxième année à l’université de Limoges. Sa thèse s’intitule : « Sources de supercontinuum dans les gammes spectrales émergentes pour l’imagerie haute résolution. »

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