La communarde André Léo par Joseph Tourtin

André Léo par Joseph Tourtin. Fonds Reclus. Association André Léo.

Dans le numéro 131 de la revue L’Actualité Nouvelle-Aquitaine dédié au siècle d’Edgar Morin, nous avons publié un portrait inédit et peu connu de la communarde André Léo (1824–1900), née Victoire Léodile Béra à Lusignan. Le portrait accompagne un texte de l’historienne Michelle Perrot. Nous publions à nouveau ce portrait ici avec une explication de Jean-Pierre Bonnet, membre de l’association André Léo.

Par Jean-Pierre Bonnet

Une photographie nouvelle d’André Léo

Dans un lot de photographies provenant de la famille Reclus à Domme (24250, Dordogne), et passées en vente publique à l’Hôtel Drouot par les soins de l’étude Ader le 27 avril 2017 (n° 426 du catalogue) s’est trouvée une photographie d’André Léo, un peu sommairement annoncée : “Victoire Champseix (André Léo)” – mais on peut pardonner à ceux qui ne sont pas du sérail d’ignorer que Victoire, son premier prénom, n’est pas l’usuel, qui est le second, Léodile.

Il n’est pas surprenant de trouver un portrait d’André Léo, proche amie des deux frères aînés de la nombreuse fratrie Reclus d’Orthez1, Élie, et surtout Élisée, dans une maison qui a longtemps été celle d’une de leurs sœurs, Noémi, et de son mari, le pharmacien Eugène Mangé. Couple exceptionnellement sans enfants, dans la foisonnante descendance Reclus, les Mangé ont laissé leur propriété en héritage à Paul Reclus, fils d’Élie, et quelque temps secrétaire de son oncle Élisée dans les dernières années de sa vie.

L’acquéreur des 38 photographies ainsi mises en vente, Jean-Claude Wartelle, a généreusement fait don à l’Association André Léo de ce rare portrait, qui vient heureusement enrichir l’assez maigre série des photos déjà connues.

Par le photographe Joseph Tourtin

On sait assez précisément quand cette photographie a été réalisée, car elle porte au verso l’adresse de l’atelier, qui se trouve alors au 32, rue Louis-le-Grand. Or on sait que Joseph Tourtin a succédé dans les lieux à son prédécesseur, Ange Joseph Camaret, “vers l’année 1868”. Il y exercera jusqu’à son décès, le 23 juillet 1878.

On peut donc, avec une légère marge d’incertitude, situer la date de ce portrait dans les années 1868–1871, puisqu’ensuite André Léo, partie de Paris en juillet 1871, n’y reviendra plus avant la fin de l’année 1881, bien après la mort de l’artiste. On pourrait même réduire un peu cette fourchette, car a‑t-elle pris le temps de se faire photographier au cours de l’année 1871, soit vers la fin du siège de Paris, ou, après un séjour en Poitou de la mi-février jusqu’au 4 avril, pendant la Commune ? Et sans doute pas après la chute de celle-ci, lorsqu’elle se cache dans Paris jusqu’à son départ pour la Suisse ?

On peut donc dire avec assez de précision qu’étant née le 18 août 1824, elle a entre 44 et 46 ans.

La raison sociale du photographe pose ici question, car la signature “J.E. Tourtin” n’est pas celle que l’on retrouve par la suite chez cet artiste, “J. Tourtin aîné”. Il y a au moins deux Tourtin photographes, Joseph qui exerce surtout à Paris, et Émile, parti s’installer à Rouen, qui serait un jeune frère. Les prénoms de “J. Tourtin aîné” présentent quelques incertitudes : l’acte de décès porte “Jules Joseph”, mais l’inventaire après décès dit “Joseph Marie Hyacinthe”, et indique comme subrogé-tuteur de Joseph Marius, fils mineur du défunt, Émile Barnabé Octave Tourtin, oncle du mineur et photographe 8 boulevard des Italiens. Il paraît s’agir du même Émile également installé à Rouen.

Aucune de ces données d’état civil n’éclaire l’existence d’un “J.E. Tourtin” au 32, rue Louis-le- Grand, à moins qu’en début d’exercice les deux frères Joseph et Émile, associés, aient choisi cette signature. L’officine de la rue Louis-le-Grand est connue par une photographie de la rue prise du temps où Camaret y tenait atelier. Elle était installée dans une partie d’un monument historique, le pavillon de Hanovre. Tous ces immeubles seront abattus en 1930, mais le pavillon de Hanovre, démonté pierre par pierre, sera reconstruit dans le parc de Sceaux.

André Léo par Jacques Tourtin. Fonds de la famille Reclus.

Selon une pratique qui paraît courante à l’époque, particulièrement chez Joseph Tourtin, la photo a été retouchée. Peu visibles dans le petit format original, ces ajouts deviennent gênants lorsque l’on agrandit le visage, particulièrement pour la lèvre inférieure, l’œil droit, et de curieux aplats cherchant visiblement à corriger l’implantation particulière de la chevelure, avec ce départ de raie qui s’esquisse sur le haut du front, à la verticale de l’œil gauche. Il est possible que ces correctifs aient mal vieilli, et soient aujourd’hui beaucoup plus visibles qu’à l’origine.

Sur des photos réalisées par la suite, J. Tourtin se présente comme l’inventeur d’un format (ou procédé ?) de photographies, le “portrait Rembrandt-carte”, à propos duquel aucune précision n’a été trouvée par ailleurs.

1 Le pasteur Jacques Reclus, d’Orthez, et son épouse Zéline Trigant, ont eu onze enfants, six  filles  et cinq garçons (sans compter trois filles mortes jeunes, Suzie — 19 ans, ). Élise — 6 jours, et Anna — 7 ans).

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