Henry VII, premier roi de la dynastie Tudor

Le roi Henry VII, Tudor. huile sur panneau, 1505. National Portrait Gallery, London.

Par Marine de Rocca Serra

La dynastie Tudor continue de hanter notre imaginaire, indissociable qu’elle est de l’histoire anglaise, tant pour les décisions majeures prises par les cinq monarques de cette maison royale que pour leur postérité. De nombreux films, séries télévisées et documentaires ont été réalisés afin de nous donner à voir cette dynastie qui a marqué, de façon durable, l’histoire de l’Angleterre. Henry VII (1457–1509), le premier roi Tudor, a eu un destin exceptionnel et demeure pourtant méconnu. D’une vie d’exilé et de réfugié politique à celle de roi d’Angleterre et fondateur sa dynastie, Henry VII a été éclipsé par son fils, le flamboyant Henry VIII, et sa petite fille, la charismatique reine vierge, Elisabeth Ire.

Une vie marquée par la guerre et l’exil (1457–1483)

Henry Tudor naît le 28 janvier 1457 dans une Angleterre marquée par un conflit dynastique, celui de la guerre des Deux-Roses (1455–1485) opposant les familles de Lancastre et de York. Unique enfant d’un noble Gallois et demi-frère du roi Lancastre Henry VI, Edmond Tudor (1430–1456), et d’une riche aristocrate anglaise, également membre de la famille royale, Margaret Beaufort (1443–1509), la vie d’Henry Tudor semble toute tracée. Néanmoins, de nombreux évènements plus ou moins tragiques vont faire basculer ce destin. Son père, Edmond Tudor, meurt quelques mois avant sa naissance, emprisonné par des loyalistes York. Le petit Henry Tudor est élevé durant ses cinq premières années par son oncle paternel Jasper Tudor, qui aura une place centrale dans sa vie. Cependant, la famille Lancastre est renversée le 29 mars 1461 et Edouard Plantagenet (1442–1483), chef du parti des York, est proclamé roi Edouard IV d’Angleterre à la place de son cousin, Henry VI. En conséquence, le futur Henry VII est séparé de sa famille et placé chez des nobles loyaux à la famille des York, ce qui lui est particulièrement pénible, si l’on en croit le mémorialiste flamand Philippe de Commynes, qui l’avait rencontré.

Plusieurs années après, Edouard IV fait tuer les membres principaux de la famille royale Lancastre : Henry VI et son fils, Edouard. Henry VI mort, Henry Tudor est le dernier héritier Lancastre et, donc, une menace potentielle pour la maison York. Il n’a pas d’autre choix que de fuir l’Angleterre au côté de son oncle Jasper Tudor et de se réfugier en Bretagne, pendant treize ans.

Une lutte pour le trône d’Angleterre (1483–1485)

Edouard IV meurt le 9 avril 1483 après vingt ans de règne, laissant deux jeunes fils, de neuf et douze ans, et cinq filles non mariées. Le jeune frère du roi, Richard, duc de Gloucester (1452–1485), profite de cette situation pour usurper le trône et devenir roi d’Angleterre sous le nom de Richard III. Il fait enfermer ses neveux dans la tour de Londres d’où ils disparaissent sans laisser de trace, peut-être assassinés sur l’ordre de leur oncle. Cette situation provoque une révolte contre le nouveau roi, à la désormais d’une réputation désormais sinistre. Cela profite à Henry Tudor qui, toujours exilé en Bretagne, est désormais considéré désormais comme une alternative à Richard III.

Dès lors, Henry Tudor devient la cible de Richard III qui tente de le faire capturer pour le tuer. Henry Tudor réussit cependant à s’enfuir et à rejoindre le royaume de France de Charles VIII. Il y est accueilli en prétendant légitime au trône d’Angleterre et bénéficie d’un soutien financier lui permettant de recruter une armée pour envahir l’Angleterre et conquérir le trône. Arrivé en Angleterre le 7 août, Henry Tudor a besoin d’un allié indispensable pour gagner contre Richard III. Il s’agit du troisième mari de sa mère, Thomas Stanley (1435–1504), qui ne s’est pas encore prononcé sur sa loyauté. Malgré tout, Henry Tudor croise le fer avec Richard III deux semaines plus tard, dans une plaine près d’un village nommé Bosworth qui donnera son nom à cette bataille qui allait à jamais changer l’histoire de l’Angleterre. L’armée d’Henry VII, bien qu’inférieure en nombre, réussit à mettre en déroute celle de son rival et Richard III finit par être désarçonné de son cheval, d’où la célèbre réplique dans la pièce de Shakespeare : «A horse, a horse, my kingdom for a horse !» C’est en cet instant que l’armée dirigée par la famille Stanley se range du côté Tudor. Malgré le courage dont Richard III fait preuve, il meurt au combat. La dynastie tricentenaire des Plantagenet prend fin ce 22 août 1485, laissant place à une nouvelle dynastie, celle des Tudor.

Un combat pour la postérité

Devenu roi d’Angleterre, Henry VII est conscient que sa couronne, récemment acquise, pourrait lui être retirée car d’autres prétendants ont davantage, sinon plus, de légitimité que lui. C’est pour cela qu’il doit honorer une promesse faite aux partisans York, qui l’ont soutenu lors de sa campagne militaire contre Richard III, en épousant la princesse Elisabeth d’York (1466–1503), fille aînée du roi Edouard IV, afin d’unifier les deux maisons rivales sous une seule bannière. Ce mariage, bien que politique, est heureux et de nombreux enfants sont issus de cette union, dont le futur Henry VIII.

Pourtant, ce mariage ne suffit pas à apaiser les tensions et nombreux sont ceux qui tenteront de renverser Henry VII en invoquant les fantômes du passé. De la révolte de Lambert Simnel, qui se faisait passer pour un prétendant York, à Perkin Warbeck, un jeune homme qui prétend être un des princes disparus dans la tour de Londres lors de l’usurpation de Richard III, plusieurs imposteurs mettent à mal son pouvoir. Ces menaces sont préoccupantes, non seulement pour le règne d’Henry VII, mais aussi pour le futur de sa dynastie. Depuis la naissance de son fils aîné, le prince Arthur (1486–1502), Henry VII nourrit de grands projets pour ses enfants, désirant les voir mariés aux familles royales européennes, à savoir l’Espagne des rois catholiques pour son fils Arthur, l’Écosse pour sa fille ainée Margaret (1489–1542), et la Bourgogne pour sa cadette Marie (1496–1533). Ces unions sont vitales pour la dynastie Tudor afin d’imposer l’Angleterre comme puissance européenne.

Cependant, Isabelle Ire de Castille et Ferdinand II d’Aragon ne sont pas désireux d’envoyer leur fille, Catherine d’Aragon, dans un pays où sa couronne pourrait être menacée par d’autres prétendants. Henry VII prend alors une décision aussi brutale que radicale : il fait exécuter Perkin Warbeck en 1499. Après cela, le mariage anglo-espagnol a lieu mais, quelques mois après, Arthur meurt de la tuberculose laissant son jeune frère, le futur Henry VIII, devenir l’héritier présomptif.

Après vingt-quatre ans de règne, Henry VII meurt le 21 avril 1509, laissant à son fils un royaume riche, pacifié et respecté par ses voisins européens. Le plus grand exploit du premier roi Tudor est de transmettre à son fils un royaume dépourvu de menaces intérieures et d’avoir fait de sa dynastie la maison royale incontestée d’Angleterre. Sans sa volonté de mettre un terme aux luttes intestines qui ont gangréné l’Angleterre trente années durant, sans sa volonté d’élever son royaume à l’échelle de puissance européenne, aucune gloire n’aurait été possible pour celles et ceux qui lui allaient lui succéder.

Snobé par Shakespeare ?

Henry VII, un fondateur méconnu ? D’hier à aujourd’hui, les adaptations littéraires ou audiovisuelles l’occultent, à commencer par le célèbre dramaturge élisabéthain, William Shakespeare, qui lui a donné un rôle effacé dans sa tragédie Richard III sans jamais lui accorder une pièce à part entière, alors que son prédécesseur (Richard III) et son fils (Henri VIII) eurent chacun une pièce sur leurs règnes. Pour prendre un exemple contemporain, dans la série Les Tudors (2008–2011), tous les monarques d’Henry VIII à Elisabeth Ire sont présents, à l’exception d’Henry VII. Il semble bien qu’il soit le monarque Tudor le moins mis en avant. Toutefois, il a récemment eu sa place dans les séries adaptées des romans de Philippa Gregory et réalisées par Emma Frost, The White Queen (2013), The White Princess (2018) et The Spanish Princess (2019), qui traitent de la guerre des Deux-Roses ainsi que des débuts de la dynastie Tudor. Peut-être y a‑t-il là une volonté de lui restituer sa juste place dans l’histoire de l’Angleterre et son statut de fondateur de la dynastie Tudor.

Marine de Rocca Serra est doctorante à l’université de Poitiers, membre du CESCM. Ses recherches portent sur Henri VII, évolution historiographique et réécritures fictionnelles, sous la direction de Pascale Drouet.

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