Snow Crash – De la réalité de la fiction
Neal Stephenson en 2019. Photo CC / Christopher Michel.« Il faudrait te décider. Ce Snow Crash, au juste, c’est un virus, une drogue ou une religion ?
Elle hausse les épaules.
— Quelle différence ? demande-t-elle. »
Tout le mystère de Snow Crash est résumé dans ces quelques lignes : ce roman est beaucoup de choses à la fois, c’est donc potentiellement rien mais seulement en potentiel.
Ce roman de Neal Stephenson publié en 1992 est pourtant simple à résumer apparemment. Dans un avenir proche et dystopique, dans lequel les États-Unis d’Amérique sont divisés entre réseaux de cités-États appartenant à des potentats plus ou moins mafieux, soumis à des crises pléthoriques (économique, écologique, migratoire), la population préfère fuir la réalité tantôt dans la drogue, tantôt dans des univers virtuels cristallisés par le métaverse. Or, le magnat texan derrière la connexion de tous les réseaux ayant permis la création du métaverse, L. Bob Rife, a le projet mégalomane de prendre le contrôle du monde et d’en forcer l’unification sous son égide, en prenant le contrôle des esprits. Pour cela, il compte recourir au Snow Crash : censément une drogue de synthèse, cette substance contient un rétrovirus devant remodeler le cerveau humain pour le rendre sensible à un autre virus, celui-là informatique, qu’il compte diffuser via le métaverse. En fait, il a découvert le Snow Crash et ne l’a pas créé : ce « méta-virus », à la fois biologique, cognitif et informatique parce qu’avant tout informationnel, est en fait l’entité extraterrestre dont l’influence était prêtée par les anciens Mésopotamiens à la déesse Astarté. Seule l’alliance improbable d’Hiro Protagoniste, livreur de pizzas, sabreur et hacker à ses heures perdues, avec des personnages aussi hauts en couleur que la coursière Y.T., le chef mafieux Tonton Enzo et d’anciens agents de la CIA passés dans le privé, pourra empêcher la conjuration folle de Rife d’aboutir.
Neal Stephenson, architecte du métaverse
Toutefois, cette description ne rend pas hommage à l’intérêt du roman.
Il est important de souligner que le concept de métaverse, revenu sur le devant de la scène médiatique et intellectuelle en raison de la résolution de géants de la Big Tech, Zuckerberg et l’ex-Facebook en tête, de le concrétiser, venait initialement de Snow Crash.
Or, à sa lecture, j’ai pris conscience de l’aspect pertinent de la prospective engagée par son auteur. Sans lui prêter une qualité de visionnaire, force est de constater que plusieurs tendances du monde qu’il décrivait en 1992 semblent commencer à devenir réalité dans les années 2020, en dépit de son aspect auto-parodique ou absurde.
Cela s’explique par le profil de l’auteur, passionné de science et plus particulièrement d’informatique, ainsi que de littérature et de beaux-arts, ou encore d’actualité politique et internationale. À ce titre, Neal Stephenson a certainement développé une vue d’ensemble des tendances lourdes à l’échelle du globe et cela a vraisemblablement contribué, de manière plus ou moins involontaire, à les partager dans sa vision du monde futur.
De plus, depuis le début des années 2010, il est devenu acteur en périphérie des changements en cours, étant employé comme consultant par plusieurs acteurs de la Big Tech, tel que Jeff Bezos, pour des projets en lien avec ses univers de fiction, comme une tentative de créer un métaverse fondé sur la technologie de la blockchain.

Le roman comme ébauche des années 2020
C’est pourquoi il est intéressant de relire son œuvre pour mieux apprécier les dynamiques en cours.
Plus encore, des connexions thématiques et conceptuelles sont apparues de plus en plus évidentes entre la diégèse de Snow Crash et la production ainsi que l’influence du Cybernetic Culture Research Unit (CCRU).
Le CCRU fut un éphémère laboratoire de recherche à l’université de Warwick, actif durant les années 1990 avant sa fermeture administrative puis sa dissolution de fait au début des années 2000. Sa production consista essentiellement en de la « théorie-fiction », c’est-à-dire des œuvres de fiction illustrant leurs théories à la lisière de la philosophie post-moderne et de considérations ésotériques. L’un de leurs meneurs fut le philosophe britannique Nick Land, connu aussi pour son rôle dans le développement de la pensée néo-réactionnaire, devenue cruciale auprès de l’administration Trump II.
Cela est d’autant plus vrai en constatant qu’au contraire du titre en français, Le Samouraï virtuel qui se concentre sur le personnage principal au sujet duquel nous reviendrons, le titre originel Snow Crash renvoie à ce concept polymorphique et presque insaisissable qui s’accorde pleinement aux préoccupations du CCRU.
Dès lors, apprécier la relation de Snow Crash avec les évolutions contemporaines par le prisme des œuvres ou travaux du CCRU et de ses différentes successions est apparu comme incontournable, permettant de mieux comprendre comment un roman de 1992 a tant à nous dire sur 2026.
Plusieurs éléments de concordance entre notre actualité et l’univers du roman sont évidents à relever.
D’abord, nous avons l’éclatement des États-Unis par un communautarisme ethnique ou religieux, ou encore par un néo-féodalisme, ce qui conduit à une crise de l’État-nation. Ce contexte explique le pouvoir pris par L. Bob Rife en cherchant à prendre le contrôle par des manœuvres clandestines. À ce titre, il semble le prototype de personnalités tels qu’Elon Musk et surtout Peter Thiel auprès de Donald Trump.
Ensuite, les crises climatique et migratoire massives entretiennent l’instabilité politique et les inégalités socio-économiques, entre les États-Unis, l’ex-Union soviétique et le « Sud global ». Là aussi, cet aspect de la diégèse a des implications directes dans l’intrigue principale, au travers de l’alliance de L. Bob Rife avec des éléments renégats de l’ex-armée rouge et du KGB. Cet élément semble anticiper la tentation du rapprochement Trump-Poutine qui a été constatée jusqu’à récemment.

Dérégulation générale
Puis, la fuite de la réalité de pans entiers de la population est structurelle, y compris parmi les élites. Cela est illustré avec une ironie acide via le portrait réalisé des Feds, c’est-à-dire des derniers agents du gouvernement fédéral qui se réfugient dans la procédure administrative, au point de se retrouver bombardés de courriels de leur direction pour motiver les restrictions budgétaires sur le papier toilette. Plus encore, la population se plonge dans la drogue ou le virtuel, comme le métaverse ou le Snow Crash lui-même le démontrent.
Enfin, la démocratisation de technologies dangereuses est critique dans un contexte de dérégulation généralisée, au risque de la santé et de l’environnement. Dans l’univers de Snow Crash, les piles radioactives sont monnaie courant, au risque des incidents de radiation, et cela va jusqu’à la banalisation des techniques de manipulation génétique qui posent la question de la normalité, notamment avec les Rat-Things. Ce sont des chiens de combat produits en masse, génétiquement modifiés et « augmentés » par des implants robotiques, étant eux-mêmes équipés d’une pile atomique. De nos jours, la normalisation des IA génératives ou des robots, telles les voitures électriques et dites intelligentes, pose la question de leur impact écologique et de leur conformité aux usages et besoins humains, leur « alignement » pour reprendre le terme adopté par les ingénieurs informatiques.
Un dédale de liens
Plus encore, des éléments plus structurels ressortent du roman.
Nous avons notamment l’intrication croissante du virtuel et du réel, concept de base du métaverse lui-même, qui semble se concrétiser. Neal Stephenson avait anticipé cette évolution dans son projet formel lui-même : il voulait faire de Snow Crash non pas un roman papier mais un visual novel, c’est-à-dire une bande dessinée interactive sur ordinateur. Cette dynamique a aussi un lien avec la pensée du CCRU : autant le roman que les « théories-fictions » des universitaires en marge sont nourris de références historiques, depuis la philosophie continentale ou le post-structuralisme des French theorists jusqu’aux grimoires des magiciens et occultistes, que de références à la pop-culture Internet (mèmes, blogs, podcasts, jeux vidéos). Dans les deux cas, une pensée en rhizome est encouragée par la logique du lien hypertexte. Le risque devient alors de se perdre dans un dédale de liens simili-logiques, au risque de la projection abusive de sens et d’expérimenter des « coïncidences signifiantes », similaires aux synchronicités de Carl Jung, jusqu’à sombrer dans un délire mystique ou paranoïaque.
De plus, le rôle du second degré, de l’humour ironique ou même cynique est devenu prédominant. L’absurde dans cette œuvre, dans laquelle un expatrié ukrainien a le mauvais goût assumé d’adopter comme surnom de disc-jockey « Tchernobyl », se retrouve dorénavant banalisé sur l’Internet, notamment sous la forme du trolling, ce goût pour le harcèlement sous une forme satirique. Qui plus est, le héros se nomme littéralement Hiro (hero) Protagonist !
Déni des réalités
Enfin, la place importante du mysticisme avec les rôles accordés dans l’intrigue principale à la mythologie sumérienne et biblique, à la théorie du complot dite des « anciens astronautes », en lien avec l’imaginaire lovecraftien des Grands Anciens, à la Kabbale ou encore à des concepts issus de la « programmation neuro-linguistique », fait sens par rapport à la résurgence de l’occutisme et des pseudo-sciences de nos jours.
Ce dernier point peut s’expliquer par plusieurs éléments communs au roman et à notre situation actuelle :
1) le besoin de compréhension entre les dénis de réalité lénifiants et les discours paranoïaques ou escatologiques du personnel politique et médiatique,
2) et la tentation de recourir à ce genre de discours pour agir sur le monde, du moins sur l’imaginaire des gens, de la part d’une partie des élites dirigeantes.
La synergie dans le complotisme entre le mouvement populaire et complotiste dit QAnon et les figures du Dark Enlightment, mouvement dit néo-réactionnaire proche de Donald Trump, notamment représenté par l’essayiste états-unien Curtis Yarvin, qui ont des prétentions intellectuelles, des accès privilégiés aux médias et au personnel politique, illustre cette ambition de refaçonner le monde par un déni des réalités.
Au titre de ce dernier aspect, une boucle rétroactive semble se former entre passé, présent et futur, entre fiction et réalité. Snow Crash crée une analogie entre occultisme ou magie et informatique, à la fois du point de vue des oppresseurs (contrôle insidieux par le Système à la fois sur le virtuel et la réalité) et des rebelles (hacking du cosmos ou des programmes).
Lovecraft et Burroughs
Cela a induit une filiation avec un passé littéraire ayant comme figures notables Howard Philips Lovecraft et surtout William S. Burroughs, ou encore le discordianisme, qui féconde lui-même, par l’intermédiaire de Stephenson, un héritage spirituel, tels que le jeu vidéo Deus Ex ou le film Matrix. La mention de Burroughs est tout sauf innocente, à deux titres au moins. Cet auteur beatnik appelait à renverser la « réalité consensuelle », c’est-à-dire les représentations du monde considérées comme imposées par des puissances coercitives dans une perspective simili-gnostique, par les expériences psychédéliques et la pratique magique. Outre que cela rejoint les considérations sur la magie et le caractère délirant de l’intrigue principale de Snow Crash, Burroughs avait plus spécifiquement développé le propos que le langage était contre-naturel et était vraisemblablement une entité extérieure qui s’était imposée à l’espèce humaine, tel un parasite alien. Or, la menace principale dans Snow Crash est par derrière la drogue éponyme une entité assimilée tout à la fois à la déesse Astarté, à un virus biologique qui serait venu sur Terre grâce à un météore et à un code circulant par les signaux radios de l’espace interstellaire. Ce signal tente de pirater les cerveaux humains et l’un des syndromes en est la glossolalie, c’est-à-dire parler dans une langue inconnue lors d’expériences de transe. Dès lors, la référence commune à Burroughs de Stephenson et du CCRU apparaît évidente.
Éris, déesse grecque de la discorde
Ledit passé littéraire a réactivé et a subverti à des fins militantes une théorie du complot réactionnaire en une dénonciation de la ploutocratie, notamment à partir de la trilogie de romans Illuminatus! des auteurs discordaniens Robert Anton Wilson et Robert Shea, dans un contexte lui-même trouble avec le Watergate et autres scandales associés dans les années 1970. Le discordianisme est un mouvement artistique et simili-religieux, (auto-)parodique et subversif. Créé avec la publication des Principia Discordia par Greg Hill et Kerry Wendell Thornley en 1963, le discordianisme valorise le chaos comme un principe émancipateur contre la rigidité des institutions et des dogmes. Ses membres vouent à ce titre un culte à Eris, déesse grecque de la discorde à l’origine de la guerre de Troie avec la zizanie qu’elle a initié entre les dieux olympiens autour de sa pomme en or. À ce titre, les discordaniens appellent à secouer le consensus social par les prestations artistiques et des œuvres de fiction absurdes ou provocatrices, y compris en répandant des théories du complot diffamant ou discréditant les institutions officielles. Ce sont notamment eux qui ont réactivé la théorie du complot sur les Illuminés de Bavière, remontant au xviiie siècle, en substituant la dénonciation par les monarchistes de ce groupe comme ayant provoqué la Révolution française par un discours anti-capitaliste, les Illuminati devenant sous leur plume un archétype des ploutocrates conspirant pour conserver leurs privilèges.

De plus, la pierre apportée par Stephenson avec Snow Crash a abondé la pensée d’un Nick Land, figure majeure du CCRU qui a mentionné explicitement le roman comme source d’inspiration. Dès lors, avec le Dark Enlightment dont il fut l’un des fondateurs, c’est-à-dire son projet idéologique pour une réaction politique et sociétale réconciliée avec le capitalisme et le progrès technologique, Land a fourni un terreau pour des soutiens majeurs du trumpisme et par association de l’ère de la post-vérité. Cela est logique puisque l’autre concept majeur développé par Land avec le CCRU fut l’hyperstition : la fiction crée la réalité, dès lors qu’elle est suffisamment répandue et convaincante.
Pour illustrer l’intégralité de ce propos, le legs de la figure de L. Bob Rife est représentatif du flou entretenu dans cette perspective.
Ce personnage de magnat états-unien cherchant à contrôler le monde entier par le recours à une synthèse entre nouvelles technologies, notamment l’informatique, et une magie antédiluvienne, rappelle celui de Bob Page, l’antagoniste de la franchise de jeux vidéos Deus Ex. Page est un magnat de la finance ayant obtenu la mainmise sur des secteurs-clefs de l’économie mondiale, notamment dans les secteurs de la banque et de l’assurance, de l’industrie pharmaceutique et du génie génétique, ou encore de l’informatique et des télécommunications. Dans cet univers, la société secrète des Illuminati telle que décrite par les discordaniens existe et elle cherche à recruter Page. Toutefois, ce dernier s’avère inapte à passer leurs rites d’initiation en raison de sa psychopathie qui le rend incapable du sang-froid ou de la patience exigés.
Super-IA et assembleurs moléculaires
Cet échec aurait dû amener les Illuminati à l’éliminer pour éviter qu’il retourne contre eux sa connaissance de leur existence mais ils préfèrent le reléguer au rang de sous-traitant privilégié, trop intéressés qu’ils sont par son pouvoir et l’usage qu’ils pourraient en avoir. Mal leur en a pris, Page finit par les trahir et par tenter de conquérir le pouvoir mondial à son seul bénéfice. Son projet est à terme de fusionner avec une IA ayant le contrôle de tous les systèmes d’information et branchée sur des assembleurs moléculaires, en mesure de tout créer ex nihilo, devenant quasiment un dieu terrestre.
Dans cet univers multipliant les connexions avec le genre du cyberpunk, ainsi qu’au CCRU par association, le bad guy présente de nombreux points communs avec son homologue de Snow Crash, depuis son influence corruptrice en politique ou ses projets mégalomaniaques de contrôle sur l’humanité entière jusqu’au prénom. Toutefois, il présente aussi des caractéristiques en propre qui dénotent une évolution par rapport à celui qui lui a servi de modèle, du moins potentiellement.
Page se démarque de Rife notamment par son transhumanisme, il cherche à devenir immortel par l’augmentation de son corps et de son esprit via l’implantation de greffons robotiques, notamment de nanomachines, et la connexion de son esprit avec des super-IA. Or, à l’heure du trumpisme aux États-Unis et donc du succès, au moins partiel, des thèses de Nick Land, le pouvoir semble largement le fait de personnalités de magnats de la tech, comme Elon Musk et surtout Peter Thiel. Ce dernier est ouvertement transhumaniste, a affiché son intention de devenir immortel et promeut le développement de la recherche sur l’IA, même s’il prétend s’en méfier. Plus encore, l’un de ses ouvrages préférés de Stephenson est un autre de ses romans, The Diamond Age, dans lequel le concept des assembleurs moléculaires est crucial.
Bien que Thiel se défende de vouloir instaurer un totalitarisme mondial et affirme même vouloir prévenir pareille menace, force est de constater que ses propos et actions le font ressembler à une incarnation du concept même de Page et de Rife par association, comme si l’hyperstition avait pleinement marché jusqu’au bout de sa logique de remodelage de la réalité.
Une étrange boucle rétroactive
Ou alors, je vois des liens là où ils n’existent pas ! J’ai vraisemblablement fini par m’enfermer dans le piège des associations d’idées imputable à la prédominance prise par les liens hyper-textes, aidé en cela par le manque de sommeil, l’abus de café et la lumière bleue des écrans.
Cela ne fait que prouver que tout le monde peut se faire avoir, même un esprit sceptique et rationnel.
Pour reprendre le concept dégagé en 2007 par le chercheur états-unien en informatique et en cognition Douglas Hofstadter, toute la dynamique décrite auparavant relève peut-être de la strange loop ; tout serait alors affaire de boucle rétroactive (feedback).
Cela expliquerait pourquoi tout semble confus et paradoxal, comme dans l’histoire de savoir qui est apparu le premier de l’oeuf ou de la poule.
Est-ce notre monde en devenir qui a inspiré le roman ou le roman qui a inspiré notre monde ?
L’attitude paradoxale de Neal Stephenson
Plus préoccupant encore, que penser de Neal Stephenson lui-même et de son attitude ?
En effet, l’auteur de Snow Crash semble accepter sa propre dystopie comme étant une réalité inéluctable, de par sa participation à des projets cherchant à concrétiser le métaverse et autres rêves libertariens des magnats de la Silicon Valley. Il est remarquable que ses personnages cherchent d’abord à préserver ce monde chaotique contre la tentative d’unification forcée de Rife, plutôt qu’à en corriger les aspects négatifs. Plus encore, cette acceptation du caractère normal de pareil futur par Stephenson se retrouve dans la biographie qu’il prête à son personnage principal.
Stephenson précise qu’Hiro est un enfant de l’ère nucléaire, dans la mesure où son père a directement survécu à une exécution par les Japonais, durant la Seconde Guerre mondiale, grâce au bombardement atomique de Nagasaki.
Dès lors, la banalisation de l’énergie nucléaire dans l’univers de Snow Crash est rendue neutre en termes moraux : elle provoque certes des problèmes mais c’est elle aussi qui a permis la naissance du héros de cette histoire.
Au contraire d’un David Lynch qui a dénoncé la maîtrise de l’atome comme le début de nos problèmes contemporains, comme dans la saison 3 de sa série Twin Peaks, Stephenson semble embrasser l’avenir dessiné par Snow Crash avec ses ombres, en lui prêtant d’étranges lumières.
Besoin urgent d’utopie !
Si le CCRU a raison et qu’évoquer un avenir revient à l’invoquer, il est peut-être plus que temps d’appeler des mondes d’espoir à nous.
Plus précisément, la nécessité est de renouer avec l’esprit de l’humanisme : ne pas nier les aspérités ou même les tendances malsaines du genre humain mais les regarder en face, afin de mieux les juguler et reconnaître aussi son potentiel d’amélioration.
Il serait plus que temps : selon les âges prêtés par Stephenson à Hiro et à son père, l’histoire de Snow Crash est censée se passer dans les années 2020. C’est donc maintenant !
Arnaud Borremans est chercheur associé à l’Institut de recherche Montesquieu (IRM). Il a soutenu sa thèse de doctorat en histoire moderne et contemporaine sur les sociétés militaires privées états-uniennes (dir. Sébastien-Yves Laurent) à l’université Bordeaux Montaigne en janvier 2025. Il a publié «Guns for Hire» dans L’Actualité Nouvelle-Aquitaine n° 140, été-automne 2025 (De la guerre).
À l’occasion du colloque de l’IRM, laboratoire de recherche en science politique et histoire du droit rattaché à l’université Bordeaux Montaigne, en novembre 2024 sur les liens entre sciences humaines et littérature, Arnaud était intervenu sur le genre du techno-thriller. À cette occasion, plusieurs personnes dont le professeur Sébastien-Yves Laurent et Ugo Bellagamba lui avaient posé des questions sur les connexions entre le techno-thriller et la science-fiction, notamment avec le sous-genre du cyberpunk. Ce renvoi vers le post-cyberpunk et plus spécifiquement vers Snow Crash l’a amené à se réintéresser à cette œuvre et à réaliser à quel point, au-delà de son apparence absurde, elle parlait peut-être plus de notre réalité que ce que je voulais bien l’admettre. Cette prise de conscience a motivé le présent article.
Deux entretiens avec Neal Stephenson sur France Culture dans La Science, CQFD et dans Mauvais Genre.













