Yannis Suire sur les traces de Claude Masse

Plan de la ville de Bordeaux, Service historique de la Défense, Vincennes.

Par Aline Cham­bras

Avec Le Médoc, Arca­chon, les Lan­des et le Pays Basque vers 1700, L’estuaire de la Gironde, Bor­deaux et le Bor­de­lais vers 1700, et une édi­tion actu­al­isée de son ouvrage sur le Bas-Poitou vers 1700, Yan­nis Suire offre aux spé­cial­istes ou aux pas­sion­nés d’histoire régionale, trois ouvrages rares. Cha­cun per­met de décou­vrir les cen­taines de cartes réal­isées dans la région par Claude Masse, ingénieur du roi, à la suite d’incessants déplace­ments, mesures et pris­es de notes, effec­tués entre 1688 et 1724. Out­re ces cartes, c’est aus­si le regard d’un homme sur ces espaces, leurs habi­tants et leurs tra­di­tions, que ces livres don­nent à voir. Car aux don­nées car­tographiques stric­to sen­su, Claude Masse ajoute des com­men­taires, prémices des légen­des qui accom­pa­g­nent aujourd’hui toute carte digne de ce nom.

Carte de l’embouchure de la Garonne, Ser­vice his­torique de la Défense, Vin­cennes.

« Claude Masse avait été mis­sion­né par le roi pour car­togra­phi­er le ter­ri­toire afin d’en organ­is­er la défense con­tre un éventuel débar­que­ment anglais ou hol­landais, explique Yan­nis Suire Son tra­vail car­tographique devait per­me­t­tre au roi de déter­min­er où ériger des for­ti­fi­ca­tions, de savoir où se trou­vaient des obsta­cles naturels et où les sol­dats pou­vaient can­ton­ner. Ses cartes sont donc très pré­cis­es que ce soit d’un point de vue topographique et géo­graphique (fleuve, cor­don de dunes infran­chiss­ables, etc.) mais aus­si économique (ressources maraîchères pour les sol­dats, habi­ta­tions, etc.). Mais au-delà de cette approche stricte­ment mil­i­taire, Claude Masse est allé plus loin. Il a dévelop­pé aus­si une approche que l’on qual­i­fierait aujourd’hui d’environnementaliste ou d’ethnographique en étu­di­ant la manière dont sont amé­nagés les espaces ou les paysages, en décrivant l’occupation des sols comme la vie quo­ti­di­enne des habi­tants. Ces don­nées, et les com­men­taires qu’il y apporte, per­me­t­tent de dress­er une véri­ta­ble pho­togra­phie de ces ter­ri­toires au tout début du xvi­iie siè­cle. » Sous la plume avisée de ce spé­cial­iste, les cartes pren­nent tout leur sens et le lecteur peut en saisir toutes les sub­til­ités.

Détail de la Carte de la coste de Labourt en Guyenne depuis Bay­onne jusqu’en Espagne. Ser­vice his­torique de la Défense, Vin­cennes.

Dans l’ouvrage sur le Médoc, Arca­chon, les Lan­des et le Pays Basque, on apprend ain­si que la ques­tion de l’érosion du lit­toral se posait déjà à l’époque de Claude Masse, qui évoque, par exem­ple à pro­pos de la côte médo­caine, « ces dunes qui marchent et qui engloutis­sent des vil­lages ». Dans celui con­sacré à l’estuaire de la Gironde, le Bor­de­lais et Bor­deaux, les travaux de Claude Masse per­me­t­tent de don­ner une vision pré­cise de ce qu’était la cap­i­tale giron­dine à cette époque, quand Saint-Michel n’était encore qu’un quarti­er de faubourg à dom­i­nante rurale ou que les Chartrons, le long de la Garonne, com­mençaient à peine à se con­stituer en quarti­er de com­merce et d’entrepôt du vin. Pré­cis­es et d’une qual­ité esthé­tique indé­ni­able, ces cartes con­stituent un témoignage unique de ce que fut la région à la fin du règne de Louis XIV.

Por­trait de Yan­nis Suire, 2017.

Yan­nis Suire est con­ser­va­teur du pat­ri­moine en charge de l’Inventaire général du pat­ri­moine cul­turel de la Vendée et directeur du Cen­tre vendéen de recherch­es his­toriques. Après l’École nationale des chartes, il a fait une thèse sur l’histoire de l’environnement dans le Marais poitevin.

Le Médoc, Arca­chon, les Lan­des et le Pays Basque vers 1700, cartes, plans et mémoires de Claude Masse, ingénieur du roi, La Geste, 424 p., 39 €

L’estuaire de la Gironde, Bor­deaux et le Bor­de­lais vers 1700, cartes, plans et mémoires de Claude Masse, ingénieur du roi, La Geste, 472 p., 39 €

Le Bas-Poitou vers 1700, cartes, plans et mémoires de Claude Masse, ingénieur du roi, édi­tions du cen­tre vendéen de recherch­es his­toriques (ver­sion actu­al­isée de l’édition 2010), 366 p., 39 €

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