Vivre à la ferme autrefois

Écomusée du Montmorillonnais. Photo Marc Deneyer.

Par Julie Duhaut

Il faut s’engager sur la petite route sinueuse de campagne, entre Montmorillon et Saulgé, pour apercevoir les premiers bâtiments d’une ancienne ferme, à Juillé. Le patchwork des tuiles de la maison principale pourrait presque faire office d’illusion d’optique. Quand l’Écomusée du Montmorillonnais rachète la ferme en 1993, seule la moitié des tuiles est en bon état. Au lieu de les mettre simplement d’un côté de la toiture, au risque de créer une démarcation trop visible, on préfère mélanger anciennes et nouvelles tuiles. Entretien avec Monique Roullet-Caire, responsable du service tourisme et pédagogique de l’écomusée.

L’Actualité. – Pourquoi le site de Juillé ?

Monique Roullet-Caire. – L’histoire du site est connue depuis le Moyen Âge, c’était une dépendance de l’hôpital de la Maison Dieu de Montmorillon. Pour suivre leurs jeûnes et leur régime alimentaire, notamment en poisson, les Augustins avaient besoin de «Pescherie» comme celle de Juillé, ainsi ils bénéficiaient d’un approvisionnement en poisson. Le logis en lui-même est typique du milieu du xixᵉ siècle. C’était une période d’expansion économique, avec le défrichage de nouvelles terres, les débuts du chemin de fer et la construction de routes et de fermes. De grands propriétaires terriens investissent ici, embauchent des régisseurs pour gérer le domaine à leur place et des métayers pour travailler sur les terres. Un métayer, contrairement à un fermier, n’a aucune capacité de décision et il doit partager la moitié de la production avec la famille du propriétaire. En tant qu’association étudiant l’Homme dans son territoire, nous pouvons ainsi retracer l’histoire de l’habitat rural et l’histoire sociale.

Comment s’organise l’espace dans une ferme au xixᵉ et au début xxᵉ siècle ?

Le logis, la maison principale, était occupée par le régisseur. Il avait la meilleure vue, ses fenêtres donnaient à l’arrière sur un petit jardin et à l’avant sur la belle allée, selon les codes de la maison bourgeoise. Les différents bâtiments de la ferme (étables, granges, etc.) se répartissent autour d’une cour, avec la maison des métayers. Il y avait vraiment une séparation nette, physique et esthétique, entre les «appartements» du régisseur et les métayers, plutôt tournés vers les zones de production. À Juillé, plusieurs familles de métayers se partageaient un seul logement, c’est aujourd’hui l’emplacement de l’accueil de l’écomusée.

Comment avez-vous réussi à reconstituer le mode de vie rural ?

Nous réalisons des enquêtes auprès de la population, qui servent de base de travail pour des monographies, des photographies et des témoignages. Cela nous permet ensuite de comprendre comment les gens vivaient, de présenter les évolutions du paysage et ses liens avec l’agriculture. Un écomusée sert à expliquer ce qui fait sens commun, ce qui est identitaire, ici l’habitat rural. Il se développe donc grâce à la population qui, en plus de témoigner, donne des objets. C’est ce qui a servi de base pour créer un parcours sur dix salles qui raconte comment l’Homme a vécu sur ce territoire à différentes époques. Nous nous sommes surtout intéressés au xixᵉ et au xxᵉ siècle car les changements les plus importants ont eu lieu après la Seconde Guerre mondiale. 

L’Écomusée du Montmorillonnais présente actuellement une exposition intitulée «Femmes de la terre», autour de portraits d’agricultrices.

Connaître et réhabiliter l’habitat rural en Montmorillonnais de Jean Colasson et al., Publications de l’Ecomusée, 2001, 165 p., 15 €

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