Un conservateur du Louvre au château de Dampierre

Par Alexandra Riguet
Photos Marc Deneyer

 

«Deux vies dans ces îles enchantées, les quatre éléments affrontés, leurs peines enfouies en ces terres, leurs joies lues sur ses pierres.» Ce texte écrit par la châtelaine Marine Hedelin a été récemment gravé sur un des caissons en pierre de la galerie ésotérique du château de Dampierre‐sur‐Boutonne. À 80 ans, l’ancien professeur illustre, de par ces mots, ses cinquante années d’abnégation pour que le château ne perde rien de sa superbe. Avec son mari, Jean‐Louis Hedelin, 82 ans, ils ont passé en 2017 leur dernier printemps à Dampierre. Le châtelain, affaibli par l’âge, effectuait avec de plus en plus de difficulté son rituel matinal : l’ouverture des nombreuses portes et fenêtres du château, classé monument historique en 1926. Marine Hedelin a senti qu’elle allait devoir cesser d’entretenir le monument : «Un déchirement, confie‐t‐elle. J’aurais aimé rester une dizaine d’années de plus.»

Depuis 1979, le couple a œuvré pour la sauvegarde du château victime des quatre éléments : des tempêtes, des inondations et, en 2002, un incendie qui l’a presqu’entièrement ravagé. «C’était une torche qui envahissait la toiture, tout brûlait. Mon mari, avait tout de suite dit « on reconstruira.» Le couple s’était battu pour réunir les quatre millions d’euros nécessaires à la reconstruction du monument. Jusqu’au printemps dernier, Marine Hedelin, agrégée d’histoire de l’art, de géographie et d’histoire, animait les visites toujours riches en anecdotes, avec une petite touche d’espièglerie qui laissait imaginer la vie dans ce château de villégiatures de la cour de Catherine de Médicis.

 

 

Le couple a voulu donner la possibilité à Aurélien leur petit‐fils de 15 ans de devenir, un jour, l’héritier du château. Leur fille, Morgane, n’étant pas en capacité de le faire vivre, elle a pris contact, par la revue Demeure historique, avec Patrice Besse, agent immobilier des demeures de prestige, qui lui a proposé la solution d’un bail emphytéotique de trente ans afin de laisser à Aurélien le temps de réfléchir. Il s’agit de louer pendant trente années le monument à une personne qui l’entretiendra afin qu’au terme de ce bail, le petit‐fils des Hedelin, puisse en reprendre la responsabilité. L’été dernier, Guillaume Kientz, 38 ans, l’un des conservateurs du Louvre a donc, avec sa famille, repris château. La châtelaine avait fait preuve de sagesse, son mari est décédé l’été dernier.

Voilà un an, Guillaume Kientz avait été saisi par la magie d’un des premiers châteaux de la Renaissance et un des rares en Charente‐Maritime.
Après avoir partagé les bancs des amphithéâtres de Sciences‐Po Strasbourg, avec Mickael Vallet, le maire de Marennes, il fait une maîtrise d’histoire de l’art à Rome, puis devient conservateur, deux ans en Auvergne au service des Monuments historiques. Il a ensuite été recruté par le Louvre où il est spécialisé dans la collection des peintures espagnoles. À Dampierre, il se décrit comme un «passeur de mémoire désireux de conserver l’esprit renaissance en lien avec les grandes questions de notre temps : les valeurs universelles de l’humanisme, le rapport à la religion, à la nature, les grandes questions de société comme l’égalité entre les hommes et les femmes. Nous ne sommes pas nostalgiques d’un monde qui n’existe plus, nous voulons explorer ce que la Renaissance a à nous dire sur notre monde.» Guillaume Kientz continuera d’exercer ses activités au Louvre, sa mère, Daniele Anne Grunhertz, et son beau‐père, Alain Pfister, se sont installés au château pour le faire vivre toute l’année.

 

 

Dans l’esprit des festivités de la Renaissance, ils prévoient d’organiser carnavals vénitiens, joutes littéraires dans un château très ouvert sur le village. Guillaume Kientz vient de se rendre au Palazzo Gondi à Florence où il a retrouvé les descendants d’Albert de Gondi et de la duchesse de Retz qui ne connaissaient pas l’existence du château de Dampierre. Une exposition sur les Gondi peut‐être naîtra de cette rencontre qui a enchanté la famille toujours installée dans le palais où est né Albert de Gondi. En collaboration avec Hélène Bouillon, conservatrice au ministère de la Culture, Guillaume Kientz prépare pour l’horizon 2020 une exposition sur les femmes savantes de l’antiquité à nos jours.

 

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1 Comments

  1. Une très belle histoire qu’Alexandra Laine‐Riguet nous à racontée dans son reportage !

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