Sapeur-Pompier — Femme engagée

Photo Yulia Mishkina.

Par Yulia Mishkina

Quand on dit «sapeur-pompier», involontairement on pense à un homme sportif, courageux, prêt à se dévouer pour les autres. Il est plus rare de penser immédiatement à une femme engagée. Aujourd’hui en France, il y a 41 000 sapeurs-pompiers, dont 16 % de femmes. Celles-ci sont autorisées à exercer cette activité depuis une quarantaine d’années suite au décret du 25 octobre 1976. Qu’est-ce qui les attire dans un métier plutôt difficile physiquement et mentalement ? Nous en avons interrogé quelques-unes, engagées dans la caserne Inizant, qui regroupe les pompiers des communes Plobannalec-Lesconil et Loctydy, afin d’y répondre.

En ce qui me concerne, je me suis engagée chez les sapeurs-pompiers à l’âge de 16 ans. C’était à la fois l’envie d’aider mon prochain mais aussi d’apprendre quelque chose de complètement diffèrent. J’étais au lycée, quand j’ai annoncé à mes amis que j’allais passer l’entretien. Réaction presque unanime : «Toi ? Sérieusement ?» Motivation supplémentaire : montrer à tout le monde que j’en suis capable. Mon intégration dans le centre s’est très bien passée, mais la partie pratique s’est avérée difficile. L’équipement complet d’un pompier pèse environ 37 kg (tenue, appareil respiratoire individuel, les tuyaux qu’il faut porter), soit plus de la moitié de mon poids. Il m’est déjà arrivé de porter la tenue pendant plus de 12 heures d’affilée au cours d’une intervention lors d’un incendie de maison. Physiquement, il faut être préparée.

Photo Yulia Mishkina.

Les premières sorties ont été difficiles à vivre psychologiquement. On ne sait jamais à quelle situation on sera confrontée. Sur le bip, seuls quelques mots s’affichent, pour indiquer quelle voiture part en intervention. Quand j’ai lu qu’on partait pour une «explosion», j’ai envoyé un message à ma mère pour lui dire que je l’aimais. Parce que à ce moment-là, je ne savais pas si j’allais revenir.

Je pense que pour être sapeur-pompier il faut surtout avoir le cœur bien accroché. Être prêt à voir des choses très difficiles. Je ne parle pas seulement des accidents de la route graves ou d’autres accidents, mais aussi de ce qu’il se passe derrière. C’est dans ces moments-là que l’on réalise la fragilité de la vie. Je pense que ce métier est fait pour des personnes qui ont envie de l’exercer, peu importe leur genre, leur nationalité, leur religion ou autres. 

Sapeur-pompier : nom masculin

«Il est nécessaire de leur montrer que nous sommes capables de réaliser les mêmes choses qu’eux, c’est comme s’il fallait passer une sorte de “validation”.»

«Je me suis engagée chez les sapeurs-pompiers parce que je crois en l’être humain. Ça permet de ne pas rester sur soi et d’apprendre à connaître les autres. J’ai aussi appris énormément de choses sur moi en travaillant. Je ne dirais pas que je me suis déjà sentie à l’écart par rapport à mes autres collègues masculins, parce que j’ai été bien accueillie et intégrée, mais je me suis déjà sentie “inférieure” aux hommes, notamment vis-à-vis de la force physique. Je pense que les femmes sont importantes chez les sapeurs-pompiers car il faut des hommes et des femmes partout, nous sommes complémentaires. Nous apportons une psychologie différente et un peu de douceur. Même si cela prend beaucoup de temps et que cela demande de nombreux sacrifices, je ne regrette pas mon engagement.» — Anaïck

«J’ai commencé chez les jeunes sapeurs-pompiers à 11 ans. À l’époque, je cherchais surtout à changer d’activité sportive en dehors de l’école. Je n’ai pas lâché les sapeurs-pompiers volontaires (SPV) depuis et j’ai 36 ans… Ce qui m’a plu dans le métier c’est d’aider les gens, me sentir utile, l’esprit d’équipe et le mélange entre sport, secourisme et manœuvre incendie. Je ne me suis jamais sentie à l’écart en tant que femme, cependant, pour certains (pas tous bien sûr), il est nécessaire de leur montrer que nous sommes capables de réaliser les mêmes choses qu’eux. Dès qu’ils en prennent conscience, leur regard change et ils nous voient enfin comme des égaux. C’est comme s’il fallait passer une sorte de “validation”. Pour moi, c’est important que les femmes s’engagent chez les SPV. Pour fonctionner une équipe a besoin de diversité, des compétences de chacun, et nous avons tout à fait une place.» — Myriam

Photo Yulia Mishkina.

«Quand j’ai commencé à travailler comme sapeur-pompier, mes collègues hommes pensaient que je ne resterais pas longtemps et que je ne supporterais pas les entraînements éprouvants. Cependant, je leur ai montré que je pouvais faire toutes ces tâches au même niveau. Je pense que les femmes doivent lutter contre le chauvinisme masculin dans les domaines professionnels.» — Anna

«Lorsque j’ai voulu être pompier, il s’agissait plutôt pour moi de montrer à mes parents que je pouvais réussir ce que je souhaitais faire. Ayant depuis toujours des difficultés à l’école, je n’ai pas pu réaliser les études que je voulais faire dans le milieu médical et j’ai dû renoncer à ce projet. Devenir pompier m’a permis de voir que je pouvais réussir dans d’autres domaines et je ne me suis jamais sentie à l’écart ou inférieure par rapport aux hommes, bien au contraire ! Je pense que c’est important car nous avons besoin de femmes également sur les interventions, comme les violences conjugales, les viols, les accouchements où je pense que le calme d’une femme peut être rassurant. En revanche, je pense que dans les grandes caserne (BSPP) les femmes doivent prouver qu’elles peuvent réussir au même titre que les hommes. Leur intégration ne doit pas y être facile. On est face à des hommes qui sont assez machistes.» — Agathe

«Même si cela prend beaucoup de temps, si ça demande de nombreux sacrifices, je ne regrette pas mon engagement.»

Le nombre de femmes chez les sapeurs-pompiers ne cesse d’augmenter. Malgré ces difficultés, ce métier en attire de plus en plus, qui ont envie de dédier de leur temps et leur volonté aux autres. Les centres de secours les encouragent fortement à rejoindre les rangs des soldats de feu. Les femmes déjà engagées témoignent de la bonne intégration et le bon climat général entre elles et les collègues masculins. Elles réalisent les mêmes tâches et actions qu’eux, sans jugement, sans étape de validation, en toute égalité.

Cet article a été réalisé lors d’un séminaire de médiation et d’écriture journalistique dans le cadre du master histoire de l’art, patrimoine et musées de l’Université de Poitiers.

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1 Comments

  1. Bravo Yulia. Quel engagement !!!

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