Sandrine Dallaporta, l’aléatoire derrière nos films

Sandrine Dallaporta. Photo prise par les étudiants.

«Faites-vous confiance»

Sandrine Dallaporta est maîtresse de conférences en mathématiques. Toulouse, Lyon, Paris, Poitiers, elle a été dans plusieurs établissements et a collaboré avec de nombreux autres chercheurs. Installée à Poitiers depuis plusieurs années, elle nous donne son point de vue sur ce qu’elle a vécu et observé.

Quelle est la proportion de femmes lors de vos études et dans votre travail ?

Cette proportion dépend vraiment de la discipline. Par exemple, pour des mathématiques pures, il y a très peu de femmes. On en trouve davantage en mathématiques appliquées ou encore en probabilité et statistiques. Ce «plus» reste tout de même bien inférieur à la parité, on est davantage sur un tiers de femmes… J’ai de la chance d’être dans une discipline où l’on arrive à une telle proportion. Malheureusement, cela ne va pas en s’améliorant. Durant mes études il y avait un tiers de filles alors que dernièrement, lors de mes sept années d’enseignement à Paris-Saclay, j’ai remarqué une proportion moyenne de un sixième, voire même des années sans aucune femme…

Dans votre domaine, l’évolution de carrière d’une femme est-elle freinée ?

Oui… Non, difficile à dire ! Oui, il y a un effet de manque de confiance qui est présent du côté des femmes. Mais plus encore, mon côté pragmatique me donne une autre piste. Le recrutement n’est pas local, on ne travaille pas à l’endroit où l’on a fait ses études. Ce qui, selon moi, est bien pour la science, mais a en revanche un fort impact sur la vie personnelle. De nos jours il n’est pas toujours très bien vu pour une femme d’imposer un changement de lieu de vie pour sa famille. Bien évidemment, ceci n’est pas exprimé directement avec des mots mais le ressenti est là, c’est une idée intégrée dans la société. D’un autre côté, la prise de conscience du manque de femmes dans la recherche entraîne une valorisation des dossiers féminins. Enfin, dans mon cas, j’ai la chance d’avoir majoritairement des collègues bienveillants. Il arrive que certaines remarques soient faites, pas sur mon travail, mais plus sur ma vie personnelle. Comme par exemple, le nombre d’enfants que j’ai. Des remarques désagréables qui ne seraient pas faites à un homme et qui lorsque je les entends me font ressentir une inégalité.

Des jeunes femmes vous ont-elles sollicitée ?

Non, pas directement. Cependant j’ai vu des étudiantes de très bon niveau qui n’osent pas continuer par peur ou par manque de confiance alors qu’elles en ont les capacités. Je constate que cette situation est plus présente chez les femmes que chez les hommes. Cependant, même si je n’ai pas de sollicitation directe des jeunes femmes, j’essaie d’encourager celles qui ne croient pas en elles à cause de leur genre. À tel point que j’ai vu une étudiante ayant largement le niveau pour un master mais qui n’avait même pas pensé à postuler ! Étudiante qui, après discussion et réflexion, postulera et sera acceptée.

Que pensez-vous des nouveaux programmes au lycée, pour les mathématiques ?

Les élèves qui veulent faire des mathématiques auront toujours cette opportunité. Mais c’est problématique d’avoir des étudiants qui veulent faire une licence en physique alors qu’ils ont de grandes lacunes en mathématiques. Il y a assez peu de filières où il est possible de se passer des maths. En sciences humaines et sociales par exemple, beaucoup d’études sont validées par des statistiques. Même en termes de société, les mathématiques sont importantes. Pour comprendre comment sont calculés les impôts, savoir que les chiffres peuvent être manipulés selon comment ils sont présentés, etc.

Laisser le choix aux élèves sans être clair sur ce que cela implique, c’est un peu leur mentir. Ils s’aperçoivent plus tard que ces choix ont un impact très fort. Cela dit, je pense qu’il est positif de laisser un choix. Mais les maths ne devraient pas se résumer aux élèves qui vont ensuite faire une licence en mathématiques.

Comment se passe la communication entre physiciens et mathématiciens ?

C’est très amusant. Souvent, des résultats prouvés par les physiciens théoriciens ne le sont pas vraiment du point de vue d’un mathématicien. Mais les physiciens ont des approches vraiment très inspirantes. Ils regardent des problèmes pour des raisons physiques auxquelles nous n’aurions jamais pensé. Ça ouvre de nouvelles voies. Et c’est intéressant de leur amener des preuves mathématiques, même si nous travaillons sur des cas beaucoup plus restreints, ce qui les fait sourire. Ça explore parfois des cas qui n’ont pas de sens physique et que les physiciens n’avaient donc pas considérés. Ce ne sont pas les mêmes univers, nous n’avons pas les mêmes codes. Mais c’est très agréable d’arriver à se parler.

Êtes-vous libre dans vos recherches ?

Oui. Je ne suis pas du tout dans une équipe qui m’oblige à suivre certaines directions. Les groupes de recherches se constituent en fonction des sujets et non pas l’inverse. Bien évidemment, je suis influencée par les rencontres que je fais, ce qui est normal. Mais je suis vraiment très libre dans ma recherche, ce qui est parfois un peu déroutant car il faut choisir soi-même la direction à prendre.

Auriez-vous voulu travailler dans le privé ?

Je suis très attachée au service public et à son enseignement, j’avais vraiment envie d’aller travailler dans le public. Mais je n’avais pas d’objection a priori à aller dans le privé. J’avais regardé dans les pôles R&D (Recherche et Développement) des entreprises en mathématiques qui recrutaient, mais les thématiques ne m’attiraient pas énormément. Elles étaient un peu plus statistiques, un peu plus appliquées, ce qui m’intéressait moins.

Des personnes vous inspirent-elles ?

Plusieurs oui, mais elles ne sont pas forcément très connues du grand public. Par exemple, la mathématicienne Elizabeth Meckes était une chercheuse formidable et humainement incroyable. Alice Guionnet a également fait des choses impressionnantes. Dans mon domaine, il y a des femmes très inspirantes.

Auteurs

Omar Arahbi est doctorant en première année à l’université de Poitiers, dans le laboratoire Lias. Sa thèse s’intitule : «Identification temporelle de modèles de batterie par approche fractionnaire», sous la direction de Thierry Poinot et Benoît Huard.

Yasmine Asselah est doctorante en première année à l’université de Limoges, dans le laboratoire Xlim. Sa thèse s’intitule : «Nouvelles approches pour le développement des communications quantiques à base de fibres creuses», sous la direction de Fetah Benabid et Frédéric Gérôme.

Dieunel Dor est doctorant en deuxième année à l’université de Poitiers en cotutelle avec l’université d’État d’Haïti, dans le laboratoire LMA. Sa thèse s’intitule : «L’étude de modèles mathématiques pour les croissances tumorales», sous la direction de Alain Miranville et Achis Chery.

Franck Malivert est doctorant en troisième année à l’université de Limoges, dans le laboratoire Xlim. Sa thèse s’intitule : «Fusion avancée des données de perception et de communication pour l’optimisation et la reconfiguration de réseaux de drone» sous la direction de Ouiddad Labbani et Hervé Boeglen.

Elsa Tamisier est doctorante en troisième année à l’université de Poitiers, dans le laboratoire Xlim. Sa thèse s’intitule : «Représentations géométriques de détails fins pour la simulation d’éclairage», sous la direction de Daniel Meneveaux et Pierre Poulin.

Article réalisé par des étudiants de l’école doctorale Sismi des universités de Poitiers et de Limoges dans le cadre d’une formation à l’écriture journalistique et à l’action Sciences en mouvement d’elles portée par l’Espace Mendès France.

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