Quelle place pour l’art préhistorique ?

Les biches du Chaffaud, os gravé par un artiste magdalénien, découvert au XIXe siècle dans la Vienne, en vedette au Louvre le 15 octobre 2021 grâce à la communication de Catherine Schwab, conservatrice en chef du patrimoine, Musée d'archéologie nationale et Domaine national de Saint-Germain-en-Laye, et Michel Menu, physicien, ancien chef du département recherche au C2RMF. Photo C2RMF - Alexis Komenda

Par Jean-Luc Terradillos

Faut-il en finir avec la préhistoire ? comme le déclarent Jean-Michel Geneste et Boris Valentin, deux préhistoriens discutent la définition même de préhistoire. Ils ne sont pas les seuls, y compris hors de leur discipline. Ainsi en témoigne le colloque qu’ils organisent, avec Michel Menu, Nicolas Mélard et le philosophe Philippe Grosos au musée du Louvre, le vendredi 15 octobre 2021. Ce colloque fera date. L’ambition est clairement exprimée en quelques lignes :

«L’art préhistorique européen, celui peint, gravé ou modelé du Paléolithique récent, n’a pas trouvé sa place dans les grands musées des Beaux-Arts. En France, le musée du Louvre n’échappe pas à ce constat. La raison ne tient pas même au fait qu’il s’agisse d’œuvres en grottes, car les objets d’art, pourtant fort nombreux, n’y sont pas davantage présents. Et elle tient encore moins à quelque mauvaise volonté. La preuve en est que cette difficulté, c’est au cœur du musée du Louvre qu’il devient possible de la formuler. Non, si tel est le cas, si l’art préhistorique ne fait pas partie des collections de tels musées, cela tient essentiellement au fait que cet art est qualifié de préhistorique.

C’est pourquoi questionner l’enjeu de l’absence des objets d’arts préhistoriques dans un musée des Beaux-Arts revient inévitablement à interroger aussi bien la conception que nous nous faisons de l’art que la pertinence même du concept de préhistoire.

C’est afin de tenter de surmonter ces difficultés – celles dont la conséquence est inévitablement de priver un large public de l’accès à la reconnaissance de cet art – que préhistoriens, historiens d’art, écrivains et philosophes, confrontés à quelques œuvres magistrales, se proposent de méditer cette question :

Quelle place pour l’art préhistorique ?»

Dialogue interdisciplinaire

Ces questionnements ont été évoqués dans L’Actualité Nouvelle-Aquitaine, en particulier dans l’édition sur l’archéologie (n° 113) avec Nicolas Mélard et Philippe Grosos sur les figures humaines gravées sur les plaquettes de la grotte de La Marche, puis dans deux entretiens avec Jean-Michel Geneste et Philippe Grosos (n° 131, janvier 2021), dont voici deux extraits.

«Quand on regarde les œuvres de Lascaux ou d’un site d’art rupestre au fin fond de la Terre d’Arnhem ou dans un désert du Kalahari, on est confronté à de la pensée et on réagit immédiatement. Plus question de temps ou de pré-histoire, ce sont bien des humains qui ont transmis à des humains et, à ce titre, il y a une continuité. C’est pourquoi le critère de l’écriture est discriminant à l’égard des sociétés aux modes de communication plus archaïques et plus profonds, passant par l’oralité, par le visuel, en prise avec le sensible, le totémisme, l’animisme…»

Jean-Michel Geneste

«La préhistoire a été constituée au xixe siècle pour penser ce qui est avant l’écriture. Mais cette distinction fondée sur l’invention de l’écriture a tendance à brouiller la rupture entre paléolithique et néolithique, beaucoup plus importante à mes yeux et à ceux de nombre de préhistoriens, tant elle instaure une nouvelle ontologie. Le mode d’être présentiel qui apparaît avec le néolithique a fondamentalement conditionné notre rapport au monde, jusqu’à nos jours. C’est à partir de la néolithisation que notre mode d’être contemporain se comprend : l’affirmation de notre différence anthropologique telle qu’elle ne peut se penser qu’en établissant un rapport de soumission de l’ensemble du vivant. C’est peut-être ce dont nous pâtissons aujourd’hui et ce dont le corps social commence à prendre conscience sous les intitulés de problèmes environnementaux, de diversité animale. Ce dont il s’agit c’est de la place de l’humain parmi les vivants malmenés et perturbés.»

Philippe Grosos

Comité d’organisation du colloque :

Michel Menu, physicien, ancien chef du département recherche au C2RMF
Jean-Michel Geneste, préhistorien, conservateur général du patrimoine honoraire
Philippe Grosos, philosophe, université de Poitiers
Nicolas Mélard, préhistorien, conservateur du patrimoine
Boris Valentin, préhistorien, université Paris 1

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A propos de Jean-Luc Terradillos
Journaliste, rédacteur en chef de la revue L'Actualité Nouvelle-Aquitaine.

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