Pour le meilleur et pour le peintre

Étienne-Barthélémy Garnier, "Consternation de la famille de Priam", 1800, musée d'Angoulême.

Par Amina Tachefine

Ce paquet de cartes renferme quatorze musées de quatorze villes de Nouvelle-Aquitaine. Celles-ci se déclinent en 7 familles, composées chacune d’elles de 6 tableaux exposés dans les musées des Beaux-Arts de la région. Pascal Pérennès explique l’initiative de ce projet : «L’identité néo aquitaine est à construire. Pour que cette appartenance régionale existe, elle doit être transmise par les enfants.»

L’ancien et toujours à la mode jeu des 7 familles revêt les couleurs du patrimoine artistique. Il faudra piocher entre la famille Agen-Brive, Angoulême-Périgueux, Bayonne-Pau, La Rochelle-Rochefort, Bordeaux-Libourne, Guéret-Limoges et Niort-Poitiers. On y retrouve des œuvres telles que celles de Théodore Géricault et son portrait d’Alexandre Dieudonné, exposé au musée Bonnat-Helleu de Bayonne, ou bien encore le Priam d’Étienne-Barthélémy Garnier, en austère grand-père, se trouvant au musée d’Angoulême. Ainsi, 43 tableaux peuvent se glisser dans la poche. 

Pascal Pérennès, Jeu des 7 familles. Les musées des Beaux-Arts de Nouvelle-Aquitaine, Geste éditions, 2020.

Pascal Pérennès convie le joueur à une visite muséale pendant une partie de cartes : «Je me suis mis à la place des parents qui ne peuvent, ou n’osent pas, emmener leurs enfants au musée. Avec 6,90 euros, le prix du jeu, la culture devient accessible. Alors, l’enfant peut s’attacher à l’image et amener la famille au musée.»

Ophélie de Jules-Elie Delaunay, inspiré d’Hamlet de Shakespeare, devient alors la mère de la famille Bordeaux-Libourne. Quant à Fransisco Goya et son autoportrait, il est ici marié à Hommage à Georges de la Tour d’André Lhote. Entre préromantisme et cubisme, il s’agit d’une association audacieuse que Pascal Pérennès propose.

Ce jeu des 7 familles a été créé par ses fils, Carlo et Williams : «Ce sont les enfants qui ont choisi les tableaux, explique Pascal Pérennès. Par exemple, la Grèce sur les ruines de Missolonghi d’Eugène Delacroix devait être la mère de la famille Bordeaux-Libourne. Mais les enfants n’imaginaient pas en mère cette femme en colère.» 

Improbables familles !

Ce petit format propose sept jeux en un. Il suffit d’inclure la 43e carte, où figure Jeune taureau sautant la barrière de Rosa Bonheur, exposé à Angoulême, dans les cartes afin de pouvoir jouer à Mistigri. Jouer au memory est également possible : les grands-pères et grands-mères ou encore fils et filles font office de pairs.

Plus qu’une aventure artistique, les associations familiales sont étonnantes. Dans la famille Angoulême-Périgueux, la figure féministe Marcelle Tinayre, peinte par Frédéric Lauth, en devient la mère. Le portrait de Jenny Sacerdote, grande styliste périgourdine immortalisée par le pinceau de Jean-Gabriel Domergue, en est la grand-mère. Si William Bouguereau reste célèbre pour ses représentations du nu féminin, ce n’est pas un tableau sensuel comme sa Naissance de Vénus que l’on peut retrouver, mais le portrait de sa tante Adèle, portant la coiffe charentaise, dans le rôle de la grand-mère de la famille Rochelle-Rochefort. Le père ? Qui d’autre que Pierre Loti, l’auteur de Madame Chrysanthème, peint par Edmond de Pury en tenue traditionnelle du guerrier ottoman, pour remplir ce rôle. Mais la famille Niort-Poitiers n’a rien à envier à ses voisines : Françoise d’Aubigné, secrètement unie à Louis XIV dans un mariage morganatique, sublimée par Pierre Mignard, se retrouve mariée au Marquis d’Artaguiette, portraitiste de la cour de Louis XV, représenté une bouteille à la main par Alexis Grimou. Tous nos vœux de bonheur !

Pour vous procurer le jeu, rendez-vous sur le site de Geste éditions !

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