Pour dire une photographie

La collection Pour dire une photographie dirigée par Serge Airoldi est publiée aux éditions Les petites allées et met en lien la littérature et la photographie.

Par Anaëlle Quiertant

Ce sont des petits livres façonnés de manière artisanale, sur un beau papier vergé, avec une couverture en impression typographique. Pour dire une photographie est une collection dirigée par l’écrivain Serge Airoldi et à laquelle divers auteurs et photographes prennent part. Elle est publiée par Les petites allées, une maison d’édition dont l’aventure débute en 2008, quand Michel Bon, typographe, et Nathalie Rodriguez, conservatrice en bibliothèque, décident de reprendre une imprimerie typographique basée depuis le début du xixe siècle à Rochefort. En 2012, l’imprimerie devient aussi une maison d’édition. Les petites allées publient de la littérature : des textes d’auteurs dont l’œuvre a basculé dans le domaine public ainsi que de la littérature contemporaine. Ce sont des «livres à poster» : vendus sous sachet cellophane avec une enveloppe assortie qui permet de les envoyer. Quatre collections sont sorties depuis les débuts de la maison d’édition. C’est en 2018 que démarre la plus récente, Pour dire une photographie, une collection en tirages limités et numérotés, qui relie la littérature et la photo.

Serge Airoldi, La petite fille au lapin sur une photographie de Jean Dieuzaide, format 10,5 x 13 cm, 15 €

La collection naît d’une image. La photographie d’une petite fille tenant un lapin entre ses mains. Elle fixe l’objectif. Son regard est profond et tranquille. La petite fille au lapin de Jean Dieuzaide appartient à une série de photos faites au Portugal dans les années 1950. Elle fascine Serge Airoldi qui écrit un petit texte à partir de cette photographie. Il propose ce texte aux éditions Les petites allées, chez qui il a publié en 2014 Nous cheminons de la forge aux chevaux des nuits, de la marisma, le livre-cosmos, à la mine éteinte… Cette idée suscite l’enthousiasme et il est décidé par la suite d’en faire une collection. Airoldi en prend la direction et fait appel à différents photographes et écrivains. Ce sont de petits ouvrages au format presque carré et cousus à la main. Sur la première de couverture, une photographie. Une carte volante de ce même cliché est glissée à l’intérieur du livre ; on peut la sortir et laisser son regard passer du texte à la photo pendant la lecture. Pour constituer cette collection, Serge Airoldi ne se donne pas une directive bien précise concernant le choix des photographies : «Je ne cherche pas spécialement à mettre en avant des thèmes, je fonctionne simplement au coup de cœur.»

Il fait appel à des photographes et écrivains dont l’univers et le style varient. Parfois ces artistes se connaissent, parfois non. Parfois leurs univers coïncident, parfois non. Mais il provoque tout de même la rencontre car quelque chose d’original peut en sortir. Les photographies nous montrent le lieu de vie d’un artiste, une nature paisible ou un paysage imprégné de la magie des chamans… Les textes, quant à eux, évoquent l’histoire des hommes ou le temps qui file, la disparition de l’être… De courts textes qui expriment la poésie des images. 

Eduardo Berti, Le vent des vainqueurs sur une photographie de Gabrielle Duplantier, format 10,5 x 13 cm, 15 €

Des photographies qui frappent l’œil, des mots qui marquent l’esprit, des univers complexes qui ont parfois poussé la renommée de certains artistes au-delà des frontières de leur pays. L’écrivain argentin Eduardo Berti, qui a écrit pour la collection une nouvelle intitulée Le vent des vainqueurs, a publié de nombreux recueils de nouvelles et romans traduits en huit langues, dont le français. Son texte s’inspire d’un cliché de Gabrielle Duplantier, photographe française dont l’univers intimiste et poétique, explorant les mouvements suspendus, les paysages tremblés et les instants crépusculaires. Pour Le vent des vainqueurs, elle dévoile la photographie en noir et blanc d’un épouvantail avec, à la place de la tête, une rangée de têtes de poupées. Une image étrange, un paysage à l’atmosphère imprégnée de la magie chamanique. 

D’autres photos nous présentent un cadre plus simple et intimiste. Le texte de Carole Naggar, Giacometti à la fenêtre, est inspiré d’un portrait fait en 1960 du sculpteur dans son atelier par l’artiste suédois Christer Strömholm. Dans son texte Almensilla, François Garcia livre l’analyse et l’histoire d’un autre portrait, celui du torero photographié par Michel Dieuzaide. Avec Le cheval n’a plus lieu, Vincent Pélissier s’inspire d’une photographie saisissante de Dolorès Marat, montrant la silhouette floue d’un cheval à l’aspect fantomatique et évoque la fuite d’un être qui se dérobe à la réalité. Un texte de Serge Airoldi nous emmène sur l’île italienne de Ventotene, avec une photographie de Bernard Plossu tirée selon le procédé Fresson. Un texte qui rend compte de l’immensité du monde dans lequel l’homme est englouti et dont la photo traduit la magie par la puissance des couleurs. Enfin, Les tremblants de Denis Montebello évoque des souvenirs d’enfance et le temps qui file. Une photo des herbes folles faite par Marc Deneyer illustre la délicatesse des instants fugaces, des bribes de souvenirs qui surgissent du passé. 

Carole Naggar, Giacometti à la fenêtre sur une photographie de Christer Strömholm, format 10,5 x 13 cm, 15 €

La collection Pour dire une photographie nous emmène dans des ailleurs lointains, nous fait vivre les émotions des êtres qui se perdent dans l’intensité du monde. Des photographies magnifiques et des textes subtils font de ces petits livres à poster une belle littérature qui nous transporte dans des univers singuliers et poétiques. La collection s’enrichit d’un livre ou deux, parfois plus, chaque année. De quoi continuer à nous faire voyager. 

Les petites allées, 19 rue Audry de Puyravault, 17300 Rochefort-sur-Mer
05 46 99 29 43
lespetitesallees@imprim17.fr
www.lespetitesallees.fr 
Diffusion : auto-diffusion
Collection Pour dire une photographie dirigée par Serge Airoldi, format 10,5 x 13 cm, 15 €
Livres imprimés et façonnés par Les petites allées. 

Nathalie Rodriguez et Michel Bon — Les petites allées mènent aux grandes” par Laurine Rousselet, novembre 2018.

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