L’Inrap pour l’histoire

Sarcophage en cours de fouilles, place Saint-Médard à Thouars (Deux-Sèvres), 2011. Photo Thierry Cornec, Inrap.

Par Bastien Florenty

L’Institut national de recherches archéologiques préventives fête ses 20 ans. Il est un acteur incontournable du monde de l’archéologie. Depuis sa création, en Nouvelle-Aquitaine, l’Inrap est intervenu à 4 259 reprises pour sonder et fouiller les sols. Retour sur ses missions et son fonctionnement avec la directrice interrégionale Gracy Pradier-Guldner.

En 20 ans, ce sont 3 801 diagnostics et 458 fouilles qui ont été effectuées en Nouvelle-Aquitaine. L’Inrap est un établissement public placé sous la double tutelle du ministère de la culture et du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. L’organisation territoriale se répartit en huit délégations régionales et interrégionales dont celle de Nouvelle-Aquitaine et Outre-Mer (NAOM) dirigée par Gracy Pradier-Guldner. Elle se compose des douze départements de Nouvelle-Aquitaine mais aussi de La Réunion, de Mayotte, de La Martinique, de la Guadeloupe, de Saint-Martin, de Saint-Barthélémy et de la Guyane. Les territoires d’outre-mer et la Nouvelle-Aquitaine sont liés par des traditions d’échanges économique et universitaire, notamment entre les universités bordelaises et antillaises comme en témoigne le décret du 27 juin 1947 qui rattache l’enseignement supérieur des Antilles à l’université de Bordeaux. Traditionnellement de nombreux étudiants d’outre-mer remplissent les rangs des amphithéâtres néo-aquitains.

Un devoir de mémoire

L’archéologie est la discipline scientifique qui étudie les traces de la présence humaine au cours du temps, pour nous permettre de comprendre l’évolution des civilisations en renseignant les pratiques. «C’est une véritable discipline citoyenne qui s’appuie sur l’histoire locale et éclaire nos sujets de société actuels, l’environnement, l’alimentation, les migrations, l’évolution de l’urbanisme, les questions ethniques ou religieuses», affirme Gracy Pradier-Guldner.

Remontage, en laboratoire, de fourreaux d’épées gauloises retrouvées dans le sanctuaire de Tintignac à Naves (Corrèze), 2005. Photo Patrick Ernaud, Inrap.

L’archéologie préventive s’intègre dans le cadre d’aménagements susceptibles de détruire ou de dégrader de potentiels vestiges enfouis, comme un parking sous-terrain, un immeuble, une voie ferrée ou une route, et représente 90 % des fouilles réalisées en France. La première phase est celle du diagnostic, effectuée sur prescription du préfet, et réalisée par un organisme public, que ce soit l’Inrap ou les services d’archéologies des collectivités territoriales. Si le site sondé révèle des vestiges significatifs sur le plan scientifique ou patrimonial, alors l’État, par l’intermédiaire du Service régional d’archéologie ordonne une fouille, c’est le cas dans 20 % des diagnostics. L’aménageur doit alors faire appel à un service agrémenté par l’État qu’il soit public comme l’Inrap, ou privé, afin d’effectuer une fouille. «C’est un domaine ouvert à la concurrence depuis 2003 et nous avons des équipes capables de répondre aux différentes exigences des cahiers des charges scientifiques réalisés par les SRA lors de la prescription de fouilles», précise la directrice. Ces fouilles sont plus conséquentes que les diagnostics et les archéologues passent au peigne fin les différentes couches stratigraphiques qui se sont accumulées avec une abondance de biomasse, et qui conservent les vestiges.

Travail collectif

«Le travail d’équipe et l’approche interdisciplinaire sont au cœur de l’Inrap, toutes les chronologies sont couvertes par nos équipes et de nombreuses spécialités sont représentées», insiste Gracy Pradier-Guldner. Une fois le travail de terrain effectué, le mobilier est transmis aux différents spécialistes pour qui chaque élément est une information potentielle. Ainsi le carpologue identifie les pratiques alimentaires et agricoles à partir des graines conservées, l’archéozoologue caractérise les espèces animales à partir des os, des cornes ou des dents et l’anthropologue parvient à renseigner le sexe, l’âge, la taille ou encore les causes de la mort à partir des ossements humains présents, s’ils sont convenablement conservés. D’autres études environnementales existent également comme la palynologie, l’anthracologie, la xylologie…

Amphore type Dressel 1, Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). Photo Pascale Galibert, Inrap.

Valoriser le savoir

Parmi les missions confiées à l’Inrap, outre la réalisation des diagnostics et des fouilles archéologiques, il y a également l’exploitation scientifique de ces résultats ainsi que la contribution à l’enseignement, la valorisation et la diffusion des savoirs. Pour cela, après chaque fouille «le rapport d’opération, orchestré par le responsable de fouille, fruit de la collaboration des différents acteurs doit être rendu dans les deux années post-opération». Il permet de rendre compte des découvertes, mais aussi de commenter les observations et résultats. L’Inrap NAOM contribue à la diffusion du savoir archéologique au sein de la communauté scientifique, en accordant à ses agents en 2020, «environ 2 300 jours afin qu’ils puissent mener à bien leurs projets de recherche, colloque, enseignement, et autres activités en lien avec la recherche», détaille Gracy Pradier-Guldner. Une partie de ses agents sont également rattachés aux laboratoires universitaires, comme Pacéa ou Ausonius à Bordeaux, preuve supplémentaire de l’importance de l’Inrap dans le monde de l’archéologie comme en témoigne la directrice interrégionale : «Pour nous, il est important que nos agents puissent mener des actions de recherche en tant qu’institut national de recherche.»

Animation de sensibilisation à l’archéologie. Photo Pascale Galibert, Inrap.

Au-delà de leurs échanges entre pairs, la médiation scientifique s’affirme. «La valorisation des savoirs auprès du public le plus large possible prend de plus en plus de place signale-t-elle. Ainsi les sollicitations extérieures sont en constante augmentation, que ce soit de la part des aménageurs, des écoles, des médiathèques ou d’autres acteurs.» En 2020, en France, ce sont 628 048 visiteurs qui ont bénéficié d’actions de valorisation de l’Inrap. «Le partage des connaissances est l’occasion d’approfondir la connaissance de nos territoires, d’éclairer notre façon de concevoir la ville aujourd’hui. C’est un enjeu et une mission du service public.» Pour cela, plusieurs événements sont organisés tout au long de l’année. Durant les fouilles, avec la mise en place de journées portes ouvertes, mais également après les opérations avec des conférences ou les journées européennes de l’archéologie qui sont coordonnées par l’Inrap. Elles permettent d’approcher cet univers si évocateur, pourvoyeur de rêve, qui permet d’imaginer la vie de nos ancêtres des siècles voire des millénaires en arrière.

Lors d’une fouille, rien ne doit échapper à l’attention de l’archéologue. Un tamis à grosse maille permet de faire apparaître les plus petits vestiges qui pourraient se cacher dans les sédiments. Un deuxième tamisage à l’eau, encore plus fin, peut être ensuite effectué pour identifier notamment des graines, fruits, noyaux qu’étudiera le carpologue. Ici, lors d’une fouille de l’îlot Renaudin à Angoulême (Charente), l’archéologue tamise des sédiments recelant des vestiges du Paléolithique final. Photo Denis Gliksman, Inrap.

L’archéologie préventive pour l’avenir

La délégation NAOM fluctue entre 220 et 230 salariés, répartis entre les neuf implantations de l’interrégion : 6 centres de recherches archéologiques, à Bègles (Gironde), qui est également le siège de la direction interrégionale, Campagne (Dordogne), Poitiers (Vienne) Limoges (Haute-Vienne), Cayenne (Guyane), Gourbeyre (Guadeloupe) et trois autres sites (Saint-Denis à La Réunion, Le Lamentin en Martinique et Oyster Pond à Saint-Martin). Actuellement un plan de recrutement à l’échelle nationale est mené, 200 agents devraient intégrer l’Institut d’ici deux ans, selon les besoins de chaque délégation régionale / interrégionale. «L’archéologie préventive a une activité importante en France, les découvertes sont fréquentes.» Les aménagements futurs de ce vaste territoire ne contrediront certainement pas Gracy Pradier-Guldner. Ils permettront aux équipes de l’Inrap de mettre au jour le passé présent sous nos pieds, afin de retracer les pas de nos prédécesseurs, pour le plus grand plaisir du public, qui plébiscite ces découvertes.

Cet article fait partie du dossier 20 ans de l’Inrap.
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