Inversons la classe

Classe de lycéens à Civray. Photo Julie Halliez.

Par Julie Halliez

Professeur d’histoire-géographie depuis 2003, animatrice de formations et d’ateliers dédiés à la classe inversée et à sa pédagogie, Laëtitia Léraut exerce la classe inversée depuis 2014 au lycée André‐Theuriet de Civray, dans la Vienne. Une pédagogie qui crée un «climat de confiance» d’où une pratique de plus en plus utilisée par des enseignants du primaire et du secondaire comme le souligne le site inversons la classe.

 

L’Actualité. – Pourquoi pratiquez‐vous la classe inversée au sein de votre établissement ? Est‐ce parce que cette pédagogie rencontre de plus en plus de succès au sein de l’Éducation nationale ?

Laëtitia Léraut. – Est‐ce que la classe inversée marche ? Je ne pense pas pouvoir dire oui ou non de façon concrète et dire qu’elle est la solution parfaite. Cependant ce que je retrouve dans cette pédagogie, c’est le fait de responsabiliser les élèves face à leur apprentissage. Soit de les rendre automnes dans leur travail en leur permettant de s’accaparer leurs propres connaissances en effectuant les recherches par eux‐mêmes. À travers ça c’est tout un processus qui se met en place. Soit le fait d’avoir une autre relation de proximité avec les élèves qui permet de mieux les guider et de les accompagner. Mais surtout de pouvoir les évaluer au fur et à mesure de leur apprentissage et non à un moment donné.

 

Des élèves m’ont indiqué qu’ils préféraient pouvoir écrire sur du papier que de prendre des notes sur un clavier.

En fait, il y a deux choses différentes. En premier lieu, il y a la classe inversée et, à l’intérieur, il y a le numérique et son apport. Au sein de ma classe, par exemple je n’oblige pas mes élèves à prendre tout en note sur ordinateur. Cependant la grande majorité le fait même si elle n’en a pas envie. Je pense que les élèves doivent se connaître et se dire : «Si moi, je préfère prendre des notes avec un papier et un crayon, je le fais.» Lors de mes cours, je prévois toujours un jeu de dix à quinze photocopies de l’activité pour qu’ils puissent lire sur un papier et y prendre des notes. Je ne suis pas dans la dictature du numérique, absolument pas.

 

Le numérique est donc considéré au sein de vos cours comme un outil qui facilite un apprentissage plus ludique ?

Tout à fait, à condition de savoir le manier. Les élèves s’investissent plus dans leur travail et je ne compte pas de réfractaires. Pour moi le numérique est un facilitateur, car on a une convergence des ressources et donc un moyen de pouvoir chercher plus aisément. Les élèves ont conscience des possibilités qu’offre le numérique car on en parle par une pédagogie explicite.

 

La classe inversée propose à l’élève de devenir acteur de son apprentissage par l’appropriation d’une méthode de travail qu’il personnalise. Quel est le bilan de votre pédagogie sur vos anciennes promotions ?

Lors des deux premières années de la mise en place de la classe inversée, je n’ai jamais eu d’aussi bons résultats. La promotion de l’année 2014 illustre ma première réussite. En effet, les résultats du bac d’histoire-géographie étaient de 13 sachant que la moyenne académique était de 11,50. Je forme mes élèves dans une logique universitaire dans laquelle ils acquièrent des compétences dans la recherche et le numérique. En effet, mes étudiants savent utiliser toutes les ressources à leur disposition qui leur permettent de trouver des informations fiables, les exploiter et les partager. Il faut dire que c’est une des conditions pour laquelle j’ai changé mes méthodes de travail et privilégié la classe inversée. On peut donc dire que les résultats en histoire‐géographie se sont améliorés grâce à cette pédagogie, mais pas seulement.

 

Ce qui est intéressant avec la classe inversée est la place de l’enseignant qui n’est plus uniquement la figure dépositaire de savoir, mais une figure appartenant à un groupe échangeant des connaissances. Peut‐on alors parler de médiation ou de vulgarisation de votre parole ?

Pour ma part, un enseignant vulgarise tout le temps ses propos en faisant des choix dans ce qu’il va dire à ses élèves. Mon rôle est de savoir quel outil de vulgarisation sera le plus efficace pour leur donner une information accessible. Pour ma part, j’utilise le plus souvent deux outils : le questionnaire et la capsule vidéo.

Pendant mes cours, nous visionnons une courte vidéo réalisée par deux ou trois élèves. Son objectif est de vulgariser une notion du programme, validée par l’enseignant, pour la rendre la plus accessible possible. Le second outil est l’élaboration d’un questionnaire par un groupe d’élèves. Lors de ces échanges, ils m’apprennent énormément de choses. Ils me font partager leur article et je reconnais volontiers leur contribution. C’est pourquoi pendant ces activités, je n’interviens pas, les laissant gérer leur prestation. Ces exercices demandent un gros investissement de leur part mais cela facilite l’acquisition de connaissances et la prise de parole.

 

Laëtitia Léraut.

 

Julie Haliez est étudiante en master 1 histoire contemporaine à l’université de Poitiers. Cet article a été écrit dans le cadre du parcours Histoire publique.

 

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1 Comments

  1. A première lecture, initiative intéressante, donnerai avis plus détaillé

    Françoise THOMAS/ Une enseignante en retraite qui ne manquera pas de donner suite !

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