Étrange alchimie au château

sculpture diable écritures Détail. Un des caissons mystérieux de la galerie des alchimistes qui représente un diable.

Par Alexandra Riguet
Photos Marc Deneyer

Protégé par les bras de la Boutonne, le château de Dampierre est nimbé de mystère. Régulièrement, des visiteurs un peu particuliers viennent pour tenter de décrypter des symboles ésotériques gravés dans la pierre voûtée de la galerie extérieure. «Le livre sculpté sur les caissons de Dampierre est unique par l’ampleur et la variété de son contenu, écrit  Marie‐Henriette Réchou. Les 93 caissons sculptés entre 1545 et 1550 et ornés de 128 clefs composant les pages de ce livre présentent des symboles, figures géométriques, scènes allégoriques, toujours accompagnés de phylactères où sont inscrites des devises pour la plupart en latin. Un en espagnol et un en français. On y reconnaît des emprunts à l’Ancien et au Nouveau Testament, à la mythologie grecque ou romaine et des références à d’anciens traités d’alchimie.»

Les visiteurs dont certains passent des heures à photographier les caissons un par un sont des adeptes de l’alchimie qui espèrent trouver la formule de la pierre philosophale dont la propriété serait de transformer un métal vil, oxydable, le plomb, en or, inaltérable, et de trouver l’élixir de l’immortalité. Cette fabrication de la matière noble est la métaphore de la quête de la connaissance, l’atteinte d’un état d’éveil supérieur, une illumination, dans l’esprit de l’humanisme de la Renaissance. Les matières viles représentent les passions terrestres, les faiblesses de l’homme.

 

 

Les esprits moqueurs imaginent de doux illuminés manier dans le plus grand secret fioles et alambics pour réaliser leurs exercices de sorcellerie. C’est ignorer qu’avant de devenir occulte, cette pratique mondiale et millénaire était celle des plus grands scientifiques, souvent médecins, astronomes, philosophes, qui ont inventé les acides nitritiques, sulfuriques ou citriques et des produits pharmaceutiques. Au Moyen Âge, des savants et le clergé pratiquaient l’alchimie. C’est à partir du xiiie siècle que des fabricants d’or falsifié ont fait naître le doute. Des suspicions renforcées par le fait que personne ne pouvait affirmer avoir réussi la fameuse transmutation de la matière vile en or. Les adeptes résistants se sont donc cachés derrière des symboles obscurs destinés à décourager les esprits sceptiques.

Pour d’autres la transformation ne peut se faire que par l’intervention du divin et ont recours à des thèmes religieux et de langages imagés mystérieux. L’alchimie spirituelle prend son essor au xviiie siècle, perd sa définition de science pour verser dans l’ésotérisme. C’est l’imprimerie qui a favorisé la divulgation de recettes, de théories et la multiplication des expériences dans toute l’Europe, jusqu’à toucher les milieux médicaux, manipuler de grandes quantités d’huiles essentielles

François Ier interdit la science d’Hermès, l’alchimiste légendaire égyptien, qui donna le terme «hermétique» pour éloigner les profanes de cette pratique destinée à un groupe très confidentiel d’initiés, dont Rabelais et Erasme faisaient partis. Le roi autorise la censure et l’inquisition, par la Sorbonne, l’université de la théologie, sur ceux qui possèdent ces livres. Mais François Ier ignorait qu’en voulant détruire cette pratique, il lui offrait l’immortalité… Elle s’est gravée dans la pierre des châteaux, des églises, des cloîtres. C’est après cette interdiction que les châtelains de Dampierre qui pratiquaient l’alchimie ont construit la galerie.

 

 

Au xixe, les adeptes de l’alchimie, dont la discipline n’a pas été reconnue officiellement, utilisent des codes et un vocabulaire tellement abscons qu’ils forment un monde à part, occulte. «L’alchimie est une science ésotérique, “philosophique” selon ses praticiens, et ses secrets ne devaient être révélés qu’à des sujets qui en fusent dignes par leur savoir, leur sagesse, leur labeur», écrit Marie‐Henriette Réchou dans sa thèse.

Un monde à part qui existe toujours, entre des praticiens quelque peu déconcertants qui emploient un langage indéchiffrable et des adeptes savants qui étudient les textes les plus anciens et les plus complexes. Il faut aller à Dampierre pour en rencontrer parfois. Ils cherchent toujours le secret de la pierre philosophale dans ce joyau de pierre. L’alchimie n’a pas révélé son secret mais elle continue d’exister. On la retrouve même dans Harry Potter… où la recherche de la pierre philosophale est évoquée.

 

Selon les adeptes de l’alchimie, Lucifer «porteur de lumière» aurait transmis le secret de l’univers aux grands initiés.

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