Treignac — Cuisine du monde

Examen des lycéens de Treignac. Photo Nord-Ouest Documentaires.

Par Michel Lulek / La Navette

Au moment où un film nous fait pénétrer dans les coulisses d’une classe de CAP cuisine du lycée hôtelier de Treignac qui forme des jeunes migrants, Valério Curia, directeur, nous explique comment son établissement est devenu l’une des rares structures spécialisées en France dans l’accueil des MNA (entendez : mineurs non accompagnés, qu’on appelait autrefois mineurs isolés étrangers).

Depuis 1973, la bourgade corrézienne de Treignac, 1 350 habitants, nichée au cœur du massif des Monédières, accueille des jeunes en placement judiciaire ou sans famille au sein de la maison d’enfants à caractère social (MECS) du centre des Monédières. C’est la Fondation Claude Pompidou qui l’héberge. Aujourd’hui ils sont 70 jeunes… de 18 nationalités différentes. « Dès le début des années 1980, explique Valério Curia, les premiers migrants mineurs sont arrivés. À l’époque, des Libanais, des Chinois. » Depuis, les origines se sont diversifiées au rythme des guerres et des crises politiques et l’établissement s’est spécialisé pour faire découvrir aux jeunes qui le souhaitent les métiers de la cuisine et de la restauration en ouvrant en 1993 une école hôtelière. Devenu lycée hôtelier en 2008, y sont désormais délivrés des CAP cuisine ou hôtellerie-café-restaurant. À côté, une classe d’accueil, installée au sein même du collège de Treignac, permet de familiariser les plus jeunes (14–15 ans) au français et aux différentes matières nécessaires à leur intégration.

Les lycéens de Treignac et leur cheffe Catherine Grosjean. Photo Nord-Ouest Documentaires.

Donner à manger aux autres…

« Chaque jeune fait l’objet d’un projet personnalisé », précise Valério Curia qui ne cache pas son admiration pour chacun. « Ils ont vraiment fait un choix et ont une maturité que les jeunes Français de leur âge ont rarement. Ils savent ce qu’ils veulent faire. Quand on traverse toute une partie de l’Afrique à ses risques et périls, qu’on passe par des montagnes enneigées en baskets, qu’on risque sa vie sur la Méditerranée, on comprend qu’ils soient très motivés pour réussir ici. » Toute la promotion suivie par la réalisatrice Sophie Bensadoun en fait la démonstration. Son film se termine sur l’annonce de tous les CAP réussis et le commentaire de Catherine Grosjean, leur professeur de cuisine, ne laisse pas de doute : « C’est un beau métier la cuisine : tu as peut-être failli mourir de faim à un moment et maintenant tu peux, toi, donner à manger aux autres… »

Mais ces belles histoires sont aussi des batailles. Celles menées par les jeunes bien sûr dont la plupart ne connaissent pas le français en arrivant. Mais aussi celles menées par des profs engagés ou encore celle menée face aux restrictions budgétaires. « Depuis 2016, la charge des jeunes mineurs isolés revient aux départements qui n’ont pas toujours les moyens de suivre. C’est pourtant une obligation légale… explique Valério Curia. Quand j’entends “Ces jeunes, ils coûtent chers !”, je ne peux m’empêcher de dire que ce n’est pas un coût mais un investissement. » Et de rajouter, un brin dépité : « La devise républicaine c’est liberté, égalité, fraternité… La fraternité, il ne faudrait pas l’oublier. »

Les cuisiniers de Treignac

Dans son dernier documentaire, la réalisatrice Sophie Bensadoun a suivi sur une année entière une promotion du lycée hôtelier de Treignac. En suivant Riju, 17 ans, du Bangladesh, Maurice, 16 ans, de Côte d’Ivoire, Abdou, 17 ans, de Guinée Conakry ou Sidaly, 18 ans, du Mali, elle raconte les parcours improbables de ces jeunes arrivés en France après des périples tumultueux. Ces jeunes qui découvrent avec la cuisine que leur cheffe Catherine Grosjean leur apprend un pays et une société si différents des leurs. Une rencontre qui est aussi un difficile parcours d’insertion, mais dans lequel les jeunes s’engagent avec beaucoup de motivation. Ils ont compris ce que Catherine Grosjean ne cesse de leur répéter : « Le chemin est devant soi, il faut avancer ! »

 

À voir sur France 3 Nouvelle-Aquitaine le 28 mai après le Soir/3.

Avant-première le 29 mars au cinéma Rex à Brive, à 20h30.

Projection le 8 juin au cinéma Jean-Gabin à Eymoutiers, à 21h.

Le lycée hôtelier de Treignac dispose d’un restaurant d’application ouvert trois fois par semaine. Renseignements au 05 55 73 48 00

Les lycéens de Treignac. Photo Nord-Ouest Documentaires.

 

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1 Comments

  1. Merci beaucoup à nouvelle Aquitaine c’est sidaly l’un de cuisinier de treignac

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