Château et collégiale d’Oiron – dessins d’Henri Deverin

Henri Deverin (1846-1921), aile Renaissance du château d’Oiron, dessin à la plume de 1919 rehaussé de lavis brun, 21,5 x 30,5 cm. Photo Christian Vignaud - musée de Poitiers.

Par Grégory Vouhé

Le musée de Poitiers conserve un ensemble de dessins à la plume d’Henri Deverin, dont une vue de l’aile Renaissance du château d’Oiron (n° 30) et une autre de l’intérieur de la collégiale (n° 31). Toutes deux annotées « Oiron 2 S[èvres] », signées du monogramme d’Henri Deverin, et datées 1919. Ces dessins sont des illustrations originales pour un ouvrage intitulé Architecture Française de l’Ouest. Poitou-Vendée. Monuments historiques. 110 dessins pittoresques. 54 plans. Notices descriptives par Henri Deverin, architecte en chef honoraire des Monuments historiques. 1921, année où disparaît l’auteur. Marc Sandoz, conservateur du musée, acquit dix dessins en 1951, dont la vue de l’aile Renaissance, du fils de l’architecte, Roger Deverin. Ce dernier vendit au musée en 1962 le tapuscrit de l’ouvrage, possiblement inachevé, dans lequel étaient insérés quarante-cinq plans (sur les cinquante-quatre annoncés) et cinquante-cinq dessins qui lui restaient, rehaussés par ses soins au lavis, compris la vue de l’intérieur de la collégiale d’Oiron.

 

Henri Deverin, vue de l’intérieur de la collégiale d’Oiron, 1919, dessin à la plume et à l’encre de Chine rehaussé de lavis brun, 25,5 x 18,4 cm. Photo Christian Vignaud – musée de Poitiers.

 

Henri Deverin, Tombeaux dans l’église d’Oiron, planche 90 du tome II des Archives de la Commission des monuments historiques, publiées sous le patronage de l’Administration des Beaux-Arts par Anatole de Baudot et Alfred Perrault-Dabot, 45 x 32,5 cm. Photo Christian Vignaud.

 

Né à Paris en 1846, Henri Deverin avait été l’élève de Daumet, de Lisch (le restaurateur de la chapelle du château de Thouars, de l’hôtel de ville et des tours de La Rochelle), et de l’École des Beaux-Arts, où il reçoit une médaille de troisième classe en 1878. Au Salon de 1879, il présente notamment deux châssis intitulés tombeau dans l’église d’Oiron, réalisés pour la Commission des Monuments historiques. Attaché à la commission depuis 1877, il est nommé en 1898 architecte en chef des Monuments historiques chargé de la Vienne (sauf Poitiers), des Deux Sèvres et de la Vendée, fonction qu’il assure jusqu’en 1919, avant de s’atteler à son Architecture Française de l’Ouest. Ses dessins des tombeaux d’Oiron sont reproduits dans les Archives de la Commission des monuments historiques (5 volumes non datés parus entre 1898 et 1903). Selon la table analytique des planches, rédigée par Perrault-Dabot, les dessins de ces deux tombeaux les plus importants, sur les quatre de l’église, datent de 1887. Bénédicte Fillion-Braguet nous dit que l’architecte restaura la tour de clocher et la fissure de la façade occidentale de l’église d’Oiron en 1892–1894, puis la façade sud entre 1904 et 1906.

 

Henri Deverin, EGLISE D’OIRON et sa décoration de la Renaissance, Etat actuel, Face méridionale, Paris, 1907.

 

Henri Deverin, EGLISE D’OIRON et sa décoration de la Renaissance, Etat actuel, Face principale et plan, Paris, 1907–1908.

 

Henri Deverin, EGLISE D’OIRON et sa décoration de la Renaissance, Etat actuel, LE RÉTABLE, Paris, 1907–1908.

 

Au Salon de 1908, Deverin reçoit le prix Duc, de 3 700 francs, destiné à encourager les hautes études architectoniques, qui lui est décerné pour ses dessins de L’église d’Oiron et sa décoration de la Renaissance, et Les remparts de Thouars, ces derniers reproduits dans Thouars à travers les âges, conférence faite à la salle des fêtes le 23 janvier 1925 par M. le docteur Verrier, président du syndicat d’initiative. Dressés en 1907–1908, ces dessins sont des restitutions aussi belles que fantaisistes : au lieu de les replacer devant l’autel, Deverin a logé les tombeaux dans les chapelles latérales, où prenaient place le seigneur et son épouse pour entendre la messe. Il ne restaure pas le château, qui n’est pas classé avant le 2 octobre 1923, mais avait déjà dessiné une vue de l’aile Renaissance, rehaussée de couleurs, comparable à celle de 1919.

 

Henri Deverin, dessin de l’aile Renaissance du château d’Oiron.

 

Plusieurs lettres émouvantes de Roger Deverin, artiste peintre, demeurant 30 rue Pierre Lescot Paris 1er, adressées au conservateur Jean-Marie Moulin, documentent utilement la réalisation des dessins de son père et leur acquisition. Extraits

 

3 août 62. […] Ce travail avait été fait par mon père, alors qu’il était cloué au lit par une cruelle maladie, peu de temps avant sa mort survenue en 1922. Dans son esprit, ces planches étaient destinées à illustrer un ouvrage concernant les monuments restaurés ou étudiés par lui pendant 40 ans dans les départements de la Loire-Inférieure, 2 Sèvres, Vienne et Vendée. Cet ouvrage (intitulé Architecture française de l’Ouest. Poitou, Vendée, Loire-Inférieure. Monuments historiques. 110 croquis pittoresques. 54 plans. etc.) et [qui] devait être préfacé par Mr Paul Léon, membre de l’Institut, directeur honoraire des Beaux-Arts, vu les circonstances difficiles, n’a pas paru. Aussi, je serais particulièrement heureux qu’il soit conservé par le musée de Poitiers dans sa presque totalité. Chaque planche était accompagnée d’une notice descriptive et historique, et pour certaines de plans.

1er octobre 62. […] Comme je vous l’ai dit, il y a 10 ans j’ai vendu à Mr Sandoz un lot de dix dessins pour la somme de 20 000 fr, soit 200 N[ouveaux] F[rancs] actuels. Je dispose encore d’une soixantaine de planches et pour cet ensemble je désirerais 800 NF – soit seulement 13,30 NF par dessin au lieu de 20 NF. J’y joindrai les notices et les petits plans que mon père avait prévus pour accompagner les planches de cet ouvrage. J’espère que ces conditions modestes pourront vous agréer. À la rigueur, et si je me trompe, je pourrai voir ce que je peux faire pour nous rejoindre. N’ayant plus de famille proche, et parvenu à la fin d’une vie dont les dernières années sont assez difficiles, je souhaite beaucoup que cet ensemble soit conservé au musée de Poitiers.

12 octobre 62. J’ai bien reçu votre accord et vous en remercie. Je vais vous envoyer les dessins. Cependant je vous demande encore quelques jours pour en terminer le montage comme je l’avais fait pour les planches acquises en 1950 [sic pour 1951]. Dans l’esprit de mon père, ces dessins ne devaient servir qu’à l’illustration de son ouvrage et il les avait exécutés sur des bouts de papier sans marges pour être reproduits très réduits sur clichés zinc et seulement tracés à la plume au trait. Aussi, comme pour ceux déjà acquis, j’ai cru bien d’y ajouter quelques rehauts de lavis à l’encre de Chine afin de donner un peu d’atmosphère à ces dessins sans en rien changer leur caractère. Cela et le contre-collage, les passe-partout formant marges, etc. m’a demandé plusieurs jours de travail. Mais j’en suis bientôt à la fin et je pense vous envoyer le tout à la fin de cette semaine ou au plus tard au début de la suivante.

2 novembre 62. Je suis heureux que les dessins de mon père ne vous aient pas déçu. Quant aux lacunes que vous signalez dans les pages des notices, je les regrette, mais je n’en suis pas très surpris. Ces 30 dernières années, j’ai subi 6 déménagements (dont 2 à la suite d’expropriations) soit 12 depuis 1910. Et dans ces transferts, j’ai perdu beaucoup de choses, soit parmi mes affaires personnelles, soit parmi les documents, dessins, manuscrits, hérités de mon père et de mon frère, écrivain, critique d’art et dessinateur de talent. Cependant, en explorant mes tiroirs, j’ai retrouvé 4 des pages que vous me signalez manquantes. Je vous les envoie. Ces notices avaient été tapées en 1920 par mon frère en double exemplaires. J’ai dû en supprimer un en même temps qu’une montagne de paperasses lorsque j’ai été obligé de quitter un grand atelier de 100 m2 et de 9 mètres de haut pour aller habiter, hélas, un petit logement de 30 m2, mais situé du moins près du quai d’Orsay, dans un quartier agréable et aéré. Je n’y suis pas resté longtemps, mon propriétaire ayant obtenu l’autorisation de démolir ce vieil immeuble, m’a relogé dans ce détestable quartier des halles, bruyant et malodorant, dont j’ai horreur et qui me rend malade. Certaines notices se rapportent à des dessins que je ne possède plus. J’en ai vendu à quelques amateurs. Puis il y a bien longtemps, j’ai eu l’imprudence d’en confier à un individu se faisant fort d’en placer dans les 2 Sèvres où il se rendait. Je n’ai plus jamais eu de nouvelles des dessins et de ce personnage malhonnête. Il ne me reste donc plus que les planches et notices concernant la Loire Inférieure.

 

Sur le château d’Oiron

« De retour à Oiron », L’Actualité Nouvelle-Aquitaine n° 119, hiver 2018, p. 56–59.
« Le recueil du duc d’Antin », L’Actualité Poitou-Charentes n° 110, automne 2015, p. 26–29.
« Tombeaux de marbre des La Trémoïlle et des Gouffier », L’Actualité Poitou-Charentes n° 107, hiver 2015, p. 46–47.
« Les Métamorphoses au plafond du château d’Oiron », L’Actualité Poitou-Charentes n° 106, automne 2014, p. 39.
« Oiron. La chambre du Roi », L’Actualité Poitou-Charentes n° 102, automne 2013, p. 22–25.
« L’orange cultivée au Grand Siècle », L’Actualité Poitou-Charentes n° 93, juillet-septembre 2011, p. 45.
« Oiron. Un visage retrouvé », L’Actualité Poitou-Charentes n° 87, janvier-mars 2010, p. 46–47.
« Oiron. La galerie restaurée », L’Actualité Poitou-Charentes n° 86, octobre-décembre 2009, p.40–41.
« Madame de Montespan à Oiron », L’Actualité Poitou-Charentes n° 78, octobre-décembre 2007, p. 40–41.

Cet article fait partie du dossier Château d’Oiron.

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