Château d’Oiron – les dessins Bouneault

Arthur Bouneault (1839-1910), frontispice du volume de dessins consacrés au château d’Oiron (15 x 23 cm). Médiathèque de Niort.

Par Grégory Vouhé

Le 3 mai 1910, la bibliothèque municipale de Niort reçoit le don de vingt-huit cartons contenant 2681 dessins archéologiques, numérotés de 1 à 2420, classés par arrondissements et divisés par leur auteur en 26 séries. Pas moins de trois séries, formant un carton, sont consacrées à Oiron, soit plus de deux-cents dessins. Ce sont des dessins mis au net à la plume, parfois rehaussés de couleurs, avec une explication rédigée au verso de la plupart des planches, toutes de même format. Disparu en mars, le donataire a parallèlement légué les brouillons et minutes à la société historique des Deux-Sèvres, qu’il a contribué à fonder en 1905. L’ensemble est le résultat de « plus de vingt années d’un labeur acharné, d’incessants voyages, de relevés et d’estampages, dont Arthur Bouneault a supporté toute la dépense ».

 

Baptiste Baujault (1828–1899), buste d’Arthur Bouneault, vers 1870, terre cuite, hauteur 38, 5 cm. Collection musée Bernard d’Agesci — communauté d’agglomération du niortais.

Né en 1839, cet entrepreneur niortais a consacré les vingt-cinq dernières années de sa vie à l’archéologie : il est conservateur du musée lapidaire, inspecteur départemental de la société française d’archéologie, membre correspondant de la société des monuments historiques pour le classement du mobilier. Bouneault avait exposé en 1885 au Salon des artistes français un dessin de la tribune intérieure de Notre-Dame de Niort. Trois ans plus tard, en novembre 1888, sa collection de dessins archéologiques est suffisamment importante pour être présentée dans la Revue poitevine et saintongeaise : « ancien entrepreneur des restaurations exécutées par le service des Monuments historiques à l’ancien hôtel de ville de Niort et à l’église de Celles, [Bouneault] consacre depuis plusieurs années la majeure partie de son temps à relever architecturalement et à dessiner les monuments anciens de Niort et des environs. » En janvier 1890, Joseph Berthelé donne un nouvel article pour signaler les dessins réalisés durant l’année écoulée… Bouneault dessine plus de 1500 planches avant de s’intéresser de près à Oiron.

 

Arthur Bouneault, dessin n° 1508 : carreau de la chapelle de Claude Gouffier portant une lettre de sa devise. Médiathèque de Niort.

 

Arthur Bouneault, dessin n° 1552 : armoiries d’Auguste Fournier de Boisairault (de gueules à la bande denchée d’or accostée de deux molettes d’éperon d’or) et de Gertrude de Stacpoole (d’argent au lion de gueules). Médiathèque de Niort.

 

Arthur Bouneault, dessin n° 1583 : porte peinte dans la galerie. Médiathèque de Niort.

 

Le château d’Oiron

Après la signature de Claude Gouffier (n° 1505), qui ouvre le bal, quinze dessins sont consacrés aux carreaux de la chapelle de son appartement, dont suivent le relevé de la voûte et des deux modèles de clés, puis ceux des vingt-cinq clés de la galerie basse, appelée cloître, en commençant par la première travée de gauche. Notons que ces relevés sont postérieurs à la restauration des clés par Daviau : selon un état des lieux de 1866, les écussons ont été martelés et huit clés en médaillon sont cassées. Viennent ensuite les millésimes, les blasons et les emblèmes des façades, comme l’épée du Grand Écuyer. Après Léon Palustre, qui les avait reproduites dans le troisième tome de La Renaissance en France, il dessine les marques des chevaux des écuries royales (également rétablies par Daviau), et les inscriptions peintes du « cloître ». Chiffres et blasons de la cheminée, du plafond et d’une porte de la galerie font l’objet de quinze relevés. Le musée de Niort conserve un grand dessin de la cheminée (66,5 x 59,4 cm) réalisé par Bouneault en 1896. De retour dans l’escalier, après avoir dessiné une inscription peinte et un carreau de madame de Montespan, il s’intéresse autant au chapiteau millésimé et aux écussons (refaits par Daviau1) qu’aux graffiti et aux marques lapidaires. Suivent, dans l’ordre de ses pérégrinations, un contrecœur de cheminée aux armes de madame de Montespan, l’épée du Grand Écuyer des anciennes écuries transformées en ferme, un cartel peint dans la chapelle, précédemment relevé par Beauménil et Barbier de Montault. S’étant transporté à l’hospice fondé par madame de Montespan, il relève une inscription datée 1711, un élément de la margelle de la fontaine Renaissance (alors non identifié), et un détail de la cloche qu’il fait classer au titre des Monuments historiques en septembre 1901. Il copie à la bibliothèque municipale de Poitiers un dessin de Beauménil.

cheminée de la salle des gardes dv châteav de oiron, dessin réalisé à Niort en 1896, signé A. Bouneault, 66,5 x 59,4 cm. Collection musée Bernard d’Agesci — communauté d’agglomération du niortais.

 

Arthur Bouneault, dessin n° 1585 : carreau de Nevers aux armes de madame de Montespan. Médiathèque de Niort.

 

Arthur Bouneault, dessin n° 1608 : détail de la cloche de l’hospice. Médiathèque de Niort.

 

Médaillé de vermeil

Ayant fait le tour du château, Bouneault s’intéresse ensuite aux millésimes et aux inscriptions de la collégiale, aux signatures des seigneurs d’Oiron, aux épitaphes, emblèmes et écussons des tombeaux, comme à un jeton du musée de Thouars et à un mortier conservé à Niort, qui s’intercalent avant le relevé des tombes. Suivent d’autres blasons sculptés, notamment sur les clés, qu’il présente lors de la 70e session du Congrès archéologique de France, organisé à Poitiers en 1903. Dans son discours, Eugène Lefèvre-Pontalis, adresse « des félicitations bien méritées à M. Arthur Bouneault, inspecteur des Deux-Sèvres, qui ne se contente pas de restaurer nos monuments historiques, mais qui sait dessiner tous leurs détails avec une rare perfection, et vous admirerez tout à l’heure l’étonnante habileté de son crayon et l’exactitude des relevés qu’il a bien voulu exposer à l’occasion du Congrès. » Le conseil d’administration de la société française d’archéologie, qui l’a nommé inspecteur quelques années plus tôt, accorde à Bouneault une médaille de vermeil « pour sa riche collection de dessins archéologiques et son habile concours dans la restauration de l’église de Saint-Jouin-de-Marnes. »

 

Arthur Bouneault, dessin n° 1630 : monogrammes d’Artus Gouffier et d’Hélène de Hangest à la collégiale. Médiathèque de Niort.

 

Arthur Bouneault, dessin n° 1669 : voûte de la chapelle de droite de l’église d’Oiron. Médiathèque de Niort.

 

Arthur Bouneault, dessin n° 1676 : clé de voûte de la nef de la collégiale. Médiathèque de Niort.

 

L’article consacré aux clés, qui paraît l’année suivante, en 1904, est illustré par son dessin de la voûte de la chapelle Saint-Jérôme, n° 1669 de la collection.

Bouneault n’aura de cesse de la compléter et de l’enrichir, en ajoutant une enseigne de marchand en faïence d’Oiron, ou un contrecœur aux armes de madame de Montespan, planche n° 2247 qui fait doublon avec son 1603e dessin. Ultimes ajouts (n° 2317 à 2325), rehaussés de couleurs, les blasons peints sur des tableaux de la collégiale et sur celui alors conservé à la cure (voir « Les termes du château d’Oiron »), et les cartouches d’une porte de la « grande salle », en fait dans la chambre du roi. Les couleurs ne sont pas exactes dans le détail et les couronnes une restitution de celles grattées à la Révolution. S’il privilégie le dessin, qui prime tout, Bouneault cite des théories dépassées. Ainsi recopie-t-il sur une planche recto-verso la thèse de Benjamin Fillon sur la supposée origine oironnaise des carreaux de céramique, publiée en 1864, sans faire référence à une étude parue en 1888 dans la Gazette des Beaux-Arts, montrant que les prétendues faïences d’Oiron ont été produites à Saint-Porchaire. Quant aux carreaux de la chapelle, rien ne permet, encore aujourd’hui, de les attribuer à un atelier précis. Bouneault ignore de la même manière l’article de Barbier de Montault publié l’année suivante (1889) : nonobstant la production de la médaille italienne qui a servi de modèle au sculpteur, son dessin est annoté de la théorie fumeuse de Léon Palustre, pour qui le médaillon, représentant le Christ, c’est-à-dire le fils du charpentier, est la signature d’un certain François Cherpentier : « il ne saurait y avoir d’allusion plus transparente » ! Il s’intéressait pourtant suffisamment à ces médaillons pour en avoir réalisé les estampages – la pratique du moulage étant complémentaire des relevés et croquis –, qu’il donna au musée lapidaire (n° 43 et 44 du catalogue).

 

Arthur Bouneault, dessin n° 2318 : armoiries de Louis Gouffier sur un tableau des Beaubrun daté 1631. Médiathèque de Niort.

 

Arthur Bouneault, dessin n° 2324 : cartouche d’une porte de la chambre du roi (et non de la grande salle), au chiffre de Louis Gouffier. Médiathèque de Niort.

 

Arthur Bouneault, dessin n° 1646 : profil de Christ sculpté d’après une médaille italienne, qui passait à tort pour la signature de François Cherpentier, le Christ étant fils de charpentier. Médiathèque de Niort.

  1. Les armoiries sont détruites selon l’état des lieux de 1866.

Mes remerciements amicaux à Geoffroy Grassin, responsable des collections patrimoniales de la médiathèque Pierre Moinot, pour la communication des clichés de l’ensemble des dessins consacrés à Oiron accompagnés de références bibliographiques, ainsi qu’à Laurence Lamy pour le signalement et le cliché du dessin du musée de Niort.

Sur le château d’Oiron

« De retour à Oiron », L’Actualité Nouvelle-Aquitaine n° 119, hiver 2018, p. 56–59.
« Le recueil du duc d’Antin », L’Actualité Poitou-Charentes n° 110, automne 2015, p. 26–29.
« Tombeaux de marbre des La Trémoïlle et des Gouffier », L’Actualité Poitou-Charentes n° 107, hiver 2015, p. 46–47.
« Les Métamorphoses au plafond du château d’Oiron », L’Actualité Poitou-Charentes n° 106, automne 2014, p. 39.
« Oiron. La chambre du Roi », L’Actualité Poitou-Charentes n° 102, automne 2013, p. 22–25.
« L’orange cultivée au Grand Siècle », L’Actualité Poitou-Charentes n° 93, juillet-septembre 2011, p. 45.
« Oiron. Un visage retrouvé », L’Actualité Poitou-Charentes n° 87, janvier-mars 2010, p. 46–47.
« Oiron. La galerie restaurée », L’Actualité Poitou-Charentes n° 86, octobre-décembre 2009, p.40–41.
« Madame de Montespan à Oiron », L’Actualité Poitou-Charentes n° 78, octobre-décembre 2007, p. 40–41.

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