La couche médicale de demain

Hervé Boutillier revendique une approche humaine dans le développement de son produit : «Je ne veux pas faire un maximum d’argent avec, ce n’est pas ma philosophie.» Photo Amélia Blanchot.

Par Amélia Blanchot

L’histoire commence en 2015, au dix‐septième étage d’un immeuble japonais. Lors d’une exposition sur la médicalisation de demain, un touriste français est interpellé par un étrange prototype incrusté entre les cuisses d’un mannequin. Il s’agit d’une «couche autonome» aspirante, lavante et séchante. Connectée à une unité centrale, elle recueille automatiquement les urines et les excréments des patients alités. Une alternative innovante aux couches classiques pour adultes qui tape dans l’œil d’Hervé Boutillier, un vacancier bien informé sur la question. Après avoir travaillé pour différents laboratoires pharmaceutiques, ce spécialiste du matériel médical a fondé Proximed, une entreprise dédiée à l’hospitalisation à domicile qu’il a géré dix années avant de vendre. «J’ai été confronté à la fin de vie, à des patients en plein désarroi. Le “change” est une véritable problématique. J’ai tout de suite su que cette couche autonome était une idée à développer», raconte ce professionnel installé près de Surgères, en Charente‐Maritime.

 

Déclenchement automatique

Le Français devient partenaire avec Liberty, la société japonaise à l’origine de ce concept. «Nous avons été confrontés à des problèmes d’étanchéité et d’escarres que nous avons résolus au fil du temps», affirme l’entrepreneur. Après deux ans et demi de mise au point, le lancement du produit a eu lieu en mai dernier en Europe. Il s’appelle E‐Pants, pour Électronique Protection Auto‐Nettoyante Thermo‐Séchante. Concrètement, le patient alité a une coquille ergonomique en polymère hydrophobe hypoallergénique fixée au niveau de ses parties génitales. Cette coquille est reliée par des tuyaux de raccordement à une unité centrale mobile hébergeant un tableau de commandes et plusieurs réservoirs, dont l’un à vider autant que nécessaire. Un coussin est installé sous les fesses pour éviter les escarres. Lorsque le malade fait ses besoins, la machine déclenche automatiquement – ou sur demande en cas d’utilisation manuelle — un cycle d’aspiration, de nettoyage et de séchage de quelques minutes.

 

E‐Pants a été nominé aux Trophées Silver Eco 2018 catégorie «santé, e‐santé». Photo DR

 

«Accessible au plus grand nombre»

Pour Hervé Boutillier, cette machine est plus avantageuse que les protections classiques : «C’est plus hygiénique, il n’y a ni macération ni vision corporelle des excréments. Cela redonne de l’humanité aux patients, c’est très important. Tout peut se désinfecter, c’est réutilisable, son impact environnemental est faible.» Et surtout, E‐Pants a vocation à être économique. «Nous négocions avec des groupes pour mettre un place un réseau de concessionnaires. Le coût va se situer environ à 6,50 € par jour en location. C’est équivalent au prix des couches, mais il y a un gain d’heures de travail. On m’a dit d’augmenter les prix, mais je ne veux pas. L’objectif est que ce soit accessible au plus grand nombre», poursuit le créateur de MMS‐Care, la société de distribution exclusive pour l’Europe. Pour l’heure, 5 000 machines ont déjà été commercialisées au Japon, en Chine et au Vietnam. E‐Pants sera livré sur le marché européen dès cet automne.

 

Pour en savoir plus : www.mms-care.fr

 

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