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	<title>bande dessinée - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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		<title>Etienne Davodeau – Sagacité documentaire de la bande dessinée</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Jun 2025 16:07:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Parcours du dessinateur Étienne Davodeau, au fil de ses pérégrinations et de ses rencontres, des vignobles aux grottes préhistoriques.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/etienne-davodeau-sagacite-documentaire-de-la-bande-dessinee/">Etienne Davodeau – Sagacité documentaire de la bande dessinée</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Marjolaine Macaire</strong></p>



<p></p>



<p>En 2011, Futuropolis publie un ouvrage peu commun, issu d’un voyage graphique et collectif. <em>Rupestres&nbsp;! </em>est un livre hybride aux techniques et aux styles graphiques très différents, car il est le fruit du travail de six auteurs&nbsp;: Emmanuel Guibert, Marc-Antoine Mathieu, David Prudhomme, Pascal Rabaté, Troubs et Étienne Davodeau. Ensemble, ils ont visité des grottes préhistoriques et ont gardé la trace de cette expérience en élaborant un livre collectif.</p>



<p>Tandis que Futuropolis vient de fêter son demi-siècle d’existence, l’équipe des «Rupestres», augmentée d’Edmond Baudoin et de Chloé Cruchaudet, publie un nouveau volume dédié à l’art pariétal du Paléolithique&nbsp;: <em><a href="https://www.futuropolis.fr/9782754844024/pigments.html">Pigments</a></em>.</p>



<p>Surnommé <em>Auroch</em> par ses camarades, Étienne Davodeau évoque cette aventure dans l<a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-138-prehistoire-le-temps-des-origines-de-lascaux-a-cussac/">e numéro 138 de la revue papier <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em>, «Préhistoire, le temps des origines»</a>.</p>



<p>Premier dessinateur-écrivain français de bande dessinée à s’être élancé dans le genre documentaire, Etienne Davodeau estime qu’il a été «percuté» par la découverte du <em>petit mammouth laineux</em> de la grotte du Pech Merle. Cette rencontre d’exception avec l’œuvre dessinée d’un de ses homologues du Paléolithique, il la raconte dans <em>Le Droit du sol, Journal d’un Vertige</em>, publié en 2021 – entre les aventures collectives de <em>Rupestres&nbsp;!</em> (2011) et de <em>Pigments</em> (novembre 2024).&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1004" height="413" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau-3-couv.jpg" alt class="wp-image-38663" style="width:822px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau-3-couv.jpg 1004w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau-3-couv-300x123.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau-3-couv-768x316.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau-3-couv-650x267.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau-3-couv-150x62.jpg 150w" sizes="(max-width: 1004px) 100vw, 1004px"><figcaption class="wp-element-caption">Le Droit du sol&nbsp;d’Étienne Davodeau (2021) ; Rupestres !, ouvrage collectif (2011) ; Pigments, ouvrage collectif (2024) ©Futuropolis</figcaption></figure>



<p><strong>«Tracer une ligne, c’est écrire, c’est dessiner»</strong></p>



<p>Étienne Davodeau ne cache pas sa motivation à ses lecteurs&nbsp;: il «marche pour faire un livre». Il considère qu’en marchant, il trace une ligne avec ses pieds. «Après tout, tracer une ligne, c’est écrire, c’est dessiner», affirme-t-il. Son intention est de relier deux lieux et de les mettre en résonance.</p>



<p>Ignorant sa motivation, les pèlerins qu’il croise sur sa route ne manquent pas de le lui faire remarquer&nbsp;: il marche dans le mauvais sens&nbsp;!</p>



<p>À rebours du chemin de Compostelle, après avoir visité la grotte de Pech Merle, à Cabrerets dans le Lot, dont il admire les parois, il marche vers le Nord en direction de Bure.</p>



<p>Sous le sol de Pech Merle, il y a des milliers d’années, des <em>Homo sapiens</em> ont laissé en témoignage de leur passage sur terre une fresque représentant des animaux. Étienne Davodeau, lui-même dessinateur-illustrateur, a été saisi à la vue du petit mammouth laineux représenté dans cette grotte.</p>



<p>En parallèle, il songe aux Sapiens de notre époque qui s’apprêtent à laisser un tout autre héritage à leurs descendants sous le sol de Bure, où un projet d’enfouissement de déchets nucléaires est en cours.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img decoding="async" width="771" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-9.jpg" alt class="wp-image-38657" style="width:492px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-9.jpg 771w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-9-226x300.jpg 226w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-9-768x1020.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-9-650x863.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-9-150x199.jpg 150w" sizes="(max-width: 771px) 100vw, 771px"><figcaption class="wp-element-caption">Le Droit du sol&nbsp;d’Étienne Davodeau ©Futuropolis, 2021.</figcaption></figure>



<p><strong>Au-delà du format franco-belge</strong></p>



<p>Venu à la bande dessinée à l’adolescence, à la suite «d’une maladie infantile répandue qu’est le dessin» – comme il le dit&nbsp;! – il a étudié les arts plastiques à l’université de Rennes et a publié son premier livre en 1992.</p>



<p>À la fin des années 1980, le champ éditorial était restreint et l’idée que l’on se faisait d’une bande dessinée, à la manière franco-belge, était très formatée&nbsp;: quarante-six pages, en couleur, avec une couverture cartonnée, etc. C’était un moyen d’expression mal considéré et les éditeurs disaient aux jeunes auteurs que la bande dessinée c’était soit de l’aventure, soit de l’humour&nbsp;!</p>



<p>Il a donc fallu beaucoup de persévérance au jeune Étienne pour faire des allers-retours à Paris, présenter ses planches, essuyer des déconvenues après avoir travaillé six mois sur un projet et rentrer se lancer dans une nouvelle tentative jusqu’au prochain aller-retour…</p>



<p>Le formatage convenu de l’époque était très frustrant pour le jeune Etienne qui avait découvert le travail de Joe Sacco et lu <em>Maus</em> d’Art Spiegelman aux États-Unis, avant qu’ils ne soient traduits et publiés en France. Ces avant-gardes de la bande dessinée ont proposé un autre regard sur le monde avec une approche historique, sociale, documentaire et autobiographique. Ces auteurs iconoclastes s’étaient octroyé le droit de raconter, via la bande dessinée, à l’époque considérée comme un genre mineur, des événements majeurs de leur siècle.</p>



<p><strong>«Ouvrir le cadre» par la non-fiction</strong></p>



<p>C’est avec son quatrième livre, <em>Le Constat</em>, publié chez Dargaud, qu’il a pu «ouvrir le cadre» et faire quelque chose de plus long, plus structuré dans un délai plus important. Il s’intéressait à ce qui se faisait aux États-Unis et au Japon, et l’aspect technique de la bande dessinée lui importait déjà beaucoup.</p>



<p>En outre, il décide un jour de ne plus inventer d’histoire mais d’aller en recueillir une et de la raconter&nbsp;; d’entreprendre une démarche documentaire. C’est ainsi qu’après avoir travaillé six mois sans éditeur mais grâce à une bourse du Centre national du livre, il publie finalement son premier livre de non-fiction, <em>Rural&nbsp;!</em>, en 2001, chez Delcourt. [NDLR&nbsp;: <em>Le Photographe</em> d’Emmanuel Guibert a été publié en 2003]</p>



<p>À l’origine de<em> Rural&nbsp;!</em>, il y a l’initiative d’un de ses amis, agriculteur, qui a décidé de passer en bio la ferme familiale dont il a hérité. À la fin des années 1990, en Anjou, le bio existait peu et ce projet faisait sourire beaucoup d’autres paysans autour. Mais au moment de transformer l’exploitation, les agriculteurs apprennent que l’autoroute va couper leur exploitation en deux&nbsp;! Étienne Davodeau raconte que, tout comme son ami, il s’est senti accablé d’entendre une telle nouvelle. Mais <em>in petto</em>, il a songé&nbsp;: «Formidable&nbsp;! Un sujet m’arrive&nbsp;!» C’est ainsi que <em>Rural&nbsp;!</em> raconte l’histoire de trois jeunes agriculteurs de la Confédération paysanne, traite du thème du bio et de l’aménagement du territoire. Des sujets novateurs à l’époque, devenus si contemporains&nbsp;!</p>



<p><strong>Hommage aux parents militants JOC et CFDT</strong></p>



<p>Après d’autres livres de fiction, avec l’intention de régler son compte à l’éducation catholique qu’il avait reçue, il s’essaye au genre autobiographique. Mais finalement, <em>Les Mauvaises gens</em> se sont avérés un hommage à ses parents. Ouvriers dès l’âge de 13–14 ans, ce ne sont pas sur les bancs du lycée, ni de l’université qu’ils se sont formés, mais au sein d’organismes tels que la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) ou la Confédération française démocratique du travail (CFDT). Ils ont acquis une formation par le fait de militer, sur les plans associatifs, syndicaux, politiques, sportifs… À l’âge de 17 ans, sa mère a même contribué à créer une section syndicale dans une usine de chaussures, à Saint-Pierre-Montlimart.</p>



<p>Ce fut aussi le contexte de l’enfance d’Étienne Davodeau, dont il garde un souvenir chaleureux et dynamique. C’était avant l’arrivée de la gauche au pouvoir, avec François Mitterrand. De nombreuses réunions avaient lieu le soir chez ses parents et, depuis sa chambre, des mots prononcés tels que «syndicat», «politique» lui parvenaient au milieu du bruit des gens qui refaisaient le monde, discutaient fort en fumant des Gauloises et en buvant des cafés. Cette ambiance lui tenait lieu de berceuse…</p>



<p>Dans les Mauges, petite région du sud-ouest du Maine-et-Loire, très catholique et assez conservatrice, où l’enseignement privé et le patronat paternaliste et patriarcal régnaient, les revendications de ces <em>Mauvaises gens</em> détonnaient.</p>



<p><strong><em>Les Mauvaises gens</em>, livre primé à Angoulême</strong></p>



<p>Ce livre-là, en noir et blanc, au petit format, avec un dessin rapide et beaucoup de pages, en 2005, a reçu un bel accueil&nbsp;! Il a eu des prix à Angoulême, du succès dans la presse, du succès auprès du public, a été réimprimé et a fait partie de ceux qui ont fait évoluer le point de vue des éditeurs. Cet engouement, Étienne Davodeau se l’explique par le fait qu’un livre qui a une dimension autobiographique fonctionne par résonance, trouve un écho auprès de ses lecteurs sur des sujets communs.</p>



<p>L’expérience de ce livre a définitivement ancré chez lui l’envie de faire ce type de bande dessinée de non-fiction, de reportage ou documentaire.</p>



<p>Depuis, bien d’autres livres ont suivi. Et certains relèvent aussi du genre autobiographique, tels que <em>Les Ignorants</em> et <em>Le Droit du sol</em>.</p>



<p><strong>Récits subjectifs en bande dessinée</strong></p>



<p>Après cette trajectoire qui fait d’Étienne Davodeau l’un des auteurs français qui ont fait évoluer le genre, comment nomme-t-il ses livres&nbsp;? Il est précis à ce sujet&nbsp;: «Il faut faire gaffe au vocabulaire qu’on emploie. Je parle de livre de bande dessinée. Pour moi, “l’album” est un terme qui rapporte à l’enfance. J’emploie assez peu l’acronyme BD que je trouve réducteur. “Roman graphique”, je ne l’utilise pas non plus. Je sais bien que c’est un terme qui est très utilisé, notamment par la presse, et mes bouquins, comme <em>Le Droit du sol</em> et<em> Les Ignorants</em>, sont souvent présentés comme des romans graphiques. Moi je revendique le fait que ce sont des livres de bande dessinée, comme&nbsp;<em>Les Schtroumpfs</em> par exemple.»</p>



<p>Quand on lui fait remarquer qu’il se dessine plutôt “modestement”, il s’en amuse et explique que c’est très compliqué de se dessiner soi-même, de trouver un registre&nbsp;pour cela, mais qu’en revanche, la première personne du singulier est assez efficace narrativement. Elle signale que c’est un récit subjectif, que l’auteur raconte ce qu’il connaît d’un sujet, qu’il relate une expérience personnelle et en même temps son témoignage authentifie le propos.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img decoding="async" width="763" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-7.jpg" alt class="wp-image-38658" style="width:484px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-7.jpg 763w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-7-224x300.jpg 224w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-7-650x872.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-7-150x201.jpg 150w" sizes="(max-width: 763px) 100vw, 763px"><figcaption class="wp-element-caption">Le Droit du sol&nbsp;d’Étienne Davodeau ©Futuropolis, 2021.</figcaption></figure>



<p><strong>L’auteur dans l’image avec son crayon</strong></p>



<p>À la différence d’un cinéaste, qui ne peut pas être devant la caméra et au même moment filmer ou donner des indications derrière la caméra, la bande dessinée offre la possibilité fluide et naturelle d’être à la fois celui qui tient le crayon et celui qui est dans l’image. C’est un procédé fructueux sur le plan narratif, qui permet à l’auteur d’interagir avec les personnes mises en scène et de faire avancer le récit.</p>



<p>C’est ainsi que dans <em>Le Droit du sol</em>, au fil de sa randonnée, l’auteur fait intervenir différents experts et spécialistes, et explique même les coulisses de ces entretiens. Tel un journaliste, il distribue la parole à des gens qui sont des références dans leur domaine professionnel, à des citoyens devenus militants. Le narrateur explique qu’il a rencontré ces intervenants avant sa marche, ou parfois après, et a seulement modifié le contexte de leurs discussions pour leur donner la parole à bon escient au fil du livre. Il les représente les uns après les autres, à tour de rôle, comme s’ils l’accompagnaient à certaines étapes de son chemin. À cette occasion, il restitue le contenu des entrevues qu’il a réalisées. Cette mise en scène enrichit le récit qui n’est plus seulement celui du parcours de la randonnée, mais aussi une réflexion en cours sur la question du nucléaire, ponctuée d’apports d’informations qui arrivent à propos.</p>



<p><strong>Le dessin, 27<sup>e</sup> lettre de l’alphabet</strong></p>



<p>Très conscient de ce que son art apporte pour transmettre, Étienne Davodeau&nbsp;développe&nbsp;: «Un romancier fait le même métier que moi, il raconte des histoires. Simplement, il a un outil légèrement différent. On a en commun les vingt-six lettres de l’alphabet. Moi j’ai une vingt-septième lettre, le dessin, qui est très puissante&nbsp;!» Ce qui n’exclut pas que, «dans <em>Le Droit du sol</em>, le texte joue un rôle important, c’est aussi un travail littéraire», insiste-t-il.</p>



<p>Durant sa randonnée, Étienne Davodeau ne dessinait pas. Certains jeûnent et s’en trouvent libérés de toxines, prêts ensuite à remettre la machine en route. Lui, a vécu ce mois de marche comme une période de “sevrage”, dont il dit que ça le rebooste, lui donne un appétit renouvelé de dessiner au retour. Il a pris des quantités de photos, telles des pense-bêtes pour garder des informations visuelles, et écrivait chaque jour dans un carnet, lorsqu’il s’arrêtait ou le soir sous sa tente. Il prenait des notes du déroulé de sa journée, des gens qu’il avait rencontrés et puis surtout, des idées qui lui venaient de mise en forme du livre qu’il allait faire en arrivant au bout de son parcours.</p>



<p><strong>Plaisirs simples du randonneur</strong></p>



<p>Son double, son <em>lui-même en train de marcher</em>, éprouve ses limites physiques, en dépasse certaines en expliquant que son corps connaît des étapes d’adaptation, souffre de la chaleur écrasante, de trop courtes nuits non réparatrices, etc. L’épreuve de la marche lui fait d’autant mieux apprécier certains plaisirs que l’on qualifie parfois de <em>simples</em> dans une société d’abondance. Peut-être est-il bon parfois d’être un randonneur nourri aux produits lyophilisés depuis plusieurs jours pour savoir en apprécier la valeur&nbsp;? Lorsqu’il croise leur étale, il ne peut s’empêcher de s’exclamer «Putain des abricots&nbsp;!» et d’en acheter quelques-uns. Pour célébrer cette denrée et ne pas la manger dans des conditions triviales – sur un parking – il cherche «un endroit digne de ses abricots». Il marche encore et finit par trouver un ruisseau à l’ombre de la chaleur accablante du mois de juin. Il ôte ses chaussures et savoure ses fruits les pieds dans l’eau&nbsp;!</p>



<p>C’est une scène dont beaucoup de lecteurs lui parlent lors des rencontres en librairies et des dédicaces. Un moment dont il se souviendra toute sa vie.</p>



<p><strong>Témoin et porte-voix</strong></p>



<p>Au fil des échanges avec les intervenants et des propos du marcheur-illustrateur, le point de vue de l’auteur s’affine, les arguments s’alignent. De vive voix, il se dit plutôt admiratif des militants qu’il a rencontrés, mais pas militant lui-même. Il revendique le choix de faire entendre la voix d’un scientifique, professionnel repenti du nucléaire, celle de gens qui subissent les décisions arbitraires de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), de montrer ce qui se passe à Bure et alentour, dans l’ignorance, et souvent l’indifférence, du plus grand nombre. Étienne Davodeau se considère comme un témoin et un porte-voix.</p>



<p><strong>Susciter des vocations de vignerons</strong></p>



<p>Quand on lui demande s’il est conscient de l’impact de ses livres sur ses lecteurs, Étienne Davodeau répond humblement qu’il lui est difficile de s’en rendre compte.</p>



<p>«Dans ce beau pays de France, quand tu mets en cause l’industrie nucléaire, tu prends une avalanche de merde sur les réseaux sociaux. C’est quasiment inévitable. Sinon, les gens m’écrivent pour me dire qu’ils ont bien aimé mon livre. Pour <em>Les Ignorants</em>, ce livre qui raconte le monde du vin, entre autres, nous en sommes à quatre ou cinq personnes qui nous ont écrit [à Richard Leroy, le vigneron du livre, et lui. NDLR]&nbsp;: “J’ai lu le livre, j’ai changé de métier, je suis vigneron.” Le premier qui nous a fait ça, nous a écrit : “J’ai lu <em>Les Ignorants</em>, je vais quitter mon métier, je vais m’installer comme vigneron.” Deux ans après, on reçoit une caisse de vin. La première cuvée du mec s’appelle “Ode aux Ignorants”. Depuis les terrasses du Larzac, il nous dit&nbsp;: “Ça y est, c’est parti&nbsp;!”&nbsp;Ça, c’est un impact&nbsp;!»</p>



<p>Et concernant la question du nucléaire, <em>Le Droit du sol</em> a‑t-il changé le point de vue des individus&nbsp;? Ce livre s’est tout de même vendu à 150 000 exemplaires. Droit dans sa modestie, l’auteur répond&nbsp;:&nbsp;«Non, mais il y a des gens chez qui j’ai instillé le doute.»</p>



<p>Hasard éditorial, <em>Un monde sans fin</em>, la bande dessinée de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici, livre le plus vendu de l’année en 2022 est sorti en même temps que <em>Le Droit du sol</em> d’Étienne Davodeau. Comme ce dernier le qualifie, une sorte de match, un&nbsp;“ping pong” a eu lieu entre ces deux livres aux approches opposées de la question du nucléaire.</p>



<p><strong>Comment le marcheur-auteur a‑t-il vécu cette concomitance&nbsp;?</strong></p>



<p>«Quand un bouquin sort, je vais beaucoup dans les librairies en France et ailleurs. Je fais des rencontres, des dédicaces, des débats pour soutenir le livre. Et donc les gens me disaient&nbsp;: “Eh, vous avez vu le Jancovici-Blain&nbsp;?” On me l’a dit souvent, tous les jours&nbsp;!»</p>



<p>Ce qui l’a peut-être encouragé parfois, c’est que des libraires lui ont dit que, voyant des gens acheter le Blain-Jancovici, ils ont souvent conseillé de lire aussi le Davodeau&nbsp;; et inversement. L’argument de certains libraires est que pour avoir un avis un peu panoramique sur la question, lire ces deux livres permet aux lecteurs de mieux découvrir le sujet et, éventuellement, de se faire une opinion.</p>



<p>Le genre documentaire est signe de maturité dans la bande dessinée, il encourage le public à exercer son esprit critique. Tandis que les réseaux sociaux créent des bulles de filtre, du fait des algorithmes qui analysent les comportements des utilisateurs pour leur montrer du contenu qui correspond à leurs intérêts, à leurs préférences, de façon à leur montrer uniquement des informations qui renforcent leurs croyances existantes, sans contrepartie&nbsp;; les bulles de bandes dessinées pourraient mieux résister à l’altération de la perception et de l’interprétation, grâce à leur stimulante <em>bibliodiversité</em>.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="771" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-5.jpg" alt class="wp-image-38659" style="width:466px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-5.jpg 771w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-5-226x300.jpg 226w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-5-768x1020.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-5-650x863.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/05/davodeau_mep_droit_du_sol-5-150x199.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 771px) 100vw, 771px"><figcaption class="wp-element-caption">Le Droit du sol&nbsp;d’Étienne Davodeau ©Futuropolis, 2021.</figcaption></figure>



<p><em>Ce texte a été écrit à la suite de deux échanges avec Étienne Davodeau. Le premier, au sujet du </em>Droit du sol, Journal d’un vertige<em>, a eu lieu dans le cadre d’un groupe de travail du DU Développement durable de Nantes Université en 2023, avec Maëlle, Louison, Grégoire, Céline et Laurent.</em></p>



<p></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/etienne-davodeau-sagacite-documentaire-de-la-bande-dessinee/">Etienne Davodeau – Sagacité documentaire de la bande dessinée</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Rencontre avec Alfonso Zapico</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 14 Jan 2022 10:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Échanges avec le dessinateur Alfonso Zapico. Il évoque ses bandes dessinées et la vie à Angoulême.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alfonso Zapico est dessinateur de bande dessinée. Il a participé à l’organisation du festival ViÑetas à Poitiers, consacré à la BD espagnole et hispano-américaine, avec l’université de Poitiers. Lors de cette rencontre, il évoque son travail autour de l’œuvre de James Joyce et de sa biographie pour la bande dessinée <em>James Joyce. L’homme de Dublin</em> parue chez Futuropolis en 2013. Dans un changement de style et de façon de travailler, il parle de la façon dont la bande dessinée <em>Ceux qui construisent des ponts</em> (Futuropolis, 2019) a vu le jour. Enfin, il évoque la vie à Angoulême en tant que dessinateur et ses projets à venir… </p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe loading="lazy" title="Rencontre avec le dessinateur Alfonso Zapico" width="650" height="366" src="https://www.youtube.com/embed/NV3on24NFkM?start=8&amp;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Pour revoir les tables rondes qui ont lieu dans le cadre du festival ViÑetas à l’Espace Mendès France, suivez les liens : <br>- <a href="https://www.youtube.com/watch?v=-mVZCNm-fDI&amp;t=21s">Traduire la bande dessinée</a> <br>- <a href="https://www.youtube.com/watch?v=kifbFtNFaZs&amp;t=0s">L’industrie de la bande dessinée en Espagne</a> <br>- <a href="https://www.youtube.com/watch?v=2BjqanLREUk&amp;t=2234s">Histoire / Mémoire récente en bande dessinée</a></p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/rencontre-avec-alfonso-zapico/">Rencontre avec Alfonso Zapico</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>S’habiller du récit 2/2</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Amina Tachefine]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Jan 2022 08:33:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Images]]></category>
		<category><![CDATA[Angoulême]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[CIBDI]]></category>
		<category><![CDATA[CRIHAM]]></category>
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		<category><![CDATA[histoire]]></category>
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		<category><![CDATA[MSHS]]></category>
		<category><![CDATA[musée de la bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Historiens, littéraires et illustrateurs de bande dessinée ont rythmé la deuxième journée du colloque « La parure du corps », prenant place dans le cadre des Rencontres d’Angoulême.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Amina Tachefine</strong></p>



<p>L’usage du tissu dans la bande dessinée comme marqueur sexuel, professionnel ou social, permet de remplacer la parole. Le corps joue avec les vêtements et est modelé par lui. L’accoutrement conteste la norme ou enferme le personnage dans celle-ci. Habiller le corps permet de nouveaux espaces de narrations.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Que révèlent les caricatures des soldats allemands réalisées lors de la Première Guerre mondiale ? Yann Jarriault questionne les représentations et la place de l’image en période de conflit. Doctorant à l’université de Poitiers, il travaille sur les pratiques mémorielles en Vienne et en Aveyron durant la Grande Guerre.&nbsp;</p>



<p>La presse illustrée est une arme idéologique en temps de guerre. En raillant les Allemands, le dessin transforme les attributs physiques en des émetteurs de qualités morales. Lorsque le journal <em>La Baïonnette </em>fait paraître un dessin où Guillaume II est vêtu d’un habit aux allures de carnaval, accompagné d’un couvre-chef oriental, il qualifie le Kaiser de bouffon, en rappelant par son turban la présence de l’Allemagne en Turquie. Son accoutrement renforce un trait de personnalité. On prétend que son caractère est instable. D’autres images représentent le chef d’Etat allemand vêtu d’un tablier de boucher, d’un masque à gaz ou d’une cape blanche. Dénonçant la barbarie de la politique guerrière allemande, l’iconographie caricaturale intègre une dimension comique par le grotesque.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/baionnette-2-couv-1-757x1024.jpg" alt class="wp-image-35043" width="388" height="525"><figcaption>&nbsp;<em>La Baïonnette</em>, 10 février 1917, couverture illustrée par Georges Delaw. </figcaption></figure></div>



<p>Le soldat français est paré d’un uniforme improvisé, fabriqué par des bandes de tissus souillés. Au début de la guerre, l’armée française fait face à une pénurie d’uniformes, qu’elle compense en fournissant des modèles simplifiés. La caricature du poilu, positive, montre un combattant fier. Il est redressé, prêt à l’assaut, le bleu de son uniforme rappelant l’horizon. L’Allemand, vêtu de vert, évoque un soldat caché dans le sol. Le peintre Marco de Gastyne dessine pour <em>La Baïonnette</em> de jeunes soldats aux traits enfantins, vêtus d’habits trop grands et d’une large écharpe. À l’opposé, il représente les soldats expérimentés par un costume emprunt de majesté. La tenue devient le symbole de la maturité et du savoir-faire guerrier.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading">L’autre au féminin</h4>



<p>Icônes culturelles internationales, <em>Les Schtroumpfs</em> de Peyo ont vu le jour en 1958. Chauves, édentés et à l’habit minimaliste, les Schtroumpfs sont plongés dans l’anonymat. Certains personnages cassent cette uniformité, tel que le Grand Schtroumpf, la Schtroumpfette ou le Schtroumpf farceur, rappelle Valérie Blanchemanche, chercheuse au Centre de recherche sur les médiations de Lorraine.&nbsp;</p>



<p>L’habit blanc symbolise l’innocence propre à l’enfance. Le bonnet rappelle celui porté par les nourrissons, et évoque le phénomène de l’enfant né coiffé, lorsque celui-ci quitte le ventre de sa mère encore enveloppé dans la membrane amniotique. Naître dans de telles conditions serait signe d’une vie de bonne fortune.</p>



<p>Dans cet univers homogène, les personnages sont tous masculins jusqu’en 1967, où la Schtroumpfette apparaît. Créée par Gargamel pour instaurer le chaos, celle-ci s’attache aux petits bonhommes bleus et cherche à gagner leur affection et respect. Le Grand Schtroumpf l’embellit, transforme ses cheveux courts et bruns en une longue chevelure blonde. Sa robe se pare de dentelle, assortie d’une paire d’escarpins. La Schtroumpfette, qui est l’exception dans ce monde où tous se ressemblent, devient la fiancée pour tous et incarne l’éternel jeune fille. Sa tenue crée et renforce la singularité de son genre.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/schtroumpfette-couv-742x1024.jpg" alt class="wp-image-35042" width="447" height="617"><figcaption>Peyo, <em>La Schtroumpfette</em>, Dupuis, 1967. </figcaption></figure></div>



<h4 class="wp-block-heading"><strong></strong><strong>Trait ou aplat, un choix narratif</strong></h4>



<p>Gaëtan le Coarer est doctorant au laboratoire Science de l’information et de la communication &amp; science de l’art à l’université de Savoie. Il travaille sur les nouveaux espaces de narrations en alliant bande dessinée et réalité mixte. Il analyse la spatialité narrative du vêtement chez Sergio Toppi.&nbsp;</p>



<p>Le bédéiste italien privilégie l’usage de l’encre et préfère utiliser le trait. Les cases se veulent volontiers abstraites, les personnages y émergent dans un but esthétique. Les vêtements permettent une construction spatiale complexe. Lorsque Shéhérazade, protagoniste de<em> Sharaz-De</em>, apparaît, elle se déplace ensuite dans ses étoffes et bijoux. La toge et la barbe de certains personnages forment des royaumes. Les habits deviennent des cases.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/sharaz-decouv.jpg" alt class="wp-image-35090" width="412" height="541" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/sharaz-decouv.jpg 780w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/sharaz-decouv-229x300.jpg 229w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/sharaz-decouv-768x1008.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/sharaz-decouv-650x853.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/sharaz-decouv-150x197.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 412px) 100vw, 412px"><figcaption>Sergio Toppi, <em>Sharaz-De</em> (intégral), Mosquito, 2013.</figcaption></figure></div>



<p>N’utilisant pas les codes conventionnels de la BD, Sergio Toppi creuse son propre espace et permet au lecteur de partir en exploration. Il brise la linéarité du récit. Par l’usage du trait, la texture est davantage détaillée. Gaëtan Le Coarer présente l’œuvre de Toppi comme les prémices des nouvelles formes narratives propres à la réalité mixte. En transposant la méthode du bédéiste dans la réalité virtuelle, il serait possible d’habiller l’utilisateur afin de produire une immersion dans le décor, et de le faire voyager dans des espaces indécis.&nbsp;</p>



<p>Lorsque que Marjane Satrapi réalise <em>Persepolis</em> ou <em>Poulet aux prunes</em>, l’univers graphique est celui du noir et blanc et l’aplat. Marine Motard-Noar, professeure de français au McDaniel College à Maryland, États-Unis, rappelle que la bédéiste ne veut pas d’un dessin « bavard ». L’artiste iranienne commence son dessin par les yeux. Le vêtement ne sert pas à distinguer les personnages, seuls leurs paroles, les cheveux et les accessoires le permettent. Un simple tracé blanc différencie les manches du reste.&nbsp;</p>



<p>L’illustration des habits rapproche le lecteur de l’intention de la narratrice. Une planche sur le voile à l’école met en scène des enfants en uniforme, réprimandés par des femmes voilées d’un habit semblable au tchador. Elles n’ont pas de corps : le tissu minimaliste, à plat, leur donnent des airs d’ange de la mort.&nbsp;</p>



<p>&nbsp;Marjane Satrapi est tiraillée entre ces deux mondes. La dualité du noir et blanc permet à l’autrice de créer des univers sans nuances, et des mondes où les personnages se sentent étrangers.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/persepolis-couv-674x1024.jpg" alt class="wp-image-35049" width="368" height="559"><figcaption>Marjane Satrapi, <em>Persepolis</em>, L’Association, 2017.</figcaption></figure></div>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Tisser au fil rose</strong></h4>



<p>Depuis 2017 paraissent des bandes dessinées mettant en scène le travail d’enquête de Nellie Bly, née Elizabeth Jane Cochrane (1864–1922), pionnière du reportage clandestin. Pascale Hellégouarc’h est maîtresse de conférences à l’université Paris 13 et rattachée au Centre d’études des nouveaux espaces littéraires. Elle a étudié<em> Nellie Bly. Dans l’antre de la folie</em>, de Virginie Ollagnier-Jouvray et Carole Maurel.&nbsp;</p>



<p>Consciente des violences physiques et psychologiques que subissent les femmes internées dans les hôpitaux psychiatriques, la jeune Américaine s’est infiltrée pendant dix jours dans un de ces établissements après avoir fait croire, sans trop de difficulté, qu’elle était folle. La bande dessinée retrace cette terrible immersion.</p>



<p>Soucieuse de la réalité historique, l’illustratrice a mis un point d’honneur a parer ses personnages d’habits d’époque. Exempté d’anachronisme vestimentaire, le personnage principal est habillé de vêtements roses. Préférant les habits de cette couleur, Nellie Bly avait été surnommée « Pinky ». Les passagères qui accompagnent la journaliste portent une coiffure désordonnée, témoignant de leurs positions sociales. Des femmes saines sont mêlées à celles qui ne le sont plus.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/neillie-bly_couv-768x1024.jpg" alt class="wp-image-35056" width="389" height="517"><figcaption>Virginie Ollagnier, Carole Morel, <em>Nellie Bly. Dans l’antre de la folie</em>, Glénat, 2021. </figcaption></figure></div>



<p>La tenue des infirmières affirme leur autorité sur les patientes, tandis que ces dernières doivent se séparer de leurs vêtements pour porter des tenues simples, ternes et inadaptées au climat hivernal. Briser leur individualité a été le premier acte de violence. Nellie Bly rapporte que chaque demande d’un vêtement supplémentaire pour se réchauffer, se heurtent au refus des infirmières, qui répondaient : « Vous devriez estimer heureuse de ce que la charité vous offre. » Faisant le choix de représenter les personnages face à face lors du repas (alors qu’en réalité, elle était les unes derrière les autres), les autrices créent ces instants de solidarité par le port de vêtements similaires.</p>



<p>L’utilisation du bleu permet de représenter les personnages disparus, qui subsistent par le souvenir. Le noir est utilisé pour coloriser les tentacules qui symbolisent l’aliénation. Elles rendent compte de la folie créée par l’environnement de ces hôpitaux, prête à envahir les patientes. Le rose de Nellie Bly montre sa détermination, qui permettra la parution de son travail d’enquête en 1887.</p>



<p>De la Schtroumpfette à Guillaume II, les choix des habits des héros de BD sont influencés par la société dans laquelle s’inscrit historiquement ces œuvres. La bande dessinée devient un témoignage de ces processus de pensée propres à une époque.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Organisée par la MSHS de Poitiers, en collaboration avec la CIBDI, de Magellis, de l’EESI, du Criham, du Forellis et du Réseau de recherche régionale en Nouvelle-Aquitaine sur la bande dessinée la rencontre a eu lieu le 9 et 10 novembre 2021 au Musée de la bande dessinée, sous la coordination de Frédéric Chauvaud et Denis Mellier.&nbsp;<br></p><p>Pour retrouver le programme du colloque, veuillez cliquer <a href="http://www.citebd.org/spip.php?article11006">ici</a>.<br>Retrouver la première partie de l’article : <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/la-bande-dessinee-vetue-et-devetue-1-2/">La bande dessinée vêtue et dévêtue</a>.</p><p></p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/shabiller-du-recit/">S’habiller du récit 2/2</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>La bande dessinée vêtue et dévêtue 1/2</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Amina Tachefine]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Dec 2021 08:50:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Images]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[musée de la bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[vêtement]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le cadre de la huitième édition des Rencontres d'Angoulême, le colloque « La parure du corps » a eu lieu le 9 et 10 novembre 2021 au Musée de la bande dessinée. </p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/la-bande-dessinee-vetue-et-devetue-1-2/">La bande dessinée vêtue et dévêtue 1/2</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Amina Tachefine</strong></p>



<p>La tenue de groom de Spirou, le pull à col roulé bleu du Capitaine Haddock ou bien les collants de Superman sont devenus symboles de ces héros. Nus ou vêtus, que racontent les vêtements des personnages de bande dessinée ?&nbsp;</p>



<p>Dans le cadre de la huitième édition des Rencontres d’Angoulême, le colloque « La parure du corps » organisé par la MSHS de Poitiers, en collaboration avec le Réseau de recherche régionale en Nouvelle-Aquitaine sur la bande dessinée et coordonné par Frédéric Chauvaud et Denis Mellier, tous les deux professeurs à l’université de Poitiers, a eu lieu le 9 et 10 novembre 2021 au Musée de la bande dessinée.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Le sous-vêtement comme couronne</strong></h4>



<p>Professeur à l’École nationale de commerce à Paris, Hossein Tengour rappelle cette formule qui accompagnera la rencontre pendant tout le long : le vêtement répond au principe de protection, de pudeur et de parure. La tenue du héros, par sa symbolique, informe le lecteur de son appartenance genrée, sociale, politique ou idéologique. Lorsque les êtres humains s’habillent, ils se différencient des animaux. Quant à la mode, elle répond à ce besoin paradoxal de se conformer et de se distinguer.&nbsp;</p>



<p>Indissociable du corps, le vêtement visibilise le sensible. Lorsque Tarzan paraît pour la première fois en 1929, le roi de la jungle illustre sa majesté par son sous-vêtement en peau de léopard. Tarzan est la genèse du super-héros, souligne Hossein Tengour. Son slip accentue sa virilité, et sera par la suite porté par Zembla, Akim ainsi que Sheena qui ajoutera plus de tissu afin de couvrir sa poitrine.&nbsp;</p>



<p>Si le slip rouge de Superman rend un hommage à l’homme de la jungle, les tenues des héros de comics sont utilisées afin de mettre en évidence la personnalité et les spécificités du héros. Spider-Man et son costume fait main rappelle le héros débrouillard qu’il est, tandis qu’Iron Man illustre toute son ingéniosité par sa parure high-tech, explique Aymeric Landot, professeur agrégé d’histoire. De plus, le costume permet de transformer les corps en les parant de facultés extraordinaires, et de les protéger. Le logo en forme de chauve-souris de Batman se révèle être une plaque de fer qui protège son sternum. La fiction réalise l’ultime fantasme de la technique.</p>



<div class="wp-block-pgcsimplygalleryblock-slider simpLy-gallery-freedom-block" data-gallery-id="simpLy"><div class="sgb-gallery"><div class="sgb-item " data-item-id="35018"><figure><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/tarzan-couvv.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" width="650" height="982" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/tarzan-couvv.jpg" alt data-id="35018" data-link="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/tarzan-couvv.jpg" class="wp-image-35018" title="Tarzan Couvv" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/tarzan-couvv.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/tarzan-couvv-199x300.jpg 199w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/tarzan-couvv-150x227.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 650px) 100vw, 650px"></a><figcaption class="sgb-item-caption">Edgar Rice Burroughs, “Tarzan Of The Apes”, DC Comics, 1972.</figcaption></figure></div><div class="sgb-item " data-item-id="35019"><figure><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/supergirl-couv.jpg"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/supergirl-couv-726x1024.jpg" alt data-id="35019" data-link="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/supergirl-couv.jpg" class="wp-image-35019" title="Supergirl couv"></a><figcaption class="sgb-item-caption">Otto Binder, “The Supergirl from Krypton!”, Action Comics Vol. 1, n°252, 1959.</figcaption></figure></div><div class="sgb-item " data-item-id="35020"><figure><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/superman-couv.jpg"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/superman-couv-710x1024.jpg" alt data-id="35020" data-link="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/superman-couv.jpg" class="wp-image-35020" title="superman couv"></a><figcaption class="sgb-item-caption">Jerry Siegel, “Superman, Champion of the Oppressed”, Action Comics Vol. 1, n°1, 1938. </figcaption></figure></div></div></div>



<p>Bleu, rouge ou jaune, les couleurs primaires sont favorisées lors de la conception du costume. Les couleurs se veulent vives, traditionnellement empruntées au drapeau des États-Unis, tel que l’accoutrement de Captain America, qui paraît pour la première fois en 1940, symbolisant la puissance américaine.</p>



<p>Aymeric Landot distingue les parures passives et actives. Les premières comprennent les costumes, alors que les deuxièmes incluent les armes et gadgets. Ces derniers permettent de personnaliser un peu plus les personnages. Cela nourrit la culture populaire. Les acteurs du marketing l’ont bien compris. Figurines, répliques ou porte-clefs permettent d’enrichir un marché qui ne cesse de se développer.</p>



<p>Le costume ne remplit pas la même fonction selon l’appartenance sexuelle. Le costume de Superman fait office de seconde peau, tandis que celui de Supergirl dévoile son corps pour mieux l’érotiser. Progressivement, le corps du héros subit une sur-athlétisation afin de répondre à l’idéal masculin, alors que le corps de l’héroïne est hypersexualisé afin de conforter le regard masculin.&nbsp;</p>



<p>Peint, sculpté ou photographié, le corps féminin a longtemps été représenté avec une visée érotique. La bande dessinée est l’héritière de cette tradition. Les héroïnes se retrouvent souvent partiellement ou entièrement dévêtues. Malgré des personnages féminins échappant difficilement à l’hypersexualisation, Elodie Damond démontre que le nu possède une vertu thérapeutique.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/anais-nin-couv-768x1024.jpg" alt class="wp-image-35021" width="335" height="446"><figcaption>Léonie Bischoff, <em>Anaïs Nin. Sur la mer des mensonges</em>, Casterman, 2020.</figcaption></figure></div>



<p>Publié entre 1976 et 1978, dans le périodique<em> Ah! Nana</em>, Eve est invoquée pendant une séance de spiritisme, tuant son auditoire. Mais Eve n’est vraiment pas coupable, et échappe de la culpabilité héritée du péché originel. La bande dessinée <em>Anaïs Nin. Sur la mer des mensonges</em> de Léonie Bischoff raconte l’histoire de l’écrivaine connue pour ses ouvrages érotiques. L’artiste campe les moments forts de sa vie, notamment son avortement. Quelques planches la représentent s’adressant à son corps dénudé et au foetus qu’il porte. Cet échange lui permet de reprendre le contrôle de son corps et de son existence. Dans<em> Betty Boob</em>, Véro Cazot raconte sa reconstruction physique et psychologique suite à son cancer du sein. Privé de son sein gauche, l’illustratrice Julie Rouchaud la dessine nue, faisant connaissance avec ce nouveau corps pour se le réapproprier. La nudité raconte quelque chose, elle existe pour elle-même. Rejetant l’objectivation, le corps devient sujet.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/betty-boob-couv-760x1024.jpg" alt class="wp-image-35015" width="312" height="421"><figcaption>Véro Cazot, <em>Betty Boob</em>, Casterman, 207.</figcaption></figure></div>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Sous toutes les coutures</strong></h4>



<p>Philippe Baryga, maître de conférences en didactique de l’art à l’École supérieure du professorat et de l’éducation d’Aquitaine, s’est entretenu avec Jean Rouzaud, auteur de <em>La Zone : les aventures modernes de Z Craignos</em>, paru en 1980. Cette BD est au centre du mouvement punk. Z, le personnage principal, s’avère constamment en quête de nouveauté vestimentaire. L’auteur s’intéresse à la mode et à son bref instant de vérité.&nbsp;</p>



<p>L’essence du mouvement punk se trouve dans le rejet des valeurs et des mœurs de la société. Entre conformisme et originalité, Z change régulièrement de look et se confronte aux regards des autres. Quelques pages évoquent la boutique punk de Vivienne Westwood, la styliste britannique. On y aperçoit la tendance « pirate », popularisée par celle que l’on surnomme « l’enfant terrible de la mode » à Londres en 1980, avant d’arriver dans la capitale française. Inscrit historiquement, les aventures de Z Craignos s’arrêtent suite à la publication d’un deuxième volume en 1983. Selon Jean Rouzaud, le récit se termine quand on n’a plus rien à raconter.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Ciel ! Mes bijoux !&nbsp;</strong></h4>



<p>Dans les récits graphiques, le bijou est associé au monde criminel, avance Léonard Pouy, professeur à l’École des arts joailliers, à Paris. Il est là pour être volé, afin de permettre un travail d’enquête, avant d’être retrouvé et rendu à son propriétaire. La série Diabolik en a fait sa spécialité. Le personnage principal, Diabolik, est un voleur spécialisé dans le vol de bijoux, qu’il réalise grâce à ses masques ultra-réalistes et ses nombreux gadgets. La joaillerie devient un support au récit policier.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignright size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/castafiore-couv-739x1024.jpg" alt class="wp-image-35023" width="205" height="284"><figcaption>Hergé, <em>Les bijoux de la Castafiore</em>, Casterman, 1962.</figcaption></figure></div>



<p>Le vingt-et-unième album des Aventures de Tintin, <em>Les bijoux de la Castafiore</em>, publié en 1963, propose une autre dimension narrative de la joaillerie. Les joyaux servent de leurre, afin d’égarer le lecteur. Est-ce la camériste de la cantatrice ou bien son pianiste qui sont à l’origine du méfait ? Non, c’est une pie un peu trop orpailleuse ! La Castafiore peut quitter sereinement le château de Moulinsart. Même s’ils sont au cœur de l’intrigue, on ne voit que très peu les bijoux. La cantatrice avoue même que son collier de perles porté au quotidien est de pauvre qualité. Cependant, l’aspect graphique de ses bracelets ou de son poudrier rappelle les créations de Christian Dior. Lorsque Hergé écrit la pièce de théâtre <em>Tintin aux Indes. Le mystère du diamant bleu </em>en 1941, il s’inspire probablement du grand diamant bleu de la Couronne de France, acheté par Louis XIV. Volé en 1792, il avait été retrouvé en 2007 par François Farge, professeur au Muséum national d’histoire naturelle. Il avait été retaillé pour devenir le Hope, nommé d’après les nouveaux propriétaires britanniques en 1824. Le père de Tintin s’inspire beaucoup de sa vie pour écrire ses œuvres, mais également d’éléments du patrimoine culturel.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Le soucis du détail</strong></h4>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/12/alix-1-couv-764x1024.jpg" alt class="wp-image-35024" width="222" height="297"><figcaption>Jacques Martin, <em>Alix l’intrépide</em>, Casterman, 1973. </figcaption></figure></div>



<p>Une fois les protagonistes vêtus, certains bédéistes font le choix de ne pas détailler le vêtement. Jean-Charles Andrieu de Levis rappelle que pour Daniel Arasse, les petites portions d’un tableau peuvent transformer la lecture de l’œuvre. Alain Saint Ogan avait fait le choix d’inclure le moins de détails possible lorsqu’il réalise <em>Zig et Puce</em>, afin de ne garder que l’essentiel dans l’image. Hergé inclut timidement le pli, afin de souligner les seules articulations de ses personnages. Edgar P. Jacobs texture les vêtements de Blake et Mortimer dans la série du même nom, afin de dynamiser le personnage même lorsque celui-ci est statique. Ces détails accompagnent l’intensité narrative et permettent de rendre visibles les émotions.&nbsp;</p>



<p>Comme un écho aux drapés des statues en marbre, certains auteurs s’offrent le plaisir du détail. Les planches de Jacques Martin, notamment dans sa série phare<em> Alix</em>, témoignent des codes de la peinture de la Renaissance en dessinant de majestueux drapés. De larges cases sont consacrées à un morceau de tissu où les plis se superposent, reproduits avec rigueur.</p>



<p>Qu’il soit simplifié ou exagéré, le pli raconte un choix graphique qui s’inscrit dans un processus narratif. Il s’adapte ou bien force le corps à s’adapter à lui, personnalisant un peu plus le style de l’artiste.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Pour retrouver le programme du colloque, cliquez <a href="http://www.citebd.org/spip.php?article11006">ici</a>.<br>Retrouvez la suite de l’article : <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/shabiller-du-recit/">S’habiller du récit</a>.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/la-bande-dessinee-vetue-et-devetue-1-2/">La bande dessinée vêtue et dévêtue 1/2</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Mis en cases, mis en cages</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Amina Tachefine]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Nov 2021 16:53:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Images]]></category>
		<category><![CDATA[Angoulême]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[CRIHAM]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[MSHS]]></category>
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		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Enfant battu, violé, prostitué ou abandonné, comment est-il représenté dans la bande dessinée ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Amina Tachefine</strong></p>



<p>Enfant battu, violé, prostitué ou abandonné, comment est-il représenté dans la bande dessinée ? Auteur de la violence ou bien victime de celle-ci, l’enfant issu de famille dysfonctionnelle devient un personnage des récits graphiques.&nbsp;</p>



<p>Le colloque « <a href="https://mshs.univ-poitiers.fr/les-enfants-mis-en-case/">Enfants mis en cases</a> » s’interroge sur le fonctionnement narratif et graphique de l’enfance irrégulière dans la bande dessinée. Divisé en deux temps, une première journée organisée par le laboratoire Criham, le réseau Régional de recherche Nouvelle Aquitaine sur la bande dessinée, et la MSHS, sous la coordination de Frédéric Chauvaud et Jean-Jacques Yvorel, a eu lieu le 21 octobre 2021 à la Maison des sciences de l’homme et de la société de Poitiers. Un deuxième volet est attendu le 11 mars 2022 à Angoulême.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Enfance et errance</strong></h4>



<p>Frédéric Chauvaud, enseignant-chercheur de l’histoire contemporaine à l’université de Poitiers, rappelle que les prémices de ces représentations datent de la Belle Époque et de l’entre-deux-guerres. Des caricatures dénoncent l’existence des centres pénitenciers juvéniles. L’histoire se souvient du scandale de la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray, créée pour les « enfants perdus », où un jeune Marseillais mit fin à ses jours. Elle hérite du surnom de « bagne d’enfant ». Le regard change, l’opinion publique est choquée. Jadis, le pire crime possible était le parricide. Dorénavant, c’est le meurtre d’un enfant.</p>



<p>Cette rencontre est organisée en partenariat avec la <em>Revue sur l’enfance irrégulière</em>, dirigée par l’historien Jean-Jacques Yvorel. Son étude, toujours en cours, s’intéresse aux enfants vagabonds dans les romans graphiques, dont le rôle va au-delà de simple figurant. Il rappelle qu’au <span class="smallcaps">xix</span><sup>e</sup> siècle, le vagabondage était déjà un problème. La Petite Roquette, prison pour mineurs, accueillait les délinquants et les vagabonds. Dans son corpus constitué de 89 albums, il atteste d’une absence de personnage juvénile dans les bandes dessinées qui prennent pour décor les temps anciens et le Moyen Âge. L’errance est très souvent urbaine. La majorité de ces récits se déroulent au <span class="smallcaps">xix</span><sup>e</sup> siècle, à Londres. Il s’agit d’enfants des rues qui aident, par exemple, Sherlock Holmes dans ses aventures. En France, l’enfant vagabond tient de Gavroche. Le neuvième art porte un regard positif sur l’enfant vagabond. Victime, c’est souvent un personnage à la morale humaniste.&nbsp;</p>



<p>Lorsqu’il s’agit de récit dystopique, l’enfant est rarement présent. Charli Sotto, doctorant à l’université de Poitiers, utilise des supports tels que <em>Metropolis</em>, <em>Golden City</em> et <em>Transperceneige</em> pour démontrer que l’enfant, s’il est représenté, est soit utilisé ou sur-protégé par les adultes. Dans un univers où la survie de l’humanité est menacée, l’enfance s’efface.</p>



<p><span class="has-inline-color has-white-color">.</span></p>



<div class="wp-block-pgcsimplygalleryblock-slider simpLy-gallery-freedom-block" data-gallery-id="simpLy"><div class="sgb-gallery"><div class="sgb-item sgb-wp-button" data-item-id="34841"><figure><a href="https://www.futuropolis.fr/9782754816434/o-vous-freres-humains.html"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/11/bd-freres-humains-742x1024.jpg" alt data-id="34841" data-link="https://www.futuropolis.fr/9782754816434/o-vous-freres-humains.html" class="wp-image-34841" title="bd-freres-humains"></a></figure></div><div class="sgb-item sgb-wp-button" data-item-id="34823"><figure><a href="https://www.editions-delcourt.fr/bd/series/serie-golden-city/album-golden-city-t01"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/11/bd-golden-city-768x1024.jpg" alt data-id="34823" data-link="https://www.editions-delcourt.fr/bd/series/serie-golden-city/album-golden-city-t01" class="wp-image-34823" title="BD Golden City"></a></figure></div><div class="sgb-item sgb-wp-button" data-item-id="34824"><figure><a href="https://www.casterman.com/Bande-dessinee/Catalogue/albums-transperceneige/transperceneige"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/11/bd-transperceneige-728x1024.jpg" alt data-id="34824" data-link="https://www.casterman.com/Bande-dessinee/Catalogue/albums-transperceneige/transperceneige" class="wp-image-34824" title="BD Transperceneige"></a></figure></div><div class="sgb-item sgb-wp-button" data-item-id="34825"><figure><a href="https://www.editions-delcourt.fr/bd/series/serie-metropolis/album-metropolis-t01"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/11/bd-metropolis-682x1024.jpg" alt data-id="34825" data-link="https://www.editions-delcourt.fr/bd/series/serie-metropolis/album-metropolis-t01" class="wp-image-34825" title="BD Metropolis"></a></figure></div></div></div>



<p><span class="has-inline-color has-white-color">.</span></p>



<p>Dessiner l’enfance irrégulière permet de témoigner de douleurs invisibles. Pour s’exprimer, l’enfant est obligé de passer par le vocabulaire des adultes. Pierre Dairon, enseignant en littérature française et francophone à l’université de Kenyon, Ohio, qui a fait ses études à l’université de Poitiers (maîtrise sous la direction de F. Chauvaud) s’appuie sur <em>Ô vous, frères humain</em>s, dessiné par Luz, et <em>Tombé dans l’oreille d’un sourd</em>, de Grégory Mahieux et Audrey Levitré, afin de discuter de « l’aliénation par les mots et des mots ». Luz met en images le livre d’Albert Cohen, publié en 1972, où il raconte sa découverte de l’antisémitisme. Grégory Mahieux et Audrey Levitré, dans leur récit autobiographique, racontent le quotidien difficile de parents d’enfant sourd. Ces bandes dessinées sont dirigées par la volonté de parler du traumatisme afin d’aller vers la résilience.&nbsp;</p>



<p>La brutalité des mots s’exprime par le dessin. L’insulte frappe littéralement le visage du petit Albert. « Page blanche, ma consolation, mon amie intime lorsque je rentre du méchant dehors qui me saigne chaque jour sans qu’ils s’en doutent », écrit Albert Cohen. Luz commence cet hommage par la représentation d’une page blanche. L’invisible devient descriptible.&nbsp;</p>



<p>Dans <em>Tombé dans l’oreille d’un sourd</em>, l’enfant, « aliéné des mots », ne peut s’exprimer et peine à trouver sa place. Représenter la surdité et les difficultés propres aux enfants handicapés permet de redonner une voix à ces derniers.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Personnifier la violence</strong></h4>



<p>La maltraitance des enfants était au cœur des discussions de la deuxième séance, présidée par Jean-Jacques Yvorel. Florent Perget, travaillant sur une thèse questionnant la place de la bande dessinée dans l’enseignement littéraire, est venue présenter l’œuvre d’Osamu Tezuka. Celui que l’on surnomme le père du manga a réalisé plus de 700 œuvres, telles que <em>Astro Boy</em>, <em>Buddha</em> ou l<em>e Roi Léo</em>. Le mangaka a cependant réalisé des œuvres plus sombres et porteuses d’un message politique et d’une critique de la société.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/11/bd-ayako.jpg" alt width="208" height="287"><figcaption><em>Ayako</em> d’Osamu Tezuka, Delcourt, 2018.</figcaption></figure></div>



<p><em>Ayako</em>, réalisé en 1973–1974, est un manga divisé en 3 tomes. Celui-ci, inscrit historiquement dans le présent, décrit une famille malsaine qui sert de métonymie de la société japonaise d’après-guerre. Osamu Tezuka y critique le renfermement de celle-ci sur elle-même.&nbsp;</p>



<p>Ayako Tenge, enfant issu de l’inceste et du viol du patriarche de la famille sur Sué, sa belle-fille, est par sa nature une menace à l’honneur de la famille. Celle-ci vit donc sa vie séquestrée, considérée comme morte par l’état-civil. L’enfermement de l’enfant permet d’invisibiliser l’horreur. La violence patriarcale s’exerce sur l’enfant, mais aussi sur les femmes et les jeunes filles, qui sont représentées au travers de personnages juvéniles ou infantilisés. Elles sont régulièrement humiliées, sexualisées et violées. L’utilisation des cases, de l’encrage de pages entières ou de la pluie renforce cette sensation d’enfermement sans échappatoire. La verticalité des traits, le cadrage et la représentation du corps d’Ayako emprisonnent un peu plus le personnage.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Illustrer l’histoire</strong></h4>



<p>Le cloisonnement de l’enfant peut également être employé pour le protéger. Agnès Peysson-Zeiss, professeure à l’université de Bryn Mawr, en Pennsylvanie, présente <em>Pour une couleur de peau</em>, scénarisé par Christophe Edimo. L’histoire retrace le parcours d’une mère cherchant à protéger sa fille albinos d’un Cameroun où les superstitions servent de prétexte à la violence. Les albinos sont souvent accusés de porter malchance et se voient attribuer des propriétés magiques. D’autres bandes dessinées s’octroient la charge de démystifier l’albinisme. <em>Dipoula</em>, par Pahé, préfère discuter de ces violences par l’autodérision et la légèreté. Ces histoires permettent de se réapproprier le corps et de se réinscrire dans l’espace visuel.</p>



<p>Les chercheurs Pierre Éric Fageol, Frédéric Garan et Gilles Gauvin de l’université de La Réunion ont abordé l’enfance dans les récits de l’océan Indien. Ces sociétés sont marquées par le souvenir de la colonisation et de l’esclavage. Le dessinateur Téhem met en scène Tiburce, dans une série du même nom, un enfant réunionnais livré à lui-même. Il y traite des problématiques propres à l’île, et avec humour décrit la violence dont les enfants sont victimes et auteurs. Celle-ci y est normalisée. De nombreux bédéistes représentent les problèmes propres à l’océan Indien, tel que Franco Clerc dans <em>Haza’Lahy</em>, qui raconte le trafic d’organes à travers la mort d’un enfant. Les auteurs Pov et Dwa racontent dans <em>Mégacomplots à Tananarive</em> les ambitions estudiantines dans un Madagascar rythmé par les coups d’État à répétition.&nbsp;</p>



<p>La représentation d’épisode historique majeur, tel que le scandale des enfants de la Creuse, de 1962 à 1984, où ont été déplacés des enfants réunionnais afin de repeupler des régions marquées par l’exode rural, permet de questionner l’identité de celle-ci. <em>Piments zoizos. Les enfants oubliés de la Réunion</em> de Téhem illustre cette quête d’identité par les personnages de Jean et Madeleine, envoyés en France par les services sociaux sous la promesse d’une vie meilleure. Le piment fait figure de madeleine de Proust. L’errance des enfants, ballotés de foyers en familles d’accueil, rend difficile la quête de soi et l’acheminement pour comprendre l’abandon.</p>



<p><span class="has-inline-color has-white-color">.</span></p>



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<div class="wp-block-pgcsimplygalleryblock-slider simpLy-gallery-freedom-block" data-gallery-id="simpLy"><div class="sgb-gallery"><div class="sgb-item sgb-wp-button" data-item-id="34832"><figure><a href="https://www.editions-harmattan.fr/livre-pour_une_couleur_de_peau_martini_ngola_joseph_danny_nyembi_nathanael_ejob_edimo-9782343168760-63775.html"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/11/bd-albinos-705x1024.jpg" alt data-id="34832" data-link="https://www.editions-harmattan.fr/livre-pour_une_couleur_de_peau_martini_ngola_joseph_danny_nyembi_nathanael_ejob_edimo-9782343168760-63775.html" class="wp-image-34832" title="BD Albinos"></a></figure></div><div class="sgb-item sgb-wp-button" data-item-id="34833"><figure><a href="https://editionspaquet.com/series/dipoula-l-albinos"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/11/bd-dipoula-1-743x1024.jpg" alt data-id="34833" data-link="https://editionspaquet.com/series/dipoula-l-albinos" class="wp-image-34833" title="BD Dipoula"></a></figure></div><div class="sgb-item sgb-wp-button" data-item-id="34830"><figure><a href="https://steinkis.com/livres/piments-zoizos/piments-zoizos.html"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/11/bd-piments-zoizos-745x1024.jpg" alt data-id="34830" data-link="https://steinkis.com/livres/piments-zoizos/piments-zoizos.html" class="wp-image-34830" title="BD Piments zoizos"></a></figure></div><div class="sgb-item sgb-wp-button" data-item-id="34831"><figure><a href="https://www.glenat.com/tcho/tiburce-tome-01-9782723477819"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="469" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/11/bd-tiburce.jpg" alt data-id="34831" data-link="https://www.glenat.com/tcho/tiburce-tome-01-9782723477819" class="wp-image-34831" title="BD Tiburce" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/11/bd-tiburce.jpg 600w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/11/bd-tiburce-300x235.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/11/bd-tiburce-150x117.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px"></a></figure></div></div></div>
</div>
</div>



<p><span class="has-inline-color has-white-color">.</span></p>



<p>Depuis longtemps, la bande dessinée n’est plus seulement réservée à la jeunesse. Le récit graphique s’enrichit de plus en plus. Ses auteurs s’approprient ses codes, pour les défaire et les réinventer. Les historiens et les littéraires l’ont bien compris : la bande dessinée qui adopte une posture ethnographique, alternant regard interne et externe, permet de comprendre l’histoire et ses enjeux sociaux. </p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mis-en-cases-mis-en-cages/">Mis en cases, mis en cages</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Faits divers, faits d’histoire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Jul 2021 07:48:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[bande dessinée]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[édition]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chronique radiophonique pour présenter le numéro d'été de la revue à propos des faits divers, mais pas seulement !</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Présentation de l’édition d’été de la revue&nbsp;<a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em></a>&nbsp;&nbsp;qui s’intéresse aux faits divers, faits d’histoire, réunissant des historiens, des écrivains, des éditeurs, des photographes et des dessinateurs. D’autres dossiers sont également présents… À découvrir&nbsp;avec&nbsp;<strong>Jean-Luc Terradillos</strong>, rédacteur en chef de la revue – qui devient semestrielle !</p>



<pre class="wp-block-code"><code><iframe frameborder="0" height="220" style="border: none;width:100%;height:220px" src="https://player.ausha.co/index.html?podcastId=ykLPpCgOwZG7&amp;v=3&amp;playerId=ausha-ZQMZ"></iframe></code></pre>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Prise son et montage : Héloïse Morel.<br>Extraits :&nbsp;<em>La Cité de la peur</em>&nbsp;(1994).<br>Cette chronique a été réalisée pour <a href="https://radio.emf.fr/hologramme-10/">la dixième édition de l’émission <em>Hologramme</em></a>, diffusée sur Radio Pulsar.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/faits-divers-faits-dhistoire/">Faits divers, faits d’histoire</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Bernard Andrieu – Du bronzage au sadomasochisme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2020 07:59:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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		<category><![CDATA[prothèses bioniques]]></category>
		<category><![CDATA[sadomasochisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le philosophe Bernard Andrieu s'intéresse aux transformations du corps, de la surface à l'intérieur. Il s'interroge sur les perceptions de soi.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/bernard-andrieu-du-bronzage-au-sadomasochisme/">Bernard Andrieu – Du bronzage au sadomasochisme</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Bernard Andrieu est professeur de philosophie à l’UFR Staps de l’université Paris-Descartes. Il travaille depuis plusieurs années sur les expériences involontaires du corps, à travers la question : quelle perception le sujet a‑t-il de son corps ? Et à quelles sensations accède-t-il ? Avec plusieurs thématiques de recherche telles que la bande dessinée sadomasochiste, le corps du terroriste, il explore les techniques corporelles, la façon dont le sujet se représente son corps. Ces sujets dispersés ont comme point de convergence l’expérience de soi. Ainsi, il aborde le bronzage comme transformation du corps en surface, jusqu’aux prothèses bioniques des personnes amputées et à la transformation interne (terrorisme, sadomasochisme).</p>



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<p>Dans un second entretien, Bernard Andrieu développe la façon dont il a pensé le concept de l’émersion. En référence à Jules Verne dans <em>L’Île mystérieuse</em> : quand l’île émerse et remonte involontairement à la surface. Se pose alors en termes philosophiques ce principe de remontée à la surface (par l’étude de l’orgasme, du bronzage) : Ce qui remonte, est-ce le sujet qui le produit ? Qu’est-ce qu’il en perçoit ? Comment y accède-t-il ? Dans l’émersion, il y a la disparition. Dans son étude sur la bande dessinée sadomasochiste, il s’intéresse au transgender, à l’intersexe et ce que cela implique de se mettre dans ces dispositifs pour faire émerger autre chose de soi. Cela s’accompagne de la perte de contrôle, de l’involontaire. Le philosophe reprend Michel Foucault qui a étudié le contrôle et son maintien dans les sociétés.</p>



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