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	<title>Climat - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
	<lastBuildDate>Thu, 04 Jul 2019 14:28:17 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Climat - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<item>
		<title>Pierre Papon – La transition énergétique (1/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Jun 2019 09:02:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=30600</guid>

					<description><![CDATA[<p>Comment imaginez-vous la transition énergétique ?<br />
Éléments de réponse avec Pierre Papon, professeur émérite en physique et chimie.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/pierre-papon-la-transition-energetique-1-2/">Pierre Papon – La transition énergétique (1/2)</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Comment imaginez-vous la transition énergétique ? <br> Pierre Papon est professeur émérite à l’École supérieure de physique et chimie industrielles de Paris et a été directeur général du CNRS et président-directeur général de l’Ifremer. Il voit dans la révolution industrielle et le passage du bois au charbon une transition énergétique historique importante et similaire à celle à venir. Elle nous montre qu’il faut plusieurs décennies pour un tel changement. Des adaptations techniques seront nécessaires, notamment avec l’utilisation d’énergies renouvelables et des économies d’énergie dans les bâtiments qui sont des consommateurs majeurs. Mais des changements de modes de vie sont à prévoir aussi, l’aménagement des villes, des transports urbains, l’utilisation de moyens de locomotion autres que la voiture à moteur thermique. Il faudra probablement au minimum une génération. «Il y a urgence mais à la fois il faut donner du temps au temps.»</p>



<iframe src="https://player.vimeo.com/video/246282275" width="640" height="360" frameborder="0" allow="autoplay; fullscreen" allowfullscreen></iframe>
<p><a href="https://vimeo.com/246282275">Pierre Papon – La transition énergétique</a> from <a href="https://vimeo.com/emfccsti">Espace Mendès France, Poitiers</a> on <a href="https://vimeo.com">Vimeo</a>.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/pierre-papon-la-transition-energetique-1-2/">Pierre Papon – La transition énergétique (1/2)</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<item>
		<title>Pierre Papon – La transition énergétique (2/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Jun 2019 09:02:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quelle mise en place pour la transition énergétique ? Pour Pierre Papon, il faut éduquer, enseigner et dédramatiser.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/pierre-papon-la-transition-energetique-2-2/">Pierre Papon – La transition énergétique (2/2)</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pierre Papon est professeur émérite à l’École supérieure de physique et chimie industrielles de Paris et a été directeur général du CNRS et président-directeur général de l’Ifremer. </p>



<p>Quelle mise en place pour cette transition ?</p>



<p>Pour Pierre Papon, la transition énergétique passera par la jeunesse. Il faut donc éduquer, enseigner, mais rappeler aussi qu’une telle transition s’est déjà produite – ce qui dédramatise le défi. Il prône aussi les incitations fiscales et les taxes, comme le font la Suède et la Norvège.</p>



<p>Pour les compagnies pétrolières, il serait possible de réaliser une vraie transition. Certaines investissent massivement dans les énergies renouvelables. Elles ont les compétences scientifiques et techniques pour se diversifier et mettre la main dans le solaire ou l’éolien, ce qui n’est pas le cas des compagnies charbonnières.<br></p>



<figure><iframe src="https://player.vimeo.com/video/246285066" width="640" height="360" allowfullscreen></iframe></figure>



<p><a href="https://vimeo.com/246285066">Pierre Papon – La transition énergétique (2/2)</a> from <a href="https://vimeo.com/emfccsti">Espace Mendès France, Poitiers</a> on <a href="https://vimeo.com">Vimeo</a>.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/pierre-papon-la-transition-energetique-2-2/">Pierre Papon – La transition énergétique (2/2)</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<item>
		<title>Tiphaine Maurin, paléontologue de la Shungura</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Lison Gevers]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Aug 2018 10:04:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Biodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=29323</guid>

					<description><![CDATA[<p>Tiphaine Maurin, docteure en préhistoire, est spécialiste de la formation de la Shungura, dans la corne de l'Afrique, en Éthiopie.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/tiphaine-maurin-paleontologue-de-la-shungura/">Tiphaine Maurin, paléontologue de la Shungura</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Lison Gevers</strong></p>
<p>Tiphaine Maurin a soutenu sa thèse à l’université de Bordeaux sur les interrelations hominidés/environnements au début du Pléistocène dans la corne de l’Afrique en décembre 2017. Une docteure en préhistoire qui a un parcours assez atypique.&nbsp;Elle a été invitée au séminaire international de Paléontologie par le laboratoire PALEVOPRIM de l’université de Poitiers.</p>
<p><strong>L’Actualité.— Comment avez-vous choisi la paléontologie ?</strong></p>
<p><strong>Tiphaine Maurin.— </strong>J’ai commencé par un master 1 d’archéologie à l’université d’Aix-Marseille, en travaillant en taphonomie. C’est la science du tombeau. Cela consiste à étudier les altérations post-dépositionnelles des vestiges, en d’autres mots, toutes les actions qui peuvent les altérer une fois qu’ils ont été abandonnés après la création d’un site archéologique. Nous étudions ce qui va venir bouleverser ces vestiges&nbsp;: souris qui va déplacer les os, rivière qui va transporter les outils, etc. J’ai travaillé sur un sujet complètement différent que celui qui m’occupe aujourd’hui, l’étude des surfaces des céramiques. Ce qui m’a toujours intéressé dans l’archéologie, c’est le processus de transformation. Comment passe-t-on de quelque chose qui existe à un site archéologique&nbsp;?</p>
<p>Par la suite, et là est l’origine de mon déclic, j’ai fait un volontariat international au Musée national d’Éthiopie en 2010. Mon travail consistait en la conservation des collections de paléontologie et de préhistoire. C’est là que Jean-Renaud Boisserie m’a fait découvrir la paléontologie. À la fin de mon volontariat, je suis tombée amoureuse du terrain. J’ai compris que j’avais envie de travailler là. J’ai, par la suite, réfléchi à une poursuite de master avec l’appui de Jean-Renaud Boisserie et Anne Delagnes, directrice du laboratoire de préhistoire de Bordeaux (PACEA), qui étaient mes deux codirecteurs. Pour me former aux outils, j’ai fait un master pro à l’université de Tours en archéomatique, puis un master recherche en préhistoire pour avoir les connaissances scientifiques nécessaires pour l’élaboration de ma thèse.<br>
Ma carrière a connu un tournant ces dernières années. Désormais, je suis attachée parlementaire. Je n’ai pas fait de sciences politiques mais j’ai toujours eu un intérêt pour l’engagement syndical. Lorsqu’il y a eu la loi travail, j’ai décidé de participer à ce que cela ne se reproduise pas. J’avais l’impression qu’à cet instant de ma vie, j’étais plus utile en participant à la vie publique qu’en continuant la recherche. Mais je reste tout de même chercheure en préhistoire et avoir la possibilité de travailler un sujet de façon aussi aboutie et de pouvoir se considérer comme la spécialiste, c’est formidable.</p>
<p></p><div id="attachment_29325" style="width: 1034px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/08/img_4537.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-29325" class="size-large wp-image-29325" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/08/img_4537-1024x683.jpg" alt="sédiments" width="1024" height="683"></a><p id="caption-attachment-29325" class="wp-caption-text">Occupation archéologique d’Omo 1<sup>e</sup> datée de 2,3 millions d’années.</p></div>
<p><strong>De quels aspects traite votre thèse ?</strong></p>
<p>Quelles sont les conditions de l’émergence de ce qui fait de nous des humains (outils, symbolisme, bipédie, langage)&nbsp;? Ce sont toutes ces différentes caractéristiques qui font de nous ce que nous sommes. À chaque fois qu’il y a l’émergence d’une nouvelle pratique qui est un marqueur de notre humanité, nous essayons de comprendre ses conditions. J’ai donc travaillé sur la taille de la pierre il a 300 000 ans, dans la corne de l’Afrique, sur le site de la formation de la Shungura, en Éthiopie. Ce site est particulier car il regroupait toutes les conditions nécessaires pour pouvoir répondre à cette question. C’est-à-dire&nbsp;: un enregistrement continu de la faune qui est un indicateur de l’environnement, une présence des outils oldowayens bien cantonnés à une période de temps et, enfin, une répartition spatiale gigantesque.</p>
<p>Avec une question, nous avions deux axes de réponses&nbsp;: essayer de comprendre l’émergence, puis, la répartition de ces tailleurs de pierre. Pour cela, j’ai d’abord observé si les sites archéologiques étaient en place ou s’ils avaient été complètement remaniés par des rivières. Si oui, ils ne peuvent pas être un marqueur d’un habitat. Dans un deuxième temps, le but était de voir quel était l’environnement avant que les hominidés se mettent à tailler, et une fois qu’ils se mettaient à tailler, quels étaient les signaux environnementaux.</p>
<p></p><div id="attachment_29326" style="width: 1034px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/08/p7130064.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-29326" class="size-large wp-image-29326" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/08/p7130064-1024x768.jpg" alt="Sédiments paysage " width="1024" height="768"></a><p id="caption-attachment-29326" class="wp-caption-text">Sédiments de la Formation de Shungura datés entre 3,6 et 1 millions d’années, riches en fossiles et en matériel archéologique.</p></div>
<p>Ma thèse a permis de répondre à ces questions. Les sites archéologiques de la formation de Shungura sont remaniés mais un certain nombre sont encore suffisamment en place pour donner de nombreuses informations sur le lieu de vie des hominidés. Nous observons aussi une évolution du climat, avec une aridification et une persistance de zones plus humides où les hominidés se sont installés. Sur les bords de rivière il y a de l’eau, de l’ombre et des animaux qui viennent se désaltérer. Cette proximité des hominidés avec les plans d’eau se constate sur de nombreux sites.</p>
<blockquote class="ensavoirplus"><p>Tiphaine Maurin travaille à Villenave‑D’ornon, à côté de Bordeaux. Même si sa carrière a connu un tournant, elle reste avant tout une chercheuse engagée.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/tiphaine-maurin-paleontologue-de-la-shungura/">Tiphaine Maurin, paléontologue de la Shungura</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Jaunes parpaings</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/jaunes-parpaings/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=jaunes-parpaings</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Yoann Frontout]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Jun 2018 08:10:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=28109</guid>

					<description><![CDATA[<p>À l'aune des enjeux écologiques auxquels nous devons faire face, troquer le béton pour des bottes de paille semble séduisant. C'est le défi que s'est lancé le lycée Martin-Nadaud à Bellac.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/jaunes-parpaings/">Jaunes parpaings</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Yoann Frontout</strong></p>
<p>Au lycée professionnel Martin-Nadaud, à Bellac, un curieux habitant a élu domicile dans un petit hangar, en face des ateliers de maçonnerie. Permis de séjour&nbsp;: un an, débuté en octobre. L’hôte profite d’un lieu couvert, par un toit haut perché, mais c’est bien là le seul atout du gîte. Il n’y a ni fenêtre, ni chauffage. Des conditions d’accueil un peu rudes dont il serait pourtant bien le dernier à s’en plaindre. Du haut de ses deux mètres cinquante, il est aussi impressionnant que peu loquace. Et pour cause&nbsp;: portant sur ses épaules une charge au mètre linéaire de 750 kilos, cet Atlas des temps modernes est en réalité… végétal&nbsp;! Constitué de milliers de tiges de graminées desséchées, tout de jaune vêtu, ce n’est autre qu’un mur en paille.<br>
Sur une pièce de bois, la lisse basse, sont empilées des petites bottes rectangulaires, des ballots, portant une autre menuiserie&nbsp;: la lisse haute. C’est sur cette dernière qu’ont été placées des charges en béton&nbsp;simulant la présence d’un toit enneigé. Pas d’ossature bois en soutien, pas d’enduit, rien que les seules bottes de paille pour soutenir l’imagée blanche toiture. Quand blé, seigle, riz ou sorgho se mettent ainsi à l’haltérophilie, on parle de «paille structurelle» ou «paille porteuse».</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3>De l’isolation paille à la paille porteuse</h3>
<p>«Y’a une botte de foin dans la maison» chante le groupe auvergnat Flying Tractors dans leur <a href="https://www.youtube.com/watch?v=X-nn-OPtIfE">chanson éponyme</a>. Des paroles humoristiques qui, à un mot près, pourraient se doter d’une verve écologique&nbsp;: remplacez simplement «foin» par «paille». Aujourd’hui, en matière d’isolation, on peut en effet choisir de troquer la laine de verre ou le polystyrène par de la paille. Et ce, sans crainte de voir sa maisonnée s’enflammer, être envahie par des rongeurs ou des insectes, ou même pourrir de l’intérieur… Les nombreux tests scientifiques entrepris par le RFCP – Réseau Français de la Construction Paille – ont permis de balayer ces craintes et de montrer que c’est une solution à la fois performante et écologique. Cinq ans d’études ont été nécessaires, condition sine qua non pour conforter les assurances dans la pérennité des ouvrages et permettre la contractualisation des projets de construction. Aujourd’hui, ce sont environ 500 bâtiments avec isolation paille qui sont construits par an. Et la technique est de plus en plus plébiscitée, avec actuellement deux records du monde à l’actif des professionnels français&nbsp;: le bâtiment le plus haut (huit niveaux) et la surface plancher la plus importante (6 200 m²).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p></p><div id="attachment_28118" style="width: 503px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-28118" class="wp-image-28118" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/paille-structurelle-213x300.jpg" alt="Schéma de la structure d'un mur en paille" width="493" height="694"><p id="caption-attachment-28118" class="wp-caption-text">Schéma d’un mur en paille porteuse. Schéma Réseau Français de la Construction Paille.</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>Choisir d’isoler avec de la paille est une chose, s’imaginer faire tenir plafond et toit avec celle-ci en est une autre. Seul l’emploi de paille comme matériau d’isolation ou support est actuellement normalisé. À l’aune des défis écologiques auxquels nous devons faire face, l’idée de troquer nos parpaings gris pour des bottes bouton d’or est pourtant séduisante. Faible empreinte carbone, rapidité et facilité de pose, coût très bas du m<sup>2</sup>, bénéfices pour l’économie locale&nbsp;: les avantages semblent nombreux. Qui plus est, on a déjà un certain retour sur expérience puisque la technique ne date pas d’hier. Aux États-Unis, dans le Nebraska, des bâtiments de ce type ont été construits dès la fin du <span class="smallcaps">xix</span><sup>e</sup> siècle. C’est le cas de la <em>Pilgrim Holiness Church</em>, datée de 1928, et encore debout aujourd’hui. Le terme de «Nebraska» est d’ailleurs devenu la désignation générique de la technique de construction paille porteuse la plus plébiscitée aujourd’hui.<br>
Toutefois, pour repousser la crainte que le toit ne nous tombe sur la tête – un malheureux héritage Gaulois&nbsp;?&nbsp;– il faut plus que quelques exemples&nbsp;! Comme cela a été fait en matière d’isolation, il est inévitable de&nbsp;réaliser une série de tests sur la paille porteuse pour s’assurer de son efficience, rassurer les esprits et assurer les constructions. C’est dans ce cadre qu’entre en scène notre visiteur «empaillé».</p>
<p>&nbsp;</p>
<p></p><div id="attachment_28110" style="width: 540px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-28110" class=" wp-image-28110" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/pilgrim_house-300x191.jpg" alt="Pilgrim Holiness Church" width="530" height="337" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/pilgrim_house-300x191.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/pilgrim_house-768x488.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/pilgrim_house-650x413.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/pilgrim_house-150x95.jpg 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/pilgrim_house.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 530px) 100vw, 530px"><p id="caption-attachment-28110" class="wp-caption-text">La <em>Pilgrim Holiness Church</em>, bâtiment en paille porteuse du début <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle.</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<h3>Un squat mural de nature scientifique</h3>
<p>Le mur en paille ne s’est pas simplement invité au lycée Martin-Nadaud&nbsp;: il y est né. Sa vocation&nbsp;? Servir la science, en portant son altère de 750 kilos du mieux qu’il le peut. L’objectif est en effet d’évaluer le fluage du mur&nbsp;– la déformation qu’il subit – sur l’espace d’un an. Trois membres du RFCP, les architectes formateurs Cédric Hamelin et Mathilde Lapierre, et le consultant et formateur en écoconstruction Christian Hamani, sont les géniteurs du projet. Pour que ce dernier prenne vie ils se sont appuyés sur plusieurs partenariats. La région Aquitaine et le RFCP financent la construction&nbsp;tandis que le lycée Martin-Nadaud, la plateforme d’électronique Ramseis basée à Turgot ainsi que l’IUT Génie Civil d’Égletons participent à sa réalisation. Plusieurs établissements pour un melting-pot de compétences.<br>
Après avoir élaboré le protocole et les dessins de la maquette, Cédric Hamelin, Mathilde Lapierre et Christian Hamani exécutent les premières étapes manuelles. «Avec des sangles de camion très puissantes on exerce une précontrainte sur chaque botte afin d’avoir par la suite un mur raide.» explique Cédric Hamelin. Les étudiants des classes de CAP constructeur bois et de CAP maçonnerie du lycée Martin-Nadaud mettent ensuite la main à la paille, épaulés par leurs professeurs. Au programme&nbsp;: recoupe et assemblage des bottes, réalisation des menuiseries (chaînages) et coulage des charges en béton. Une fois ces dernières placées sur la lisse haute, il ne reste alors plus qu’à… attendre. En gardant toutefois l’atlas de paille sous haute surveillance ! C’est là qu’intervient la plateforme d’électronique Ramseis. Bardé de capteurs permettant de mesurer les déformations ainsi que l’hygrométrie et la température, le mur de paille se retrouve contrôlé toutes les cinq minutes et ce durant un an&nbsp;! Grâce au travail de l’IUT d’Égletons, les données prises par les sondes sont automatiquement traitées et intégrées à des graphiques. Ces derniers, libres d’accès, sont <a href="http://murspaille.lyc-nadaud-bellac.ac-limoges.fr/m1/index.mur1.html">consultables en ligne</a>, permettant de suivre en temps réel l’avancée du test.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p></p><div id="attachment_28121" style="width: 996px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-28121" class="wp-image-28121" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/lisses_basses_en_cours_de_fabrication-300x279.png" alt="Lisses basses en cours de fabrication par des élèves" width="986" height="917" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/lisses_basses_en_cours_de_fabrication-300x279.png 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/lisses_basses_en_cours_de_fabrication-150x139.png 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/lisses_basses_en_cours_de_fabrication.png 618w" sizes="auto, (max-width: 986px) 100vw, 986px"><p id="caption-attachment-28121" class="wp-caption-text">Les élèves du lycée Martin-Nadaud réalisent la lisse basse, pièce en bois sur laquelle sont placées les bottes de paille. Photo Christian Hamani.</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<h3>Deux haltérophiles de plus à la salle</h3>
<p>Alors, quel résultat à mi-parcours&nbsp;? «Il y a un petit tassement mais on est exactement dans les courbes de prédiction» se réjouit Cédric Hamelin. En effet, ce qui peut sembler inquiétant a en réalité été anticipé. Sur ce premier test, avoir un léger fluage était inévitable pour utiliser les mesures de déformations et orienter les futurs essais. Des essais qui s’annoncent par ailleurs divers et nombreux. Tout d’abord, il va falloir «soit prévoir une structure légère complémentaire, soit exercer une précontrainte plus forte» comme l’explique Cédric Hamelin. Le souhait étant en priorité de trouver le bon système de compression, assez puissant pour exercer une précontrainte assurant la stabilité du mur, tout en étant facile d’utilisation sur chantier. Autre objectif, pointé cette fois par Christian Hamani&nbsp;: «aller au-delà de la charge actuelle, avec toujours ce même type de botte, pour démontrer qu’il est possible de construire avec un ou deux étages.» Sans compter qu’il existe plusieurs tailles de bottes, ce qui démultiplie d’autant le nombre de tests&nbsp;! Il s’agira également d’observer comment réagit le mur à la contrainte si la paille est enduite, et ce, en fonction du type d’enduit. En effet ces derniers, étant assez épais, participent également à la résistance mécanique de l’édifice.<br>
Mais, avant toute chose, ce sont deux autres comparses parfaitement similaires au squatteur de paille qui vont venir lui tenir compagnie. Pourquoi ces deux autres murs identiques ? Pour que statistiquement, la validité du test soit assurée. L’occasion pour les élèves du lycée Martin-Nadaud de se familiariser à nouveau avec la botte de paille. Et ce n’est pas la seule approche qu’ils ont avec cet éco-matériau, puisqu’en octobre dernier certains élèves s’impliquaient dans un chantier participatif ossature bois / isolation paille.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p></p><div id="attachment_28112" style="width: 1132px" class="wp-caption alignnone"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-28112" class="wp-image-28112" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/sam_0076-2-300x225.jpg" alt="mur en paille" width="1122" height="841" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/sam_0076-2-300x225.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/sam_0076-2-768x576.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/sam_0076-2-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/sam_0076-2-650x488.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/sam_0076-2-150x113.jpg 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2018/06/sam_0076-2.jpg 1024w" sizes="auto, (max-width: 1122px) 100vw, 1122px"><p id="caption-attachment-28112" class="wp-caption-text">Mur en paille au lycée Martin-Nadaud. Photo Yoann Frontout.</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<h3>L’alternative n’a rien d’un feu de paille</h3>
<p>Si le lycée Martin-Nadaud s’investit dans la paille porteuse comme dans l’isolation paille, c’est qu’il lui semble essentiel de développer des métiers d’avenir. «Le but est de prendre les devants» souligne Jérôme Arnauné, directeur délégué aux formations du lycée. «Dans les 20 à 30 ans à venir, ce sont nos élèves qui vont subir les conséquences du changement climatique» ajoute Hugo Cherlonneix, professeur de maçonnerie. Et avec l’arrivée de la Réglementation Thermique 2020, c’est déjà une première métamorphose des métiers du bâtiment qui s’annonce. Les nouvelles exigences visent à diminuer nettement la consommation en énergie des maisons et à diminuer l’impact environnemental de leur construction. «Il va falloir que l’on oublie peu à peu les maisons en parpaings» prédit Hugo Cherlonneix. L’heure est à des matériaux plus écologiques et présentant une résistance thermique plus grande, la paille faisant bonne figure dans les deux cas. Le lycée Martin-Nadaud comme le RFCP partage ainsi un objectif commun&nbsp;:&nbsp;permettre le transfert des compétences de la maçonnerie conventionnelle vers la paille porteuse.</p>
<p>Si tout va bien, le RFCP pense éditer un référentiel de formation et un guide de bonnes pratiques courant 2019. Première étape pour espérer voir apparaître, à terme, les règles professionnelles en paille porteuse. En parallèle, le lycée Martin-Nadaud commence à intégrer dans les référentiels classiques de formation des modules en écoconstruction, notamment avec le matériau paille. Un premier pas vers la création de nouveaux types de CAP, qui seraient validés par la profession. «L’idée est que demain on puisse venir de toute la France se former ici sur la construction paille» explique Hugo Cherlonneix. Attirer les jeunes pousses&nbsp;? Oui, mais aussi les professionnels aguerris, en leur proposant des formations et en favorisant un échange intergénérationnel. Cette reconversion dans l’écoconstruction qu’a entreprise le lycée depuis quelques années a séduit la région Nouvelle-Aquitaine qui va financer la rénovation des plateaux techniques construction bois et génie climatique. Donner peau neuve à un acteur œuvrant pour réinventer les métiers du bâtiment&nbsp;: l’image est forte.</p>
<p>Derrière le <em>sit-in</em> inattendu de cet hôte de paille, il y a donc bien plus qu’un simple test scientifique. C’est la transmission d’un savoir, l’évolution d’une profession et la consolidation d’un réseau d’acteurs qui se jouent. Reste à amplifier cette dynamique, et communiquer, toujours plus. Comme aime le répéter Hugo Cherlonneix, «quand on a le savoir-faire, il faut le faire savoir».</p>
<p>&nbsp;</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/jaunes-parpaings/">Jaunes parpaings</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Gérard Mégie — Le siècle de la rupture</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2015 15:16:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«Le XXᵉ siècle fut le siècle de l’alerte, le XXIᵉ risque d’être le siècle de la rupture » affirmait le climatologue en 2002.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/gerard-megie-le-siecle-de-la-rupture/">Gérard Mégie — Le siècle de la rupture</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="font-family: Times,serif;">«</span>Le XX<sup>e</sup> siècle fut le siècle de l’alerte, le XXI<sup>e</sup> risque d’être le siècle de la rupture&nbsp;» affirmait le climatologue en 2002.</strong></p>
<p>Entretien Jean-Luc Terradillos<br>
L’Actualité Poitou-Charentes n° 58 octobre 2002</p>
<p>Le CNRS eut pour président, en l’an 2000, un des spécialistes mondiaux du changement climatique, Gérard Mégie, décédé dans l’exercice de ses fonctions en 2004. Il avait créé l’institut Pierre-Simon Laplace des sciences de l’environnement global qu’il dirigea de 1991 à 2000.<br>
L’Espace Mendès France l’avait invité à donner une conférence en 1994 dans le cadre de l’exposition «Chaud demain».<br>
En 2002, c’était le grand témoin de notre dossier réalisé avec l’Ademe sur le thème «énergie et changement climatique».</p>
<p><strong>L’Actualité. – Le changement climatique est-il amorcé&nbsp;?</strong><br>
Gérard Mégie. – Tout d’abord, je ferai deux remarques préliminaires. Premièrement, le climat est un système complexe qui couple l’atmosphère, les océans, la biosphère, en fait l’ensemble du système Terre. Le fonctionnement et les causes naturelles de variabilité de ce système ne nous sont pas complètement connus. Deuxièmement, le climat n’est pas statique. Il a continuellement évolué – depuis les temps où il n’y avait pas de vie sur terre – et poursuit son évolution. Il varie à différentes échelles pouvant être les saisons, les années, les décennies, les siècles, et nous appréhendons encore mal toutes les causes et l’intensité de ces variations naturelles.<br>
Un nouveau problème vient ajouter à la complexité : par ses activités industrielles, de transport, etc., qui génèrent le rejet de gaz à effet de serre, l’homme est en train de changer l’une des variables climatiques. Nous sommes à un moment charnière. Les scientifiques ont donné l’alerte sur ce problème il y a une trentaine d’années. Au cours de la dernière décennie, un faisceau d’indices mis en évidence semblent démontrer que l’homme a aujourd’hui une influence discernable sur le climat. Mais nous ne disposons pas nécessairement pour chaque indice d’une relation directe de cause à effet. Nous constatons cependant des convergences. Par exemple, la température moyenne – température construite à partir des températures locales à la surface de la Terre – a augmenté de 0,6° en un siècle. La tendance au réchauffement est plus forte à partir de 1990. L’année 1998 fut la plus chaude du siècle mais 2001 fut encore plus chaude. Les analyses historiques montrent que cette augmentation rapide de la température est probablement unique à l’échelle du dernier millénaire et que seules les activités humaines peuvent l’expliquer. Nous constatons aussi l’élévation du niveau des mers.<br>
D’autres indices sont moins bien quantifiés : l’augmentation des périodes sèches dans les saisons, le changement du cycle de la végétation, la fonte des glaces de mer, en particulier dans l’Atlantique nord.<br>
En revanche, d’autres indices ne semblent pas varier d’un point de vue statistique. En Europe, nous avons été confrontés récemment à des événements extrêmes (tempêtes, inondations), or nous n’avons pas la preuve qu’il y a davantage de tempêtes aujourd’hui qu’au cours des siècles passés.</p>
<p><strong>La perturbation du système climatique induite par l’homme ne pourrait donc, par exemple, expliquer les tempêtes de décembre 1999 ?</strong><br>
Il est encore trop tôt pour l’affirmer. Après les grandes tempêtes de 1999, la vraie question est : connaîtrons-nous d’autres tempêtes de cette ampleur dans la décennie à venir et combien ? Si elles se multiplient, ce sera un signal fort. Pour l’instant rien ne nous permet d’établir une relation de cause à effet entre le changement climatique – dont on pense qu’il arrive au regard des indices observés – et ces événements extrêmes.</p>
<p></p><div id="attachment_65" style="width: 1310px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Deneyer_tempete_NB.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-65" class="size-full wp-image-65" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Deneyer_tempete_NB.jpg" alt="Marc Deneyer" width="1300" height="550" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Deneyer_tempete_NB.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Deneyer_tempete_NB-300x127.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Deneyer_tempete_NB-768x325.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Deneyer_tempete_NB-650x275.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Deneyer_tempete_NB-150x63.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1300px) 100vw, 1300px"></a><p id="caption-attachment-65" class="wp-caption-text">Marc Deneyer</p></div>
<p><strong>Quels sont les scénarios pour le xxie siècle ?</strong><br>
Le xxe siècle fut le siècle de l’alerte, le xxie risque d’être le siècle de la rupture. Si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent sur le même rythme, nous devrons faire face à des variations beaucoup plus importantes. La température moyenne n’augmentera pas de 0,6° en un siècle mais de 2° à 6°. Le niveau des mers ne s’élèvera pas de 0,12 m mais de 0,80 à 1,50 m. [su_quote]Des écosystèmes seront durement affectés, de même que l’environnement, avec le risque, selon les endroits, d’une fréquence accrue des sécheresses, pluies diluviennes, tempêtes, etc. Donc nous nous situons dans cette phase de transition.[/su_quote]<br>
Ces projections sont fondées sur des modèles qui prennent en compte tout ce que nous savons du système climatique. Or, étant donné que cette connaissance est imparfaite, des incertitudes subsistent. En outre, compte tenu du caractère non linéaire du système climatique, des ruptures brutales, et imprévisibles, peuvent intervenir – ce fut le cas du trou d’ozone dans l’Antarctique. C’est pourquoi nous prévoyons une augmentation de la température dans une fourchette allant de 2° à 6°. Cela signifie aussi que nous ne sommes pas, à ce jour, en mesure de prévoir quelles stratégies seront adoptées. En effet, si on ne fait rien, la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère va au moins tripler. Dans ce cas, il est sûr que la température moyenne augmentera de 6° à 7°. Si des scénarios plus vertueux sont choisis, on ne pourra de toute façon empêcher la concentration de gaz carbonique de doubler. Il faudra donc toujours développer des stratégies d’adaptation par rapport aux effets du changement climatique.</p>
<p><strong>Est-ce du catastrophisme ?</strong><br>
Ce n’est pas du catastrophisme. S’il fallait attendre d’avoir la preuve que la température a augmenté de 6°, alors il y aurait tellement de gaz carbonique accumulé dans l’atmosphère que le futur serait hypothéqué sur plusieurs siècles. Le temps de réponse est très lent. Si toute émission de gaz carbonique cessait aujourd’hui, la concentration de gaz continuerait d’augmenter dans l’atmosphère parce que le système climatique a été très fortement perturbé. Pour stabiliser le système d’ici la fin du siècle, il faudrait réduire nos émissions de combustibles fossiles de 40 % à 50 %. À titre d’exemple, et compte tenu d’un rythme actuel d’augmentation de 2 % à 3 % dans les pays développés, cela correspond à la consommation du début des années 1970.<br>
À l’échelle internationale, le protocole de Kyoto, qui aura des effets positifs, a montré que le plus difficile était de commencer à renverser une tendance. Plusieurs niveaux d’intervention sont possibles. Dans les pays du Nord, des gisements d’économie d’énergie encore importants subsistent, notamment dans la construction des bâtiments, la part de solaire dans le chauffage, la cogénération, etc. Des actions conséquentes touchant à l’aménagement du territoire restent à accomplir, en particulier sur les plans urbains et le transport routier. Les mêmes erreurs ne peuvent être réitérées dans les pays en développement. Ce qui appelle des choix énergétiques et des transferts de technologies impossibles sans une réelle coopération Nord-Sud.</p>
<p><strong>Quels sont les objectifs de la recherche&nbsp;?</strong><br>
La recherche s’oriente vers le couple «énergie-environnement». Je distinguerai trois volets de la recherche. Premièrement, la complexité du système climatique est telle qu’il faut une recherche pour mieux comprendre, surveiller et prévoir. Le deuxième volet porte sur les sources d’énergie. Sans a priori idéologique, il faut travailler sur l’éolien, le solaire, la biomasse, la pile à combustible, les déchets nucléaires, etc. Enfin, les sciences humaines et sociales ont un rôle majeur à jouer car les problèmes soulevés touchent aussi bien les systèmes économiques et les organisations sociales que la perception des risques, la gestion des crises ou le rôle de l’expertise scientifique.<br>
Ceci exige une approche interdisciplinaire que le CNRS a prise en compte en affichant comme un grand thème prioritaire : «l’environnement, l’énergie et le développement durable». L’Institut national des sciences de l’univers (INSU) va donc s’étendre aux sciences de l’environnement (INSUE), ce qui permettra un décloisonnement de disciplines au sein du CNRS. Nous souhaitons évidemment associer les grands organismes qui travaillent sur les mêmes problématiques, tels que l’Ifremer, l’Inra, le Cemagref, le CEA, le BRGM, mais aussi l’Ademe et les grandes agences, les universités, etc.</p>
<p><strong>Les problèmes soulevés par le changement climatique ne pourraient-ils pas attirer des jeunes dans les filières scientifiques&nbsp;?</strong><br>
Président du CNRS certes, mais également enseignant-chercheur à l’université, je connais la désaffection des jeunes pour les études scientifiques. À nous de les convaincre qu’il y a de la “belle” physique à faire en étudiant le climat, de la “belle” chimie, ou encore de la “belle” mécanique des fluides. Nous devons aussi rendre attractives ces disciplines dans les écoles, les collèges et les lycées.<br>
D’autre part, hors de la recherche, de nouveaux métiers vont se créer dans le domaine de l’environnement car les solutions viendront d’actions menées au niveau local, dans les entreprises et dans les collectivités territoriales.</p>
<p></p><div id="attachment_64" style="width: 210px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Megie-Gérard-2.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-64" class="wp-image-64 size-medium" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Megie-Gérard-2-200x300.jpg" alt="Gérard Mégie - CNRS" width="200" height="300" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Megie-Gérard-2-200x300.jpg 200w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Megie-Gérard-2-650x976.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Megie-Gérard-2-150x225.jpg 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Megie-Gérard-2.jpg 682w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px"></a><p id="caption-attachment-64" class="wp-caption-text">Gérard Mégie – CNRS</p></div>
<p>[su_note]Gérard Mégie est l’auteur de deux livres sur l’ozone stratosphérique : Stratosphère et couche d’ozone (Masson, 1991), Ozone, l’équilibre rompu (Presses du CNRS, 1989). Il a coordonné deux rapports de l’Académie des sciences : Ozone et propriétés oxydantes de la troposphère (1993) et Ozone stratosphérique (1998) parus aux éditions Lavoisier.[/su_note]</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/gerard-megie-le-siecle-de-la-rupture/">Gérard Mégie — Le siècle de la rupture</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Isabelle Autissier&#160;— On ne négocie pas avec la nature</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2015 14:44:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La navigatrice aux quatre tours du monde en solitaire, présidente de WWF France et de l’Ecole de la mer à La Rochelle, ne veut pas être Cassandre mais…</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La navigatrice aux quatre tours du monde en solitaire, présidente de WWF France et de l’Ecole de la mer à La Rochelle, ne veut pas être Cassandre mais…</strong></p>
<p>Entretien Jean Roquecave<br>
<a href="http://actu.emf.fr/files/show/1142">L’Actualité Poitou-Charentes</a> n° 103 janvier 2014</p>
<p>Après la tempête Xynthia, l’Espace Mendès France a conçu et réalisé une exposition intitulée «Quand la mer se déchaîne» dont Isabelle Autissier fut la marraine.</p>
<p><strong>L’Actualité. – On redécouvre les colères de la mer&nbsp;?</strong><br>
Isabelle Autissier. – Les marins non, ils savent ce que c’est&nbsp;: ils y sont tous les jours, peut-être moins&nbsp;les plaisanciers parce qu’ils ont la possibilité de ne pas partir quand il ne fait pas beau. Mais il y a un certain nombre de métiers quand même, que ce soit les marins pêcheurs, du commerce ou ceux de la Royale, ou les marins en course. Heureusement, ce n’est pas leur quotidien, mais ils le vivent.<br>
Au niveau du public, peut-être. Comme partout le seuil d’acceptabilité a baissé, avec ce sentiment qu’il faut aller vers plus de sécurité et que le risque n’est pas admissible.<br>
C’est une erreur de dire que le risque n’est pas admissible, il faut savoir ce qu’on met d’un côté et de l’autre de la balance, ce qu’on accepte d’investir ou de réduire de son activité au regard du risque. Il y a des seuils d’acceptabilité sociale. Au xixe siècle, quand 200 marins disparaissaient par an en mer, c’était comme ça&nbsp;! Aujourd’hui quand il y en trois ce n’est pas acceptable.</p>
<p><strong>La mer se déchaîne-t-elle plus qu’avant ?</strong><br>
Ça dépend des endroits sur le globe. Il semblerait que du côté des Antilles il y ait une fréquence plus soutenue d’événements exceptionnels, cyclones, etc., et le phénomène des tornades a l’air de s’amplifier aussi, mais par contre dans un endroit comme le Horn justement, les marins ont l’air de dire qu’il y a plutôt moins de tempêtes qu’avant. Mais il faut considérer le long terme, et pour le coup voir les vrais météorologues qui observent les données depuis 150 ans. Quand on fait ça au doigt mouillé c’est son avis personnel qu’on partage.</p>
<p><strong>La perception de la mer a changé, autrefois la mer c’était quelque chose d’effrayant.</strong><br>
La mer est devenu un objet de loisir, tant mieux pour l’industrie du loisir. Mais considérer l’océan comme une aire de jeu, considérer que la nature va répondre à nos besoins et à nos envies, c’est forcément une erreur, parce que la nature c’est de la physique et de la chimie, ça n’a pas d’états d’âme.<br>
Le raisonnement est toujours mauvais, d’un côté comme de l’autre&nbsp;: la méchante, la voleuse de maris ou un objet de loisir qui doit être gentille quand on a envie d’aller se balader, dans les deux cas c’est une erreur.<br>
La seule solution intelligente c’est de se dire que c’est un milieu naturel qui répond à un certain nombre de lois, et que nous devons nous adapter. Les marins en mer le font, mais à terre on n’a souvent pas la même vision des choses. À terre, nous sommes habitués à organiser notre espace, à bouleverser la nature quand ça nous chante. En mer on ne peut pas, pas encore en tout cas, donc on est contraint de s’adapter, et on n’a pas cette démarche quand on est un terrien.<br>
[su_quote]Quand on dit aujourd’hui aux gens qui vivent sur le littoral qu’il va peut-être falloir commencer à réfléchir collectivement comment on recule, ils ouvrent des yeux comme des soucoupes ![/su_quote]Eh&nbsp;oui&nbsp;! Dans les cinquante prochaines années, le niveau de la mer va monter, c’est une certitude. Donc soit on ne fait rien et on pleure nos morts, soit on commence maintenant à se demander comment on fait. Et on essaie de le faire démocratiquement, en discutant maintenant, parce que ça va prendre du temps. Mais ce raisonnement n’est pas très audible.</p>
<p><strong>On voit, sur l’île de Ré, des gens qui protestent parce que les plans de prévention des risques font baisser le prix de l’immobilier…</strong><br>
Est-ce qu’il faut accepter de vendre une maison en sachant qu’on expose les gens qui vont habiter cette maison à un risque tous les trente ans, c’est un débat éthique au vrai sens du terme.<br>
Est-ce qu’on veut mettre notre argent à faire des digues ou à faire autre chose&nbsp;? Ce qui est important, c’est que toutes les parties prenantes soient dans le débat et que l’acceptabilité ne se fasse pas sur le dos de ceux qui ne sont pas au courant, ce qui était quand même un peu le cas jusqu’à maintenant.</p>
<p></p><div id="attachment_53" style="width: 1310px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Caillaud-Xynthia_La-Rochelle.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-53" class="size-full wp-image-53" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Caillaud-Xynthia_La-Rochelle.jpg" alt="Benjamin Caillaud, Xynthia, La Rochelle, 2010" width="1300" height="867" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Caillaud-Xynthia_La-Rochelle.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Caillaud-Xynthia_La-Rochelle-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Caillaud-Xynthia_La-Rochelle-768x512.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Caillaud-Xynthia_La-Rochelle-650x434.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Caillaud-Xynthia_La-Rochelle-150x100.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1300px) 100vw, 1300px"></a><p id="caption-attachment-53" class="wp-caption-text">Benjamin Caillaud, Xynthia, La Rochelle, 2010</p></div>
<p><strong>Et pourtant le niveau de la mer n’a pas encore vraiment monté.</strong><br>
Elle monte tout doucement, aujourd’hui c’est 2,5 mm par an ce qui n’est pas encore énorme, mais cumulé sur quelques décennies…<br>
C’est pour cela que je plaide pour qu’on s’y intéresse maintenant. On a des éléments scientifiques. Le Giec nous donne des éléments, il y a des projections. Ici, à La Rochelle, il y a des chercheurs [le laboratoire Littoral environnement et sociétés (UMR 7266 CNRS – Université de La Rochelle)] qui travaillent sur les phénomènes localement, qui peuvent modéliser. On a un certain nombre d’éléments, avec des fourchettes de ce qui peut se passer. Il y a pas une, mais un ensemble de possibilités. Normalement le rôle des politiques c’est de prendre ces éléments-là, de les mettre dans le débat public et de dire&nbsp;: voilà, qu’est-ce qu’on en fait collectivement&nbsp;?</p>
<p><strong>Il y a beaucoup de déni sur ce sujet&nbsp;?</strong><br>
Évidemment, c’est comme sur le climat&nbsp;! Il est plus facile de dire «il n’y a pas de problèmes, circulez&nbsp;!» que de se mettre à réfléchir et de changer nos habitudes. C’est une des raisons du succès des climato-sceptiques, ce discours lénifiant et rassurant «dormez en paix bonnes gens&nbsp;!»<br>
Sans vouloir être Cassandre, encore une fois, on commence à avoir des éléments intéressants, c’est idiot de ne pas les mettre sur la table. [su_quote]Faudra-t-il déménager La Rochelle, je n’en sais rien ? Mais, vraisemblablement, il y aura des endroits à défendre coûte que coûte, et d’autres qu’il faudra abandonner, redonner à la mer parce que leur sauvegarde est trop onéreuse. Il faut commencer à réfléchir à ça.[/su_quote]<br>
Heureusement qu’on est encore dans un pays où l’État peut se porter au secours des personnes qui subissent des catastrophes, mais à ce moment-là il faut accepter qu’il fixe les règles du jeu en disant «on ne fait pas n’importe quoi». Quand on fait un kilomètre de digues pour trois maisons, peut-être qu’il faudrait plutôt déménager ces trois maisons. C’est un drame pour les gens, mais on ne fera rien à coût zéro. Et si on ne fait rien, on est sûr que plus tard le coût sera encore plus élevé, ça s’appelle la dette écologique. Les dettes ça finit toujours par se payer, et si on peut arriver à négocier les dettes financières avec les créanciers, on ne négocie pas avec la nature. On s’adapte, encore une fois, c’est ce que font les marins en mer.<br>
La moitié de la population mondiale va habiter à moins de dix kilomètres des côtes en 2050. C’est demain matin, et cela concerne juste quatre milliards de personnes… La montée des eaux, ça ne concerne pas que quelques petites îles du Pacifique&nbsp;!</p>
<p>[lien avec l’entretien «La survie de l’homme», Actu 89 spécial mer]</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/isabelle-autissier-on-ne-negocie-pas-avec-la-nature/">Isabelle Autissier — On ne négocie pas avec la nature</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Éric Chaumillon — La mer monte sur notre littoral</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2015 14:11:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec la montée du niveau de la mer, c’est la question de notre rapport à l’environnement qui se pose avec acuité. Le temps de la conquête est terminé, voici venu celui des arrangements.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Avec la montée du niveau de la mer, c’est la question de notre rapport à l’environnement qui se pose avec acuité. Le temps de la conquête est terminé, voici venu celui des arrangements.</strong></p>
<p>Entretien Aline Chambras<br>
L’Actualité Poitou-Charentes n°89 juillet 2010<br>
Éric Chaumillon est enseignant chercheur au laboratoire LIENSs de l’université de La Rochelle et du CNRS, responsable de l’équipe Dynamique physique du littoral, directeur adjoint de la Fédération de recherche en environnement et développement durable, et responsable des Observatoires du littoral et de l’environnement de l’Université.<br>
<strong>L’Actualité Poitou-Charentes. – Votre équipe étudie les processus physiques qui agissent sur les zones littorales, depuis plusieurs années. Quelles évolutions avez-vous constatées, notamment sur le littoral Atlantique ? Comment les expliquez-vous ?</strong><br>
Éric Chaumillon. – Premièrement, nous constatons et nous mesurons une élévation globale du niveau des océans, élévation directement liée au réchauffement climatique, lui aussi notoire et quantifié. En effet, le réchauffement de l’atmosphère provoque une dilatation des masses d’eaux maritimes que l’on appelle l’effet stérique et par conséquent une hausse de leur niveau. En outre, le réchauffement climatique cause la fonte des glaces polaires et continentales, ce qui contribue également à l’élévation du niveau de la mer. Toutefois, cette élévation du niveau des océans doit être pondérée par le fait que les côtes présentent des spécificités différentes (c’est une problématique scientifique de notre équipe). Ainsi, il existe des côtes stables, d’autres qui s’effondrent et à l’inverse certaines se soulèvent. Dans le delta du Mississipi aux États-Unis, par exemple, la côte s’effondre, et l’élévation relative du niveau de la mer y est par conséquent très importante. En Charente-Maritime, nous sommes dans une région où la côte est relativement stable : l’élévation du niveau de la mer y est donc plus faible (environ deux millimètres par an). Mais attention, si l’on ramène ce chiffre à une décennie, voire à un siècle, on arrive à une augmentation de 20 à 30 cm du niveau de la mer… Et comme nous constatons par ailleurs que ce phénomène s’accélère, certains scientifiques prévoient une hausse du niveau de l’océan sur le littoral charentais allant de 50 cm à plus d’1 m, à la fin du xxie siècle ! Enfin en Nouvelle-Zélande et au Chili, où certaines côtes ont la particularité de se soulever, pour des raisons tectoniques notamment, le niveau relatif de la mer descend, car la côte se soulève plus vite que la mer ne monte… Par ailleurs notre équipe a également montré, concernant le nord-est de l’Atlantique, que la taille des vagues y est en augmentation depuis soixante ans. Pour certains, ce phénomène est lié au réchauffement climatique. Quoi qu’il en soit, cette modification de la taille des vagues a aussi un effet sur le risque de submersion et sur la morphologie du littoral puisque les vagues en façonnent l’apparence.</p>
<p></p><div id="attachment_25404" style="width: 1034px" class="wp-caption alignnone"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/chaumillon_eric_2010.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-25404" class="size-large wp-image-25404" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/chaumillon_eric_2010-1024x680.jpg" alt width="1024" height="680"></a><p id="caption-attachment-25404" class="wp-caption-text">Eric Chaumillon, 2010. Photo Hélène de Fontainieu</p></div>
<p><strong>Le réchauffement climatique influe-t-il également sur la fréquence des événements extrêmes comme les tempêtes qui, elles aussi, ont des répercussions sur la morphologie du littoral ?</strong><br>
Cette question d’un accroissement de la récurrence des phénomènes extrêmes lié au réchauffement climatique est à l’heure actuelle en débat et y répondre rigoureusement m’est impossible. Mais, en Charente-Maritime ou en Vendée, où de nombreux territoires se situent en-dessous du niveau des plus hautes mers (en raison de la poldérisation), dans un contexte où le niveau de la mer monte, ne pas savoir si la fréquence de ces événements naturels va augmenter ne nous empêche pas de tirer la sonnette d’alarme. Car ce dont nous sommes sûrs c’est que des phénomènes de tempêtes, comme celles que nous avons connues en 1999 ou comme Xynthia en février dernier, ont toujours existé et continueront d’exister. Après il s’agit de savoir à partir de quelle fréquence, on dimensionne les ouvrages et on adapte la société aux risques… [su_quote]D’autant que je le répète, dans le contexte actuel de montée des eaux et d’une démographie galopante, notamment sur les littoraux, le risque de voir des phénomènes naturels provoquer des catastrophes humanitaires sera de fait croissant ![/su_quote]</p>
<p><strong>Êtes-vous pessimiste concernant l’avenir du littoral dans notre région ?</strong><br>
Tout dépend de quel point de vue je me place. Si je me positionne selon la logique humaine historique de conquête et de domination de la nature, alors oui je suis pessimiste. Mais si je me situe d’un point de vue écologiste, naturaliste, qui consiste à composer avec la nature, alors non il n’y pas de quoi être pessimiste. Le problème au fond est de savoir jusqu’où la société est prête à aller pour maîtriser la nature. Je pense, par exemple, au cas de Venise, en Italie : si l’homme n’agit pas, cette ville est condamnée à être engloutie. Or, pour sauver ce symbole du romantisme, je sais que l’on choisira de dépenser des millions d’euros. Mais ailleurs, d’autres territoires, eux aussi menacés par la montée des eaux, resteront sur le carreau. En somme, la question que pose la montée du niveau des océans est une question de bon sens : est-on prêt à défendre à tout prix tous les territoires que l’on a gagnés sur la mer ? Ne devrait-on pas évoluer d’un esprit de conquête vers un esprit d’adaptation ?</p>
<p><strong>En tant que scientifique quelle est votre influence dans ces débats ?</strong><br>
Pour influer de tels choix de société, les scientifiques doivent se donner comme mission prioritaire de mieux comprendre les phénomènes naturels pour pouvoir établir des scénarios prédictifs fiables. Pour cela il faut impérativement combler certaines lacunes qui restreignent le champ des connaissances actuelles et la possibilité d’en tirer des conclusions. Or, accéder à un tel savoir est possible, puisque nous avons tous les outils disponibles à l’Université de La Rochelle, de mesure et de calcul notamment, pour avancer. Il ne manque que la mise à dispositions de moyens financiers et surtout humains afin que des recherches ambitieuses et nécessaires puissent avoir lieu.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/eric-chaumillon-la-mer-monte-sur-notre-littoral/">Éric Chaumillon — La mer monte sur notre littoral</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Pascal Acot — Catastrophes climatiques, désastres sociaux</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2015 11:35:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le changement climatique ne doit pas être pensé en dehors de ses conséquences sociales.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/pascal-acot-catastrophes-climatiques-desastres-sociaux/">Pascal Acot — Catastrophes climatiques, désastres sociaux</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le changement climatique ne doit pas être pensé en dehors de ses conséquences sociales.</strong></p>
<p>Entretien Anh-Gaëlle Truong<br>
<a href="http://actu.emf.fr/files/show/2140">L’Actualité Poitou-Charentes</a> n° 72 avril 2006</p>
<p>Pascal Acot est historien de l’écologie. Il est d’ailleurs le premier à étudier le sujet pour sa thèse d’état, soutenue en 1985 sous la direction de François Dagognet. Dans ce cadre, il s’intéresse, de fait, aux phénomènes climatiques. Mais ce n’est qu’en 2003 q ue les éditions Perrin lui demandent de rédiger une histoire du climat. Avec <em>Catastrophes climatiques, désastres sociaux</em> (Presses universitaires de France, 2006), il en livre une suite engagée.<br>
Il était l’invité en février 2006 des Amphis du savoir proposés par l’Espace Mendès France et la faculté des sciences fondamentales et appliquées de Poitiers.</p>
<p><strong>L’Actualité. – Catastrophes climatiques, désastres sociaux est-il la déclinaison politique de votre Histoire du Climat ?</strong><br>
Pascal Acot. – En effet, <em>Histoire du climat </em>m’a permis de développer l’idée suivante&nbsp;: si, en règle générale, les périodes clémentes sont plutôt favorables au développement des sociétés humaines, les facteurs climatiques sont, malgré les apparences, rarement déterminants. Ainsi, il y a environ 8 000 ans un réchauffement climatique important a couvert le Proche-Orient de graminées sauvages&nbsp;: en quelques millénaires, les groupes nomades de chasseurs-cueilleurs se sédentarisent, bâtissent des villages, cultivent la terre et domestiquent des animaux. C’est la révolution néolithique. D’un autre côté, l’exemple de la colonisation du Groenland nous donne une leçon de nuance. La disparition des établissements vikings du Groenland avec la détérioration progressive du climat à partir du x­ve siècle accrédite l’idée d’un déterminisme climatique. Mais ce n’est qu’une apparence. Quelques décennies seulement après la disparition des Vikings, alors que les conditions climatiques se sont détériorées, le commerce transocéanique entre l’Europe et l’Amérique commence à se développer. Les progrès technologiques permettent, pendant ce petit âge glaciaire, un essor spectaculaire du commerce. On voit bien que la manière dont pèse le climat sur les sociétés humaines dépend de l’état de développement (niveau de pauvreté, niveau d’instruction, solidarités) de ces sociétés et de leur potentiel de développement. Cette idée d’un certain relativisme climatique pourrait éclairer d’un jour nouveau le débat actuel sur le changement climatique et les moyens ordinairement préconisés pour émanciper les sociétés humaines de ce qui leur est le plus souvent présenté comme une fatalité catastrophique pour les siècles à venir.</p>
<p></p><div id="attachment_37" style="width: 910px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Psacal-Acot.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-37" class="size-large wp-image-37" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Psacal-Acot-1024x768.jpg" alt="Pascal Acot - DR" width="900" height="675"></a><p id="caption-attachment-37" class="wp-caption-text">Pascal Acot – DR</p></div>
<p><strong>Peut-on en conclure que, pour vous, la réduction des inégalités sociales est un préalable à la lutte contre le changement climatique&nbsp;?</strong><br>
Un préalable sûrement pas. Un parallèle oui. La question climatique ne peut être pensée en dehors de ses effets sociaux. Un cyclone, une sécheresse sont des catastrophes seulement si les gens souffrent. Or, ce sont les pauvres qui souffrent en premier. L’ouragan Katrina et ses effets cataclysmiques a été exemplaire sur ce point&nbsp;: la puissance de la perturbation n’explique pas l’essentiel. Elle n’explique pas, par exemple, la fragilité des bâtiments, des aménagements urbains et de certaines digues du Sud-Est des Etats-Unis, après tant d’alertes, tant de cyclones, tant de destructions et tant de morts, chaque année ou presque au cours des deux derniers siècles. Elle n’explique pas que les noirs pauvres, si nombreux dans le pays le plus riche du monde, aient été les plus touchés, et de loin&nbsp;; elle n’explique pas non plus les pillages et les violences armées dans le pays modèle du libéralisme économique. Malgré quelques petites solidarités, les communautés aux Etats-Unis ne sont plus communautaires. [su_quote]Chaque homme est une île. L’affrontement des libertés individuelles trouve ses limites dans l’adversité induite par le changement climatique.[/su_quote] C’est aussi ce qu’il s’est passé en France avec la canicule qui a frappé plus durement les défavorisés.<br>
Mais, globalement, en cas de réchauffement brutal et de refroidissement, si le Gulf Stream s’arrête, les pays comme la France ou les Etats-Unis s’en sortiront bien. Dans un tel scénario, la catastrophe sera pour les pays du tiers-monde.</p>
<p><strong>Selon vous, le libéralisme va à l’encontre de toutes les mesures de lutte contre les effets du changement climatique.</strong><br>
Si on veut se donner les moyens de lutter efficacement, solidement, contre les effets néfastes du changement climatique, il ne faut pas laisser le libéralisme continuer à prendre la main. Il faut cesser de parier sur le surgissement de mécanismes spontanés d’autorégulation de l’économie-monde. L’économie dite “libérale” broie sous la pauvreté, la maladie et l’ignorance plus de la moitié de l’humanité. Et les instances de régulation comme l’ONU avec son Agenda 21 sont loin de créer les conditions pour que les pays du tiers-monde sortent de leur sous-développement. L’ONU évalue à environ 125 milliards d’euros par an le financement de ce programme. Or les économistes sérieux savent que les conditions sont loin d’être créées pour que les pays les moins avancés (PMA) sortent de leur sous-développement. Pourtant, et à titre d’exemple, pour le prix de 11 bombardiers furtifs, on pourrait financer 4 ans d’enseignement primaire pour les 135 millions d’enfants non scolarisés de la planète.<br>
Ce qui fait peur aux instances mondiales, c’est que le développement des pays du tiers-monde s’accompagne d’une pollution majeure. Mais, avec de l’argent, nous pouvons développer le solaire ou les pompes à chaleur pour les populations du Sahel plutôt que de contribuer encore à la déforestation en les laissant couper les seuls arbres restants pour faire cuire leur nourriture. Car le sous-développement a aussi des conséquences écologiques néfastes.</p>
<p></p><div id="attachment_34" style="width: 910px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Gr06-9400912.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-34" class="size-large wp-image-34" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Gr06-9400912-1023x1024.jpg" alt="Marc Deneyer, Illlissat, Groenland." width="900" height="901"></a><p id="caption-attachment-34" class="wp-caption-text">Marc Deneyer, Illlissat, Groenland.</p></div>
<p><strong>Si la lutte contre les inégalités sociales ne peut être un préalable à la lutte contre l’effet de serre, vous concluez cependant ainsi votre livre : les rapports sociaux harmonieux pourraient créer les conditions d’une gestion rationnelle des richesses de la planète…</strong><br>
En effet, Marx, par exemple, conçoit la nature comme pratique humaine et l’essence humaine comme l’ensemble des rapports sociaux. En combinant les deux thèses puisque nature et sociétés humaines interagissent depuis les origines, la nature devient alors produit de rapports sociaux. [su_quote]La question cruciale des relations entre les êtres humains et leurs environnements est dès lors étroitement liée à celle des relations entre les êtres humains eux-mêmes.[/su_quote] Que ces rapports soient brutaux et destructeurs, que la rapacité, l’oppression et l’exploitation dominent, et voici ce à quoi nous assistons aujourd’hui&nbsp;: le pillage aveugle de la “nature” et la marchandisation destructrice d’un patrimoine commun à tous les êtres humains. Inversement, on pourrait imaginer que dans un monde où prévaudraient des rapports sociaux plus justes, épanouissants et harmonieux, les conditions seraient créées pour une gestion rationnelle des richesses de la planète. Et même si nous sommes à l’un de ces moments de l’histoire où beaucoup semblent avoir renoncé à ce genre d’utopie, le combat pour la mise en œuvre d’une écologie de la libération humaine s’impose plus que jamais.</p>
<p><strong>En défendant ces idées, ne vous êtes-vous pas heurté au découragement, voire au cynisme ?</strong><br>
On va me traiter d’utopiste. C’est certain. Mais c’est aussi une question de vie ou de mort. Il faut que la raison nous guide. On croit qu’en écrivant on va changer le monde. Ce qui est évidemment faux mais ce qui compte est que je sois pas le seul à défendre ces idées. J’ai écrit ce livre pour contribuer à ce que le public en prenne conscience.</p>
<p><strong>Dans votre introduction, vous faites allusion à un “toilettage de données” qui aurait eu lieu sur le site Internet de Météo France. L’institution, après avoir annoncé un refroidissement général depuis plusieurs décennies annonce en 2000 que les stations météorologiques indiquent depuis le début du xxe siècle une augmentation lente de la température. Comment expliquez-vous ce revirement&nbsp;?</strong><br>
Attention, à mon sens il n’y a pas mensonge de la part de Météo France dans cette anecdote mais plutôt maladresse. Les stations météo étaient voici soixante ans dans un environnement qui, depuis, s’est urbanisé. Les responsables ont considéré que les données récoltées ont de fait été perturbées par l’urbanisation. Ils leur ont donc affecté des coefficients de variation. Une fois ces coefficients affectés, la tendance s’est inversée. D’un refroidissement jusqu’en 2000, les données indiquent désormais un réchauffement. Mais si les responsables reconnaissent sans aucun problème ce toilettage de données, il n’y a pas moyen d’aller plus loin sur les conditions qui l’ont entouré. Il n’y a pas forcément de scandale mais dans un contexte où l’origine anthropique du réchauffement climatique pose encore question chez les spécialistes, c’est maladroit, à mon sens, de ne pas communiquer au sujet de ces données.</p>
<p><strong>Cela pose la question de l’importance de la culture scientifique.</strong><br>
La diffusion des connaissances scientifiques est cruciale. Cela permet d’alerter les jeunes gens&nbsp;! Si on ne comprend pas ce qui se passe, on a moins de prise sur le monde, car on ne peut pas intervenir rationnellement sur des phénomènes dont on ignore les mécanismes.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/pascal-acot-catastrophes-climatiques-desastres-sociaux/">Pascal Acot — Catastrophes climatiques, désastres sociaux</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Virginie Duvat &#038; Alexandre Magnan — Risques et responsabilité</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2015 10:48:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
		<category><![CDATA[Xynthia]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La responsabilité des sociétés humaines dans la genèse des catastrophes</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/virginie-duvat-alexandre-magnan-risques-et-responsabilite/">Virginie Duvat & Alexandre Magnan — Risques et responsabilité</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La responsabilité des sociétés humaines dans la genèse des catastrophes</strong></p>
<p>Entretien Aline Chambras<br>
<a href="http://archives.actualite-poitou-charentes.info/files/show/1011"><em>L’Actualité Poitou-Charentes</em></a> n° 106 automne 2014</p>
<p>Dans leur ouvrage, <em>Des catastrophes… «naturelles» ?</em> (Le Pommier, 2014), Virginie Duvat, professeur de géographie à l’Université de La Rochelle (UMR LIENSs, CNRS), membre du GIEC et spécialiste des milieux tropicaux, et Alexandre Magnan, spécialiste des questions de vulnérabilité et d’adaptation au changement climatique (Iddri), posent d’emblée l’idée que les catastrophes dites «naturelles» ne le sont pas tant que ça : si leur origine est bien naturelle, les dégâts qu’elles provoquent sont à mettre au crédit des sociétés humaines qui, dans leur manière de gérer leur environnement, ont leur part de responsabilité. Urbanisation massive des littoraux, mythe de la sûreté ingénierique, absence de conscience du risque, etc., sont autant d’éléments qui rendent les tempêtes, tsunamis, sécheresses et autres aléas «naturels» si dévastateurs. Cette vulnérabilité des sociétés n’est pourtant pas une fatalité. À l’heure du changement climatique, qui pourrait bien renforcer l’intensité des aléas naturels d’origine météo-marine dans certaines régions, des solutions existent.</p>
<p><strong>L’Actualité. – L’idée directrice de votre livre est la suivante : si le nombre et les impacts des catastrophes naturelles ont augmenté au xx<sup>e</sup> siècle, c’est avant tout parce que les sociétés contemporaines sont davantage productrices de risques. Vous démontrez ainsi que les catastrophes naturelles n’ont en fait pas grand chose de naturel. Pourriez-vous expliquez cela ?</strong><br>
Virginie Duvat et Alexandre Magnan. – Les catastrophes naturelles ont ceci de naturel qu’elles sont provoquées par des phénomènes naturels, les aléas : tempêtes, épisodes de sécheresse, séismes, etc. Le phénomène qui déclenche la catastrophe est donc bel et bien naturel, et ses caractéristiques (sa force, sa durée, etc.) expliquent en partie la localisation et l’ampleur des dégâts. Mais il ne faut pas s’arrêter à cela, car l’on ne peut parler de catastrophe naturelle que si une société humaine est affectée par l’aléa qui se manifeste. Or, l’ampleur d’une catastrophe est en large partie déterminée par les caractéristiques du territoire concerné, autrement dit par sa vulnérabilité et sa capacité de réponse. Celles-ci tiennent à de nombreux facteurs, comme l’existence ou non de bâti, d’infrastructures et d’activités dans les zones les plus exposées aux aléas (basses et proches de la mer)&nbsp;; l’état des écosystèmes côtiers «amortisseurs de vagues» (dunes et récifs coralliens, par exemple)&nbsp;; la nature de l’habitat (en dur ou pas, à étage ou pas)&nbsp;; la capacité des acteurs et des habitants à faire face à une situation de crise ; la qualité des infrastructures sur lesquelles reposent l’approvisionnement de la population (eau, électricité, etc.) et son éventuelle évacuation, etc. Ce sont au total de nombreux facteurs, à la fois environnementaux, sociétaux, culturels, économiques, politiques et institutionnels, qui expliquent la résonance d’un événement donné, autrement dit le fait que deux territoires touchés par un événement naturel aux caractéristiques comparables ne sont impactés ni de la même manière, ni avec la même intensité. Dans cet ouvrage, pour l’illustrer, nous décryptons sept cas de catastrophes «naturelles» survenues dans différentes régions du monde, du Japon aux États-Unis en passant par le Bangladesh, la Caraïbe et les Îles Marshall (dans le Pacifique). Ces différents exemples montrent en quoi les sociétés humaines fabriquent, sur le temps long, les catastrophes qui les affectent. Et il est fondamental d’avoir pleinement conscience de la responsabilité qu’ont les sociétés humaines dans la genèse des catastrophes pour pouvoir réduire l’ampleur de ces dernières à l’avenir, car toute notre marge de manœuvre réside justement dans la réduction de cette vulnérabilité multi-dimensionnelle.</p>
<p></p><div id="attachment_26" style="width: 910px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Duvat-Magnan_Monteiro_-nette.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-26" class="size-large wp-image-26" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Duvat-Magnan_Monteiro_-nette-1024x665.jpg" alt="Marie Monteiro - Virginie Duvat et Alexandre Magnan" width="900" height="584"></a><p id="caption-attachment-26" class="wp-caption-text">Marie Monteiro – Virginie Duvat et Alexandre Magnan à La Rochelle</p></div>
<p><strong>En quoi le changement climatique représenterait-il l’opportunité de nous renvoyer à une culture de la nature, au détriment d’une culture de la technique&nbsp;?</strong><br>
Le changement climatique est en train d’exacerber les pressions naturelles qui s’exercent sur les sociétés humaines, à travers une multitude de processus : pression sur les ressources naturelles (ressource en eau, biodiversité dont on sait qu’elle rend de nombreux services aux sociétés, etc.) augmentation des risques sanitaires et, pour ce qui nous concerne ici, de ceux d’origine météo-marine, sous l’effet de l’élévation du niveau de la mer et de l’intensification attendue des tempêtes dans certaines régions. Il va donc mettre très sérieusement à l’épreuve les solutions techniques mises en œuvre par les sociétés humaines pour résister aux aléas, et apporter la preuve de leurs limites. [su_quote]Sur le littoral, les digues ne suffiront pas à protéger hommes et biens. Il va donc falloir envisager d’autres stratégies que la résistance à la mer, des stratégies d’adaptation aux pressions naturelles. [/su_quote]Or, cela implique un changement de regard et de mentalité&nbsp;! Il faut rapprocher les sociétés actuelles de leur environnement proche, dont elles appréhendent mal en quoi il est, à côté des opportunités qu’il offre, également porteur de danger. Il n’y a qu’en développant cette culture de la nature que l’on fera évoluer les pratiques d’aménagement du territoire. En termes concrets, si nous avions cette culture de la nature, la plupart des maisons avec vue sur mer ne se vendraient plus, car elles exposent leurs habitants aux risques liés à la mer et empiètent sur les défenses naturelles que sont les dunes !</p>
<p><strong>Les vulnérabilités de nos sociétés face aux aléas naturels ne sont pas, selon vous, indépassables. Mais pour y remédier, vous parlez de «révolution territoriale». Des changements radicaux s’imposent-ils donc ?</strong><br>
Au vu des logiques qui régissent l’aménagement des territoires littoraux depuis environ un siècle, l’on peut en effet considérer que nous avons à engager une véritable révolution territoriale pour s’adapter à des risques exacerbés par le changement climatique. Il va y avoir, pendant quelques décennies, de fortes résistances. Mais des catastrophes continueront à se produire qui, comme par le passé, alerteront les sociétés humaines sur les risques qu’elles prennent et qu’elles créent. Sur le temps long, ces catastrophes feront progresser les sociétés vers des modes de développement plus adaptés. L’enjeu est que les sociétés actuelles anticipent les risques futurs en s’adaptant dès maintenant. Pour la première fois de notre histoire, nous disposons de connaissances scientifiques robustes sur les changements climatiques futurs et leurs conséquences en termes de risques : dans ce contexte, alors que nous connaissons par ailleurs les solutions à mettre en œuvre, allons-nous manquer de la volonté politique et citoyenne ? C’est le dernier point que nous abordons dans cet ouvrage, celui de la capacité des sociétés à prendre leur destin en main. C’est une question philosophique absolument majeure à l’aube du xxie siècle.</p>
<p></p><div id="attachment_27" style="width: 337px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Duvat-Magnan_descatastrophesnaturelles.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-27" class="size-full wp-image-27" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Duvat-Magnan_descatastrophesnaturelles.jpg" alt="Des catastrophes &quot;naturelles&quot; ? Virginie Duvat et Alexandre Magnan" width="327" height="500" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Duvat-Magnan_descatastrophesnaturelles.jpg 327w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Duvat-Magnan_descatastrophesnaturelles-196x300.jpg 196w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Duvat-Magnan_descatastrophesnaturelles-150x229.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 327px) 100vw, 327px"></a><p id="caption-attachment-27" class="wp-caption-text">Des catastrophes “naturelles” ?, Virginie Duvat et Alexandre Magnan, Le Pommier, 2014</p></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/virginie-duvat-alexandre-magnan-risques-et-responsabilite/">Virginie Duvat & Alexandre Magnan — Risques et responsabilité</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Hervé Le Treut — Le climat change et changera</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2015 10:13:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Climat]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Réchauffement et dérèglement climatique, adaptation et régulation, impacts sur la biodiversité, le littoral et l’équilibre des sociétés…</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/herve-le-treut-le-climat-change-et-changera/">Hervé Le Treut — Le climat change et changera</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Réchauffement et dérèglement climatique, adaptation et régulation, impacts sur la biodiversité, le littoral et l’équilibre des sociétés…</strong></p>
<p>Entretien Aline Chambras<br>
<a href="http://archives.actualite-poitou-charentes.info/files/show/1010"><em>L’Actualité Poitou-Charentes</em></a> n° 106 automne 2014</p>
<p>Climatologue, membre de l’Académie des sciences et directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace, Hervé Le Treut fait partie du GIEC, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Il dirige l’institut Pierre-Simon Laplace des sciences de l’environnement global.<br>
En 2009, il a publié <em>Nouveau climat sur la Terre : comprendre, prédire, réagir</em> aux éditions Flammarion. Il a également piloté un rapport, intitulé <em>Les impacts du réchauffement climatique en Aquitaine</em> à la demande de la Région Aquitaine.<br>
Le 27 novembre 2014 Hervé Le Treut était invité à Poitiers pour participer au forum citoyen sur le climat organisé par l’Espace Mendès France qui, d’autre part, a produit l’exposition «Le climat change. Et nous ?».</p>
<p><strong>L’Actualité. – La question climatique fait couler beaucoup d’encre. Et les termes utilisés pour l’aborder se multiplient&nbsp;: changement, réchauffement, dérèglement. Cette diversité des termes ne nuit-elle pas au message&nbsp;scientifique&nbsp;?</strong><br>
Hervé Le Treut. – Effectivement, il est important d’être clair. Sans pour autant simplifier. Quand on regarde les sondages, je pense ici à ceux menés par Daniel Boy du Cevipof, on se rend compte que l’esprit des citoyens reste très brouillé sur ces questions. Ainsi, la réponse qui vient en premier quand on leur demande quel est le mécanisme qui explique le réchauffement climatique est le trou dans la couche d’ozone&nbsp;: le soleil passerait par ce trou et réchaufferait ainsi la planète. Seule une minorité cite les émissions de gaz à effet de serre.<br>
Je parle souvent de changement car c’est le terme à la fois le plus neutre, mais aussi le plus évocateur. Le climat change et changera. C’est un fait aujourd’hui scientifiquement admis. Mais pour expliquer plus en détails en quoi il y a changement et ce que sera ce changement, il est sans doute utile de différencier les notions de réchauffement et de dérèglement climatiques.</p>
<p><strong>Pourquoi&nbsp;?</strong><br>
Tout d’abord, parce que le réchauffement&nbsp;de la planète est le mécanisme premier, à l’origine des autres effets. Il est mesurable, il est la conséquence directe des émissions de gaz à effet de serre et il va se poursuivre, concernant toutes les régions du monde, avec des amplitudes que nous avons encore du mal à établir avec précision.<br>
Ce réchauffement a pour conséquence des modifications directes, comme le relèvement du niveau des océans ou des modifications du vivant, très sensible aux fluctuations des températures. Mais ce réchauffement a aussi des conséquences plus indirectes&nbsp;: le changement de contraste de températures entre les pôles et l’équateur, par exemple, modifie la dynamique de l’atmosphère. Et là nous touchons à quelque chose de très complexe et de partiellement imprévisible&nbsp;: nous pouvons alors parler de dérèglement de la machine climatique, avec notamment la forte probabilité de voir des épisodes de sécheresses, de tempêtes ou de précipitations – tous ces phénomènes étant liés aux circulations atmosphériques – se produire sous une forme inattendue, parfois plus intense. Ces dérèglements climatiques sont par nature extrêmement difficiles à anticiper avec précision&nbsp;: il est, par exemple, impossible de dire qu’une sécheresse se produira dans x années dans tel pays. La notion de dérèglement climatique sous-tend donc celle de risques climatiques, que nous ne pouvons pas prévoir avec certitude mais que nous devons dès aujourd’hui envisager et anticiper. Distinguer ainsi des conséquences directes et indirectes permet donc de mieux sérier les problèmes.</p>
<p><strong>Ces problèmes justement quels sont-ils&nbsp;?</strong><br>
En premier lieu, il ne faut pas oublier que les émissions de gaz à effet de serre se sont fortement développées après la Deuxième Guerre mondiale&nbsp;: les gaz restent des décennies ou des siècles dans l’atmosphère et ces émissions passées impliquent un changement climatique à venir inévitable auquel nous devrons nous adapter préventivement. Il faut pour cela être capables de gérer des aléas nouveaux et les besoins d’organisation qu’ils supposent pour que ces risques soient partagés de la manière la plus solidaire. Cela réclame aussi d’en débattre démocratiquement. Mais, attention, l’adaptation ne sera pas suffisante et il faut aussi, et de manière urgente, réduire les émissions de ces gaz à effet de serre. L’un ne remplace pas l’autre. Et si nous voulons stabiliser le système climatique, ce sont nos émissions actuelles et futures que nous devons absolument réguler. Or, il est clair que nous sommes en retard par rapport à ce qu’il aurait fallu faire. Il y a donc urgence à réduire au plus vite ces émissions de gaz à effet de serre, par un facteur 2 ou 3. Bien sûr, c’est un objectif très compliqué d’un point de vue politique et économique puisque cela revient à toucher à ce qui représente 80 % de notre énergie (pétrole, gaz, charbon). Il s’agit donc de penser un changement structurel et à une échelle internationale des filières énergétiques, ce qui va bien au-delà de l’expertise d’un climatologue. C’est aussi un défi d’un point de vue technologique car il implique de passer à des énergies décarbonées.</p>
<p><strong>Vos propos peuvent sembler très alarmistes. Or, même si la question climatique ne suscite pas autant de scepticisme qu’il y a quelques années, elle ne débouche pas pour autant sur des prises de décision radicales en terme politique.</strong><br>
Oui, la difficulté aujourd’hui, en France et en Europe – et sans doute aussi aux États-Unis même si ce que l’on a appelé le «climato-scepticisme» y reste très passionnel et virulent – réside dans ce hiatus&nbsp;: l’existence d’un risque climatique est de plus en plus largement accepté. Mais la question des solutions reste un profond sujet de désaccords, même au sein d’une même famille politique. Le débat se déplace, ce qui est très bien&nbsp;: ce n’est pas aux climatologues et aux scientifiques de le nourrir seul, mais aux citoyens et aux politiques, l’objectif étant de trouver de bonnes solutions au changement climatique, que ce soit pour s’y adapter ou le prévenir. Or aujourd’hui, si la notion d’économie d’énergie est acceptée, les filières pour «décarboner» l’énergie, que ce soit le nucléaire, les biocarburants, etc., sont toutes débattues et aucune n’emporte l’adhésion totale car elles posent aussi toute sorte d’autres problèmes, pour l’environnement, notamment.</p>
<p></p><div id="attachment_15" style="width: 910px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Robin_Oil-jaune-noir.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-15" class="wp-image-15 size-large" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/Robin_Oil-jaune-noir-1024x685.jpg" alt="Dominique Robin - série Oil, 2014." width="900" height="602"></a><p id="caption-attachment-15" class="wp-caption-text">Dominique Robin – série Oil, 2014.</p></div>
<p><strong>Vous avez piloté un rapport, intitulé <em>Les impacts du réchauffement climatique en Aquitaine</em> à la demande de la Région Aquitaine. En Poitou-Charentes, un tel travail de recherche ne serait-il pas le bienvenu&nbsp;?</strong><br>
Concernant cet ouvrage sur la région Aquitaine, il ne s’agissait pas d’un travail de recherche mais de collecte d’informations, organisée collectivement&nbsp;: nous avons ainsi tenté de recueillir toutes les informations scientifiques disponibles dans les laboratoires de recherche sur ce que pourra être le changement climatique en Aquitaine. Notre volonté était que toute cette masse de données scientifiques rencontre le monde de la décision. En Poitou-Charentes, il existe aussi de nombreuses recherches liées aux questions climatiques, d’autant que le Poitou-Charentes, comme la région Aquitaine a de fortes spécificités géographiques, comme la présence d’une grande bordure littorale ou de marais, que le changement climatique devrait impacter. Il faut favoriser l’usage de cette information scientifique dans les processus de décisions. Et c’est un travail qu’il faudrait d’ailleurs faire partout. Pour lier plus fortement le monde des décideurs à celui de la recherche.</p>
<p><strong>Toutes ces questions complexes sont souvent source de pessimisme, quand ce n’est pas de vision futuriste apocalyptique. Vous diriez-vous optimiste&nbsp;?</strong><br>
Honnêtement je n’en sais rien. Il y a, je crois, deux dangers majeurs à associer au problème du changement climatique. En premier, ce qui touche à ses conséquences sur la biodiversité. Là nous touchons à quelque chose que nous sommes absolument incapables de reconstituer… Deuxièmement, la crise climatique dans beaucoup de régions du monde et au sein même de nos pays occidentaux s’ajoute à d’autres crises, ce qui peut exacerber des situations de misère, de violence ou de conflits. Mais, si je regarde le xxe siècle, siècle qui avait tout pour lui, comme une population peu nombreuse, des ressources énergétiques immenses et neuves, un savoir scientifique nouveau, et qui, au final a été le siècle des camps, de la Shoah, du Goulag, etc., alors je me dis que peut-être le xxie siècle, qui, lui, s’ouvre sur des auspices plus sombres, arrivera a éviter tout ça. Dans tous les cas, je reste convaincu que les questions de l’avenir climatique doivent être abordées démocratiquement. Cela pose une limite à l’alarmisme ou au pessimisme que nous pouvons nous permettre en tant que scientifiques experts sur le climat&nbsp;: ne pas suggérer que la situation est tellement désespérée, avec des enjeux tellement complexes et de long terme qu’il faudra traiter le problème par l’intermédiaire d’un gouvernement fort, peut-être pas démocratique. La solution c’est avant tout de travailler les dossiers, démocratiquement. Et rapidement.</p>
<p><strong>Le livre de Naomi Oreskes et Erik M. Conway, <em>L’Effondrement de la civilisation occidentale</em>, est-il à ranger du côté des visions apocalyptiques&nbsp;?</strong><br>
C’est un parti pris que les auteurs assument complètement&nbsp;: pousser systématiquement les conséquences possibles du changement climatique au maximum de ce que permettent les études scientifiques actuelles. Il s’agit d’alerter de manière forte en restant dans le domaine du possible, même si peut-être pas du plus probable. Le livre est très efficace de ce point de vue. La limite d’une telle approche est cependant qu’elle ne fournit pas de guide vers les solutions aux problèmes qu’elle soulève. Et laisser entendre que certaines dictatures pourraient faire mieux que des démocraties ultralibérales au niveau environnemental est une provocation qui peut être mal comprise. Car ce n’est pas la démocratie qui est en cause mais bien l’ultralibéralisme, qui en est un poison.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h4>Un gamin des Demoiselles de Rochefort</h4>
<p></p><div id="attachment_25409" style="width: 215px" class="wp-caption alignleft"><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/herve_le_treut.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-25409" class=" wp-image-25409" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2015/12/herve_le_treut-680x1024.jpg" alt width="205" height="309"></a><p id="caption-attachment-25409" class="wp-caption-text">Hervé Le Treut – DR</p></div>
<p>Né d’une mère rochelaise et d’un père breton, Hervé Le Treut a vécu cinq ans à Rochefort, le temps d’y faire sa primaire et sa première année de collège. Son père, médecin militaire, travaillait alors comme responsable du service de radiologie à l’hôpital maritime. Sa mère était professeur de physique au lycée Pierre-Loti. Élève dans la même classe qu’Alain Quella-Villéger et son frère jumeau Didier, il participe au tournage des Demoiselles de Rochefort&nbsp;: «Nous étions la classe choisie pour figurer dans ce film les scènes de sortie d’école. Ce fut un moment extraordinaire. Rochefort avait été repeinte en rose, en violet. Il y avait de la musique partout, on croisait Catherine Deneuve dans la rue.» De ces brèves années rochefortaises, le climatologue garde aussi en mémoire la lumière si particulière de la Charente-Maritime, que sa mère, également peintre et aquarelliste appréciait vivement. Hervé Le Treut a reçu en 2014 le Grand prix de l’Académie de Saintonge.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/herve-le-treut-le-climat-change-et-changera/">Hervé Le Treut — Le climat change et changera</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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