L’accident balnéaire

Par Benjamin Caillaud

Le dimanche 14 août 1910, un train formé de 22 voitures transportant plus d’un millier de passagers rejoint la station balnéaire de Royan. Parti de Bordeaux, il percute à Saujon un convoi de marchandises en manœuvre. Sous l’effet du choc, la locomotive se couche et les voitures de tête s’écrasent sur l’obstacle, se chevauchent et s’imbriquent. Les wagons forment un inextricable amoncellement de métal dont sont sortis une centaine de blessés et une trentaine de corps sans vie affreusement mutilés. La catastrophe connaît un retentissement considérable et reçoit la visite du sous-secrétaire d’État à la guerre et du ministre des travaux publics quand la présidence de la République recueille les condoléances par télégramme de l’Empereur d’Allemagne et par télégraphe du roi d’Italie.

Largement relayé par la presse et l’édition de cartes postales, l’accident conduit à une virulente exploitation politique. Parce qu’elle intervient sur une ligne gérée par les chemins de fer de l’État, la catastrophe hystérise les partisans de la non-intervention de la puissance publique dans le domaine industriel et ferroviaire. Pour sa part, l’archevêque de Bordeaux exprime sa compassion pour les accidentés tout en souhaitant à ces adeptes des «trains de plaisir» en direction de la mer qu’ils «comprennent la leçon qui se dégage de la catastrophe». L’accident du train à vapeur se fait alors opportune condamnation de la modernité. Quant à la justice des hommes, elle poursuit pénalement le seul aiguilleur de Saujon et le condamne à un an d’emprisonnement… avec sursis.

L’édition estivale de L’Actualité Nouvelle-Aquitaine (n° 132) est consacrée aux faits divers, soit 196 pages d’histoire, de sciences et de romans noirs.

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