La vénerie d’Oiron

Écuries du château d’Oiron photographiées vers 1884 par Jules Robuchon, 15,9 x 21,4 cm. Photo Olivier Neuillé - médiathèque de Poitiers.

Par Grégory Vouhé

En 1866, le marquis d’Oyron, demeurant au château de Paulmy, loue à son beau‐frère le vicomte d’Oyron, domicilié au château de Verrières dans le loudunais, le château d’Oiron pour une durée de six ans. L’état des lieux dressé en septembre, avant que le vicomte n’en prenne possession, débute par l’aile de droite, qui avait été transformée en écuries, accompagnées de selleries, petit et grand chenils, cour des chiens1. Détail amusant, l’accès du grand escalier et de l’étage noble est protégé par une barrière à claire‐voie, « rongée par les chiens à deux endroits ». Le petit salon de compagnie, au rez‐de‐chaussée du pavillon des Trophées, est orné de dix gravures représentant des scènes de chasse. Renommé disciple de saint Hubert, le vicomte Ernest, comte d’Oyron en 1876 à la mort de son père, se fit ensuite bâtir un rendez‐vous de chasse, le château de Saint‐Léonard, dans la partie du Grand parc de ce nom. La presse se fait régulièrement l’écho des chasses d’Oiron. Dès l’automne 1867, le vicomte G. d’Aviau de Piolant fait le récit des laisser‐courre du vicomte d’Oiron et décrit le parc dans une longue lettre reproduite p. 147 à 150 du Journal des chasseurs, illustrée d’un Bat-l’eau à l’étang d’Oyron (édition du 15 janvier 1868), puis de la Curée chaude (15 mars), d’après des dessins de Gasser.

 

Bat-l’eau à l’étang d’Oyron, illustration du Journal des chasseurs d’après Gasser, 15 janvier 1868, 13,4 x 18,9 cm. Photo Olivier Neuillé — médiathèque de Poitiers.

 

Les chasses du parc d’Oyron (1868), curée chaude, litho de J. Laurens d’après un dessin de Gasser, illustration du Journal des chasseurs du 15 avril 1868, 13,4 x 19 cm. Photo Olivier Neuillé — médiathèque de Poitiers.

 

Le Figaro du 11 février 1880 annonce que le comte a pris son onzième cerf de l’année, dans ce giboyeux domaine, dont l’équipage est le plus remarquable de l’Ouest. Celui‐ci prend chaque année de vingt‐cinq à trente cerfs, tant dans le parc d’Oiron que dans les bois de la Mothe‐Chandeniers, appartenant au baron Lejeune2. Les éditions du 5 décembre 1883 et du 20 février 1884 donnent de nouveaux détails. L’année suivante, un braconnier reconnu coupable d’avoir répondu par deux coups de fusils à monsieur d’Oiron est condamné à dix ans de travaux forcés (La Croix, 10 décembre 1885). À l’exposition canine de Poitiers, du 19 au 22 mai 1887, le comte, qui a un lot de bassets, reçoit une médaille de vermeil et une plaque, 2e prix dans la catégorie des chiens bâtards ou anglais (Le Chenil, 26 mai 1887). Paru l’année suivante, le Traité de la chasse du lièvre à courre en Poitou précise que son équipage porte une tenue vert foncé, bouton or, tête de cerf argent. Ce dernier est reproduit en 1889 par Paul Malher dans La Vénerie moderne de Léon de Jacquier, qui précise : « M. d’Oyron est […] à la tête du Rallye‐Loudun qui chasse cerfs et chevreuils dans le parc d’Oyron et dans tous les environs. Il fait usage de bâtards poitevins tricolores de vingt‐quatre à vingt‐deux pouces. Sa tenue est vert foncé. Le bouton, d’or, porte un cerf courant. »

 

Le château de Saint‐Léonard, rendez‐vous de chasse du comte d’Oyron bâti à la lisière du Grand parc.

 

Derniers chiens du haut Poitou

Dans L’Éleveur du 24 novembre 1929, G. Hublot du Rivault raconte avoir eu la bonne fortune d’acquérir quatre chiens lors de la vente du Rallye‐loudunais : à la vente aux enchères de la meute d’Henri de Vauguyon, le comte d’Oyron avait « eu le privilège de retirer une demi‐douzaine des plus beaux chiens qui ont fait souche dans son chenil et dont l’alliance avec ses lices3 de la précieuse lignée de Pindray reconquit la noble et inestimable race ancestrale du poitevin‐Larrye. » Le Supplément littéraire du dimanche du Figaro, donne des précisions sur la meute dans son édition du 8 septembre 1883.

Déjà, en 1879, le comte Auguste de Chabot (1825–1911), se rappelle que dans sa jeunesse, chassant le lièvre avec ses frères dans les brandes de Montmorillon, ils remarquèrent deux chiens très extraordinaires qu’on leur dit être « les derniers représentants de la vieille race du haut Poitou, Koulikhan et Timbale, appartenant à MM. d’Oyron. » Il en donne la description dans La Chasse du chevreuil. En 1891, il publie le récit d’une chasse au cerf dans le parc d’Oiron, fin novembre 1847. À cette date, il s’agit des chasses du comte Auguste d’Oiron, dont parle le Journal des chasseurs en 1851 et 1864 notamment. On a encore trace de chasses au parc dans les années 1913–1914 (Le Sport universel illustré, 8 février 1914), puis au printemps 1933 (Le Figaro, 15 mars).

 

Aile Renaissance du château d’Oiron photographiée vers 1884 par Jules Robuchon, 16,1 x 21,5 cm. Photo Olivier Neuillé -médiathèque de Poitiers.

 

Un château inhabité

Après la fin de la location du château à son beau‐frère, le marquis d’Oiron entreprit de le restaurer, et fit partiellement réaménager le rez‐de‐chaussée. Le grand corridor central, qui distribuait à main gauche l’office et à main droite une grande salle à manger, selon l’état des lieux de 1866, fit place à un « splendide vestibule de vingt‐deux mètres sur dix ». Les armoiries des propriétaires, en mosaïque de marbre au sol, sont répétées au‐dessus des portes du « lambris en chêne, rehaussé de peintures et de filets d’or, ainsi que de nombreux bois de cerfs », admirés par Bossebœuf lors de l’excursion de la société archéologique de Touraine du 14 mai 1888. La salle à manger fut également refaite.

Le Gaulois du 16 septembre de l’année précédente décrit cependant un château complètement abandonné, qui tombe aujourd’hui en ruines. Marius Sepet résume ainsi la situation en 1896 : « La propriétaire actuelle est madame la marquise d’Oiron, fille du duc de Stacpoole en Angleterre, veuve d’Auguste Fournier de Boisairault, marquis d’Oiron, dont le fils Gustave, quelque temps possesseur de ce château historique, a été enlevé en 1883, victime de sa hardiesse, par une mort prématurée, résultat d’une chute de cheval. Ce terrible accident, dont la mémoire est encore vive à Oiron, a jeté comme un voile de deuil sur la magnifique résidence […]. Madame la marquise, qui (cela se conçoit, hélas !), l’habite peu, en ouvre largement l’accès aux visiteurs. » Anticipant sa disparition, vers la fin de l’année, à l’âge de vingt‐trois ans, une annonce du Figaro du 6 mai 1883 propose à la vente « pour cause santé : 3 bons chevaux de chasse, vite, sautant bien ; vingt chiens haut‐Poitou composant l’équipage de M. le marquis d’Oyron. »

 

L’aile des écuries photographiée par Georges Estève (1890–1975) dans les années 1929–1934.

 

  1. Le cadastre de 1825 montre déjà certains bâtiments de cette basse‐cour, mais Daviau, l’architecte du château, écrit en 1884 que l’aménagement a été terminée et complété, et l’aile utilisée en servitudes, depuis quelques années seulement.
  2. En 1881, Lejeune et d’Oyron furent cités devant le Tribunal correctionnel.
  3. Lice : femelle d’un chien de chasse.

 

« La vénerie d’Oiron », Le Sport universel illustré n° 900, 9 novembre 1913, p. 727.

 

« La vénerie d’Oiron », Le Sport universel illustré n° 900, 9 novembre 1913, p. 728.

 

« La vénerie d’Oiron », Le Sport universel illustré n° 900, 9 novembre 1913, p. 729.

Sur le château d’Oiron

« De retour à Oiron », L’Actualité Nouvelle‐Aquitaine n° 119, hiver 2018, p. 56–59.
« Le recueil du duc d’Antin », L’Actualité Poitou‐Charentes n° 110, automne 2015, p. 26–29.
« Tombeaux de marbre des La Trémoïlle et des Gouffier », L’Actualité Poitou‐Charentes n° 107, hiver 2015, p. 46–47.
« Les Métamorphoses au plafond du château d’Oiron », L’Actualité Poitou‐Charentes n° 106, automne 2014, p. 39.
« Oiron. La chambre du Roi », L’Actualité Poitou‐Charentes n° 102, automne 2013, p. 22–25.
« L’orange cultivée au Grand Siècle », L’Actualité Poitou‐Charentes n° 93, juillet‐septembre 2011, p. 45.
« Oiron. Un visage retrouvé », L’Actualité Poitou‐Charentes n° 87, janvier‐mars 2010, p. 46–47.
« Oiron. La galerie restaurée », L’Actualité Poitou‐Charentes n° 86, octobre‐décembre 2009, p.40–41.
« Madame de Montespan à Oiron », L’Actualité Poitou‐Charentes n° 78, octobre‐décembre 2007, p. 40–41.

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