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	<title>CNRS - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>CNRS - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Comment s’orienter : des extraits du n°142</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Sep 2026 14:18:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La revue]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Trois articles du numéro 142 de "l'Actualité Nouvelle-Aquitaine" mettant en lumière des recherches menées à l'université de Poitiers.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/comment-sorienter-des-extraits-du-n142/">Comment s’orienter : des extraits du n°142</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> numéro 142 (été – automne 2026) fait la part belle aux cartes, du parcellaire aquarellé à la représentation numérique en 3D. Le verbe «s’orienter» s’y conjugue à tous les temps, et avec de nombreux sujets : l’orientation de l’être humain par le passé, sur les mers comme sur Terre, les possibilités offertes par les nouvelles technologies, les différents mécanismes par lesquels le cerveau humain mémorise les trajets, la façon dont d’autres espèces se repèrent dans leur environnement et sont contraintes par nos activités… <br>« Comment s’orienter, avec ou sans cartes » met en avant des recherches menées sur tout le territoire de la Nouvelle-Aquitaine, en géographie et en histoire, bien sûr, mais également en biologie, neurologie, physique, économie…<br><br>Nous vous proposons trois articles en accès libre, montrant la diversité des recherches menées à l’université de Poitiers et témoignant de sa précieuse participation à notre revue. À découvrir : la façon dont le changement climatique impacte les chauves-souris en ville, l’habitude qu’avaient les chrétiens de graver ou peindre des graffitis à Jérusalem dès le VIe siècle, l’amour pour les cartes d’un historien également féru de géomatique.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>« À l’écoute des chauves-souris », article de Marina Querejeta, postdoctorante au laboratoire d’Écologie et Biologie des Interactions (EBI – CNRS et université de Poitiers) ; Sophie Beltran-Bech, professeure au laboratoire EBI et Élie Morin, docteur en écologie et géographie. <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710d2f339545764&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>



<li>« Écrire son nom à Jérusalem », article de Clément Dussart, post-doctorant au sein du projet ERC Graph-East sur les inscriptions et graffitis latins de l’Égypte médiévale et moderne, rattaché au CESCM, et en résidence au Caire à l’Institut français d’archéologie orientale. <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe src="//v.calameo.com/?bkcode=00347671021e1078b75e1&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>



<li>« Être historien, cartes sur table », article de Thierry Sauzeau, professeur d’histoire moderne à l’université de Poitiers, membre du Criham, président du conseil scientifique du GiS Histoire et sciences de la mer. <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe src="//v.calameo.com/?bkcode=0034767109b9537d8050d&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">La revue est disponible sur notre site (rubrique <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/">La Revue</a>), à l’unité et en abonnement, ainsi qu’à l’Espace Mendès France et dans de nombreux kiosques et librairies de la région.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/comment-sorienter-des-extraits-du-n142/">Comment s’orienter : des extraits du n°142</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Manger sans danger : des extraits du n°141</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 17:45:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La revue]]></category>
		<category><![CDATA[agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
		<category><![CDATA[biologie]]></category>
		<category><![CDATA[CNRS]]></category>
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		<category><![CDATA[Université Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Trois articles tirés de "Manger sans danger", le numéro 141 de l'Actualité Nouvelle-Aquitaine.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/manger-sans-danger-des-extraits-du-n141/">Manger sans danger : des extraits du n°141</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> numéro 141 (hiver-printemps 2026) tisse les liens entre enjeux de nutrition et de production alimentaire, tout en ouvrant ses pages à mille et une saveurs. « Manger sans danger » met en avant des recherches menées sur tout le territoire de la Nouvelle-Aquitaine, en santé publique, neurosciences, agronomie, écologie, histoire… <br><br>Nous vous proposons trois articles en accès libre, reflet de cette diversité d’approches et témoignant de l’implication de l’université de Poitiers dans cette revue. Il y est question des principes derrière la fermentation, de l’épidémie galopante d’obésité ou encore des risques posés par la résistance aux antibiotiques et aux antifongiques.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>« Quand les antibiotiques ne suffisent plus », article de Myriam Azizi, Claid Bounga, Antoine Dedaldechamp et Durel Steiner Babissat Ngouma, étudiants à l’université de Poitiers dans le master Sciences du médicaments et produits de santé (sous la direction de Julien Buyck et Kévin Brunet). <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710f7cf576d2bcd&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>



<li>« Une nouvelle pandémie silencieuse », article de Dawn Ferrant Colas avec Luc Pellerin, professeur en biologie cellulaire à l’université de Poitiers, praticien hospitalier et directeur du laboratoire Irmetist. <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710240b515a6e99&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>



<li>« Kombucha, kéfir, kimchi… késako ? », article de Yann Héchard, professeur de microbiologie à l’université de Poitiers, chercheur au laboratoire Écologie et biologie des interactions (UMR CNRS 7267). <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=0034767108000f769c73b&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">La revue est disponible sur notre site (rubrique <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/">La Revue</a>) ainsi qu’à l’Espace Mendès France et dans de nombreux kiosques et librairies de la région.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/manger-sans-danger-des-extraits-du-n141/">Manger sans danger : des extraits du n°141</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>La guerre sous toutes ses formes : des extraits du n°140</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Yoann Frontout]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Sep 2025 13:13:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La revue]]></category>
		<category><![CDATA[CNRS]]></category>
		<category><![CDATA[guerre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine numéro 140 (été-automne 2025) est toujours disponible sur notre site (rubrique La Revue) ainsi qu’à l’Espace Mendès France et dans de nombreux kiosques et librairies de la région. « De la guerre » interroge les limites de ce que le terme peut recouvrir et entrecroise histoires de sièges et de batailles – de la Préhistoire à l’époque actuelle – avec des analyses géopolitiques contemporaines, des approches artistiques et une plongée dans la recherche et développement en matière de défense. Tout ceci à travers un regard pluridisciplinaire et ancré sur le territoire de la Nouvelle-Aquitaine.Nous vous proposons trois articles en accès libre, rédigés par des chercheurs de l’université de Poitiers et reflets de la diversité des approches et des formats présents dans ce numéro : « Les Etats-Unis et la guerre », article de Julien Zarifian, professeur en civilisation nord-américaine (États-Unis) à l’université de Poitiers. « Trois jours dans un sous-marin nucléaire d’attaque », article de Nicolas Moinet, professeur à l’Institut d’administration des entreprises de l’université de Poitiers et membre du laboratoire Cerege. « La Guerre des mondes : un imaginaire du désastre », article de Gilles Menegaldo, professeur émérite de littérature américaine et de cinéma à l’université de [...]</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/la-guerre-sous-toutes-ses-formes-des-extraits-du-n140/">La guerre sous toutes ses formes : des extraits du n°140</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> numéro 140 (été-automne 2025) est toujours disponible sur notre site (rubrique <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/">La Revue</a>) ainsi qu’à l’Espace Mendès France et dans de nombreux kiosques et librairies de la région. « De la guerre » interroge les limites de ce que le terme peut recouvrir et entrecroise histoires de sièges et de batailles – de la Préhistoire à l’époque actuelle – avec des analyses géopolitiques contemporaines, des approches artistiques et une plongée dans la recherche et développement en matière de défense. Tout ceci à travers un regard pluridisciplinaire et ancré sur le territoire de la Nouvelle-Aquitaine.<br><br>Nous vous proposons trois articles en accès libre, rédigés par des chercheurs de l’université de Poitiers et reflets de la diversité des approches et des formats présents dans ce numéro :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>« Les Etats-Unis et la guerre », article de Julien Zarifian, professeur en civilisation nord-américaine (États-Unis) à l’université de Poitiers.  <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=003476710d3fe9ca86b99&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div></li>



<li>« Trois jours dans un sous-marin nucléaire d’attaque », article de Nicolas Moinet, professeur à l’Institut d’administration des entreprises de l’université de Poitiers et membre du laboratoire Cerege.  <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=0034767102b36c5ba617c&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div> </li>



<li>« La Guerre des mondes : un imaginaire du désastre », article de Gilles Menegaldo, professeur émérite de littérature américaine et de cinéma à l’université de Poitiers.  <div style="text-align: center; width:480px; margin: 12px auto;"><iframe loading="lazy" src="//v.calameo.com/?bkcode=0034767103fb14891d1e3&amp;language=fr&amp;page=&amp;showsharemenu=true&amp;clickTo=public&amp;clickTarget=_self&amp;clickToUrl=&amp;autoFlip=0&amp;mode=mini&amp;wmode=transparent" width="480" height="300" style="width:480px;height:300px" frameborder="0" scrolling="no" allowtransparency allowfullscreen></iframe></div> </li>
</ul><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/la-guerre-sous-toutes-ses-formes-des-extraits-du-n140/">La guerre sous toutes ses formes : des extraits du n°140</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Crevettes et torpilles</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Yoann Frontout]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Jun 2025 15:04:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La revue]]></category>
		<category><![CDATA[CNRS]]></category>
		<category><![CDATA[numérique]]></category>
		<category><![CDATA[physique]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À Poitiers, le laboratoire Pprime modélise la cavitation, un phénomène étonnant, où des bulles de vapeur implosent, pouvant provoquer quelques désagréments.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/crevettes-et-torpilles/">Crevettes et torpilles</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Pierre Ayel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Loin d’être silencieux, les fonds marins peuvent se révéler particulièrement bruyants, et parasiter les sonars sous-marins. La cause principale de ce vacarme ne mesure pas plus de 5 cm : ce sont des crevettes de la famille <em>Alpheidae</em>, plus couramment appelées «&nbsp;crevettes-pistolet&nbsp;». D’étranges animaux auxquels les militaires se sont intéressés de près. Elles ont la particularité de posséder une pince de très grande taille, leur permettant, en la refermant à une vitesse très élevée, de générer une brève bulle de gaz. En implosant, cette dernière provoque un bruit sourd et puissant. Une colonie de crevettes pistolets, et c’est la cacophonie assurée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Eric Goncalves, professeur à l’Isae-Ensma (École nationale supérieure de mécanique et d’aérotechnique) effectue ses recherches sur cet intriguant phénomène physique, appelé cavitation, qu’il cherche à modéliser de la meilleure façon. «&nbsp;La cavitation se produit lorsqu’apparaît une diminution rapide de la pression dans un milieu liquide, provoquant le passage de l’eau d’un état liquide à un état gazeux, sans qu’il n’y ait de hausse de température&nbsp;», explique-t-il. Se forment alors des bulles de vapeur, qui peuvent s’accumuler en agglomérat, puis implosent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les pâles des hélices des sous-marins elles-mêmes peuvent générer de la cavitation. De quoi être repéré par l’ennemi, comme l’évoque le film <em>À la poursuite d’Octobre rouge</em>. Mais les nuisances sonores ne sont pas la seule complication rencontrée par les sous-mariniers. En implosant, les bulles génèrent d’importantes ondes de choc. C’est d’ailleurs l’effet recherché par la crevette-pistolet, qui assomme ainsi ses proies. Il peut donc y avoir l’apparition de déformations sur les matériaux avoisinants, qui, par effet de répétition, creusent de micro-cratères et provoquent de l’érosion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hors de l’océan également, la cavitation engendre quelques complications, en particulier dans les machines hydrauliques (pompes, turbines) où elle est étudiée depuis longtemps. Idem dans le domaine spatial : une fusée japonaise a connu un sort funeste en 1999, non pas en raison de l’érosion, mais à la suite de vibrations destructives provoquées par la cavitation dans la pompe à carburant. Cet incident poussera la Jaxa, l’agence spatiale japonaise, à travailler sur ce phénomène.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-rich is-provider-prise-en-charge-des-contenus-embarqu-s wp-block-embed-prise-en-charge-des-contenus-embarqu-s"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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</div><figcaption class="wp-element-caption">Simulation du collapse («&nbsp;effondrement&nbsp;» d’une structure sur elle-même) d’un cluster de bulles induit par une onde de choc au voisinage d’une paroi ©Institut Pprime, CNRS, Philippe Parnaudeau</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une nouvelle approche</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La cavitation, phénomène limitant dans la conception de différents systèmes, reste encore aujourd’hui un sujet d’étude important. Se déroulant sur une micro-seconde, l’implosion de bulles s’avère très difficile à observer d’un point de vue expérimental, et la simulation numérique se présente comme un moyen complémentaire pour l’étudier.&nbsp; Des recherches se développent pour estimer l’impact de l’implosion des bulles sur les parois solides à proximité. Depuis une dizaine d’années, l’idée est de coupler la mécanique des fluides avec la mécanique des matériaux pour analyser l’endommagement des parois. Cette démarche a fait l’objet, au laboratoire Pprime, d’une thèse financée par la direction générale de l’armement (DGA), qui soutient des recherches aval, mais aussi amont. À l’inverse des couplages simples, une approche numérique fortement couplée permet de réaliser des calculs sur les deux aspects simultanément, afin de prendre en compte la rétroaction de la déformation du solide sur le fluide.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="952" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/06/5b10_t_11dot40mus.png" alt class="wp-image-38686" style="width:564px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/06/5b10_t_11dot40mus.png 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/06/5b10_t_11dot40mus-300x279.png 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/06/5b10_t_11dot40mus-768x714.png 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/06/5b10_t_11dot40mus-650x604.png 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/06/5b10_t_11dot40mus-150x139.png 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Simulation numérique en 3D d’un collapse de 3 bulles ©Institut Pprime, CNRS, Philippe Parnaudeau</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Les simulations effectuées pour le moment se font majoritairement en 2D, bien que l’idéal serait de modéliser le phénomène en 3D pour mieux appréhender ce dernier. Néanmoins, le coût des calculs reste très important (il faut pour une simulation en trois dimensions utiliser des supercalculateurs possédant des milliers de processeurs fonctionnant en parallèle).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis février, une nouvelle thèse Cifre a été lancée en collaboration avec Safran Aerosystems, portant sur la modélisation de la cavitation dans les pompes hydrogène, pour de potentiels projets d’avions décarbonés. L’objectif de cette thèse est d’une part de contribuer à la modélisation du changement de phase en condition cryogénique (l’hydrogène est stocké sous forme liquide à&nbsp; –&nbsp;250&nbsp;°C) et d’autre part d’estimer par simulation numérique les pertes de performance et les dégradations causées par la cavitation sur une pompe, afin de dimensionner celle-ci pour en minimiser les effets.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vaste champ d’études<br><br></strong>Tout en cherchant à pallier les désagréments que la cavitation peut provoquer, on en explore également ses possibilités d’utilisation. Des «&nbsp;torpilles supercavitantes&nbsp;» ont ainsi été étudiées à Grenoble au Laboratoire des Écoulements Géophysiques et Industriels, dans le cadre d’un projet ASTRID piloté par la DGA&nbsp; en collaboration avec Pprime, entre 2018 et 2022. L’idée n’est pas nouvelle, et a notamment fait l’objet de projets russes comme la torpille VA-111 Chkval&nbsp;: il s’agit d’utiliser la cavitation pour faire apparaître une grande poche de bulles autour de la torpille, l’entourant complètement, et réduisant la friction avec l’eau, ce qui lui permet d’aller plus vite.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="330" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/06/ogive2_grenoblerfusionnees.png" alt class="wp-image-38691" style="width:811px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/06/ogive2_grenoblerfusionnees.png 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/06/ogive2_grenoblerfusionnees-300x97.png 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/06/ogive2_grenoblerfusionnees-768x248.png 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/06/ogive2_grenoblerfusionnees-650x209.png 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/06/ogive2_grenoblerfusionnees-150x48.png 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Visualisation des essais de supercavitation menés sur des micro-torpilles au Laboratoire des Écoulements Géophysiques et Industriels à Grenoble. ©LEGI</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Des chercheurs grenoblois ont réalisé différentes micro-géométries ; des versions miniatures des torpilles de l’ordre du millimètre, en faisant varier la forme pour maximiser la poche de cavitation. Du côté de Pprime, il s’agissait de développer des méthodes numériques et des modèles adaptés à la simulation de la supercavitation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le champ d’étude de la cavitation est encore vaste, et s’élargit à des domaines autres que militaires. C’est par exemple le cas de la médecine, où une application de son effet destructeur pourrait être trouvée en lithotripsie, pour l’élimination des calculs rénaux, ou encore pour délivrer des médicaments au sein du patient via des capsules. Cependant, cela n’est pas sans danger, puisqu’il faut réussir à maîtriser la génération de la cavitation par des ultrasons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant aux crevettes pistolets, la défense américaine cherche même à profiter du bruit qu’elles provoquent. Au-delà de parasiter les sonars, il pourrait être utile dans une nouvelle manière de réparer les ennemis en approche, grâce à l’étude des signaux d’alerte transmis par ces animaux.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/crevettes-et-torpilles/">Crevettes et torpilles</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Feb 2025 10:51:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En hommage à Martin Aurell, grand médiéviste mort subitement à son domicile dans la nuit du 7 au 8 février, nous publions l’un des nombreux entretiens qu’il nous a accordés.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/martin-aurell-rejoint-alienor-daquitaine/">Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En hommage à Martin Aurell, grand médiéviste mort subitement à son domicile dans la nuit du 7 au 8 février, nous publions l’un des nombreux entretiens qu’il nous a accordés.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Professeur d’histoire du Moyen Âge à l’université de Poitiers depuis 1994, au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale qu’il a dirigé de 2016 à 2022, Martin Aurell était un spécialiste des pouvoirs, de la société et de la culture de l’empire Plantagenêt et en Méditerranée occidentale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son dernier ouvrage paru est consacré à <em>Aliénor d’Aquitaine. Souveraine femme</em> (coll. «Grandes Biographies», Flammarion, 2024), une somme d’érudition qui se lit comme un roman. Le personnage s’y prête mais, surtout, l’historien apportait un soin tout particulier à l’écriture. L’appareil critique est considérable, notamment parce qu’il intègre l’historiographie britannique&nbsp;: «Aliénor, aquitaine de naissance et reine de France, mais aussi reine d’Angleterre, où elle a vécu plus d’années que sur le continent, se trouve à la croisée de deux longues traditions nationales et scientifiques dont il importe de comprendre et d’exploiter les caractéristiques propres. Combiner la méthode anglaise, issue de l’empirisme, à la française, redevable du rationalisme, ne peut qu’aboutir à un résultat équilibré.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était toujours un plaisir de s’entretenir avec cet homme d’une rare élégance, au verbe clair, précis, bienveillant, dont l’immense savoir n’avait rien d’écrasant, au contraire il agissait comme un stimulant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons publié cet entretien dans <em>L’Actualité</em> n° 111, en janvier 2016, au moment de la fusion des régions Poitou-Charentes, Limousin et Aquitaine en Nouvelle-Aquitaine.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="808" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2.jpeg" alt class="wp-image-38597" style="width:507px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2.jpeg 808w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-237x300.jpeg 237w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-768x973.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-650x824.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-150x190.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 808px) 100vw, 808px"><figcaption class="wp-element-caption">Martin Aurell en 2002 quand il publie <em>L’Empire des Plantagenêt (1154–1224)</em>. Photo Mytilus.</figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>La grande Aquitaine d’Aliénor</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Peut-on trouver un ancrage historique à cette grande Aquitaine qui, en 2016, résulte de la fusion avec le Poitou-Charentes et le Limousin&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Martin Aurell. –</strong> Une grande Aquitaine correspond à peu près à l’actuelle région, c’est le royaume d’Aquitaine créé par Charlemagne pour son fils Louis le Pieux. La géographie de cette nouvelle région ne me semble pas absurde, à part le fait qu’il n’y ait pas la Vendée qui, historiquement, fait partie du Poitou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait vain de chercher à établir un déterminisme géographique car les territoires sont toujours des constructions politiques et culturelles, mais on peut faire remonter la structure connue au Moyen Âge jusqu’aux tribus gauloises, via les Romains qui respectaient assez bien le tissu local conquis afin de mieux le gouverner.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce territoire correspond aussi à celui de Guillaume IX le Troubadour, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine, qui cherche à étendre son domaine et qu’il a parfois du mal à maîtriser…</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Guillaume IX veut le comté de Toulouse pour avoir un accès à la mer Méditerranée. En 1094, il se marie à Philippa, fille du comte de Toulouse, puis il conquiert la ville en 1098 et s’y installe afin de faire valoir ses droits sur la ville et le comté, qu’il perdra une dizaine d’années plus tard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peu de temps après son mariage avec Aliénor d’Aquitaine et sans doute poussé par elle, Louis VII fait une campagne contre Toulouse&nbsp;: un échec. Et quand elle est mariée à Henri II Plantagenêt, celui-ci lance à son tour une campagne contre Toulouse, en 1159, tentative d’expansion qui se soldera par l’annexion du Quercy.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au nord de l’Aquitaine, la querelle très ancienne et viscérale avec l’Anjou s’éteint par le mariage d’Aliénor avec Henri II qui est comte d’Anjou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En revanche en Aquitaine, les sires sont très indépendants, prompts à prendre les armes pour se révolter contre le duc. Au sud de la Garonne, le territoire est morcelé en une multitude de vicomtés, de sorte que les ducs d’Aquitaine ont maille à partir avec l’aristocratie gasconne qui est difficile à maîtriser parce qu’elle est habituée à fonctionner de façon autonome dans ses seigneuries, dans ses principautés territoriales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Poitou, le pouvoir de quelques grandes familles est presque équivalent à celui des ducs d’Aquitaine&nbsp;: les Lusignan qui deviendront rois de Jérusalem, de Chypre et d’Arménie, les Parthenay l’Archevêque (leur nom garde la trace d’un ancêtre qui fut archevêque de Bordeaux), les très puissants vicomtes de Thouars, les vicomtes de Châtellerault, les Taillefer d’Angoulême dont une fille, Isabelle, deviendra reine d’Angleterre en épousant Jean sans Terre (1200). Dans la grande révolte de 1242 contre Alphonse de Poitiers, Henri III d’Angleterre, qui est le fils d’Isabelle d’Angoulême, est allié aux Lusignan. Entre l’Angleterre et la France, les sires poitevins sont habiles parce qu’ils savent jouer sur les deux tableaux. Pour obtenir davantage de marges de manœuvre, de liberté ou de moyens, ils peuvent passer des alliances avec le roi d’Angleterre pour se battre contre le roi de France, puis faire l’inverse. Ils y gagneront une mauvaise réputation. Au Moyen Âge, on associe souvent les Poitevins aux traîtres à cause de ce côté changeant qui est la logique politique de l’aristocratie locale.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="582" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2.jpg" alt class="wp-image-38599" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-300x171.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-768x437.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-650x369.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-150x85.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Détail du grand vitrail de la Crucifixion de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers (XII<sup>e</sup> siècle). Aliénor et Henri II Plantagenêt sont agenouillés, offrant un vitrail. Les quatre fils sont représentés de part et d’autre. Photo Christian Vignaud.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les seigneurs poitevins jouent-ils des alliances France-Angleterre jusqu’à la fin du Moyen Âge&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au contraire, le Poitou est très loyaliste vis-à-vis des Valois pendant la guerre de Cent Ans. Quand Paris est occupée par les Anglais, l’université vient se réfugier à Poitiers. Jean de Berry reconquiert Poitiers et son petit-neveu Charles VII s’y installera plus tard. Finalement, c’est toute la vallée de la Loire qui fait preuve d’une grande fidélité au roi de France. Le Poitou subira les conséquences de la guerre de Cent Ans de façon terrible par la présence des routiers – des mercenaires – et par la bataille de Nouaillé-Maupertuis en 1356 où le roi Jean le Bon est fait prisonnier par le Prince Noir dont les troupes remontaient du sud. Ainsi, par rapport à la Gascogne, le Poitou bascule définitivement du côté de la France à partir du <span class="smallcaps">xiv</span><sup>e </sup>siècle.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lorsque l’Aquitaine est intégrée à la couronne d’Angleterre, comment le duc affirme-t-il son pouvoir&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1154, Henri II devient roi d’Angleterre et sa femme Aliénor d’Aquitaine, reine. Henri II a essayé de contrôler étroitement le duché de son épouse, mais cela a fini mal pour lui&nbsp;: la grande révolte de 1173 menée par Aliénor et ses fils. Les moyens d’action du duc sur le Poitou sont toutefois peu efficaces. Il essaie d’installer quelques Anglo-Normands aux postes de pouvoir, mais sans beaucoup de succès car la noblesse locale et les communes réclament d’être aux affaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand on évoque l’Aquitaine, c’est souvent Aliénor qui est citée. Comment expliquer cela&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le <span class="smallcaps">xvii</span><sup>e </sup>et le <span class="smallcaps">xviii</span><sup>e </sup>siècle, Aliénor fait l’objet de romans qui profitent surtout de sa mauvaise réputation – tout à fait infondée – qui en fait un personnage sulfureux. Dernièrement, il y eu quelques romans dont un exceptionnel, à mon avis, celui de Clara Dupont-Monod, <em>Le Roi disait que j’étais diable</em> (Grasset &amp; Fasquelle, 2014). C’est un travail littéraire d’analyse psychologique fictive mais l’auteur a mis un point d’honneur à respecter ce que l’on sait d’Aliénor d’après les dernières recherches. Par exemple, elle ne la présente pas comme succombant au charme de son oncle Raymond d’Antioche, ni a aucun autre tentation d’adultère du reste. C’est romancé, je n’en conseillerais pas la lecture à mes étudiants comme livre d’histoire, mais c’est un grand roman, ne serait-ce que par son travail sur la langue, et le jury du Goncourt qui l’a placé parmi ses finalistes ne s’y est pas trompé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Donc si on associe aussi facilement Aliénor à l’Aquitaine c’est parce qu’elle est romanesque&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aliénor hérite de l’Aquitaine et l’apporte à son mari. C’est, d’une certaine façon, sa dot. D’autre part, sa vie est effectivement romanesque. Aliénor est allée à la croisade, elle a parcouru une grande partie de l’Occident notamment pour réunir la rançon de Richard lorsque celui-ce était tenu en captivité par l’empereur du Saint-Empire. C’est une grande dame&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au <span class="smallcaps">xix</span><sup>e </sup>siècle, dans l’historiographie bourgeoise qui met en avant l’émancipation urbaine, elle est liée aux communes libres. Le grand vitrail de la mairie de Poitiers (commandé en 1874) met en scène Aliénor en train d’accorder les libertés aux Poitevins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien que d’avoir été successivement reine de France puis reine d’Angleterre, c’est fascinant. Elle a eu des enfants comme Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre dont tout le monde a entendu parler. Si l’on cherche une femme importante au Moyen Âge, à part Jeanne d’Arc, je ne vois personne qui soit aussi connue, aussi forte, aussi rayonnante qu’Aliénor d’Aquitaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que retenir de l’action d’Aliénor en Aquitaine&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’aussi faible soit sa marge de manœuvre, une femme, même dans une société traditionnelle comme la médiévale, peut toujours s’affirmer, voire s’émanciper, y compris en politique.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/martin-aurell-rejoint-alienor-daquitaine/">Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Du livre aux moutons</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Apr 2024 12:01:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dominique Taurisson-Mouret est ingénieure de recherche au CNRS, associée à l’Unité mixte de recherche Géolab (université de Limoges). Elle raconte son parcours de la chimie à la géographie.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">Dominique Taurisson-Mouret est ingénieure de recherche au CNRS, associée à l’Unité mixte de recherche Géolab (université de Limoges). Elle raconte son parcours de la chimie à la géographie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Louis Tissot, Clément Mommessin et Andrei Cherkasov</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;À l’époque, je ne voyais pas très bien ce que je pouvais faire en recherche. J’étais incertaine, comme beaucoup d’étudiants&nbsp;», se remémore Dominique Taurisson-Mouret. Cette affirmation peut paraître surprenante tant son parcours est marqué par la recherche académique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout commence… par deux années en faculté de chimie à l’université de Limoges, puis Dominique Taurisson-Mouret décide de se réorienter en histoire car elle se rend compte que la chimie est pour elle «&nbsp;très très ennuyeuse&nbsp;». Elle effectue alors cinq années d’études dans sa région natale, obtient son diplôme d’études approfondies (DEA), qui est l’équivalent du master actuel, et commence une thèse en histoire médiévale. Cependant, n’étant pas certaine de vouloir être enseignante-chercheuse, elle décide de se réorienter vers les métiers du livre, et passe avec succès le concours de bibliothécaire en livres anciens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa carrière professionnelle débute à Limoges et se poursuit dans le sud de la France, à Nîmes. Malgré son épanouissement – «&nbsp;je pouvais lire tous les livres que j’avais envie de lire&nbsp;» – elle estime que les horizons de la fonction restent limités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un nouveau changement de voie est donc nécessaire&nbsp;: «&nbsp;J’ai passé le concours CNRS parce que je me suis aperçue qu’il n’y avait que la recherche qui m’intéressait.&nbsp;» Ainsi, après avoir réussi ce concours, elle devient ingénieure de recherche au Centre national de recherche scientifique où elle effectue de l’accompagnement à la recherche et des recherches en Histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son premier poste est au Centre d’étude du <span class="smallcaps">xviii</span><sup>e</sup> siècle à Montpellier où elle débute ses travaux historiques sur&nbsp; «&nbsp;l’emprise française&nbsp;» dans le monde, plus spécifiquement en Russie et dans les pays de l’Est.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après quelques années dans l’Hérault, elle rejoint les bords de la Méditerranée et l’Unité mixte de recherche (UMR) sociologie, histoire, anthropologie des dynamiques culturelles (Shadyc) qui est devenue le Centre Norbert Elias. Au sein de ce laboratoire marseillais, elle croise son approche historique avec des chercheurs et chercheuses de disciplines variées (sociologie, anthropologie, etc.). Cette ouverture suscite un intérêt particulier chez elle et sera le fil rouge de la suite de sa carrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, après la cité phocéenne, c’est à Montpellier qu’elle retourne confronter son approche historique à une autre discipline en rejoignant l’UMR Dynamiques du droit. Les dix années passées avec des juristes et historiens-juristes lui permettent d’aborder une nouvelle approche, cette fois-ci juridique, dans ses recherches en histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis, l’envie de rentrer au pays se fait sentir. C’est à Limoges qu’elle décide de continuer son parcours en rejoignant Géolab. Ainsi en retournant sur ces terres d’origine, cela lui permet de confronter encore une fois son approche historique à une nouvelle discipline : la géographie !</p>



<p class="wp-block-paragraph">La carrière de Dominique Taurisson-Mouret est ponctuée par différentes étapes dans plusieurs villes. Le cœur de sa recherche est une approche historique nourrie, au fil du temps, par des disciplines variées. «&nbsp;Je n’ai jamais travaillé dans un laboratoire où l’histoire était la dominante&nbsp;», ce qui résume parfaitement son parcours «&nbsp;assez tortueux&nbsp;».</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/du-livre-aux-moutons/">Du livre aux moutons</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Georges Pon – Traduction, édition, érudition</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Jan 2024 07:34:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage au médiéviste Georges Pon, membre du Centre d'études supérieures de civilisation médiévale de l'université de Poitiers et du CNRS, décédé à l'âge de 85 ans le 29 décembre 2023.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/georges-pon-traduction-edition-erudition/">Georges Pon – Traduction, édition, érudition</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">En hommage au médiéviste Georges Pon, décédé le 29 décembre 2023, voici l’entretien publié dans <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n121-ete-2018-special-communautes-dexistence/"><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> n° 121</a> où il nous livre en toute modestie son parcours d’érudition, de l’histoire économique à l’histoire religieuse en passant par les traductions du latin et les éditions critiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien Edina Bozóky et Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Georges Pon a été longtemps plus enseignant que chercheur mais depuis sa retraite en 1998, il s’est entièrement consacré à des travaux de recherche. Il a privilégié le travail d’équipe, l’érudition, mais en même temps montré le souci de faire connaître par la traduction à un plus vaste public les textes médiévaux. C’est pour lui la «vraie gloire», une gloire durable.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Pourquoi avez-vous choisi le Moyen Âge comme époque d’étude&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Georges Pon. –</strong> Je voulais faire de l’histoire. Je suis allé en khâgne au lycée Henri-IV, à Paris, j’ai échoué à l’oral de Normale Sup’ et choisi de poursuivre mes études à la Sorbonne. C’est là que j’ai découvert le Moyen Âge et que j’ai commencé à comprendre la différence entre les professeurs généralistes de la khâgne qui faisaient de brillantes synthèses et les professeurs-chercheurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai découvert aussi l’œuvre de Marc Bloch. Dans l’éveil d’une carrière, les lectures ont autant d’importance que les professeurs. J’ai décidé de faire un mémoire de maîtrise en histoire médiévale, sur la vie économique dans la Catalogne entre le <span class="smallcaps">x</span><sup>e</sup> et le <span class="smallcaps">xiii</span><sup>e</sup> siècle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi faire un travail sur la Catalogne&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le professeur Yves Renouard qui m’a proposé le sujet. Je ne l’ai pratiquement jamais rencontré. À cette époque, les professeurs de la Sorbonne n’avaient pas de bureau. Ils vous accordaient trois minutes dans un couloir. La recherche n’était pas vraiment dirigée. On n’avait aucune formation de base&nbsp;: pas de cours de méthodologie pour nous expliquer comment faire des fiches, nous présenter les instruments de travail. Il fallait tout découvrir et on ne pouvait le faire qu’à la Bibliothèque nationale, mais pour les trouver il fallait consulter trois ou quatre séries de fichiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il fallait aussi compter avec la difficulté de la langue des sources. Je connaissais bien le latin classique, mais le latin de textes catalans du <span class="smallcaps">x</span><sup>e</sup> siècle est tout à fait particulier.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment avez-vous découvert le Centre d’études supérieures de civilisation médiévale&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après avoir soutenu mon mémoire, j’ai passé l’agrégation avec succès, et l’on m’a proposé un poste à Poitiers ou à Pamiers, dans l’Ariège. Poitiers était plus proche de Paris, et j’avais entendu parler du Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (CESCM).</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’enseignais à l’École normale d’instituteurs, alors installée dans les bâtiments du doyenné Saint-Hilaire. Je suis allé voir les locaux du CESCM où j’ai rencontré le secrétaire général, Pierre Gallais, et j’ai tout de suite été enthousiasmé par le premier étage où se trouvaient alors réunis dans la salle de séminaire et la bibliothèque tous les outils du médiéviste, les sources et les cartulaires. Merveille&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’année suivante, en 1962–1963, le service militaire m’a envoyé au Prytanée militaire de La Flèche, en même temps que Gabriel Bianciotto – nous partagions la même chambre. J’ai profité de ces mois pour lire la collection des <em>Annales. Économies, sociétés, civilisations</em>, la revue fondée par Marc Bloch et Lucien Febvre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De retour à l’École normale, j’ai suivi autant que possible les séminaires du CESCM. Je regrette de n’avoir pu participer à ceux de Marie-Thérèse d’Alverny, une des premières chartistes, femme remarquable, lumineuse et généreuse. Elle enseignait la codicologie, la philosophie, la pensée islamique, disciplines où elle était réputée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment avez-vous intégré le CESCM&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me suis inscrit à la session d’été de 1964 [<a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/lactualite-poitou-charentes-n108/">dossier de <em>L’Actualité</em> sur les 60 ans des sessions d’été du CESCM</a>]. C’est là que j’ai rencontré ma future femme, Charlotte Willemsen. Un peu plus tard, dans son séminaire, le directeur, Edmond-René Labande, m’a remarqué. Je posais beaucoup de questions, je connaissais bien le latin&nbsp;; il m’a laissé entendre qu’il pourrait peut-être m’engager comme assistant. Alors, en 1967, j’ai entrepris sous la direction de Jacques Boussard la publication des actes de Fontaine-le-Comte, sujet de thèse de 3<sup>e</sup> cycle qui m’a été suggéré par Dom Jean Becquet, moine de Ligugé, grand spécialiste des chanoines réguliers en France. J’ai compris la difficulté de la tâche&nbsp;: ma formation paléographique n’était pas très poussée, la salle des Archives départementales (rue Édouard-Grimaux à l’époque) était minuscule, pleine de généalogistes bruyants et de secrétaires bavardes. En 1974, j’ai soutenu ma thèse. Un professeur de Bordeaux, M.&nbsp;Guillemain, m’a dit&nbsp;: «Vous avez fait ce travail, maintenant il s’agit de devenir historien&nbsp;!» Pourtant, j’avais écrit 200 pages d’introduction historique, et j’étais assistant d’histoire du Moyen Âge depuis 1968.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand avez-vous commencé à publier des articles&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je n’ai publié mon premier article qu’en 1975, dans le <em>Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest</em>, sur l’apparition des chanoines réguliers en Poitou, une petite communauté nommée Saint-Nicolas, qui a donné le nom d’une rue à Poitiers. On recrutait facilement un assistant qui n’avait rien publié, mais ensuite, pour être titularisé comme maître-assistant, il devait achever sa thèse de 3<sup>e</sup> cycle ou rédiger une partie significative de la thèse d’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous avez donc entrepris une thèse d’État.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après ma thèse de 3<sup>e</sup> cycle, j’avais l’intention d’entreprendre une recherche d’histoire économique et sociale du Poitou qui répondait à la fois aux modèles de l’époque et aux liens que j’entretenais avec le monde rural. J’avais connu pendant la guerre et après 1945 des campagnes qui ressemblaient encore aux campagnes médiévales&nbsp;: les outils étaient les mêmes, la fourche, la faux, la faucille. Mais, pour le Poitou, le sujet avait été en partie défloré par l’ouvrage d’un bon historien du droit, Marcel Garaud, <em>Les Châtelains du Poitou</em>, et par celui de mon ami américain Georges Beech sur la Gâtine poitevine. Puis a paru la thèse de Pierre Toubert sur le Latium. Pour moi c’était un chef‑d’œuvre. Je me suis rendu compte que j’étais incapable de faire quelque chose s’en approchant même vaguement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai donc abandonné l’histoire économique pour l’histoire religieuse du diocèse de Poitiers du <span class="smallcaps">ix</span><sup>e</sup> au <span class="smallcaps">xiii</span><sup>e</sup>. J’allais à la Bibliothèque nationale et aux Archives nationales. Il n’y avait pas d’ordinateurs, on n’obtenait des photocopies que très difficilement, et il était interdit de faire de photos. Ainsi, j’ai accumulé toutes sortes de fiches, mais je n’ai su ni les classer ni les utiliser, etc. Ma recherche a été également retardée par les changements qui ont suivi 1968, la nécessité d’inventer de nouvelles méthodes d’enseignement, ainsi que par les fonctions de secrétaire général que j’ai exercées pendant dix ans au CESCM sous la direction successive d’Edmond-René Labande, Pierre Bec et Robert Favreau. Finalement, vers 1983–1984, j’ai décidé que je resterai maître de conférences et ne ferai que ce que je savais faire, c’est-à-dire des éditions et des traductions de textes diplomatiques et de textes narratifs.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2.jpg" alt class="wp-image-37934" style="width:578px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2-300x300.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2-150x150.jpg 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2-768x768.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-saint-sever-2-650x650.jpg 650w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Église Saint-Sever dans les Landes. Photo Jean Cabanot.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"><strong>N’est-ce pas aussi parce que vous aimiez travailler en équipe&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Edmond-René Labande reprenait la tradition allemande des séminaires, notamment pour la traduction de l’autobiographie de Guibert de Nogent. C’était là un atelier de travail collectif où chacun apportait sa contribution. C’est là que j’ai appris à travailler avec d’autres historiens comme Yves Chauvin, Jean Cabanot, Keith Bate et, ces dernières années, avec Élisabeth Carpentier&nbsp;: on a à peu près le même âge, le même type de formation, on se comprend à demi-mot. Non seulement le travail d’équipe est efficace mais il renforce aussi l’amitié.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qui était Adémar de Chabannes auquel vous avez consacré beaucoup de temps&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Adémar de Chabannes était un Limousin de petite noblesse devenu moine à Saint-Cybard d’Angoulême. Dans les deux premiers livres de son <em>Chronicon</em>, il reprend les sources antérieures, souvent en les copiant littéralement. C’est le roman national de l’an mil. Le dernier livre est consacré à des événements plus récents sur lesquels il apporte des renseignements originaux. L’édition a été établie en 1999 par Pascale Bourgain et par un historien américain, Richard Landes. J’ai été chargé de la rédaction des notes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite avec Yves Chauvin, nous avons fait la traduction de la <em>Chronique</em>, publiée en 2003. Dans l’introduction, j’ai insisté sur deux points. D’une part, Adémar de Chabannes n’était pas un fanatique de la Paix de Dieu, alors que certains historiens des années 1990 considéraient que c’était un mouvement gigantesque. D’autre part, il portait son regard fort loin, jusqu’à Jérusalem, il connaissait la conversion de la Bohème, de la Pologne et de la Hongrie, l’arrivée des Normands en Italie du Sud. C’était un homme bien renseigné, ouvert sur le monde. Il ne faut pas imaginer les monastères comme des lieux fermés où l’on passait son temps à prier le ciel. On y recevait des pèlerins, les nouvelles circulaient largement et Adémar de Chabannes était curieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous avez multiplié et diversifié vos recherches et travaux une fois à la retraite en 1998.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’édition, la traduction et le commentaire du récit de fondation de l’abbaye de Maillezais, composé vers 1060–1070 par le moine Pierre&nbsp;furent encore un travail collectif commencé par Edmond-René Labande. J’ai rédigé l’introduction du volume, travail dont je suis le plus satisfait. C’est Emma, épouse du duc d’Aquitaine Guillaume Fier à Bras, qui a eu l’idée de fonder un monastère&nbsp;dans une île du Marais poitevin où l’on avait découvert les restes d’une église abandonnée. Ce récit, en partie légendaire, est un excellent exemple d’un genre à demi historique, et il est aussi une contribution très utile à l’histoire des femmes et à la conquête de l’Ouest du Poitou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En même temps que ces travaux portant sur des sources narratives, nous avons publié avec Robert Favreau le <em>Cartulaire de Fontevraud</em> dont l’édition avait été préparée par Jean-Marc Bienvenu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai aussi participé à un autre travail collectif qui nous éloignait du Poitou, l’<em>Histoire de Philippe Auguste</em> écrite par le moine-médecin Rigord. Il en existait une ancienne édition et une traduction de Guizot. Mais ces ouvrages n’étaient plus disponibles. Aussi avons-nous l’idée de tenir un séminaire de traduction auquel participaient plusieurs médiévistes, aussi bien des historiens que des littéraires. Rigord m’avait un peu éloigné du Poitou. J’allais y revenir en participant à une nouvelle collection créée par Mgr Rouet, archevêque de Poitiers, dans le cadre de l’association Gilbert de la Porrée. J’ai participé à un volume sur Radegonde et dirigé un autre sur Gilbert de la Porrée, évêque de Poitiers au <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècle et grand théologien, que nous avons pu offrir à Mgr Rouet que j’admirais beaucoup.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2.jpg" alt class="wp-image-37935" style="width:686px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2-300x300.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2-150x150.jpg 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2-768x768.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/cabanot-jean-dax323-v2-650x650.jpg 650w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Détail de la porte ogivale dite des Apôtres de la cathédrale de Dax. Photo Jean Cabanot.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"><strong>Qu’est-ce qui vous a ensuite orienté vers Dax et la Gascogne&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’avais à Dax un ami, Jean Cabanot, que j’avais rencontré à la session d’été de 1964. Après la redécouverte du cartulaire de la cathédrale de Dax, document des <span class="smallcaps">xi</span><sup>e</sup> et <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècles, il m’a demandé d’en faire l’édition et la traduction. Nous avons pris l’habitude de travailler ensemble soit à Dax soit par l’échange de courriers électroniques. Jean Cabanot s’est occupé surtout de l’identification des lieux et de la mise au point de la publication. Par la suite nous avons publié deux gros volumes de documents sur l’abbaye de Saint-Sever, suivis d’une histoire de cette abbaye écrite en bonne partie par Jean Cabanot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons publié le <em>Beatus</em> de Saint-Sever d’après le manuscrit latin 8878 de la Bibliothèque nationale de France (2012, site internet&nbsp;: <a href="https://www.eglises-landes.cef.fr/dossiers/beatus/beatus.htm">Cehag</a>). On appelle <em>Beatus</em> le commentaire de l’Apocalypse, composé au <span class="smallcaps">viii</span><sup>e</sup> siècle par un moine des Asturies, Beatus de Liebana. Nous lui avons consacré, Jean Cabanot et moi, une étude particulière, parue dans le <em>Bulletin de la Société de Borda</em> (2013).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Depuis plusieurs années, vous cultivez de nouveaux champs d’érudition&nbsp;: vies et miracles des saints régionaux.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le compagnonnage avec Jean Cabanot ne m’a pas coupé des liens avec les chercheurs poitevins. Yves Chauvin nous a quittés trop tôt, peu de temps après sa retraite. Les liens entre Élisabeth Carpentier et moi se sont encore resserrés. Nous avons publié deux récits importants&nbsp;sur la fondation de l’abbaye de Montierneuf de Poitiers par Guillaume VIII&nbsp;et sur celle de l’église de La Chaize-le-Vicomte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la mort de mon épouse en juillet 2010, j’ai continué à travailler avec Élisabeth Carpentier sur des dossiers hagiographiques concernant des saints du Poitou&nbsp;: saint Junien de Mairé, saint Maixent avec la collaboration de Soline Kumaoka, les miracles de saint Hilaire avec la collaboration de Robert Favreau, ainsi que la vie de saint Aubin d’Angers par Venance Fortunat.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel jugement portez-vous sur l’évolution de la recherche historique&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Si je jette un regard d’ensemble sur ma vie de chercheur, je fais plusieurs constatations. J’ai abandonné mes ambitions de jeunesse d’être comme Marc Bloch, Georges Duby et mon ami André Chédeville, un spécialiste de l’histoire des campagnes médiévales. J’ai «labouré» les cartulaires pour une bien maigre récolte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je dois beaucoup à deux institutions, le CESCM et la Société des Antiquaires de l’Ouest dont je suis membre depuis près de cinquante ans. Je ne sais pas si l’on a beaucoup pratiqué l’interdisciplinarité au Centre, mais j’ai toujours eu les contacts les plus fructueux avec les historiens de l’art et les archéologues&nbsp;: Marie-Thérèse Camus, Claude Andrault, Luc Bourgeois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne suis que difficilement les nouveaux sentiers de l’histoire médiévale. Il m’arrive de regretter qu’on néglige l’histoire sociale des <em>Annales</em> pour traiter de sujets plus «frivoles», du moins en apparence. Mais j’admire beaucoup mes «jeunes» collègues, Martin Aurell, Cécile Treffort, Thomas Deswarte. Ils ont commencé très tôt la recherche. Sitôt inscrits en thèse, ils ont dû participer à toutes sortes de journées d’études et de colloques et multiplier les publications, affronter des concours de recrutement de plus en plus difficiles, puis, quoique surchargés de tâches administratives, continuer à produire communications, livres et articles. Je crois qu’ils sont plus travailleurs que nous ne l’étions et plus novateurs dans leur démarche, même s’ils abusent parfois de problématiques compliquées.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="658" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3.jpg" alt class="wp-image-37936" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3-300x193.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3-768x494.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3-650x418.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2024/01/beatus_saint_sever_bnf_v3-150x96.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Mappemonde du <em>Beatus</em> de Saint-Sever. <em>Beatus</em> de Liebana, <em>Commentarius in Apocalypsim</em>, Saint-Sever (Landes), vers 1060. Manuscrit sur parchemin, 290 folios, 37 x 29 cm, BnF, Manuscrits, Latin 8878, fo 45bis vo 45ter.</figcaption></figure>
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		<title>L’interdisciplinarité vue par Anne Julien-Vergonjanne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 May 2022 10:11:36 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[CNRS]]></category>
		<category><![CDATA[Limoges]]></category>
		<category><![CDATA[mathématiques]]></category>
		<category><![CDATA[université de Limoges]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Anne Julien-Vergonjanne est chercheuse, spécialiste de l'électronique et des télécommunications au laboratoire Xlim de l'université de Limoges. Présentation de ses recherches et de son parcours.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">Anne Julien-Vergonjanne est professeure de classe exceptionnelle à l’université de Limoges à l’École d’ingénieurs Ensil-Ensci avec la spécialité électronique et télécommunications – ELT. Elle est également chercheuse au laboratoire Xlim où elle dirige l’axe Systèmes et réseaux intelligents (SRI,Sycomore) et encadre plusieurs thèses sur le sujet de la transmission optique sans fil (Li-Fi). Elle est aussi directrice de l’École doctorale Sciences et ingénierie des systèmes, mathématiques, informatique (Sismi).<br></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Ce qui a été un déclencheur chez moi, c’est le premier pas sur la Lune, j’étais petite et j’ai été réveillée en pleine nuit pour voir ça. Je crois que ça a été un bouleversement.» </p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">C’est en ces mots qu’Anne Julien-Vergonjanne raconte la naissance de son envie de faire des sciences. Passionnée par la musique, elle s’intéresse aux ondes dès son plus jeune âge. Cette passion l’a conduite à faire des études en électronique, électrotechnique et automatique (EEA) qu’elle réalise dans l’ensemble à Limoges.<br>Elle soutient une thèse dans le domaine de l’électromagnétisme, toujours au sein de l’université de Limoges, sous la direction du professeur Pierre Guillon. Durant son doctorat, elle occupe un poste d’attaché temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) au sein de l’université de Poitiers. À l’issue de ce dernier, elle obtient un poste de maître de conférence (MCF) dans cette université où elle continue de travailler sur l’électromagnétisme.<br>Quelques années plus tard, souhaitant se rapprocher de son conjoint, elle demande une mutation à l’université de Limoges. «Ça a été long pour le rejoindre, la mutation n’était pas possible. J’ai alors décidé de changer de domaine de recherche et j’ai quitté le monde de l’électromagnétisme pour le traitement du signal.» Ainsi, elle peut rejoindre l’université de Limoges où elle passe son habilitation à diriger des recherches (HDR) et où elle travaille encore.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Cette capacité à s’adapter aux contraintes est un marqueur de sa carrière. En effet, Anne Julien-Vergonjanne participe à de nombreux projets interdisciplinaires, avec les sciences et techniques, le domaine de la recherche en sport ou encore la santé. Elle participe à la chaire «e‑santé, bien vieillir et autonomie», dont l’objectif est d’utiliser l’e-santé pour promouvoir le bien-vieillir et l’autonomie des personnes âgées en utilisant des technologies innovantes.<br>La chaire multidisciplinaire dirigée par le gériatre Achille Tchalla réunit cinq laboratoires dans les domaines de la médecine, du droit, de l’économie, de la technologie, de la sociologie et de la sémiotique.<br>Anne Julien-Vergonjanne y développe des systèmes de communication pour suivre l’activité des personnes âgées fragiles afin de les inciter à pratiquer une activité physique.<br>Cette interdisciplinarité n’est cependant pas toujours facile dans le monde de la recherche académique. La chercheuse témoigne de deux problèmes qu’elle rencontre régulièrement.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>«L’important, c’est d’être à l’écoute.»</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Il peut être difficile de dialoguer entre personnes de domaines très différents et n’ayant pas le même parcours : il n’est pas rare d’avoir des notions totalement inconnues pour l’un ou de rencontrer un terme ayant deux définitions très différentes selon la communauté. Cependant, ce problème se résout facilement en étant à l’écoute de l’autre, en faisant des efforts de communication entre les différents membres, «il faut beaucoup discuter». «La deuxième difficulté, c’est la manière dont la recherche est évaluée.» Lors des recherches interdisciplinaires, il est courant qu’il n’y ait pas d’apport clair dans tous les domaines concernés par le projet. Comme la recherche scientifique implique de publier ses travaux lors de conférences et dans des revues pour la plupart spécialisées dans un domaine précis, il devient alors compliqué de soumettre ses contributions pour certains des acteurs. Cette difficulté à publier peut alors être un frein pour recruter des chercheurs ou des étudiants sur ces projets. Il est donc essentiel de bien identifier les différents apports possibles pour chaque domaine. Les projets interdisciplinaires deviennent de plus en plus courants dans le monde universitaire comme la chercheuse l’indique.<br><br>Selon elle, l’un des aspects importants pour la recherche scientifique est la motivation, l’envie d’approfondir les connaissances sur un sujet. Il est nécessaire de se poser des questions, d’analyser les travaux antérieurs sur ce sujet et de réfléchir à la manière dont on peut l’améliorer en imaginant de nouveaux outils. Pour Anne Julien-Vergonjanne , faire une thèse est une occasion unique pour apprendre la recherche. Transmettre ses connaissances à ses étudiants, qu’ils continuent à travailler dans son domaine de recherche et apprendre d’eux sont ses principales motivations.<br>Tous les postes qu’elle occupe demandent une grande quantité d’heures de travail et elle fait son possible pour équilibrer le temps consacré à ses différentes responsabilités. «Cependant, il ne faut pas rêver, on travaille même les week-ends.»</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/linterdisciplinarite-vue-par-anne-julien-vergonjanne/">L’interdisciplinarité vue par Anne Julien-Vergonjanne</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Végétal Moyen Âge</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 May 2022 10:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[CESCM]]></category>
		<category><![CDATA[CNRS]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Moyen Âge]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une journée d'échanges, organisée par le CESCM, à propos des plantes dans la santé et l’alimentation au Moyen Âge a lieu le 20 mai, au jardin Deffend de l'université de Poitiers.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Bastien Florenty</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Le jardin botanique universitaire, situé au domaine du Deffend à Mignaloux-Beauvoir, accueille vendredi 20 mai, de 9h à 17h, la journée d’études du Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (université de Poitiers, CNRS) consacrée aux plantes dans la santé et l’alimentation au Moyen Âge.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">C’est une histoire intime qui lie l’humain et les plantes. Depuis toujours elles sont indispensables. D’abord pour se nourrir et se guérir, puis dans l’échange et le commerce, des milliers d’espèces différentes sont employées à des fins variées. Les plantes sont testées, documentées, référencées pour leurs vertus. Qu’elles soient seules, ou assemblées afin d’obtenir une action synergique. Sélectionnées pour répondre à nos besoins, aux conditions climatiques et aux attentes de production, elles nous accompagnent à chaque repas. Le Moyen Âge ne se prive pas de ces bienfaits. Charles Viaut, ATER à l’université de Poitiers, Corinne Lamour, doctorante au CESCM et Martin Aurell, directeur du CESCM, sont les organisateurs de la journée <em><a href="https://cescm.hypotheses.org/14999">Végétal Moyen Âge ! Plantes, santé et alimentation</a>.</em> À la suite de l’introduction de la journée par le directeur du CESCM, cinq conférences de quarante-cinq minutes sont programmées au sein de l’auditorium, ainsi que la visite d’une partie des collections du jardin botanique de l’université de Poitiers.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Plantes et santé</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Corinne Lamour a un parcours singulier puisqu’elle est praticienne hospitalière en oncologie thoracique au CHU de Poitiers et mène un travail inédit, dans le cadre d’une thèse en langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes, sur le seul manuscrit existant traduit en anglais au <span class="smallcaps">xv</span><sup>e </sup>siècle et conservé à l’université de Cambridge (MS Peterhouse 118) du traité de chirurgie d’Henri de Mondeville. Ce dernier était chirurgien de Philippe IV le Bel (1268–1314) et il est le premier Français à rédiger un traité de chirurgie, en quatre parties, dont la dernière est un antidotaire. Le travail de la thèse consiste en l’étude et l’édition de l’ouvrage, naviguant entre les connaissances en botanique et en chirurgie. Si Henri de Mondeville puise son savoir dans les textes d’Hippocrate, Aristote et surtout Galien concernant l’anatomie, il se considère comme moderniste, car élève de Théodoric Borgognoni (1205–1298) et s’oppose aux Anciens dans le traitement des plaies. «En tant que chirurgien du roi et des armées, il est présent sur les champs de bataille où il exerce son savoir», détaille Corinne Lamour, son traité recense ainsi les soins qu’il pratique. Par exemple, pour lui la suture des plaies de première intention prime sur la suppuration. Cette idée novatrice pour l’époque ne reçoit pas le succès escompté jusqu’aux travaux d’Ambroise Paré (1509–1590). «Il est également convaincu de la nécessité de distinguer la préparation des remèdes, de l’application», précise-t-elle. Les apothicaires préparent les remèdes que les chirurgiens appliquent. Ces derniers suivent une formation, ce qui les différencie des barbiers, qui réalisent les saignées. L’utilisation des plantes est à cette époque essentielle dans le traitement des maladies, non seulement en prévention mais aussi dans un but thérapeutique.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/05/img_3616.jpg" alt class="wp-image-35987" width="629" height="838" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/05/img_3616.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/05/img_3616-225x300.jpg 225w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/05/img_3616-650x867.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/05/img_3616-150x200.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 629px) 100vw, 629px"><figcaption>Extrait des comptes de bouche du château de Thouars étudiés par Charles Viaut. <em>Archives nationales, 1AP/559</em></figcaption></figure></div>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Plantes et alimentation</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Afin d’appréhender les régimes alimentaires de nos ascendants, deux approches sont plébiscitées, l’étude des textes et l’archéologie. Pour cela, Charles Viaut, docteur en histoire et archéologie médiévale de l’université de Poitiers et archiviste-paléographe, a décortiqué des documents exceptionnels : les comptes de bouche du milieu du <span class="smallcaps">xv</span><sup>e</sup> siècle du château de Thouars sous Louis d’Amboise. Alors que mange-t-on en Poitou au <span class="smallcaps">xv</span><sup>e </sup>siècle&nbsp;? «Les comptes indiquent des achats de légumes “verts”, de fruits de saison, mais également d’épices», indique-t-il. Qu’elles soient locales comme le safran ou exotiques comme la graine de Paradis (Guinée) et le clou de girofle (Indonésie), elles représentent les dépenses les plus conséquentes. Les comptes ne témoignent pas des productions du château, on peut donc penser que certains produits non mentionnés sur les registres et courants pour l’époque sont cultivés sur place. Son intervention s’appuie sur sa thèse dirigée par Martin Aurell et Nicolas Prouteau, soutenue en novembre 2021&nbsp;: <em>«À la table des princes…et des autres». Consommation et pratiques alimentaires sur les sites castraux et élitaires du nord de l’Aquitaine et du centre-ouest de la France (<span class="smallcaps">x</span><sup>e</sup>-<span class="smallcaps">xv</span><sup>e</sup>&nbsp;siècle) </em>ainsi que sur les travaux de l’historien Laurent Vissière à propos du château de Thouars sous Louis II de la Trémoïlle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La programmation est complétée par trois intervenantes. Laurence Moulinier-Brogi, professeure d’histoire médiévale à l’Université de Lyon II propose un panorama des connaissances et usages des plantes. Quant à Alice Laforêt, archiviste-paléographe et conservatrice des bibliothèques, chargée des collections patrimoniales à la Bibliothèque du Muséum national d’Histoire naturelle apporte un éclairage sur les produits des arbres à partir de l’ouvrage <em>Hortus sanitatis </em>(1491). Charlotte Hallavant, carpologue au laboratoire Traces de l’Université Toulouse – Jean Jaurès, aborde le versant archéologique de l’alimentation. Son travail porte sur l’étude et la caractérisation des graines et semences conservées sur les sites. Elle participe au programme de recherche consacré à l’enrichissement et l’étude des données archéozoologiques et archéobotaniques du groupement de recherche Bioarcheodat (CNRS, Inrap, Archimede, Museum national d’histoire naturelle, UMR archéozoologie – archéobotanique). Son intervention s’intéresse à l’étude carpologique (dont elle est l’une des rares spécialistes) de sites médiévaux situés dans l’ancienne région Poitou-Charentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Afin de profiter de la splendeur du jardin en fleur au printemps, Géraldine Garcia, maître de conférences en paléontologie et responsable des collections scientifiques de l’université de Poitiers, conduit la visite des collections d’herbiers et fossiles végétaux du jardin botanique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Moyen Âge est une époque marquée par des préjugés tenaces, et dont certains aspects sont flous. Cette journée d’études propose une approche pluridisciplinaire et nous apporte des éléments essentiels afin de comprendre les modes de vie de nos prédécesseurs, ici le rapport aux plantes, loin des idées reçues.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>La journée d’études <em>Végétal Moyen Âge&nbsp;! Plantes, santé et alimentation</em>, organisée par le CESCM (université de Poitiers, CNRS) a lieu le vendredi 20 mai de 9h à 17h au jardin botanique de l’université de Poitiers situé sur le domaine de Deffend à Mignaloux-Beauvoir. L’entrée est libre, les pique-niques sont autorisés, un food truck végétarien est également proposé.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/vegetal-moyen-age/">Végétal Moyen Âge</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Les «héritières» du Moyen Âge</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Jan 2022 09:09:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Aliénor]]></category>
		<category><![CDATA[Aquitaine]]></category>
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		<category><![CDATA[CNRS]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Moyen Âge]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Parmi les "héritières" du Moyen Âge, Aliénor d'Aquitaine reste la plus célèbre... Qu'en est-il des autres femmes ?</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/les-heritieres-du-moyen-age/">Les «héritières» du Moyen Âge</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Émilie Margaix</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aliénor d’Aquitaine est aujourd’hui considérée comme l’un des exemples les plus explicites du pouvoir féminin au Moyen Âge. La fascination qu’elle exerce aujourd’hui est due à la position que cette dernière a occupée à la tête de deux des plus grands pays européens du <span class="smallcaps">xii</span><sup>e </sup>siècle&nbsp;: les royaumes des Capétiens et des Plantagenêts. Le fait qu’elle ait été successivement Reine de France et d’Angleterre est un cas unique, inégalé même de ses homologues masculins. Ces rôles ont parfois éclipsé dans les mémoires le fondement de son pouvoir&nbsp;: l’héritage du duché d’Aquitaine. En tant que duchesse d’Aquitaine, Aliénor dirige l’un des espaces les plus riches d’Europe allant de la Vendée actuelle, en comprenant l’Auvergne, et descendant jusqu’aux Pyrénées. Cet exemple éblouissant, nous aveugle parfois au point d’oublier que le <span class="smallcaps">xii</span><sup>e </sup>siècle regorge de cas similaires&nbsp;: Agnès de Ponthieu hérite de son père le Comté de Ponthieu en Normandie&nbsp;; Isabelle de Clare reçoit de ses parents les plus grands domaines en Irlande&nbsp;; Isabelle de Gloucester est l’une des héritières les plus importantes du pays de Galles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La multiplication de mentions relatives aux problématiques des biens féminins dans les diverses sources montre non seulement que les femmes n’ont jamais été exclues totalement des lignes de succession mais que les héritages sont nombreux, complexes et multiformes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’héritage renvoie d’abord à une notion matérielle. Il s’agit souvent de biens fonciers ou pécuniaires qui sont accordés aux femmes dans des cas précis. Dans l’aristocratie, les filles héritent du domaine de leur père en l’absence d’un frère&nbsp;: elles ont la préséance sur toute parentèle masculine indirecte même sur leur oncle. Elles sont ainsi les garantes de la transmission de leur terre à travers les différentes générations. Ainsi Agnès de Ponthieu éleva son fils sur son propre domaine avec l’accord de son mari afin que l’enfant se familiarise l’héritage maternel. La mère assure donc la bonne transmission des terres auprès de son fils. Cependant, la majorité des héritages féminins proviennent des terres des veuves. Au <span class="smallcaps">xii</span><sup>e </sup>siècle, lors d’un mariage, l’époux se doit d’assurer l’avenir de sa femme en lui constituant un douaire. Il s’agit d’un ensemble conséquent de biens pris sur les propres richesses du mari qui reviendront à son épouse au moment de sa mort et cela durant la vie entière de la femme. Les enquêtes de recensement de l’époque montrent la diversité matérielle de ces biens. En 1184, on y mentionne que Mathilde de la Haye, veuve de 57 ans, possède des terres en douaires qui lui permettent d’avoir des revenus annuels de 30 livres qui comprennent notamment 60 moutons, 10 truies et un verrat. Dans la même enquête, Matilde comtesse de Chester obtient 40 livres par an avec un bétail de quatre vaches, un taureau, quatre truies, un verrat et 500 moutons. La mortalité masculine étant importante à cette époque (décès lors de campagne militaire, maladies ou tournois), les veuves forment ainsi une part importante et non négligeable de l’échiquier politique. Il convient cependant de pas oublier les classes sociales moins élitaires&nbsp;: des cas moins visibles mais tout aussi importants, car ils structurent la majorité de la population médiévale. Les femmes des artisans et des commerçants peuvent hériter de l’affaire de leur mari. Dans les classes rurales, les femmes ne sont pas exclues dans la succession des biens familiaux.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/sceau-isabelle-dangouleme-j-628-avers-717x1024.jpg" alt class="wp-image-35281" width="391" height="559"><figcaption>&nbsp;Empreinte de sceau Isabelle d’Angoulême, charte de 1227,&nbsp;&nbsp;Archives nationales de France, Paris , J 628, n°10.</figcaption></figure></div>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Transmission du prestige</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les milieux proches des cercles du pouvoir, l’héritage comprend aussi le titre qui symbolise la charge, le rang et le statut du dirigeant. La particularité du Moyen Âge central est de voir apparaître la pérennité de la transmission des titres de noblesse aux femmes. Si depuis l’Antiquité les femmes ont accès à des qualifications honorifiques, le Moyen Âge voit émerger une féminisation systématique des titres de noblesse. Les travaux des historiens des dernières années ont montré que cette transition apparaît à la fin du haut Moyen Âge. Le morcellement des grands domaines royaux à cette période renforce les pouvoirs locaux. Les seigneurs de ces nouveaux espaces cherchent à affermir leurs pouvoirs symboliques en reproduisant le modèle des familles royales et princières. Ainsi, les femmes n’apparaissent plus comme les épouses ou les filles du prince, du duc ou du comte mais en tant que princesses, duchesses ou comtesses. La reconnaissance d’un rang propre leur permet de s’intégrer plus directement dans l’exercice des pouvoirs seigneuriaux et leur confère plus d’influence dans l’administration du domaine, voire des responsabilités militaires. La systématisation de la transmission des titres de la parentèle masculine à la parentèle féminine est visible dans la création des sceaux où les femmes affichent leur statut, symbole du pouvoir qu’elles détiennent. À l’instar de leur homologue masculin, leur titulature complète y est souvent mentionnée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’héritage comprend aussi une notion plus symbolique mais cruciale qui est la transmission du lignage qui compose l’identité de la noblesse médiévale. Les femmes occupent une place centrale dans la transmission du sang car elles structurent l’espace familial. Elles transmettent ainsi le prestige de leur famille par le mariage. Plus un homme cherche à s’élever dans la société, plus ce dernier cherche à épouser une femme qui lui est supérieure socialement. Cela est notamment visible quand Guillaume le Marechal, chevalier au service du roi Henri II, épouse la comtesse Isabelle de Clare. Cette dernière descend directement des rois irlandais de Leinster alors que Guillaume est le cadet d’une famille de nobles normands. Cette différence de rang engendre un équilibre des pouvoirs au sein du couple qui est visible dans la gestion des actes du domaine. Le mari mentionne dans plusieurs documents le consentement de son épouse pour effectuer une transaction.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="325" height="480" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/releve-du-sceau-alienor-d-aquitaine-fontevrault.png" alt class="wp-image-35280" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/releve-du-sceau-alienor-d-aquitaine-fontevrault.png 325w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/releve-du-sceau-alienor-d-aquitaine-fontevrault-203x300.png 203w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/releve-du-sceau-alienor-d-aquitaine-fontevrault-150x222.png 150w" sizes="auto, (max-width: 325px) 100vw, 325px"><figcaption>Relevé du sceau d’Aliénor d’Aquitaine fait par Rogerii de Gaignieres, 1er sceau du Chartrier de Fontevrault, 1152–1154,&nbsp; Bnf ms. 5419, p.70.&nbsp;</figcaption></figure></div>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>L’héritière type n’existe pas</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, les héritages féminins sont multiformes et complexes. La société médiévale est une société de transmission. L’identité d’un individu au Moyen Âge est majoritairement construite par son héritage familial. Dans ce cadre, les femmes occupent une place prépondérante à plusieurs échelles et sous divers liens. Le père transmet à la fille, l’époux à l’épouse mais celle-ci transmet aussi au mari et la mère à son fils. La transmission des héritages féminins fut l’un des enjeux politiques les plus importants du <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècle. Les particularités et les complexités qui composent les héritages féminins ont permis de construire les identités aristocratiques tout au long de l’époque médiévale, et à l’instar d’Aliénor d’Aquitaine, de modeler le paysage politique de leur époque.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Émilie Margaix est doctorante au Centre d’études de civilisation médiévale (CNRS, université de Poitiers). Sa thèse s’intitule “Le pouvoir et les héritages féminins : transmission, protection et contrôle dans les espaces normands et angevins, de la conquête normande à la&nbsp;<em>Magna Carta</em>”, sous la direction de Martin Aurell et Harmony Dewez.  <br><br>Cet article a été écrit dans le cadre d’une formation à l’écriture journalistique avec l’École doctorale Humanités et SSTSEG des universités de Poitiers et Limoges.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/les-heritieres-du-moyen-age/">Les «héritières» du Moyen Âge</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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