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	<title>CESCM - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>CESCM - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Feb 2025 10:51:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En hommage à Martin Aurell, grand médiéviste mort subitement à son domicile dans la nuit du 7 au 8 février, nous publions l’un des nombreux entretiens qu’il nous a accordés.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En hommage à Martin Aurell, grand médiéviste mort subitement à son domicile dans la nuit du 7 au 8 février, nous publions l’un des nombreux entretiens qu’il nous a accordés.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Professeur d’histoire du Moyen Âge à l’université de Poitiers depuis 1994, au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale qu’il a dirigé de 2016 à 2022, Martin Aurell était un spécialiste des pouvoirs, de la société et de la culture de l’empire Plantagenêt et en Méditerranée occidentale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son dernier ouvrage paru est consacré à <em>Aliénor d’Aquitaine. Souveraine femme</em> (coll. «Grandes Biographies», Flammarion, 2024), une somme d’érudition qui se lit comme un roman. Le personnage s’y prête mais, surtout, l’historien apportait un soin tout particulier à l’écriture. L’appareil critique est considérable, notamment parce qu’il intègre l’historiographie britannique&nbsp;: «Aliénor, aquitaine de naissance et reine de France, mais aussi reine d’Angleterre, où elle a vécu plus d’années que sur le continent, se trouve à la croisée de deux longues traditions nationales et scientifiques dont il importe de comprendre et d’exploiter les caractéristiques propres. Combiner la méthode anglaise, issue de l’empirisme, à la française, redevable du rationalisme, ne peut qu’aboutir à un résultat équilibré.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était toujours un plaisir de s’entretenir avec cet homme d’une rare élégance, au verbe clair, précis, bienveillant, dont l’immense savoir n’avait rien d’écrasant, au contraire il agissait comme un stimulant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons publié cet entretien dans <em>L’Actualité</em> n° 111, en janvier 2016, au moment de la fusion des régions Poitou-Charentes, Limousin et Aquitaine en Nouvelle-Aquitaine.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="808" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2.jpeg" alt class="wp-image-38597" style="width:507px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2.jpeg 808w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-237x300.jpeg 237w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-768x973.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-650x824.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-150x190.jpeg 150w" sizes="(max-width: 808px) 100vw, 808px"><figcaption class="wp-element-caption">Martin Aurell en 2002 quand il publie <em>L’Empire des Plantagenêt (1154–1224)</em>. Photo Mytilus.</figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>La grande Aquitaine d’Aliénor</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Peut-on trouver un ancrage historique à cette grande Aquitaine qui, en 2016, résulte de la fusion avec le Poitou-Charentes et le Limousin&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Martin Aurell. –</strong> Une grande Aquitaine correspond à peu près à l’actuelle région, c’est le royaume d’Aquitaine créé par Charlemagne pour son fils Louis le Pieux. La géographie de cette nouvelle région ne me semble pas absurde, à part le fait qu’il n’y ait pas la Vendée qui, historiquement, fait partie du Poitou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait vain de chercher à établir un déterminisme géographique car les territoires sont toujours des constructions politiques et culturelles, mais on peut faire remonter la structure connue au Moyen Âge jusqu’aux tribus gauloises, via les Romains qui respectaient assez bien le tissu local conquis afin de mieux le gouverner.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce territoire correspond aussi à celui de Guillaume IX le Troubadour, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine, qui cherche à étendre son domaine et qu’il a parfois du mal à maîtriser…</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Guillaume IX veut le comté de Toulouse pour avoir un accès à la mer Méditerranée. En 1094, il se marie à Philippa, fille du comte de Toulouse, puis il conquiert la ville en 1098 et s’y installe afin de faire valoir ses droits sur la ville et le comté, qu’il perdra une dizaine d’années plus tard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peu de temps après son mariage avec Aliénor d’Aquitaine et sans doute poussé par elle, Louis VII fait une campagne contre Toulouse&nbsp;: un échec. Et quand elle est mariée à Henri II Plantagenêt, celui-ci lance à son tour une campagne contre Toulouse, en 1159, tentative d’expansion qui se soldera par l’annexion du Quercy.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au nord de l’Aquitaine, la querelle très ancienne et viscérale avec l’Anjou s’éteint par le mariage d’Aliénor avec Henri II qui est comte d’Anjou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En revanche en Aquitaine, les sires sont très indépendants, prompts à prendre les armes pour se révolter contre le duc. Au sud de la Garonne, le territoire est morcelé en une multitude de vicomtés, de sorte que les ducs d’Aquitaine ont maille à partir avec l’aristocratie gasconne qui est difficile à maîtriser parce qu’elle est habituée à fonctionner de façon autonome dans ses seigneuries, dans ses principautés territoriales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Poitou, le pouvoir de quelques grandes familles est presque équivalent à celui des ducs d’Aquitaine&nbsp;: les Lusignan qui deviendront rois de Jérusalem, de Chypre et d’Arménie, les Parthenay l’Archevêque (leur nom garde la trace d’un ancêtre qui fut archevêque de Bordeaux), les très puissants vicomtes de Thouars, les vicomtes de Châtellerault, les Taillefer d’Angoulême dont une fille, Isabelle, deviendra reine d’Angleterre en épousant Jean sans Terre (1200). Dans la grande révolte de 1242 contre Alphonse de Poitiers, Henri III d’Angleterre, qui est le fils d’Isabelle d’Angoulême, est allié aux Lusignan. Entre l’Angleterre et la France, les sires poitevins sont habiles parce qu’ils savent jouer sur les deux tableaux. Pour obtenir davantage de marges de manœuvre, de liberté ou de moyens, ils peuvent passer des alliances avec le roi d’Angleterre pour se battre contre le roi de France, puis faire l’inverse. Ils y gagneront une mauvaise réputation. Au Moyen Âge, on associe souvent les Poitevins aux traîtres à cause de ce côté changeant qui est la logique politique de l’aristocratie locale.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" width="1024" height="582" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2.jpg" alt class="wp-image-38599" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-300x171.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-768x437.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-650x369.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-150x85.jpg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Détail du grand vitrail de la Crucifixion de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers (XII<sup>e</sup> siècle). Aliénor et Henri II Plantagenêt sont agenouillés, offrant un vitrail. Les quatre fils sont représentés de part et d’autre. Photo Christian Vignaud.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les seigneurs poitevins jouent-ils des alliances France-Angleterre jusqu’à la fin du Moyen Âge&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au contraire, le Poitou est très loyaliste vis-à-vis des Valois pendant la guerre de Cent Ans. Quand Paris est occupée par les Anglais, l’université vient se réfugier à Poitiers. Jean de Berry reconquiert Poitiers et son petit-neveu Charles VII s’y installera plus tard. Finalement, c’est toute la vallée de la Loire qui fait preuve d’une grande fidélité au roi de France. Le Poitou subira les conséquences de la guerre de Cent Ans de façon terrible par la présence des routiers – des mercenaires – et par la bataille de Nouaillé-Maupertuis en 1356 où le roi Jean le Bon est fait prisonnier par le Prince Noir dont les troupes remontaient du sud. Ainsi, par rapport à la Gascogne, le Poitou bascule définitivement du côté de la France à partir du <span class="smallcaps">xiv</span><sup>e </sup>siècle.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Lorsque l’Aquitaine est intégrée à la couronne d’Angleterre, comment le duc affirme-t-il son pouvoir&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1154, Henri II devient roi d’Angleterre et sa femme Aliénor d’Aquitaine, reine. Henri II a essayé de contrôler étroitement le duché de son épouse, mais cela a fini mal pour lui&nbsp;: la grande révolte de 1173 menée par Aliénor et ses fils. Les moyens d’action du duc sur le Poitou sont toutefois peu efficaces. Il essaie d’installer quelques Anglo-Normands aux postes de pouvoir, mais sans beaucoup de succès car la noblesse locale et les communes réclament d’être aux affaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand on évoque l’Aquitaine, c’est souvent Aliénor qui est citée. Comment expliquer cela&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le <span class="smallcaps">xvii</span><sup>e </sup>et le <span class="smallcaps">xviii</span><sup>e </sup>siècle, Aliénor fait l’objet de romans qui profitent surtout de sa mauvaise réputation – tout à fait infondée – qui en fait un personnage sulfureux. Dernièrement, il y eu quelques romans dont un exceptionnel, à mon avis, celui de Clara Dupont-Monod, <em>Le Roi disait que j’étais diable</em> (Grasset &amp; Fasquelle, 2014). C’est un travail littéraire d’analyse psychologique fictive mais l’auteur a mis un point d’honneur à respecter ce que l’on sait d’Aliénor d’après les dernières recherches. Par exemple, elle ne la présente pas comme succombant au charme de son oncle Raymond d’Antioche, ni a aucun autre tentation d’adultère du reste. C’est romancé, je n’en conseillerais pas la lecture à mes étudiants comme livre d’histoire, mais c’est un grand roman, ne serait-ce que par son travail sur la langue, et le jury du Goncourt qui l’a placé parmi ses finalistes ne s’y est pas trompé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Donc si on associe aussi facilement Aliénor à l’Aquitaine c’est parce qu’elle est romanesque&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aliénor hérite de l’Aquitaine et l’apporte à son mari. C’est, d’une certaine façon, sa dot. D’autre part, sa vie est effectivement romanesque. Aliénor est allée à la croisade, elle a parcouru une grande partie de l’Occident notamment pour réunir la rançon de Richard lorsque celui-ce était tenu en captivité par l’empereur du Saint-Empire. C’est une grande dame&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au <span class="smallcaps">xix</span><sup>e </sup>siècle, dans l’historiographie bourgeoise qui met en avant l’émancipation urbaine, elle est liée aux communes libres. Le grand vitrail de la mairie de Poitiers (commandé en 1874) met en scène Aliénor en train d’accorder les libertés aux Poitevins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien que d’avoir été successivement reine de France puis reine d’Angleterre, c’est fascinant. Elle a eu des enfants comme Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre dont tout le monde a entendu parler. Si l’on cherche une femme importante au Moyen Âge, à part Jeanne d’Arc, je ne vois personne qui soit aussi connue, aussi forte, aussi rayonnante qu’Aliénor d’Aquitaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que retenir de l’action d’Aliénor en Aquitaine&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’aussi faible soit sa marge de manœuvre, une femme, même dans une société traditionnelle comme la médiévale, peut toujours s’affirmer, voire s’émanciper, y compris en politique.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/martin-aurell-rejoint-alienor-daquitaine/">Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Lucie Malbos – Le Monde Viking</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Maya Merle]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Nov 2022 22:52:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[archéologie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'homme scandinave n'est pas toujours un viking, bien au contraire. Retour sur l'ouvrage de Lucie Malbos, "Le Monde Viking".</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h3 class="wp-block-heading">Par Maya Merle</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Maîtresse de conférences en histoire médiévale à l’université de Poitiers et membre du CESCM, Lucie Malbos est spécialiste des sociétés scandinaves au premier Moyen Âge. Après avoir publié plusieurs articles et ouvrages, dont sa thèse remaniée sous le titre<em> Les Ports des mers nordiques à l’époque viking (<span class="smallcaps">vii</span><sup>e</sup>-<span class="smallcaps">x</span><sup>e</sup> siècle)</em> chez Brepols en 2017 et <em>Harald à la Dent bleue. Viking, roi, chrétien</em> chez Passés composés en 2022 (prix de la Dame à la licorne 2022), l’historienne nous plonge dans l’univers des populations de l’ancienne Scandinavie avec son nouvel ouvrage <em>Le Monde Viking. Portraits de femmes et d’hommes de l’ancienne Scandinavie</em>, publié par les éditions Tallandier en 2022.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la question «&nbsp;<em>Pourquoi avez-vous choisi de travailler sur l’ancienne Scandinavie ?</em>&nbsp;» Lucie Malbos répond que son déclic a été une université d’été à Aarhus, au Danemark, juste avant son master. Cette passion ne l’a pas quittée. Ainsi, au cours de ses dix dernières années de recherche, elle a fait la rencontre d’une multitude de personnages passionnants. Plus que les vikings à proprement parler, ce qui l’intéresse, c’est le monde scandinave. Elle souhaitait l’aborder de manière différente, et surtout mettre en avant des populations souvent méconnues du grand public. Avec l’aide de son éditeur, Tallandier<em>, </em>elle a opéré un large tri parmi la myriade de personnages, des femmes, hommes et enfants scandinaves aux histoires diverses. Au départ, elle n’avait même pas envisagé d’inclure Rollon et Eric le Rouge, ces très célèbres vikings qui occupent une place bien ancrée dans l’esprit des lecteurs. Cependant, il semblait important de les garder comme des repères.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Les lecteurs ouvriront le livre pour aller suivre les aventures d’Eric le Rouge mais ce faisant, ils découvriront une multitude d’autres personnages passionnants. Ce qui est important, c’est l’équilibre.&nbsp;</em>», souligne Lucie Malbos.&nbsp;</p>
</blockquote>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Le Viking et le Scandinave,&nbsp; entre terre et mer</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Longtemps, dans l’imaginaire collectif, le Viking est apparu comme cet imposant homme blond, barbu, affublé d’un casque à cornes. Si cette imagerie de l’homme du Nord a peu à peu disparu, c’est pour laisser place à d’autres représentations qui s’ancrent dans les esprits à travers les films, les séries ou les jeux vidéos. Désormais, le Viking a ôté son casque à cornes pour une apparence un peu différente, faite de coiffures stylisées et de tatouages. Les représentations iconographiques du <span class="smallcaps">xix</span><sup>e</sup> siècle ont laissé place à celles du début du <span class="smallcaps">xxi</span><sup>e</sup>, qui coïncident aussi avec les préoccupations politiques et sociales de notre époque. Ces stéréotypes, dont il semble être difficile de se détacher, sont «&nbsp;<em>à la fois l’objet combattu par les historiens, et celui auquel ils se raccrochent&nbsp;</em>» explique Lucie Malbos. Pour déconstruire les clichés, il faut les prendre comme point de départ.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’historienne le dit, elle ne souhaite pas faire l’histoire des vikings mais celle des Scandinaves au temps des vikings. La figure du Scandinave demeure toutefois très liée à celle du viking. Mais les populations du Nord sont diverses, hétérogènes et regorgent de particularités. Le viking, par définition, est «&nbsp;<em>celui qui prend la mer</em>&nbsp;» pour faire fortune. Il pille, commerce, explore de nouvelles terres&nbsp;et parfois s’y installe. Les sources textuelles chrétiennes dont on dispose en dressent souvent un portrait peu flatteur : barbare, païen et cruel. Néanmoins, les populations de l’ancienne Scandinavie souffrent aussi de ces qualificatifs dans l’imaginaire collectif, bien qu’elles ne participent pas toujours à ce type d’activités. En effet, si la mer est omniprésente dans la culture scandinave, il ne faut pas oublier l’importance de la terre.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Ce qui a rendu possible les grandes expéditions vikings, c</em>’<em>est une exploitation des ressources terrestres. C</em>’<em>est justement parce que avant la période viking, cette exploitation s</em>’<em>intensifie, que celle-ci devient possible. La société scandinave est donc fondamentalement liée à la mer mais a aussi un pied sur la terre.</em>&nbsp;»&nbsp;</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Pour construire un bateau, il faut du bois, de la laine et du fer, donc des forêts, des moutons et pâturages ou encore des mines dans les montagnes. Ainsi, la grande majorité des scandinaves vit sur terre et certains, aussi surprenant que cela puisse paraître, n’ont probablement jamais pris la mer. Cette terre constitue également la principale source de richesses : pour être reconnus dans la société, tout comme chez leurs voisins carolingiens, les Scandinaves doivent posséder des terres.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Les riches propriétaires fonciers possèdent des bateaux mais ils ne sont pas riches parce qu’ils ont des bateaux, ils ont des bateaux parce qu’ils sont riches et sont riches parce qu’ils possèdent de la terre</em>.&nbsp;»</p>
</blockquote>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/hst_dig55005_2000x1600-2.jpg" alt class="wp-image-36696" width="636" height="508" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/hst_dig55005_2000x1600-2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/hst_dig55005_2000x1600-2-300x240.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/hst_dig55005_2000x1600-2-768x614.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/hst_dig55005_2000x1600-2-650x520.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/hst_dig55005_2000x1600-2-150x120.jpg 150w" sizes="(max-width: 636px) 100vw, 636px"><figcaption class="wp-element-caption">Hache, arme de la vie quotidienne des scandinaves pour la plupart fermiers, Musée historique de Stockholm. </figcaption></figure>
</div>


<h4 class="wp-block-heading"><strong>La difficulté des sources&nbsp;</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">La particularité des sources lorsque l’on étudie les populations scandinaves anciennes, c’est leur caractère lacunaire. Les textes, l’archéologie et les inscriptions runiques sont évidemment des outils indispensables mais il faut toujours les replacer dans leur contexte de production.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>L’Edda de Snorri Sturluson, un texte littéraire du <span class="smallcaps">xiii</span><sup>e</sup> siècle présentant la mythologie nordique, a été très largement utilisé, </em>précise Lucie Malbos<em>. Toutefois, il est nécessaire de garder en tête qu’il s’agit d’un texte produit par un auteur chrétien postérieur à l’époque viking. Se pose alors la question de la part de reconstruction de celui-ci. Les chercheurs peuvent ainsi s’appuyer sur ce type de texte mais doivent impérativement rester conscients des biais qui existent et des partis pris de l’auteur.</em>&nbsp;»&nbsp;</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">C’est également le cas avec l’archéologie, en particulier funéraire. Celle-ci est une mise en scène, un choix opéré par les proches du défunt. Les tombes sont ainsi le reflet de choix postérieurs à la mort de l’individu et ne peuvent en aucun cas être une photographie exacte de la vie de celui-ci.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>L’inconnue de Birka, une femme guerrière ?&nbsp;</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">La femme scandinave guerrière et libre ? Au début des années 2010, à une époque où l’on veut redonner aux femmes une place dont elles ont été privées dans les médias et l’historiographie, il semble important de faire le point sur les nouvelles constructions de la figure de la femme scandinave selon Lucie Malbos.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Certes, les femmes pouvaient se battre, mais les champs de bataille n’étaient pas à moitié composés de régiments féminins. Par ailleurs, elles n’avaient pas plus de libertés et n’étaient pas plus émancipées que leurs contemporaines occidentales, qui n’hésitaient pas non plus à prendre les armes lorsqu’il fallait se protéger et que leur époux était absent. Inversement, les femmes scandinaves s’occupaient aussi essentiellement du foyer et des enfants.&nbsp;</em>»</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ces questionnements autour de ce qui relève du mythe et de la réalité s’incarnent parfaitement dans l’exemple de «&nbsp;l’illustre inconnue de la tombe Bj 581&nbsp;», découverte en 1878 à Birka par Hjalmar Stolpe et qui fait l’objet d’un chapitre du <em>Monde viking</em>. Cette tombe se situe sur une terrasse surplombant le port. À l’intérieur, on y a découvert un squelette humain ainsi que les restes de deux chevaux sacrifiés. Se trouvait à leurs côtés une panoplie entière de guerrier scandinave composée d’une épée, d’une hache, de lances, d’un couteau, des fragments de boucliers ainsi que des pointes de flèches, des poids en bronze et une monnaie. À l’époque de Stolpe, on envisage les armes comme des marqueurs masculins, les bijoux ou les objets liés aux activités textiles étant les marqueurs féminins de référence. L’inconnu, selon les clés de lecture de Stolpe, est alors interprété comme un homme. Toutefois, dans les années 2010, après des analyses ADN, on découvre qu’il s’agit en réalité du squelette d’une femme. Plusieurs questions émergent alors : y avait-il des femmes guerrières dans l’ancienne Scandinavie ? Pourquoi ces armes ? Comment interpréter la présence à la fois d’armes et d’instruments d’échange dans la même tombe ? Autant de questions qui restent plus ou moins en suspens. L’inconnue pourrait être une guerrière comme une marchande, ou tout simplement une protectrice de la ville. Nous n’avons aujourd’hui pas la même grille d’analyse qu’à l’époque, simplement quelques pistes pour formuler des hypothèses.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>On doit s’interroger sur l’époque de la tombe, sur la signification des objets présents et replacer tout cela dans les mentalités de l’époque. Cela, on a beaucoup de mal à le cerner et c’est là que réside toute la difficulté de ces sources. Notre grille d’analyse n’est pas forcément la leur, il faut être prudent et prendre du recul. D’ailleurs, dans certains chapitres, je pose des questions et les laisse en suspens, je suis consciente du côté frustrant que cela peut avoir pour le lecteur !</em>&nbsp;»</p>
</blockquote>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/birka_sweden_viking_grave_bj_581_by_hjalmar_stolpe_in_1889-1.jpg" alt class="wp-image-36683" width="702" height="430" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/birka_sweden_viking_grave_bj_581_by_hjalmar_stolpe_in_1889-1.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/birka_sweden_viking_grave_bj_581_by_hjalmar_stolpe_in_1889-1-300x184.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/birka_sweden_viking_grave_bj_581_by_hjalmar_stolpe_in_1889-1-768x472.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/birka_sweden_viking_grave_bj_581_by_hjalmar_stolpe_in_1889-1-650x399.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/birka_sweden_viking_grave_bj_581_by_hjalmar_stolpe_in_1889-1-150x92.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 702px) 100vw, 702px"><figcaption class="wp-element-caption">La chambre funéraire de l’inconnue de Birka, gravure de Evald Hansen, 1889. </figcaption></figure>
</div>


<h4 class="wp-block-heading"><strong>Politique et religion, intrinsèquement liés ?&nbsp;</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Les Scandinaves sont passés d’un système de croyances polythéiste à une religion monothéiste en quelques siècles. Les premiers missionnaires chrétiens arrivent en Scandinavie au début du <span class="smallcaps">viii</span><sup>e</sup> siècle, avant même le début de l’époque viking, mais les premières tentatives n’aboutissent pas : cela va prendre plus de temps. Toutefois, la Scandinavie n’a pas été convertie de force, contrairement à la Saxe par exemple :&nbsp; ce n’est pas une puissance extérieure qui essaie de convertir le Nord, mais une autorité locale émanant de l’intérieur, comme un roi, qui voit les bénéfices politiques de cette conversion. Rien ne lui est imposé.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;La conversion de la Saxe est assez rapide en raison du recours à la force. Dans le cas du Nord, cela prend plus de temps. Mais c’est également la raison pour laquelle cela se passe mieux.&nbsp;»</em> &nbsp;</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, évolution politique et évolution religieuse fonctionnent ensemble. Dans un premier temps, le fonctionnement politique scandinave est très éclaté, avec des communautés tribales s’organisant autour d’un chef différent en fonction des régions. Puis, à mesure que certains rois essaient de s’imposer et de construire des royaumes unifiés, la religion devient aussi un argument pour légitimer cette autorité. Harald à la Dent bleue est le premier à s’appuyer sur un Dieu unique pour justifier un pouvoir royal unique. Les Scandinaves entrent alors dans un nouveau système de croyances, semblable à celui de l’Occident, mais également dans un nouveau système politique. Les deux ne peuvent être séparés.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/hst_dig53924_4000x3200.jpg" alt class="wp-image-36685" width="688" height="549" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/hst_dig53924_4000x3200.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/hst_dig53924_4000x3200-300x240.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/hst_dig53924_4000x3200-768x614.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/hst_dig53924_4000x3200-650x520.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/hst_dig53924_4000x3200-150x120.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 688px) 100vw, 688px"><figcaption class="wp-element-caption">Pierre runique funéraire chrétienne, Musée historique de Stockholm. </figcaption></figure>
</div>


<h4 class="wp-block-heading"><strong>Et du côté de l’historiographie ?&nbsp;</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Le site archéologique de Ribe, au Danemark, a été fouillé à plusieurs reprises. Les récentes découvertes faites par les Danois remettent en question ce que l’on pensait savoir de ce site et de son évolution. La principale difficulté rencontrée par les chercheurs,&nbsp; c’est la présence de la ville contemporaine au-dessus qui complique énormément les fouilles. Les archéologues danois fouillent aussi en tenant compte des progrès techniques : les forteresses de Harald à la Dent bleue en sont le parfait exemple. Ces forteresses géométriques et symétriques sont fouillées depuis les années 1970, par quart ou par moitié, afin de garder la possibilité de fouiller le reste plus tard, avec de nouvelles techniques. Le monde viking n’a donc pas encore livré tous ses secrets.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="ensavoirplus wp-block-paragraph">L’ouvrage <em>Le Monde Viking. Portraits de femmes et d’hommes de l’ancienne Scandinavie</em> de Lucie Malbos est disponible <a href="https://www.tallandier.com/livre/le-monde-viking/">ici</a> sur le site internet de Tallandier.<br><br>Vous pouvez également vous procurer <em>Harald à la Dent bleue. Roi chrétien</em> qui a obtenu le prix de la Dame à la licorne 2022 <a href="https://passes-composes.com/book/317">ici </a>sur le site internet de Passés / Composés. </p>
</blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/lucie-malbos-le-monde-viking/">Lucie Malbos – Le Monde Viking</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Végétal Moyen Âge</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 May 2022 10:30:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[CESCM]]></category>
		<category><![CDATA[CNRS]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Moyen Âge]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une journée d'échanges, organisée par le CESCM, à propos des plantes dans la santé et l’alimentation au Moyen Âge a lieu le 20 mai, au jardin Deffend de l'université de Poitiers.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Bastien Florenty</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Le jardin botanique universitaire, situé au domaine du Deffend à Mignaloux-Beauvoir, accueille vendredi 20 mai, de 9h à 17h, la journée d’études du Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (université de Poitiers, CNRS) consacrée aux plantes dans la santé et l’alimentation au Moyen Âge.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">C’est une histoire intime qui lie l’humain et les plantes. Depuis toujours elles sont indispensables. D’abord pour se nourrir et se guérir, puis dans l’échange et le commerce, des milliers d’espèces différentes sont employées à des fins variées. Les plantes sont testées, documentées, référencées pour leurs vertus. Qu’elles soient seules, ou assemblées afin d’obtenir une action synergique. Sélectionnées pour répondre à nos besoins, aux conditions climatiques et aux attentes de production, elles nous accompagnent à chaque repas. Le Moyen Âge ne se prive pas de ces bienfaits. Charles Viaut, ATER à l’université de Poitiers, Corinne Lamour, doctorante au CESCM et Martin Aurell, directeur du CESCM, sont les organisateurs de la journée <em><a href="https://cescm.hypotheses.org/14999">Végétal Moyen Âge ! Plantes, santé et alimentation</a>.</em> À la suite de l’introduction de la journée par le directeur du CESCM, cinq conférences de quarante-cinq minutes sont programmées au sein de l’auditorium, ainsi que la visite d’une partie des collections du jardin botanique de l’université de Poitiers.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Plantes et santé</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Corinne Lamour a un parcours singulier puisqu’elle est praticienne hospitalière en oncologie thoracique au CHU de Poitiers et mène un travail inédit, dans le cadre d’une thèse en langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes, sur le seul manuscrit existant traduit en anglais au <span class="smallcaps">xv</span><sup>e </sup>siècle et conservé à l’université de Cambridge (MS Peterhouse 118) du traité de chirurgie d’Henri de Mondeville. Ce dernier était chirurgien de Philippe IV le Bel (1268–1314) et il est le premier Français à rédiger un traité de chirurgie, en quatre parties, dont la dernière est un antidotaire. Le travail de la thèse consiste en l’étude et l’édition de l’ouvrage, naviguant entre les connaissances en botanique et en chirurgie. Si Henri de Mondeville puise son savoir dans les textes d’Hippocrate, Aristote et surtout Galien concernant l’anatomie, il se considère comme moderniste, car élève de Théodoric Borgognoni (1205–1298) et s’oppose aux Anciens dans le traitement des plaies. «En tant que chirurgien du roi et des armées, il est présent sur les champs de bataille où il exerce son savoir», détaille Corinne Lamour, son traité recense ainsi les soins qu’il pratique. Par exemple, pour lui la suture des plaies de première intention prime sur la suppuration. Cette idée novatrice pour l’époque ne reçoit pas le succès escompté jusqu’aux travaux d’Ambroise Paré (1509–1590). «Il est également convaincu de la nécessité de distinguer la préparation des remèdes, de l’application», précise-t-elle. Les apothicaires préparent les remèdes que les chirurgiens appliquent. Ces derniers suivent une formation, ce qui les différencie des barbiers, qui réalisent les saignées. L’utilisation des plantes est à cette époque essentielle dans le traitement des maladies, non seulement en prévention mais aussi dans un but thérapeutique.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/05/img_3616.jpg" alt class="wp-image-35987" width="629" height="838" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/05/img_3616.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/05/img_3616-225x300.jpg 225w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/05/img_3616-650x867.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/05/img_3616-150x200.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 629px) 100vw, 629px"><figcaption>Extrait des comptes de bouche du château de Thouars étudiés par Charles Viaut. <em>Archives nationales, 1AP/559</em></figcaption></figure></div>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Plantes et alimentation</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Afin d’appréhender les régimes alimentaires de nos ascendants, deux approches sont plébiscitées, l’étude des textes et l’archéologie. Pour cela, Charles Viaut, docteur en histoire et archéologie médiévale de l’université de Poitiers et archiviste-paléographe, a décortiqué des documents exceptionnels : les comptes de bouche du milieu du <span class="smallcaps">xv</span><sup>e</sup> siècle du château de Thouars sous Louis d’Amboise. Alors que mange-t-on en Poitou au <span class="smallcaps">xv</span><sup>e </sup>siècle&nbsp;? «Les comptes indiquent des achats de légumes “verts”, de fruits de saison, mais également d’épices», indique-t-il. Qu’elles soient locales comme le safran ou exotiques comme la graine de Paradis (Guinée) et le clou de girofle (Indonésie), elles représentent les dépenses les plus conséquentes. Les comptes ne témoignent pas des productions du château, on peut donc penser que certains produits non mentionnés sur les registres et courants pour l’époque sont cultivés sur place. Son intervention s’appuie sur sa thèse dirigée par Martin Aurell et Nicolas Prouteau, soutenue en novembre 2021&nbsp;: <em>«À la table des princes…et des autres». Consommation et pratiques alimentaires sur les sites castraux et élitaires du nord de l’Aquitaine et du centre-ouest de la France (<span class="smallcaps">x</span><sup>e</sup>-<span class="smallcaps">xv</span><sup>e</sup>&nbsp;siècle) </em>ainsi que sur les travaux de l’historien Laurent Vissière à propos du château de Thouars sous Louis II de la Trémoïlle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La programmation est complétée par trois intervenantes. Laurence Moulinier-Brogi, professeure d’histoire médiévale à l’Université de Lyon II propose un panorama des connaissances et usages des plantes. Quant à Alice Laforêt, archiviste-paléographe et conservatrice des bibliothèques, chargée des collections patrimoniales à la Bibliothèque du Muséum national d’Histoire naturelle apporte un éclairage sur les produits des arbres à partir de l’ouvrage <em>Hortus sanitatis </em>(1491). Charlotte Hallavant, carpologue au laboratoire Traces de l’Université Toulouse – Jean Jaurès, aborde le versant archéologique de l’alimentation. Son travail porte sur l’étude et la caractérisation des graines et semences conservées sur les sites. Elle participe au programme de recherche consacré à l’enrichissement et l’étude des données archéozoologiques et archéobotaniques du groupement de recherche Bioarcheodat (CNRS, Inrap, Archimede, Museum national d’histoire naturelle, UMR archéozoologie – archéobotanique). Son intervention s’intéresse à l’étude carpologique (dont elle est l’une des rares spécialistes) de sites médiévaux situés dans l’ancienne région Poitou-Charentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Afin de profiter de la splendeur du jardin en fleur au printemps, Géraldine Garcia, maître de conférences en paléontologie et responsable des collections scientifiques de l’université de Poitiers, conduit la visite des collections d’herbiers et fossiles végétaux du jardin botanique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Moyen Âge est une époque marquée par des préjugés tenaces, et dont certains aspects sont flous. Cette journée d’études propose une approche pluridisciplinaire et nous apporte des éléments essentiels afin de comprendre les modes de vie de nos prédécesseurs, ici le rapport aux plantes, loin des idées reçues.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>La journée d’études <em>Végétal Moyen Âge&nbsp;! Plantes, santé et alimentation</em>, organisée par le CESCM (université de Poitiers, CNRS) a lieu le vendredi 20 mai de 9h à 17h au jardin botanique de l’université de Poitiers situé sur le domaine de Deffend à Mignaloux-Beauvoir. L’entrée est libre, les pique-niques sont autorisés, un food truck végétarien est également proposé.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/vegetal-moyen-age/">Végétal Moyen Âge</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Les «héritières» du Moyen Âge</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Jan 2022 09:09:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Aliénor]]></category>
		<category><![CDATA[Aquitaine]]></category>
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		<category><![CDATA[histoire]]></category>
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		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Parmi les "héritières" du Moyen Âge, Aliénor d'Aquitaine reste la plus célèbre... Qu'en est-il des autres femmes ?</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/les-heritieres-du-moyen-age/">Les «héritières» du Moyen Âge</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Émilie Margaix</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aliénor d’Aquitaine est aujourd’hui considérée comme l’un des exemples les plus explicites du pouvoir féminin au Moyen Âge. La fascination qu’elle exerce aujourd’hui est due à la position que cette dernière a occupée à la tête de deux des plus grands pays européens du <span class="smallcaps">xii</span><sup>e </sup>siècle&nbsp;: les royaumes des Capétiens et des Plantagenêts. Le fait qu’elle ait été successivement Reine de France et d’Angleterre est un cas unique, inégalé même de ses homologues masculins. Ces rôles ont parfois éclipsé dans les mémoires le fondement de son pouvoir&nbsp;: l’héritage du duché d’Aquitaine. En tant que duchesse d’Aquitaine, Aliénor dirige l’un des espaces les plus riches d’Europe allant de la Vendée actuelle, en comprenant l’Auvergne, et descendant jusqu’aux Pyrénées. Cet exemple éblouissant, nous aveugle parfois au point d’oublier que le <span class="smallcaps">xii</span><sup>e </sup>siècle regorge de cas similaires&nbsp;: Agnès de Ponthieu hérite de son père le Comté de Ponthieu en Normandie&nbsp;; Isabelle de Clare reçoit de ses parents les plus grands domaines en Irlande&nbsp;; Isabelle de Gloucester est l’une des héritières les plus importantes du pays de Galles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La multiplication de mentions relatives aux problématiques des biens féminins dans les diverses sources montre non seulement que les femmes n’ont jamais été exclues totalement des lignes de succession mais que les héritages sont nombreux, complexes et multiformes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’héritage renvoie d’abord à une notion matérielle. Il s’agit souvent de biens fonciers ou pécuniaires qui sont accordés aux femmes dans des cas précis. Dans l’aristocratie, les filles héritent du domaine de leur père en l’absence d’un frère&nbsp;: elles ont la préséance sur toute parentèle masculine indirecte même sur leur oncle. Elles sont ainsi les garantes de la transmission de leur terre à travers les différentes générations. Ainsi Agnès de Ponthieu éleva son fils sur son propre domaine avec l’accord de son mari afin que l’enfant se familiarise l’héritage maternel. La mère assure donc la bonne transmission des terres auprès de son fils. Cependant, la majorité des héritages féminins proviennent des terres des veuves. Au <span class="smallcaps">xii</span><sup>e </sup>siècle, lors d’un mariage, l’époux se doit d’assurer l’avenir de sa femme en lui constituant un douaire. Il s’agit d’un ensemble conséquent de biens pris sur les propres richesses du mari qui reviendront à son épouse au moment de sa mort et cela durant la vie entière de la femme. Les enquêtes de recensement de l’époque montrent la diversité matérielle de ces biens. En 1184, on y mentionne que Mathilde de la Haye, veuve de 57 ans, possède des terres en douaires qui lui permettent d’avoir des revenus annuels de 30 livres qui comprennent notamment 60 moutons, 10 truies et un verrat. Dans la même enquête, Matilde comtesse de Chester obtient 40 livres par an avec un bétail de quatre vaches, un taureau, quatre truies, un verrat et 500 moutons. La mortalité masculine étant importante à cette époque (décès lors de campagne militaire, maladies ou tournois), les veuves forment ainsi une part importante et non négligeable de l’échiquier politique. Il convient cependant de pas oublier les classes sociales moins élitaires&nbsp;: des cas moins visibles mais tout aussi importants, car ils structurent la majorité de la population médiévale. Les femmes des artisans et des commerçants peuvent hériter de l’affaire de leur mari. Dans les classes rurales, les femmes ne sont pas exclues dans la succession des biens familiaux.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/sceau-isabelle-dangouleme-j-628-avers-717x1024.jpg" alt class="wp-image-35281" width="391" height="559"><figcaption>&nbsp;Empreinte de sceau Isabelle d’Angoulême, charte de 1227,&nbsp;&nbsp;Archives nationales de France, Paris , J 628, n°10.</figcaption></figure></div>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Transmission du prestige</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les milieux proches des cercles du pouvoir, l’héritage comprend aussi le titre qui symbolise la charge, le rang et le statut du dirigeant. La particularité du Moyen Âge central est de voir apparaître la pérennité de la transmission des titres de noblesse aux femmes. Si depuis l’Antiquité les femmes ont accès à des qualifications honorifiques, le Moyen Âge voit émerger une féminisation systématique des titres de noblesse. Les travaux des historiens des dernières années ont montré que cette transition apparaît à la fin du haut Moyen Âge. Le morcellement des grands domaines royaux à cette période renforce les pouvoirs locaux. Les seigneurs de ces nouveaux espaces cherchent à affermir leurs pouvoirs symboliques en reproduisant le modèle des familles royales et princières. Ainsi, les femmes n’apparaissent plus comme les épouses ou les filles du prince, du duc ou du comte mais en tant que princesses, duchesses ou comtesses. La reconnaissance d’un rang propre leur permet de s’intégrer plus directement dans l’exercice des pouvoirs seigneuriaux et leur confère plus d’influence dans l’administration du domaine, voire des responsabilités militaires. La systématisation de la transmission des titres de la parentèle masculine à la parentèle féminine est visible dans la création des sceaux où les femmes affichent leur statut, symbole du pouvoir qu’elles détiennent. À l’instar de leur homologue masculin, leur titulature complète y est souvent mentionnée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’héritage comprend aussi une notion plus symbolique mais cruciale qui est la transmission du lignage qui compose l’identité de la noblesse médiévale. Les femmes occupent une place centrale dans la transmission du sang car elles structurent l’espace familial. Elles transmettent ainsi le prestige de leur famille par le mariage. Plus un homme cherche à s’élever dans la société, plus ce dernier cherche à épouser une femme qui lui est supérieure socialement. Cela est notamment visible quand Guillaume le Marechal, chevalier au service du roi Henri II, épouse la comtesse Isabelle de Clare. Cette dernière descend directement des rois irlandais de Leinster alors que Guillaume est le cadet d’une famille de nobles normands. Cette différence de rang engendre un équilibre des pouvoirs au sein du couple qui est visible dans la gestion des actes du domaine. Le mari mentionne dans plusieurs documents le consentement de son épouse pour effectuer une transaction.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="325" height="480" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/releve-du-sceau-alienor-d-aquitaine-fontevrault.png" alt class="wp-image-35280" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/releve-du-sceau-alienor-d-aquitaine-fontevrault.png 325w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/releve-du-sceau-alienor-d-aquitaine-fontevrault-203x300.png 203w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/releve-du-sceau-alienor-d-aquitaine-fontevrault-150x222.png 150w" sizes="auto, (max-width: 325px) 100vw, 325px"><figcaption>Relevé du sceau d’Aliénor d’Aquitaine fait par Rogerii de Gaignieres, 1er sceau du Chartrier de Fontevrault, 1152–1154,&nbsp; Bnf ms. 5419, p.70.&nbsp;</figcaption></figure></div>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>L’héritière type n’existe pas</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, les héritages féminins sont multiformes et complexes. La société médiévale est une société de transmission. L’identité d’un individu au Moyen Âge est majoritairement construite par son héritage familial. Dans ce cadre, les femmes occupent une place prépondérante à plusieurs échelles et sous divers liens. Le père transmet à la fille, l’époux à l’épouse mais celle-ci transmet aussi au mari et la mère à son fils. La transmission des héritages féminins fut l’un des enjeux politiques les plus importants du <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècle. Les particularités et les complexités qui composent les héritages féminins ont permis de construire les identités aristocratiques tout au long de l’époque médiévale, et à l’instar d’Aliénor d’Aquitaine, de modeler le paysage politique de leur époque.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Émilie Margaix est doctorante au Centre d’études de civilisation médiévale (CNRS, université de Poitiers). Sa thèse s’intitule “Le pouvoir et les héritages féminins : transmission, protection et contrôle dans les espaces normands et angevins, de la conquête normande à la&nbsp;<em>Magna Carta</em>”, sous la direction de Martin Aurell et Harmony Dewez.  <br><br>Cet article a été écrit dans le cadre d’une formation à l’écriture journalistique avec l’École doctorale Humanités et SSTSEG des universités de Poitiers et Limoges.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/les-heritieres-du-moyen-age/">Les «héritières» du Moyen Âge</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Graffeurs en Terre Sainte</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Feb 2021 23:21:27 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Estelle Ingrand-Varenne, chargée de recherche au CNRS et épigraphiste au CESCM, mène un projet de recherches sur les inscriptions latines.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Iseult Le Roux</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La basilique de la Nativité, à Bethléem, est une mine d’or pour qui travaille l’épigraphie. Des inscriptions grecques, syriaques, arméniennes, arabes et latines, qu’elles soient de nature officielle ou des graffiti, s’y mêlent et correspondent entre elles dans une véritable «cacophonie graphique». C’est en visitant cet édifice en 2019 qu’Estelle Ingrand-Varenne, chargée de recherche au CNRS et épigraphiste au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale à Poitiers (CESCM) et actuellement détachée au Centre de recherche français à Jérusalem (CRFJ), est confortée dans l’idée que les inscriptions latines sont d’un intérêt majeur pour la recherche et d’un grand potentiel scientifique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa réflexion a débuté lors d’un colloque à Stanford sur le lien entre les écritures latines du Sud de la France et celles de la «Terre Sainte», suivie d’une communication à Istanbul pour parler des inscriptions de Constantinople. Elle réalise qu’il n’y a pas de regard global à l’échelle de la Méditerranée orientale sur les inscriptions latines. Qu’est-ce et que produit cette écriture en alphabet latin au milieu de toutes les autres&nbsp;? Cette écriture ne peut être étudiée seule, cloisonnée dans un champs de recherche traditionnel, mais doit être prise dans un tout&nbsp;: il faut considérer son milieu ainsi que le contexte historique, ses interactions avec les autres inscriptions et son évolution, ses migrations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car, entre le <span class="smallcaps">vii</span><sup>e</sup> et le <span class="smallcaps">xvi</span><sup>e</sup> siècles, les Occidentaux (marchands, croisés…) s’établissent en Orient et y apposent leur marque au travers de l’écriture, dans les églises, les hospices, dans l’espace qui est le leur, en forme d’affirmation et d’appropriation de l’espace où la langue latine n’est plus majoritaire. Il s’agit alors d’étudier l’écriture épigraphique latine et ses migrations sur un territoire étendu, qui va de la Grèce à la Turquie, en passant par l’Égypte, la Syrie-Palestine et Chypre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le projet GRAPH-EAST&nbsp;: <em>Latin as an Alien Script in the Medieval ‘Latin East’</em>. Cette étude est novatrice, car le champ des inscriptions latines est «un désert scientifique» et jusqu’ici (quasiment) inexploité. 2500 inscriptions, pour certaines inédites, feront l’objet de cette recherche. C’est un projet qui «vise à comprendre la représentation et la pratique de l’écriture latine, à fournir une histoire de l’épigraphie dans cette région».</p>



<h4 class="wp-block-heading">Au cœur des écritures</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Innovation récompensée en cette année 2020 par le conseil européen de la recherche (ERC) dans le cadre de l’appel Starting Grant qui finance un projet scientifique exploratoire sur une période de cinq ans. Ce programme soutient la recherche de pointe dans tous les domaines scientifiques possibles. Sélectionnés sur des critères d’excellence scientifique par des jurys internationaux, ces candidats sont des chercheurs qui doivent avoir terminé leur thèse depuis deux à sept ans avant la nomination, condition <em>sine qua non</em> pour obtenir la bourse. Parmi les 3200 dossiers, il y a eu 436 lauréats, dont 124 en sciences humaines, avec seulement 5 originaires de France.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, Estelle Ingrand-Varenne a reçu la somme de 1,5M d’euros pour financer son étude. Le budget attribué servira à financer les voyages sur place, payer les équipes et le matériel nécessaire à la répertorisation des inscriptions, tel que la photogrammétrie par exemple. Cette technique est notamment utilisée pour les graffiti, et consiste à effectuer des mesures en prenant en considération le changement de position de l’observateur acquis entre deux point de vue, afin d’obtenir un résultat en 3D.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le projet devrait se dérouler en deux temps. À partir de 2021, les trois premières années seront réservées au recensement, au catalogage et à la traduction de ce nouveau corpus, pour ensuite utiliser les deux années restantes au travail de réflexion sur le sujet, avec une équipe de collaborateurs internationale, spécialistes des écritures byzantine, arabe, arménienne, syriaque, hébraïque, ou encore éthiopienne et dans chacun des pays de la Méditerranée orientale.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Pour en savoir plus sur l’épigraphie médiévale, consulter le dossier «Richesse épigraphiques de Nouvelle-Aquitaine» paru dans le N°124 (avril-mai-juin 2019) de <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em>, à l’occasion du 60<sup>ème</sup> anniversaire de la création du <em>Corpus des inscriptions de France médiévale</em> par le CESCM.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/graffeurs-en-terre-sainte/">Graffeurs en Terre Sainte</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Dans les méandres de la quête de Dieu</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 May 2020 12:15:11 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Que viennent faire les représentations de labyrinthes au sein des cathédrales ? Chemin vers le savoir ou prise de conscience de l'ignorance ?</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dans-les-meandres-de-la-quete-de-dieu/">Dans les méandres de la quête de Dieu</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Élise Vernerey</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Créé par Dédale pour accueillir le Minotaure, le labyrinthe de Crète est l’une des constructions mythologiques les mieux connues. Mais que viennent faire les représentations de ce motif au sein de la cathédrale médiévale&nbsp;?</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«Nous étions tout à fait risibles. Comme les enfants qui courent après les alouettes, nous pensions toujours mettre immédiatement la main sur telle ou telle science, et chaque fois elles nous échappaient. […] Mais étant arrivés à l’art royal et recherchant si c’était celui-là qui produit le bonheur nous tombâmes alors dans une espèce de labyrinthe, et au moment où nous croyions enfin toucher le but, ayant fait le tour du labyrinthe, nous nous retrouvâmes pour ainsi dire au début de notre recherche, aussi en peine que nous l’étions en commençant notre enquête.»</em></p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">C’est en ces mots que Platon, dans son <em>Euthydème</em>, décrit la quête de toute connaissance. La figure du labyrinthe lui permet de mettre en lumière le paradoxe sur lequel elle repose&nbsp;: la science acquise ne mène jamais qu’à la prise de conscience de l’ignorance, qui en cercle partout les contours. Loin d’être amer cependant, ce constat laisse entrevoir de quelle manière l’insuffisance est le puissant moteur de la recherche. Parce que l’ambition de la connaissance ne connaît pas de satiété, l’ignorance est apte à nourrir le désir sans fin du savoir et à entraîner l’homme dans son cheminement labyrinthique.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="609" height="597" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/labyrinthe_gaucher_jean_lou_jean_dorbais_bernard_de_soissons_dessin_jacques_cellier_xvie_html_m7e77111d.jpg" alt class="wp-image-32966" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/labyrinthe_gaucher_jean_lou_jean_dorbais_bernard_de_soissons_dessin_jacques_cellier_xvie_html_m7e77111d.jpg 609w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/labyrinthe_gaucher_jean_lou_jean_dorbais_bernard_de_soissons_dessin_jacques_cellier_xvie_html_m7e77111d-300x294.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/labyrinthe_gaucher_jean_lou_jean_dorbais_bernard_de_soissons_dessin_jacques_cellier_xvie_html_m7e77111d-150x147.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 609px) 100vw, 609px"><figcaption>Relevé du labyrinthe de la cathédrale de Reims par Jacques Cellier (1583–1587), BnF Ms. Fr. 9152.</figcaption></figure>



<h4 class="wp-block-heading">L’entrelacs éternel du chercheur</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Image de la démarche aporique, le motif du labyrinthe sera repris en ce sens par les théologiens. Quel objet, en effet, se dérobe à la connaissance humaine plus que Dieu lui-même, qui est invisible et ineffable par essence&nbsp;? Le labyrinthe devient, dans leurs discours, le motif d’une quête de Dieu impossible et sans dénouement. Il sert à exprimer toute la difficulté pour l’homme, seul et pourvu de capacités réduites, de comprendre la divinité, qui lui est en tout point supérieure. C’est, en somme, un trajet labyrinthique que de vouloir parvenir à Dieu avec pour seule arme sa modeste nature humaine et pour objet de perception la multiplicité du monde. Toutefois, selon ces derniers, si Dieu se soustrait à l’homme, ce n’est jamais que pour mieux l’attirer à lui et susciter le désir par le manque. Le divin que cherche l’homme est à l’image du bien aimé du <em>Cantique des cantiques</em>, à la poursuite duquel s’élance éperdument la fiancée. Comme l’écrit Grégoire de Nysse, Dieu, face à l’âme avide de l’homme, «l’attire vers lui dans un entrelacs éternel du chercher et du trouver, d’absence et de présence».</p>



<p class="wp-block-paragraph">La présence de labyrinthes dans les édifices sacrés médiévaux questionne l’homme moderne. Leur caractère ludique et leur inspiration païenne assumée ont valu à ces motifs une incompréhension expliquant leur destruction moderne, presque systématique&nbsp;: ils furent jugés incompatibles avec l’espace ecclésial et sa vocation spirituelle. Pourtant, leur lien est explicite avec les constructions dans lesquelles ils se déployaient notamment lorsque les figures des architectes et des maîtres d’œuvres étaient représentées en leur sein comme à Amiens — où le labyrinthe était qualifié de «maison de Dédale» — ou encore à Reims.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="398" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/poitiers-labyrinthe-cathedrale.jpg" alt class="wp-image-32967" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/poitiers-labyrinthe-cathedrale.jpg 600w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/poitiers-labyrinthe-cathedrale-300x199.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/poitiers-labyrinthe-cathedrale-150x100.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px"><figcaption>Labyrinthe gravé de la cathédrale de Poitiers. Photothèque du CESCM.</figcaption></figure>



<h4 class="wp-block-heading">La cathédrale : un labyrinthe </h4>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;Au regard de l’usage du motif dans les sources littéraires, il semble possible de voir dans ces dédales — constituant le pavement de la cathédrale comme à Chartres ou simplement gravé sur les murs comme c’est le cas à Poitiers ou à Lucques — une métaphore de la démarche théologique elle-même, dans son acmé. Le labyrinthe est le signe du moment où l’homme prend conscience de son impuissance à connaître la divinité. Au terme d’un parcours fait d’impasses et de conversion, au sens spirituel comme à celui physique de changement de direction, la découverte par l’homme de l’incapacité à comprendre ce qui le dépasse constitue paradoxalement une réelle et profonde connaissance et l’aboutissement de l’itinéraire aporique. Le motif vient de la sorte définir la valeur même des formes offertes au regard au sein de l’édifice qui en constitue le support. Métaphore de la complexité de l’église et du parcours spirituel qu’elle induit chez l’homme gravitant en son sein, le labyrinthe fait probablement écho à l’hétérogénéité des formes qui caractérise la construction, formes particulièrement denses dans les cathédrales monumentales du <span class="smallcaps">xiii</span><sup>e</sup>&nbsp;siècle. Il sert à penser l’espace de l’édifice et se fait le modèle réduit du cheminement du fidèle. Il définit probablement le pouvoir spirituel du lieu et la performance qu’il accomplit. Les formes de la cathédrale sont le reflet de la multiplicité du monde sensible, qui est la base de la compréhension de son Créateur&nbsp;; à l’instar des voies dédaléennes, c’est cependant à un point central, l’Un de la divinité, que le réseau tissé par la diversité architecturale et figurée renvoie.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="800" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/chartresapproximation-svg_.png" alt class="wp-image-32968" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/chartresapproximation-svg_.png 800w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/chartresapproximation-svg_-300x300.png 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/chartresapproximation-svg_-150x150.png 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/chartresapproximation-svg_-768x768.png 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/chartresapproximation-svg_-650x650.png 650w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px"><figcaption>Reproduction du labyrinthe de la cathédrale de Chartres. Wikimédia, <a href="https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Thurmanukyalur">Thurmanukyalur</a>.</figcaption></figure>



<h4 class="wp-block-heading">Accepter le mystère</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, le caractère inextricable de la figure du labyrinthe illustre peut-être le paroxysme spirituel atteint par l’homme à la recherche du divin dont, plus globalement, l’édifice entier est l’objet de pensée. Ce dernier engage une perte de signification induite par un trop plein de significations, un excès suscité par une surabondance des formes architecturales et narratives. La saturation ornementale rend impossible l’appréhension complète du discours des images de la cathédrale par l’homme. Labyrinthique, la relation de l’homme à l’édifice vient possiblement provoquer la reconnaissance du caractère inatteignable de Dieu. Dans le même temps, elle déclenche une union étroite avec le divin, en ce qu’elle permet au fidèle d’outrepasser la démarche intellectuelle pour, <em>in fine</em>, reconnaître tout le mystère de l’essence divine. Il s’agit dès lors d’accepter de s’en émerveiller, comme l’on peut être fasciné par la beauté de l’église sans pour autant comprendre le sens de son propos. À cet égard, le caractère ludique du labyrinthe, loin d’être anecdotique, signifie de quelle manière la poursuite de la connaissance est un jeu par lequel l’homme, tel un enfant espiègle, se laisse guider par un Dieu pédagogue qui se cache pour le captiver.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="672" height="672" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/monument_historique.jpg" alt class="wp-image-32969" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/monument_historique.jpg 672w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/monument_historique-300x300.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/monument_historique-150x150.jpg 150w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/monument_historique-650x650.jpg 650w" sizes="auto, (max-width: 672px) 100vw, 672px"><figcaption>Logo des monuments historiques, d’après le labyrinthe de la cathédrale de Reims.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Devenu le signe qui vient aujourd’hui signaler les monuments historiques, le labyrinthe renvoie de manière intemporelle au cheminement de la connaissance, un cheminement dans lequel on se perd pour mieux se retrouver, car finalement, comme l’écrit Grégoire de Nysse, «le gain de la recherche, c’est la recherche elle-même». Or, il semble bien que toute la fortune du labyrinthe tienne en une seule formule&nbsp;: un savoir capable de reconnaître sa propre ignorance n’est plus seulement un savoir, mais s’apparente à de la sagesse.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Élise Vernerey est doctorante au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale de l’université de Poitiers. Ses recherches portent sur l’image monumentale et la théologie apophatique au <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècle, sous la direction de Cécile Voyer et de Marcello Angheben.</p><p>Lire également <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/la-strategie-des-vertus/">La stratégie des vertus</a> par Élise Vernerey.</p></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Cet article a été écrit dans le cadre d’une formation à l’écriture journalistique avec l’École doctorale Humanités des universités de Poitiers et Limoges.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dans-les-meandres-de-la-quete-de-dieu/">Dans les méandres de la quête de Dieu</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Restituer un repas médiéval</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 May 2020 08:14:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comment restituer un repas médiéval ? Loin des représentations, d'après les archéologues et les historiens de la cuisine et des mets médiévaux.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Charles Viaut</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’alimentation de nos ancêtres nous fascine. Nombreuses sont les propositions de reconstitution ou de réinterprétation de repas du passé&nbsp;: repas romains couchés sur des banquettes, cuisine du temps de Louis XIV, jusqu’au «régime paléo» (-lithique) censé correspondre au mieux à notre nature, et améliorer les performances sportives. C’est de loin le «banquet médiéval» qui attire le plus les foules toutefois&nbsp;; on ne compte plus les fêtes médiévales organisées dans des villages, villes et sites historiques, qui s’accompagnent nécessairement d’une restauration à connotation médiévale&nbsp;: le succès des viandes grillées, vins épicés et produits des terroirs actuels habilement mis en valeur et servis à cette occasion ne se dément pas et illustre bien notre appétence pour le Moyen Âge, y compris en matière de cuisine. En région Nouvelle-Aquitaine, les Médiévales de Saint-Léonard de Noblat (Haute-Vienne) sont ainsi jumelées à une Fête de la viande, et la foire en Troque-sel de Bourg-sur-Gironde (Gironde) met plus en valeur le vin des côtes de Bourg que le sel qui en était le produit phare au Moyen Âge&nbsp;! Ces manifestations sont finalement aussi contemporaines que médiévales dans les préférences qui y sont affichées&nbsp;: si le goût affirmé pour le vin et la viande est commun à ces deux époques, la préparation et le goût diffèrent largement. Un banquet médiéval reconstitué tel qu’on le préparait dans un château du <span class="smallcaps">xv</span><sup>e</sup> siècle étonnerait quelque peu nos contemporains&nbsp;: s’attendant à un repas aux saveurs de terroir, le goûteur de 2019 se verrait en fait servir des plats aux saveurs extrêmes, sucrées et fortement épicées, plus propres à contenter l’amateur de cuisine indienne… La comparaison, qui pourrait paraître facile, est le fait du grand historien de l’alimentation italien Massimo Montanari, qui cherche ainsi à nous donner une comparaison actuelle, même inexacte, tant est grande la différence entre les goûts analytiques de notre cuisine européenne actuelle, dans laquelle nous cherchons à percevoir séparément, «analyser» le goût de chaque ingrédient, et les goûts synthétiques des cuisines européennes médiévales, ou de la cuisine indienne actuelle, dans lesquelles la sauce épicée donne son goût à tout le plat&nbsp;: elle le «synthétise».</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Vestiges et archives</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire doit s’écrire à partir de documents&nbsp;; en ce qui concerne l’alimentation médiévale, ils sont de toutes sortes. L’archéologie des habitats et des dépotoirs médiévaux fournit la plus grande masse d’informations sur les préparations culinaires. Les lieux de préparations des aliments, du simple foyer à même le sol des maisons paysannes découvertes par l’archéologie préventive le long du tracé de la LGV-Atlantique, aux vastes cuisines aux cheminées monumentales encore visibles dans le palais des comtes de Poitiers (Vienne) ou au château de Gavaudun (Lot-et-Garonne), sont étudiés sous toutes leurs coutures, de l’archéologie du bâti des murs et des cheminées à l’analyse chimique des charbons des foyers et du phosphate des sédiments qui nous renseignent sur les activités culinaires passées. Les objets retrouvés dans ces contextes sont évidemment une source documentaire primordiale. Les tessons de céramiques culinaires sont les objets le plus fréquemment retrouvés dans tout type de contexte archéologique. Leur évolution typologique au cours de l’époque médiévale nous renseigne sur les cuissons et leur évolution. On passe globalement d’une alimentation mijotée en pot dans tous les milieux sociaux autour de l’an mil, à des poteries beaucoup plus diversifiées dans les châteaux et les sites privilégiés à la fin du Moyen Âge, ce qui indique l’emploi de nombreux modes de cuisson&nbsp;: mijotage, grillage sur le feu, friture… Les vestiges des aliments eux-mêmes sont très fréquemment découverts. Parfois sous forme de traces de cuisson au fond des pots, mais ce sont le plus souvent les os des animaux consommés qui sont retrouvés et étudiés par les archéozoologues. Nous connaissons ainsi dans leurs grandes lignes les préférences des hommes du Moyen Âge en matière de viande, et leur évolution. Chez le paysan, c’est avant tout le bœuf et la vache de réforme, trop vieille pour travailler et donner son lait, et plus rarement le porc salé, qui fournissent la viande. Les jours de jeûne imposés par l’Église et en Carême, les «jours maigres», le hareng de conserve pêché en mer du Nord ou en Baltique vient améliorer l’ordinaire à la fin du Moyen Âge. Chez le moine, c’est surtout le poisson de mer ou d’eau douce, ainsi que la volaille car la chair des quadrupèdes lui est théoriquement interdite par la règle de Saint-Benoît s’il n’est pas malade. Bien des moines se feront porter pâles pour manger tout leur soûl de viande, avant que le relâchement de la Règle ne leur permette de poser de la viande sur leur table après le <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècle… Chez le seigneur laïc ou ecclésiastique, en période grasse, le porc est la viande la plus servie sur la table seigneuriale jusqu’au <span class="smallcaps">xiii</span><sup>e</sup> siècle, avant que les volailles et autres volatiles de basse-cour ne s’y fassent une place de choix à la fin du Moyen Âge. Le grand et petit gibier y a sa place même s’il est loin de composer la majeure partie de l’alimentation carnée. Enfin le poisson frais, d’eau douce puis de plus en plus de mer, est servi en période maigre. Les pollens étudiés par le palynologue et surtout les graines étudiées par le carpologue sont souvent retrouvés carbonisés dans les vestiges de foyers, ou imbibés d’eau dans les anciennes latrines et dépotoirs des habitats médiévaux. Ils nous rappellent que les végétaux, et en premier lieu les céréales et le pain, forment la majeure partie de l’alimentation médiévale, surtout chez les paysans et lors des phases d’expansion démographique du <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup>-<span class="smallcaps">xiii</span><sup>e</sup> siècle.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/05/img_2871-corrige-681x1024.jpg" alt class="wp-image-32929"><figcaption>Comptes d’approvisionnement du château de Pons en 1402.&nbsp;Photo Alain Champagne, université de Pau, ITEM.</figcaption></figure>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>«Sauce des Poitevins»</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’archéologie nous renseigne sur la composition des repas médiévaux, les techniques culinaires et leur évolution pendant la longue période médiévale, la question du goût et de la gastronomie resterait bien mystérieuse sans l’apport des textes écrits à la période médiévale. Certains d’entre eux, comme les comptes d’approvisionnement des châteaux du <span class="smallcaps">xiv</span><sup>e</sup> et du <span class="smallcaps">xv</span><sup>e</sup> siècle, véritables prédécesseurs médiévaux de nos tickets de caisse actuels, nous permettent de connaître les achats au jour le jour. Ceux du château de Pons (Charente-Maritime) permettent par exemple de connaître les achats de l’intendant en 1402. Ils sont particulièrement précieux notamment pour reconnaître les produits qui ne se conservent pas dans les sédiments archéologiques, comme les épices exotiques&nbsp;: poivre, gingembre, cannelle, sucre de canne, safran, clou de girofle font partie des produits régulièrement achetés par les gestionnaires des grandes cuisines du Moyen Âge. L’emploi de ces épices avec les produits alimentaires nous est connu grâce aux livres de cuisine et aux recueils de recettes, qui apparaissent en Angleterre et en Catalogne au <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècle, puis florissent un peu partout en Europe, du Danemark à l’Italie en passant par la France, à la fin du <span class="smallcaps">xiii</span><sup>e</sup> et au <span class="smallcaps">xiv</span><sup>e</sup> siècle. L’Aquitaine médiévale n’en a pas produit, mais nous retrouvons des recettes comme la célèbre «sauce des poitevins», censée guérir le manque d’appétit, dans des recueils culinaires et diététiques jusqu’en Angleterre ou en Italie du Sud&nbsp;! Les recueils de recettes français les plus célèbres, comme le <em>Viandier</em> de Guillaume Tirel dit Taillevent, cuisinier royal (<span class="smallcaps">xiv</span><sup>e</sup> siècle), étudié par l’historien Bruno Laurioux, ou encore le <em>Modus</em> du Languedoc (<span class="smallcaps">xiv</span><sup>e</sup> siècle), sont les principales sources sur l’histoire de la gastronomie médiévale. Ils furent écrits par des cuisiniers professionnels, ou «queux», véritables praticiens de la gastronomie&nbsp;: y sont indiquées des recettes pour accommoder les viandes et les poissons, préparer les sauces d’accompagnement, ainsi que des plats composites tels que les tartes et les pâtés. Les épices exotiques prennent une grande place dans cette cuisine des élites&nbsp;: leur goût, leur fragrance et leurs couleurs contentent les sens et facilitent la digestion, selon les pratiques médico-culinaires en vogue à la fin du Moyen Âge. Leur provenance lointaine fait rêver des Indes et du paradis terrestre, et le prix de certaines d’entre elles, comme le safran, le macis, le galanga et la graine de paradis, les réservent aux tables des plus grands, associant ainsi leur goût avec la démonstration de pouvoir et de richesse que leur utilisation donne à voir. C’est l’emploi massif des épices, qui se diffuse aussi dans les catégories sociales intermédiaires, qui caractérise entre autres les goûts «synthétiques» de la fin du Moyen Âge&nbsp;; mais si les équivalents actuels de ces goûts sont arabes, persans ou indiens, l’invention de cette cuisine fut propre à l’Europe médiévale, et tomba en désuétude à partir du <span class="smallcaps">xvii</span><sup>e</sup> siècle et l’invention de la cuisine européenne moderne.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Retrouver le goût</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Est-il possible de reconstituer aujourd’hui les goûts du Moyen Âge&nbsp;? Nous pouvons retrouver les recettes et tenter de les mettre en œuvre avec les mêmes ingrédients. Odile Redon et Françoise Sabban tentèrent ainsi d’adapter des recettes médiévales dans leur livre <em>La Gastronomie au Moyen Âge&nbsp;: 150 recettes de France et d’Italie </em>(Stock, 1991). Toutefois, certains paramètres comme la nécessité d’employer des foyers et des récipients de terre semblables à ceux du Moyen Âge, et une certaine incertitude sur des termes culinaires tombés en désuétude ainsi que sur les proportions, peu explicitées dans les livres de cuisine médiévaux, nous éloignerons toujours du «véritable» goût médiéval, même si les reconstitutions apportent leur lot d’informations concrètes, utiles notamment pour interpréter les vestiges archéologiques. Cela ne doit pas nous empêcher d’apprécier la cuisine médiévale telle que nous la voyons aujourd’hui, simple et proche du terroir, ce qui fut effectivement le cas de l’alimentation d’une grande part rurale de la population.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/img_8370-768x1024.jpg" alt class="wp-image-32833"><figcaption>Cheminée du château de Châlucet en Haute-Vienne.&nbsp;Photo Charles Viaut, université de Poitiers, CESCM.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Certaines tendances actuelles laissent par ailleurs quelque peu songeur l’historien de l’alimentation&nbsp;: les régimes locavores et végétariens privilégiant les produits locaux, le pain de céréales rustiques et les légumes de saison rappellent l’alimentation paysanne médiévale, fortement dévalorisée à cette époque qui valorisait au contraire la viande et les produits de provenance lointaine&nbsp;: une véritable inversion des valeurs&nbsp;! Le lait d’amandes, remis au goût du jour par les régimes végétariens, était lui jadis un produit star des recettes culinaires et diététiques. Réminiscence médiévale&nbsp;?</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Charles Viaut est doctorant au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale de l’université de Poitiers. Il réalise une thèse intitulée : «À la table des princes… et des autres.» Consommation et pratiques alimentaires sur les sites castraux et élitaires du nord de l’Aquitaine et du Centre-Ouest de la France (<span class="smallcaps">x</span><sup>e</sup>-<span class="smallcaps">xv</span><sup>e</sup> siècle),&nbsp;sous la direction de Martin Aurell et Nicolas Prouteau.</p></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Cet article a été écrit dans le cadre d’une formation à l’écriture journalistique avec l’École doctorale Humanités des universités de Poitiers et Limoges.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/restituer-un-repas-medieval/">Restituer un repas médiéval</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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