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	<title>anthropologie - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>anthropologie - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Mystérieux Mésolithique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bastien Florenty]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Jul 2022 07:50:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie]]></category>
		<category><![CDATA[archéologie]]></category>
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		<category><![CDATA[histoire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Casseneuil préservait un précieux trésor. En 2021, une sépulture double, vieille de 11 000 ans a été exhumée par l’Inrap. Entretien avec Frédéric Prodéo, responsable d’opération.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Bastien Florenty</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Casseneuil préservait un précieux trésor. En 2021, une sépulture double, vieille de 11&nbsp;000 ans a été exhumée par l’Inrap. Les secrets qu’elle dévoile permettent d’enrichir nos connaissances sur cette période encore floue. Entretien avec Frédéric Prodéo, responsable d’opération.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une sépulture de 11&nbsp;000 ans a été découverte à Casseneuil dans le Lot-et-Garonne lors d’un diagnostic archéologique mené par Anne Pons-Métois en 2008. En 2021, une fouille dirigée par Frédéric Prodéo a révélé que cette tombe contenait deux individus. Le travail minutieux effectué par huit agents de l’Inrap apporte des informations précieuses sur une période pauvre en vestiges funéraires. Cette sépulture est datée par le Carbone 14 de la plus vieille période du Mésolithique, au début des temps post-glaciaires&nbsp;: le Sauveterrien. Elle doit son nom à la commune de Sauveterre-la-Lémance située à une cinquantaine de kilomètres de la fouille.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Quelles sont les particularités et l’importance de ce site&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Frédéric Prodéo. –</strong> Suite au diagnostic archéologique réalisé en 2008 par Anne Pons-Métois, divers vestiges ont été découverts, dont une incinération de l’âge du Fer et une sépulture présentant un individu inhumé dans une position inhabituelle. En raison de ces découvertes, une fouille a été ordonnée en 2021 par le Service régional de l’archéologie, sur environ 2&nbsp;000 m², avant la construction d’une maison. Nous avons étudié les sépultures, et particulièrement celle contenant les ossements. La sépulture est étroite, elle mesure 1,20 m de long, 80 cm de large et 1 m de profondeur. Un corps est disposé au fond de la fosse, adossé à la paroi, les jambes fléchies et appuyées contre le bord de la fosse. Mais nous avons également retrouvé dans cette sépulture le squelette incomplet d’un second individu, dont son crâne et quelques os longs. Cela est inattendu, et montre que les ossements d’un premier défunt ont été prélevés dans sa tombe pour être déposés dans la sépulture d’une personne décédée bien plus tard. La présence de cette sépulture datée de 11 000 ans, appartenant au Mésolithique, représente l’intérêt majeur de la fouille car peu de vestiges funéraires de cette période sont connus à ce jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi les sépultures du Mésolithique sont-elles rares&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La rareté des tombes mésolithiques s’explique certainement par des pratiques funéraires différentes selon les individus. Pour la plupart, elles ont été réalisées dans des conditions ne permettant pas leur conservation jusqu’à aujourd’hui, alors que certaines, plus rares comme celle de Casseneuil, nous sont parvenues. Il faut savoir que cette période correspond à la fin des modes de vie nomade. Les individus sont encore des chasseurs-cueilleurs, organisés en petits groupes qui se déplacent fréquemment avec leur campement, sur des vastes territoires, en utilisant peut-être des travois, qui est une sorte de traîneau attelé. Nous retrouvons régulièrement des traces de leur passage, mais ce qui est plus rare, c’est la présence de sépultures. Sur les 5 000 ans d’histoire que représente cette période, seulement une cinquantaine de sépultures sont référencées, soit seulement une sépulture par tranche de cent ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>En quoi le site de Casseneuil renseigne-t-il sur les pratiques funéraires du Mésolithique&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au vu du peu de sépultures connues pour cette période, chaque élément apporte nécessairement des informations inédites. Ici la fosse a été creusée dans un sédiment limoneux et en-dessous nous retrouvons des graviers qui composent la nappe fluviatile de la Lède. La fosse a creusé les graviers de cet affluent du Lot, mais nous n’en retrouvons pas dans le remplissage de la tombe, ce qui est une information importante, car cela indique qu’ils ont certainement été utilisés pour marquer la présence de la sépulture. Ce balisage est a été nécessaire pour la repérer et pour pouvoir collecter les ossements destinés à accompagner le second défunt. Mais nous pouvons également penser que ce balisage est important pour d’autres pratiques, notamment pour s’y recueillir à l’occasion d’un nouveau passage du groupe dans les parages. Une manipulation de squelette au Mésolithique a déjà été observée sur d’autres sites comme à La Chaussée-Tirancourt dans la Somme, donc ce n’est pas une nouveauté. Seulement, il s’agissait du déplacement d’un seul squelette retrouvé en partie et inhumé en deux temps.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/07/p1190876.jpg" alt class="wp-image-36227" width="691" height="518" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/07/p1190876.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/07/p1190876-300x225.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/07/p1190876-768x576.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/07/p1190876-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/07/p1190876-650x488.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/07/p1190876-150x113.jpg 150w" sizes="(max-width: 691px) 100vw, 691px"><figcaption>La sépulture en fin de fouille, montrant un individu en connexion adossé au rebord de la fosse avec les jambes fléchie et accompagné du crâne et de quelques os longs d’un individu décédé avant lui déposés sur ses jambes.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quel était le type de sépulture&nbsp;? Les corps sont-ils inhumés dans un endroit colmaté ou ouvert&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour répondre à cette question, nous avons travaillé avec Isabelle Souquet, anthropologue-biologiste. Elle a pu déterminer que le corps s’est décomposé dans un espace ouvert suffisamment longtemps pour que les chairs aient le temps de se décomposer. Ainsi, le crâne est affaissé sur la poitrine, ce qui ne serait pas possible si le corps avait été inhumé en pleine terre, ce qui aurait maintenu la tête dans sa position initiale. Trois objets significatifs ont été retrouvés dans la fosse, un fragment de mandibule de cheval, une vertèbre de cerf et une vertèbre de sanglier. Ils ont été déposés intentionnellement, mais ne sont pas manufacturés. Cela peut paraître trivial aujourd’hui, mais ils sont porteurs d’une symbolique certaine et constituent une offrande. Notre interprétation est limitée à ces observations et à nos connaissances actuelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Grâce au travail anthropologique, avez-vous pu déterminer les caractéristiques des individus enterrés et la cause de leur mort&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces études menées par Isabelle Souquet sont en cours. Nous ne connaissons pas encore le sexe, ni l’âge précis des deux individus. Cependant, nous pouvons affirmer que l’individu dont le squelette est entier, est décédé entre 35 et 40 ans, et qu’il était dans un mauvais état de santé. Il a été victime d’une fracture de la mandibule et du tibia, dont les traces de consolidation sont lisibles. Plusieurs abcès dentaires, une importante arthrose vertébrale et une fracture du crâne ont également été observés. Cette dernière blessure est potentiellement la cause de la mort. Mais il n’est pas impossible que cette fracture soit survenue au moment de l’inhumation du corps lorsque le couvercle de la tombe s’est affaissé. Les examens anthropologiques permettront peut-être de déterminer la cause de la mort, mais pour le moment nous n’avons aucune certitude. Cela dit, nous touchons les limites du savoir pertinent pour un archéologue. Ce que je cherche, c’est surtout de renseigner les pratiques funéraires, les modes de vie, tout ce qui a une portée anthropologique et sociologique pour cette période.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelle est la place de ces individus au sein des groupes nomades&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En raison de sa rareté, nous sommes certains que la pratique de l’inhumation était réservée à des personnalités singulières au sein des groupes mésolithiques. &nbsp;Mais quel était leur statut&nbsp;? Plutôt élevé dans la hiérarchie sociale, ou bien le contraire&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’on s’autorise à aller au-delà de ce que les faits archéologiques nous permettent de démontrer, on peut imaginer que ce sont des chamanes bénéficiant d’un cérémoniel hors norme. Ou bien au contraire, que ce sont des parias, des maudits, exclus des pratiques funéraires communes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On atteint là les limites de ce que les observations brutes nous permettent d’affirmer et il faudra attendre d’autres découvertes plus éloquentes pour progresser dans ces interprétations.</p>
<p></p><div class="qnimate-post-series-post-content"><div>Cet article fait partie du dossier <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/20-ans-de-linrap/">20 ans de l’Inrap</a>.</div></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mysterieux-mesolithique/">Mystérieux Mésolithique</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Retour aux tissus</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Mar 2022 09:24:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au milieu des motifs, des tissus, des vêtements de cérémonie, Françoise Cousin décortique, de la fabrication aux décors, la façon dont les vêtements sont faits et ce qu’ils disent des personnes qui les portent.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Héloïse Morel</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Françoise Cousin est ethnologue, elle a travaillé au musée de l’Homme puis comme responsable des collections textiles au Quai Branly jusqu’à sa retraite. Elle intervient à Poitiers le 31 mars à 14h30 dans le cadre de l’Université Inter-Âges pour parler des arts textiles en Afrique subsaharienne.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Au milieu des motifs, des tissus, des vêtements de cérémonie, Françoise Cousin décortique, de la fabrication aux décors, la façon dont les vêtements sont faits et ce qu’ils disent des personnes qui les portent. «J’ai toujours travaillé dans un musée, au début à celui de l’Homme au département d’Asie puis ensuite au département de technologie comparée pour étudier les processus et les objets et mettre en avant les particularités des collections&nbsp;; celles-ci débutent avec des pièces du <span class="smallcaps">xix</span><sup>e</sup> siècle.» Lors de la création du musée du Quai Branly, les collections d’Afrique, d’Océanie, d’Asie, d’Amérique ont constitué le fonds du nouveau musée tandis que les collections européennes sont allées au Mucem à Marseille. En ce qui concerne les collections vestimentaires, s’il s’agit pour l’essentiel des collections de vêtements de cérémonie ou d’occasions particulières, Françoise Cousin a commencé ses recherches avec des vêtements du quotidien. «J’ai mené une enquête en 1986–1987 dans un État de l’Inde, le Rajasthan, sur des vêtements imprimés, des jupes de femmes dont les motifs variaient selon les castes d’appartenance. J’ai étudié les tissus, les formes des motifs, leurs variations et leur fabrication. Dans certaines régions, il s’agit de motifs importants rouges sur fond bleu, ailleurs ils peuvent être verts et plus petits… J’ai pu observer des glissements ou des abandons. Certains motifs pouvaient être abandonnés, d’autres pouvaient être adoptés par une caste inférieure ou par les veuves. Cependant, dans certains cas, certaines castes conservent des motifs. Les éleveurs de dromadaire, par exemple, restent fidèles à leurs motifs car ils indiquent leur fonction qui est valorisée.» Mais l’ethnologue constate un abandon de ces motifs de nos jours et des tissus. La technique disparaît alors. Ces motifs étaient imprimés par mordançage suivi de teinture. «Cette technique était très laborieuse, notamment pour les petits motifs en quinconce. Les planches de bois de motifs font la taille d’une main dans le format le plus grand ce qui demande une grande habileté, surtout lorsqu’il y a plusieurs couleurs. Désormais, il y a moins d’imprimeurs et les ateliers ont changé la destination de leurs tissus pour fabriquer des écharpes, des couvertures matelassées destinées aux touristes.» Il n’y a pas uniquement un changement dans la manière de faire ou de celles et ceux qui portent et utilisent ces tissus. L’ethnologue note que les ateliers étaient familiaux ce qui n’est plus le cas. «Dorénavant, ce sont exclusivement les hommes qui y travaillent. Les femmes restent à la maison. Cela change beaucoup l’équilibre entre les sexes.»</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/73-7-13-mainpura-1024x701.jpg" alt class="wp-image-35602"><figcaption>Pendant la pause d’un après-midi d’hiver, une jeune fille coiffe sa sœur. Celle-ci et sa mère au premier rang portent une jupe au décor imprimé à la planche. 1973, Inde, Rajasthan, Mainpura. Photo Françoise Cousin.</figcaption></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph">L’Inde n’est pas le seul pays dans lequel Françoise Cousin a arpenté les ateliers. Elle est allée auprès des teinturiers de l’indigo en Afrique de l’Ouest (Mali, Guinée…). «On observe également des variations dans les motifs en fonction des ethnies mais ce n’est pas autant marqué qu’en Inde bien qu’il existe également des castes.» Elle a également étudié les textiles des Berbères du Sud du Maroc, ceux des Andes et plus particulièrement de la Bolivie et jusqu’à son quartier parisien pour étudier les caftans. «Les Berbères ont également des motifs qui permettent d’identifier les groupes. En Tunisie, on observe des motifs personnalisés, des rayures différentes, des couleurs qui varient selon les hommes et les femmes. Ce sont les femmes qui créent les motifs et dans chaque maison se trouve un métier à tisser. Les femmes font les djellabas y compris celles de hommes. En Amérique également, ce sont les femmes qui tissent dans le cadre familial. C’est lorsque l’activité se professionnalise que le métier à tisser est utilisé par les hommes. Ce constat n’est pas vrai dans toutes les régions du monde… Les usages changent, les vêtements traditionnels également.»</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/2000-g-3-18-665x1024.jpg" alt class="wp-image-35603" width="549" height="846"><figcaption>La tenue de cette femme, faite de bandes de toile de coton rayée cousues l’une à l’autre, est complétée par le porte-bébé fait dans le même tissu. 2000, Guinée, Labé. Photo Françoise Cousin.</figcaption></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque l’ethnologue s’intéresse aux caftans de son quartier, elle constate un changement de tissu, de la soie au synthétique ; des broderies aux clinquants. «L’artisanat est en perte de vitesse. Les caftans marocains sont loués alors qu’il y a 50 ans, on les achetait, on les faisait fabriquer.» En Bolivie aussi, les femmes tissent mais de la laine acrylique plutôt que l’alpaga ou le mouton. «On ne tond plus, on ne file plus, on ne teint plus. En Bolivie, une fondation privée cherche à préserver ces savoir-faire pour transmettre les techniques aux petites filles. Mais encore une fois, c’est une histoire de bonnes femmes !» Le glissement est alors à remarquer, le retour au travail manuel, qu’il s’agisse de la terre ou du tissage, de l’impression de motifs sont des pratiques que les classes sociales privilégiées apprécient aujourd’hui alors qu’elles étaient, il y a cinquante ans, le lot de classes sociales moins favorisées et de la sphère familiale.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/cousin205.jpg" alt class="wp-image-35604" width="446" height="774"><figcaption>Les réserves cousues, ici de fils de plastique, sur un tissu damassé de coton sont suivies de la teinture dans l’indigo.&nbsp;2000, Guinée, Labé. Photo Françoise Cousin.</figcaption></figure></div>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Signalons que Françoise Cousin a publié avec l’anthropologue Nicole Pellegrin un livre sur les <em>Tabliers au masculin, tabliers au féminin</em> (APC et AFET, 232 pages illustrées) en 2009 suite à <a href="http://afet.fr/activites/tabliers-au-masculin-tabliers-au-feminin">un colloque CNRS à Niort</a> en novembre 2007, une exposition à Chauvigny à l’été 2009. </p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/retour-aux-tissus/">Retour aux tissus</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Peaux, surfaces qui se déploient</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Mar 2022 22:39:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Images]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie]]></category>
		<category><![CDATA[Christine Bergé]]></category>
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		<category><![CDATA[histoire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'anthropologue Christine Bergé est invité mercredi 23 mars à l'Espace Mendès France pour une conférence sur la peau, celle à explorer, celle qui se déploie, celle qui est tabou-totem.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Héloïse Morel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’anthropologue Christine Bergé est invitée <a href="https://emf.fr/ec3_event/la-peau-surface-culturelle/">mercredi 23 mars à l’Espace Mendès France</a> pour une conférence sur la peau, celle à explorer, celle qui se déploie, celle qui est tabou-totem. Chloé Lavalette propose en amont de cette conférence, une performance où par la fiction, elle interroge la peau 3D, la possibilité – future ? – d’en changer à l’envie. Elle interroge nos limites.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans trois livres, Christine Bergé déploie la peau dans ses histoires, ses mythologies. Surface culturelle, les histoires de peau attisent la curiosité. Visible et permanente, la peau est notre enveloppe d’être au monde et notre lieu de l’intime.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son livre, <em>La Peau, totem et tabou</em> paru en 2015, l’anthropologue navigue dans quatre histoires, appartenant à des périodes et des cultures différentes. Ainsi de la peau de la comtesse offerte à Camille Flammarion, l’ultime tabou, avec lequel l’astronome relia deux livres <em>Terres du Ciel</em> et <em>La Pluralité des mondes habités</em>, Christine Bergé mène aux momies et à leur étude. Ici, c’est bien de retirer les bandelettes qui conservent la peau dont il s’agit… Des momies, passons aux talismans de Catherine de Médicis, aux superstitions, aux savoirs qui les fondent, aux dessins qui les ornent. Enfin, le close-up en photographie, le portrait serré dans les usages politiques, relève aussi de cette expérience d’un franchissement du rapport à la peau de l’autre… Dans ces quatre exemples, il y est une forme de magie. La peau est tout autant l’objet de la fascination comme celle de la comtesse par Camille Flammarion, qui ne peut l’atteindre du vivant de cette femme. Celle-ci lui dit, «je vous donnerai, plus tard, une chose que vous ne pourrez pas ne pas accepter sans me faire offense». L’acte est transgression. Pourtant, il s’agit d’être encore en vie, un lieu de passage, la reliure de livres qui évoquent le céleste relié au terrestre. C’est aussi un lieu de passage cette peau, les Égyptiens l’ont totémisé avec Osiris. Christine Bergé l’évoque, lors du dévoilement d’une momie à Lyon, la transformation du corps : «[Osiris] endosse le rôle prototype que de la momie dont les bandes serrées ou la nébride en peau animale contiennent l’être en mutation afin de l’aider à traverser victorieusement le monde nocturne de la mort.»</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/talismans-catherine-medicis-1024x795.jpeg" alt class="wp-image-35612" width="654" height="508"><figcaption><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Talisman">Talismans</a> de Catherine de Médicis. </figcaption></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph">Cette transformation du corps et la préservation de la peau, l’anthropologue en décrit la méthode. Le corps serait alors comme les talismans de Catherine de Médicis, des protections. Celle-ci aurait eu un talisman en peau d’enfant mort… au-delà du passage, il s’agit là de prolonger la vie ici-bas. La peau comme talisman, Christine Bergé revient sur cette notion dans un second livre, <em>L’écorchement, limite et transgression</em>. À partir du dernier tableau du Titien, on peut se représenter l’écorchement de Marsyas, un satyre que le dieu Apollon, jaloux, après un défi musical, fait pendre, écorche et transforme en outre chantante. Son sang nourrit un fleuve. Le satyre est vie et mort. Prolonger la vie, c’est aussi le mythe aztèque et toltèque de Xipe Totec qui est dieu écorché, ou qui revêt la peau d’un homme écorché pour nourrir la terre. Christine Bergé file ce thème du sacrifice par le sang humain dans un second tome <em>Guerre et Peau, Écorchement 2</em> où elle évoque les cultes méso-américains avec le sacrifice de Huixtocihuatl, sœur de la déesse Tlaloc, déesse de la fertilité. La guerre sert aussi, les prisonniers de guerre sont écorchés, sacrifiés pour nourrir la terre. Christine Bergé en démontre également les liens entre guerre et amour, hymen et peau.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/florentine_codex_chapter_26_huixtocihuatls_sacrifice-464x1024.png" alt class="wp-image-35607"><figcaption>Le panneau supérieur illustre l’incarnation de Huixtocihuatl au sein d’une procession, celui du bas les prêtres en train de la sacrifier. 1577, deuxième livre, chapitre 26 du&nbsp;<em>Codex Florentin</em>&nbsp;de Sahagún.</figcaption></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph">L’écorchement est aussi celui vengeur, des vaincus. En Mésopotamie, le roi Assurnasirpal (régnant de ‑884 à ‑859) fait écorcher les peaux des chefs vaincus et les exposent sur les murs, de même des têtes. Ces pratiques s’apparentent au souriant Apollon qui, victorieux, écorche. Ce mythe mène aux fondations du Moyen Orient antique, de la Phrygie, de la Mésopotamie à la Perse et remonte le temps. «Marsyas est un condensé : âne-panacée, âne qui dans les contes fait des crottes en or, <em>Marsuas</em> comme outre qui soigne et fertilise, peau rebelle synonyme d’insoumission et de liberté de parole, dont le portrait était choyé par les avocats romains. Peau retournée, comme Apollon-âne écorché qui s’inverse un Apollon/écorcheur.»</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/gerard_david_012.jpeg" alt class="wp-image-35609" width="663" height="768" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/gerard_david_012.jpeg 812w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/gerard_david_012-259x300.jpeg 259w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/gerard_david_012-768x889.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/gerard_david_012-650x752.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/gerard_david_012-150x174.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 663px) 100vw, 663px"><figcaption>Gerard David,&nbsp;<em>Le Jugement de Cambyse</em>&nbsp;:&nbsp;<em>Le Supplice</em>, 1498, Bruges, Groeningemuseum.<br>Christine Bergé évoque l’écorchement de Sisamnès par le roi perse&nbsp;Cambyse.</figcaption></figure></div>



<p class="wp-block-paragraph">Cette remontée au mythe, Christine Bergé la poursuit dans le second tome, dans lequel elle continue à rechercher les fondements d’un regard occidental sur un Moyen-Orient antique «barbare». Elle étudie également le rapport à ce supplice des cultures méso-américaines. Les Grecs construisent un discours pour désigner la barbarie des Perses, ces derniers sont dans un débordement, l’<em>hubris</em>, et cela les distingue du fonctionnement de la démocratie. Le pouvoir s’exerce par ces actes. L’anthropologue s’intéresse également au sort qui aurait été réservé à l’empereur romain Valérien qui aurait été écorché par Shâpour, sa peau de pourpre étendu ou gonflé d’air, pour le symbole du rapport de force. Impossible de connaître la véracité et les faits de la mort de cet empereur, les récits se multiplient mais indiquent une mythologie sur la Perse vengeresse. «L’écorchement illustre aussi la dégradation : d’une part la peau comme vêtement humain est transformée en mannequin risible (gonflée d’air), d’autre part ne reste qu’un tas de chair informe.»</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>La Peau, Totem et tabou</em>, le murmure, 2015, 2019, 7 €<br><em>L’Écorchement, limite et transgression, 1</em>, le murmure, 2016, 7 €<br><em>Guerre et Peau, écorchement 2</em>, le murmure, 2019, 9 €</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/peaux-surfaces-qui-se-deploient/">Peaux, surfaces qui se déploient</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Strates des récits itinéraires</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Feb 2022 12:06:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Filmer le travail]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie]]></category>
		<category><![CDATA[Australie]]></category>
		<category><![CDATA[Barbara Glowzcewski]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des cinq sens, des flâneries de Michel de Certeau, des récits des Aborigènes jusqu’aux catacombes. Regard sur les façons d’habiter la terre avec l’anthropologue Barbara Glowczewski.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Barbara Glowczewski intervient durant le festival Filmer le travail et le cycle de conférences Les Amphis des lettres au présent (organisé par l’Espace Mendès France et l’UFR Lettres et langues), jeudi 10 février à 14h à la Médiathèque François-Mitterrand à Poitiers : <a href="https://emf.fr/ec3_event/reveiller-les-esprits-de-la-terre/">Réveiller les esprits de la terre</a>.<br>À cette occasion, nous publions à nouveau un entretien que nous avons fait avec Barbara Glowczewski en 2019 dans le numéro <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n124-avril-mai-juin-2019/">Architecture des rêves</a> de L’Actualité Nouvelle-Aquitaine.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Héloïse Morel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Barbara Glowczewski est directrice de recherche au laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France. Depuis 1979, elle mène des recherches en Australie aux côtés des Aborigènes. Elle est intervenue à Dissay sur les rêves des Aborigènes lors des trente ans de l’Espace Mendès France en janvier 2019. Le rêve est constitutif de la cosmologie des Aborigènes (cosmos, territoire, naissance, mort). Par les récits et les mythes, l’«espace-temps du rêve» (Tjukurrpa) compose le rapport au territoire et à la vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Vous avez fait vos études dans les années 1970 aux universités de Jussieu et Vincennes. Quels souvenirs en gardez-vous ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Barbara Glowczewski. –</strong> J’étudiais l’ethnologie à Jussieu, le cinéma et la philosophie à Vincennes. C’était une époque assez extraordinaire. Robert Jaulin dirigeait le département à Paris VII, il avait mené des recherches en Afrique et en Amazonie dans les années 1960 et dénoncé l’ethnocide lié à la situation coloniale. Plusieurs intellectuels l’avaient rejoint dont Michel de Certeau avec qui j’ai fait ma maîtrise sur les cinq sens dans toutes les cultures, à toutes les périodes. Je recherchais les récits, les mythes, les pratiques qui évoquaient ces cinq sens afin de dépasser les catégories occidentales. Même si tous les humains ont des yeux, des oreilles, un nez, un palais, la manière d’évoquer les sens est différente, par exemple, on peut parler du troisième œil ou d’autres façons de sentir les choses. Je souhaitais dépasser les catégories de l’époque jusqu’à celles du langage et de l’écriture, ainsi j’ai rédigé tout mon mémoire avec uniquement des points de suspension entre chaque phrase. Cela avait beaucoup amusé Michel de Certeau&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Vincennes, je suivais les cours de Deleuze, et ceux de Claudine Eizyckman et Guy Fihman, auteurs de films expérimentaux. Nous faisions du cinéma dit «intermittent», c’est-à-dire en filmant image par image pour créer des effets à la fois artistiques et visuels, et changer la perception. Cette technique, qui fut utilisée dans la publicité avec les images subliminales, créait une musique pour les yeux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment les cinq sens vous ont-ils mené jusqu’en Australie auprès des Aborigènes&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rythme justement, qui traverse les différentes cultures. Ainsi que les limites au-delà des perceptions habituelles, de nos critères spatiotemporels comme avec les techniques chamaniques qui traversent le corps. J’ai lu Van Gennep qui travaillait à partir des observations que lui envoyaient des observateurs sur place, missionnaires, explorateurs ou ethnographes comme Daisy Bates pour les Aborigènes d’Australie. Les anthropologues travaillaient ainsi à cette époque. Dans les écrits anciens, une information m’a beaucoup intriguée&nbsp;: les veuves ne devaient plus parler pendant deux ans, or comme les femmes se mariaient jeunes à des hommes plus âgés, elles étaient veuves assez rapidement. Nous étions en plein dans le mouvement de libération des femmes, je me suis dit qu’elles devaient communiquer entre elles par un moyen. En 1979, j’ai vécu avec des femmes warlpiri qui, en effet, communiquaient avec un langage des signes extrêmement sophistiqué. Un linguiste a découvert que ce langage contenait 4 000 mots ainsi qu’une syntaxe qui correspondait à la langue parlée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces signes de main s’inscrivent dans le mouvement et dans l’action. Par exemple, les Warlpiri du désert central consomment un fruit, une «tomate sauvage ou de brousse», qui ressemble à une prune, d’un vert vif mais dont il faut enlever les graines noires car elles sont empoisonnées&nbsp;: le signe pour dire «tomate» est le geste que font les femmes avec une cuillère en bois réservée à l’extraction des graines. Ce fruit était important dans leur alimentation, tous les ans elles allaient le récolter en les enfilant sur des branches pour les sécher et les stocker. Les graines enlevées sur place tombaient faisant pousser d’autres fruits. J’ai compris cela il y a peu de temps. Je leur ai demandé si elles continuaient à aller chercher les tomates sauvages. Elles m’ont expliqué qu’il en restait très peu car comme elles ne les récoltaient plus systématiquement en grand nombre, les fruits ne poussaient plus. Cette pratique est essentielle car on a considéré les Aborigènes uniquement comme des chasseurs-cueilleurs. En réalité, ils interviennent sur les ressources du territoire, et disent «nettoyer» la terre avec les feux de brousse pour mieux chasser mais aussi empêcher les incendies. Cela a été très mal compris en anthropologie.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/02/b_glowczewski_2-copie-682x1024.jpg" alt class="wp-image-35448" width="552" height="830"><figcaption>Ngayakiyi “tomate du bush”. Lily Nungarrayi, artiste Warlpiri de Lajamanu. Photo Barbara Glowczewski.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que livrent les récits, les mythes sur les savoirs Aborigènes&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quatre ans, des géologues ont travaillé sur des récits Aborigènes, d’une centaine de langues différentes. Ils racontent les inondations qui ont séparé les îles du continent il y a 7 000 ans. Les géologues ont déduit que cette histoire a été transmise oralement depuis. Je pense qu’il s’agit davantage d’une pratique d’interprétation, similaire à celle des scientifiques. Les Aborigènes sont des chasseurs, des traqueurs, ils ont besoin de lire le sol pour trouver aussi bien des animaux que des plantes. Génération après génération, ils ont pu expérimenter ce qui était dit par les anciens. Par exemple, chez les Lardil dans le Nord-Est de l’Australie, le serpent arc-en-ciel a séparé l’île Mornington – où ils vivent – de la côte, leur preuve c’est que la texture du sol, sur le continent, sur l’île et sous l’eau est la même. Ils lisent la terre comme un livre. Ils ne capitalisent pas seulement un savoir, ils l’expérimentent mais le récit reste poétique. C’est un croisement des deux, imaginaire et pratique de répétitions mais au sens de Différence et répétition de Deleuze. Eux disent same but different.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que vous ont apporté le regard et la pensée de Michel de Certeau&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai souvent pensé dans mes expériences avec les Aborigènes d’Australie, à ce qu’il a écrit sur la ville, sur la flânerie et la marche. Quand je suis revenue à Paris après mon premier voyage, j’ai réalisé une recherche urbaine sur les catacombes, plus précisément les cataphiles. Les souterrains datent de la Révolution française, au moment où le régime s’écroule, la ville aussi physiquement&nbsp;! Il a fallu remplir les trous des quartiers qui menaçaient de s’écrouler en creusant des galeries qui sont des doublures des rues au-dessus. Des tailleurs de pierres ont réalisé des colonnes de soutènements qui rappellent celles des cathédrales, ainsi que de grandes voûtes. Paradoxalement, c’est un travail de maître issu d’un grand art hérité du passé, donc des réalisations culturelles dans une partie naturelle et quasi-sauvage de la ville.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour moi, Michel de Certeau, c’est une façon de reprendre la ville par des flâneries souterraines mais aussi une manière de chercher des récits d’itinéraires qui relient des lieux et condensent des strates de récits qui sont à la fois des mythes et l’histoire, c’est ce qui m’a fasciné en Australie avec les Aborigènes. Histoire qui n’est pas seulement celle des humains mais aussi des paysages, des espèces, des étoiles et leurs impacts sur Terre avec les météores, les pluies, les phénomènes climatiques, le côté culturel et naturel. Il m’a apporté ce regard-là.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>Pour aller plus loin :<br></strong>Vidéos de <a href="https://www.youtube.com/watch?v=AnsS0ftI4Os&amp;ab_channel=ZoneADiffuser">Barricades des mots pour la ZAD sur Youtube</a>.<br>La conférence de Barbara Glowczewski <a href="https://emf.fr/ec3_event/rever-ailleurs-rever-differemment/">«Rêver ailleurs, rêver différemment», à Dissay, est disponible sur le site emf.fr</a><br><strong>Bibliographie&nbsp;:<br></strong><em>Réveiller les esprits de la terre</em>, éditions dehors, 2021.<br><em>Les Rêveurs du désert. Avec les Warlpiri d’Australie</em>, Actes sud/Babel, 2017.<br><em>Rêves en colère</em>, Terre Humaine, Plon, 2016.<br></p></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>Réfugiés de l’intérieur<br></strong>Dans l’abécédaire, <em>Barricade des mots</em>, réalisé par une quarantaine d’universitaires, en soutien à la ZAD de Notre-Dame des Landes, Barbara Glowczewski a choisi la lettre R pour Réfugiés de l’intérieur. «Ce qui me frappait, c’est que les habitants étaient traités de la même façon que les Aborigènes et autres peuples autochtones dans le monde, c’est-à-dire considérés comme des réfugiés là où ils vivent par les États qui les ont colonisés. La démarche de lutte de la ZAD ressemble à d’autres mouvements d’occupation contre un développement extractiviste qui consiste à détruire la terre pour aller chercher des minerais. Ceux qui sont restés ont créé un fonds de dotation, Terre en commun, afin de continuer l’expérience d’appropriation, de fructification, de valorisation et de soin des terres.»&nbsp;</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/strates-des-recits-itineraires/">Strates des récits itinéraires</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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