<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>littérature - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
	<atom:link href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/themes/litterature/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science</link>
	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
	<lastBuildDate>Thu, 12 Mar 2026 15:39:46 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=7.0</generator>

<image>
	<url>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/09/cropped-favicon-32x32.png</url>
	<title>littérature - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
	<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Méphistophélès – Démon érudit et tentateur</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mephistopheles-demon-erudit-et-tentateur/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=mephistopheles-demon-erudit-et-tentateur</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mephistopheles-demon-erudit-et-tentateur/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Mar 2026 20:23:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[théâtre]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=45427</guid>

					<description><![CDATA[<p>Écrit en 1589, Docteur Faust fait trembler les planches de la scène élisabéthaine avec son diabolique Méphistophélès. Derrière sa rhétorique brillante et ses apparences trompeuses se cache une figure du Mal aussi séduisante qu’inquiétante.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mephistopheles-demon-erudit-et-tentateur/">Méphistophélès – Démon érudit et tentateur</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Mathilde Fabre</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au début des années 1600, à Exeter, en Angleterre, une représentation de <em>Docteur Faust</em> tourne au cauchemar. Au moment de l’invocation de Méphistophélès par Faust, les acteurs, chacun dans leur cercle magique, prononcent l’incantation latine censée faire apparaître le démon. Mais la formule est peut-être trop efficace : les comédiens s’arrêtent, se rassemblent et chuchotent avec inquiétude : il y a un imposteur, un diable de trop parmi eux. Les spectateurs, ayant bien compris le danger, se précipitent hors du théâtre. Selon le récit qui nous est parvenu, les acteurs eux-mêmes, terrorisés par l’événement, passent la nuit à se repentir et prier, avant de prendre leurs jambes à leur cou et de fuir la ville dès le lendemain matin. C’est ce qui sera plus tard nommé « l’effet Marlowe ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quand le dragon devient orateur</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Méphistophélès fait sa première apparition sur scène sous la forme d’un dragon. Et quelle meilleure apparence, pour s’assurer que son public identifie le diable, qu’une de ses formes bibliques ? Alors qu’il aurait pu prendre l’aspect du célèbre serpent, Méphistophélès, rusé, semble comprendre que cela reviendrait à dévoiler ses intentions manipulatrices à Faust. On peut imaginer que le dragon fait peur, tout autant à Faust qu’au public. Mais, cette première forme présente une limite essentielle : le dragon ne parle pas et il ne peut donc pas dialoguer avec Faust, négocier, argumenter ou séduire. Or Méphistophélès n’est pas seulement une vision infernale : il est un interlocuteur. Son rôle, en tant que sbire de Lucifer, est d’échanger avec Faust, de répondre à ses questions sur l’Enfer, d’exposer (et parfois d’occulter) les clauses du pacte et, surtout, de l’amener progressivement à sceller sa damnation. C’est pour cela que Faust lui ordonne presque immédiatement de changer d’apparence pour celle d’un moine franciscain. Ce choix transforme radicalement la nature de la rencontre : le monstre devient figure humaine, capable de parole et de raisonnement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">S’entament donc de longues discussions entre les deux personnages. Et, alors que le public est habitué à voir le diable mis en scène notamment comme un personnage comique, aux traits grotesques et au langage vulgaire, l’arrivée de Méphistophélès sur les planches bouleverse ces attentes. Nous découvrons un diable érudit et éloquent. Il fait usage de la rhétorique d’une main de maître, emploie des expressions en latin, et s’exprime majoritairement en pentamètres iambiques. Il assoit donc sa crédibilité auprès de son public, fictif et réel. Celle-ci lui permet par conséquent, en digne hériter du père du mensonge (tel que le diable est décrit dans la <em>Bible</em>), de les faire croire à ses affabulations, il est alors impossible pour ses interlocuteurs de distinguer le faux du vrai. Il devient subtilement un véritable serpent génésiaque. Mais ce n’est pas tout, il est aussi un diable au caractère sensible et profondément tourmenté par sa condition&nbsp;; il s’interroge et se lamente. Nous pourrions alors presque croire qu’il souhaiterait à Faust d’éviter la damnation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec Méphistophélès, le diable devient homme ; pour son auteur, nous pourrions presque imaginer l’inverse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>M comme Méphistophélès ou comme Marlowe ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Leurs initiales ne sont pas a priori leur seul point commun. Il est tout à fait probable que Marlowe ait instillé certaines de ses caractéristiques propres à son personnage infernal. La figure de Méphistophélès dans <em>Docteur Faust</em> a parfois l’air de refléter l’image trouble de Christopher Marlowe lui-même : un personnage ambigu, évoluant entre plusieurs loyautés et dont les paroles, comme les intentions, restent difficiles à démêler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand on lit <em>Docteur Faust</em>, il est difficile de ne pas remarquer à quel point Méphistophélès est un personnage équivoque. Il semble à la fois dire la vérité et manipuler Faust, comme si son discours oscillait constamment entre information et tromperie. À plusieurs moments, il se contredit lui-même, notamment lorsqu’il parle du paradis : il le décrit parfois comme un lieu de joie et de perfection, mais il affirme ensuite que ce lieu n’est même pas aussi beau qu’un simple être humain sur terre. Ce genre de contradiction rend ses paroles suspectes et pousse le spectateur à se demander s’il cherche vraiment à éclairer Faust ou s’il brouille volontairement les pistes pour mieux le contrôler.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="817" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/marlowe.jpg" alt class="wp-image-45430" style="width:447px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/marlowe.jpg 817w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/marlowe-239x300.jpg 239w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/marlowe-768x963.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/marlowe-650x815.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/marlowe-150x188.jpg 150w" sizes="(max-width: 817px) 100vw, 817px"><figcaption class="wp-element-caption">Portrait d’un gentleman (dit Christopher Marlowe), 61 x 46 cm, 1585, Corpus Christi College, Université de Cambridge.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Cette ambiguïté rappelle fortement la réputation de Christopher Marlowe lui-même. La vie du dramaturge reste entourée d’un certain mystère, notamment à cause des rumeurs qui l’ont longtemps suivi. On l’a tour à tour soupçonné d’avoir des sympathies catholiques, puis d’être un espion au service du célèbre chef des services secrets, Sir Francis Walsingham, avec pour mission d’infiltrer les cercles catholiques. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce parallèle devient encore plus frappant si l’on pense à la relation que Méphistophélès entretient avec Faust. Le démon se présente souvent comme un serviteur prêt à l’aider, quelqu’un qui répond à ses questions et qui semble même parfois compatir à sa situation. Pourtant, derrière cette apparence presque amicale, son objectif reste clair : entraîner Faust vers sa perte et obtenir son âme pour Lucifer. Il agit donc comme quelqu’un qui gagne la confiance de son interlocuteur tout en servant, en réalité, un intérêt tout autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autrement dit, comme Méphistophélès, Marlowe apparaît parfois comme quelqu’un qui évolue entre plusieurs mondes à la fois, sans que l’on sache exactement où se situe sa véritable loyauté. En ce sens, Méphistophélès pourrait être vu comme un miroir des tensions et des contradictions qui entouraient la figure de Marlowe. Tous deux semblent évoluer dans un espace trouble, où les apparences peuvent être trompeuses et où les loyautés ne sont jamais totalement claires. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette proximité symbolique devient d’autant plus frappante quand on pense à la fin brutale de Marlowe, mort dans des circonstances liées à des milieux politiques et secrets. Comme Méphistophélès, il apparaît finalement comme une figure prise entre plusieurs forces, dont la trajectoire est marquée par le risque, la provocation et une forme de chute tragique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un entremetteur infernal entre le dramaturge et le public</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’apparence monacale de Méphistophélès n’est pas anodine et les intentions de Marlowe peuvent paraître limpides : en prenant la forme d’un homme d’église, Méphistophélès incarne ce que la <em>Bible</em> appelle un «ange de lumière» : il a l’air pur, digne de confiance, presque irréprochable, et pourtant il cache derrière cette apparence toute sa malice. Cette référence à un être apparemment parfait, mais fondamentalement maléfique, permet à Marlowe de jouer avec les perceptions du spectateur. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Méphistophélès montre que l’apparence ne suffit pas à juger de la morale ou de la sincérité : même ce qui semble divin peut être une illusion. Sa maîtrise de la ruse et de la persuasion renforce le sentiment que le Mal est subtil, intelligent, capable de se fondre parmi les hommes et de détourner ceux dont l’<em>hubris</em> égalerait celui de Faust. La façade sacrée rend la tromperie d’autant plus perverse qu’elle exploite la confiance que l’on accorde habituellement aux figures religieuses. Méphistophélès témoigne ainsi que le Mal peut se cacher sous les traits du Bien, et que l’apparence de piété n’est pas toujours un gage de vertu. Marlowe se joue donc des tensions et de l’insécurité religieuses de son temps pour rendre sa tragédie encore plus dramatique et terroriser ses spectateurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le choix de la forme d’un moine a aussi une portée claire : une critique implicite du catholicisme tel qu’il était perçu à l’époque. Méphistophélès a l’apparence d’un religieux respectable, mais il utilise exactement les mêmes méthodes que celles qui étaient reprochées aux prêtres catholiques : flatter, menacer, promettre, séduire pour atteindre ses fins. Cette ressemblance transforme le démon en figure anticatholique : il n’incarne pas seulement le mal universel, il reflète aussi les craintes et les suspicions que certains protestants avaient vis-à-vis de ces prêtres et de ces missionnaires qui étaient perçus comme manipulateurs et trompeurs. Méphistophélès rappelle indirectement que la foi et la piété peuvent être détournées à des fins trompeuses, et que le danger peut se cacher là où on l’attend le moins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi Méphistophélès ne se réduit-il pas à une simple figure du démon tentateur : il invite aussi à une réflexion sur la tromperie des hautes institutions et sur la fragilité de la confiance. En choisissant un moine comme première forme humaine, il incarne à la fois l’ange de lumière, la menace dissimulée, et une critique implicite des figures religieuses manipulatrices, transformant son apparence en outil de séduction, de manipulation et de réflexion pour le spectateur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Méphistophélès à la Burton</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Méphistophélès est né à la fin du XVI<sup>e</sup> siècle, et bien que son nom fasse partie des moins connus dans la grande famille des surnoms du Malin, il lui est arrivé à quelques reprises de faire son <em>come back</em> dans le monde de l’Art, souvent tout aussi tragiquement que dans la pièce de Marlowe, à l’exception peut-être de son apparition furtive, mais comique, dans le film <em>Dark Shadows</em> de Tim Burton. Alors que Barnabas Collins, vampire enterré vivant depuis 1775, est libéré par des ouvriers tombés sur son cercueil lors d’un chantier, et qu’il découvre le monde moderne, une musique angoissante en fond, le voici qui lève les yeux avec stupeur et, d’une voix tremblante, dit : « Méphistophélès ». Si le spectateur s’attend à voir le terrible dragon de Marlowe, le rire est garanti par l’apparition qui n’est autre que le logo en forme de M de la célèbre enseigne MacDonald’s. On peut donc affirmer que Méphistophélès, loin d’être démodé, est un diable qui sait se renouveler pour s’adapter à son public.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="1024" height="712" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/dark-shadows.jpg" alt class="wp-image-45431" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/dark-shadows.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/dark-shadows-300x209.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/dark-shadows-768x534.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/dark-shadows-650x452.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2026/03/dark-shadows-150x104.jpg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Barnabas Collins (Johnny Depp) face à Méphistophélès dans <em>Dark Shadows</em> de Tim Burton, 2012.Screenshot</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mathilde Fabre est étudiante en deuxième année de master à l’université de Poitiers. Ses recherches portent sur Christopher Marlowe et sur la désacralisation de ses antagonistes, sous la direction de Pascale Drouet.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mephistopheles-demon-erudit-et-tentateur/">Méphistophélès – Démon érudit et tentateur</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mephistopheles-demon-erudit-et-tentateur/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Dernier passage de Jean-François Mathé</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dernier-passage-de-jean-francois-mathe/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=dernier-passage-de-jean-francois-mathe</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dernier-passage-de-jean-francois-mathe/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Dec 2023 09:20:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[curiosités]]></category>
		<category><![CDATA[Emmanuel Hocquart]]></category>
		<category><![CDATA[Fernando Pessoa]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-François Mathé]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Philippe Jaccottet]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>
		<category><![CDATA[René Char]]></category>
		<category><![CDATA[Rimbault]]></category>
		<category><![CDATA[Rougerie]]></category>
		<category><![CDATA[Thouarsais]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Xavier Person]]></category>
		<category><![CDATA[Yves Bonnefoy]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=37918</guid>

					<description><![CDATA[<p>Hommage au poète Jean-François Mathé (1950-2023) qui a sondé l’humanité jusqu’à l’os, avec une grande rigueur, sans tapage.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dernier-passage-de-jean-francois-mathe/">Dernier passage de Jean-François Mathé</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«J’adorerais ne laisser d’autre marque dans l’esprit des gens que celle d’un nuage minuscule, tel ceux qu’on aperçoit dans le ciel des tableaux de Magritte. Oui, il s’agirait de ne pas altérer la beauté du monde.» Ainsi s’exprimait dans nos pages (<em>L’Actualité</em>, n° 44) le poète Jean-François Mathé qui s’est éteint le 29 novembre 2023 chez lui dans le Thouarsais. Son petit nuage s’appelle <a href="https://www.editionsrougerie.fr/">Rougerie</a>, son premier et fidèle éditeur depuis 1973.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Né en 1950 à Fontgombault, Jean-François Mathé a suivi des études de lettres modernes et de philosophie à l’université de Poitiers avant d’enseigner en lycée, à Thouars.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2013, il a reçu le grand prix international de poésie Guillevic – Ville de Saint-Malo pour l’ensemble de son œuvre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les titres de ses recueils – une vingtaine – sont sobres et rigoureux comme sa poésie&nbsp;: <em>Contractions supplémentaires du cœur</em> (1987, Prix Antonin Artaud), <em>Passage sous silence</em> (1988), <em>Corde raide fil de l’eau </em>(1991), <em>Le Temps par moments</em> (1999, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=N0Zu7VjWqRo">Prix du livre en Poitou-Charentes</a>), <em>Le ciel passant</em> (2002, Prix Kowalski de la ville de Lyon), <em>Agrandissement des détails</em> (2007), <em>Ainsi va</em> (2022).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses derniers textes sont plus sombres. L’espace vital se rétrécit.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Vu, vécu, approuvé</em>, publié Le Silence qui roule en 2019, s’ouvre avec ce poème :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«Je serre,<br>je resserre encore<br>et encore,<br><br>comme si je voulais<br>que ma vie<br>soit un fruit<br>tout entier entré<br>dans son noyau»</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La vie se retire à petit pas, aspirée&nbsp;; en demeurent le rythme et la délicatesse. Dans <em>Prendre et perdre</em> (Rougerie, 2018)&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«Je n’aime pas les voix<br>qui transpercent la neige<br>mais celles qui sont ses flocons<br>et chantent le ciel à la terre<br>qui seule entendra la chanson»</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">En hommage à Jean-François Mathé, voici un entretien publié dans <em>L’Actualité Poitou-Charentes</em>, n° 44 (avril 1999). Un entretien mené par Xavier Person qui vient de publier <em>L’alligator albinos</em> chez Verticales.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Jean-François Mathé ou le passage des oiseaux</strong><strong></strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Tout d’abord, pouvez-vous nous dire l’origine de votre désir d’écrire ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Jean-François Mathé. –</strong> C’est un désir qui m’est venu en marge de ma scolarité. À l’adolescence. Dans sa forme la plus larmoyante et sentimentale tout d’abord. Mais le point de départ véritable se situe pour moi au moment de la lecture de <em>Capitale de la douleur</em> de Paul Eluard. J’y trouvai la révélation du fait que les mots pouvaient s’assembler dans une apparente absurdité. Dans une incongruité. Oui, cette lecture déclencha en moi une surprise, une stupéfaction, qui ne m’ont jamais quitté. Que par exemple on puisse écrire des vers tels que :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><em>Au plafond de la libellule</em><br><em>Un enfant fou s’est pendu</em></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà qui ne laissait pas de m’étonner. À partir de là j’éprouvai une énorme curiosité pour ce que pouvaient signifier de tels assemblages de mots. Ce qui fait que j’ai continué à lire, à rechercher cet étonnement dans la poésie du <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle, essentiellement bien sûr dans le surréalisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C’est une découverte liée à l’aventure de la modernité.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. Il s’agissait bien pour moi d’une poésie «postrimbaldienne». La poésie dite classique ne m’aurait pas attiré alors, elle m’aurait semblé n’être que de l’ordre du discours.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous commenciez dès alors à écrire ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai lu beaucoup de poètes du <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle et à chaque fois, dans un cahier, je m’appliquai à écrire un poème «à la manière de». J’ai été un plagiaire. Je faisais mes gammes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment en êtes-vous venu à une écriture plus personnelle ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ça s’est dégagé progressivement, au moment où je me suis aperçu que l’écriture me devenait nécessaire, non plus seulement en tant que forme, mais en tant que substance. Une écriture qui dégage ma substance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un poète en particulier vous a‑t-il alors influencé ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La lecture de Philippe Jaccottet m’a beaucoup aidé. C’est quelqu’un qui pratique une poésie assez épurée. Son dépouillement m’a fait considérer comme artificielle toute idée de jeu en poésie. J’ai préféré opter alors pour un registre plus grave. Il y a eu aussi l’influence d’un Jacques Dupin. Bref, des poètes assez sévères, assez exigeants quant à la nécessaire adéquation entre l’écriture et l’expérience vécue. Il est clair en effet que je m’intéresse avant tout à une poésie qui aborde des questions relatives à l’être. Je ne suis pas, selon la terminologie d’Emmanuel Hocquard, un «poète grammairien». Mon désir d’écrire me porte vers un questionnement sur l’existence.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On vous imagine une existence plutôt contemplative, recueillie. L’écriture vous a‑t-elle conduit à un certain choix de vie ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. La poésie a introduit dans ma vie un grand dégoût de la comédie sociale. Elle m’a aidé à découvrir que l’essentiel est intérieur. Loin des gesticulations. Est-elle une cause ou une conséquence ? Je pense quand même que la poésie me permet de rester en retrait de la comédie sociale, tout en étant heureux. Elle m’apporte ma dose de méditation.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le thème de la transparence revient souvent dans vos textes :</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Je me voudrais immobile</em></strong><br><strong><em>Vitre insensible</em></strong><br><strong><em>Entre voyage et maison</em></strong></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le poème n’est-il pas pour vous comme une vitre entre le dedans et le dehors ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. Le poème est une vitre que ne fabriquent pas les vitriers. Grâce à lui, on peut voir du dehors vers le dedans et vice versa. Découvrir des paysages qu’on n’aurait pas imaginés. Mais dans ce motif de la transparence, il y a peut-être aussi un idéalisme mal digéré : ce souhait que tout aille mieux, qu’on puisse remédier à l’incommunicabilité, ménager des circulations entre l’intérieur et l’extérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait penser à l’attitude d’une certaine mystique, qui tend à l’effacement. Mais il n’y a chez moi aucune dimension religieuse. Je me situerai plus dans la lignée de poètes comme René Char ou Yves Bonnefoy.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je crois en fait que l’homme est actuellement inaccompli. Le seul dieu que l’homme pourrait mériter, c’est lui-même, en mieux. Il s’agit de se porter à l’extrême de soi-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans ce motif de la transparence, c’est sans doute le rêve d’un poème où le réel se donnerait à voir en tant que tel, inaltéré.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. C’est une sorte de nostalgie de pureté, d’un accord idéal au monde qu’on ne viendrait pas souiller. Cela ne se fait pas par détermination cependant, mais par moments, par instants. Il ne s’agit pas pour moi de tenir un discours sur le monde. Mais simplement de capter ce qui s’offre dans l’instant. Pour l’essentiel, ma poésie parle de la précarité de tout. Il peut y avoir bonheur, mais éphémère, intermittent. «La vraie vie, c’est par moment», écrit Georges Perros. Il en va de même du poème réussi : l’impression d’avoir capté la vraie vie par moments.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourriez-vous définir le poème réussi ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est difficile. Je suis plutôt quelqu’un d’intuitif. Un poème qui tient doit avoir avant tout sa solidité dans le langage. On peut le définir par la négative : un poème m’apparaîtra insuffisant dès lors que je m’apercevrai que je m’y suis laissé aller à l’épanchement. Un poème réussi pour moi est un objet de langage assez stylisé, assez coupant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Plusieurs lisent, écrivez-vous, mais c’est à l’envers de leur peau que ce qu’ils cherchent est écrit : à soi-même toujours, on est livre fermé.»</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La poésie exprime une sorte de mission impossible. Elle est volonté de connaître l’intérieur, espoir de capter le dehors. Mais il ne s’agit que d’une connaissance instantanée. Le poème, c’est la tentative et, nécessairement, la déception.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Il n’y a plus qu’à disparaître, visage et pays saisi par la clarté […]» : il y a bien là quelque chose d’extatique.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est peut-être un désir de mort au fond, ce désir de s’effacer. Le phénomène de disparition de l’être n’est pas pour moi quelque chose de négatif. Est-ce que le monde n’est pas plus vrai quand on n’est pas là pour en parler ? «Passe, oiseau, passe, et enseigne-moi à passer !», écrit Fernando Pessoa. Je préfère les êtres qui passent, qui ne marquent pas. Avant tout, j’aime la figure du passant. Il ne marque que par le passage, non pas par une possession. J’adorerais ne laisser d’autre marque dans l’esprit des gens que celle d’un nuage minuscule, tel ceux qu’on aperçoit dans le ciel des tableaux de Magritte. Oui, il s’agirait de ne pas altérer la beauté du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il est clair que les ciels reviennent souvent dans votre poésie, comme nostalgie, comme «appel du vertige».</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand je parle de beauté du monde, je pense surtout aux grands éléments : la mer, le ciel. Et à cette espèce de conflit, entre l’être humain et ces grands éléments. J’adore la perfection du ciel. Je déteste l’idée d’enracinement, d’attachement. Je ne suis pas l’homme du pays. Je crois que c’est ce que signifie le désir de transparence : une métaphore du refus de posséder un lieu et d’être possédé par lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous vivez dans un village du Thouarsais, est-ce vraiment malgré vous ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y des raisons familiales et professionnelles à ce choix. Et c’est le choix de la campagne avant tout, pour ses silences, pour le ciel plus vaste ici, aperçu autrement qu’entre deux toits. Mais je ne suis pas un campagnard, dans mon jardin je ne fais que détruire : je tonds, je taille, je désherbe. Il ne s’agit pas pour moi de m’inscrire dans le paysage, mais d’y trouver un certain détachement, loin des bruits, du mouvement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous évoquez dans un poème le fait d’avoir «[…] choisi d’habiter là où une colline monte devant les yeux».</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette colline s’élève en fait derrière chez moi. Elle fait que notre maison est la première du village à perdre le soleil. On est les premiers à l’ombre. C’est une idée qui ne me déplaît pas, cet apprentissage de son propre crépuscule.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je voudrais tout de même ajouter que si je n’ai pas à proprement parler «choisi» ce lieu, il me convient parfaitement. C’est une région de beaucoup de ciel, de beaucoup de vent. Une région glissante, de peu d’enracinement. On y éprouve une sensation d’ouverture sur les éléments, mais sans que cela soit spectaculaire. L’influence océanique marque le ciel. J’aime beaucoup ces passages de lumière quand on va du Poitou vers la Charente. Beaucoup plus que dans mon Berry natal, où les haies viennent clore le paysage, j’éprouve ici une sensation d’ouverture. Les variations du ciel y sont très subtiles, entre nuages et éclaircies. On y peut bien voir que tout n’est que passage.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dernier-passage-de-jean-francois-mathe/">Dernier passage de Jean-François Mathé</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dernier-passage-de-jean-francois-mathe/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Découverte&#160;: livres et papiers inédits de la bibliothèque du château d’Oiron exposés à Niort</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/decouverte-livres-et-papiers-inedits-de-la-bibliotheque-du-chateau-doiron-exposes-a-niort/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=decouverte-livres-et-papiers-inedits-de-la-bibliotheque-du-chateau-doiron-exposes-a-niort</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/decouverte-livres-et-papiers-inedits-de-la-bibliotheque-du-chateau-doiron-exposes-a-niort/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Grégory Vouhé]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Nov 2023 11:58:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[château d'Oiron]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[médiathèque de Niort]]></category>
		<category><![CDATA[niort]]></category>
		<category><![CDATA[Oiron]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=37890</guid>

					<description><![CDATA[<p>Des documents concernant les saisies révolutionnaires sont présentés dans une exposition de la médiathèque Pierre-Moinot.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/decouverte-livres-et-papiers-inedits-de-la-bibliotheque-du-chateau-doiron-exposes-a-niort/">Découverte : livres et papiers inédits de la bibliothèque du château d’Oiron exposés à Niort</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Grégory Vouhé</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Responsable des collections patrimoniales de la médiathèque de Niort, Geoffroy Grassin a monté une exposition exemplaire consacrée à l’histoire de l’établissement, à l’occasion de son 250<sup>e</sup> anniversaire. L’important travail préparatoire a été l’occasion de belles découvertes. Les confiscations révolutionnaires du district de Thouars en sont un bon exemple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Modèle du genre, le catalogue du dépôt littéraire intitulé <em>Régistre d’invantaire des livres pour rester au district de Thouars</em> consigne références bibliographiques complètes et provenances, conformément aux instructions. Y figure même le type de reliure&nbsp;: «&nbsp;r en v&nbsp;» pour relié en veau. La mention finale «&nbsp;deboiserau&nbsp;» renvoie à Pierre Jacques Fournier, chevalier de Boisairault (1734–1800), qui restaure le château d’Oiron à la suite de son acquisition en 1772, met les intérieurs au goût du jour et aménage une bibliothèque<sup>1</sup>. Geoffroy Grassin nous dit que l’inventaire recense près d’un millier de volumes provenant d’Oiron, dont 141 pour les Belles-lettres, 374 pour l’histoire, 45 pour le droit, 193 pour les sciences et techniques et 223 pour la théologie.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" width="690" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/70-156-img_0932-copie.jpg" alt class="wp-image-37894" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/70-156-img_0932-copie.jpg 690w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/70-156-img_0932-copie-202x300.jpg 202w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/70-156-img_0932-copie-650x965.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/70-156-img_0932-copie-150x223.jpg 150w" sizes="(max-width: 690px) 100vw, 690px"><figcaption class="wp-element-caption"><em>Cathalogue des livres enlevé[s] à la maison d’Oyron […] qui ont été transférés au district de Thoüars et de là à la bibliothèque départementale des Deux Sèvres, où ils sont encore déposés.</em> Médiathèque de Niort, Res G97F.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Le châtelain s’éteint le 15 août 1800 à l’âge de 66 ans. Sa radiation de la liste des émigrés le 29 mai – 9 prairial an VIII – lui avait permis, selon l’arrêté, de rentrer en jouissance de tous ses biens meubles et immeubles non vendus. Sa veuve peut donc formuler une demande de restitution, datée du 18 fructidor an IX (5 septembre 1803). À sa demande adressée au préfet, Geneviève de Ciret de Bron joint le <em>Cathalogue des livres enlevé[s] à la maison d’Oyron […] qui ont été transférés au district de Thoüars et de là à la bibliothèque départementale des Deux Sèvres, où ils sont encore déposés</em>. Le bibliothécaire Frigard renvoie pétition et catalogue au préfet sans faire preuve d’aucune bonne volonté. Il prétend avec légèreté – pour ne pas dire avec mauvaise foi – que «&nbsp;tous les ouvrages qui y sont énoncés ne se trouvent point dans la bibliothèque […] les ouvrages réclamés ne portent ni le nom ni aucune marque de leur ancien propriétaire. Il ne suffit pas de réclamer pour obtenir&nbsp;; autrement la bibliothèque de l’École centrale, qui est formée d’une partie des livres trouvés chez les émigrés et dans les communautés religieuses, disparoîtroit promptement.&nbsp;» Frigard ajoute que le dépôt des livres a été pillé par les brigands de la Vendée. Ce à quoi madame de Bron répond au préfet que «&nbsp;les livres ont été enlevés d’Oÿron au mois de ventôse an 3 [février 1795]. Thouars fut pris par les vendéens le 5 may 1793. Ce qui prouve qu’ils n’ont point été pillés par eux.&nbsp;» Aussi, madame de Bron renouvelle-t-elle sa demande justifiée par «&nbsp;des pièces que l’on ne pourra récuser puisqu’elles font partie de l’inventaire des livres qui m’ont été enlevés&nbsp;; les cartes étoient bien plus nombreuses et mentionnois tous les ouvrages que contient mon catalogue, mais elles ont été perdues avec quantité […]. Le petit nombre de livres indiqué par les cartes sera sans doute un faible dédommagement, cependant il me sera infiniment agréable et je vous aurez, monsieur, une bien véritable obligation si vous avez encore la bonté de vous occuper de cette affaire&nbsp;: son succès me fera passer avec plaisir des moments souvent trop longs à la campagne. Une autre obligation que je vous aurez&nbsp;: ce sera de me mettre à même de vous remercier lors de votre voÿage en ce paÿs&nbsp;».</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="812" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/lettre-1.jpg" alt class="wp-image-37897" style="aspect-ratio:0.79296875;width:676px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/lettre-1.jpg 812w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/lettre-1-238x300.jpg 238w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/lettre-1-768x969.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/lettre-1-650x820.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/lettre-1-150x189.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 812px) 100vw, 812px"><figcaption class="wp-element-caption">Lettre de la châtelaine d’Oiron, Geneviève de Bron, veuve de Pierre de Boisairault, au préfet Dupin au sujet de la restitution des livres confisqués en 1795. Médiathèque de Niort Res G97F.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Le préfet Dupin écrit donc à Frigard en joignant le catalogue et les cartes numérotées à l’appui de l’inventaire des livres. De mauvaise grâce, le bibliothécaire répond que sur les 146 titres, il n’en a retrouvé que 32. Et d’ajouter&nbsp;: «&nbsp;peut-être trouverai-je quelques-uns de ces derniers numéros [manquants] parmi les livres actuellement sous le scellé et non portés sur le catalogue de la bibliothèque, qui a été fini les vacances dernières. Je ne pourrai faire cette recherche que lorsque les scellés seront levés. La plupart de ces numéros doivent se trouver dans le dépôt de Thouars. Je suis bien sûr, par exemple, de n’avoir pas enlevé les numéros 1685 et 1686 que réclame madame de Boisairault. Cette dame ignore sans doute qu’on n’a emporté de Thouars qu’une partie des livres déposés […]. Je suis fâché que les livres qui lui appartenoient n’ayent pas été tous transportés à Niort. Au moins scauroit-elle ce qu’ils sont devenus. Je ne puis cependant affirmer que ceux portés sur le catalogue de la bibliothèque de l’École centrale appartiennent tous à cette dame. Une partie peut provenir de quelqu’autre dépôt. Dans tous les cas ladite bibliothèque feroit une grande perte si elle en étoit privée et l’instruction publique en souffriroit beaucoup. Vous pouvez vous en convaincre par vous-même en jetant les yeux sur le catalogue de madame de Boisairault. Il renferme des ouvrages qui, la plupart, font un excellent fond de bibliothèque&nbsp;»&nbsp;!</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="775" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1116-copie.jpg" alt class="wp-image-37900" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1116-copie.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1116-copie-300x227.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1116-copie-768x581.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1116-copie-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1116-copie-650x492.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1116-copie-150x114.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Exemplaire des <em>Métamorphoses d’Ovide</em> avec l’ex-libris de madame de Bron de Bourneau provenant de la bibliothèque du château d’Oiron. Fonds ancien de la Médiathèque de Niort 1935.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Les recherches dans les fonds de la bibliothèque de Niort ont permis de repérer une petite dizaine de volumes (non exposés) portant des ex-libris de la famille de Bron – chevalier de Bron, madame de Bron, Louis de Bron, ainsi qu’une importante liasse de pièces manuscrites relatives au matériel et au service de l’artillerie rédigées dans les années 1757–1784 par un officier du même nom, sans doute le père de la châtelaine d’Oiron, René de Bron, qui était commissaire d’artillerie.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="695" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1114.jpg" alt class="wp-image-37902" style="aspect-ratio:0.6787109375;width:573px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1114.jpg 695w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1114-204x300.jpg 204w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1114-650x958.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1114-150x221.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 695px) 100vw, 695px"><figcaption class="wp-element-caption">Planche intitulée <em>Affut de place calibre de 16 construction nouvelle de 1763</em>, extraite des papiers de M. de Bron, 75 x 51 cmm. Fonds ancien de la Médiathèque de Niort.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Liste des ouvrages retrouvés par Geoffroy Grassin, où nous avons ajouté le numéro du registre d’inventaire du district de Thouars&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><em>Les Métamorphoses d’Ovide</em>, avec des explications à la fin de chaque fable. Traduction nouvelle par M. l’abbé de Bellegarde, 1701, avec l’ex-libris de madame de Bron de Bourneau, n° 1704 du registre d’inventaire du district de Thouars.</li>



<li><em>Tables pour jetter les bombes avec précision</em>, extraites du bombardier françois, 1731, avec ex-libris «&nbsp;le ch<sup>er</sup> debron&nbsp;», n° 835 du reg.</li>



<li><em>Traité du mouvement des eaux et des autres corps fluides</em>. Divisé en V. parties. Par feu M. Mariotte… mis en lumiere par les soins de M. de La Hire, 1686, avec ex-libris «&nbsp;Ch. Debron&nbsp;», n° 1690.</li>



<li><em>Les effets de la force et de la contiguïté des corps</em>, 1700, avec ex-libris «&nbsp;Chevalier de Bron&nbsp;», n° 1691.</li>



<li><em>Dictionnaire de marine contenant les termes de la navigation et de l’architecture navale avec les règles &amp; proportions qui doivent y être observées</em>. Ouvrage enrichi de figures… Seconde edition, revûe, corrigée &amp; augmentée, 1736, avec ex-libris Chevalier Debron, n°&nbsp;2019.</li>
</ul>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="799" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1119.jpg" alt class="wp-image-37904" style="aspect-ratio:1.281602002503129;width:698px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1119.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1119-300x234.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1119-768x599.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1119-650x507.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/img_1119-150x117.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Page de titre du <em>Livre des pseaumes</em> portant l’ex-libris de Louis («&nbsp;<em>Ludouicus</em>&nbsp;») de Bron. Fonds ancien de la Médiathèque de Niort 2147.</figcaption></figure>
</div>


<ul class="wp-block-list">
<li><em>Le livre des pseaumes en vers françois</em>, par Cl. Marot et Th. de Bèze, retouchez par feu M. Conrart, 1677&nbsp;; le volume ne figure dans le registre d’inventaire, mais présente un ex-libris de Louis de Bron.</li>
</ul>



<ul class="wp-block-list">
<li><em>L’art de parler allemand</em>, nouvellement revu, corrigé et augmenté par le sieur C. LÉOPOLD S, 1728, avec ex-libris du chevalier de Bron, comme ceux qui figurent dans le registre.</li>



<li><em>La Science, et la pratique du pilotage</em>, à l’usage des eleves d’hydrographie, dans le college royal de la Compagnie de Jésus, à La Rochelle. Par le P. Yves Valois, 1735 avec ex-libris du chevalier de Bron, comme ceux qui figurent dans le registre du district de Thouars.</li>
</ul>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="768" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/fullsizeoutput_1bb1.jpeg" alt class="wp-image-37905" style="aspect-ratio:0.75;width:668px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/fullsizeoutput_1bb1.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/fullsizeoutput_1bb1-225x300.jpeg 225w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/fullsizeoutput_1bb1-650x867.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/fullsizeoutput_1bb1-150x200.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px"><figcaption class="wp-element-caption">Page de titre de <em>l’Atlas des plans géométriques d’Oiron</em> réalisé pour Pierre Jacques Fournier de Boisairault en 1782. Cliché avant restauration.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">C’est l’occasion de signaler le récent don à l’État d’un manuscrit naguère distrait du chartrier d’Oiron&nbsp;; celui-ci est aujourd’hui conservé aux Archives départementales des Deux-Sèvres, où se trouvent les pièces complémentaires. Le titre est contenu dans un cartouche timbré des armes de Pierre Jacques Fournier de Boisairault et de Geneviève de Ciret de Bron&nbsp;: <em>Atlas | des plans géométriqu[es] | des fiefs et domaine de | haute justice d’Oiron | appartenant à Messire | Pierre Jacques Fournier | Chevallier DeBoisairault | Capitainne au régiment d[…] | commissaire général de la cavalerie | chevallier de l’ordre royal et militair | de saint louis seigneur de la ditte | haute justice terzé landry monpalais | et autre lieux mari de dame louise | geneviève de ciret de bron rédigé | en l’année mil sept cent quatre vingt | deux.</em><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré la date, le cartouche chantourné est encore de style Louis XV, avec notamment un motif rocaille de crête de coq, compte tenu de l’habituel décalage stylistique qui s’observe entre la campagne et la capitale. L’<em>Atlas</em> du chevalier de Boisairault fait en quelque sorte figure d’arrière-petit-cousin de province du très luxueux <em>Recueil des cartes et plans d’Oiron</em> commandé par le duc d’Antin, alors directeur des Bâtiments du roi<sup>2</sup>.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="830" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/48-109-res-copie.jpg" alt class="wp-image-37906" style="aspect-ratio:0.810546875;width:650px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/48-109-res-copie.jpg 830w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/48-109-res-copie-243x300.jpg 243w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/48-109-res-copie-768x948.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/48-109-res-copie-650x802.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/48-109-res-copie-150x185.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 830px) 100vw, 830px"><figcaption class="wp-element-caption">Ex-libris de Marie de La Tour sur l’<em>Histoire généalogique de la maison d’Auvergne</em> provenant de la bibliothèque du château de Thouars. Médiathèque de Niort Res G4C.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">En comptant une <em>Chronologie</em> manuscrite faite pour le duc Henri de La Trémoille, cinq ouvrages de la médiathèque de Niort viennent par ailleurs de la bibliothèque du château de Thouars, dont les <em>Décades en françois</em> de Tite-Live (1617) portent l’ex-libris. <em>L’Histoire généalogique de la maison d’Auvergne</em> et les <em>Harangues héroïques des hommes illustres</em> portent celui, armorié et gravé sur cuivre, de Marie de la Tour d’Auvergne, duchesse de la Trémoille. Dans son <em>Histoire de Thouars</em>, Hugues Imbert signale un autre exemplaire de ce titre<sup>3</sup>, entre les mains de madame Martineau, de Thouars, avec une devise de la main de la duchesse&nbsp;: «&nbsp;de vertu bonheur&nbsp;». Celle-ci se retrouve aussi sur une rarissime édition originale du <em>Cid</em>, datant de 1637, actuellement présentée à Niort. Raison supplémentaire d’aller voir l’exposition à la médiathèque Pierre-Moinot, jusqu’au 6 janvier 2024.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="718" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/67-155-corneille-1-copie.jpg" alt class="wp-image-37907" style="aspect-ratio:0.701171875;width:646px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/67-155-corneille-1-copie.jpg 718w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/67-155-corneille-1-copie-210x300.jpg 210w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/67-155-corneille-1-copie-650x927.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/67-155-corneille-1-copie-150x214.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 718px) 100vw, 718px"><figcaption class="wp-element-caption">Page de titre de l’édition originale du <em>Cid</em> provenant de la bibliothèque du château de Thouars. Médiathèque de Niort Res M60D.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Post-scriptum.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un livre de chevet de madame de Montespan, provenant de la petite bibliothèque de sa chambre à Oiron, est passé en vente publique en novembre 2022. Il s’agit du tome II des <em>Conférences de Cassien, traduites en François</em>, Charles Savreux, Paris, 1665.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="682" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/68359584-rel-gold_jpeg-large.jpeg" alt class="wp-image-37908" style="aspect-ratio:0.666015625;width:517px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/68359584-rel-gold_jpeg-large.jpeg 682w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/68359584-rel-gold_jpeg-large-200x300.jpeg 200w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/68359584-rel-gold_jpeg-large-650x976.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/11/68359584-rel-gold_jpeg-large-150x225.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 682px) 100vw, 682px"><figcaption class="wp-element-caption"><em>Conférences de Cassien</em>, tome II, provenant de la bibliothèque de madame de Montespan à Oiron.</figcaption></figure>
</div>


<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">1. «&nbsp;Redistribution insoupçonnées&nbsp;», <em>L’Actualité</em> n° 133, p. 142–143. Sur le manuscrit du préfet, qui écrit que le château d’Oiron a été «&nbsp;extrêmement dégradé pendant la Révolution&nbsp;», voir G. Vouhé, «&nbsp;Parthenay par le baron Dupin en 1810&nbsp;», <em>Les seigneurs de Parthenay au Moyen Âge</em>, cat. exp. Musée d’art et d’histoire de Parthenay, 2021, p. 204–206.<br>2. G. Vouhé, <em>Oiron au temps de madame de Montespan et du duc d’Antin</em>, Château d’Oiron – Centre des monuments nationaux, 2015.<br>3. G. Vouhé, «&nbsp;Du nouveau sur le château de Thouars&nbsp;», <em>Revue Historique du Centre-Ouest</em>, t.&nbsp;VIII, ici p. 84–86 – un autre volume provenant de la bibliothèque du château, aujourd’hui dans les collections de la ville de Thouars, y est signalé.<br><br></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/calameotheque/" title>Sur le château d’Oiron</a></strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>«&nbsp;Claude Gouffier bâtisseur&nbsp;» et «&nbsp;Pavement de Chaude Gouffier&nbsp;», <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em>&nbsp;n°&nbsp;135, hiver-printemps 2023, p.&nbsp;174–179.</li>



<li>«&nbsp;Chambres d’Oiron »,&nbsp;<em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em>&nbsp;n°&nbsp;134, été-automne 2022, p.&nbsp;112–114.</li>



<li>«&nbsp;Mariusz Hermanowics. Oiron délabré&nbsp;», «&nbsp;Redistributions insoupçonnées&nbsp;» et «&nbsp;La plus ancienne photo d’Oiron&nbsp;»,&nbsp;<em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em>&nbsp;n°&nbsp;133, hiver-printemps 2022, p. 138–144.</li>



<li>«&nbsp;La vaisselle d’étain de madame de Montespan&nbsp;»,&nbsp;<em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em>&nbsp;n°&nbsp;130, automne 2020, p. 74–75.</li>



<li>«&nbsp;Les senteurs de madame de Montespan&nbsp;» et «&nbsp;Senteurs féminines au château d’Oiron&nbsp;»,&nbsp;<em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em>&nbsp;n°&nbsp;129, été 2020, p. 59–61 et 82.</li>



<li>«&nbsp;Madame de Montespan de monastères en couvents&nbsp;»,&nbsp;<em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em>&nbsp;n° 121, été 2018, p. 64–66.</li>



<li><em>«</em><em>&nbsp;De retour à Oiron&nbsp;»,&nbsp;</em><em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em><em>&nbsp;n° 119, hiver 2018, p. 56–59.</em></li>



<li><em>« Le recueil du duc d’Antin <em>»</em>,&nbsp;L’Actualité Poitou-Charentes&nbsp;n° 110, automne 2015, p. 26–29.</em></li>



<li><em>«&nbsp;Tombeaux de marbre des La Trémoïlle et des Gouffier »,&nbsp;L’Actualité Poitou-Charentes&nbsp;n°&nbsp;107, hiver 2015, p. 46–47.</em></li>



<li><em>«&nbsp;Les Métamorphoses au plafond du château d’Oiron »,&nbsp;L’Actualité Poitou-Charentes&nbsp;n° 106, automne 2014, p.&nbsp;39.</em></li>



<li><em>«&nbsp;Oiron. La chambre du Roi »,&nbsp;L’Actualité Poitou-Charentes&nbsp;n° 102, automne 2013, p. 22–25.</em></li>



<li><em>« L’orange cultivée au Grand Siècle »,&nbsp;</em><em>L’Actualité Poitou-Charentes&nbsp;</em><em>n° 93,&nbsp;juillet-septembre 2011, p.&nbsp;45.</em></li>



<li><em>«&nbsp;Oiron. Un visage retrouvé »,&nbsp;L’Actualité Poitou-Charentes&nbsp;n° 87, janvier-mars 2010, p. 46–47.</em></li>



<li><em>«&nbsp;Oiron. La galerie restaurée »,&nbsp;L’Actualité Poitou-Charentes&nbsp;n° 86, octobre-décembre 2009, p.40–41.</em></li>



<li><em>«&nbsp;Madame de Montespan à Oiron »,&nbsp;L’Actualité Poitou-Charentes&nbsp;n° 78, octobre-décembre 2007, p. 40–41.</em></li>
</ul>
<p></p><div class="qnimate-post-series-post-content"><div>Cet article fait partie du dossier <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/chateau-doiron/">Château d’Oiron</a>.</div></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/decouverte-livres-et-papiers-inedits-de-la-bibliotheque-du-chateau-doiron-exposes-a-niort/">Découverte : livres et papiers inédits de la bibliothèque du château d’Oiron exposés à Niort</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/decouverte-livres-et-papiers-inedits-de-la-bibliotheque-du-chateau-doiron-exposes-a-niort/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Jean Demélier ne poitevinera plus</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/jean-demelier-ne-poitevinera-plus/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=jean-demelier-ne-poitevinera-plus</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/jean-demelier-ne-poitevinera-plus/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Oct 2023 12:56:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[Gallimard]]></category>
		<category><![CDATA[Georges Lambrichs]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Demélier]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[poiteviner]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Protestantisme]]></category>
		<category><![CDATA[Samuel Beckett]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=37855</guid>

					<description><![CDATA[<p>Hommage à l’écrivain Jean Demélier, né à Poitiers en 1940, mort à Paris en août 2023, dont les cinq premiers livres parus chez Gallimard ont pour cadre sa ville natale.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/jean-demelier-ne-poitevinera-plus/">Jean Demélier ne poitevinera plus</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’écrivain Jean Demélier est mort à Paris en août 2023, à l’âge de 83 ans, dans une grande solitude. Très tôt, il a quitté Poitiers, sa ville natale, pour «monter à Paris» et faire une rencontre décisive&nbsp;: Samuel Beckett. Ses cinq premiers livres – tous se déroulent à Poitiers – ont été publiés dans la prestigieuse collection de Georges Lambrichs chez Gallimard, «Le Chemin» (1959–1992), où l’on retrouvait notamment Michel Foucault (<em>Raymond Roussel</em>), J.-M.G. Le Clézio, Pierre Guyotat, Michel Butor, Gérard Macé, Jacques Réda, Jean-Marie Laclavetine, Christian Bobin, Michel Chaillou… Depuis les années 1990, Jean Demélier dessinait de plus en plus, écrivait de moins en moins, se concentrant sur des aphorismes – des milliers – inédits pour la plupart hormis ceux qu’il parsemait dans les livres réalisés avec des artistes (Abraham, Bérénice Constans, Daniel Mohen, Jack Vanarsky, Alexandre Bonnier, Jacqueline Blewanus…). Il n’a donc jamais écrit un «dernier grand livre tout à la gloire de Poitiers». D’autant qu’une petite révolution aurait pu lui donner le sentiment qu’un de ses vœux avait été exaucé. En effet, la Justice a quitté le palais des ducs d’Aquitaine qui est devenu un lieu de manifestations culturelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En hommage à Jean Demélier, voici un entretien publié dans<em> L’Actualité Poitou-Charentes</em> n° 49 janvier 1999.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ascèse excès</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Verra-t-on un jour une place Anti-Jean Demélier ? L’écrivain l’a rêvée. Il l’a décrite dans <em>Le</em> <em>Jugement de Poitiers</em>. La plaque existe. Il en rêve toujours, de ce bel «hommage» que pourrait lui rendre sa ville natale, de son vivant. Objet d’amour et de détestation, Poitiers rejoindrait ainsi – du moins pour une part – la fiction demélienne. Dans cinq romans, il parle explicitement de cette ville qui l’a vu naître en 1940, partir une vingtaine d’années après et resurgir par intermittence. Il vient voir son père, un monument de rigueur et de dignité qui lui a donné ce caractère «droit» et ce maintien «vertical». Quand on connaît cette filiation calviniste, on ne peut s’empêcher de penser à l’exigence de pureté des premiers protestants, ceux qu’on surnommait les «mal sentants de la foi». De ses lointains ancêtres, Jean Demélier a hérité non de la foi religieuse mais de la foi en l’homme, de l’esprit de lutte et de liberté. Nul hasard donc s’il admire Rabelais et Beckett, deux maîtres apparemment aux antipodes l’un de l’autre. Comme Rabelais, il cherche à chauffer la langue française au maximum. Comme Beckett, il veut tirer de chaque mot le maximum. Toujours le maximum.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ses textes comme dans la vie, Jean Demélier est mordant, délirant, agaçant, exaspérant, sans pitié pour ses semblables, sans faiblesse pour lui-même. Ça explose de partout, dans un grand éclat de rire et de pleurs. Voici un prêcheur paradoxal. Pas à la mode du tout. Mais ses livres tiennent debout. Droits.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Comment avez-vous commencé à écrire ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Jean Demélier. –</strong> À l’école, comme tous les enfants. J’étais à l’école de la Torchaise dans le quartier sud de Poitiers. Le premier jour, la maîtresse dessinait au tableau des lettres qu’il fallait reproduire sur notre ardoise. Elle venait à moi pour me tenir la main parce que cela ne me suffisait pas de reproduire des lettres, je voulais les prolonger, les dessiner. Cela ne s’appelle pas exactement écrire mais plutôt calligraphier. Quant à écrire, je l’ai toujours fait. Cette aventure a commencé vers l’âge de 15 ans. J’écrivais des poèmes d’amour aux gens que j’aimais. Cette maladie n’a jamais cessé depuis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après le collège, je suis allé à l’École normale d’Angoulême. Je ne pouvais pas imaginer une seconde que je deviendrais instituteur. J’étais un vrai cancre, toujours dernier sauf une fois, avant-dernier. Je souffrais beaucoup. J’écrivais toutes sortes de choses. Par exemple, sans savoir que ça existait – à ma grande honte –, j’allais réinventer l’écriture automatique dans une série de textes intitulée <em>L’Épreuve de vitesse en poésie</em> : je posais sur la table une montre avec une trotteuse ; j’indiquais l’heure de départ, j’écrivais et quand ça s’arrêtait, je mettais un point et notais l’heure de la fin. J’ai fait aussi des recueils de poèmes, <em>Cosmonaties</em> et <em>Les Hyaloïdes</em>, qui évoquaient des souvenirs d’enfance dans le quartier du Grand Rondeau, une pièce délirante, <em>La Fête à Saint-Ausone</em>, des nouvelles, des notes, des aphorismes… C’est dans cette horrible école que j’ai écrit <em>La Bataille de Poitiers</em>, un texte d’une trentaine de pages, que personne n’a lu, comme tant d’autres textes. C’est une bataille contre les mots – de l’inconscient jusqu’au chant. On voit de plus en plus de mots, dans la rue, partout, qui se bouffent entre eux, qui nous traversent la tête, et dont il ne restera rien. J’avançais par paragraphes, par paquets de mots, prenant tout ce qui passait, puis j’arrêtais et je recommençais jusqu’à ce que quelque chose prenne, pour finir par un poème court. Comme si la bataille avait été gagnée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1962, pendant la dernière année d’École normale, j’ai découvert l’œuvre de Beckett qui m’a totalement bouleversé. Il fallait écrire un mémoire pour la fin de l’année, j’ai choisi de travailler sur Beckett. Je lui ai écrit aux éditions de Minuit. Il m’a envoyé tous ses livres et ce fut le début d’une correspondance. Après avoir lu mon essai, il m’a répondu : «Cher monsieur, je vous crois aussi peu critique que moi.» Nous nous sommes rencontrés deux ans après, après une misérable licence en lettres modernes à la fac de Poitiers. C’est devenu une immense amitié. Avec Beckett, j’avais des relations de disciple à maître. Il ne donnait pas de conseils sur un texte – ce n’était pas un pédant –, ou alors de façon très laconique, par des observations très précises. De magnifiques leçons.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment êtes-vous arrivé chez Gallimard ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Beckett m’a dit d’envoyer des textes à Georges Lambrichs qui dirigeait la collection «Le Chemin» chez Gallimard. Des nouvelles ont été publiées dans <em>Les Cahiers du chemin</em>. Elles étaient extraites de <em>Gens de la rue</em>. Gallimard a décidé de publier le recueil complet, ainsi que <em>Le Rêve de Job</em>, un roman sur lequel je travaillais depuis sept ans. Lambrichs me dit qu’il y a 150 pages à enlever. Je travaille à nouveau ce roman pendant un an et le lui montre. «C’est très bien, me dit-il, maintenant il faut l’écrire.» C’était comme recevoir 400 000 coups de poings en même temps. Mais quelle leçon ! Ce roman était construit comme la Bible, à savoir <em>L’Ancien Testament</em>, <em>Le Nouveau Testament</em> et <em>L’Apocalypse</em>. J’ai tout repris et un an après Gallimard voulait le publier. Seul détail : il risquait d’être censuré. À cette époque, si un éditeur se voyait censurer trois publications pendant l’année, il devait passer devant une commission de censure les années suivantes. Or, deux livres de Gallimard avaient été censurés cette année-là, un de Serguine et un de Guyotat, donc la publication du mien a été repoussée d’un an.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par cette coïncidence, <em>Gens de la rue </em>puis <em>Le Rêve de Job</em> ont paru la même année, en 1971. Le premier avait été accueilli par des articles dithyrambiques. J’éclatais de rire en pensant à la surprise qu’offrirait le second. Les critiques furent variées, comme toujours. Il y eut un appel à la censure (sans effet) dans <em>Le Figaro</em> qui titrait «Job sur son fumier». Il est rare de voir le mot fumier dans ce journal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième partie du <em>Rêve de Job</em> se déroule à Poitiers, mais le livre suivant, <em>Le Sourire de Jonas</em>, lui est entièrement consacré. Il y a cinquante-cinq chapitres et cinquante-cinq lieux que tous les Poitevins connaissent. Les deux anges, Chérubin et Nhiburec, visitent ainsi la ville et y font des pitreries. D’ailleurs, il y a des anges dans presque toutes mes œuvres ; c’est un peu mon thème majeur. Évidemment, ce n’est pas du tout un livre régionaliste. Toutefois, même s’il se moque de Poitiers, ce livre est à la gloire de la ville. J’ai la honte, l’assurance et la conviction que personne n’a jamais écrit un livre pareil sur sa ville natale. Dans les livres suivants, <em>La Constellation des Chiens</em> (1976), <em>Le Miroir de Janus</em> (1977), <em>Le Jugement de Poitiers</em> (1978), il est toujours question de cette ville, à laquelle j’aurai consacré environ deux mille pages. Mais j’ai encore des projets pour Poitiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Alors que vous aviez quitté Poitiers avant d’écrire tous ces livres, pourquoi un tel acharnement à écrire sur cette ville ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Acharnement ? Peut-être. On m’a parfois comparé à Thomas Bernhard. Lui, c’était Vienne. Chacun a son point de départ. N’étant vraisemblablement pas Poitevin dans l’âme, ni même dans le corps, au bout de vingt-quatre ans, j’en ai eu assez. J’étouffais dans cette ville. Ensuite, je l’ai dépeinte à ma façon en ne parlant que d’elle, et c’est quand même pour elle. Il y a quelques années, Jean Pitié m’avait invité à un colloque à la fac de droit. J’avais dit : «Poitiers, c’est moi.»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Diriez-vous la même chose aujourd’hui ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, pas assez. C’est évidemment la parodie de la phrase de Flaubert.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="874" height="588" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2.jpg" alt class="wp-image-37858" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2.jpg 874w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2-300x202.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2-768x517.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2-650x437.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/chat-poitevinant-demelier-2-150x101.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 874px) 100vw, 874px"><figcaption class="wp-element-caption">Chat poitevinant. Dessin de Jean Demélier.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous aimez Poitiers, mais les Poitevins vous irritent.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai appris cette année l’existence du verbe «poiteviner» qui signifie «vivre bien, benaise», «pas trop, surtout pas trop». Les Poitevins «poitevinent». Il y a, chez un certain nombre de Poitevins, quelque chose qui s’apparente à l’autosatisfaction et à l’autosuffisance. Ce sont des «mégalomaniaques miteux». Poitiers est une des villes les plus gâtées de France grâce à ses églises romanes, ses scientifiques, ses étudiants, etc. Que manque-t-il aux Poitevins ? Ils n’ont pas la mer ni la montagne, mais je suis sûr que si l’équipe du maire pouvait créer une montagne avec des pistes de ski et des plages de sable le long du Clain, elle le ferait. On pourrait alors construire des remparts autour de la ville, et dire : «Voici la République idéale.» Nombrilisme complet, aucun goût du rayonnement. Ce qui m’exaspère depuis des années, c’est qu’on retarde toujours la construction du nouveau théâtre. Et encore, il est prévu pour 700 places – dans une ville qui compte 25 000 étudiants ! –alors qu’il en faudrait 2 000, au moins. Quant au palais des Ducs d’Aquitaine, c’est le centre qui manque à Poitiers, comme il y a le palais des Papes en Avignon, le palais Jacques-Cœur à Bourges, etc. La salle des Pas perdus du palais des Ducs d’Aquitaine est d’abord une salle de spectacles, mais elle est noyautée par la Justice. Il faut construire à l’extérieur de la ville un nouveau palais de justice, en béton, en placoplâtre ou en carton bouilli, et restaurer ce palais, puis démolir les maisons qui l’entourent. Et l’on redécouvrira enfin ce chef‑d’œuvre occulté par les gens de robe. Quand on le verra, Poitiers pourra réellement s’appeler Poitiers. On viendra du monde entier pour admirer la cité de Poitiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>D’où vous vient cette rigueur ? Cette volonté d’être droit est-elle héritée de l’éthique protestante ? La mémoire des persécutions a‑t-elle été transmise dans votre famille ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis très fier de mes origines protestantes – calvinistes du côté de mon père. Les protestants sont des gens droits dans leur vie mais aussi verticaux. On est sans arrêt en lutte, ce qui n’est pas confortable. On est complètement responsable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne fais aucun militantisme et je n’ai jamais eu le sentiment d’avoir à venger des protestants. Cela dit, ma famille compte deux figures du protestantisme : le pasteur Marty, mort en 1950, professeur de théologie dans la même école qu’Albert Schweitzer, et surtout, le pasteur et missionnaire Paul Minault, assassiné en 1897 à Madagascar. Il a été tué avec un autre missionnaire, le pasteur Escande, sur la route de Tananarive. On n’a jamais su s’il avait été assassiné par des autochtones ou par des missionnaires anglais et rivaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cette culture protestante vous aide-t-elle à «survivre» dans la traversée du désert que vous connaissez depuis plusieurs années ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est très possible. Il s’agit plutôt d’un purgatoire, bien que cette notion n’existe pas chez les protestants.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="730" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2.jpg" alt class="wp-image-37859" style="aspect-ratio:0.712890625;width:556px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2.jpg 730w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2-214x300.jpg 214w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2-650x912.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-dessin-v2-150x210.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 730px) 100vw, 730px"><figcaption class="wp-element-caption">Dessin de Jean Demélier.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce qui ne vous empêche pas de pourfendre la futilité de notre monde.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’éphémère semble l’emporter sur tout. Notre époque se partage entre l’intelligence et la naïveté, pour ne pas dire la bêtise. Et surtout, il n’y a aucune vision.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne sera jamais assez humain. On emploie maintenant l’expression «intelligence artificielle» comme si l’homme pouvait être remplacé par autre chose que lui-même. Il y a très peu d’hommes, en fait. Il n’y en a jamais eu beaucoup. Combien d’hommes ont laissé une trace de leur passage sur la terre ? Allez dans les musées et les bibliothèques pour vérifier. Loin de vouloir faire de l’élitisme, j’estime que nous vivons dans une époque superficielle, où il faut en mettre plein la vue et dont il ne restera pas grand-chose. Je répète qu’il n’y a chez moi aucun goût de vengeance ni de cruauté. Mon souci n’est pas de dire ce qui va mal, mais ce qui va bien… En fait, qu’est-ce qui va bien ? Le général de Gaulle, qui n’avait pas la réputation d’être un poète, a dit : «Un artiste, c’est quelqu’un qui dit non.» Ce n’est vraiment pas par volonté de dire non, mais tellement de gens disent oui, sans même dire oui, tellement de gens jouent des jeux sordides pour avoir le confort, les avantages, que ce sont de petites gens. On ne peut pas reprocher à quelqu’un de vivre à l’aise, mais si, à côté, d’autres meurent de faim, sincèrement, il est difficile de se sentir à l’aise.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C’est pourquoi vous dites non.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous dites non, mais en donnant beaucoup.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En donnant tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une vie entièrement vouée à la littérature.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je n’ai jamais eu le choix. Qu’est-ce que je peux faire d’autre ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>C’est pourquoi vous n’avez jamais “travaillé”.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ah merci, c’est ce que je n’arrête pas de faire depuis le début ! Comme tout le monde, j’ai fait des quantités de piges, j’ai fait des textes de commande, j’ai relu et réécrit des livres anonymement. Chaque fois qu’on me propose de gagner honnêtement de l’argent, j’accepte. Certes, je ne suis pas riche le moins du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce sont toujours des travaux de plume. Mais vous avez aussi toujours dessiné et beaucoup exposé.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mes livres ne me rapportent rien depuis des années, et comme je n’aime pas l’argent…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous n’êtes pas le seul. Votre ami Pierre Klossowski s’est mis à dessiner de plus en plus parce que ses droits d’auteur ne lui rapportaient pas grand-chose.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Exactement. Cet homme d’une immense culture s’est aperçu que les gens comprenaient mieux ses dessins que ses livres. Or, il dit la même chose en dessin. Ses dessins sont écrits. J’ai essayé de mon côté. J’ai essayé de représenter Chérubin et Nhiburec. C’était nul. Je n’ai pas continué. Cela dit, j’ai toujours dessiné et je dessine toujours. Mais je travaille de plus en plus lentement. Un jour, j’ai envoyé une centaine de dessins à Beckett, pour qu’il voit. Il me les a renvoyés avec un petit mot qui disait : «Trop et trop vite.» Je les ai retravaillés. D’ailleurs, je les ai ensuite presque tous vendus. La quantité est l’ennemie de la qualité. Pas nouveau. Dans cette époque de frime et de confusion, on ne travaille jamais assez lentement. Avec les mots, c’est pareil. J’ai mis des mois à écrire les poèmes très courts de mon dernier livre paru, <em>Point de point</em>. On ajoute et on enlève simultanément. Qu’est-ce qu’on ajoute et qu’est-ce qu’on enlève ? Voilà la question.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bibliographie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Chez Gallimard, coll. «Le Chemin»&nbsp;: <em>Gens de la rue</em>, 1971, <em>Le Rêve de Job</em>, 1971, <em>Le Sourire de Jonas</em>, 1975, <em>La Constellation des Chiens</em>, 1976, <em>Le Miroir de Janus</em>, 1977, <em>Les Nouvelles Lettres de mon Moulin</em>, 1983.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chez Ramsay, <em>Le Jugement de Poitiers</em>, 1978, et chez Balland, <em>Le Métro du bout du monde</em>, Balland, 1985.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Petits essais humoristiques chez Mona Lisait&nbsp;: <em>Brefs prolégomènes à un système politique prochain</em>, 1997, <em>LʼAnge et moi</em>, 1998, <em>Le Nouveau Code Noir</em>, 1998.</p>
</blockquote>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p><strong><em>Les cendres de Jean Demélier seront déposées dans la tombe de ses parents, Marthe et Paul, à Poitiers, au cimetière Chilvert (concession 7159, sect. 28, empl. 933), le mardi 31 octobre 10h.</em></strong></p></blockquote></figure>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="677" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2.jpg" alt class="wp-image-37860" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2.jpg 677w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2-198x300.jpg 198w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2-650x983.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/10/demelier-jean-ph-jlt-2-150x227.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 677px) 100vw, 677px"><figcaption class="wp-element-caption">Jean Demélier au Confort Moderne à Poitiers en 1991 (après sa visite de l’exposition James Turrell). Photo J.-L. Terradillos</figcaption></figure>
</div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/jean-demelier-ne-poitevinera-plus/">Jean Demélier ne poitevinera plus</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/jean-demelier-ne-poitevinera-plus/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>S’enforester avec Cyril Herry et Aude Samama</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/senforester-avec-cyril-herry-et-aude-samama/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=senforester-avec-cyril-herry-et-aude-samama</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/senforester-avec-cyril-herry-et-aude-samama/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Jun 2023 09:29:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[Aude Samama]]></category>
		<category><![CDATA[Cyril Herry]]></category>
		<category><![CDATA[Franck Bouysse]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Montmorillon]]></category>
		<category><![CDATA[roman noir]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=37441</guid>

					<description><![CDATA[<p>Entretien avec Cyril Herry, invité en compagnie de la dessinatrice Aude Samama, aux Rencontres de Montmorillon Littérature &#38; Territoire, du 2 au 4 juin. Il signent ensemble La Meute.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/senforester-avec-cyril-herry-et-aude-samama/">S’enforester avec Cyril Herry et Aude Samama</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>Entretien avec Cyril Herry, invité en compagnie de la dessinatrice Aude Samama, aux Rencontres de Montmorillon Littérature &amp; Territoire, du 2 au 4 juin. Il signent ensemble </em>La Meute<em>.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien Jean-Luc Terradillos Dessin Aude Samama</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En arrivant à La Croisille-sur-Briance, au pied du mont Gargan, il y a comme un air de déjà-vu, ou plutôt déjà-lu dans un roman noir de Cyril Herry. Au milieu de carcasses de matériels en tout genre et hors d’usage, on croirait reconnaître la maison de John, un personnage de <em>Nos souvenirs jamais</em>. «C’est bien de lui que je me suis inspiré», affirme l’auteur dans cet entretien publié en 2021 dans <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> (<a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n-132-ete-2021-special-faits-divers/">n° 132, spécial «Faits divers»</a>). Et d’assurer que sa recette de foie de sanglier (p. 113–115) est «succulente». Rien d’anecdotique dans ce détail, au contraire cela nous conduit directement dans ces territoires que l’Insee qualifiait, autrefois, de «rural profond». Pas de discours, on y est. À bonne échelle, avec empathie mais sans gommer les frictions, les conflits, les non-dits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ce que l’on retrouve dans <em>Scalp</em>, distingué en 2019 par le prix de La Voix des lecteurs et le prix Calibre 47 du festival Polar’Encontre, et dans son dernier roman paru, <em>Tempête Yonna,</em> où un hameau est coupé du monde, sans eau, sans électricité, sans téléphone…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cyril Herry est né à Limoges en 1970. Il a créé les éditions Écorce en 2009, dont la collection «Territori» a été repérée par La Manufacture de livres, maison qu’il a rejoint pendant trois ans où il a publié, notamment, Franck Bouysse, Séverine Chevalier, Patrick K. Dewdney, Antonin Varenne, avant de se consacrer entièrement à l’écriture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a écrit le scénario de <em>La Meute</em>, une bande dessinée publiée chez Futuropolis en 2023 par Aude Samama, qui signe aussi l’affiche de Rencontres de Montmorillon.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Dans <em>Scalp</em>, il y a une sensation de grand espace. Une mère et son fils de 9 ans tentent de retrouver le père de l’enfant qui s’est retiré du monde en installant sa yourte dans la forêt. C’est peut-être à 10 minutes du village en voiture mais cela paraît loin, presque inaccessible.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Cyril Herry. – </strong>J’ai écrit ce roman comme un huis clos&nbsp;: une forêt, un étang. On y entre dès le début et, quand on en sort, c’est pour y revenir presque aussitôt. On a l’impression que c’est grand parce qu’on y est tout le temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le personnage d’Alex s’est consacré à lutter contre de «grands projets inutile» et il a vraisemblablement participé à différentes ZAD, mais je n’entre pas dans le détail à ce sujet dans le roman. Dégoûté, il ne veut plus avoir affaire aux hommes, installe sa yourte bien loin, dans cette forêt, mais on veut le déloger sous prétexte qu’il n’est pas chez lui. Son mode de vie dérange. En fait, il n’est nulle part chez lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans certains villages, on n’aime pas les yourtes, et cela se termine parfois au tribunal comme c’est arrivé dans la région.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À Bussière-Boffy, plusieurs familles s’étaient installées sur leur terrain avec des yourtes. Ce mode de vie, cette différence ne convenaient pas au maire qui s’est acharné à leur pourrir la vie pendant des années. Finalement, ils ont obtenu gain de cause, mais trop tard. Tout le monde était épuisé, trop de mauvais souvenirs partout, ils sont tous partis.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>En suivant cet enfant dans la forêt, on découvre que la sauvagerie ne vient pas de la nature mais des humains, aussi bien des parents que des enfants.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour Baptiste Morizot, nommer la nature revient à s’en exclure, puisque nous sommes des ingrédients de la nature. Mais on ne la comprend plus, nous nous en sommes déconnectés. Il nous faut des modes d’emploi pour la lire et la parcourir. Voilà ce qui me préoccupe. Je suis adepte de la forêt, c’est mon élément. Je l’ai beaucoup arpentée, j’y ai construit des cabanes, c’est différent d’une randonnée dans la nature. Dans son ouvrage <em>Sur la piste animale</em>, Baptiste Morizot emploie le très beau terme «s’enforester», au lieu de «promenade dans la nature».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pas de solitude dans la forêt, il y a toujours des yeux humains qui guettent&nbsp;!</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a des années, en Creuse, un agriculteur m’a dit&nbsp;: <em>dans la forêt, il y a toujours quelqu’un pour te suivre des yeux</em>. Je n’ai jamais oublié. Par la suite, dans la forêt, y compris à l’écart des chemins (que je n’aime pas suivre en général), je me suis parfois demandé si quelqu’un était en train de m’observer, mais je n’ai jamais surpris personne. En revanche, il m’est arrivé d’observer moi-même des promeneurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans <em>Nos secrets jamais</em>, la photographie est au cœur du roman. Elona découvre des photos de famille dans le grenier. Est-ce la mise au jour d’une pratique ou des études à l’école d’art de Limoges&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Adolescent, je rêvais de devenir dessinateur de bande dessinée. Je suis entré l’ENSA de Limoges et j’ai découvert la photographie grâce à deux profs, Bruno de Clerfayt et Roger Vulliez. J’ai cessé de faire de la BD. La photo et l’écriture sont devenues pour moi des alliées précieuses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai fait aussi quelques courts métrages, des vidéos expérimentales et des installations, notamment avec la Vitrine et des collectifs de la région. En 2004, j’ai obtenu une aide pour le développement d’un scénario de court métrage. Je souhaitais le tourner en 35 mm, mais aucun producteur n’a voulu me suivre. C’est à partir de cette époque que je me suis concentré sur la littérature.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour revenir au roman, disons qu’il y a des choses vraies et beaucoup d’inventions. La maison dont hérite Elona existe, j’y ai vécu pendant huit ans. Dans le grenier, j’ai découvert des négatifs sur verre datant de 14–18, des photos prises dans le village. On y voit notamment des enfants très jeunes. Une petite fille de 4 ou 5 ans qui regarde fixement le photographe. Elle a grandi, elle est devenue une femme, puis une vieille dame, et elle est décédée. Cette plaque de verre nous raconte tout cela, et c’est troublant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une autre petite fille a été photographiée <em>post-mortem</em> dans son berceau. Elle n’a peut-être jamais appris à marcher.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>«Se peut-il qu’on hérite des souvenirs qui ne sont pas les nôtres&nbsp;?» se demande Elona. Les photos du grenier éclairent un passé que tout le monde veut oublier dans le village.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils n’oublient rien. Ce sont juste des taiseux. On leur a appris à ne pas transmettre les choses potentiellement traumatisantes. Un mur a été érigé, notamment à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Contre ce mur, Elona se casse le nez, mais elle veut comprendre pourquoi certains rêves l’obsèdent, pourquoi sa mère ne lui a jamais rien raconté de son propre passé, et pourquoi elle lui a raconté différents mensonges au sujet de son ascendance. Nous touchons au sujet du roman&nbsp;: la transmission inconsciente des traumatismes de génération en génération.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment les habitants de La Croisille-sur-Briance ont-ils lu ce roman qui fourmille de détails&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains se sont amusés à deviner de qui je m’étais inspiré pour créer tel ou tel personnage. Tout le monde se connaît ici. Mais beaucoup ne m’ont rien dit du tout. Cela se passe souvent comme ça. On garde pour soi ce qu’on a lu, même si on connaît bien l’auteur. Soit parce qu’on n’a pas aimé, soit parce qu’on n’ose pas dire, ou parce que ce n’est qu’un roman&nbsp;?</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="ensavoirplus wp-block-paragraph">Derniers livres parus de Cyril Herry&nbsp;: <em>Scalp</em> (Seuil, 2018, prix de La Voix des lecteurs en 2019), <em>Nos secrets jamais</em> (Seuil, 2020), <em>Tempête Yonna</em> (In8, 2021), <em>J’ai misé sur le feu</em>, avec des photographies de Chrystèle Lerisse (La Manufacture de livres, 2022), <em>La Meute</em>, dessins d’Aude Samama (Futuropolis, 2023).</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/06/la-meute-samama-herry.jpeg" alt class="wp-image-37443" width="377" height="514" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/06/la-meute-samama-herry.jpeg 751w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/06/la-meute-samama-herry-220x300.jpeg 220w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/06/la-meute-samama-herry-650x886.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/06/la-meute-samama-herry-150x205.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 377px) 100vw, 377px"></figure>
</div></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rencontres de Montmorillon avec Cyril Herry et Aude Samama</strong><br>Jeudi 1<sup>er</sup> juin à 19h, rencontre avec Aude Samama à la médiathèque de Lathus-Saint-Rémy.<br><br>Samedi et dimanche 10h-19h, exposition de planches originales d’Aude Samama à l’espace librairie.<br><br>Samedi 3 juin à 14h30&nbsp;: «Le Limousin, territoire d’écrivains», avec Franck Bouysse, Cyril Herry, Christian Vigué, rencontre animée par Sophie Quetteville, à 16h30, «Disparaître dans la nature», avec Aude Samama et Cyril Herry, rencontre animée par Clément Massé.<br><a href="https://lesrencontresdemontmorillon.com/">https://lesrencontresdemontmorillon.com/</a></p>
</blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/senforester-avec-cyril-herry-et-aude-samama/">S’enforester avec Cyril Herry et Aude Samama</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/senforester-avec-cyril-herry-et-aude-samama/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Franck Bouysse – Sculpteur d’émotions</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/franck-bouysse-sculpteur-demotions/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=franck-bouysse-sculpteur-demotions</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/franck-bouysse-sculpteur-demotions/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 May 2023 08:20:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[Corrèze]]></category>
		<category><![CDATA[Franck Bouysse]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Montmorillon]]></category>
		<category><![CDATA[polar]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=37435</guid>

					<description><![CDATA[<p>Rencontre avec Franck Bouysse, invité d’honneur des Rencontres de Montmorillon Littérature &#38; Territoires, du 2 au 4 juin.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/franck-bouysse-sculpteur-demotions/">Franck Bouysse – Sculpteur d’émotions</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>Rencontre avec Franck Bouysse, invité d’honneur des Rencontres de Montmorillon Littérature &amp; Territoires, du 2 au 4 juin.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’ouest de la Corrèze, à l’écart d’un petit bourg arrosé par la Vézère, Franck Bouysse vit dans les paysages de son enfance que l’on retrouve dans ses romans, notamment <em>Né d’aucune femme</em> et <em>Buveurs de vent </em>(Albin Michel). Il a ouvert une nouvelle voie dans le roman, saluée par de nombreux prix littéraires et un succès populaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«J’ai fait l’expérience de transposer <em>Grossir le ciel</em> dans le Montana sans presque rien changer. Ça fonctionnait. Les grands espaces font partie de la mythologie des États-Unis, mais le plus important ce sont les personnages, parce qu’ils vous amènent vers le mythe et vers l’espace. C’est le lecteur qui déploie l’espace, c’est-à-dire du temps, pas des kilomètres», nous disait-il en 2021 lors de cet entretien publié dans <em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine</em> (n° 132 spécial «Faits divers»). Justement, son dernier roman paru, <em>Pur sang</em> (Phébus, 2023), commence dans le Montana, dans la tribu des Rêveurs, des Nez-Percés qui ont fui sous les balles des soldats de l’armée de États-Unis… On ne sort pas indemne d’un roman de Franck Bouysse.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>L’Actualité. – Un écrivain invente sa langue. Comment la vôtre s’est-elle forgée ?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Franck Bouysse. – </strong>D’abord par la lecture. Je suis un autodidacte total, il n’y avait pas beaucoup de livres chez moi. Je me suis fait ma propre culture dans les bibliothèques, dans les librairies, je lisais de tout. Gamin, j’étais très feuilletoniste du <span class="smallcaps">xix</span><sup>e</sup> siècle, embarqué par l’histoire, pas vraiment par le style, mais, rapidement, cela ne m’a pas suffi. J’avais besoin d’histoires mais aussi d’un grain de voix particulier. J’ai bifurqué vers la poésie pour chercher une autre musicalité. Puis je suis revenu au roman : Hugo, Dumas, Jules Verne, Homère, Virgile, Stevenson, Conan Doyle, à 14 ans, Bob Morane, Tintin mais aussi Poe, Maupassant, Mallarmé… Et Baudelaire, degré ultime de la poésie. Aucune cohérence donc, juste une soif, une boulimie de découvrir quelque chose de singulier et, assez vite, une musique. J’aurais rêvé d’être musicien. La transmission de l’émotion est directe. Cette pâte était la matière. Après, il a fallu que je domestique mes émotions. La littérature c’est quoi&nbsp;? Sculpter cette matière littéraire avec ses émotions. Si on n’a que la matière on n’a que l’histoire, si on n’a que l’émotion on n’a parfois que le style. À un moment donné, mon ambition a été d’amalgamer tout ça et d’essayer d’en faire quelque chose qui me ressemble sans être moi, au sens de Franck Bouysse. «Je est un autre» : j’ai toujours pensé que c’est fondamentalement vrai. Écrire c’est disparaître devant ce qui n’existe pas encore. C’est la faculté de disparaître, de s’absenter. Cela m’a pris une trentaine d’années. J’avais besoin de travailler tout ce temps, faire des gammes, pour arriver à un livre où il s’est passé quelque chose d’évident, comme si ma langue était là. Ce petit livre s’appelle <em>Vagabond</em>. C’est ma profession de foi. J’avais écrit quelques policiers, des romans d’aventure, comme des exercices de styles, mais je ne parlais pas de mes racines. À partir de <em>Vagabond</em>, publié par Écorce en 2013, j’ai trouvé ce que je voulais faire même si je pensais que ça n’intéresserait personne.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Comment sait-on qu’un livre peut intéresser des lecteurs ?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne me suis jamais posé la question. J’ai toujours fait ce que j’avais envie de faire. Je me suis promis de ne jamais penser au lecteur, la meilleure façon de le respecter. Le livre qui m’a lancé, <em>Grossir le ciel</em>, dormait dans un tiroir. Deux paysans dans les Cévennes, un chien, la neige… S’il n’y avait pas eu mon meilleur ami pour le lire et me dire&nbsp; que c’était bien, il serait peut-être encore dans son tiroir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne parlait pas encore de ce qui est devenu le «polar rural» ou le «roman noir rural». Balzac a écrit des romans ruraux et noirs, de même que Zola, Giono, Steinbeck, etc. Cette classification m’horripile, elle ne signifie rien, même si j’imagine ce qu’elle peut avoir de rassurant…</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Que s’est-il passé lors de l’écriture de <em>Vagabond</em> ?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis <em>Vagabond</em>, chaque livre part d’une émotion, d’une image mentale très forte qui vient toujours de l’enfance. Je ne la décide pas, elle me vient, avec une première phrase, qui se déploie. Avant, je n’étais peut-être pas prêt à faire confiance à mes doutes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je regardais un documentaire de Raymond Depardon, <em>La vie moderne</em>. Un paysan avec des cheveux jusque sur les épaules regarde à la télé l’enterrement de l’abbé Pierre. Il vit seul, sort de chez lui dans la neige, va au village faire ses courses en tracteur. Ce n’était pas Paul Argaud que je voyais mais mon oncle, mon père, mon grand-père. <em>Grossir le ciel</em> provient de cette image. Mon plus grand bonheur d’écriture, je ne pensais qu’à ça, tout le temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour <em>Buveurs de vent</em>, j’étais à la pêche avec mon fils, dans un endroit où je n’étais pas retourné depuis quarante ans. Mon père m’y emmenait à la pêche. Face au viaduc, j’ai vu quatre gamins suspendus à des cordes, par jeu. Mon enfance représentée par quatre facettes. Je suis aussitôt rentré et j’ai écrit ce premier paragraphe : «Quatre ils étaient, un ils formaient, forment, et formeront à jamais. Une phrase lisible faite de quatre brins de chair torsadés, soudés, galvanisés. Quatre gamins, quatre vies tressées, liées entre elles dans la même phrase en train de s’écrire. Trois frères et une soeur nés du Gour Noir.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong><em>Grossir le ciel</em></strong><strong> a eu un immense succès mais pourquoi en catégorie «polar» ?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Contrairement à ce que l’on croit, le succès n’est pas venu si vite. Le livre a paru en 2014 chez un petit éditeur, La Manufacture de livres. Personne ne m’attendait. Les blogueurs ont parlé du livre dans le domaine du polar, ce qui m’a surpris. Un tirage de 5 000 exemplaires en grand format, ce n’est pas un best-seller, mais les éditeurs de poche l’ont repéré, il y a eu des enchères, emportées par Le Livre de Poche qui l’a réédité en 2015. Le succès a démarré à ce moment-là. Puis il y eut le prix polar SNCF en 2017, le prix Michel Lebrun, et quelques autres. Tout le monde m’a classé dans le polar. Finalement, <em>Grossir le ciel</em> a été vendu à plus de 100 000 exemplaires. D’autres auteurs se sont mis à écrire sur ces milieux, sur les derniers Indiens… plutôt une bonne chose quand c’est sincère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut faire confiance à l’intelligence du lecteur.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Chaque nouveau livre gagne en intensité.</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Je considère chaque livre comme une passerelle ou comme la branche d’un arbre que je laisse pousser, sans savoir où elle ira. Chaque livre est nécessaire pour passer à un autre. Il n’est jamais complètement clos. On ne doit pas tout révéler au lecteur, à mon sens.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Le livre continue à vivre dans l’esprit du lecteur. On peut parler de personnages comme s’ils existaient vraiment.</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Le lecteur joue un rôle dans l’évolution de la littérature. Il se doit de faire des pas de côté, de progresser lui aussi. Son devoir d’exigence est très important. Dans les années 1980, Marguerite Yourcenar déplorait la fainéantise de certains lecteurs. Si le degré d’exigence baisse, la littérature s’en ressent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le lecteur écrit aussi une partie du livre. Il ne faut pas tout lui raconter. Il faut des zones où il puisse poser ses propres émotions. Comme dans une chanson de Bashung ou de Christophe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a une différence entre la réalité et la vérité. Beaucoup d’écrivains imposent une réalité formelle en la décrivant de A à Z. Pour moi, l’écrivain n’a rien à faire avec la réalité. S’il se passe quelque chose de l’autre côté de la rue et que l’on se retrouve une semaine après, on n’aura pas vu la même chose. Les souvenirs que j’aurais mis sur ma feuille auront été passés au filtre de ma mémoire. C’est ma vérité en même temps que ma liberté, n’en déplaise à Robbe-Grillet. La littérature, pour moi, c’est cela.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Pourquoi cette vogue du Nature Writing américain ?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Par pur exotisme. J’ai fait l’expérience de transposer <em>Grossir le ciel</em> dans le Montana sans presque rien changer. Ça fonctionnait. Les grands espaces font partie de la mythologie des États-Unis, mais le plus important ce sont les personnages, parce qu’ils vous amènent vers le mythe et vers l’espace. C’est le lecteur qui déploie l’espace, c’est-à-dire du temps, pas des kilomètres.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Vous avez préfacé <em>Une terre d’ombre</em> de Ron Rash. Y a‑t-il d’autres écrivains américains dans votre généalogie littéraire ?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Cormac McCarthy est un écrivain extraordinaire. Il n’a pas le prix Nobel alors que c’est l’un des plus grands écrivains vivants. Grâce à McCarthy, j’ai découvert Faulkner. À 18 ans, puis à 25 ans, j’avais essayé. Comme Pierre Bergounioux. Quand il avait lu <em>Le Bruit et la Fureur</em>, il était tellement scandalisé par les tournures comme «j’va» et les fautes de français qu’il avait écrit à Antoine Gallimard. Ce n’était pas la bonne porte d’entrée. À plus de 30 ans, je tombe sur <em>Lumière d’août</em> et je découvre le grand génie de la littérature mondiale, à l’égal d’Homère et de Shakespeare.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand d’autres écrivains parlaient du petit peuple, ils le faisaient en surplomb. Comme le dit Pierre Bergounioux, Faulkner est le premier à avoir rétrocédé la parole à ceux qui vivaient les événements, en l’occurrence le petit peuple du sud des États-Unis. Il était ceux qui parlaient.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>À quel moment un livre est-il terminé ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Chaque livre a cinq ou six versions, jusqu’à neuf pour <em>Grossir le ciel</em>. Je réécris le livre et, en général, je n’ai la fin qu’à la cinquième version. J’ai retenu la leçon d’Harry Crews, dans sa magnifique autobiographie <em>Des mules et des hommes</em> : un livre ne se bidouille pas, il se reprend du début.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au départ, j’écris à la main sur des cahiers, puis je tape à l’ordinateur et j’imprime toutes les versions. Je pose la page imprimée à droite, la page blanche à gauche, et je réécris. Parfois j’y touche très peu, quelques ajustements à faire, parfois des scènes entières manquent. Je lis les dialogues à voix haute, je les resserre pour qu’il ne reste que l’essentiel. Les dialogues sont très compliqués à écrire. Chez mes personnages, on parle en gestes plutôt qu’en mots.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À 7 h 30, je suis à ma table d’écriture, tous les jours. Je m’arrête en fin de matinée. J’y reviens dans l’après-midi. Même si je vais couper du bois ou pratiquer d’autres activités, les personnages sont présents, l’histoire continue de travailler. Et le soir je retourne à l’atelier. L’inspiration, je ne sais pas ce que c’est. À un moment donné, je suis vidé, complètement, et je crois que la fin du roman s’impose d’elle-même. Cela prend un an ou un an et demi, à plein temps.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Simenon pouvait écrire un roman en une semaine et ensuite il écrémait beaucoup…</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Pour moi, Simenon est un mystère. Dès la première phrase, on entre dans une atmosphère, on est pris et mis en orbite autour de la planète Simenon. Fascinant ! Très peu d’écrivains y parviennent. Mais Simenon reste toujours sur la crête de la vague. Parfois, je ne le rejoins pas car j’aime beaucoup les flux de conscience, comme chez McCarthy qui laisse monter la vague très haut jusqu’à ce qu’elle retombe.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Comment vient le titre d’un livre ?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Il arrive très vite, dès le premier chapitre, parfois même à la première phrase. Je ne sais pas forcément pourquoi le livre va s’appeler ainsi (<em>Né d’aucune femme</em> par exemple), le titre aussi peut guider l’écriture et je découvre <em>a posteriori</em> sa signification.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Vos rêves entrent-ils dans les romans ?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Je n’en sais rien, je ne me souviens pas de mes rêves. Les souvenirs ne sont-ils pas des instants plus ou moins rêvés, passés au filtre de notre mémoire, qu’elle soit diurne ou nocturne. Il en va de la vérité de l’auteur.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Écrivez-vous à hauteur d’homme ?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">À hauteur de la nature, de la nature humaine si on veut. Le minéral peut devenir organique et l’organique devenir minéral, tout est à hauteur, tout court. L’arbre a une utilité tout autant que le voisin ou le rocher qu’on doit enlever dans le champ. Dans le milieu dont je parle – la ferme familiale est à 4 km d’ici – il n’y a pas de notion de beauté. Qui peut s’extasier devant un vol de papillon ? En tout cas pas mon grand-père, mon père ou mon oncle. Chez eux, il y a/avait toujours ce rapport à l’utilité, ce qu’on est capable de faire avec ses mains, de fabriquer, de montrer et de laisser derrière soit en manière de survie. C’estla seule valeur d’ajustement. On peut pleurer pour une vache qui meurt et pas pour un ancêtre qui disparaît. Certains événements sont dans l’ordre des choses, pas d’autres.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Dans <em>Né d’aucune femme</em>, le meurtre du père par ce hobereau est d’une rare violence. Puis tout ce qu’il fait subir à la fille vendue par son père. Comment faites-vous pour en arriver là ?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Beaucoup de gens m’en ont parlé. Ce n’est pas plus éprouvant que d’écrire la scène plus tendre où Edmond fait monter Rose sur le cheval, cela procède de la même énergie, c’est le même engagement intellectuel et physique. Malraux disait : «Ne pas avoir le projet de devenir un personnage mais lui laisser la place.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis surpris de la violence quand je relis la scène, quand je suis revenu dans ma peau de Franck Bouysse. Ce personnage, une espèce d’ogre, est pourtant bien humain. Mais il a été fabriqué par une mère qui en a fait une arme, dans un but précis : la continuité biologique, tout simplement. Cette ambition de créer un peu plus que soi. Le pire vient de la mère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand un personnage apparaît, où qu’il m’amène, je le suivrai. Peu importe l’extrémité vers laquelle il entrainera mon écriture. Les lecteurs ont le droit d’abandonner le livre, moi, je n’ai pas le droit d’abandonner un personnage, quel qu’il soit, ni de faire la moindre concession.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="ensavoirplus wp-block-paragraph"><strong>Rencontres de Montmorillon avec Franck Bouysse</strong><br>Samedi 3 juin à 14h30&nbsp;: «Le Limousin, territoire d’écrivains», avec Franck Bouysse, Cyril Herry, Christian Vigué, rencontre animée par Sophie Quetteville.<br>Dimanche 4 juin à 11h&nbsp;: «Les territoires romanesques de Franck Bouysse», entretien animé par Sophie Quetteville,<br>à 15h30&nbsp;: «Portrait d’auteur en lecteur», Franck Bouysse par ses lectures,<br>à 17 h, lecture de <em>Né d’aucune femme</em>, par Sarah Auvray, musicienne, et Stéphanie Noël, comédienne.<br><br><a href="https://lesrencontresdemontmorillon.com/">https://lesrencontresdemontmorillon.com/</a></p>
</blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/franck-bouysse-sculpteur-demotions/">Franck Bouysse – Sculpteur d’émotions</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/franck-bouysse-sculpteur-demotions/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’artiste et sa demeure</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/lartiste-et-sa-demeure/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=lartiste-et-sa-demeure</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/lartiste-et-sa-demeure/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Feb 2023 09:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[Ary Scheffer]]></category>
		<category><![CDATA[Claude Monet]]></category>
		<category><![CDATA[Guernesey]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Juliette Drouet]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[maison]]></category>
		<category><![CDATA[Paul Meurice]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Victor Hugo]]></category>
		<category><![CDATA[Wittkower]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=37017</guid>

					<description><![CDATA[<p>Visiter les maisons des artistes pour y retrouver leur univers peut réserver bien des surprises. Bien souvent, les lieux ont été «reconstruits» à l’image de ces illustres. Exemple avec Victor Hugo.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/lartiste-et-sa-demeure/"><strong>L’artiste et sa demeure</strong></a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>Visiter les maisons des artistes pour y retrouver leur univers peut réserver bien des surprises. Bien souvent, les lieux ont été «reconstruits» à l’image de ces illustres. Exemple avec Victor Hugo.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Julie David</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les artistes occupent une place à part dans notre société. Leur art leur accorde un statut particulier. Ils sont tour à tour – dans l’imaginaire collectif – des enfants prodiges, des génies excentriques, des avant-gardistes incompris ou bien encore des poètes maudits. Leurs créations fascinent autant que leur personnalité colorée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Margot et Rudolf Wittkower, dans leur ouvrage <em>Les Enfants de Saturne&nbsp;: psychologie et comportement des artistes de l’Antiquité à la Révolution française </em>publié en 1963, ont mis en lumière cette tendance qu’ont les artistes à s’adapter à l’image que nous nous faisons d’eux. Peintres, écrivains et sculpteurs se sont volontiers créé un personnage au point de feindre ou d’exagérer un comportement en dehors des normes de leur époque. Si l’étude du couple Wittkower s’arrête au <span class="smallcaps">xviii</span><sup>e</sup> siècle, on constate cependant que les efforts déployés par les artistes pour correspondre aux attentes de leur public ont perduré bien après cette période. L’artiste «bohème» et sa représentation viennent automatiquement à l’esprit de la majorité lorsqu’il s’agit du monde de l’art du <span class="smallcaps">xix</span><sup>e </sup>et <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècles. Cette idéalisation des artistes s’étend bien souvent à leur demeure, le temple de leur talent. On s’imagine que le lieu où ils ont vécu et créé ne peut que refléter la singularité de leur existence. Aussi, il n’est pas rare que les visiteurs en ressortent déçus.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>«Pragmatisme muséal»</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Beaucoup de demeures ayant appartenu à un ou plusieurs artistes sont devenues des musées au cours du <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle. Certaines sont admirablement bien conservées comme la maison familiale de Claude Monet à Giverny ou celle de George Sand à Nohant. Tandis que d’autres, réinvesties plus tardivement, adoptent un aspect plus muséal et moins intime. Bien souvent, œuvres et mobilier ont été dispersés et les lieux profondément modifiés pour répondre à de nouveaux besoins. Ce que l’on pourrait appeler du «pragmatisme muséal» est fréquemment à l’origine des transformations majeures de ces habitations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le cas notamment de l’appartement de Victor Hugo, qu’il occupe de 1832 à 1848, et de l’hôtel Renan-Scheffer, rue Chaptal, où s’installe le peintre Ary Scheffer de 1830 à sa mort en 1858. Ces lieux ont perdu de leur authenticité au fil du temps et cela n’est pas au goût de tout le monde. Cependant, il est important de prendre conscience des contraintes qu’imposent ces demeures et des difficultés qu’ont les agents du patrimoine à les reconstituer.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Victor Hugo, trois fois célébré</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">À l’instar du peintre Claude Monet, Victor Hugo est célébré à travers plusieurs bâtisses. La première, se trouve à Paris, place des Vosges, la seconde sur l’île de Guernesey et la troisième au 140, Grand Rue à Besançon. Chacune d’entre-elles s’emploie à représenter une partie de la vie de Victor Hugo. Hauteville House, à Guernesey, est, bien évidemment, le symbole de l’engagement de l’artiste qui va y demeurer pendant quatorze des dix-huit années de son exil, soit de 1856 à 1870. La maison de Besançon, où Victor Hugo est né, se concentre davantage sur sa carrière politique à travers une scénographie très contemporaine tandis que son appartement parisien met l’accent sur ses succès littéraires. Ainsi, on peut y voir son cabinet de travail reconstitué avec la table sur laquelle il a écrit quelques-unes de ses œuvres les plus célèbres. Les murs sont recouverts de tableaux inspirés directement de ses romans et poèmes. Certains sont des dons faits par la famille Hugo comme le tableau <em>Scène de Notre-Dame de Paris</em> d’Antoine Rivoulon peint en 1832. D’autres sont des commandes réalisées spécialement pour le musée, comme <em>Une larme pour un goutte d’eau</em> de Luc-Olivier Merson, qui met en scène Esmeralda donnant à boire à un Quasimodo battu par la foule. Quelques éléments de décors du salon chinois et un meuble du salon rouge viennent des collections de Juliette Drouet. La présence de ces pièces au sein du musée s’explique par l’importance que la comédienne a eue dans la vie de Victor Hugo. Leur liaison de près de cinquante ans a contribué à la naissance du «mythe Victor Hugo» tant elle fut romanesque. Un portrait d’elle, réalisé peu avant sa mort par Jules Bastien-Lepage en 1883, est accroché dans le cabinet de travail&nbsp;à proximité d’un autre portrait, de grande taille cette fois-ci, de l’écrivain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout l’appartement n’a pas pu être reconstitué. La disposition des salles a changé au cours du <span class="smallcaps">xix</span><sup>e</sup> siècle. Des cloisons ont été abattues et des portes changées de place. Certaines pièces ont donc plus pour objectif de recréer une ambiance plutôt que d’être totalement fidèle à l’originale. Le salon rouge, installé à la place de ce qui était autrefois la salle à manger, en est un parfait exemple ainsi que la chambre de Victor Hugo. Son décor et sa disposition sont basés sur celle qu’il occupait à sa dernière adresse au 50, avenue Victor Hugo à Paris. Cette avenue était connue auparavant sous le nom d’avenue d’Eylau et a été rebaptisée à l’occasion des quatre-vingts ans de l’artiste. Victor Hugo est sans doute le seul écrivain à avoir vécu à une adresse portant son nom.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/01/capture-decran-2022-10-16-222948.jpeg" alt class="wp-image-37022" width="717" height="500" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/01/capture-decran-2022-10-16-222948.jpeg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/01/capture-decran-2022-10-16-222948-300x209.jpeg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/01/capture-decran-2022-10-16-222948-768x536.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/01/capture-decran-2022-10-16-222948-650x454.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/01/capture-decran-2022-10-16-222948-150x105.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 717px) 100vw, 717px"><figcaption class="wp-element-caption">Le Salon rouge, maison de Victor Hugo, place des Vosges, Paris. Photo Julie David.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Paul Meurice, fondateur du musée et ami de longue date de Victor Hugo, a collectionné très tôt des objets lui ayant appartenu. Il s’agissait principalement de dessins et de manuscrits dédicacés. Il a aussi récupéré quelques meubles de la famille en 1852 au moment où celle-ci quitte Paris pour Jersey. Paul Meurice était l’homme de confiance de Victor Hugo. Il connaissait bien ses œuvres et en a géré l’édition sur le sol français durant les années d’exil de l’écrivain. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il soit l’instigateur de la création d’un musée qui lui rende hommage. Inauguré en 1903, l’appartement place des Vosges a été le premier des trois musées consacrés à Victor Hugo. Trois musées pour un seul homme, cela peut d’ailleurs sembler un peu excessif. Toutefois, cette multiplicité des lieux célébrant la carrière littéraire et politique de Victor Hugo se justifie par l’influence qu’il avait de son vivant et par le caractère exigu des espaces d’exposition. En effet, si les maisons d’artistes proposent souvent un cadre charmant tel qu’un jardin fleuri ou un décor d’intérieur somptueux, elles ne sont pas vraiment adaptées à un grand nombre de visiteurs. Le manque de place oriente la visite, limite les thématiques abordées et la quantité d’objets présentés. Les maisons d’artistes sont de véritable défi autant sur le plan de la conservation que de l’accessibilité.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Médiagraphie&nbsp;</strong><br>Maison de Victor Hugo Paris-Guernesey, <em><a href="https://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/fr/paul-meurice">Paul Meurice (1818–1905), fondateur du Musée</a></em>, consulté le 13/10/2022.<br><br>Margot et Rudolf Wittkower, <em>Les enfants de Saturne&nbsp;: psychologie et comportement des artistes de l’Antiquité à la Révolution française, </em>1963, chapitre 4<strong>.</strong><br><br>France TV, Une maison, un artiste, <em><a href="https://www.youtube.com/watch?v=-T9Tys78rvc">Victor Hugo, une île pour exil</a></em>, consulté le 06/10/2022.</p>
</blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Cet article a été réalisé lors d’un séminaire de médiation et d’écriture journalistique dans le cadre du master histoire de l’art, patrimoine et musées de l’<a href="https://www.facebook.com/univpoitiers?__cft__[0]=AZVBkzLov9MlpEjBeYuNTGWH1VjuK9h34FPEYh2jEfmv_2xlzwEzka5sE1FtyjZJuVtAr0JkPAsondXlSCdsUFkNoQ3JlGL9qSXZ-_zXyBbstgDAXStFxbs-qsEEJWn1GjYGlc3fvU86cRS7hZwjy_id5sIufFznsagdA5wvhI7j09lTVG82ogCl8eUHrdha5p0&amp;__tn__=-]K-R">Université de Poitiers</a>.</p>
</blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/lartiste-et-sa-demeure/"><strong>L’artiste et sa demeure</strong></a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/lartiste-et-sa-demeure/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Kick de Strychnine ou les mémoires d’un égaré volontaire</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/kick-de-strychnine-ou-les-memoires-dun-egare-volontaire/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=kick-de-strychnine-ou-les-memoires-dun-egare-volontaire</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/kick-de-strychnine-ou-les-memoires-dun-egare-volontaire/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maya Merle]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Dec 2022 09:50:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[biographie]]></category>
		<category><![CDATA[Bordeaux]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[musique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=36823</guid>

					<description><![CDATA[<p>Christian Lissarrague "Kick", chanteur du groupe de rock des années 1970 Strychnine, nous livre ses mémoires dans un ouvrage publié aux Editions Relatives.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/kick-de-strychnine-ou-les-memoires-dun-egare-volontaire/">Kick de Strychnine ou les mémoires d’un égaré volontaire</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h3 class="wp-block-heading">Par Maya Merle</h3>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Car enfin mon histoire a‑t-elle un quelconque intérêt ? Et pour qui ? Pour les autres ?… Allons ! Un peu de sérieux, ils en ont déjà bien assez des leurs !&nbsp;»&nbsp;</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mémoires d’un égaré volontaire</em> est le premier ouvrage de Christian Lissarrague «&nbsp;Kick&nbsp;», chanteur du groupe de punk rock bordelais Strychnine. Habituellement discret, le chanteur se livre dans cette autobiographie dont les parties sont des errances, et les chapitres des chants.&nbsp; Au détour de ses rencontres, expériences et épreuves, le chanteur nous ouvre la porte d’une ère qui a marqué les esprits : celle du punk rock de la fin des années 1970, début des années 1980. <em>Mémoires d’un égaré volontaire </em>retrace le parcours d’un homme de talent mais c’est aussi et surtout un hommage. Un hommage à des hommes et des femmes qui l’ont entouré, accompagné et soutenu.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>L’époque Strychnine&nbsp;</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">L’aventure Strychnine commence en 1976 lorsque cinq amis du lycée François-Magendie à Bordeaux décident de former un groupe de rock. Les futurs membres se mettent d’accord sur un nom, ce sera&nbsp; Strychnine, en référence au morceau des Sonics sorti une dizaine d’années plus tôt. Christian Lissarrague en est alors le chanteur. En 1977 le groupe commence à composer et répéter dans les caves et les bars bordelais et quelques concerts plus tard, Strychnine connaît un véritable tournant dans sa toute jeune carrière. Au mois d’août de la même année, le groupe est invité à jouer au festival punk de Mont-de-Marsan, au milieu des Landes. L’événement  promet de grands noms de la culture punk rock : The Damned, Lou Reed et The Clash. Strychnine, qui joue juste avant ces derniers, est alors propulsé sur le devant de la scène.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;À partir de là, les choses sont claires, nous savons où nous voulons aller et pourquoi, et les concerts se multiplient. Ce festival va être un électrochoc pour beaucoup et les portes s’ouvrent en grand désormais pour le rock comme on l’aime.&nbsp;»&nbsp;</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Si la culture punk rock semblait jusque là assez marginale, elle va peu à peu davantage de succès. Strychnine a le vent en poupe et la jeunesse bordelaise se retrouve dans ces textes qui dépeignent une réalité qui leur fait écho. Ainsi, le groupe de rock est l’un des premiers en France à suivre la vague punk rock très populaire en Angleterre. Leur emboiteront le pas les Stalag, les Standards ou encore Noir Désir. Leur premier album, <em>Jeux Cruels </em>sort en 1980. Strychnine sillonne alors le pays pour assurer les premières parties de Jacques Higelin.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois, les différends créatifs auront raison du groupe et c’est à l’occasion d’un ultime concert dans leur ville natale que Strychnine se sépare en 1982, après avoir enregistré l’album <em>Je Veux</em>, en 1981.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Trop, trop vite, trop jeunes. Les ailes brûlées, nous resterons longtemps marqués, et même à jamais en ce qui me concerne.&nbsp;»&nbsp;</p>
</blockquote>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/12/1984-paris-kick-photo-philippe-gabel.jpg" alt class="wp-image-36827" width="756" height="487" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/12/1984-paris-kick-photo-philippe-gabel.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/12/1984-paris-kick-photo-philippe-gabel-300x194.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/12/1984-paris-kick-photo-philippe-gabel-768x496.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/12/1984-paris-kick-photo-philippe-gabel-650x420.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/12/1984-paris-kick-photo-philippe-gabel-150x97.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px"><figcaption class="wp-element-caption">Christian Lissarrague “Kick”</figcaption></figure>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>L’exil</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que fier de Strychnine, Christian Lissarrague est conscient des failles qui habitaient le groupe. Le monde du rock peut parfois être sombre, teinté par l’alcool et la drogue. La jeunesse bordelaise n’y échappe pas. Les années suivant la séparation, le chanteur continue de composer et de se produire sur scène accompagné de musiciens différents. D’abord sous la formation «&nbsp;Kick&nbsp;», puis «&nbsp;Kick’n’Ze6&nbsp;» puis aide aussi à la composition d’un album d’un groupe qu’il connait bien, Parabellum. Il compose deux albums solo&nbsp;<em>Mal</em> en 1984 puis <em>Visions Pures</em> l’année suivante.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois, un jour, Kick change de vie. Drastiquement, soudainement. Il suit sa compagne en Suisse et fait le service dans une cabane de montagne sur les pistes de ski. Adieu le rock, adieu Bordeaux, adieu la musique.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;C’est fini : j’arrête la musique… […] À partir de ce matin exsangue sur un pont de Berlin, je tire un trait, je change de vie… Allez tous vous faire foutre !&nbsp;»&nbsp;</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Kick ne chante plus, désormais sa vie est ailleurs. Il se marie, a deux filles, officie comme bûcheron dans les forêts suisses puis finit par revenir dans les campagnes françaises. Le rock semble loin derrière lui. À moins que…&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Le retour du rock et de Strychnine&nbsp;</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Des années plus tard, à l’occasion d’un festival rock où se produit Parabellum, Kick renoue avec&nbsp;ses anciens camarades mais surtout son premier amour, la musique. C’est à la toute fin des années 2000 que se reforme Strychnine autour de son chanteur, Kick, puis du batteur Jean-Claude Bourchemin et Luc Robène. L’album <em>Tous les cris</em>, sort en 2010, puis Kick enregistre plusieurs album solo : <em>Forcené</em>, <em>Chien Fidèle </em>et <em>Le Pouvoir des Mots</em>.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Après toutes ces années d’errances, de turbulences, de ruptures, de hauts et de bas, de déchirements et de bouleversements incessants, il faut croire que j’aurai gagné le droit de mourir en paix…&nbsp;»&nbsp;</p>
</blockquote>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/12/k-01-tille.jpg" alt class="wp-image-36828" width="386" height="580" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/12/k-01-tille.jpg 640w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/12/k-01-tille-200x300.jpg 200w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/12/k-01-tille-150x225.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 386px) 100vw, 386px"></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"> Editions Relatives, 315p., 18€ : <a href="https://editionsrelatives.fr/autobiographies-autofictions/">https://editionsrelatives.fr/autobiographies-autofictions/</a>&nbsp;</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/kick-de-strychnine-ou-les-memoires-dun-egare-volontaire/">Kick de Strychnine ou les mémoires d’un égaré volontaire</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/kick-de-strychnine-ou-les-memoires-dun-egare-volontaire/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Sherlock à Poitiers</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/sherlock-a-poitiers/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=sherlock-a-poitiers</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/sherlock-a-poitiers/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Nov 2022 15:39:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[faits divers]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Sherlock Holmes]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=36751</guid>

					<description><![CDATA[<p>En mémoire d'Alain Bouchon, écrivain de polar avec son frère Jean-Paul, nous publions un entretien à propos de leur livre sur "Sherlock Holmes et le mystère des bonnes de Poitiers" (2021).</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/sherlock-a-poitiers/">Sherlock à Poitiers</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>L’équipe de la revue apprend avec tristesse le décès d’Alain Bouchon, survenu vendredi 18 novembre 2022. Nous publions en sa mémoire un entretien que nous avions eu avec son frère, Jean-Paul et lui, illustré par un portrait de Claude Pauquet et publié dans le numéro Faits divers (été-automne 2021). Nos pensées chaleureuses à ses proches.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Héloïse Morel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui des frères Bouchon joue Sherlock ou Watson&nbsp;? Difficile à discerner sous les imper et borsalino. L’endroit choisi pour poser sous les lumières de Claude Pauquet est celui d’un meurtre commis à proximité de la cathédrale de Poitiers, l’été 1910 décrit dans <em>Sherlock Holmes et le mystère des bonnes de Poitiers</em>. Un livre commandé par la Geste à Alain et Jean-Paul Bouchon. Les deux auteurs lèvent un mystère, le célèbre détective de Scotland Yard a des origines poitevines, c’est certain&nbsp;! «Nous avons choisi de conserver les vérités de la fiction de Sherlock Holmes par Conan Doyle mais nous avons joué sur deux zones de flou, notamment la filiation française. Nous savions qu’il avait une famille française du nom de Vernet, nul doute, ce sont des Poitevins. Et puis nous étions curieux de son rapport à la gent féminine. Pourquoi montre-t-il si peu d’intérêt&nbsp;? Nous sommes remontés dans son passé en écrivant une histoire d’affection avec une jeune aristocrate de Jazeneuil…»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec facétie, Jean-Paul Bouchon ajoute&nbsp;: «On aime beaucoup les catholiques mais également les aristocrates&nbsp;!» C’est tout trouvé avec ce cousin Horace Vernet, «avocat maigrichon et peu courageux» formant un couple détonant, mais équilibré, avec Modeste-Radegonde, «une épouse un peu dominatrice et roturière». L’intrigue, un meurtre atroce est commis à Blossac sur une bonne, le cousin connaît la victime, en situation délicate qui l’impose de faire appel à son célèbre parent, retraité dans le Sussex. Le décor est celui d’un Poitiers 1910 agréablement décrit grâce à l’importance collection de cartes postales de la ville conservée par Jean-Paul. «On voulait réellement replacer Sherlock Holmes dans le contexte historique de l’époque, notamment en criminologie. Nous avons notamment utilisé la présence de Lacassagne à Lyon qui venait de créer son laboratoire scientifique.» Un périple tout trouvé pour faire examiner une écharde de bois particulière et permettre à Watson de découvrir les bouchons lyonnais&nbsp;!</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/mg_6804rr_1-1.jpg" alt class="wp-image-36754" width="514" height="684" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/mg_6804rr_1-1.jpg 770w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/mg_6804rr_1-1-226x300.jpg 226w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/mg_6804rr_1-1-768x1021.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/mg_6804rr_1-1-650x864.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/mg_6804rr_1-1-150x199.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 514px) 100vw, 514px"><figcaption class="wp-element-caption">Jean-Paul et Alain Bouchon, devant la Cathédrale de Poitiers. Photo Claude Pauquet.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">«Travailler à deux, c’est plus facile, l’un ne fait rien pendant que l’autre travaille&nbsp;!» Jean-Paul écrit depuis son enfance, quant à Alain, il a commencé plus tardivement avec un polar paru en 2012. Mais ce goût d’écrire à deux est venu par hasard, l’un commence à écrire une soixantaine de pages et se trouve bloqué. L’autre continue, modifie… «Grâce à cet exercice, nous nous sommes rendus compte que nous étions complémentaires. Jean-Paul est le scénariste du couple, c’est lui l’historien, l’homme cultivé&nbsp;! Moi, je suis davantage tourné vers l’écriture elle-même, l’imagination. Mais nous intervenons l’un et l’autre sur tous les sujets&nbsp;!» Et l’un complétant l’autre&nbsp;: «Nous n’avons pas la même conception stylistique de l’écriture. Mon frère a été formé à Aragon, moi à Prosper Mérimée&nbsp;!» Pour le lectorat des <em>Tueuses en talons aiguilles</em> ou de <em>La Bête de Poitiers</em>, il est aisé de voir l’amusement qui sévit dans les descriptions des personnages. Pour Sherlock, il en est de même, écrit en quatre mois pendant le premier confinement, il absout le sinistre de la situation par un humour non feint malgré des crimes terribles. Quittant les maisons bourgeoises, «aux portes fermées et aux murs dégueulasses, cachant des jardins fabuleux» du quartier de la cathédrale, les Vernet invitent à nouveau Sherlock Holmes, son comparse Watson, l’été 1911 à Royan dans un nouveau livre <em>Le Défi Holmes contre Lupin et les brigades</em> (en août 2021). Les frères Bouchon ne se refusent rien&nbsp;! Avec comme credo&nbsp;: «Nous avons un grand intérêt pour la créature humaine…&nbsp;! Surtout féminine…» Quoique&nbsp;!</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="ensavoirplus wp-block-paragraph">Alain et Jean-Paul Bouchon, <em>Sherlock Holmes et le mystère des bonnes de Poitiers</em>, La Geste, 2020, 18 €<br>Alain et Jean-Paul Bouchon, <em>Le Défi Holmes contre Lupin et les brigades</em>, La Geste, 2021, 18 €</p>
</blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/sherlock-a-poitiers/">Sherlock à Poitiers</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/sherlock-a-poitiers/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Annie Ernaux – De la mémoire individuelle à la mémoire collective</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/annie-ernaux-de-la-memoire-individuelle-a-la-memoire-collective/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=annie-ernaux-de-la-memoire-individuelle-a-la-memoire-collective</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/annie-ernaux-de-la-memoire-individuelle-a-la-memoire-collective/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maya Merle]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Oct 2022 13:35:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[Annie Ernaux]]></category>
		<category><![CDATA[Espace Mendès France]]></category>
		<category><![CDATA[Gérard Mauger]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[raisons d&#039;agir]]></category>
		<category><![CDATA[sociologie]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=36618</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le 6 octobre 2022, l’écrivaine Annie Ernaux a obtenu le prix Nobel de littérature. Retour sur son intervention à Poitiers en 2009 lors du festival Raisons d'agir.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/annie-ernaux-de-la-memoire-individuelle-a-la-memoire-collective/">Annie Ernaux – De la mémoire individuelle à la mémoire collective</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Maya Merle</strong><br></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 6 octobre 2022, l’écrivaine Annie Ernaux a obtenu le prix Nobel de littérature. Invitée aux côtés du sociologue Gérard Mauger à l’occasion du Festival <em>Raisons d’agir</em> à Poitiers en 2009, elle avait proposé une lecture de passages des <em>Années</em>, son roman paru en 2008. Lors de cette quatrième édition consacrée aux luttes, espérances et utopies, Annie Ernaux avait témoigné de sa vie et de ses mémoires entrecoupées de dialogues avec Gérard Mauger. Ainsi l’écrivaine, d’une générosité rare, avait pu donner vie à ce texte aussi poignant qu’intime avec toute la sensibilité qui la caractérise. Cette autobiographie, bien que dépeignant la mémoire individuelle de son autrice, est également un portrait de la mémoire collective d’après-guerre à aujourd’hui. Social et éminemment politique, <em>Les Années</em> est un voyage poétique dans le passé, un voyage qui navigue entre le singulier et le collectif, l’individuel et le commun. Nous proposons de larges extraits de cette intervention.</p>



<h4 class="wp-block-heading">L’effacement du «&nbsp;je&nbsp;» au profit du «&nbsp;nous&nbsp;»</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Annie Ernaux commence sa lecture par la toute fin des <em>Années</em>. En réalité, et elle l’explique un peu plus tard, la fin expose le projet de cette autobiographie. Le projet de l’effacement du «&nbsp;je&nbsp;» au profit du « nous&nbsp;» et du «&nbsp;on&nbsp;». Le projet d’un récit de mémoires aussi bien individuelles que collectives qui s’intègrent dans l’histoire. Ainsi, lorsque le sociologue Gérard Mauger l’interroge sur le dessein de cette entreprise, l’écrivaine répond :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;Ce que j’entends par histoire ce n’est pas seulement l’histoire événementielle, ce ne sont pas les événements dont j’ai été le témoin que ce soit la fin de la Seconde Guerre mondiale ou mai 68. C’est tout ce qui se passe en même temps d’une certaine façon, aussi bien sur le plan des mœurs, des apparitions technologiques ou des chansons. Tout cela est complètement intriqué dans une vie pour un individu.&nbsp;C’est impossible, au fond, de faire un récit de vie. Mon problème au départ était de dire à la fois ma vie, le monde, ma vie dans le monde et le monde dans ma propre vie. Ce qui supposait une fusion de l’intime et du collectif.&nbsp;»</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;Comment faire glisser dans l’écriture à la fois ce qu’il y a de personnel, de singulier et en même temps ce qui arrive à tout le monde au même moment ? C’est une question d’écriture. […] Au fond, ce que je veux faire, c’est ce que font habituellement les linguistes en racontant l’histoire de la langue, car je voulais aussi parler du langage. C’est ce que font également les sociologues en évoquant les migrations sociales, les changements sociaux… puis ce que font les historiens. Mais alors, quelle est la solution que j’ai trouvée ? Je ne me suis pas du tout appuyée sur des documents mais uniquement sur la mémoire. C’est ma mémoire personnelle, mais au fond, elle n’est jamais vraiment personnelle, une mémoire.&nbsp;»</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Pour illustrer son propos, elle prend pour exemple un souvenir individuel mais également collectif. Celui de l’opération des amygdales qu’on effectuait sur les enfants, juste après la guerre.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;J’ai le souvenir de moi, avec une souffrance atroce. Mais on se souvient mal d’une souffrance. Ce que je revois, ce sont des tas d’enfants qui hurlent en même temps, et on les oblige à boire du lait chaud. Que signifie cette opération des amygdales avec des enfants à la chaine ? C’est une question d’époque, c’est historique et social. Car ceux qu’on opère à l’hôpital, ce sont aussi les enfants les plus dominés. Ce souvenir personnel, en fait, fait déboucher sur un souvenir collectif. C’est comme ça que ce livre s’est écrit, en plongeant dans une mémoire individuelle, et retrouver dans cette mémoire individuelle le collectif, puis l’exprimer.&nbsp;»</p></blockquote>



<h4 class="wp-block-heading">Illustrer le temps qui passe</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Gérard Mauger aborde l’illustration des <em>Années</em>. En effet, l’ouvrage est constitué de treize séquences ponctuées par des photographies intimes et personnelles d’Annie Ernaux. L’écrivaine revient sur ces images et leur manière d’illustrer le présent tout en portant un regard sur le passé et l’avenir.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;Les photos et les séquences de films, c’est pour ponctuer les âges de la vie. Tout notre problème et toute notre chance, c’est que le temps passe. Je ne pouvais pas ne pas commencer par suivre les âges de la vie. En commençant par une photo de bébé, jusqu’à la dernière image, celle d’une femme très mûre de soixante-six ans. C’était à la fois de montrer les changements physiques, mais aussi que cela serve de support à la mémoire. Chaque photo est un arrêt sur le présent mais en regardant derrière et en essayant de pouvoir mémoriser comment à tel âge, je voyais, on voyait l’avenir. Nous sommes là dans ce moment de réunion ensemble, mais nous avons tous dans la tête ce qui est devant nous. On n’a jamais tant espéré quelque chose de l’avenir. On est fait de ça : présent, passé et futur. »</p></blockquote>



<h4 class="wp-block-heading">Un travail d’historien ?</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Annie Ernaux «&nbsp;sait restituer un passé très lointain comme si c’était hier&nbsp;» dit Gérard Mauger. Son œuvre est impressionnante tant les détails qu’elle parvient à fournir sont précis, à la manière d’un historien. Pourtant, son travail n’est pas de cette nature là et elle le précise bien. Le projet d’Annie Ernaux n’est pas de faire de l’histoire, il est de relater ses mémoires. Des mémoires dans lesquelles ceux qui ont vécu ces époques peuvent aussi se retrouver.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>« Je dis souvent qu’il s’agit d’une immersion dans les images du souvenir. Je ré-entends des discours, des paroles. J’ai une très grande mémoire auditive des mots et du langage. Donc à ce moment-là, un mot et une image sont une entrée dans l’atmosphère de cette année-là, de cette époque-là. Je conçois que cela ne soit pas donné à tout le monde.&nbsp;C’est peut-être pathologique, je n’en sais rien. Pouvoir se promener dans le passé presque à volonté ce n’est pas évident. Mais je vous le dis, je ne peux pas me promener dans l’avenir ! »</p></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>L’enregistrement du dialogue entre Annie Ernaux et Gérard Mauger est disponible <a href="https://emf.fr/3424">en ligne</a> sur le site internet de l’EMF.<br><em>Les Années Super 8</em>, le documentaire d’Annie Ernaux et de son fils David Ernaux-Briot retraçant toute une période de leur vie est disponible <a href="https://www.arte.tv/fr/videos/101402-000-A/les-annees-super-8/.">en ligne</a> gratuitement sur ArteTV jusqu’au 31 octobre 2022.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/annie-ernaux-de-la-memoire-individuelle-a-la-memoire-collective/">Annie Ernaux – De la mémoire individuelle à la mémoire collective</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/annie-ernaux-de-la-memoire-individuelle-a-la-memoire-collective/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
