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	<title>Marguerite Duras - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>Marguerite Duras - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Un dominé lucide&#160;?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Mar 2022 15:47:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Images]]></category>
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		<category><![CDATA[Yann Andréa]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le film "Vous ne désirez que moi", Yann Andréa (Swann Arlaud) se confie à Michèle Manceaux (Emmanuelle Devos) sur sa relation amoureuse avec Marguerite Duras.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Héloïse Morel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Huis-clos à l’étage de la maison de Neauphles-le-Château, Marguerite Duras est en bas et dans ce document de fiction cinématographique, Claire Simon, la fait apparaître par ses pas, par les sonneries du téléphone, intempestives quand elle harcèle Yann Andréa (Swann Arlaud), son dernier compagnon, qui s’entretient avec son amie journaliste Michèle Manceaux (Emmanuelle Devos). Cet échange n’a paru qu’en 2016, deux ans après le décès de Yann Andréa. Celui à qui Duras avait retiré le patronyme pour accoler le prénom de la mère, celui qu’elle a féminisé contre son gré. Ça lui échappe parfois, «je suis amoureuse», «elle me parle tout le temps au féminin», dit Swann Arlaud sous les traits de Yann, agacé. L’entretien débute entre cigarette et whisky, l’addiction de Duras, prête à tout excès. C’est d’abord lui qui parle à son amie qui enregistre, qui écoute beaucoup, parle peu, lui demande d’en dire plus parfois, intervient parcimonieusement mais dit d’emblée, «peut-être que j’interviens trop». Écoutante, elle déroule le fil de la relation amoureuse Andréa-Duras. C’est lui d’abord, il ne lit plus qu’elle, rien d’autre. Il la rencontre dans un cinéma à Caen, «j’avais un exemplaire dans la poche de <em>Détruire, dit-elle</em>». Il lui écrit sans cesse, elle finit par lui répondre six ans après. Il pensait sa passion solitaire, elle conservait toutes ses lettres dans un tiroir particulier. À l’instant, il s’agit de la passion foudroyée de mort. C’est lui qui lui court après. Il lui téléphone&nbsp;: «Ce qui m’avait frappé c’est qu’elle a ri. Je ne m’imaginais pas Duras riant.» Elle lui demande de le rejoindre à Trouville et il restera deux mois, d’amour et d’une sexualité intense – provoquée par les dessins de Judith Fraggi, aquarelles qui montrent une sexualité passionnée où les visages se distinguent aisément, leurs âges aussi. Lui, homosexuel, raconte une sexualité intense et un plaisir partagé.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/photo-du-film02-02-2022-a-10_54_59-4-1024x554.jpeg" alt class="wp-image-35543"><figcaption><em>Vous ne désirez que moi</em>, un film de Claire Simon avec Swann Arlaud (2021). Photographie Claire Simon / Les Films de l’après-midi.</figcaption></figure>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Emprise, tyrannie</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Ces entretiens ont lieu en 1982, cela fait deux ans que Yann Andréa vit avec Marguerite Duras. Et il raconte avec une grande lucidité, l’emprise dans laquelle il est, les violences conjugales qu’il vit avec elle. Il décrit sans jamais dire le mot «emprise» ce qu’il subit, consciemment. Y compris l’annihilation. Et Swann Arlaud est sincère, et Emmanuelle Devos est touchée, elle ne peut rien, elle est déjà là. Claire Simon raconte dans un entretien avec Victoire Tuaillon, que cette confidence entre Michèle Manceaux et Yann Andréa se déroule après qu’il l’a appelé pour une tentative de suicide. Lui s’est affaibli, il a tout quitté&nbsp;: travail, amitiés. Duras est tyrannique&nbsp;: «Je vais vous décréer pour vous créer.» Et ces violences, qu’il nomme passion, ou plus exactement «processus passionnel de domination complète» est un véritable circuit d’emprise que subissent les victimes de violences conjugales&nbsp;: annihilation de l’autre, possession, jalousie, dénigrement, elle lui demande pardon, puis elle le manipule. Il dit clairement qu’il n’existe plus et qu’il est dépossédé car elle possède le langage. Ils écrivent ensemble, il est à sa merci. Y compris dans les films. Parmi les quelques archives de Duras qui traversent le film, une scène de direction d’acteur avec lui – qui n’est pas acteur et ne le prétend pas mais joue l’amant d’Agatha – et où elle le guide fermement. Une autre, elle parle de lui passionnément, dit-elle. On doute quand on voit ce film, à l’aune de nos connaissances des mécanismes des violences conjugales, la littérature ne peut pas sauver cela. Duras va jusqu’à nier constamment son homosexualité, qu’elle qualifie de <em>Maladie de la mort</em>, comme le livre, un impensé pour elle. Et lui persiste à raconter à Michèle Manceaux son désir homosexuel et l’impossibilité de le vivre. Il livre aussi sa propre violence qui le traverse&nbsp;: «Je suis amené à être violent avec elle.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a un renversement opéré dans le film de cet amour-là, qui se veut une force littéraire, ils se veulent personnages de fiction mais s’empoisonnent le réel. Et le duo Devos-Arlaud joue avec justesse cette situation qui nous enserre un peu plus, rendant difficile alors la confrontation aux textes de Duras. Il y a quelque chose de terrifiant dans ce film au titre injonctif&nbsp;: <em>Vous ne désirez que moi</em>. Égocentrisme mortifère. Et Michèle Manceaux de demander&nbsp;: «Quelle est ta part de séduction là-dedans&nbsp;? La part de ton personnage. Tu existais vraiment&nbsp;?» Oui, et une vie pour Duras, puisqu’il est poings liés à son œuvre en tant que légataire (jusqu’à sa mort en 2014) et lui-même auteur d’une œuvre consacrée à elle. Fiction du réel, réel de la fiction.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Vous ne désirez que moi, un film de Claire Simon – 1h35 – 2021.</p></blockquote>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/03/visuel-reseaux-sociaux-1024x1024.jpeg" alt class="wp-image-35542"></figure><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/un-domine-lucide/">Un dominé lucide ?</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Thérèse à Pergame</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Mar 2021 14:11:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
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		<category><![CDATA[Eliane Laubus]]></category>
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		<category><![CDATA[Planning familial]]></category>
		<category><![CDATA[Thérèse Yakovenko]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Librairie Pergame, rue Carnot puis Grand Rue à Poitiers. Un lieu militant où se croisent discussions, débats des années 1970 à 1990 sous le regard de Thérèse Yakovenko et bien d’autres…</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Héloïse Morel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Éliane Laubus se souvient au 63 rue Carnot, été 1968, elle arrive dans la librairie Pergame où trône Thérèse Yakovenko, fille d’émigré ukrainien qui avait traversé l’Europe à pied avant de s’installer dans un village du Perche, La Louche où il était garagiste. Thérèse étudie au lycée à Chartres. Les deux femmes deviennent amantes. Éliane Laubus est professeure de français, elle aide Thérèse à l’installation des rayons, au développement du fonds. «À l’origine la librairie était tenue par Wladimir, un fils de russes blancs, parisiens bohèmes. Il a vécu à la rue, à la débrouille. Il arrive à Poitiers car il se marie avec une fille Deshoulières, les porcelainiers. Il avait récupéré le fonds de l’éditeur Pauvert qui avait de nombreux embêtements avec la justice et qui, ruiné, avait livré ses livres. D’où l’importante présence surréaliste. Nous avions un rayon histoire des religions, surréalisme, les Lettres Nouvelles (Maurice Nadeau), beaucoup de Maspero… de la Vieille Taupe. Et partir de 1974, les éditions Des femmes.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">De la rue Carnot, il ne reste rien… Pourtant tout ceux qui ont connu le lieu se souviennent de la cheminée, des banquettes, du jeu de fléchettes. Une librairie où l’on se pose. «Je me souviens très bien d’avoir découvert en 1971, le journal féministe <em>Le Torchon brûle</em>, assise sur cette banquette. L’émotion était grande, j’ai toujours eu à me battre contre le patriarcat, venant d’un milieu rural.» Et la librairie a été démolie, comme l’ensemble de ces bâtiments de la fin du Moyen Âge au <span class="smallcaps">xviii</span><sup>e</sup> siècle. Des promoteurs immobiliers avaient le projet de construire un immeuble neuf avec parking… «Ils intimidaient les habitants, principalement des personnes âgées. À certaines périodes, nous nous sommes retrouvées sans eau courante…»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Simone Brunet, avocate féministe, s’en souvient également comme d’une librairie lesbienne, féministe, militante. «Thérèse était une autodidacte. Elle s’est formée avec des lectures, avec les femmes qui ont vécu avec elle. Il y avait des actions de militants de gauche et cela a continué avec l’installation Grand Rue.» C’est à ce moment-là que Wladimir souhaitant devenir ébéniste cède la librairie à Thérèse, qui devient une «vraie librairie»&nbsp;: aux livres d’occasion et aux livres neufs à prix réduit, s’ajoutent un fonds de livres soigneusement choisis, et les indispensables nouveautés.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/img_5597-jpg-721x1024.jpg" alt class="wp-image-33874"><figcaption>Pochette de la librairie Pergame. Photo Jean-Luc Terradillos.</figcaption></figure>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>«Les bijoux perdus de l’Antique Palmyre»</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Pergame, c’est une ville de l’actuelle Turquie, mais c’est durant l’Antiquité, une cité qui dispose d’une bibliothèque mythique de milliers d’ouvrages, de papyrus… La deuxième après Alexandrie. Et après avoir passé un été à vendre des livres sur la Place du Marché, la librairie de Thérèse Yakovenko déménage en 1980 Grand Rue, avec l’aide notamment de Jean Verdier, un ami précieux et fidèle qui était professeur à l’IUT et militant discret mais essentiel d’après Françoise Neau. Il l’aide à trouver le local, ce ne sont pas autant d’ouvrages mais des miscellanées. Philippe Pineau, ancien bibliothécaire, décrit la grande table en chêne, d’une douzaine de centimètres d’épaisseur. «C’était un lieu important en termes de culture, de relations amicales. Je venais en voisin, c’était mon autre maison. Je lisais sur place, de longs extraits. C’était un lieu où on nourrissait des réflexions sur les luttes, sur le féminisme. Il y avait des débats organisés, des rencontres avec les auteurs. Quant à Thérèse, elle était une figure des luttes féministes avec Françoise Neau et Éliane Laubus. Elle avait une personnalité fascinante, une présence forte, sans beaucoup parler, elle comptait dans les luttes.»</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1005" height="754" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/therese-yakovenko-eliane-laubus.jpg" alt class="wp-image-33871" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/therese-yakovenko-eliane-laubus.jpg 1005w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/therese-yakovenko-eliane-laubus-300x225.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/therese-yakovenko-eliane-laubus-768x576.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/therese-yakovenko-eliane-laubus-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/therese-yakovenko-eliane-laubus-650x488.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/therese-yakovenko-eliane-laubus-150x113.jpg 150w" sizes="(max-width: 1005px) 100vw, 1005px"><figcaption>Éliane Laubus et Thérèse Yakovenko. Photo Simone Brunet.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">C’est avec l’aide de Françoise Neau, alors compagne de Thérèse Yakovenko et aujourd’hui professeure en psychologie clinique à l’université Paris Descartes, que le rayon enfants et celui des sciences humaines se développe. La première pièce de la librairie est dédiée aux livres adultes puis après la cour, se trouvent les livres pour enfants dans un autre bâtiment. «Il y avait notamment des livres qui permettaient de lutter contre les stéréotypes», indique Simone Brunet.<br><br>Quant aux réunions militantes féministes, rue Carnot, elles se déroulaient dans l’appartement au-dessus de la librairie. Fréquentées notamment par Jacqueline Julien et Brigitte Boucheron, fondatrices de la Maison des Femmes et de Bagdam à Toulouse, qui étaient voisines. Ensuite, c’est notamment au rez-de-chaussée de l’appartement de Thérèse et Françoise, situé au 6 rue des Flageolles, dans un café nommé <em>L’Échappée belle</em> que les femmes se retrouvaient en non-mixité. «Nous discutions au quotidien, cet endroit réunissait autant des militantes de Mouvement pour l’avortement et la contraception (MLAC) que le Planning Familial et d’autres», se souvient Françoise Neau. Pour Éliane Laubus, «Françoise était l’âme, le moteur de la librairie. Et le café a réuni les balbutiements du féminisme, les débats des années 1970. Le lieu a fermé parce qu’une des filles piquait dans la caisse…&nbsp;!»<br>Et Grand Rue, ce sont des expositions, des rencontres, notamment la venue de l’écrivaine féministe Kate Millett (<em>En vol </em>; <em>Sexual Politics</em>) à Poitiers, notoire&nbsp;! Mais aussi François Maspero, Anne-Marie Lugan-Dardigna, autrice de <em>Femmes-femmes sur papier glacé – La presse “féminine”, fonction idéologique</em>… Françoise Neau témoigne&nbsp;: «Pergame devient l’un des membres du Groupement des librairies différentes, qui à l’échelle nationale rassemble des libraires indépendants, mus par une même conception de leur métier, ceux qui salueront la loi Lang sur le prix unique du livre en 1981 – les mêmes qui luttent aujourd’hui contre Amazon…» Et puis le cinéma avec Cinématocrac, ciné-club poitevin de contre-culture, organisé par le Centre de recherche et d’actions culturelles, auquel participent Thérèse Yakovenko et la librairie Pergame avec un festival de films de femmes en 1976. Trois journées de films féministes dont <em>Les Filles</em> de Mai Zetterling, <em>Détruire, dit-elle</em> de Marguerite Duras. «C’était important, cette initiative a essaimé à Bourges, à Tours… On organisait ça avec le Crac et les affiches sérigraphiées étaient réalisées dans le grenier de La Taverne, Petite rue Sainte-Catherine», se souvient Françoise Neau. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Philippe Pineau l’évoque également comme un moment important. «Thérèse était partie prenante mais elle ne souhaitait pas se mettre en avant, mais elle imprégnait les actions. Avec le Crac a été organisée une semaine de cinéma africain, il y a eu des débats organisés à Pergame avec l’anthropologue Jean Copans pour l’ouverture et le géographe Yves Lacoste. Ça avait lieu dans l’ancien théâtre, place d’Armes.» Daniel Lhomond complète&nbsp;: «Ce festival des femmes était organisé avec Musidora et le Crac. On avait aussi projeté <em>Histoires d’A</em> (Charles Belmont et Marielle Issartel) en 1973. Il y avait du monde, plein à craquer. La salle était gardée et il y avait des boîtes avec écrits <em>Histoires d’A</em> dessus mais c’était un autre film, au cas où les forces de l’ordre auraient voulu les saisir. On avait des discussions engagées à la période du Crac et ça continuait ensuite à La Taverne. On brassait les idées.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Et Thérèse&nbsp;?</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Thérèse Yakovenko a marqué les gens qui l’ont côtoyée. Fascinante, autoritaire à l’excès, voire abominable pour d’autres, au caractère fort qui cachait plus ou moins bien ses blessures. «Elle était splendide et drôle», livre Éliane Laubus. Pour elle, c’était une lesbienne avant d’être une féministe. Pour Françoise Neau, «autant que son amour pour les femmes et leurs combats, l’animaient son attachement pour les opprimés et les rebelles en tous genres, des Cathares aux Indiens d’Amérique, de Louise Michel à Charlotte Delbo, et son désir de faire connaître leurs luttes et leurs écrits.» Thérèse arrive en autodidacte, un matin, rue Carnot, elle arrivait de Chartres et travaillait pour une compagnie d’assurance. La librairie est toute sa vie. Après Hélène Coulon, Isabelle Barrouillet a travaillé à ses côtés dans les années 1990. Pergame, c’est sa première expérience. «Thérèse lisait beaucoup, elle était passionnée d’art. Elle m’a beaucoup appris. Elle était venue au culot, c’était une bagarreuse.» </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="500" height="308" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/photo_1.jpg" alt class="wp-image-33872" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/photo_1.jpg 500w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/photo_1-300x185.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/photo_1-150x92.jpg 150w" sizes="(max-width: 500px) 100vw, 500px"><figcaption>Éliane Laubus et Thérèse Yakovenko. Coll. E. Laubus.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><br>En fin de vie mais jeune encore, souffrant d’une sclérose en plaque, elle lutte, ultime énergie du désespoir, et Isabelle s’occupe de la librairie et de Thérèse. Éliane lui faisait à manger, lui lisait des livres, du Michaux notamment, de la poésie. Françoise également, depuis Paris, répondait la nuit à ses appels de détresse. Et Francine Abdesselam, militante de longue date au Planning Familial, une autre amie fidèle, qui la dernière année lui rendit visite presque chaque jour à l’hôpital. Dans la nuit du 7 juillet 1996, un incendie criminel réduit en cendres Pergame, comme Alexandrie, une fin du livre. Et dans la journée du 8 juillet, Thérèse, s’éteint. Des flammes de la cheminée disparue de la rue Carnot, à l’envahissement Grand Rue des flammes dont restent deux livres gardés par Isabelle Barrouillet&nbsp;: <em>Images de la terre russe</em> par Jean-Loup Trassard et par Baptiste Marrey, <em>Éloge de la librairie avant qu’elle ne meure.</em></p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/pages-de-eloge-b-marrey-1-581x1024.jpg" alt class="wp-image-33880" width="505" height="890"><figcaption>Dédicace de Baptiste Marrey à Thérèse Yakovenko. Coll. I. Barrouillet.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/03/pages-de-russe-j-l-trassart-1-1024x819.jpg" alt class="wp-image-33882"><figcaption>Dédicace de Jean-Loup Trassard à Thérèse Yakovenko. Coll. I. Barrouillet.</figcaption></figure>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Dans le cadre du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, le Collectif 8 mars de Poitiers organise un parcours samedi 6 mars à 14h au départ du baptistère Saint-Jean à la découverte de femmes qui ont vécu à Poitiers et ont marqué l’histoire à leur manière. </p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/therese-a-pergame/">Thérèse à Pergame</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Sensibles préhistoires</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 Apr 2020 09:27:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rencontre entre la Préhistoire et l'art contemporain au Centre Pompidou, retour de visite.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Anastasia Dona</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aux origines du monde, il y a l’art, nous raconte le <a href="https://www.centrepompidou.fr/">Centre Pompidou</a>, dans une exposition immersive et sensorielle, intitulée <em><a href="https://www.centrepompidou.fr/cpv/agenda/event.action?param.id=FR_R-9efd70159546de76f3bf352a9942cf7&amp;param.idSource=FR_E-9efd70159546de76f3bf352a9942cf7">Préhistoire, une énigme moderne</a></em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Crânes, coquilles, silex, art pariétal : de l’inédit pour le Musée national d’art moderne. La Préhistoire, qui fut la grande oubliée de l’exposition mythique des primitivismes au MOMA dans les années 1990, est enfin célébrée ici, à Paris. Art contemporain, science et histoire se mêlent dans les vitrines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le propos est le suivant : la préhistoire est une idée moderne, un bouleversement intellectuel entraîné par les grandes découvertes du <span class="smallcaps">xix</span><sup>e</sup> et du début du <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle dans le domaine. En réponse, sur les fondations de la stupeur, naquit tout un pan de l’art moderne et une influence durable sur les motifs artistiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut se figurer qu’il fallut attendre le <span class="smallcaps">xix</span><sup>e</sup> siècle pour faire tomber un tabou majeur : il y eut un monde avant l’Homme, et ce, pendant des millions d’années. Un grand vide donc, au moment où la révolution industrielle bat son plein. Une possibilité que tout s’écroule aussi, et qu’une autre vie nous remplace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La compréhension des strates, la découverte de fossiles par les premiers paléontologues, donnèrent le vertige à leurs contemporains. Quand Cézanne représenta la montagne Sainte-Victoire, ce sont bien les couches géologiques sur lesquelles il s’appliqua.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis, tout s’enchaîna : les premiers artefacts de main d’humains, de Cro-Magnon, que l’on pense l’œuvre d’artistes isolés dans un monde hostile, furent mis au jour. Aussitôt contredit par les plus bouleversantes des créations humaines collectives : la grotte d’Altamira, en 1879, fut d’abord comprise comme une supercherie avant que tous se rendent à l’évidence : l’art était partout au Paléolithique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dispositif expographique, lui, contribue à nous plonger dans cette atmosphère de mystère. Nous frayons dans l’espace des salles comme on traverserait Lascaux, en alternance de pénombre et de puits de lumière, entourés de peintures pariétales monumentales, reconstitutions fidèles ou Anthropométries de l’époque bleue de Klein.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une des œuvres majeures de l’exposition est une verrière du musée entièrement repeinte à l’argile par Miquel Barcelo, artiste qui fut aussi chargé de superviser le travail de reconstitution dans le fac-similé de la grotte de Chauvet, dont l’original fut peint voici quelques 35 000 ans.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Il n’y a en art, ni passé, ni futur», Pablo Picasso.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La Vénus de Lespugue, sculptée dans l’ivoire il y a 25 000 ans, est cubiste. Picasso et Giacometti possédèrent tous deux des moulages en plâtre de la statuette, que nous pouvons ici contempler à notre tour. Elle permet aussi aux commissaires (Cécile Debray, Rémi Labrusse et Maria Stavrinaki) d’attirer notre attention sur le terme employé. Aussi différentes que soient ces statuettes, par leurs formes, leur taille, leurs matériaux, elles ont été flanquées d’un terme «classique» de l’histoire de l’art : vénus. On ne sait pourtant toujours pas aujourd’hui quelles étaient leurs exactes fonctions et signification profonde.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="604" height="418" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/croquis.png" alt class="wp-image-32742" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/croquis.png 604w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/croquis-300x208.png 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/croquis-150x104.png 150w" sizes="auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px"><figcaption>Croquis représentant la Vénus de Lespugue, <em>Bulletin de la Société préhistorique de France</em>, p. 82, Tome XXI, N°3, 1924, source gallica.bnf.fr, Bibliothèque Nationale de France</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Une voix résonne à l’autre bout du parcours, presque familière, et nous interpelle jusqu’à un écran : un film de Marguerite Duras, <em>Les mains négatives</em>, où elle évoque l’art pariétal sur des images du Paris grouillant d’automobiles de 1979.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un monde abîmé par la pollution humaine qui génère le mouvement du Land Art aussi, ne pouvait être absent de l’exposition. Robert Smithson, passionné de géologie comme Cézanne, va comme un artiste du Stonehenge néolithique, ériger ses œuvres de pierre en pleine nature dès la fin des années 1960.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En évoquant et anthropocène et culture populaire, l’exposition cherche à épuiser son sujet en mettant à l’honneur de grands artistes contemporains, notamment Giuseppe Penone et les frères Chapman, dans une installation ludique faite de dinosaures en plastique fluorescents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’exposition <em>Préhistoire, une énigme moderne</em> fut l’indispensable espace de méditation sur l’existence de l’été. Croisée au détour du parcours, cette phrase de Marx : «Le temps est tout, l’homme n’est plus rien ; il est tout au plus la carcasse du temps», peut faire office de prolongation à cet exercice.</p>



<pre class="wp-block-preformatted"><iframe loading="lazy" width="620" height="349" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0" scrolling="no" src="https://player.ina.fr/player/embed/I13316081/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/620/349/0?i=0&amp;o=303.88" allow="fullscreen,autoplay"></iframe></pre>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Anthropométrie par Yves Klein, performance vidéo du 20 mars 1983, INA.</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="762" height="662" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/richard-long.png" alt class="wp-image-32744" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/richard-long.png 762w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/richard-long-300x261.png 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/richard-long-650x565.png 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/richard-long-150x130.png 150w" sizes="auto, (max-width: 762px) 100vw, 762px"></figure>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Cet article a été réalisé lors d’un séminaire de médiation et d’écriture journalistique dans le cadre du master histoire de l’art, patrimoine et musées de l’université de Poitiers.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/sensibles-prehistoires/">Sensibles préhistoires</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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