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	<title>Filmer le travail - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>Filmer le travail - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Annie Thébaud-Mony – Pour une science «&#160;non asservie&#160;»</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Sep 2023 09:58:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Annie Thébaud-Mony]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La reconnaissance des maladies professionnelles est le combat interdisciplinaire mené par la sociologue Annie Thébaut-Mony et l'association Henri Pézerat. Rencontre pour échanger sur santé au travail.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/annie-thebaud-mony-pour-une-science-non-asservie/">Annie Thébaud-Mony – Pour une science « non asservie »</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Héloïse Morel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Politiques assassines et luttes pour la santé au travail. Covid-19, cancers professionnels, accidents industriels</em> sortait en 2021 aux éditions La Dispute. Trois séries d’entretiens menés par les sociologues Alexis Cukier et Hélène Stevens de l’université de Poitiers avec la sociologue du travail Annie Thébaud-Mony. Connue pour son engagement aux côtés du chimiste Henri Pézerat dans la lutte contre l’amiante et la reconnaissance des maladies professionnelles liées à l’exposition à ce matériau, Annie Thébaud-Mony n’a de cesse d’enquêter, d’analyser les risques au travail, la gestion de la santé et d’interroger le rôle des scientifiques dans ces problématiques. La sociologue est venue à Poitiers <a href="https://filmerletravail.org/cine-debat-rouge-2/">en septembre 2022 pour accompagner le film <em>Rouge</em> de Farid Bentoumi, présenté par Filmer le travail</a>. Nous l’avons rencontré.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le livre retrace le parcours d’Annie Thébaud-Mony à l’aune de l’événement du Covid-19. La situation de la santé publique en France permet un lien avec les premiers terrains d’enquête de la sociologue en Algérie, dans les années 1970, pour comprendre l’accès aux soins des populations en dépit du faible nombre de soignants en période de tuberculose. En comparant avec la France, elle observe une meilleure prise en charge des malades en Algérie – alors que les moyens sont insuffisants et inégaux – tandis qu’en France, l’échec du traitement était supérieur. Le suivi en première ligne des personnels soignants tels qu’infirmières et aides-soignantes permettant un meilleur suivi des malades. «On peut faire beaucoup avec peu de médecins, indique-t-elle. Plusieurs pays n’ont pas les moyens d’avoir des médecins comme nous en avons. Pour autant, ils n’ont pas eu plus de décès pendant le Covid. Cela a été le cas en Algérie avec moins de décès rapportés au nombre d’habitants qu’en France. J’ai fait une observation similaire au Brésil. Dès 1988, le pays modifie sa Constitution et met en place un système unifié de santé avec un maillage sur tout le territoire avec des centres, des agents de santé et la gratuité des soins.» Annie Thébaud-Mony analyse ce qui a perturbé une meilleure prise en charge des malades en France, cette absence de proximité des soignants étant l’une des raisons. Elle évoque également une gestion purement financière et l’absence de données qui permettraient une amélioration du système de santé&nbsp;: «Il y a un paradoxe en France entre l’omniprésence d’une gestion avec des tableurs Excel et l’incapacité des hôpitaux à fournir une vision claire des statistiques de décès et leurs causes. La Commission européenne a d’ailleurs pointé cette déficience. Prenons l’exemple des malades du cancer, nous ne disposons que de registres qui sont fournis par des associations loi 1901 avec une mission de service public. On se trouve alors avec quelques registres de départements, registres qui représentent moins de 25 % de la population. De plus, il nous manque les chiffres de grandes métropoles comme Paris et Marseille… Les chiffres du cancer sont donc une extrapolation de données statistiques qui viennent du Tarn, du Calvados, etc… Ce manque empêche également de faire le lien entre l’incidence des cancers et les lieux de travail mais aussi le milieu dans lequel vivent les personnes touchées. Les facteurs de risque demeurent invisibles, comme l’exposition à des substances toxiques. La mise en place de registre départementaux de cancer est une demande formulée depuis longtemps, y compris par des géographes mais nous n’arrivons pas à l’obtenir.» La sociologue pointe également l’absence de prise en charge des diagnostics de cancer pendant la période du Covid. Les estimations sont de l’ordre de 90 000 cas non diagnostiqués dans un délai raisonnable. «C’est très important… Il s’agit d’un cas sur quatre, ce qui est invraisemblable pour un pays avancé comme la France. C’est également le cas pour les maladies cardio-vasculaires et neurologiques. J’ai évoqué avec la chercheuse Meredeth Turshen, la situation d’une femme de 40 ans atteinte de la maladie de Parkinson – certainement en lien avec l’exposition à des pesticides. Du jour au lendemain, les soins se sont arrêtés, la dégradation de sa santé est importante et elle n’a jamais récupéré musculairement. Cela ajoute du traumatisme au traumatisme.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Omission des risques</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Pour bien soigner, il faut comprendre les origines des maladies, les enquêtes menées par Annie Thébaud-Mony et ses collègues ont montré une invisibilisation du travail dans les causes de nombreuses pathologies. Souvent, les médecins et spécialistes de santé publique associent le cancer à des comportements individuels, ce qui omet la responsabilité du travail et <em>in fine</em> de l’employeur. Dans le livre, la sociologue évoque les enquêtes menées auprès des travailleurs marocains des fonderies de Bondy – pour l’industrie automobile – tombés malades du fait des conditions de travail mais qui n’avaient jamais été interrogés sur cela. Or ils étaient confrontés à des molécules cancérogènes comme la cristobalite ou l’amiante et travaillaient dans des conditions difficiles, souvent sans suivi médical régulier et avec peu de formation. Ces travaux menés en interdisciplinarité avec le laboratoire de physico-chimie de Henri Pézerat (CNRS) et régulièrement en lien avec les CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) ont permis de lutter contre l’invisibilisation de certains risques. «Les risques psycho-sociaux ont tendance à prendre le dessus, on parle de souffrances au travail, c’est un raccourci. Il y a une attention portée au burn-out des cadres mais plus on descend dans la hiérarchie du travail, moins les travailleuses et travailleurs sont visibles. Je prends souvent l’exemple des nettoyeuses et nettoyeurs. Ils cumulent les risques toxiques pour lesquels ils n’ont aucune information et une intensité de travail qui augmente. C’est le cas des femmes de chambres d’hôtel, les personnels de la SNCF… On peut également évoquer les ouvriers du nettoyage qui se sont occupés des immeubles, des rues autour de Notre-Dame après l’incendie. On sait que la pollution au plomb est stagnante. Or, il y a eu peu d’informations sur les risques, nous avons communiqué avec l’Union Départementale de la CGT de Paris mais les nettoyeurs se rendaient compte en tordant leur serpillère qu’elle était plus noire que d’habitude. Personne n’avait parlé des risques de l’exposition.»</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/annie-et-helene.jpg" alt class="wp-image-37821" style="width:603px;height:402px" width="603" height="402" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/annie-et-helene.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/annie-et-helene-300x200.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/annie-et-helene-768x512.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/annie-et-helene-650x434.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/annie-et-helene-150x100.jpg 150w" sizes="(max-width: 603px) 100vw, 603px"><figcaption class="wp-element-caption">Annie Thébaud-Mony et Hélène Stevens lors de la séance <em>Rouge</em> réalisé par Farid Bentoumi (2020) au cinéma Le Dietrich à Poitiers. Rencontre organisée par le festival <a href="https://filmerletravail.org/" data-type="link" data-id="https://filmerletravail.org/">Filmer le travail</a>. Photo FLT.</figcaption></figure>
</div>


<h4 class="wp-block-heading"><strong>De victime à expert</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des risques et de la prévention, l’accompagnement de l’association Henri Pézerat se trouve également dans la constitution des dossiers de reconnaissances des maladies professionnelles. Les exemples sont pléthores mais citons le paysan Paul François, intoxiqué au Lasso, un pesticide produit par Monsanto. L’accident a eu lieu en 2004, il a fallu plus de dix ans pour que la responsabilité de l’entreprise soit reconnue par la Justice. Là, le rôle des chimistes, de certains médecins et d’avocats a été la clef. «J’ai intitulé l’un de mes livres <em>La Science asservie</em> (2014), c’est tiré de mon expérience et de celle de Henri Pézerat. En tant que chercheurs, nous étions mal à l’aise de produire de la science pour la science. Nous faisons de la recherche pour que nos résultats servent à quelqu’un. C’est un engagement citoyen, militant, sur les questions de santé au travail. Il était important pour nous, non seulement de lutter avec les travailleurs pour la reconnaissance en maladie professionnelle, mais surtout de leur donner les moyens de s’approprier les connaissances. À la fin, ils deviennent eux-mêmes experts. Pour chaque dossier, l’un des principes de l’association est d’être rigoureux dans l’approche d’un problème. Il s’agit d’une coopération dans la durée entre scientifiques, professionnels de santé et les personnes concernées. Par exemple, nous avons mené tout un travail autour d’une usine de broyage d’amiante à Aulnay-sous-Bois. La méthodologie a été de recenser les victimes, mettre en sécurité le site et constituer le dossier judiciaire. Tout cela se fait en collaboration, l’un des maillons étant les journalistes d’investigation qui permettent de faire sauter le couvercle de l’invisibilité. C’est toute une histoire pour chaque situation car souvent, dans un problème de pollution, cela implique les industriels et les pouvoirs publics. Il faut alors démêler les fils.»</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Sentinelles collectives</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">De son expérience, Annie Thébaud-Mony constate certaines difficultés aujourd’hui pour accéder à des informations. À la question de l’accès aux données scientifiques, elle évoque l’enquête sur le nucléaire qu’elle a menée dans une centrale à Chinon à la suite d’une alerte du CHSCT, inquiet du manque de rigueur dans le suivi dosimétrique des intérimaires et travailleurs sous-traitants. «J’avais accès à plusieurs sources différentes&nbsp;: les officielles, les carnets dosimétriques des travailleurs, les médecins du travail et EDF qui avait mis en place le dosimètre électronique. En réunissant ces sources, on obtenait des éléments sérieux. Or depuis, cela a disparu. Tout est informatisé et les chercheurs n’obtiennent pas les accès si aisément. Les seules données accessibles sont celles officielles gérées par l’institut de radioprotection et de sureté nucléaire qui est une instance étroitement liée à l’industrie nucléaire. Alors qu’il serait préférable d’avoir une instance indépendante en santé publique. De plus les CHSCT ont disparu, ce qui n’aide pas.» Dans ce tableau, s’ajoute la complexité des sources de pollutions. Dans l’affaire de l’incendie de Lubrizol (site classé Seveso) en 2019 à Rouen, un nuage toxique s’est dispersé et une toiture en amiante a été pulvérisée. Les sources de pollution sont multiples. «La plupart des conséquences sont différées mais rien n’est réellement mis en place pour récolter les données et aucun monitoring des pollutions n’a été positionné après l’incendie pour évaluer l’évolution. Or certaines informations sont préoccupantes comme la trace d’hydrocarbures dans le lait maternel après l’accident ou des taux importants de substances toxiques dans les lichens. Mais ce sont des bulles d’informations dans un océan d’ignorance. Au lieu de réfléchir à limiter la pollution, on rend responsables la population avec des recommandations qui sont des injonctions&nbsp;: “vous ne devez pas laisser vos enfants jouer dans le jardin”…»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au regard des entretiens menés par Hélène Stevens et Alexis Cukier qui croisent son parcours et les problématiques actuelles, on mesure l’importance des collectifs de travail dans un temps long qui ont mené vers des reconnaissances importantes, des changements de loi comme pour l’interdiction de l’amiante en 1997 ou des rencontres dans les luttes. Paul François témoigne dans son propre parcours de la force de ces rencontres et de la nécessité d’un travail rigoureux de recherche pour mener des combats de David contre Goliath dans <em>Un Paysan contre Monsanto </em>(2017), il écrit&nbsp;: «Annie Thébaud-Mony me l’a si souvent répété&nbsp;: “Les procès sont des outils pour faire bouger les lignes, et les travailleurs sont les sentinelles de la santé environnementale”.»</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Dans le thème des enquêtes sur la santé et l’environnement, l’Espace Mendès France organise <a href="https://emf.fr/ec3_event/superboom-de-rentree-phosphatons-un-avenir-radieux/">une soirée de lancement, le 13 septembre 2023 à partir de 18h30</a>, durant laquelle se tient un plateau radiophonique&nbsp;: Agriculture, nos futurs. Autour de la table se retrouveront les journalistes <strong>Inès Léraud</strong> (<em>France culture</em>, <em>Splann!</em>) et <strong>Morgan Large</strong> (<em>Radio Kreiz Breizh</em>) pour parler de l’enquête sur les algues vertes et l’agro-industrie en Bretagne et la chercheuse <strong>Marie-Laure Decau</strong> qui dirige une ferme expérimentale à l’INRAE de Lusignan. <a href="https://www.youtube.com/watch?v=cWPJGqu83E0&amp;ab_channel=EspaceMend%C3%A8sFrance">À écouter en direct ou en podcast</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Suite à ces échanges, dansons avec Superphosphate, bal électrotrad, comme une grosse boum de fin du monde. Avec <strong>Armelle Dousset</strong> (Modulatrix) : accordéon, bidule clavier / <strong>Matthieu Metzger</strong> (Dr Systole) : saxophone sopranino, talking bidule / <strong>Alban Pacher</strong> (Square Boy) : violon, bidule.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/travail-sante.jpeg" alt class="wp-image-37818" style="width:273px;height:437px" width="273" height="437" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/travail-sante.jpeg 638w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/travail-sante-187x300.jpeg 187w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2023/09/travail-sante-150x241.jpeg 150w" sizes="(max-width: 273px) 100vw, 273px"></figure>
</blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour aller plus loin&nbsp;:</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><a href="https://boutique.editionssociales.fr/produit/annie-thebaud-mony-politiques-assassines-et-luttes-pour-la-sante-au-travail/" data-type="link" data-id="https://boutique.editionssociales.fr/produit/annie-thebaud-mony-politiques-assassines-et-luttes-pour-la-sante-au-travail/">Politiques assassines et luttes pour la santé au travail. Covid-19, cancers professionnels, accidents industriels</a></em>, entretiens avec Annie Thébaud-Mony par Alexis Cukier et Hélène Stevens, éditions La Dispute, 2021.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le documentaire <em>Les Sentinelles</em> réalisé par Pierre Pézerat en 2016 revient sur les combats de Henri Pézerat, Annie Thébaud-Mony et le parcours de Paul François.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La Science asservie</em> de Annie Thébaud-Mony, éditions La Découverte, 2014.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Un Paysan contre Monsanto</em> de Paul François, Fayard, 2017.</p>
</blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/annie-thebaud-mony-pour-une-science-non-asservie/">Annie Thébaud-Mony – Pour une science « non asservie »</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Strates des récits itinéraires</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Héloïse Morel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Feb 2022 12:06:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Filmer le travail]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie]]></category>
		<category><![CDATA[Australie]]></category>
		<category><![CDATA[Barbara Glowzcewski]]></category>
		<category><![CDATA[Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des cinq sens, des flâneries de Michel de Certeau, des récits des Aborigènes jusqu’aux catacombes. Regard sur les façons d’habiter la terre avec l’anthropologue Barbara Glowczewski.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Barbara Glowczewski intervient durant le festival Filmer le travail et le cycle de conférences Les Amphis des lettres au présent (organisé par l’Espace Mendès France et l’UFR Lettres et langues), jeudi 10 février à 14h à la Médiathèque François-Mitterrand à Poitiers : <a href="https://emf.fr/ec3_event/reveiller-les-esprits-de-la-terre/">Réveiller les esprits de la terre</a>.<br>À cette occasion, nous publions à nouveau un entretien que nous avons fait avec Barbara Glowczewski en 2019 dans le numéro <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n124-avril-mai-juin-2019/">Architecture des rêves</a> de L’Actualité Nouvelle-Aquitaine.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Héloïse Morel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Barbara Glowczewski est directrice de recherche au laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France. Depuis 1979, elle mène des recherches en Australie aux côtés des Aborigènes. Elle est intervenue à Dissay sur les rêves des Aborigènes lors des trente ans de l’Espace Mendès France en janvier 2019. Le rêve est constitutif de la cosmologie des Aborigènes (cosmos, territoire, naissance, mort). Par les récits et les mythes, l’«espace-temps du rêve» (Tjukurrpa) compose le rapport au territoire et à la vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Vous avez fait vos études dans les années 1970 aux universités de Jussieu et Vincennes. Quels souvenirs en gardez-vous ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Barbara Glowczewski. –</strong> J’étudiais l’ethnologie à Jussieu, le cinéma et la philosophie à Vincennes. C’était une époque assez extraordinaire. Robert Jaulin dirigeait le département à Paris VII, il avait mené des recherches en Afrique et en Amazonie dans les années 1960 et dénoncé l’ethnocide lié à la situation coloniale. Plusieurs intellectuels l’avaient rejoint dont Michel de Certeau avec qui j’ai fait ma maîtrise sur les cinq sens dans toutes les cultures, à toutes les périodes. Je recherchais les récits, les mythes, les pratiques qui évoquaient ces cinq sens afin de dépasser les catégories occidentales. Même si tous les humains ont des yeux, des oreilles, un nez, un palais, la manière d’évoquer les sens est différente, par exemple, on peut parler du troisième œil ou d’autres façons de sentir les choses. Je souhaitais dépasser les catégories de l’époque jusqu’à celles du langage et de l’écriture, ainsi j’ai rédigé tout mon mémoire avec uniquement des points de suspension entre chaque phrase. Cela avait beaucoup amusé Michel de Certeau&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Vincennes, je suivais les cours de Deleuze, et ceux de Claudine Eizyckman et Guy Fihman, auteurs de films expérimentaux. Nous faisions du cinéma dit «intermittent», c’est-à-dire en filmant image par image pour créer des effets à la fois artistiques et visuels, et changer la perception. Cette technique, qui fut utilisée dans la publicité avec les images subliminales, créait une musique pour les yeux.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment les cinq sens vous ont-ils mené jusqu’en Australie auprès des Aborigènes&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rythme justement, qui traverse les différentes cultures. Ainsi que les limites au-delà des perceptions habituelles, de nos critères spatiotemporels comme avec les techniques chamaniques qui traversent le corps. J’ai lu Van Gennep qui travaillait à partir des observations que lui envoyaient des observateurs sur place, missionnaires, explorateurs ou ethnographes comme Daisy Bates pour les Aborigènes d’Australie. Les anthropologues travaillaient ainsi à cette époque. Dans les écrits anciens, une information m’a beaucoup intriguée&nbsp;: les veuves ne devaient plus parler pendant deux ans, or comme les femmes se mariaient jeunes à des hommes plus âgés, elles étaient veuves assez rapidement. Nous étions en plein dans le mouvement de libération des femmes, je me suis dit qu’elles devaient communiquer entre elles par un moyen. En 1979, j’ai vécu avec des femmes warlpiri qui, en effet, communiquaient avec un langage des signes extrêmement sophistiqué. Un linguiste a découvert que ce langage contenait 4 000 mots ainsi qu’une syntaxe qui correspondait à la langue parlée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces signes de main s’inscrivent dans le mouvement et dans l’action. Par exemple, les Warlpiri du désert central consomment un fruit, une «tomate sauvage ou de brousse», qui ressemble à une prune, d’un vert vif mais dont il faut enlever les graines noires car elles sont empoisonnées&nbsp;: le signe pour dire «tomate» est le geste que font les femmes avec une cuillère en bois réservée à l’extraction des graines. Ce fruit était important dans leur alimentation, tous les ans elles allaient le récolter en les enfilant sur des branches pour les sécher et les stocker. Les graines enlevées sur place tombaient faisant pousser d’autres fruits. J’ai compris cela il y a peu de temps. Je leur ai demandé si elles continuaient à aller chercher les tomates sauvages. Elles m’ont expliqué qu’il en restait très peu car comme elles ne les récoltaient plus systématiquement en grand nombre, les fruits ne poussaient plus. Cette pratique est essentielle car on a considéré les Aborigènes uniquement comme des chasseurs-cueilleurs. En réalité, ils interviennent sur les ressources du territoire, et disent «nettoyer» la terre avec les feux de brousse pour mieux chasser mais aussi empêcher les incendies. Cela a été très mal compris en anthropologie.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/02/b_glowczewski_2-copie-682x1024.jpg" alt class="wp-image-35448" width="552" height="830"><figcaption>Ngayakiyi “tomate du bush”. Lily Nungarrayi, artiste Warlpiri de Lajamanu. Photo Barbara Glowczewski.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que livrent les récits, les mythes sur les savoirs Aborigènes&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quatre ans, des géologues ont travaillé sur des récits Aborigènes, d’une centaine de langues différentes. Ils racontent les inondations qui ont séparé les îles du continent il y a 7 000 ans. Les géologues ont déduit que cette histoire a été transmise oralement depuis. Je pense qu’il s’agit davantage d’une pratique d’interprétation, similaire à celle des scientifiques. Les Aborigènes sont des chasseurs, des traqueurs, ils ont besoin de lire le sol pour trouver aussi bien des animaux que des plantes. Génération après génération, ils ont pu expérimenter ce qui était dit par les anciens. Par exemple, chez les Lardil dans le Nord-Est de l’Australie, le serpent arc-en-ciel a séparé l’île Mornington – où ils vivent – de la côte, leur preuve c’est que la texture du sol, sur le continent, sur l’île et sous l’eau est la même. Ils lisent la terre comme un livre. Ils ne capitalisent pas seulement un savoir, ils l’expérimentent mais le récit reste poétique. C’est un croisement des deux, imaginaire et pratique de répétitions mais au sens de Différence et répétition de Deleuze. Eux disent same but different.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Que vous ont apporté le regard et la pensée de Michel de Certeau&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai souvent pensé dans mes expériences avec les Aborigènes d’Australie, à ce qu’il a écrit sur la ville, sur la flânerie et la marche. Quand je suis revenue à Paris après mon premier voyage, j’ai réalisé une recherche urbaine sur les catacombes, plus précisément les cataphiles. Les souterrains datent de la Révolution française, au moment où le régime s’écroule, la ville aussi physiquement&nbsp;! Il a fallu remplir les trous des quartiers qui menaçaient de s’écrouler en creusant des galeries qui sont des doublures des rues au-dessus. Des tailleurs de pierres ont réalisé des colonnes de soutènements qui rappellent celles des cathédrales, ainsi que de grandes voûtes. Paradoxalement, c’est un travail de maître issu d’un grand art hérité du passé, donc des réalisations culturelles dans une partie naturelle et quasi-sauvage de la ville.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour moi, Michel de Certeau, c’est une façon de reprendre la ville par des flâneries souterraines mais aussi une manière de chercher des récits d’itinéraires qui relient des lieux et condensent des strates de récits qui sont à la fois des mythes et l’histoire, c’est ce qui m’a fasciné en Australie avec les Aborigènes. Histoire qui n’est pas seulement celle des humains mais aussi des paysages, des espèces, des étoiles et leurs impacts sur Terre avec les météores, les pluies, les phénomènes climatiques, le côté culturel et naturel. Il m’a apporté ce regard-là.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>Pour aller plus loin :<br></strong>Vidéos de <a href="https://www.youtube.com/watch?v=AnsS0ftI4Os&amp;ab_channel=ZoneADiffuser">Barricades des mots pour la ZAD sur Youtube</a>.<br>La conférence de Barbara Glowczewski <a href="https://emf.fr/ec3_event/rever-ailleurs-rever-differemment/">«Rêver ailleurs, rêver différemment», à Dissay, est disponible sur le site emf.fr</a><br><strong>Bibliographie&nbsp;:<br></strong><em>Réveiller les esprits de la terre</em>, éditions dehors, 2021.<br><em>Les Rêveurs du désert. Avec les Warlpiri d’Australie</em>, Actes sud/Babel, 2017.<br><em>Rêves en colère</em>, Terre Humaine, Plon, 2016.<br></p></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>Réfugiés de l’intérieur<br></strong>Dans l’abécédaire, <em>Barricade des mots</em>, réalisé par une quarantaine d’universitaires, en soutien à la ZAD de Notre-Dame des Landes, Barbara Glowczewski a choisi la lettre R pour Réfugiés de l’intérieur. «Ce qui me frappait, c’est que les habitants étaient traités de la même façon que les Aborigènes et autres peuples autochtones dans le monde, c’est-à-dire considérés comme des réfugiés là où ils vivent par les États qui les ont colonisés. La démarche de lutte de la ZAD ressemble à d’autres mouvements d’occupation contre un développement extractiviste qui consiste à détruire la terre pour aller chercher des minerais. Ceux qui sont restés ont créé un fonds de dotation, Terre en commun, afin de continuer l’expérience d’appropriation, de fructification, de valorisation et de soin des terres.»&nbsp;</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/strates-des-recits-itineraires/">Strates des récits itinéraires</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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