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	<title>Aliénor - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>Aliénor - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Feb 2025 10:51:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En hommage à Martin Aurell, grand médiéviste mort subitement à son domicile dans la nuit du 7 au 8 février, nous publions l’un des nombreux entretiens qu’il nous a accordés.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/martin-aurell-rejoint-alienor-daquitaine/">Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>En hommage à Martin Aurell, grand médiéviste mort subitement à son domicile dans la nuit du 7 au 8 février, nous publions l’un des nombreux entretiens qu’il nous a accordés.</em></p>



<p>Professeur d’histoire du Moyen Âge à l’université de Poitiers depuis 1994, au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale qu’il a dirigé de 2016 à 2022, Martin Aurell était un spécialiste des pouvoirs, de la société et de la culture de l’empire Plantagenêt et en Méditerranée occidentale.</p>



<p>Son dernier ouvrage paru est consacré à <em>Aliénor d’Aquitaine. Souveraine femme</em> (coll. «Grandes Biographies», Flammarion, 2024), une somme d’érudition qui se lit comme un roman. Le personnage s’y prête mais, surtout, l’historien apportait un soin tout particulier à l’écriture. L’appareil critique est considérable, notamment parce qu’il intègre l’historiographie britannique&nbsp;: «Aliénor, aquitaine de naissance et reine de France, mais aussi reine d’Angleterre, où elle a vécu plus d’années que sur le continent, se trouve à la croisée de deux longues traditions nationales et scientifiques dont il importe de comprendre et d’exploiter les caractéristiques propres. Combiner la méthode anglaise, issue de l’empirisme, à la française, redevable du rationalisme, ne peut qu’aboutir à un résultat équilibré.»</p>



<p>C’était toujours un plaisir de s’entretenir avec cet homme d’une rare élégance, au verbe clair, précis, bienveillant, dont l’immense savoir n’avait rien d’écrasant, au contraire il agissait comme un stimulant.</p>



<p>Nous avons publié cet entretien dans <em>L’Actualité</em> n° 111, en janvier 2016, au moment de la fusion des régions Poitou-Charentes, Limousin et Aquitaine en Nouvelle-Aquitaine.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="808" height="1024" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2.jpeg" alt class="wp-image-38597" style="width:507px;height:auto" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2.jpeg 808w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-237x300.jpeg 237w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-768x973.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-650x824.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/martin-aurell-ph-mytilus-2002-v2-150x190.jpeg 150w" sizes="(max-width: 808px) 100vw, 808px"><figcaption class="wp-element-caption">Martin Aurell en 2002 quand il publie <em>L’Empire des Plantagenêt (1154–1224)</em>. Photo Mytilus.</figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading"><strong>La grande Aquitaine d’Aliénor</strong></h2>



<p><strong>Entretien Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p><strong>L’Actualité. – Peut-on trouver un ancrage historique à cette grande Aquitaine qui, en 2016, résulte de la fusion avec le Poitou-Charentes et le Limousin&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p><strong>Martin Aurell. –</strong> Une grande Aquitaine correspond à peu près à l’actuelle région, c’est le royaume d’Aquitaine créé par Charlemagne pour son fils Louis le Pieux. La géographie de cette nouvelle région ne me semble pas absurde, à part le fait qu’il n’y ait pas la Vendée qui, historiquement, fait partie du Poitou.</p>



<p>Il serait vain de chercher à établir un déterminisme géographique car les territoires sont toujours des constructions politiques et culturelles, mais on peut faire remonter la structure connue au Moyen Âge jusqu’aux tribus gauloises, via les Romains qui respectaient assez bien le tissu local conquis afin de mieux le gouverner.</p>



<p><strong>Ce territoire correspond aussi à celui de Guillaume IX le Troubadour, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine, qui cherche à étendre son domaine et qu’il a parfois du mal à maîtriser…</strong><strong></strong></p>



<p>Guillaume IX veut le comté de Toulouse pour avoir un accès à la mer Méditerranée. En 1094, il se marie à Philippa, fille du comte de Toulouse, puis il conquiert la ville en 1098 et s’y installe afin de faire valoir ses droits sur la ville et le comté, qu’il perdra une dizaine d’années plus tard.</p>



<p>Peu de temps après son mariage avec Aliénor d’Aquitaine et sans doute poussé par elle, Louis VII fait une campagne contre Toulouse&nbsp;: un échec. Et quand elle est mariée à Henri II Plantagenêt, celui-ci lance à son tour une campagne contre Toulouse, en 1159, tentative d’expansion qui se soldera par l’annexion du Quercy.</p>



<p>Au nord de l’Aquitaine, la querelle très ancienne et viscérale avec l’Anjou s’éteint par le mariage d’Aliénor avec Henri II qui est comte d’Anjou.</p>



<p>En revanche en Aquitaine, les sires sont très indépendants, prompts à prendre les armes pour se révolter contre le duc. Au sud de la Garonne, le territoire est morcelé en une multitude de vicomtés, de sorte que les ducs d’Aquitaine ont maille à partir avec l’aristocratie gasconne qui est difficile à maîtriser parce qu’elle est habituée à fonctionner de façon autonome dans ses seigneuries, dans ses principautés territoriales.</p>



<p>En Poitou, le pouvoir de quelques grandes familles est presque équivalent à celui des ducs d’Aquitaine&nbsp;: les Lusignan qui deviendront rois de Jérusalem, de Chypre et d’Arménie, les Parthenay l’Archevêque (leur nom garde la trace d’un ancêtre qui fut archevêque de Bordeaux), les très puissants vicomtes de Thouars, les vicomtes de Châtellerault, les Taillefer d’Angoulême dont une fille, Isabelle, deviendra reine d’Angleterre en épousant Jean sans Terre (1200). Dans la grande révolte de 1242 contre Alphonse de Poitiers, Henri III d’Angleterre, qui est le fils d’Isabelle d’Angoulême, est allié aux Lusignan. Entre l’Angleterre et la France, les sires poitevins sont habiles parce qu’ils savent jouer sur les deux tableaux. Pour obtenir davantage de marges de manœuvre, de liberté ou de moyens, ils peuvent passer des alliances avec le roi d’Angleterre pour se battre contre le roi de France, puis faire l’inverse. Ils y gagneront une mauvaise réputation. Au Moyen Âge, on associe souvent les Poitevins aux traîtres à cause de ce côté changeant qui est la logique politique de l’aristocratie locale.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" width="1024" height="582" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2.jpg" alt class="wp-image-38599" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2.jpg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-300x171.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-768x437.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-650x369.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2025/02/vignaud_cathedrale-061_v2-150x85.jpg 150w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"><figcaption class="wp-element-caption">Détail du grand vitrail de la Crucifixion de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers (XII<sup>e</sup> siècle). Aliénor et Henri II Plantagenêt sont agenouillés, offrant un vitrail. Les quatre fils sont représentés de part et d’autre. Photo Christian Vignaud.</figcaption></figure>
</div>


<p><strong>Les seigneurs poitevins jouent-ils des alliances France-Angleterre jusqu’à la fin du Moyen Âge&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p>Au contraire, le Poitou est très loyaliste vis-à-vis des Valois pendant la guerre de Cent Ans. Quand Paris est occupée par les Anglais, l’université vient se réfugier à Poitiers. Jean de Berry reconquiert Poitiers et son petit-neveu Charles VII s’y installera plus tard. Finalement, c’est toute la vallée de la Loire qui fait preuve d’une grande fidélité au roi de France. Le Poitou subira les conséquences de la guerre de Cent Ans de façon terrible par la présence des routiers – des mercenaires – et par la bataille de Nouaillé-Maupertuis en 1356 où le roi Jean le Bon est fait prisonnier par le Prince Noir dont les troupes remontaient du sud. Ainsi, par rapport à la Gascogne, le Poitou bascule définitivement du côté de la France à partir du <span class="smallcaps">xiv</span><sup>e </sup>siècle.&nbsp;</p>



<p><strong>Lorsque l’Aquitaine est intégrée à la couronne d’Angleterre, comment le duc affirme-t-il son pouvoir&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p>En 1154, Henri II devient roi d’Angleterre et sa femme Aliénor d’Aquitaine, reine. Henri II a essayé de contrôler étroitement le duché de son épouse, mais cela a fini mal pour lui&nbsp;: la grande révolte de 1173 menée par Aliénor et ses fils. Les moyens d’action du duc sur le Poitou sont toutefois peu efficaces. Il essaie d’installer quelques Anglo-Normands aux postes de pouvoir, mais sans beaucoup de succès car la noblesse locale et les communes réclament d’être aux affaires.</p>



<p><strong>Quand on évoque l’Aquitaine, c’est souvent Aliénor qui est citée. Comment expliquer cela&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p>Depuis le <span class="smallcaps">xvii</span><sup>e </sup>et le <span class="smallcaps">xviii</span><sup>e </sup>siècle, Aliénor fait l’objet de romans qui profitent surtout de sa mauvaise réputation – tout à fait infondée – qui en fait un personnage sulfureux. Dernièrement, il y eu quelques romans dont un exceptionnel, à mon avis, celui de Clara Dupont-Monod, <em>Le Roi disait que j’étais diable</em> (Grasset &amp; Fasquelle, 2014). C’est un travail littéraire d’analyse psychologique fictive mais l’auteur a mis un point d’honneur à respecter ce que l’on sait d’Aliénor d’après les dernières recherches. Par exemple, elle ne la présente pas comme succombant au charme de son oncle Raymond d’Antioche, ni a aucun autre tentation d’adultère du reste. C’est romancé, je n’en conseillerais pas la lecture à mes étudiants comme livre d’histoire, mais c’est un grand roman, ne serait-ce que par son travail sur la langue, et le jury du Goncourt qui l’a placé parmi ses finalistes ne s’y est pas trompé.</p>



<p><strong>Donc si on associe aussi facilement Aliénor à l’Aquitaine c’est parce qu’elle est romanesque&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p>Aliénor hérite de l’Aquitaine et l’apporte à son mari. C’est, d’une certaine façon, sa dot. D’autre part, sa vie est effectivement romanesque. Aliénor est allée à la croisade, elle a parcouru une grande partie de l’Occident notamment pour réunir la rançon de Richard lorsque celui-ce était tenu en captivité par l’empereur du Saint-Empire. C’est une grande dame&nbsp;!</p>



<p>Au <span class="smallcaps">xix</span><sup>e </sup>siècle, dans l’historiographie bourgeoise qui met en avant l’émancipation urbaine, elle est liée aux communes libres. Le grand vitrail de la mairie de Poitiers (commandé en 1874) met en scène Aliénor en train d’accorder les libertés aux Poitevins.</p>



<p>Rien que d’avoir été successivement reine de France puis reine d’Angleterre, c’est fascinant. Elle a eu des enfants comme Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre dont tout le monde a entendu parler. Si l’on cherche une femme importante au Moyen Âge, à part Jeanne d’Arc, je ne vois personne qui soit aussi connue, aussi forte, aussi rayonnante qu’Aliénor d’Aquitaine.</p>



<p><strong>Que retenir de l’action d’Aliénor en Aquitaine&nbsp;?</strong><strong></strong></p>



<p>Qu’aussi faible soit sa marge de manœuvre, une femme, même dans une société traditionnelle comme la médiévale, peut toujours s’affirmer, voire s’émanciper, y compris en politique.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/martin-aurell-rejoint-alienor-daquitaine/">Martin Aurell rejoint Aliénor d’Aquitaine</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Nos morts, en effigie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Nov 2022 12:05:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Trois tombeaux du Centre-Ouest de la France produits entre le XIIᵉ et le XIIIᵉ siècle permettent de mieux appréhender les pratiques et croyances entourant la mort et l’au-delà au Moyen Âge.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Trois tombeaux du Centre-Ouest de la France produits entre le <span class="smallcaps">xii</span>ᵉ et le <span class="smallcaps">xiii</span>ᵉ siècle permettent de mieux appréhender les pratiques et croyances entourant la mort et l’au-delà au Moyen Âge.</em></p>



<p><strong>Par Damien Strzelecki</strong></p>



<p>Les prochains Rendez-vous de l’Histoire de Blois porteront sur un sujet qui fait écho à la crise épidémique et à la hausse extraordinaire de la mortalité qu’elle a suscitée : Les vivants et les morts. La mort est effectivement une affaire de vivants, ce sont eux qui rendent les ultimes rituels, visitent le mort ou encore fleurissent sa tombe. Le tombeau est d’ailleurs le point de rencontre entre le vivant et le mort, ici se concentre la jonction entre les deux mondes, ici se conserve la mémoire du disparu. Marqueur de la sépulture et objet du souvenir, le monument funéraire est aussi révélateur des conceptions que se fait une société sur la mort et sur ses morts. C’est particulièrement perceptible au Moyen Âge, dans un contexte où la vie et la mort sont encadrées par l’Église et le christianisme. Trois tombeaux à effigie produits entre le <span class="smallcaps">xii</span>ᵉ-<span class="smallcaps">xiii</span>ᵉ siècle et destinés à de grands personnages poitevins démontrent les continuités, les ruptures, les évolutions en somme avec les visions modernes sur la mort.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>L’image du mort au Moyen Âge</strong></h4>



<p>Avant de présenter les défunts, il faut définir ce qu’est une effigie funéraire. L’effigie est une représentation anthropomorphique placée sur un tombeau ou un élément commémoratif destiné à supporter la mémoire du disparu. Il existe plusieurs types d’effigies funéraires et sans doute le plus célèbre est celle du gisant tel qu’il existe à l’abbaye royale de Fontevraud (Maine-et-Loire) pour Aliénor d’Aquitaine, décédée en 1204. Outre les gisants, de nombreux autres types d’effigie existent et fréquemment ce n’est pas uniquement le corps du défunt qui est représenté, mais aussi son âme, substance faisant pleinement partie de la personne au Moyen Âge.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/gisant-alienor-daquitaine-cliche-personnel.jpeg" alt class="wp-image-36670" width="668" height="388" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/gisant-alienor-daquitaine-cliche-personnel.jpeg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/gisant-alienor-daquitaine-cliche-personnel-300x175.jpeg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/gisant-alienor-daquitaine-cliche-personnel-768x447.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/gisant-alienor-daquitaine-cliche-personnel-650x378.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/gisant-alienor-daquitaine-cliche-personnel-150x87.jpeg 150w" sizes="(max-width: 668px) 100vw, 668px"><figcaption>Gisant d’Aliénor d’Aquitaine. Photo Damien Strzelecki.</figcaption></figure>
</div>


<p>Commençons par l’image d’un corps et pas des moindres, celui du grand ecclésiastique Pierre II de Poitiers qui a occupé le siège épiscopal de la ville de 1087 à sa mort en 1115. Bien qu’exilé à la fin de sa vie pour avoir excommunié le comte Guillaume le Troubadour, il meurt en odeur de sainteté et est rapatrié dans la ville de son épiscopat. Son corps est inhumé à l’abbaye Saint-Cyprien, établissement qui a aujourd’hui disparu. En 1117, ses restes sont transférés à l’abbaye royale de Fontevraud et déposés dans le chœur des religieuses. Entre la fin du <span class="smallcaps">xii</span>ᵉ siècle et le premier tiers du <span class="smallcaps">xiii</span>ᵉ siècle, est confectionné un gisant en sa mémoire. Malgré sa disparition au fil du temps, un dessin de la collection constituée par François-Roger de Gaignières (1642–1715) nous permet de voir à quoi ressemblait le tombeau de l’évêque défunt.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/dessin-de-la-collection-gaignieres-gisant-pierre-ii-de-poitiers-.jpeg" alt class="wp-image-36671" width="541" height="699" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/dessin-de-la-collection-gaignieres-gisant-pierre-ii-de-poitiers-.jpeg 751w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/dessin-de-la-collection-gaignieres-gisant-pierre-ii-de-poitiers--232x300.jpeg 232w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/dessin-de-la-collection-gaignieres-gisant-pierre-ii-de-poitiers--650x840.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/dessin-de-la-collection-gaignieres-gisant-pierre-ii-de-poitiers--150x194.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 541px) 100vw, 541px"><figcaption>Gisant Pierre II de Poitiers. Dessin de la collection Gaignières.</figcaption></figure>
</div>


<p>Le tombeau dessiné donne à voir une scène de funérailles. Le corps couché est paré de ses vêtements épiscopaux, notamment de sa mitre et de sa crosse. Couché sur un lit, il a les yeux fermés et son chef repose sur un oreiller. L’assemblée de moines tonsurés accompagnée d’une moniale entourant le gisant signifie qu’il s’agit d’une veillée du corps qui est comme reconstituée par ces personnages figurés. Le soin du corps est alors mis en avant et le rituel des funérailles est constamment rappelé, comme rejoué sur ce tombeau.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La mort&nbsp;comme séparation ontologique</strong></h4>



<p>La mort ne signifie pas la fin de la vie dans le christianisme, mais la mort temporaire du corps et la survie de l’âme. Le bas-relief concernant saint Hilaire de Poitiers, évêque tout autant célèbre mort en 337, est significatif à ce propos. Bien qu’enterré dans la collégiale Saint-Hilaire-le-Grand au sud de Poitiers, c’est à la chapelle des Augustins, dans l’actuel rue Sainte-Catherine qu’il faut chercher son effigie funéraire. Pour cause, cet établissement, qui au Moyen Âge était le monastère Saint-Hilaire-de-la-Celle, passe pour avoir été fondé par Hilaire. Au milieu du <span class="smallcaps">xii</span>ᵉ siècle, la communauté religieuse a fait réaliser un cénotaphe, dont l’étymologie grecque signifie un tombeau qui ne contient pas de corps. En effet, la dépouille d’Hilaire repose dans la crypte de la collégiale et non au monastère. L’absence du corps a alors peut-être été un argument supplémentaire motivant la réalisation de ce cénotaphe afin d’exalter le fondateur malgré l’absence de son corps. Cela marque la continuité entre l’évêque défunt du <span class="smallcaps">iv</span>ᵉ siècle et les vivants du <span class="smallcaps">xii</span>ᵉ siècle, le fondateur mort représente une pierre d’assise sur laquelle se fonde la communauté des vivants.</p>



<p>Fragmentaire, le tombeau est en partie conservé, les pièces disparues ont aussi été dessinées pour la collection Gaignières [BnF, Département des Estampes et de la photographie, Res. Pe 1F, fol. 53]. L’ensemble du monument narre principalement la victoire de saint Hilaire sur l’hérésie arienne au concile de Nicée de 325 et la mort du saint évêque en 337. Cette dernière scène est le sujet du seul fragment conservé, dont l’original est visible à la chapelle des Augustins et où une copie par moulage a été placée dans la salle médiévale du musée Sainte-Croix de Poitiers. Sur cette effigie comme sur celle de Pierre II, le saint est entouré d’une foule, mais contrairement à celle du prélat mort en 1115, l’image insiste moins sur la veillée que sur le moment de mort de saint Hilaire. Le défunt vient à peine de mourir comme en témoigne son âme accostée de deux anges. La proximité de cette âme et de son corps est bien marquée au niveau de la tête du personnage. L’âme et le souffle sont traduisibles par <em>spiritus</em>&nbsp;en latin, ce que rend bien ce tombeau puisque l’expiration de l’âme se fait au niveau de la bouche, comme si le défunt venait de rendre son dernier souffle.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Le sort de l’âme après trépas</strong></h4>



<p>Le corps mort et l’âme extirpée, un périple attend cette dernière vers l’au-delà. Le relief encastré à l’extérieur du bras sud du transept de l’église Saint-Divitien de Saulgé de la deuxième moitié du XIIᵉ siècle invite à ne considérer que l’âme du défunt. Une inscription placée sur la bordure inférieure révèle l’identité du trépassé qui se nomme Ranulfe, noble descendant d’Agnès et dont on dit qu’il est élevé <em>ad</em> <em>astra</em> soit&nbsp;: vers les astres. L’écrit et l’image se répondent dans la mesure où l’âme figurée dans un encadrement en forme d’amande et les mains jointes est bel et bien emmenée vers les astres par des anges.</p>



<p>Le corps reste alors sur terre et c’est l’âme qui monte vers les cieux, accompagnée d’anges comme pour celle de saint Hilaire. De plus, Il faut penser que ces monuments ne sont pas seulement destinés à se souvenir ou à se recueillir, mais ils enjoignent aussi à prier pour l’âme du défunt et cela afin d’être acteur de son salut. L’âme de Ranulfe n’est pas annoncée explicitement dans les astres, mais vers les astres, sous-entendu qu’elle n’a pas encore atteint sa destination et qu’il faut l’aider pour qu’elle atteigne l’au-delà. La prière d’un tiers doit alors la soutenir pour concrétiser cette séparation entre son corps matériel destiné à pourrir sur terre et son âme immatérielle destinée à atteindre des réalités spirituelles. Ce divorce n’est que temporaire et les deux entités se réuniront pour les siècles des siècles…</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/bas-relief-ranulf-cliche-personnel.jpeg" alt class="wp-image-36672" width="652" height="489" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/bas-relief-ranulf-cliche-personnel.jpeg 756w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/bas-relief-ranulf-cliche-personnel-300x225.jpeg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/bas-relief-ranulf-cliche-personnel-80x60.jpeg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/bas-relief-ranulf-cliche-personnel-650x488.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/bas-relief-ranulf-cliche-personnel-150x113.jpeg 150w" sizes="auto, (max-width: 652px) 100vw, 652px"><figcaption>Bas relief de Ranulf. Photo Damien Strzelecki.</figcaption></figure>
</div>


<p>Ce bref panorama permet d’entrer dans la complexité des conceptions sur la mort et ses au-delà au Moyen Âge. Le pluriel est de mise dans la mesure où la mort entraîne un ensemble de préoccupations terrestres et corporelles (funérailles), spirituelles et animiques (prière pour l’âme). Du corps à l’âme, les croyances sur la mort et ses au-delà ou ce qui lui fait suite tant dans le traitement du corps que celui de l’âme sont complexes au Moyen Âge. Ces deux entités ontologiques ne sont pourtant pas traitables séparément, si l’âme se sépare de son corps à la mort du défunt, elle doit atteindre le Paradis dans l’attente de regagner et donner son nouveau souffle au corps lors du Jugement dernier. À défaut de prier pour leurs âmes, cela invite au souvenir de ces défunts qui continuent de survivre par le biais de leur monument, lesquels sont autant des objets patrimoniaux que des reflets d’une croyance complexe entourant la mort et la mémoire au Moyen Âge.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>Bibliographie&nbsp;</strong><br>Danièle Alexandre-Bidon, <em>La mort au Moyen Âge. XIIIᵉ-XVIᵉ siècles</em>, Hachette, La vie quotidienne, 1998.<br><br>Caroline Walker Bynum, <em>The Resurrection of the Body in Western Christianity, 200‑1336</em>, Columbia University Press, 1995.<br><br>Maurice Godelier (dir.), <em>La Mort et ses au-delà</em>, CNRS Éditions, « Bibliothèque de l’Anthropologie », 2014.<br><br>Cécile Treffort, <em>L’Église carolingienne et la mort</em>, Presses Universitaires de Lyon, Collection d’histoire et d’archéologie médiévales, 1996.</p></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>Cet article a été réalisé lors d’un séminaire de médiation et d’écriture journalistique dans le cadre du master histoire de l’art, patrimoine et musées de l’université de Poitiers.</em></p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/nos-morts-en-effigie/">Nos morts, en effigie</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Les «héritières» du Moyen Âge</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Jan 2022 09:09:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Aliénor]]></category>
		<category><![CDATA[Aquitaine]]></category>
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		<category><![CDATA[Moyen Âge]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Parmi les "héritières" du Moyen Âge, Aliénor d'Aquitaine reste la plus célèbre... Qu'en est-il des autres femmes ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Émilie Margaix</strong></p>



<p>Aliénor d’Aquitaine est aujourd’hui considérée comme l’un des exemples les plus explicites du pouvoir féminin au Moyen Âge. La fascination qu’elle exerce aujourd’hui est due à la position que cette dernière a occupée à la tête de deux des plus grands pays européens du <span class="smallcaps">xii</span><sup>e </sup>siècle&nbsp;: les royaumes des Capétiens et des Plantagenêts. Le fait qu’elle ait été successivement Reine de France et d’Angleterre est un cas unique, inégalé même de ses homologues masculins. Ces rôles ont parfois éclipsé dans les mémoires le fondement de son pouvoir&nbsp;: l’héritage du duché d’Aquitaine. En tant que duchesse d’Aquitaine, Aliénor dirige l’un des espaces les plus riches d’Europe allant de la Vendée actuelle, en comprenant l’Auvergne, et descendant jusqu’aux Pyrénées. Cet exemple éblouissant, nous aveugle parfois au point d’oublier que le <span class="smallcaps">xii</span><sup>e </sup>siècle regorge de cas similaires&nbsp;: Agnès de Ponthieu hérite de son père le Comté de Ponthieu en Normandie&nbsp;; Isabelle de Clare reçoit de ses parents les plus grands domaines en Irlande&nbsp;; Isabelle de Gloucester est l’une des héritières les plus importantes du pays de Galles.</p>



<p>La multiplication de mentions relatives aux problématiques des biens féminins dans les diverses sources montre non seulement que les femmes n’ont jamais été exclues totalement des lignes de succession mais que les héritages sont nombreux, complexes et multiformes.</p>



<p>L’héritage renvoie d’abord à une notion matérielle. Il s’agit souvent de biens fonciers ou pécuniaires qui sont accordés aux femmes dans des cas précis. Dans l’aristocratie, les filles héritent du domaine de leur père en l’absence d’un frère&nbsp;: elles ont la préséance sur toute parentèle masculine indirecte même sur leur oncle. Elles sont ainsi les garantes de la transmission de leur terre à travers les différentes générations. Ainsi Agnès de Ponthieu éleva son fils sur son propre domaine avec l’accord de son mari afin que l’enfant se familiarise l’héritage maternel. La mère assure donc la bonne transmission des terres auprès de son fils. Cependant, la majorité des héritages féminins proviennent des terres des veuves. Au <span class="smallcaps">xii</span><sup>e </sup>siècle, lors d’un mariage, l’époux se doit d’assurer l’avenir de sa femme en lui constituant un douaire. Il s’agit d’un ensemble conséquent de biens pris sur les propres richesses du mari qui reviendront à son épouse au moment de sa mort et cela durant la vie entière de la femme. Les enquêtes de recensement de l’époque montrent la diversité matérielle de ces biens. En 1184, on y mentionne que Mathilde de la Haye, veuve de 57 ans, possède des terres en douaires qui lui permettent d’avoir des revenus annuels de 30 livres qui comprennent notamment 60 moutons, 10 truies et un verrat. Dans la même enquête, Matilde comtesse de Chester obtient 40 livres par an avec un bétail de quatre vaches, un taureau, quatre truies, un verrat et 500 moutons. La mortalité masculine étant importante à cette époque (décès lors de campagne militaire, maladies ou tournois), les veuves forment ainsi une part importante et non négligeable de l’échiquier politique. Il convient cependant de pas oublier les classes sociales moins élitaires&nbsp;: des cas moins visibles mais tout aussi importants, car ils structurent la majorité de la population médiévale. Les femmes des artisans et des commerçants peuvent hériter de l’affaire de leur mari. Dans les classes rurales, les femmes ne sont pas exclues dans la succession des biens familiaux.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/sceau-isabelle-dangouleme-j-628-avers-717x1024.jpg" alt class="wp-image-35281" width="391" height="559"><figcaption>&nbsp;Empreinte de sceau Isabelle d’Angoulême, charte de 1227,&nbsp;&nbsp;Archives nationales de France, Paris , J 628, n°10.</figcaption></figure></div>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Transmission du prestige</strong></h4>



<p>Dans les milieux proches des cercles du pouvoir, l’héritage comprend aussi le titre qui symbolise la charge, le rang et le statut du dirigeant. La particularité du Moyen Âge central est de voir apparaître la pérennité de la transmission des titres de noblesse aux femmes. Si depuis l’Antiquité les femmes ont accès à des qualifications honorifiques, le Moyen Âge voit émerger une féminisation systématique des titres de noblesse. Les travaux des historiens des dernières années ont montré que cette transition apparaît à la fin du haut Moyen Âge. Le morcellement des grands domaines royaux à cette période renforce les pouvoirs locaux. Les seigneurs de ces nouveaux espaces cherchent à affermir leurs pouvoirs symboliques en reproduisant le modèle des familles royales et princières. Ainsi, les femmes n’apparaissent plus comme les épouses ou les filles du prince, du duc ou du comte mais en tant que princesses, duchesses ou comtesses. La reconnaissance d’un rang propre leur permet de s’intégrer plus directement dans l’exercice des pouvoirs seigneuriaux et leur confère plus d’influence dans l’administration du domaine, voire des responsabilités militaires. La systématisation de la transmission des titres de la parentèle masculine à la parentèle féminine est visible dans la création des sceaux où les femmes affichent leur statut, symbole du pouvoir qu’elles détiennent. À l’instar de leur homologue masculin, leur titulature complète y est souvent mentionnée.</p>



<p>L’héritage comprend aussi une notion plus symbolique mais cruciale qui est la transmission du lignage qui compose l’identité de la noblesse médiévale. Les femmes occupent une place centrale dans la transmission du sang car elles structurent l’espace familial. Elles transmettent ainsi le prestige de leur famille par le mariage. Plus un homme cherche à s’élever dans la société, plus ce dernier cherche à épouser une femme qui lui est supérieure socialement. Cela est notamment visible quand Guillaume le Marechal, chevalier au service du roi Henri II, épouse la comtesse Isabelle de Clare. Cette dernière descend directement des rois irlandais de Leinster alors que Guillaume est le cadet d’une famille de nobles normands. Cette différence de rang engendre un équilibre des pouvoirs au sein du couple qui est visible dans la gestion des actes du domaine. Le mari mentionne dans plusieurs documents le consentement de son épouse pour effectuer une transaction.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="325" height="480" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/releve-du-sceau-alienor-d-aquitaine-fontevrault.png" alt class="wp-image-35280" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/releve-du-sceau-alienor-d-aquitaine-fontevrault.png 325w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/releve-du-sceau-alienor-d-aquitaine-fontevrault-203x300.png 203w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/01/releve-du-sceau-alienor-d-aquitaine-fontevrault-150x222.png 150w" sizes="auto, (max-width: 325px) 100vw, 325px"><figcaption>Relevé du sceau d’Aliénor d’Aquitaine fait par Rogerii de Gaignieres, 1er sceau du Chartrier de Fontevrault, 1152–1154,&nbsp; Bnf ms. 5419, p.70.&nbsp;</figcaption></figure></div>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>L’héritière type n’existe pas</strong></h4>



<p>En effet, les héritages féminins sont multiformes et complexes. La société médiévale est une société de transmission. L’identité d’un individu au Moyen Âge est majoritairement construite par son héritage familial. Dans ce cadre, les femmes occupent une place prépondérante à plusieurs échelles et sous divers liens. Le père transmet à la fille, l’époux à l’épouse mais celle-ci transmet aussi au mari et la mère à son fils. La transmission des héritages féminins fut l’un des enjeux politiques les plus importants du <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècle. Les particularités et les complexités qui composent les héritages féminins ont permis de construire les identités aristocratiques tout au long de l’époque médiévale, et à l’instar d’Aliénor d’Aquitaine, de modeler le paysage politique de leur époque.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Émilie Margaix est doctorante au Centre d’études de civilisation médiévale (CNRS, université de Poitiers). Sa thèse s’intitule “Le pouvoir et les héritages féminins : transmission, protection et contrôle dans les espaces normands et angevins, de la conquête normande à la&nbsp;<em>Magna Carta</em>”, sous la direction de Martin Aurell et Harmony Dewez.  <br><br>Cet article a été écrit dans le cadre d’une formation à l’écriture journalistique avec l’École doctorale Humanités et SSTSEG des universités de Poitiers et Limoges.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/les-heritieres-du-moyen-age/">Les «héritières» du Moyen Âge</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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