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	<title>Marc Deneyer - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>Marc Deneyer - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Jacques Villeglé au-delà de l’affiche</title>
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		<pubDate>Wed, 08 Jun 2022 08:16:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage à Jacques Villeglé, figure du Nouveau Réalisme, qui s'est éteint le 6 juin à l'âge de 96 ans. Retour sur quelques années de son enfance à Cognac.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Hommage à Jacques Villeglé, figure du Nouveau Réalisme, qui s’est éteint le 6 juin à l’âge de 96 ans. Retour sur quelques années de son enfance à Cognac.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Bien avant la grande exposition de Jacques Villeglé au <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n45-juillet-aout-septembre-1999/">Confort Moderne</a> à Poitiers en 1999 – en compagnie de Pierre Henry – nous avons noué des relations amicales avec cet artiste au geste radical, doué d’une fine intelligence et d’une mémoire phénoménale. <a href="https://www.centrepompidou.fr/fr/ressources/media/GGNxo5n">Depuis 1949</a>, Jacques Villeglé a fait des villes son atelier à ciel ouvert en s’appropriant les affiches lacérées. À partir de 1969, il a inventé un alphabet socio-politique avec lequel il transcrivait poètes et penseurs, parmi lesquels René Ghil et Alberto Manguel, <a href="https://archives-actualite.nouvelle-aquitaine.science/files/show/1168">pages manuscrites</a> que nous avons publiées dans&nbsp;<em>L’Actualité</em>.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/936fd59d0d3253106d5741eb373dd09e_page_1.jpg" alt class="wp-image-36094" width="666" height="908" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/936fd59d0d3253106d5741eb373dd09e_page_1.jpg 751w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/936fd59d0d3253106d5741eb373dd09e_page_1-220x300.jpg 220w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/936fd59d0d3253106d5741eb373dd09e_page_1-650x886.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/936fd59d0d3253106d5741eb373dd09e_page_1-150x205.jpg 150w" sizes="(max-width: 666px) 100vw, 666px"></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">En 2002, avec le photographe Marc Deneyer, nous avons conduit Jacques Villeglé à Cognac, sur les lieux de son enfance et publié <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/publication/n56-avril-mai-juin-2002/">son témoignage</a>. J.-L. T.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Retour à Cognac</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Jacques Villeglé</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est en novembre 1929 que je suis arrivé à Cognac. Mon père y venait prendre ses fonctions de caissier à la succursale de la Banque de France. Mon premier souvenir est pour les coquillettes de beurre charentais du petit-déjeuner à l’hôtel d’Orléans, rue d’Angoulême, j’avais trois ans et demi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La banque venait d’être agrandie sur le boulevard Denfert-Rochereau, la pierre de taille de ses façades était toute blanche. Venant de Quimper, ville aux rues étroites, aux façades sombres, et qui, encaissée au bord de l’Odet, était plutôt humide, c’était pour moi un heureux contraste. Le directeur de la banque, J.-L. Vincent, était musicologue et peintre aquarelliste. Des sous-verres de paysages de sa main couvraient la vaste entrée-vestibule de son appartement. J’ai visité une exposition de ses œuvres dans une librairie de la place d’Armes, et il participa à l’illustration d’un livre collectif sur le pays de Cognac paru aux éditions de la Salamandre en 1933. Il eut une activité artistique locale jusqu’à la fin des années soixante. Quoique ne pratiquant aucune religion – peut-être était-il franc-maçon ? –, il invitait les enfants à venir voir la crèche provençale qu’il montait chaque Noël. Celle-ci envahissait une chambre de 18 m<sup>2</sup> jusqu’au plafond et devait bien compter plus d’une cinquantaine de santons.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Le krach boursier d’octobre 1929</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Monsieur Charpentier, le propriétaire de la banque homonyme, était un ami de Monsieur Vincent. Le krach boursier d’octobre 1929 occasionna des ennuis à son établissement. Il semble qu’un crédit trop large lui ait été ouvert sur les fonds de la Banque de France, d’où une ambiance délétère qui détériora les relations entre le directeur et le caissier. Monsieur Vincent avait peut-être plus les qualités d’un artiste peintre que celles d’un responsable de banque. La banque Charpentier fut donc déclarée en faillite et je me souviens d’avoir regardé par la fenêtre de l’appartement les dizaines de clients en chapeau melon venant aux nouvelles, piétinant devant la porte de cette banque en cessation de paiement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Monsieur Charpentier, ayant mangé la grenouille, se jeta avec sa voiture du quai Papin dans la Charente, laissant deux petites filles d’une dizaine d’années. L’ampleur de leur chevelure châtain clair reste dans ma mémoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un garçon de recette de la Banque de France ayant perdu ses économies dans ces banqueroutes se noya également dans la rivière mais, plus méticuleux et moins dispendieux que le banquier, il déposa, avant de sauter, son portefeuille et sa montre sur le parapet du Pont-Neuf.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jamais deux sans trois. Le troisième suicide fut celui d’un riche rentier qui se pendit dans la cage d’escalier de sa villa. Je me rappelle de l’émotion du quincaillier d’une rue allant du boulevard Denfert-Rochereau à la rue d’Angoulême tordant dans ses mains une cordelette et disant à ma mère : «C’est avec une cordelette semblable qu’il s’est pendu et, en plus, il me l’a marchandée, il me l’a marchandée !» Et il ajoutait : «Peut-être avait-il perdu des dizaines de milliers de francs de revenu mais il lui en restait bien des milliers.» Il s’appelait M. Prince ou M. Roy.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Les thés de Madame Firino-Martell</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Mes parents n’ont, dans ces conditions, pas gardé un bon souvenir de leur séjour cognaçais. Pour compenser, ils s’y étaient fait nombre de relations. Par un cousin, Corbele Corbeau de Vaulserre, de sa belle-mère, ma mère fréquentait les thés de Madame Firino-Martell.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ces thés, jamais elle n’a vu le même service. L’ayant complimentée sur ce raffinement, Madame Firino lui confia qu’ainsi elle profitait un instant des cadeaux de mariage que sa situation lui imposait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dimanche, nous nous rendions souvent chez les du Parc, Monsieur appartenant comme ma mère à une famille de la Manche. Ils habitaient une propriété dénommée Chatenay, ancienne métairie des Valois, à l’orée du parc François I<sup>er</sup>. Son épouse était née Caminade du Chatenet. Sa mère ou sa belle-mère, femme de 70 à 80 ans, recevait à l’époque de la tonte des moutons. Je ne l’aurais pas imaginée faisant de la dentelle. Par ceux-ci, sans doute, elle fit la connaissance des Fornay de Saint-Louvent, autre famille normande qui habitait – à moins que je ne me trompe – un hôtel particulier place Beaulieu, ainsi que de son cousin le docteur Lecomte. C’est ce médecin qui, assistant à l’opération des amygdales pratiquée sur sa fille, alors que son confrère lui dit «J’ai terminé ; voyez», lui demanda de nettoyer la partie opérée, celui-ci, malgré sa réticence, s’exécuta et déclencha une hémorragie foudroyante qui entraîna par étouffement la mort de l’enfant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avions également de bonnes relations familiales avec le docteur Fau et ses enfants, l’un d’eux, plus âgé que moi, fut magistrat à la Cour des comptes. Ils étaient originaires de Périgueux et passaient leurs vacances dans une propriété du Quercy.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Statistiquement, Cognac avait la réputation d’être la ville française réunissant proportionnellement le plus de millionnaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les commerçants adulaient la clientèle, le sou du franc était remis aux domestiques faisant les courses. Les activités culturelles locales étaient snobées. Il n’était pas question pour la bourgeoisie d’assister à une représentation théâtrale. Le théâtre municipal dans une rue sans commerce n’avait rien de fastueux, c’était plutôt une salle de patronage. La bourgeoisie se rendait aux théâtres de Bordeaux ou à Paris.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors de l’enterrement de Madame Firino-Martell, vers 1932, le convoi comprenait au moins trois corbillards tant il y avait de gerbes et de couronnes mortuaires et tant celles-ci étaient grandes. Le maître de cérémonie, épée d’argent au côté, saluant jusqu’à terre avec son bicorne, la foule amassée le long des trottoirs, cela m’impressionna beaucoup.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Au banquet des francs-maçons</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Une des femmes de ménage de ma mère, Madame Delasalle, une femme du Nord qui faisait des extras au banquet des francs-maçons, horrifiait celle-ci par ses descriptions des repas. La loge était située rue de la Madeleine. Sur la table, disait-elle, se trouvait un grand plat d’argent dans lequel le Christ souffrant était incrusté. Ce plat servait de déchetterie pour les os de gibier, de poulet ou pour les coquillages et autres déchets de fruits de mer. Cette femme avait neuf ou dix enfants. Elle avait donc reçu la décoration de la famille nombreuse. Elle était considérée comme un phénomène car elle aurait été, dans l’agglomération, la seule titulaire de cette décoration. S’il en est ainsi, ma mère avec ses huit enfants en fut la seconde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le logement de la banque, composé surtout de pièces de réception et d’une galerie-vestibule très agréable, n’ayant que trois chambres de taille médiocre, ne convenait pas à une famille nombreuse. Mes frères aînés étaient donc pensionnaires au collège des jésuites de Tours. Ma sœur aînée était inscrite au cours Adeline Désir, place Beaulieu. Lorsque nous allions la chercher en fin d’après-midi à la sortie des classes, il y avait un cérémonial avec révérences des filles de huit neuf ans disant «bonjour» en quittant l’antichambre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chez Madame de Maintenon on ne faisait pas mieux. J’ai été dans la classe préparatoire de ce cours dont les locaux se trouvaient au coin de la place et de la rue Lusignan puis, en septembre 1931, j’ai fréquenté l’école des frères Saint-Joseph, rue de la Madeleine, en face de la loge des francs-maçons. Le directeur en était Monsieur Burguères, sa fille Simone était la maîtresse de la onzième et sa femme de la dixième. Il était autoritaire. Il lui est arrivé de casser un parapluie sur le dos d’un élève indiscipliné et l’on dit qu’il fit payer le parapluie aux parents. Cette école avait la particularité de réunir tous les frères qui avaient profité, pour se marier, d’être relevés de leurs vœux de célibat lors de la séparation de l’État et de l’Église.&nbsp; Ces couples vivaient chichement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas à l’école que sont mes meilleurs souvenirs mais au jardin public, dans l’allée autour du lac aux cygnes où je jouais avec Pâquerette Huet, une Eurasienne de mon âge. Ce n’était alors pas commun. Son père d’origine bretonne vivait en Indochine et ne devait pas venir souvent à Cognac. À l’école des Beaux-Arts de Rennes, j’ai connu un Henri Huet, Eurasien également, j’ai imaginé qu’il était son demi-frère. Il est décédé jeune dans un accident d’avion en Extrême-Orient. Dans ce jardin, je me souviens d’un groupe de vieux qui se chauffaient au soleil sur un banc de pierre adossé à la mairie. On me présentait l’un d’eux comme un vétéran de la guerre de 1870.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’autre promenade attrayante était celle du parc François I<sup>er</sup>, ses allées sombres et labyrinthiques, sa courtine le long de la Charente verdoyante avec ses libellules et ses sauterelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le jardin public, les soirs d’été, les crapauds semblaient pulluler. Contrairement à l’une de mes sœurs, je n’ai pas de mauvais souvenirs des moustiques très nombreux. Les plafonds des chambres étaient tachés par leur écrasement à coups de balai.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Le jour de l’assassinat du Président Paul Doumer</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Vendredi 6 mai 1932 : assassinat du Président Paul Doumer. La veille, au retour du jardin, jouant au cirque à califourchon sur la barre d’appui d’une fenêtre, je bascule et dépasse le chéneau pourtant large, je tombe sur la terrasse du premier étage. Appelé, le docteur Fau, avec sa voiture, m’emmène dans le coma à l’hôpital. J’ai un traumatisme crânien, le bras abîmé. J’évite la trépanation, j’ai les yeux au beurre noir, je fais de la photophobie. Ma grand-mère vint me rendre visite avec une de ses amies malouines, Madame Ackermann, elle-même venue à Cognac chez l’une de ses filles, Madame Dupuy, d’Angeac. L’une d’elles, évoquant l’assassinat de Doumer, dit en me regardant : «Un malheur n’arrive jamais seul.» Je me reprochais par ma chute d’être responsable du destin du Président de la République française.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En janvier 1934, mon père ayant été affecté à la succursale de Vannes, nous regagnâmes la Bretagne. C’était pour moi une nouvelle culture à laquelle je devais m’adapter. Plus de maison blanche mais le dur granit ou le sévère moellon, surtout que nous arrivâmes dans cette ville par un temps pluvieux qui accusait la grisaille de la pierre. De Cognac, je ne me souviens que des temps ensoleillés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fini le beurre doux charentais, jaune clair et mat, bien conditionné dans son papier blanc imperméable, et remplacé par la motte de beurre salé du marché, jaune vif et luisant, emballé à la va-comme-je-te-pousse. Ma mère retrouvait les commères de la campagne de sa prime jeunesse. Adieu les commerçants policés et caressants. Les jardins publics étaient petits ou abrupts. Mais il y avait le golfe du Morbihan. Compensation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je suis retourné à Cognac une première fois rapidement fin septembre 2000 venant de Périgueux, le temps de revoir sous le soleil la place François I<sup>er</sup>. L’hôtel d’Orléans dont le statut est devenu différent, la disparition de la quincaillerie que j’ai mentionnée, place d’Armes, une devanture de bois peinte en gris identique depuis soixante-dix ans mais vieillie, la Poste a perdu en son sommet son espèce de cage qui devait servir de télégraphe de Chappe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La minoterie du Pont-Neuf, qui avait brûlé en 1933, n’a pas été reconstruite. Je ne retrouvais plus à droite du porche de l’église Saint-Léger la boutique du bijoutier qui avait été un contemporain des vétérans des guerres du Second Empire, ni en face le petit magasin de porcelaine de Madame Bonjour. La place Beaulieu était devenue un parking. Sur l’un de ses bancs ma grand-mère, fille, petite-fille et arrière-petite-fille d’officiers de l’Empire, m’avait chanté d’une voix chevrotante l’<em>Internationale</em>, dont elle aimait l’air, sinon les paroles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 22 mars 2002, j’ai traversé de part en part le parc François I<sup>er</sup>, la tempête de décembre 1999 y a été dévastatrice. De plus, en 1930, aucune voie automobile, pas de bitume, pas d’installation sportive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je n’ai pas non plus reconnu le château de Chatenay. Changement de propriétaire. Les bosquets qui le cachaient de la route et qui permettaient aux habitants de vivre avec les fermiers dans l’intimité familiale ont disparu. Plus d’animaux, volailles, chiens, moutons. Tout est approprié et certainement beaucoup d’arbres ont été abattus.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/jacques-villegle-au-dela-de-laffiche/">Jacques Villeglé au-delà de l’affiche</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Pour dire une photographie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anaëlle Quiertant]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Oct 2020 10:10:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La collection "Pour dire une photographie" est publiée depuis 2018 aux éditions Les petites allées. Dirigée par Serge Airoldi, la collection lie la littérature et la photo.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Anaëlle Quiertant</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sont des petits livres façonnés de manière artisanale, sur un beau papier vergé, avec une couverture en impression typographique. <em>Pour dire une photographie </em>est une collection dirigée par l’écrivain Serge Airoldi et à laquelle divers auteurs et photographes prennent part. Elle est publiée par <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/nathalie-rodriguez-et-michel-bon-les-petites-allees-menent-aux-grandes/">Les petites allées, une maison d’édition dont l’aventure débute en 2008</a>, quand Michel Bon, typographe, et Nathalie Rodriguez, conservatrice en bibliothèque, décident de reprendre une imprimerie typographique basée depuis le début du <span class="smallcaps">xix</span><sup>e</sup> siècle à Rochefort. En 2012, l’imprimerie devient aussi une maison d’édition. Les petites allées publient de la littérature&nbsp;: des textes d’auteurs dont l’œuvre a basculé dans le domaine public ainsi que de la littérature contemporaine. Ce sont des «livres à poster»&nbsp;: vendus sous sachet cellophane avec une enveloppe assortie qui permet de les envoyer. Quatre collections sont sorties depuis les débuts de la maison d’édition. C’est en 2018 que démarre la plus récente, <em>Pour dire une photographie</em>, une collection en tirages limités et numérotés, qui relie la littérature et la photo.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/10/20200624_151957-768x1024.jpg" alt class="wp-image-33553"><figcaption>Serge Airoldi, <em>La petite fille au lapin</em> sur une photographie de Jean Dieuzaide, format 10,5 x 13 cm, 15 €</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La collection naît d’une image. La photographie d’une petite fille tenant un lapin entre ses mains. Elle fixe l’objectif. Son regard est profond et tranquille. <em>La petite fille au lapin</em> de Jean Dieuzaide appartient à une série de photos faites au Portugal dans les années 1950. Elle fascine Serge Airoldi qui écrit un petit texte à partir de cette photographie. Il propose ce texte aux éditions Les petites allées, chez qui il a publié en 2014 <em>Nous cheminons de la forge aux chevaux des nuits, de la marisma, le livre-cosmos, à la mine éteinte… </em>Cette idée suscite l’enthousiasme et il est décidé par la suite d’en faire une collection. Airoldi en prend la direction et fait appel à différents photographes et écrivains. Ce sont de petits ouvrages au format presque carré et cousus à la main. Sur la première de couverture, une photographie. Une carte volante de ce même cliché est glissée à l’intérieur du livre&nbsp;; on peut la sortir et laisser son regard passer du texte à la photo pendant la lecture. Pour constituer cette collection, Serge Airoldi ne se donne pas une directive bien précise concernant le choix des photographies&nbsp;: «Je ne cherche pas spécialement à mettre en avant des thèmes, je fonctionne simplement au coup de cœur.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il fait appel à des photographes et écrivains dont l’univers et le style varient. Parfois ces artistes se connaissent, parfois non. Parfois leurs univers coïncident, parfois non. Mais il provoque tout de même la rencontre car quelque chose d’original peut en sortir. Les photographies nous montrent le lieu de vie d’un artiste, une nature paisible ou un paysage imprégné de la magie des chamans… Les textes, quant à eux, évoquent l’histoire des hommes ou le temps qui file, la disparition de l’être… De courts textes qui expriment la poésie des images.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/10/couv_valcarlosok-827x1024.jpg" alt class="wp-image-33561"><figcaption>Eduardo Berti, <em>Le vent des vainqueurs</em> sur une photographie de Gabrielle Duplantier, format 10,5 x 13 cm, 15 €</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Des photographies qui frappent l’œil, des mots qui marquent l’esprit, des univers complexes qui ont parfois poussé la renommée de certains artistes au-delà des frontières de leur pays. L’écrivain argentin Eduardo Berti, qui a écrit pour la collection une nouvelle intitulée <em>Le vent des vainqueurs, </em>a publié de nombreux recueils de nouvelles et romans traduits en huit langues, dont le français. Son texte s’inspire d’un cliché de Gabrielle Duplantier, photographe française dont l’univers intimiste et poétique, explorant les mouvements suspendus, les paysages tremblés et les instants crépusculaires. Pour <em>Le vent des vainqueurs</em>, elle dévoile la photographie en noir et blanc d’un épouvantail avec, à la place de la tête, une rangée de têtes de poupées. Une image étrange, un paysage à l’atmosphère imprégnée de la magie chamanique.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autres photos nous présentent un cadre plus simple et intimiste. Le texte de Carole Naggar, <em>Giacometti à la fenêtre</em>, est inspiré d’un portrait fait en 1960 du sculpteur dans son atelier par l’artiste suédois Christer Strömholm. Dans son texte <em>Almensilla</em>, François Garcia livre l’analyse et l’histoire d’un autre portrait, celui du torero photographié par Michel Dieuzaide. Avec <em>Le cheval n’a plus lieu</em>, Vincent Pélissier s’inspire d’une photographie saisissante de Dolorès Marat, montrant la silhouette floue d’un cheval à l’aspect fantomatique et évoque la fuite d’un être qui se dérobe à la réalité. Un texte de Serge Airoldi nous emmène sur l’île italienne de Ventotene, avec une photographie de Bernard Plossu tirée selon le procédé Fresson. Un texte qui rend compte de l’immensité du monde dans lequel l’homme est englouti et dont la photo traduit la magie par la puissance des couleurs. Enfin, <em>Les tremblants</em> de Denis Montebello évoque des souvenirs d’enfance et le temps qui file. Une photo des herbes folles faite par Marc Deneyer illustre la délicatesse des instants fugaces, des bribes de souvenirs qui surgissent du passé.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/10/20200624_152252-1024x768.jpg" alt class="wp-image-33556"><figcaption>Carole Naggar, <em>Giacometti à la fenêtre</em> sur une photographie de Christer Strömholm, format 10,5 x 13 cm, 15 €</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La collection <em>Pour dire une photographie</em> nous emmène dans des ailleurs lointains, nous fait vivre les émotions des êtres qui se perdent dans l’intensité du monde. Des photographies magnifiques et des textes subtils font de ces petits livres à poster une belle littérature qui nous transporte dans des univers singuliers et poétiques. La collection s’enrichit d’un livre ou deux, parfois plus, chaque année. De quoi continuer à nous faire voyager.&nbsp;</p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les petites allées, 19 rue Audry de Puyravault, 17300 Rochefort-sur-Mer<br>05 46 99 29 43<br><a href="mailto:lespetitesallees@imprim17.fr"><u>lespetitesallees@imprim17.fr</u></a><br><a href="http://www.lespetitesallees.fr/"><u>www.lespetitesallees.fr</u></a>&nbsp;<br>Diffusion&nbsp;: auto-diffusion<br>Collection <em>Pour dire une photographie</em> dirigée par Serge Airoldi, format 10,5 x 13 cm, 15 €<br>Livres imprimés et façonnés par Les petites allées.&nbsp;</p><p><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/nathalie-rodriguez-et-michel-bon-les-petites-allees-menent-aux-grandes/">“Nathalie Rodriguez et Michel Bon – Les petites allées mènent aux grandes”</a> par Laurine Rousselet, novembre 2018.</p></blockquote>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph"></p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/pour-dire-une-photographie/">Pour dire une photographie</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Marc Deneyer – Une histoire de peinture</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jun 2020 12:56:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Images]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Conversation avec le photographe Marc Deneyer qui évoque son enfance et notamment l'importance de son oncle peintre de Bruxelles, Louis Van Lint (1909-1986).</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien Jean-Luc Terradillos Photos Marc Deneyer</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors de <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?s=deneyer">nos conversations</a>, une figure singulière se dessine de temps en temps quand il arrive à Marc Deneyer d’évoquer son enfance&nbsp;: l’oncle peintre de Bruxelles, <a href="https://louisvanlint.org/index.php/fr/">Louis Van Lint</a> (1909–1986). Chaque visite dans son atelier était un événement exceptionnel, comme la découverte d’un nouveau continent ou l’éveil d’un monde sensible enfoui. Fasciné par la liberté et l’inventivité de cet artiste, Marc Deneyer n’a pas pour autant choisi la peinture… plutôt la musique dans un premier temps, en particulier avec <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Julos_Beaucarne">Julos Beaucarne</a>. Mais devant ses photographies, on ne peut s’empêcher de penser que les graines semées par l’oncle ont donné, après une longue dormance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Un oncle a beaucoup compté pour vous, le peintre Louis Van Lint.</strong> <strong>Qui était-il&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Deneyer. –</strong> Avec mon oncle maternel, nous partagions un même tempérament. C’était quelqu’un de plutôt souriant, joyeux, content d’être au monde mais qui se gardait bien pourtant de faire état d’une véritable inquiétude existentielle. On ne se voyait pas souvent parce que mon père, très sévère, avait la culture du chacun chez soi. On ne recevait presque personne à la maison. Cet oncle – l’exact opposé de mon père qui travaillait dans la banque – venait peut-être une fois par an et les visites que nous lui faisons étaient rares elles aussi mais avaient toujours une saveur mystérieuse. À la fin des années cinquante l’oncle Louis s’était fait construire une maison très moderne, baignée de lumière, avec de grandes baies vitrées. Je me rappellerai toujours son atelier qui avait l’odeur caractéristique de l’huile de lin et dans lequel régnait une lumière du nord toujours égale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était l’époque où un certain nombre d’artistes, <a href="https://www.atelier-calder.com/alexander-calder">Calder</a> en tête, réalisaient des pièces mobiles présentées en suspension vivement éclairées projetant des ombres très expressives voire inquiétantes sur les murs alentour. Toute sa vie, mon oncle a collecté bois flottés, racines, coquillages et nombre d’objets qui lui permettaient de donner libre cours à son imagination en tordant ceci, en polissant cela ou plus simplement dont les formes l’inspiraient… C’est ainsi qu’il avait constitué une collection considérable de vieux outils chinés au marché aux puces généralement, choisis pour leur forme inhabituelle, outils qu’il dérouillait soigneusement puis vernissait, polissait avant de les accrocher aux grands murs blancs de la maison comme autant de lettres d’un alphabet énigmatique connu de lui seul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne l’ai jamais vu peindre mais dans son atelier il m’expliquait comment il avait perçu telle type de lumière qui lui avait suggéré la couleur de départ du tableau en cours ou l’envie de peindre dans telle gamme de couleur et que cette couleur répondait à telle autre… Une alchimie difficile à comprendre pour moi mais j’essayais pourtant d’en retenir tout ce qu’il m’était possible d’en retenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vers la fin de sa vie, le moment où je l’ai fréquenté le plus, sa peinture s’était apaisée dans des aplats aux tons pastels plus sereins et plus lumineux que dans les débuts, des formes moins nerveuses, réconciliées avec la nature. Une révolte moins directement lisible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rétrospectivement, ce qui me semble important c’est la mémoire de la longue élaboration d’une image dans un format, un cadre déterminé. Mon oncle créait une image sans doute illisible pour moi mais que je percevais à ma façon. Cela nourrissait mon imaginaire et je comprenais la manière dont, à partir d’une atmosphère lumineuse, de la forme d’un nuage, d’un paysage de vacances, d’un visage, d’une silhouette végétale, il parvenait à recréer quelque chose d’impalpable, de poétique qui n’était plus de l’ordre du concret ou du quotidien que je vivais jusque-là. J’étais fasciné. D’autant que chez moi je me sentais peu libre. Mon oncle c’était la liberté par les formes et les couleurs que lui suggérait son environnement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sa peinture était-elle abstraite&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au début de sa carrière, il y avait quelque chose de James Ensor et de Bonnard où l’on voit des scènes d’intérieur peuplées de personnages qui paraissent un peu maladroits, peints en couleurs assez vives. Il a ensuite évolué vers des formes plus abstraites et géométriques. Avec <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaston_Bertrand">Gaston Bertrand</a>, il était un des chefs de file du mouvement de l’abstraction lyrique. C’était un peintre reconnu, présent dans les collections privées, dans les grandes banques ou dans les lieux qui comptaient artistiquement. Je suis allé à quelques-uns de ses vernissages. On y retrouvait toutes les personnalités de Bruxelles et d’ailleurs. Pour moi, un monde inconnu et fascinant. Hergé était collectionneur de Van Lint et le dessinateur l’avait d’ailleurs consulté à plusieurs reprises pour l’élaboration de son album inachevé se déroulant dans le milieu de l’art contemporain.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/06/champagne-saint-hilaire-2002-1024x823.jpg" alt class="wp-image-33096"><figcaption>Authentique souvenir de peintre hollandais du XVII<sup>e</sup> siècle, à Champagné-Saint-Hilaire dans la Vienne, 2002.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Votre intérêt pour la lumière vient-il de ces visites dans l’atelier ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans doute. Mais je ne suis pas sûr finalement d’avoir compris quoi que ce soit à l’époque. Effectivement, dans les derniers temps, il y avait de grandes peintures très lumineuses, aux formes épurées, dans les tons gris, verts, bleus, avec des contours bruns, rouille, orangés… Il y avait cette découverte de la lumière. «Quelque chose» se jouait dans la peinture même si je ne savais ni quoi, ni comment, ni où.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce n’est pas ce qui vous a orienté tout de suite vers la photographie…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand j’étais adolescent j’ai eu un premier élan vers la photographie. Avec mon petit frère, nous avions transformé un vieux projecteur cinéma 35 mm en agrandisseur photo. De nos voyages en autostop en Italie, en Grèce – à l’époque, on pouvait le faire – on ramenait quantité de films en noir et blanc qu’on développait et qu’on tirait dans le grenier. Déjà il y avait cet attrait pour le mystère de l’image qui émerge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ensuite j’ai fait deux années d’études en chimie puis je suis entré à Saint-Luc, à l’époque école d’art principale de Bruxelles. Là, j’ai beaucoup dessiné et peint. J’aimais <a href="https://saulsteinbergfoundation.org/">Saul Steinberg</a>, <a href="https://fondationfolon.be/artiste-parent/artiste/">Folon</a>… mais j’adorais <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Braque">Braque</a> et surtout <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_Paul-Klee">Paul Klee</a> (1879–1940). Avec trois copains de l’école, nous étions allés à Berne voir une exposition de Paul Klee et nous avions sollicité un rendez-vous auprès de son fils, Felix, en lui demandant s’il était possible de voir les dessins conservés dans les réserves du musée. Ainsi, nous avons pu manipuler les dessins de Paul Klee. Plusieurs centaines ! L’apothéose de la félicité !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Durant cette période, je faisais aussi de la musique. Par exemple, j’assurais des intermèdes musicaux au théâtre. En sortant de l’école d’art, un de mes profs m’a demandé si je voulais faire une pochette de disque. C’est ainsi que j’ai rencontré Julos Beaucarne, en 1969. J’ai dessiné les pochettes de ses premiers disques. Quand il a su que je jouais de la guitare classique il m’a demandé de jouer une vingtaine de minutes avant son récital. Puis quand il a fait appel à un arrangeur, j’ai rejoint sa formation. Nous étions trois musiciens sauf quand on partait au Québec où j’étais le plus souvent seul avec lui. Les souvenirs ne manquent pas. Depuis ses débuts au Québec où à Drummondville nous nous sommes retrouvés dans une salle avec un seul spectateur – ce qui ne nous a pas empêché de jouer la totalité du spectacle (toutefois sans bis&nbsp;!)… jusqu’à Bordeaux où, devant une salle comble, une grosse panne d’électricité nous a obligé de terminer le spectacle à la bougie&nbsp;! Et puis les multiples rencontres avec une partie du monde artistique de l’époque&nbsp;: Julien Clerc, Jacques Bertin, Mouloudji, Maxime le Forestier, Raoul Duguay, Pauline Julien, Félix Leclerc, Michel Jonasz, Hergé, Raymond Devos, Jacques Brel, Gilles Vigneault, Bernard Lavilliers, Claude Nougaro…</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai aussi été musicien (guitare électrique) dans un cirque. Nous avons fait une tournée dans les pays de l’Est. J’ai adoré cette vie. On voyageait, on était libre et, en plus, on pratiquait une activité qui nous plaisait&nbsp;!</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/06/varengeville-2012-1020x1024.jpg" alt class="wp-image-33097"><figcaption>Falaise à Varengeville, en Normandie, 2012.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>À quel moment la photographie s’est-elle à nouveau immiscée ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’avais 35 ans. Une amie photographe m’a montré ce qu’elle faisait. Cela m’avait attiré puis finalement, je m’entends encore lui dire : Ce n’est pas pour moi ! Impossible d’avoir une qualité expressive avec un support aussi neutre&nbsp;et aussi dépendant de la technique !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais j’ai commencé à photographier, à suivre des stages de <em><a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/marc-deneyer-retour-aventure-photographique/">zone system avec Jacques Vilet</a></em>, avec Serge Gal, puis j’ai suivi des cours à Bruxelles et, en 1982, j’ai vraiment commencé la photographie. Ma première photographie a été faite en Belgique, dans la forêt de Soignes, grâce à laquelle j’ai obtenu le prix Ilford. Un autre concours m’a permis de gagner un Hasselblad, outil extraordinaire que j’utilise encore. Mais j’avais déjà acheté en occasion une chambre technique Sinar F1 au format 10 x 12,5cm. Pas très pratique mais son encombrement était compensé par la multitude de réglages possibles&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il y a une veine pictorialiste dans nombre de vos photographies. Quels sont vos artistes de référence&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai appris la photographie avec le <em>zone system</em> d’Ansel Adams, c’était la <em>straight photography</em>, de la photographie directe qui cherchait à reproduire le paysage que l’on a sous les yeux avec le maximum de détails et de netteté, en essayant de contrôler au mieux la gamme des gris, du plus clair au plus foncé. Techniquement j’y trouvais mon compte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais les photographes qui m’ont le plus marqué sont <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Steichen">Edward Steichen</a>, <a href="https://www.moma.org/artists/5664#works">Alfred Stieglitz</a> et surtout <a href="https://www.alienor.org/publications/curtis/">Edward S. Curtis</a> qualifié parfois de pictorialiste – on le lui a assez reproché – parce que ses photographies étaient proches de certains rendus picturaux. Ce mouvement a été fondé par Stieglitz aux alentours de 1900 et diffusé grâce à la revue <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Camera_Work">Camera Work</a></em> qui faisait connaître les photographes pictorialistes aux États-Unis comme en Europe. Puis vers 1910–1912, Stieglitz s’intéresse au côté technique de la photographie et devient le promoteur d’une <em>nouvelle objectivité</em> dont <a href="https://www.babelio.com/livres/Boujut-Le-jeune-homme-en-colere/74684">Paul Strand</a> est le porte-parole. On abandonne toute référence à la peinture. La photographie est utilisée pour ce qu’elle est&nbsp;: un moyen de documenter la réalité, techniquement et surtout de montrer les sujets du quotidien contrairement aux pictorialistes qui tâchaient non sans un certain succès d’adopter les codes issus de la peinture et de la sculpture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un peu plus tard <a href="http://www.jeudepaume.org/?page=article&amp;idArt=2474">Josef Sudek</a> viendra rejoindre le palmarès de mes photographes favoris en compagnie de <a href="https://www.henricartierbresson.org/expositions/harry-callahan/">Harry Callahan</a> et bien d’autres sans doute sans parler des grands paysagistes américains <a href="https://www.carletonwatkins.org/">Carleton E. Watkins</a> et <a href="https://americanart.si.edu/artist/timothy-h-osullivan-3600">Timothy O’Sullivan</a>.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/06/au-jardin-1990-752x1024.jpg" alt class="wp-image-33098"><figcaption>Au jardin, 1990. Faute de pouvoir photographier les papillons en vol !</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous situez-vous entre les deux&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, l’un et l’autre, alternativement… Cela me pose problème parfois car je sais à l’avance que tel appareil photo induira une tendance plutôt pictorialiste, des contours moins nets, plus flous, alors que si je me sers de la chambre technique ou de l’appareil numérique, la prise de vue se fera sur pied avec évidemment une recherche de netteté, de précision.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>En découvrant chez un collectionneur un de vos paysages en couleur, j’avais été frappé parce que, vu de loin, je croyais qu’il s’agissait d’un tableau ancien. L’usage de la couleur et la possibilité de maîtriser le tirage grâce à la piezographie, qu’est-ce que cela a changé&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai mis beaucoup de temps à me rendre compte que la couleur pouvait m’intéresser. Mes premières photos en couleur, en Toscane, au Groenland, sont vraiment des essais. Depuis quelques années seulement, je commence à comprendre ce que je pourrais faire avec la couleur. J’utilise un appareil plus léger, à main levée, avec lequel je peux obtenir tel type de flou. Le numérique est peu coûteux quand il s’agit d’expérimenter mais je ne mitraille pas. Malgré tout, cela exige un gros travail de sélection sur l’écran de l’ordinateur. Je conserve peut-être une photo sur trois cents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En noir et blanc, la forme prend davantage d’importance alors qu’en couleur on peut jouer sur la diversité et la proximité des vibrations colorées, leur profondeur, les flous… Le chantier est ouvert, je ne suis pas au bout de cette aventure…</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/06/belle-fille-de-salins-2014-682x1024.jpg" alt class="wp-image-33099"><figcaption>Au jardin, 2014. Pommier Belle Fille de Salins.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La plupart de ces photographies sont faites au jardin. On a parfois l’impression d’entrer dans les fleurs. Pourquoi conserver le format 24 x 36 de l’appareil photo&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est vrai pour les iris par exemple. Les cellules de la fleur sont suffisamment grosses donc visibles dès qu’on s’approche très près, cela révèle de nouveaux paysages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant au format plus allongé du 24 x 36 j’ai décidé une fois pour toutes que je garderais l’ensemble du format du capteur de l’appareil. Cela me convient bien, surtout verticalement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi autant d’admiration pour Edward S. Curtis&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Edward S. Curtis a photographié les Indiens d’Amérique du Nord pendant plus de vingt ans. Ses images ont été publiées dans vingt grands portfolios imprimés en héliogravure entre 1907 et 1930.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’aspect pictorialiste de bon nombre de ses photographies – induite en partie par la technique de l’héliogravure – m’a particulièrement plu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son abord des populations indiennes est manifestement émouvant à une époque où depuis bien longtemps celles-ci étaient cantonnées déjà dans leurs réserves et livrées aux maladies et à l’alcool. Curtis malgré tout a voulu graver dans nos mémoires des images de dignité, de fierté et de liberté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En tant que photographe <a href="http://archives-actualite.nouvelle-aquitaine.science/files/show/250">Curtis réunit tout ce que j’aime</a> : le voyage, la liberté, l’attention au plus faible, la rencontre bienveillante avec l’inconnu… et la photographie comme outil&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les images d’Edward Curtis me feront toujours rêver à une autre façon d’être humain.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/06/musee-guimet-2014-682x1024.jpg" alt class="wp-image-33100"><figcaption>Dessin à la plume ou granit, musée Guimet, 2014.</figcaption></figure>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Pour en savoir plus :&nbsp;<a href="https://www.marcdeneyer.com/">https://www.marcdeneyer.com/</a><br><br>Aux éditions&nbsp;<a href="http://www.letempsquilfait.com/index.html">le temps qu’il fait</a>, deux livres de Marc Deneyer&nbsp;:&nbsp;<em>Illulisat</em>, textes et photographies, 2001,&nbsp;<em>Kujoyama</em>, textes et photographies, 2005.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/marc-deneyer-une-histoire-de-peinture/">Marc Deneyer – Une histoire de peinture</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Marc Deneyer en eaux vives</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 May 2020 09:27:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Images]]></category>
		<category><![CDATA[Alexander Lauterwasser]]></category>
		<category><![CDATA[eau]]></category>
		<category><![CDATA[Ernst Chladni]]></category>
		<category><![CDATA[Groenland]]></category>
		<category><![CDATA[Illulisat]]></category>
		<category><![CDATA[Kujoyama]]></category>
		<category><![CDATA[Marc Deneyer]]></category>
		<category><![CDATA[paysages]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Sibérie]]></category>
		<category><![CDATA[Theodore Schwenk]]></category>
		<category><![CDATA[Viktor Schauberger]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>D'un mince filet d'eau sourdant d'un talus en Afrique aux bouillonnements des torrents pyrénéens, l'eau n'a cessé de fasciner Marc Deneyer. Suite de son parcours photographique.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/marc-deneyer-en-eaux-vives/">Marc Deneyer en eaux vives</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">Entretien Jean-Luc Terradillos</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?s=deneyer">quatrième entretien</a>, Marc Deneyer explique comment il a réussi à capter les mouvements de l’eau et les phénomènes imperceptibles qu’ils induisent. Une curiosité, nourrie par des études de chimie suivies après le collège, qui ne l’a jamais quitté. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. –
Une de vos premières photos m’avait frappé : un filet d’eau sous une tôle
retenue par un parpaing. Un filet très mince, fascinant de modestie. Mais c’est
certainement une source de vie. </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Deneyer. –</strong>&nbsp; Dans ma jeunesse j’ai fait deux séjours d’un
mois en Afrique. Principalement au Burundi. Souvent en descendant des collines
je voyais les maraîchers qui faisaient étalage de leurs légumes le long de la
route, contre le talus d’où sourdaient de nombreuses sources. Les légumes
toujours baignés dans la fraîcheur et l’humidité arboraient toujours des
couleurs vives. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand j’ai fait cette photo du côté de
Lussac-les-Châteaux, cette fraîcheur d’Afrique m’est revenue. Cette photo n’a
rien d’extraordinaire si ce n’est ce souvenir. C’était mes débuts dans la
photographie et je cherchais encore ce que j’allais bien pouvoir faire avec
elle. En dehors même de la photographie la simplicité et la modestie m’ont
toujours paru indispensables. Aujourd’hui, je serais sans doute moins attiré
par la tôle et le parpaing, je chercherais certainement un autre sujet. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans les séries
plus récentes des torrents pyrénéens, en noir et blanc, on ne voit que du
mouvement mais épuré à l’extrême. Est-ce la tentation de l’abstraction&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec un peu de recul, je peux dire que
c’est l’expérimentation qui m’a tenté d’abord. Que peut-on obtenir comme image
en photographiant cette eau qui dévale des montagnes avec une telle énergie ?
Je peux rappeler ici l’attrait que j’ai eu pour la physique et la chimie
jusqu’à faire deux années d’études de chimie à ma sortie du collège. Une
curiosité qui ne m’a jamais quitté&nbsp;! Quand j’ai photographié les torrents,
j’ai vu tous ces éclats de lumière à la surface de l’eau. De petits signes
comme de minuscules éclairs qui se détachaient sur un fond presque noir ou brun
très sombre. Un ami m’a suggéré de tirer les photos en négatif. Dès lors les
éclats de lumière devenaient noirs comme une écriture assez nerveuse ou un
graphisme d’origine inconnue et s’inscrivait sur un fond très clair.
Effectivement, c’est très déroutant. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/pyrenees-2014-a-1024x1024.jpg" alt class="wp-image-32702"><figcaption>Torrent des Pyrénées, 2014.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour obtenir
ces lignes qui dansent à la surface de l’eau, faut-il une pose lente&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Les torrents sont tellement rapides
que parfois j’ai dû utiliser le 8&nbsp;000<sup>e</sup> de seconde pour figer un
peu le mouvement et lui donner cette apparence d’écriture ou de dessin. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il n’y a plus
d’échelle dans ces photos. C’est abstrait, très graphique, mais on peut y voir
aussi comme un paysage de montagne enneigée. </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, un peu comme les paysages des estampes
japonaises ou chinoises. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le contraste entre le «fond» et
«l’écriture» qui est noire, produit un effet très perturbant. Effectivement le
graphisme semble flotter sur «quelque chose» parce que le fond de l’eau est
flou (à cause d’une profondeur de champ très réduite) et seulement les signes,
l’écriture sont nets semblant se détacher résolument du fond. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/pyrenees-2014-b-1024x1024.jpg" alt class="wp-image-32703"><figcaption>Torrent des Pyrénées, 2014.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Est-ce à la
fois une écriture de lumière et une perte d’échelle&nbsp;? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. Et pour <em>troubler</em> un peu plus le spectateur, l’angle de champ sur certaines
photographies est assez large, sur d’autres il est très réduit. Cela n’aide pas
à reconstituer l’espace environnant et effectivement l’échelle. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ce travail sur
les torrents est-il strictement en noir et blanc&nbsp;? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Je fais aussi des essais de
photographie couleur mais pour l’instant je ne suis pas convaincu par les
résultats. Il y a des bleu outremer trop vifs, des orangers, des jaunes
improbables… il ne faut absolument pas tomber dans l’effet. Il faut rester
discret, plausible, cohérent c’est-à-dire dans une gamme de couleur qu’on
devrait pouvoir qualifier de naturelle même si le résultat est toujours aussi
déroutant comme dans la version en noir et blanc. La couleur du fond de l’eau
joue beaucoup. Pour l’instant, je suis au stade de la recherche mais je ne
désespère pas de faire quelque découverte heureuse. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous préférez
photographier les paysages tôt le matin. Parce qu’il y a de la rosée&nbsp;? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’énergie du matin n’est pas celle du soir.
Si je photographie un lever de soleil et sans information particulière de ma
part, la plupart des gens verront dans cette photographie plutôt un coucher de
soleil qu’un lever. Le coucher de soleil profite d’une image valorisée
entr’autres par la carte postale. Est-ce parce qu’il est plus facile de voir un
coucher de soleil que son lever pour lequel dès le printemps il faut se lever
de bonne heure ? Je ne sais pas. Le lever du soleil offre pourtant des
spectacles aussi extraordinaires que son coucher mais on sent que la lumière va
croissante et l’énergie répandue dans la nature à ce moment est bien plus
abondante qu’au coucher de soleil où tout se calme, s’apaise, s’évanouit,
disparaît, gagné par l’obscurité. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour moi c’est totalement différent, je le
sens et chacun peut en avoir l’intuition ou en faire l’expérience, mais il
m’est difficile de décrire cette différence en quelques mots ! Il y a quelque
chose de vrai dans cette maxime de la sagesse populaire&nbsp;: «L’avenir
appartient à ceux qui se lèvent tôt!» Le matin tout est plus neuf, tout est en
devenir. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/ilulissat-groenland-1994-1020x1024.jpg" alt class="wp-image-32704"><figcaption>Ilullisat, Groenland, 1994.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Est-ce dû à la
présence de l’eau&nbsp;? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne pense pas. Il faut pourtant bien
reconnaître que c’est l’humidité de l’air et les nuages sous l’effet de la
lumière du soleil qui induisent les couleurs extraordinaires visibles dès
l’aube. Mais d’autres phénomènes entrent en jeu, plus imperceptibles, plus
subtils dont la description sort un peu du cadre de ces courtes réponses. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Impossible de parler de l’eau sans évoquer
plusieurs auteurs qui ont perçu intuitivement la nature de l’eau et des
vibrations qui la mettent en mouvement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_Chladni">Ernst Chladni</a>, physicien allemand, qui étudie les figures obtenues sur une
plaque métallique saupoudrée de sable fin et mise en vibration par un archet.
Il met en évidence les formes géométriques parfaites, symétriques, répondant
aux diverses fréquences acoustiques obtenues. C’est un travail fascinant et les
figures obtenues nous touchent profondément comme si cela éveillait en nous
quelque chose de vital. En liaison directe avec la vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.payot.ch/Detail/images_sonores_deau-alexander_lauterwasser-9782853272513">Alexander
Lauterwasser</a>, artiste allemand, reprend les recherches de Chladni mais en
milieu liquide utilisant un générateur de fréquences bien plus précis que
l’archet frotté sur les plaques métalliques de Chladni. Le résultat fascine
également par les ressemblances troublantes des configurations obtenues avec
des formes naturelles, végétales ou animales. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Theodor_Schwenk">Theodore Schwenk</a>,
hydrodynamicien, étudie dans <a href="https://www.editions-triades.com/livres/nature-et-sciences/le-chaos-sensible/"><em>Le chaos
sensibl</em>e</a> comment l’eau porte la vie et nous est indispensable.
Comment l’eau n’est pas une matière première inerte mais qu’elle possède son
déterminisme interne. À la fois soumise et indépendante&nbsp;! Il met en
évidence toutes les formes naturelles extraordinaires issues du parcours de
l’eau et des fluides en général. Là encore il est facile de voir les liens
entre les formes obtenues en suspension dans l’eau et le vivant. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Viktor_Schauberger">Viktor Schauberger</a>, garde
forestier, inventeur, philosophe autrichien a travaillé sur les vortex et la
dynamisation de l’eau et des fluides ainsi que sur la «technologie
d’implosion». Je ne m’aventurai pas ici dans une explication dont les tenants
et aboutissants m’échapperaient totalement. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a bien d’autres acteurs anciens ou
contemporains qui ont consacré leurs recherches à l’eau et ses propriétés très
particulières. Sa mémoire par exemple, sa grande sensibilité à son
environnement, etc. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Vu la richesse des formes et des pistes
d’exploration possibles on n’en finira pas d’étudier l’eau. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ma part je n’ai pu approcher l’eau –
et de manière très superficielle encore – qu’à travers quelques-uns de ses
comportements même si à ce stade déjà elle fait preuve d’une infinie richesse
de formes, d’inventions et de surprises. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/siberie-vue-d-avion-2000-1024x840.jpg" alt class="wp-image-32705"><figcaption>La Sibérie vue d’avion, 2000.</figcaption></figure>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Pour en savoir plus : <a href="https://www.marcdeneyer.com/">https://www.marcdeneyer.com/</a><br><br>Aux éditions <a href="http://www.letempsquilfait.com/index.html">le temps qu’il fait</a>, deux livres de Marc Deneyer&nbsp;: <em>Illulisat</em>, textes et photographies, 2001, <em>Kujoyama</em>, textes et photographies, 2005.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/marc-deneyer-en-eaux-vives/">Marc Deneyer en eaux vives</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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			</item>
		<item>
		<title>Marc Deneyer parmi les hêtres</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/marc-deneyer-parmi-les-hetres/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=marc-deneyer-parmi-les-hetres</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/marc-deneyer-parmi-les-hetres/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2020 10:12:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Images]]></category>
		<category><![CDATA[automne]]></category>
		<category><![CDATA[Belfort]]></category>
		<category><![CDATA[Celles-sur-Belles]]></category>
		<category><![CDATA[forêt de Moulière]]></category>
		<category><![CDATA[forêt de Soignes]]></category>
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		<category><![CDATA[Kujoyama]]></category>
		<category><![CDATA[Marc Deneyer]]></category>
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		<category><![CDATA[photogramme]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La présence «bienveillante» des arbres jalonne l'œuvre photographique de Marc Deneyer dès son commencement en 1982. Il nous raconte comment il s'est fait de nouveaux «amis».</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/marc-deneyer-parmi-les-hetres/">Marc Deneyer parmi les hêtres</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entretien Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«J’ai l’impression que les arbres sont mes amis», affirme
Marc Deneyer. Des «amis» qu’il photographie depuis 1982, quand il commence une
nouvelle vie en arpentant le paysage avec une <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/marc-deneyer-retour-aventure-photographique/">chambre photographique</a> sur son trépied. Dans cet
entretien qui fait suite à ses propos sur <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/marc-deneyer-le-ciel-est-un-paysage/">le ciel et les nuages</a>, il nous raconte comment les
arbres ont jalonné son parcours, de la forêt de Soignes en Belgique jusqu’à la
culture du bonsaï au Japon et aux herbes de son jardin. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Deux grands
arbres dans une forêt, comme deux présences parmi d’autres mais un peu à
l’écart&nbsp;: c’est l’une de vos premières photographies. Avez-vous commencé
en photographiant des arbres&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Marc Deneyer. –</strong> C’est l’une des toutes
premières photographies que j’ai faites, en 1982, dans la forêt de Soignes en
Belgique. J’ai commencé dans cette forêt tout près de Bruxelles. Ce sont des
hêtres, une essence qui produit des fûts longilignes que j’aime
particulièrement. Leurs racines superficielles témoignent bien de la vitalité
de l’arbre. Leur feuillage abondant donne un humus très riche et sous le
couvert pousse une végétation de petite taille mais très diversifiée, anémones,
jacinthes, pervenches… </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me souviens très bien de cette photographie. Il y avait
une légère brume qui donnait beaucoup de profondeur à la scène et ces deux
arbres se détachaient parfaitement du fond. Le résultat m’a plu. Ce n’était
plus un simple objet naturel comme j’avais pu en photographier auparavant mais
une réelle présence, une véritable image qui avait une vie intrinsèque en
dehors de moi. Cela m’a beaucoup interrogé et encouragé à cette époque. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Présence mystérieuse dans cette
photo, comme s’il venait de se passer quelque chose. Ces arbres forment un
couple au milieu d’un groupe. </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne sais comment expliquer cela. J’ai l’impression que les
arbres sont des amis. Quand je vais en forêt, je me sens chez moi. Je ressens
cette proximité comme des présences bienveillantes. Parfois il y a des
atmosphères plus inquiétantes mais cela tient plutôt à une éventuelle présence
humaine ou à mes propres fantasmes. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les arbres ont presque toujours été présents dans mon
parcours, aussi bien en Écosse, au Japon, en Toscane, même en Égypte… Ils m’ont
parfois tiré d’affaire comme au cours de la mission dans le Territoire de
Belfort où ils constituaient le seul élément qui permettait de structurer un
paysage dans un décor désespérément plat. Les arbres sont patients, expressifs,
résistants et nous tirent vers le haut. Une élévation qui peut nous dégager
d’un quotidien parfois éprouvant. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="992" height="333" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/saint-julien-l-ars-1996.jpg" alt class="wp-image-32693" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/saint-julien-l-ars-1996.jpg 992w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/saint-julien-l-ars-1996-300x101.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/saint-julien-l-ars-1996-768x258.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/saint-julien-l-ars-1996-990x333.jpg 990w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/saint-julien-l-ars-1996-650x218.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/saint-julien-l-ars-1996-150x50.jpg 150w" sizes="(max-width: 992px) 100vw, 992px"><figcaption>Châtaigniers, Saint-Julien-l’Ars, Vienne, 1996.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>N’est-ce pas un trait d’union
entre la terre et le ciel&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, l’arbre comme nous se tient
debout entre terre et ciel. Un équilibre qu’il nous est parfois difficile à
assurer ! </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Photographier un arbre, n’est-ce
pas photographier le temps&nbsp;? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Certainement. Il suffit de voir la section d’un arbre pour y
voir et compter les anneaux qui matérialisent ses années de vie&nbsp;: 50, 80,
200, 300 ans… </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je photographie certains arbres comme de vénérables
vieillards mais je fréquente aussi la société des arbres en pleine jeunesse. Au
risque de céder à l’anthropomorphisme, disons qu’ils nous incitent à la
patience. Ils sont là, bien plantés, immobiles. Leur seul mouvement est dû au
vent. Quelques dizaines de centimètres. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="567" height="711" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/talle-deux-sevres-1986.jpg" alt class="wp-image-32694" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/talle-deux-sevres-1986.jpg 567w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/talle-deux-sevres-1986-239x300.jpg 239w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/talle-deux-sevres-1986-150x188.jpg 150w" sizes="(max-width: 567px) 100vw, 567px"><figcaption>La Talle à teurtous, châtaignier, près de Celles-sur-Belle, Deux-Sèvres, 1986.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ils ont chacun leur caractère, leur personnalité. Le hêtre
est majestueux. Le tremble et le peuplier sont plus agités, plus fébriles, ils
vivent moins vieux. Le chêne, enraciné plus profondément, semble plus grave que
le hêtre. Le châtaignier évoque un vieillard, il peut vivre mille ans comme le
tilleul à grandes feuilles. Cinq cents ans de moins encore que l’if, l’arbre
des cimetières ! Le charme est plus éphémère. Le tronc présente des pans, comme
taillé à la hache, et son feuillage vert tendre est effectivement charmant mais
il vit moins de cent ans. J’aime aussi les arbres de montagne – le pin à
crochets par exemple – souvent éprouvés par les conditions de leur existence
qui présentent des formes dissymétriques, tordues mais très expressives comme
si ces formes retraçaient jusque dans ses moindres détails le cours tumultueux
de leur vie. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le séjour au Japon, à la Villa
Kujoyama, a‑t-il modifié votre regard sur les arbres&nbsp;? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Japonais nettoient l’écorce des arbres avec des brosses
métalliques, ils enlèvent les lichens et les mousses pour éviter que des
parasites viennent s’y loger. Les branches sont taillées sévèrement dans le but
de répondre aux canons esthétiques d’une nature «perfectionnée» par l’homme. La
nature dans ce sens doit être «au service» même si la beauté peut être aussi
bien le résultat du hasard que celui de l’action humaine. Le comble de
l’interventionnisme à but esthétique se retrouve dans la culture du <em>bonsaï.</em> Il y a de magnifiques réussites
esthétiques et on connaît par ailleurs les merveilleuses qualités des estampes
japonaises inspirées de cette nature mais je suis réservé sur les méthodes
induites par cette volonté farouche de vouloir dominer la nature. J’aime qu’on
laisse pousser les arbres librement et, comme les animaux, je les préfère
sauvages. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les Japonais, les arbres en fleurs – le cerisier en
particulier – sont un symbole de pureté. Ils vont les contempler et s’en
imprégner. En pique-niquant par exemple sous les cerisiers en fleurs, ils
démultiplient les bienfaits du printemps. Chacun peut ressentir ce phénomène
intuitivement. </p>



<p class="wp-block-paragraph">En rentrant du Japon je me suis intéressé plus
particulièrement aux arbres en fleurs. À la fois comme à une matière vivante et
vibrante et à la fois comme symbole d’une sorte de renouveau. Le pommier a une
fleur blanche à bords rouges, parfumée, épaisse, presque cireuse, qui résiste
bien à la pluie, contrairement à celle du cerisier ou du prunier qui est fragile,
éphémère et se fane rapidement. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="709" height="880" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/kyoto-japon-2000.jpg" alt class="wp-image-32695" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/kyoto-japon-2000.jpg 709w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/kyoto-japon-2000-242x300.jpg 242w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/kyoto-japon-2000-650x807.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/kyoto-japon-2000-150x186.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 709px) 100vw, 709px"><figcaption>Kyôto, Japon, 2000, lors du séjour à la Villa Kujoyama.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ces arbres en fleurs sont
photographiés en couleur et non plus en noir et blanc…</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">La couleur est un peu au noir et blanc ce que la télévision
est à la radio. Moins de mystère, moins d’imaginaire dans la couleur mais plus
d’informations, plus de «réalité». J’utilise toujours les deux procédés en
alternance en évaluant au mieux la pertinence du choix par rapport au type
d’image ou d’atmosphère souhaité. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis que j’utilise la couleur, je regarde davantage encore
les fleurs, les différentes teintes des feuillages, les gammes de vert au
printemps, les jaunes, les rouges de l’automne… Comme souvent – y compris pour
les photographies de paysages – la réalité d’un arbre ou d’un paysage est bien
plus éloquente que les photographies que je peux en rapporter. À la découverte
des premières images sur l’écran je suis souvent déçu de ne pas avoir pu capter
«plus» de ce que j’avais devant moi au moment de la prise de vue. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/deneyer_mouliere-1024x766.jpg" alt class="wp-image-32696"><figcaption>Forêt de Moulière, Vienne, 2019.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>En automne, les paysages ont
quelque chose d’impressionniste.</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les paysages d’automne, les feuilles sont de petites
touches de couleur très proches les unes des autres qui s’harmonisent
parfaitement. Un peu comme les milliers de fleurs d’arbres fruitiers
photographiées auparavant. Au printemps, les cerisiers amorcent leur
renaissance par les fleurs. Les fleurs blanches (ou roses s’il s’agit de
cerisiers ornementaux) sont rapidement suivies de leurs feuilles vertes, avec
toutes sortes de dégradés. Il y a effectivement quelque chose d’impressionniste
dans la juxtaposition par petite touche de couleurs infiniment variées et dans
la façon dont la lumière les modifie au cours de la journée. </p>



<p class="wp-block-paragraph">J’adore les primitifs flamands et je suis toujours aussi
séduit par les impressionnistes. Si je devais peindre, je commencerais comme
ça. Je suis toujours stupéfait quand je vois un tableau de Monet, de Sisley, de
Seurat et bien d’autres, et la manière dont ils ont su transformer et les
impressions lumineuses et les formes pour nous livrer cette autre réalité – là
aussi «perfectionnée» par l’homme – qu’est le tableau. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="709" height="895" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/photogramme-de-pensee-1998.jpg" alt class="wp-image-32697" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/photogramme-de-pensee-1998.jpg 709w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/photogramme-de-pensee-1998-238x300.jpg 238w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/photogramme-de-pensee-1998-650x821.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/photogramme-de-pensee-1998-150x189.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 709px) 100vw, 709px"><figcaption>Photogramme de pensée, 1998.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par quel processus en êtes-vous
arrivé à faire des photogrammes de fleurs&nbsp;? Le goût de l’expérience,
l’envie de s’affranchir du négatif, de traverser le vivant&nbsp;? </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a plusieurs raisons effectivement. La première c’est
certainement la découverte, l’expérimentation, l’envie de modifier, de
simplifier, de raccourcir le processus permettant d’obtenir des images dont
l’apparence serait inévitablement être sujette à interrogation. C’est aussi
l’idée d’utiliser directement le végétal – en l’occurrence des fleurs – sans
l’intermédiaire d’un appareil photographique. Dans les travaux ultérieurs (je
pense par exemple à la série sur les torrents) on retrouve cette dimension de
l’expérimentation poussée jusqu’à l’abstraction mais toujours basée sur des
formes, des courants, des rythmes naturels. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans la série sur les herbes du
jardin, photographiées à ras du sol et en noir et blanc, on croirait voir des
arbres…</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a forcément un rapport mais ce n’est pas ce que je
recherchais <em>a priori</em>. Au départ, ce n’était pas la différence d’échelle
qui m’attirait mais plutôt l’envie de créer une texture que seule nous permet
la photographie&nbsp;: le flou. En effet le flou est bien une texture purement
photographique et la confrontation net/flou m’intéressait énormément. Bien sûr
le changement d’échelle était très évident avec ses brins d’herbes qui peuvent
sembler avoir la taille d’un arbre. Je n’oublie pas non plus la dimension de
l’émerveillement, de «voyage de Gulliver», de la redécouverte de ces bas-côtés
de chemins de campagne que je côtoie chaque jour. Par leur graphisme, leur
format, les matières qui se confrontent cette série de photographies sur les
herbes (comme celle sur les torrents) traduit également un rapport au dessin, à
l’estampe, à la gravure… Y aurait-il là quelque regret&nbsp;?</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="567" height="714" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/belfort-1988.jpg" alt class="wp-image-32698" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/belfort-1988.jpg 567w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/belfort-1988-238x300.jpg 238w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/04/belfort-1988-150x189.jpg 150w" sizes="auto, (max-width: 567px) 100vw, 567px"><figcaption>Territoire de Belfort, 1988. </figcaption></figure>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Pour en savoir plus : <a href="https://www.marcdeneyer.com/">https://www.marcdeneyer.com/</a><a href></a><br><br>Aux éditions <a href="http://www.letempsquilfait.com/index.html">le temps qu’il fai</a>t, deux livres de Marc Deneyer&nbsp;: <em>Illulisat</em>, textes et photographies, 2001, <em>Kujoyama</em>, textes et photographies, 2005.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/marc-deneyer-parmi-les-hetres/">Marc Deneyer parmi les hêtres</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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