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	<title>Jean-Marie Augustin - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>Jean-Marie Augustin - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Général Berton, conspirateur d’opérette</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Julie Duhaut]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Aug 2022 08:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[conspiration]]></category>
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		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans son dernier ouvrage, Jean-Marie Augustin raconte l'échec de la conspiration menée par le général Berton contre Louis XVIII.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Julie Duhaut</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Que fait la Statue de la Liberté à Poitiers ? Inaugurée par les Francs-maçons en 1903, elle fait référence aux derniers mots prononcés par le général Berton, «Vive la Liberté ; vive la France !» Il a été guillotiné le 5 octobre 1822 pour avoir comploté contre Louis XVIII. Deux-cents ans après, Jean-Marie Augustin, professeur émérite à la faculté de droit de l’Université de Poitiers, revient sur la conspiration et le procès dans son ouvrage <em>La Conspiration du général Berton (1822) ; Thouars – Saumur – Poitiers</em> (APC, 2022). Le général n’est pourtant pas poitevin, il ne connaît la ville que par son procès. La conspiration n’a même pas lieu à Poitiers mais à Thouars et à Saumur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’Actualité. – Pourquoi choisir le général Berton et pourquoi Thouars et Saumur ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Jean-Marie Augustin. –</strong> La monarchie restaurée en 1815 n’est pas absolue, elle repose sur une constitution appelée la Charte (1814), dont le préambule garantit les libertés et les droits des Français. Le ministère Decazes est plutôt libéral – par opposition aux ultras, des conservateurs – mais, en 1820, l’assassinat du duc de Berry, neveu du roi, marque l’arrêt de ses mesures. Il y a un retour des ultras au pouvoir avec le ministère de Villèle, c’est-à-dire un poids important de la noblesse et de l’Église. En 1821, pour museler la presse d’opposition et la gauche libérale, Villèle dépose un projet à la Chambre des députés pour créer un délit de tendance, qui n’est ni plus ni moins qu’un délit d’opinion. Pour pallier cette censure, des sociétés secrètes se créent, comme les Chevaliers de la Liberté ou la Charbonnerie, dirigée notamment par le marquis de Lafayette. Ces sociétés élaborent des conspirations pour rétablir un gouvernement plus libéral, dont une à Saumur, en décembre 1821, mais qui échoue. La ville est choisie car des Chevaliers de la Liberté sont présents en assez grand nombre, y compris parmi les militaires de l’École de cavalerie. L’année suivante, Lafayette veut relancer un complot et il se rappelle avoir entendu la pétition d’un ancien général d’Empire à propos de sa pension. C’est là que le général Berton entre en scène, assez hostile à l’égard des Bourbon<strong>s</strong>. Bonapartiste à l’origine, la mort de Napoléon en 1821 en fait probablement un monarchiste de raison, du moment que la Charte est bien appliquée. Quand Lafayette entre en contact avec lui, il accepte de prendre la tête de la conspiration et se rend à Saumur. Cependant, malgré la présence de la Charbonnerie et des Chevaliers, ce n’est peut-être pas l’endroit idéal. Au sud, la ville de Thouars semble plus intéressante, notamment pour ses idées assez avancées et car elle a su se défendre deux fois contre les Vendéens.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment expliquer l’échec de la conspiration ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout a été préparé dans l’improvisation, c’est une conspiration d’opérette ! Le général ne connaît pas la région, il n’est arrivé que quinze jours avant, les Chevaliers n’ont rien préparé car ce ne sont pas des militaires. Il y a une sorte d’idéalisme un peu béat comme toujours dans ces cas-là, on fantasme : on croit à des renforts venus de toute la France mais ils ne sont que cent-trente conjurés. C’est une armée de patachons équipée d’escopettes, de fusils qui ne fonctionnent pas tous et de bâtons. La route allant de Thouars à Saumur fait 34 kilomètres et pourtant, le 24 février 1822, Berton prend tranquillement le temps de déjeuner. C’est pareil sur le parcours, on s’arrête à toutes les auberges et le général paie, grâce au prêt qu’il a obtenu du banquier Laffitte. Arrivé à Saumur, Berton est un héros romantique qui veut prendre la ville sans verser le sang. C’est d’époque mais voué à l’échec ! De l’autre côté du pont Fouchard, tout le monde est prévenu : l’École de cavalerie est en armes contre les insurgés et, alors qu’on pensait la soulever, elle est renforcée par des gendarmes et des gardes nationaux. Un armistice est signé entre le maire et Berton, personne n’attaque avant l’aube : pour les militaires, une charge de cavalerie dans les vignes est impossible et pour les conspirateurs, ils ne sont pas assez nombreux. Le général s’en rend d’ailleurs compte car il ordonne la retraite pendant la nuit. C’est la débandade, certains conjurés sont pris, Berton essaie de se réfugier au château du Bois de Sanzay mais le propriétaire refuse alors il rejoint La Rochelle. Il prend d’ailleurs contact avec les quatre sergents, auteurs d’une conspiration à l’été 1822.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment Berton est-il arrêté puis jugé ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Lafayette ne veut pas rester sur cet échec et contacte à nouveau les Chevaliers de la Liberté à Saumur. Même si l’Ecole de cavalerie, compromise dans l’affaire, a été remplacée par le prestigieux régiment des carabiniers de Monsieur – le comte d’Artois, frère du roi – il reste quelques charbonniers, dont le maréchal des logis Wœlfel. C’est lui qui reprend contact avec Berton, qui accepte de revenir à Saumur. Il a une «conspirationnite aiguë». Cependant, lors d’une réunion dans le hameau de L’Alleu, Wœlfel arrive en retard, disant avoir pris des précautions supplémentaires. Le prétexte pour se retrouver était une partie de chasse, ils sont donc tous armés. À la surprise générale, il prend son fusil et met Berton en joue, avant de l’emmener à Saumur.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’affaire ne dépend pas de Poitiers mais le procureur général Mangin, ambitieux, voit l’occasion d’en faire un tremplin pour sa carrière et obtient la délocalisation de l’enquête à la cour d’assises poitevine. Au procès, seuls trente-quatre conjurés sont présents, les autres sont jugés par contumace. Berton demande plusieurs fois à changer d’avocat mais cela lui est refusé et son commis d’office, Sylvain Drault (qui donne son nom à la rue donnant sur la place de la Liberté) ne veut plus le défendre. Le général se défend donc tout seul, endossant l’entière responsabilité du complot et rappelant qu’il ne souhaitait pas renverser le roi, seulement le gouvernement. Toutefois, Mangin est particulièrement hostile, quitte à être sans scrupules : le manque de preuves matérielles n’est pas important car «où trouver plus de preuves morales ?» dit-il dans son réquisitoire. Les principaux conjurés, dont Berton, sont condamnés à mort. Selon la procédure, ils forment un pourvoi en cassation, faisant jouer l’acharnement manifeste du procureur et le manque de défense comme vice de forme. La cour de cassation confirme cependant l’arrêt. La grâce royale n’est accordée qu’à deux condamnés mais pas aux meneurs, comme Berton ou le docteur Caffé. Ce dernier se suicide avant l’exécution et seul Berton est guillotiné sur la place du Pilori, maintenant place de la Liberté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au-delà du bicentenaire, pourquoi avoir choisi cette affaire ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est la dimension européenne qui m’a intéressé, en dehors de ce procès historique. Avec la Sainte-Alliance, les monarchies européennes se sont unies après le Congrès de Vienne, en 1815, pour maintenir l’absolutisme et éviter le retour des idées révolutionnaires. En France, le risque de l’absolutisme est bien là, avec le ministère Villèle. La conspiration de Berton est le parallèle d’un autre coup d’Etat en Espagne pour rétablir la Constitution de Cadix. Élaborée en 1812 au moment de la guerre contre Napoléon, elle est abrogée lors du retour de Ferdinand VII sur son trône en 1814. La conjuration des généraux Quiroga et del Riego force la monarchie à remettre en place cette constitution en 1820, sans renverser le régime. La réussite est cependant de courte durée car, dans le cadre de cette Sainte-Alliance, la monarchie absolue espagnole est rétablie en 1823, notamment avec l’aide de l’armée française, conduite par le duc d’Angoulême. Mais, si l’absolutisme a une dimension européenne, la volonté libérale également : des conjurés de Thouars aident les rebelles en Andalousie, comme le commandant de la garde nationale Pombas. De même lors de la révolte des Grecs contre l’empire ottoman en 1823, bien que ce soit un peu en dehors de l’Europe à l’époque. En référence à l’expression très imagée que Walter Bruyère-Ostells emprunte aux géographes, Thouars et Saumur sont, à l’échelle de l’Europe, des îlots de l’archipel libéral dans un océan conservateur.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/07/couv-berton-jm-augustin.jpg" alt class="wp-image-36443" width="462" height="671" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/07/couv-berton-jm-augustin.jpg 705w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/07/couv-berton-jm-augustin-207x300.jpg 207w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/07/couv-berton-jm-augustin-650x944.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/07/couv-berton-jm-augustin-150x218.jpg 150w" sizes="(max-width: 462px) 100vw, 462px"></figure>
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<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Jean-Marie Augustin, <em>La Conspiration du général Berton (1822) ; Thouars – Saumur – Poitiers</em>, APC, 2022, 136 p., 20 €</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/general-berton-conspirateur-doperette/">Général Berton, conspirateur d’opérette</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Une affaire pestilentielle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie Lonni]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Jul 2020 09:05:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[Fayard]]></category>
		<category><![CDATA[histoire du droit]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-Marie Augustin]]></category>
		<category><![CDATA[odeurs]]></category>
		<category><![CDATA[Séquestrée de Poitiers]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La séquestrée de Poitiers est découverte en 1901. Son frère, une sous-préfet au penchant coprophile, est accusé de complicité.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Marie Lonni</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une maison bourgeoise aux armoires pleines d’arômes surannés… Dans cette demeure à l’angle de la rue de la Visitation, aujourd’hui rue <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Ranc">Arthur Ranc</a>, à Poitiers, une drôle d’affaire imprègne l’air de ses effluves nauséabondes. La méphitique affaire de la Séquestrée de Poitiers.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 23 mai 1901, le procureur général de la cour d’appel de Poitiers reçoit une missive :&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>Monsieur le Procureur général,</em>&nbsp;</p><p><em>J’ai l’honneur de vous dénoncer un fait d’une exceptionnelle gravité. Il s’agit d’une demoiselle qui est enfermée chez Mme Monnier, privée d’une partie de nourriture, vivant sur un grabat infect, depuis 25 ans, en un mot dans sa pourriture. </em>&nbsp;</p><p><em>Un compatriote indigné</em></p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La demoiselle en question s’appelle Blanche Monnier. C’est la sœur de Marcel Monnier, un ancien sous-préfet des Alpes-Maritimes, et la fille de Louise Monnier et feu Emile Monnier, ancien doyen de la faculté de lettres de Poitiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cent ans après, l’historien du droit Jean-Marie Augustin publie <em>L’histoire véridique de la séquestrée de Poitiers.</em> Le dossier de procédure ayant disparu des Archives départementales, il reconstitue les événements d’après les journaux et les plaidoiries de maître Barbier, avocat de Marcel Monnier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il précise que si l’histoire de la séquestrée de Poitiers est connu, c’est avant tout grâce au romancier André Gide. En 1930, il écrit un ouvrage sur l’affaire en changeant les noms des protagonistes. Ainsi Blanche Monnier devient Mélanie Bastian. “André Gide vient du même milieu universitaire de la bourgeoisie provinciale. Mais il est en rupture avec cet univers. Son récit est l’occasion de régler ses comptes avec ses origines.” explique Jean-Marie Augustin. “Gide s’est appuyé sur les articles du Journal de la Vienne. Il raconte que Mélanie Bastian (Blanche Monnier) aurait été enfermée à cause d’un amour réprouvé par sa famille. Il y aurait même eu un enfant mort à la naissance.”</p>



<h4 class="wp-block-heading">Descente vers la puanteur</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette histoire digne de Roméo et Juliette n’est pas certaine. Ce qu’on peut affirmer, c’est qu’autour de ses 22 ans, Blanche Monnier cesse de s’alimenter correctement. Elle perd progressivement la raison et se retranche dans sa chambre vers 25 ans, les volets clos pour des raisons de sécurité. Son état de faiblesse lié à la malnutrition la rend incapable de se lever de son lit.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La veuve Louise Monnier gère depuis toujours sa maison d’une main de fer. Elle dit avoir une grande affection pour sa fille malade. Mais lorsque les autorités la découvrent, elle vit dans un grabat infect, pestilentiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La petite pièce est plongée dans l’ombre, le sol et les murs sont recouvert d’excréments anciens et frais. Des restes en décompositions, des légumes et la viande putride traînent ça et là, au milieu de cafards, de vers et autres vermines grouillantes. Cela s’entortille même dans les draps et la chevelure démesurément longue et pourrie de Blanche.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/07/recluse_25-ans-1024x885.jpg" alt class="wp-image-33268"><figcaption><em>Grande Complainte sur la pauvre femme séquestrée</em>, extrait, reproduction dans<br><em>L’histoire véridique de la séquestrée de Poitiers</em> de Jean-Marie Augustin.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La découverte de la “Séquestrée de Poitiers” engendre un tel frisson à travers la population que le procès ouvert à l’encontre de la mère et du frère Monnier résonne dans toute la France. Louise Monnier meurt avant l’ouverture du procès. Marcel Monnier, quant à lui, est inculpé pour complicité de violence et droit de fait sur la personne de Blanche Monnier. Et sa défense est pour le moins étonnante.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading">Le nez de la défense</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Blanche vit dans la pourriture et malgré ses visites quotidiennes de 1879 à 1901, Marcel ne voit rien et ne sent rien. Dans sa vie professionnelle et personnelle, il n’est caractérisé que par deux éléments : sa vue et son odorat. Il est si myope qu’il ne peut reconnaître ses amis. Quant à son flair :&nbsp; “Un témoin de la préfecture de Mont-de-Marsan, dans les Landes, où Marcel Monnier a été conseiller préfectoral, raconte qu’il n’avait pas d’odorat. Ses amis ont failli lui faire manger des crottes de biques saupoudrées de sucre en lui faisant croire que c’étaient des fraises des bois.” explique Jean-Marie Augustin. Cet homme, par sa vue et son nez, vit dans le flou.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On lui accorde même, selon les témoignages de bonnes de sa demeure, des penchants coprophiles. Par exemple, il interdit qu’on vide le pot de chambre avant qu’il soit parfaitement plein, ne se dérange pas de l’apporter à la bonne directement dans la cuisine, au milieu des senteurs de pain et de jus de viande sur un rôti. Quand sa femme et lui dorment dans deux pièces séparées, il lui apporte son pot de chambre plein sur sa table de nuit afin “qu’elle sentie bien les effluves” selon les propos rapportés du procès par Jean-Marie Augustin.&nbsp;Des étranges comportements qui, aujourd’hui, semblent inappropriés.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Saviez-vous que le scatol, la molécule à l’origine de l’odeur des excréments, est aussi présente en très faible quantité dans les délicieux parfums de fleur d’oranger et de jasmin ? Il est également utilisé dans la parfumerie comme fixateur ou simplement en tant que fragrance.&nbsp;Pour Marcel Monnier qui souffre d’une grave anosmie, que sentent donc les selles ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hirac Gurden, directeur de recherches en neurosciences, explique que la perception olfactives n’est pas innée mais acquise (“<em>Nos connexions olfactives au monde</em>” entretien avec Amélie Ringeade, dans<em> L’Actualité Nouvelle-Aquitaine </em>n° 129). Un enfant apprend à apprécier ou déprécier les odeurs. Il s’agit d’un apprentissage culturel, lié à la société, son vécu et sa famille.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or dans cette famille, le goût de l’hygiène semble communément négligé. La mère Monnier, par exemple, reste couchée jusqu’à midi et ne se lave pas.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Durant son procès, Marcel Monnier est inculpé au nom d’une justice morale et pour l’opinion. Des manifestations contre lui ont lieu tous les jours du procès. Cependant “dans le code pénal de l’époque on n’admet pas la commission par omission. Ne rien faire n’est pas un crime ni un délit” précise Jean-Marie Augustin. Marcel Monnier est donc relaxé lors du procès en appel.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, en 1901, la loi stipule que l’on peut être accusé si on participe activement à un crime ou un délit. Or Blanche ne subit pas de violence à proprement parler. Seule une loi sur l’omission de nourrir et soigner les enfants de moins de 15 ans se rapproche de ce qu’a vécu la Séquestrée. Au détail qu’elle a commencé à être cloîtrée dans sa chambre vers 25 ans et jusqu’à ses 52 ans. Légalement, Marcel Monnier ne peut être inculpé. Son absence d’odorat lui offrant le meilleur des défenses : l’ignorance.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading">Le retour des fragrances</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Le procès note tout de même qu’en frère intentionné, Marcel Monnier tente de protéger Blanche. Lorsqu’elle sombre dans la folie, Marcel souhaite la mettre dans une maison pour aliénés mais il se confronte au refus obstiné de Mme Monnier. Elle y aurait vécu dans des conditions différentes. Mais l’époque veut que les problèmes familiaux restent en famille. Ainsi Blanche ne rejoint un asile public qu’après le procès, et après deux années à l’hospice de la rue de l’Hôtel-Dieu à Poitiers.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/07/co922_illustration_n3040_1juin01_p357_sequestree_poitiers-767x1024.jpg" alt class="wp-image-33267" width="586" height="782"><figcaption>Photographie de Blanche Monnier prise à son arrivée à l’Hôtel-Dieu (<em>L’Illustration</em> n° 3040, 1<sup>er</sup> juin 1901). Photo Olivier Neuillé, Médiathèque de Poitiers.</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">De nouveau habituée à la lumière du soleil, Blanche ne montre plus d’agressivité. Si elle demande au début de sa prise en charge par l’hôpital, sa “chère petite grotte”, qu’on suppose être sa chambre nauséabonde, elle ne se plaint pas d’avoir des draps propres et frais. Elle se délecte des fruits, notamment des fraises qu’elle est tout à fait encline à partager avec ses soignants. Surtout, Blanche aime les fleurs. Et comme dans son enfance, elle sait les reconnaître. Elle distingue les roses, les pied‑d’alouettes et les œillets d’Inde. Ravie, elle s’empare d’un bouquet et prend une grande inspiration avant de l’embrasser ainsi que la main qui lui tend.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après vingt-cinq ans<strong> </strong>saturé<strong> </strong>d’odeurs pestilentielles, son odorat a l’occasion de sortir de la torpeur. Son amour retrouvé pour les fleurs, d’après les descriptions de Jean-Marie Augustin tirées des témoignages d’époque, signifie-t-il qu’elle les sent ? Libérée de l’emprise de la puanteur, retrouve-t-elle peu à peu les parfums de son enfance, lorsqu’elle courait les sentiers l’été, sous le parfum de l’herbe chaude et des Delphiniums dans sa maison de campagne à Migné ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">       </p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>Petite histoire des parfums en société</strong></p><p>Nous sommes à l’aube du XX<sup>e</sup> siècle. Les familles bourgeoises se pomponnent pour profiter des soirées mondaines. Les effluves de fraise, d’amande et de vanille sont particulièrement en vogue. Depuis le XVI<sup>e</sup> siècle, les parfums s’installent peu à peu dans les foyers, dans les mouchoirs de poches et les cous graciles. Et, à cet égard, le XIX<sup>e</sup> siècle est un tournant des habitudes hygiénistes et parfumeuses. La jeune III<sup>e</sup> République défend une idéologie progressiste basée sur les sciences et les technologies. Dans ce contexte, les théories hygiénistes prennent de plus en plus de place. C’est d’ailleurs en 1883, après promulgation de la loi sur la laïcité des programmes scolaires (mars 1882) que Jules Ferry remplace les cours de catéchisme par des cours d’hygiène. Notre rapport à l’odeur change ostensiblement. Contrairement au temps du roi soleil, deux siècles plus tôt, les parfums ne servent plus tout à fait à cacher la puanteur de corps malpropres.&nbsp;</p></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Jean-Marie Augustin, <em>L’histoire véridique de la Séquestrée de Poitiers</em>, Fayard, 2001.</p><p>André Gide, <em>La Séquestrée de Poitiers</em>, première édition Gallimard, 1930. réédition Folio, 2006. </p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/une-affaire-pestilentielle/">Une affaire pestilentielle</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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