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	<title>Gaule - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>Gaule - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Sur les traces de nos ancêtres gaulois</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Bastien Florenty]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Jun 2022 08:51:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans les Deux-Sèvres, à Bessines, une fouille de 7 000 m² dirigée par Patrick Maguer (Inrap), a permis d’étudier un sanctuaire gaulois entre septembre et décembre 2008.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Bastien Florenty</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans les Deux-Sèvres, à Bessines près de Niort, une fouille de 7&nbsp;000 m² menée par une équipe de l’Inrap dirigée par Patrick Maguer, a permis d’étudier un sanctuaire gaulois entre septembre et décembre 2008. En activité entre la fin du <span class="smallcaps">iv</span><sup>e</sup> siècle et le début du <span class="smallcaps">i</span><sup>er</sup> siècle avant notre ère, le site apporte un nouveau témoignage sur les pratiques cultuelles gauloises.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’archéologie a rarement l’occasion d’aborder la question des lieux de culte de cette période, d’autant que, souvent réoccupés et transformés à la période romaine, nombre de sanctuaires de la fin de l’âge du Fer ont été plus ou moins détruits par ces aménagements postérieurs. À Bessines, toute activité religieuse cesse avant la conquête romaine, préservant ainsi le sanctuaire dans son état initial. Il contribue de ce fait à l’enrichissement de nos connaissances sur les pratiques religieuses de la fin de l’âge du Fer dans l’ouest de la Gaule.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’équipe de l’Inrap, composée d’une dizaine d’archéologues, dont un anthropologue et un archéozoologue, permettent ainsi de nous plonger dans l’histoire, à la fois étonnante et fascinante de notre territoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un fossé profond de 1,4 m et large de 2,8 m délimite un sanctuaire trapézoïdal de 700 m².&nbsp;«Nous sommes en présence d’un sanctuaire rural, ce qui est intéressant, car les quelques sanctuaires fouillés ces dernières années sont souvent liés à des agglomérations», précise Patrick Maguer. L’entrée du sanctuaire est orientée au sud-est, ce qui est la norme dans l’ouest de la Gaule. «Nous avons retrouvé les éléments d’une cotte de maille – qui est une invention gauloise – et de nombreux objets du quotidien, de l’outillage, des couteaux, une broche à cuire, des éléments de parure, un dé en os à jouer ou de divination, plus de 160 kg d’ossements animaux, mais aussi 140 kg de vaisselle en céramique.» Les restes d’animaux proviennent de porcs, de bœufs, d’ovicapridés, de chevaux et de chiens. Ils témoignent d’abattages massifs en lien avec les pratiques religieuses. «Le public n’assiste probablement pas aux cérémonies se déroulant dans l’enceinte sacrée du sanctuaire réservée aux initiés, mais participe aux banquets durant lesquels sont consommés les animaux sacrifiés», ajoute l’archéologue. Lieu de culte, le sanctuaire est sans doute aussi un site d’observation des signes astronomiques et probablement un espace à vocation judiciaire. Treize fragments d’os humains, appartenant à au moins trois individus adultes, ont d’ailleurs été retrouvés. «Nous avons identifié sur ces os des manipulations post-mortem, comme en témoignent les stries de découpe observées sur un fragment de tibia, vraisemblablement liées à un rituel religieux. Nous savons que ces ossements sont déposés frais dans le fossé car nous avons des traces de rognage, or les chiens n’attaquent que les os frais.» Il peut s’agir de guerriers vaincus, ou bien de condamnés judiciaires, mais d’autres hypothèses sont à envisager.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1016" height="762" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/illustration-1-copie.jpg" alt class="wp-image-36175" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/illustration-1-copie.jpg 1016w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/illustration-1-copie-300x225.jpg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/illustration-1-copie-768x576.jpg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/illustration-1-copie-80x60.jpg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/illustration-1-copie-650x488.jpg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/illustration-1-copie-150x113.jpg 150w" sizes="(max-width: 1016px) 100vw, 1016px"><figcaption>Bessines, Grand-Champ-Est, faune : exemples de crânes découverts dans le comblement médian du fossé d’enclos. A : crâne d’étalon présentant une grande perforation ovalaire&nbsp;; B : crâne de bœuf ; C : crâne de vache ; D : crâne de jument. Photo J.-G. Ferrié/Inrap.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">L’entrée du sanctuaire est délimitée par une ouverture large de 90 cm, où de part et d’autre était exposé un trophée militaire, composé d’un umbo de bouclier, d’une épée, de deux fourreaux d’épée, d’une chaîne de suspension d’épée. «Nous avons retrouvé deux ensembles de trous de poteau au sein du sanctuaire, attestant la présence d’au moins deux bâtiments. Le premier, de forme carrée, pourrait avoir une fonction religieuse. Le second, de forme plus étroite et allongée, pourrait correspondre à une stabulation pour les animaux destinés au sacrifice.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le site est implanté au sud-est de l’ancien golfe des Pictons (l’actuel Marais poitevin), le long d’un axe routier permettant de contourner le golfe par l’est. L’endroit est certainement stratégique pour l’époque et explique probablement la présence de ce sanctuaire. «Contrairement aux sanctuaires d’agglomération, celui de Bessines n’était sans doute fréquenté qu’au cours de certaines grandes fêtes religieuses dirigées par la classe sacerdotale composée de druides, de bardes et de vates.»</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Si Strabon évoque l’existence de prêtresses vivant sur une île à l’embouchure de la Loire, les druides sont essentiellement des hommes, sans doute plutôt issus de familles aristocratiques, même s’ils peuvent choisir des apprentis parmi le peuple», détaille Patrick Maguer.</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">En plus de la connaissance de la religion, ils s’adonnent à un apprentissage spécifique et particulièrement long&nbsp;: «L’éducation religieuse est uniquement orale, l’écriture étant proscrite dans ce domaine. Ils doivent apprendre les textes par cœur et les transmettre ensuite à leurs élèves. Durant leur formation, ils doivent également acquérir des connaissances en philosophie, en mathématique, en botanique ou encore en astronomie. Pour cette raison, celle-ci peut durer une vingtaine d’années.» Ainsi, seuls quelques initiés ont accès au savoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hormis les druides, les vates et les bardes sont aussi des religieux, mais hiérarchiquement moins importants que les druides. Les bardes sont des panégyristes et des poètes. Ils ont notamment la charge de la mémoire des élites aristocratiques et accompagnent les sacrifices en musique. Les vates s’occupent des cérémonies religieuses, ils sacrifient et interprètent les signes. Les religieux, particulièrement les druides, occupent une place prépondérante dans la société gauloise. Selon César, ils prennent part aux décisions importantes, règlent les conflits entre États ou entre particuliers. «Ils rendent la justice sous autorité divine, ce qui peut expliquer la présence d’ossements humains dans les sanctuaires», indique Patrick Maguer.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" width="395" height="563" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/illustration-2.jpg" alt class="wp-image-36176" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/illustration-2.jpg 395w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/illustration-2-210x300.jpg 210w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/06/illustration-2-150x214.jpg 150w" sizes="(max-width: 395px) 100vw, 395px"><figcaption>De gauche à droite et de haut en bas&nbsp;: épée, fourreau d’épée, chaîne de suspension d’épée, anneaux de cotte de maille, talon de lance, umbo de bouclier. Photo : Isabelle Fortuné/ université de Poitiers.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Dans les Deux-Sèvres, la fouille du sanctuaire de Grand-Champ-Est apporte ainsi un témoignage inédit sur les pratiques religieuses gauloises. À travers ces vestiges archéologiques et les restes qui y sont déposés, c’est la société gauloise qui se dessine avec ses paysans, ses artisans, ses guerriers et ses prêtres.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Patrick Maguer,<em> Trophée guerrier à la porte du sanctuaire : le cas de l’enclos celtique de Grand-Champ-Est à Bessines (Deux-Sèvres), in </em>Lemaître S., Batigne-Vallet C. (dir.)<em>, Abécédaire pour un archéologue Lyonnais. Mélanges offerts à Armand Desbat, Montagnac, Monique Mergoil, <em><em>(coll. Archéologie et Histoire Romaine, 30)</em></em></em>, <em><em>2015</em>.</em><br><br><em>Maguer P., Brunie D., Ferrié J.-G., Landreau G., Lemaître S</em>.<em>, <a href="https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02891694">Les sanctuaires de plein air en Centre Ouest (VI<sup>e</sup> siècle/I<sup>er</sup> siècle av. J.-C.)</a>, in </em>Barral P., Thivet M. (dir.)<em>, Sanctuaires de l’âge du Fer. Actes du 41<sup>e</sup> colloque international de l’Association française pour l’étude de l’âge du Fer </em>(Dole, 25–28 mai 2017), AFEAF (coll. 1), p.&nbsp;199‑220, 2019.</p></blockquote>
<p></p><div class="qnimate-post-series-post-content"><div>Cet article fait partie du dossier <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/20-ans-de-linrap/">20 ans de l’Inrap</a>.</div></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/sur-les-traces-de-nos-ancetres-gaulois/">Sur les traces de nos ancêtres gaulois</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Mosaïques antiques en Poitou</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Apr 2020 08:10:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Trouver une mosaïque en archéologie n’est pas anodin dans la région. Panorama des découvertes.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Julie Caron</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans doute avez-vous entendu
parler des deux mosaïques antiques mises au jour à Poitiers, lors de la fouille
archéologique du Jardin des droits de l’Homme pendant l’été 2019&nbsp;? Ce fait
exceptionnel a provoqué une grande curiosité au sein de la population. Et pour
cause&nbsp;! Trouver une mosaïque en archéologie n’est pas anodin dans la
région. Contrairement aux grandes cités gallo-romaines telles que Lyon, Nîmes
ou Arles, Poitiers et ses environs ont laissé peu de traces de ce type de décor
jusqu’à présent. Les travaux urbains et ruraux ont fortement modelé le paysage,
et ont contribué à la destruction de nombreux monuments ornés de mosaïques.
Leur mise au jour, souvent fortuite, a tout de même permis de faire évoluer les
stratégies d’études, alors de plus en plus précises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mosaïque à l’époque romaine, c’est quoi&nbsp;? Bien loin de
ressembler à celle de notre société actuelle, que l’on retrouve par exemple en
kit dans les magasins de loisirs créatifs ou dans nos salles de bain, et qui
met en œuvre des compositions modernes réalisées en céramique ou en pâte de
verre aux couleurs vives, cette technique présente, dans l’Antiquité, des
particularités précises se rapportant à sa fonction, sa composition et son
exécution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle consiste en l’assemblage d’éléments taillés, appelés tesselles, placés dans une préparation de mortier, afin de constituer un revêtement de sol, ou de paroi. La technique que l’on retrouve le plus souvent est celle des mosaïques posées au sol, en <em>opus tessellatum</em>. Les matériaux employés sont surtout la pierre, et dans de rares cas, la pâte de verre ou la terre cuite. Taillées par les artisans pour qu’elles s’adaptent tant à la place qu’elles doivent occuper qu’au décor conçu, les tesselles sont généralement cubiques, et mesurent autour de 0,8 cm de côté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La fonction principale est de protéger une surface des altérations du sol et de l’humidité, elle participe également au décor d’une pièce. Longtemps étudiée comme une œuvre d’art, la mosaïque fait pourtant bien partie du domaine de l’artisanat. Le <em>tessellarius</em> (poseur de tesselles) est un artisan avant tout, maître dans la taille des tesselles, et dans la préparation des pavements. Les origines de l’<em>opus tessellatum</em> remontent à l’époque hellénistique (<span class="smallcaps">iv</span><sup>e</sup> siècle av. J.-C.), cette technique est ensuite adoptée en Italie, puis se diffuse dans les provinces occidentales de l’Empire romain.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Des compositions variées qui évoluent</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Traditionnellement
en Gaule, il est admis que la pose de mosaïques noires et blanches précède
celle des mosaïques polychromes. Sans connaissance précise de la stratigraphie,
l’aspect décoratif a longtemps été le seul moyen de proposer une datation du
pavement. Néanmoins, plus les recherches avancent, et plus il apparaît que cet
élément n’est pas un critère de datation très fiable. Dans le cas des mosaïques
pictonnes, très peu de contextes sont datés avec précision – du fait de
fouilles anciennes, ou en l’absence d’élément datant –, le décor a ainsi été une
donnée essentielle pour proposer des hypothèses d’évolution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mosaïques géométriques bichromes, mises en œuvre dès le début du <span class="smallcaps">i</span><sup>er</sup> siècle ap. J.-C., sont probablement les plus anciennes. Elles constituent la grande majorité des découvertes en Poitou, en particulier à Poitiers, la capitale du territoire. Leur nombre est tel que l’hypothèse d’un «&nbsp;atelier&nbsp;» de mosaïstes implanté dans la ville a été envisagée. Les compositions sont généralement noires sur fond blanc, et de rares exemples présentent un contraste inverse&nbsp;; c’est le cas du pavement découvert à Jaunay-Clan (1915), qui présente un décor blanc sur fond noir, sous forme de losanges emboîtés dans des rectangles ou des carrés. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les compositions sont plutôt simples et courantes dans le monde romain, c’est le cas des mosaïques découvertes à Poitiers dans la rue Hôtel-Dieu (1835) et sur le site du Jardin des droits de l’Homme (2003 et 2019). Elles mettent en œuvre des bandes noires sur un champ de tesselles blanches placées en oblique, ponctué ou non de cabochons (quatre tesselles) ou croisettes (motif de croix) noirs. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/03/fig--a-b-c-d-1024x472.jpg" alt class="wp-image-32592"><figcaption> En a&nbsp;: Mosaïque à formes emboîtées découverte à Jaunay-Clan en 1915 (source&nbsp;: <em>Gallia</em>). En b&nbsp;: Mosaïque à bandes et cabochons découverte sur le site du Jardin des droits de l’Homme (Poitiers) en 2019 (Photo Inrap Nouvelle-Aquitaine et Outre-Mer). En c&nbsp;: Mosaïque à croisettes, découverte en même temps que la b (Photo Inrap Nouvelle-Aquitaine et Outre-Mer). <br>En d&nbsp;: Mosaïque à bandes découverte rue Hôtel-Dieu (Poitiers) en 1835 <br>(Photo Christian Vignaud – Musée de Poitiers). </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">D’autres pavements sont plus élaborés et présentent un agencement unique. La composition découverte place Charles-de-Gaulle à Poitiers (1973) est originale, et met en œuvre les deux types de contraste vus précédemment&nbsp;: noir sur fond blanc pour l’ensemble de sparterie imitant la vannerie en périphérie, et blanc sur fond noir pour représenter les éléments centraux figurant des sabliers, des carrés sur la pointe et des méandres de svastikas. Dans l’état actuel de nos connaissances, aucune autre mosaïque ne présente cet agencement dans le monde romain. Le pavement découvert place de l’Étoile (1862), près du marché Notre-Dame, à quelques dizaines de mètres des précédentes, présente un agencement complexe de formes quadrangulaires emboîtées et d’une frise en arêtes de poissons bichrome.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/03/fig--e-f-1024x438.jpg" alt class="wp-image-32595"><figcaption>En e&nbsp;: Mosaïque à sparterie, sabliers, carrés sur la pointe et méandres de svastikas découverte place Charles-de-Gaulle (Poitiers) en 1973 (Photo Christian Vignaud – Musée de Poitiers). En f&nbsp;: Mosaïque à motif d’arêtes de poisson et de formes emboîtées découverte place de l’Étoile (Poitiers) en 1862 (source&nbsp;: <em>Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest</em>). </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Probablement à partir de la fin du <span class="smallcaps">ii</span><sup>e</sup> siècle, ou au début du <span class="smallcaps">iii</span><sup>e</sup> siècle, la couleur apparaît timidement dans les compositions, comme en témoignent deux ensembles de mosaïques mis au jour à Poitiers (chantier du musée Sainte-Croix, 1972, et devant l’église Notre-Dame-la-Grande, 1991). Les canevas évoluent tout en restant de tradition géométrique, et de nouveaux motifs, végétaux et figurés, sont introduits, notamment grâce à la diffusion de modèles imaginés dans les ateliers du bassin du Rhône, dans l’ensemble de la Gaule. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/03/fig--g-h-1024x340.jpg" alt class="wp-image-32598"><figcaption>  En g&nbsp;: L’un des fragments avec fleuron et demi-étoiles de losanges découvert lors du chantier du musée Sainte-Croix (Poitiers) en 1972 (Photo Christian Vignaud – Musée de Poitiers). En h&nbsp;: Mosaïque à motif d’amphore, tresse et composition d’étoile à huit losanges, carrés et triangles convexes découverte devant la façade de l’église Notre-Dame-la-Grande (Poitiers) en 1991 (Photo Atelier de restauration des mosaïques de Saint-Romain-en-Gal). </figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"> Enfin, les mosaïques du Bas-Empire (<span class="smallcaps">iv</span><sup>e</sup> siècle) puisent dans le répertoire végétal caractéristique des pavements dits de «l’école d’Aquitaine», qui se développent à partir de Bordeaux, capitale de la province. La couleur est dominante, la palette est plutôt bleue et rouge dans le pavement découvert près de l’ancienne église Saint-Pierre‑l’Hospitalier à Poitiers (1843), tandis que les tons orange et vert s’imposent dans une composition d’octogones et de calices trifides découverte dans la villa de Périgné (1856), en Deux-Sèvres. </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/03/fig--i-j-814x1024.jpg" alt class="wp-image-32599"><figcaption>En i&nbsp;: Mosaïque à tresse et fuseaux découverte vers l’ancienne église Saint-Pierre‑l’Hospitalier (Poitiers) avant 1843 (Photo Christian Vignaud – Musée de Poitiers). En j&nbsp;: Mosaïque à composition d’octogones, fleurs et calices trifides tête-bêche découverte à Périgné en 1856 (Photo Musée de Niort). </figcaption></figure>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>De la commande au chantier</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant très longtemps, la
mosaïque a été considérée uniquement d’un point de vue stylistique, la reléguant
alors seulement à une œuvre artistique. Depuis quelques décennies, des équipes
de spécialistes s’attachent à analyser la mosaïque comme un témoin de la
réalité sociale des artisans. Le mortier, les tracés préparatoires, la taille,
la forme et la nature des roches, autant d’éléments ainsi étudiés qui viennent
alimenter les travaux sur la mosaïque en Gaule et sur le travail des mosaïstes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Commander une mosaïque n’était pas à la portée de tout le monde. Seuls les plus fortunés pouvaient prétendre orner de ce type de décor leurs maisons, leurs bains ou bien les bâtiments publics. Leur remplacement était alors plutôt rare. Une fois le chantier installé, les mosaïstes commençaient par préparer leurs mortiers sur place, et débitaient les tesselles à l’aide d’une marteline (petit marteau à pointe et à dents). Un grand nombre de rebuts et de déchets de taille sont dans de rares cas retrouvés sur le chantier-même, comme sur le site du Jardin des droits de l’Homme à Poitiers (2019, 2020). Le support de préparation est composé de trois niveaux de pierres et de mortier, de plus en plus fins tant sur l’épaisseur que la qualité. Les tracés préparatoires sont dessinés sur la dernière couche appelée <em>nucleus</em>&nbsp;; cependant, aucun en Poitou n’a fait l’objet d’observations précises, ou n’a encore été relevé. Les tesselles sont enfin progressivement placées dans un bain de pose constitué de chaux, qui sert de colle et de joint.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un <em>tessellarius</em> posait en une journée environ 1 m² de tesselles
seulement. La surface des pavements étant de plusieurs dizaines de mètres
carrés, cela impliquait une longue durée du chantier pour ce corps de métier. Plusieurs
calibres de cubes sont employés, selon la zone qu’ils occupent. Ainsi, dans les
parties périphériques, mises en œuvre en premier, ou pour former les cabochons
et croisettes noirs, les tesselles sont plus grandes, et ce pour trois raisons
principales&nbsp;: gain de temps de mise en œuvre, meilleure résistance au
piétinement, sans oublier l’effet esthétique que cela induit. Pour les détails
et figures, elles sont d’un calibre plus petit, pour faire ressortir les
détails. En Poitou, les cubes mesurent en moyenne 0,7 cm. Les plus conséquents
avoisinent 1,2 cm de côté, et jusqu’à 2 cm de hauteur. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les matériaux étaient le plus souvent extraits dans les environs, comme les calcaires blancs. Néanmoins, certaines roches aux propriétés spécifiques pouvaient être apportées de loin. L’examen pétrographique des pierres noires à Poitiers a démontré que des roches sédimentaires noires ont été employées dans les pavements. Aucun gisement de roche noire n’ayant été a priori inventorié dans la région, il est possible que ce type minéral ait été extrait ailleurs en Gaule.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/03/outils-mosaistes-1024x576.jpg" alt class="wp-image-32601"><figcaption>  Restitution des outils de travail du mosaïste&nbsp;: marteline et tesselles taillées, <br>au musée de Saint-Romain-en-Gal (Photo Julie Caron). </figcaption></figure>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Une étude en
perpétuelle évolution</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Grâce au chantier récemment ouvert en aire urbaine au niveau du Jardin des droits de l’Homme à Poitiers, les problématiques sur la mosaïque en Poitou et en Gaule sont ravivées. Une analyse technique des mortiers et des roches est possible, par le prélèvement de plusieurs échantillons, afin de déterminer leur nature à partir de leur observation au microscope optique. De plus, la découverte de déchets de taille en grande quantité lors de la deuxième phase du chantier permettra de faire progresser les travaux sur la réalité du métier de mosaïste. À terme, l’ensemble de ces études permettront d’identifier les voies de circulation et d’approvisionnement en territoire picton.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mosaïque a toujours cherché à se renouveler selon les sociétés. À l’époque paléochrétienne et au Moyen Âge, son emploi était total sur les parois de certaines basiliques d’Italie, assurant la magnificence des édifices chrétiens, notamment grâce à l’emploi de tesselles dorées. Elle sera toujours source de fascination, et provoquera un certain émerveillement, voire une émotion, comme celle suscitée par la récente découverte de la mosaïque d’Uzès en Occitanie. De nos jours, il n’y a qu’à observer les surfaces urbaines telles que les fontaines ou les rues pavées pour constater sa pérennité. Christian Sicault, mosaïste basé à Saint-Génard en Deux-Sèvres, sacré meilleur ouvrier de France en 1997, s’y emploie en proposant des stages d’initiation. Entre tradition et nouveauté, par sa fibre créatrice, il promet de faire perdurer cet art qui est, et qui ne cessera jamais d’être.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/03/uzes-1024x682.jpg" alt class="wp-image-32603"><figcaption>Détail de la mosaïque d’Uzès, mise au jour en 2017 par l’Inrap <br>(Photo Denis Gliksman, <a href="https://www.ouest-france.fr/region-occitanie/gard/gard-une-mosaique-romaine-geante-et-bien-conservee-decouverte-uzes-4891774">Inrap&nbsp;Méditerranée</a>). </figcaption></figure>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>Pour aller plus loin&nbsp;:</strong><br>Catherine Balmelle, Jean-Pierre Darmon, <em>La mosaïque dans les Gaules romaines</em>, Edition Picard, Paris, 2017, 359 p.<br><br>Véronique Blanc-Bijon, «&nbsp;Mosaïque&nbsp;», dans Dionigi Albera, Maryline Crivello, Mohamed Tozy (dir.), <em>Dictionnaire de la Méditerranée</em>, Actes Sud, Arles, 2016, p.&nbsp;1003–1017.<br><br>Véronique Blanc-Bijon, «&nbsp;Comment travaillaient les mosaïstes dans l’Antiquité&nbsp;», <em>Territori della Cultura</em>, 25, 2016 p. 16–41.<br><br>Julie Caron, « Les mosaïques du territoire picton à l’époque romaine : étude stylistique et technique », <em>Bulletin de liaison et d’information AAPC</em>, n°47, 2019, p. 41–54.</p></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Cet article a été écrit dans le cadre de la formation doctorale Écrire un article grand public avec l’École doctorale Humanités, Universités de Poitiers et Limoges. Julie Caron est doctorante en 3<sup>e</sup> année de thèse en Archéologie antique, rattachée au laboratoire Herma (Hellénisation et romanisation dans le monde antique) université de Poitiers.</p></blockquote>
<p></p><div class="qnimate-post-series-post-content"><div>Cet article fait partie du dossier <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/archeologie-dans-la-vienne/">Archéologie dans la Vienne</a>.</div></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mosaiques-antiques-en-poitou/">Mosaïques antiques en Poitou</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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