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	<title>Église - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
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	<title>Église - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
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		<title>Nos morts, en effigie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Nov 2022 12:05:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Trois tombeaux du Centre-Ouest de la France produits entre le XIIᵉ et le XIIIᵉ siècle permettent de mieux appréhender les pratiques et croyances entourant la mort et l’au-delà au Moyen Âge.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><em>Trois tombeaux du Centre-Ouest de la France produits entre le <span class="smallcaps">xii</span>ᵉ et le <span class="smallcaps">xiii</span>ᵉ siècle permettent de mieux appréhender les pratiques et croyances entourant la mort et l’au-delà au Moyen Âge.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Damien Strzelecki</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les prochains Rendez-vous de l’Histoire de Blois porteront sur un sujet qui fait écho à la crise épidémique et à la hausse extraordinaire de la mortalité qu’elle a suscitée : Les vivants et les morts. La mort est effectivement une affaire de vivants, ce sont eux qui rendent les ultimes rituels, visitent le mort ou encore fleurissent sa tombe. Le tombeau est d’ailleurs le point de rencontre entre le vivant et le mort, ici se concentre la jonction entre les deux mondes, ici se conserve la mémoire du disparu. Marqueur de la sépulture et objet du souvenir, le monument funéraire est aussi révélateur des conceptions que se fait une société sur la mort et sur ses morts. C’est particulièrement perceptible au Moyen Âge, dans un contexte où la vie et la mort sont encadrées par l’Église et le christianisme. Trois tombeaux à effigie produits entre le <span class="smallcaps">xii</span>ᵉ-<span class="smallcaps">xiii</span>ᵉ siècle et destinés à de grands personnages poitevins démontrent les continuités, les ruptures, les évolutions en somme avec les visions modernes sur la mort.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>L’image du mort au Moyen Âge</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Avant de présenter les défunts, il faut définir ce qu’est une effigie funéraire. L’effigie est une représentation anthropomorphique placée sur un tombeau ou un élément commémoratif destiné à supporter la mémoire du disparu. Il existe plusieurs types d’effigies funéraires et sans doute le plus célèbre est celle du gisant tel qu’il existe à l’abbaye royale de Fontevraud (Maine-et-Loire) pour Aliénor d’Aquitaine, décédée en 1204. Outre les gisants, de nombreux autres types d’effigie existent et fréquemment ce n’est pas uniquement le corps du défunt qui est représenté, mais aussi son âme, substance faisant pleinement partie de la personne au Moyen Âge.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/gisant-alienor-daquitaine-cliche-personnel.jpeg" alt class="wp-image-36670" width="668" height="388" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/gisant-alienor-daquitaine-cliche-personnel.jpeg 1024w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/gisant-alienor-daquitaine-cliche-personnel-300x175.jpeg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/gisant-alienor-daquitaine-cliche-personnel-768x447.jpeg 768w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/gisant-alienor-daquitaine-cliche-personnel-650x378.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/gisant-alienor-daquitaine-cliche-personnel-150x87.jpeg 150w" sizes="(max-width: 668px) 100vw, 668px"><figcaption>Gisant d’Aliénor d’Aquitaine. Photo Damien Strzelecki.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Commençons par l’image d’un corps et pas des moindres, celui du grand ecclésiastique Pierre II de Poitiers qui a occupé le siège épiscopal de la ville de 1087 à sa mort en 1115. Bien qu’exilé à la fin de sa vie pour avoir excommunié le comte Guillaume le Troubadour, il meurt en odeur de sainteté et est rapatrié dans la ville de son épiscopat. Son corps est inhumé à l’abbaye Saint-Cyprien, établissement qui a aujourd’hui disparu. En 1117, ses restes sont transférés à l’abbaye royale de Fontevraud et déposés dans le chœur des religieuses. Entre la fin du <span class="smallcaps">xii</span>ᵉ siècle et le premier tiers du <span class="smallcaps">xiii</span>ᵉ siècle, est confectionné un gisant en sa mémoire. Malgré sa disparition au fil du temps, un dessin de la collection constituée par François-Roger de Gaignières (1642–1715) nous permet de voir à quoi ressemblait le tombeau de l’évêque défunt.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/dessin-de-la-collection-gaignieres-gisant-pierre-ii-de-poitiers-.jpeg" alt class="wp-image-36671" width="541" height="699" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/dessin-de-la-collection-gaignieres-gisant-pierre-ii-de-poitiers-.jpeg 751w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/dessin-de-la-collection-gaignieres-gisant-pierre-ii-de-poitiers--232x300.jpeg 232w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/dessin-de-la-collection-gaignieres-gisant-pierre-ii-de-poitiers--650x840.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/dessin-de-la-collection-gaignieres-gisant-pierre-ii-de-poitiers--150x194.jpeg 150w" sizes="(max-width: 541px) 100vw, 541px"><figcaption>Gisant Pierre II de Poitiers. Dessin de la collection Gaignières.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Le tombeau dessiné donne à voir une scène de funérailles. Le corps couché est paré de ses vêtements épiscopaux, notamment de sa mitre et de sa crosse. Couché sur un lit, il a les yeux fermés et son chef repose sur un oreiller. L’assemblée de moines tonsurés accompagnée d’une moniale entourant le gisant signifie qu’il s’agit d’une veillée du corps qui est comme reconstituée par ces personnages figurés. Le soin du corps est alors mis en avant et le rituel des funérailles est constamment rappelé, comme rejoué sur ce tombeau.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>La mort&nbsp;comme séparation ontologique</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">La mort ne signifie pas la fin de la vie dans le christianisme, mais la mort temporaire du corps et la survie de l’âme. Le bas-relief concernant saint Hilaire de Poitiers, évêque tout autant célèbre mort en 337, est significatif à ce propos. Bien qu’enterré dans la collégiale Saint-Hilaire-le-Grand au sud de Poitiers, c’est à la chapelle des Augustins, dans l’actuel rue Sainte-Catherine qu’il faut chercher son effigie funéraire. Pour cause, cet établissement, qui au Moyen Âge était le monastère Saint-Hilaire-de-la-Celle, passe pour avoir été fondé par Hilaire. Au milieu du <span class="smallcaps">xii</span>ᵉ siècle, la communauté religieuse a fait réaliser un cénotaphe, dont l’étymologie grecque signifie un tombeau qui ne contient pas de corps. En effet, la dépouille d’Hilaire repose dans la crypte de la collégiale et non au monastère. L’absence du corps a alors peut-être été un argument supplémentaire motivant la réalisation de ce cénotaphe afin d’exalter le fondateur malgré l’absence de son corps. Cela marque la continuité entre l’évêque défunt du <span class="smallcaps">iv</span>ᵉ siècle et les vivants du <span class="smallcaps">xii</span>ᵉ siècle, le fondateur mort représente une pierre d’assise sur laquelle se fonde la communauté des vivants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fragmentaire, le tombeau est en partie conservé, les pièces disparues ont aussi été dessinées pour la collection Gaignières [BnF, Département des Estampes et de la photographie, Res. Pe 1F, fol. 53]. L’ensemble du monument narre principalement la victoire de saint Hilaire sur l’hérésie arienne au concile de Nicée de 325 et la mort du saint évêque en 337. Cette dernière scène est le sujet du seul fragment conservé, dont l’original est visible à la chapelle des Augustins et où une copie par moulage a été placée dans la salle médiévale du musée Sainte-Croix de Poitiers. Sur cette effigie comme sur celle de Pierre II, le saint est entouré d’une foule, mais contrairement à celle du prélat mort en 1115, l’image insiste moins sur la veillée que sur le moment de mort de saint Hilaire. Le défunt vient à peine de mourir comme en témoigne son âme accostée de deux anges. La proximité de cette âme et de son corps est bien marquée au niveau de la tête du personnage. L’âme et le souffle sont traduisibles par <em>spiritus</em>&nbsp;en latin, ce que rend bien ce tombeau puisque l’expiration de l’âme se fait au niveau de la bouche, comme si le défunt venait de rendre son dernier souffle.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>Le sort de l’âme après trépas</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">Le corps mort et l’âme extirpée, un périple attend cette dernière vers l’au-delà. Le relief encastré à l’extérieur du bras sud du transept de l’église Saint-Divitien de Saulgé de la deuxième moitié du XIIᵉ siècle invite à ne considérer que l’âme du défunt. Une inscription placée sur la bordure inférieure révèle l’identité du trépassé qui se nomme Ranulfe, noble descendant d’Agnès et dont on dit qu’il est élevé <em>ad</em> <em>astra</em> soit&nbsp;: vers les astres. L’écrit et l’image se répondent dans la mesure où l’âme figurée dans un encadrement en forme d’amande et les mains jointes est bel et bien emmenée vers les astres par des anges.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le corps reste alors sur terre et c’est l’âme qui monte vers les cieux, accompagnée d’anges comme pour celle de saint Hilaire. De plus, Il faut penser que ces monuments ne sont pas seulement destinés à se souvenir ou à se recueillir, mais ils enjoignent aussi à prier pour l’âme du défunt et cela afin d’être acteur de son salut. L’âme de Ranulfe n’est pas annoncée explicitement dans les astres, mais vers les astres, sous-entendu qu’elle n’a pas encore atteint sa destination et qu’il faut l’aider pour qu’elle atteigne l’au-delà. La prière d’un tiers doit alors la soutenir pour concrétiser cette séparation entre son corps matériel destiné à pourrir sur terre et son âme immatérielle destinée à atteindre des réalités spirituelles. Ce divorce n’est que temporaire et les deux entités se réuniront pour les siècles des siècles…</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/bas-relief-ranulf-cliche-personnel.jpeg" alt class="wp-image-36672" width="652" height="489" srcset="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/bas-relief-ranulf-cliche-personnel.jpeg 756w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/bas-relief-ranulf-cliche-personnel-300x225.jpeg 300w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/bas-relief-ranulf-cliche-personnel-80x60.jpeg 80w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/bas-relief-ranulf-cliche-personnel-650x488.jpeg 650w, https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2022/11/bas-relief-ranulf-cliche-personnel-150x113.jpeg 150w" sizes="(max-width: 652px) 100vw, 652px"><figcaption>Bas relief de Ranulf. Photo Damien Strzelecki.</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Ce bref panorama permet d’entrer dans la complexité des conceptions sur la mort et ses au-delà au Moyen Âge. Le pluriel est de mise dans la mesure où la mort entraîne un ensemble de préoccupations terrestres et corporelles (funérailles), spirituelles et animiques (prière pour l’âme). Du corps à l’âme, les croyances sur la mort et ses au-delà ou ce qui lui fait suite tant dans le traitement du corps que celui de l’âme sont complexes au Moyen Âge. Ces deux entités ontologiques ne sont pourtant pas traitables séparément, si l’âme se sépare de son corps à la mort du défunt, elle doit atteindre le Paradis dans l’attente de regagner et donner son nouveau souffle au corps lors du Jugement dernier. À défaut de prier pour leurs âmes, cela invite au souvenir de ces défunts qui continuent de survivre par le biais de leur monument, lesquels sont autant des objets patrimoniaux que des reflets d’une croyance complexe entourant la mort et la mémoire au Moyen Âge.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><strong>Bibliographie&nbsp;</strong><br>Danièle Alexandre-Bidon, <em>La mort au Moyen Âge. XIIIᵉ-XVIᵉ siècles</em>, Hachette, La vie quotidienne, 1998.<br><br>Caroline Walker Bynum, <em>The Resurrection of the Body in Western Christianity, 200‑1336</em>, Columbia University Press, 1995.<br><br>Maurice Godelier (dir.), <em>La Mort et ses au-delà</em>, CNRS Éditions, « Bibliothèque de l’Anthropologie », 2014.<br><br>Cécile Treffort, <em>L’Église carolingienne et la mort</em>, Presses Universitaires de Lyon, Collection d’histoire et d’archéologie médiévales, 1996.</p></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>Cet article a été réalisé lors d’un séminaire de médiation et d’écriture journalistique dans le cadre du master histoire de l’art, patrimoine et musées de l’université de Poitiers.</em></p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/nos-morts-en-effigie/">Nos morts, en effigie</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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		<title>Méfiez-vous du moine paillard</title>
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		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Jan 2022 09:58:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>D'où vient l'image et la figure du moine paillard ? Explications au Moyen Âge.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph"><strong>Par Tiennette Crochon</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Suite à la tentative de purification du clergé au <span class="smallcaps">xi</span><sup>e</sup> siècle, subsiste une forte proportion de clercs concubinaires adoptant le mode de vie des laïcs. Une vision du prêtre paillard, luxurieux et amoral s’exprime dans la littérature médiévale, parodiant le mode de vie de ces hommes d’Église.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading">Pourquoi être chaste ?&nbsp;</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Avoir une vie sexuelle au Moyen Âge c’est avant tout répondre aux règles que l’Église catholique a imposé aux occidentaux dès les premières heures de la religion. Les Pères de l’Église qui font l’éloge du mode de vie asexuel se situent dans la lignée de Saint Paul et de sa conception de la chasteté. Comme lui, ils exaltent la virginité et dépeignent la continence comme le sommet de la perfection chrétienne. L’apôtre écrit dans le premier épître aux Corinthiens vers 54 ap. J.-C. «Il est bon pour l’homme de s’abstenir de la femme» (I Cor, 7.1), mais «mieux vaut se marier que de brûler» (I Cor. 7,9). Ainsi, la morale chrétienne encourage à l’abstinence, mais tolère la sexualité régulée au sein d’un mariage célébré par l’Église. L’exigence de la pureté est pourtant un absolu difficilement atteignable et les penseurs de l’Antiquité tardive ont conscience du fait que la continence ne peut être adoptée par tous les chrétiens pour des raisons sociales évidentes. Le célibat est alors un honneur sans être une obligation mais devient au fil des siècles une nécessité.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces questions sont reprises au cours du mouvement de réforme dit «grégorien» au <span class="smallcaps">xi</span><sup>e</sup> siècle, du nom du pape Grégoire VII, initié avant son pontificat par les moines de Cluny qui dénoncent l’immoralité et les dérives du clergé de leur siècle. Cette lutte contre ce qu’on appelle le nicolaïsme constitue un combat chrétien contre l’incontinence des clercs et leur luxure. La raison de cette persévérance est la volonté de pureté rituelle de l’officiant ; cette idée veut que pour que les sacrements soient efficaces, ils soient effectués par une personne pure, donc chaste.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading">Une réalité en demi-teinte&nbsp;</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au long du Haut Moyen Âge, la continence est recommandée par la norme mais dans les faits elle n’est pas vraiment pratiquée. Cette nouvelle demande, même si elle a eu une résonance conséquente dans le monde canonique, n’est entrée que très difficilement en vigueur en réalité. C’est progressivement que le célibat ecclésiastique s’impose, sans jamais devenir un absolu.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Suite à cette tentative de purification du clergé catholique, la figure du prêtre fornicateur et voleur de femmes commence à prendre place dans l’imaginaire collectif. Malgré l’effort de réforme, la situation morale des clercs reste inégale en fonction des régions. Il est très fréquent de rencontrer dans les sources juridiques médiévales des exemples de prêtres qui vivent comme des laïcs, certains se délectant encore des joies de la chair. Il existe notamment des affaires concernant des maris cocus prompts à se venger et de nombreux cas de procès en Normandie et en Angleterre entre prêtres, femmes mariées et leur époux. Même si une forte proportion des clercs respectent dorénavant cet idéal, d’après l’historien Jacques Rossiaud dans son court ouvrage <em>Sexualités au Moyen Âge</em>, en moyenne 10 % d’entre eux persistent à adopter un mode de vie inadéquat.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir du <span class="smallcaps">xii</span><sup>e</sup> siècle dans les sources littéraires médiévales, ressort l’idée caricaturale que pouvait se faire le peuple du clerc, notamment à travers ces courts récits satiriques en vers que sont les fabliaux. Les traits du prêtre concubinaire y sont exagérés et il est important de faire le <em>distinguo </em>entre la réalité et dérisions littéraires qui ne reflètent pas forcément la situation morale du clergé médiéval. Les hommes d’Église vivent généralement au même titre que les laïcs une vie de famille classique, loin des dérives luxurieuses décriées dans les fabliaux. Si les communautés villageoises tolèrent dans l’ensemble le concubinage des prêtres elles n’hésitent pas à critiquer certains d’entre eux quand ils sont perçus comme des voleurs de femmes mariées où quand ils abandonnent eux même leur concubine. Cette transformation littéraire de la figure du prêtre en moine paillard s’oppose à l’image idéale de l’officiant des premiers siècles de l’Église, quand ils étaient des figures d’autorité spirituelle respectés. La littérature médiévale présente la sexualité des clercs dans l’unique optique idéalisatrice de la chasteté. Après le <span class="smallcaps">x</span><sup>e</sup> siècle, en particulier à l’époque féodale, ce point de vue se diversifie dans la littérature. Depuis souvent dénoncée dans les pénitentiels, un éclairage nouveau et contestataire apparait dans les fabliaux qui s’amusent par exemple à faire jurer les clercs sur leur virginité et non plus sur la bible.&nbsp;</p>



<h4 class="wp-block-heading">Du simple clerc concubinaire au véritable moine paillard&nbsp;</h4>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le fabliau <em>De Gombert et des deux clercs </em>de Jean Gaudel au <span class="smallcaps">xiii</span><sup>e</sup> siècle, on voit un pauvre homme dont la fille et la femme sont toutes les deux séduites par des religieux. L’un d’entre eux fait croire à l’épouse dans l’obscurité que c’est son mari qui partage sa couche. Morale de l’histoire : «Nul homme qui a une belle femme par nulle prière ne doit laisser un clerc passer la nuit dans sa maison.» Dans <em>Le Vilain de Bailleul</em>, un homme laid et bête se fait berner par son épouse. Elle et un curé lui font croire qu’il est mort et s’adonnent à des ébats amoureux devant le mari persuadé d’être décédé. L’image de l’ecclésiastique qui copule avec des prostituées est aussi souvent décriée, mais présente un moindre mal par rapport aux rapports avec une femme de bonne vie. La fornication passe généralement pour une faute mineure aux yeux de l’Église en France comme en Angleterre et n’est presque jamais punie d’excommunication. Clercs et moines sont des clients réguliers des étuves qui sont les bordels médiévaux et les patrons des maisons de prostitution sont souvent appelés des abbés. Tout cela prouve que les moqueries des récits prennent racine dans une certaine réalité de l’époque, bien qu’exagérée.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le contexte de rédaction des fabliaux, l’exigence de chasteté existe seulement depuis quelques décennies à a du mal à s’imposer au vu de la subsistance des clercs qui continuent de vivre de façon immorale. Toutefois, il est important de mettre en relief le peu de sources juridiques et littéraires qui témoignent des comportements outranciers de certains prêtres fornicateurs. Jusqu’à la fin du Moyen Âge il demeure des clercs concubinaires et incontinents avec soit une vie maritale tout à fait basique, soit une vie sexuelle déviante avec des prostituées et des femmes mariées, mais ce n’est en aucun cas une majorité.&nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Cet article a été réalisé lors d’un séminaire de médiation et d’écriture journalistique dans le cadre du master histoire de l’art, patrimoine et musées de l’université de Poitiers.</p></blockquote><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/mefiez-vous-du-moine-paillard/">Méfiez-vous du moine paillard</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
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