<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>curiosités - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
	<atom:link href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/themes/curiosites/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science</link>
	<description>La revue de la recherche, de l&#039;innovation, de la création et du patrimoine en Nouvelle-Aquitaine</description>
	<lastBuildDate>Mon, 18 Dec 2023 09:23:11 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9.4</generator>

<image>
	<url>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2020/09/cropped-favicon-32x32.png</url>
	<title>curiosités - L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</title>
	<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Dernier passage de Jean-François Mathé</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dernier-passage-de-jean-francois-mathe/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=dernier-passage-de-jean-francois-mathe</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dernier-passage-de-jean-francois-mathe/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Luc Terradillos]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Dec 2023 09:20:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Figures]]></category>
		<category><![CDATA[curiosités]]></category>
		<category><![CDATA[Emmanuel Hocquart]]></category>
		<category><![CDATA[Fernando Pessoa]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-François Mathé]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Philippe Jaccottet]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>
		<category><![CDATA[René Char]]></category>
		<category><![CDATA[Rimbault]]></category>
		<category><![CDATA[Rougerie]]></category>
		<category><![CDATA[Thouarsais]]></category>
		<category><![CDATA[université de Poitiers]]></category>
		<category><![CDATA[Xavier Person]]></category>
		<category><![CDATA[Yves Bonnefoy]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=37918</guid>

					<description><![CDATA[<p>Hommage au poète Jean-François Mathé (1950-2023) qui a sondé l’humanité jusqu’à l’os, avec une grande rigueur, sans tapage.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dernier-passage-de-jean-francois-mathe/">Dernier passage de Jean-François Mathé</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Jean-Luc Terradillos</strong></p>



<p>«J’adorerais ne laisser d’autre marque dans l’esprit des gens que celle d’un nuage minuscule, tel ceux qu’on aperçoit dans le ciel des tableaux de Magritte. Oui, il s’agirait de ne pas altérer la beauté du monde.» Ainsi s’exprimait dans nos pages (<em>L’Actualité</em>, n° 44) le poète Jean-François Mathé qui s’est éteint le 29 novembre 2023 chez lui dans le Thouarsais. Son petit nuage s’appelle <a href="https://www.editionsrougerie.fr/">Rougerie</a>, son premier et fidèle éditeur depuis 1973.</p>



<p>Né en 1950 à Fontgombault, Jean-François Mathé a suivi des études de lettres modernes et de philosophie à l’université de Poitiers avant d’enseigner en lycée, à Thouars.</p>



<p>En 2013, il a reçu le grand prix international de poésie Guillevic – Ville de Saint-Malo pour l’ensemble de son œuvre.</p>



<p>Les titres de ses recueils – une vingtaine – sont sobres et rigoureux comme sa poésie&nbsp;: <em>Contractions supplémentaires du cœur</em> (1987, Prix Antonin Artaud), <em>Passage sous silence</em> (1988), <em>Corde raide fil de l’eau </em>(1991), <em>Le Temps par moments</em> (1999, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=N0Zu7VjWqRo">Prix du livre en Poitou-Charentes</a>), <em>Le ciel passant</em> (2002, Prix Kowalski de la ville de Lyon), <em>Agrandissement des détails</em> (2007), <em>Ainsi va</em> (2022).</p>



<p>Ses derniers textes sont plus sombres. L’espace vital se rétrécit.</p>



<p><em>Vu, vécu, approuvé</em>, publié Le Silence qui roule en 2019, s’ouvre avec ce poème :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Je serre,<br>je resserre encore<br>et encore,<br><br>comme si je voulais<br>que ma vie<br>soit un fruit<br>tout entier entré<br>dans son noyau»</p>
</blockquote>



<p>La vie se retire à petit pas, aspirée&nbsp;; en demeurent le rythme et la délicatesse. Dans <em>Prendre et perdre</em> (Rougerie, 2018)&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«Je n’aime pas les voix<br>qui transpercent la neige<br>mais celles qui sont ses flocons<br>et chantent le ciel à la terre<br>qui seule entendra la chanson»</p>
</blockquote>



<p>En hommage à Jean-François Mathé, voici un entretien publié dans <em>L’Actualité Poitou-Charentes</em>, n° 44 (avril 1999). Un entretien mené par Xavier Person qui vient de publier <em>L’alligator albinos</em> chez Verticales.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Jean-François Mathé ou le passage des oiseaux</strong><strong></strong></h2>



<p><strong>L’Actualité. – Tout d’abord, pouvez-vous nous dire l’origine de votre désir d’écrire ?</strong></p>



<p><strong>Jean-François Mathé. –</strong> C’est un désir qui m’est venu en marge de ma scolarité. À l’adolescence. Dans sa forme la plus larmoyante et sentimentale tout d’abord. Mais le point de départ véritable se situe pour moi au moment de la lecture de <em>Capitale de la douleur</em> de Paul Eluard. J’y trouvai la révélation du fait que les mots pouvaient s’assembler dans une apparente absurdité. Dans une incongruité. Oui, cette lecture déclencha en moi une surprise, une stupéfaction, qui ne m’ont jamais quitté. Que par exemple on puisse écrire des vers tels que :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><em>Au plafond de la libellule</em><br><em>Un enfant fou s’est pendu</em></p>
</blockquote>



<p>Voilà qui ne laissait pas de m’étonner. À partir de là j’éprouvai une énorme curiosité pour ce que pouvaient signifier de tels assemblages de mots. Ce qui fait que j’ai continué à lire, à rechercher cet étonnement dans la poésie du <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle, essentiellement bien sûr dans le surréalisme.</p>



<p><strong>C’est une découverte liée à l’aventure de la modernité.</strong></p>



<p>Oui. Il s’agissait bien pour moi d’une poésie «postrimbaldienne». La poésie dite classique ne m’aurait pas attiré alors, elle m’aurait semblé n’être que de l’ordre du discours.</p>



<p><strong>Vous commenciez dès alors à écrire ?</strong></p>



<p>J’ai lu beaucoup de poètes du <span class="smallcaps">xx</span><sup>e</sup> siècle et à chaque fois, dans un cahier, je m’appliquai à écrire un poème «à la manière de». J’ai été un plagiaire. Je faisais mes gammes.</p>



<p><strong>Comment en êtes-vous venu à une écriture plus personnelle ?</strong></p>



<p>Ça s’est dégagé progressivement, au moment où je me suis aperçu que l’écriture me devenait nécessaire, non plus seulement en tant que forme, mais en tant que substance. Une écriture qui dégage ma substance.</p>



<p><strong>Un poète en particulier vous a‑t-il alors influencé ?</strong></p>



<p>La lecture de Philippe Jaccottet m’a beaucoup aidé. C’est quelqu’un qui pratique une poésie assez épurée. Son dépouillement m’a fait considérer comme artificielle toute idée de jeu en poésie. J’ai préféré opter alors pour un registre plus grave. Il y a eu aussi l’influence d’un Jacques Dupin. Bref, des poètes assez sévères, assez exigeants quant à la nécessaire adéquation entre l’écriture et l’expérience vécue. Il est clair en effet que je m’intéresse avant tout à une poésie qui aborde des questions relatives à l’être. Je ne suis pas, selon la terminologie d’Emmanuel Hocquard, un «poète grammairien». Mon désir d’écrire me porte vers un questionnement sur l’existence.</p>



<p><strong>On vous imagine une existence plutôt contemplative, recueillie. L’écriture vous a‑t-elle conduit à un certain choix de vie ?</strong></p>



<p>Oui. La poésie a introduit dans ma vie un grand dégoût de la comédie sociale. Elle m’a aidé à découvrir que l’essentiel est intérieur. Loin des gesticulations. Est-elle une cause ou une conséquence ? Je pense quand même que la poésie me permet de rester en retrait de la comédie sociale, tout en étant heureux. Elle m’apporte ma dose de méditation.</p>



<p><strong>Le thème de la transparence revient souvent dans vos textes :</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p><strong><em>Je me voudrais immobile</em></strong><br><strong><em>Vitre insensible</em></strong><br><strong><em>Entre voyage et maison</em></strong></p>
</blockquote>



<p><strong>Le poème n’est-il pas pour vous comme une vitre entre le dedans et le dehors ?</strong></p>



<p>Oui. Le poème est une vitre que ne fabriquent pas les vitriers. Grâce à lui, on peut voir du dehors vers le dedans et vice versa. Découvrir des paysages qu’on n’aurait pas imaginés. Mais dans ce motif de la transparence, il y a peut-être aussi un idéalisme mal digéré : ce souhait que tout aille mieux, qu’on puisse remédier à l’incommunicabilité, ménager des circulations entre l’intérieur et l’extérieur.</p>



<p>On pourrait penser à l’attitude d’une certaine mystique, qui tend à l’effacement. Mais il n’y a chez moi aucune dimension religieuse. Je me situerai plus dans la lignée de poètes comme René Char ou Yves Bonnefoy.</p>



<p>Je crois en fait que l’homme est actuellement inaccompli. Le seul dieu que l’homme pourrait mériter, c’est lui-même, en mieux. Il s’agit de se porter à l’extrême de soi-même.</p>



<p><strong>Dans ce motif de la transparence, c’est sans doute le rêve d’un poème où le réel se donnerait à voir en tant que tel, inaltéré.</strong></p>



<p>Oui. C’est une sorte de nostalgie de pureté, d’un accord idéal au monde qu’on ne viendrait pas souiller. Cela ne se fait pas par détermination cependant, mais par moments, par instants. Il ne s’agit pas pour moi de tenir un discours sur le monde. Mais simplement de capter ce qui s’offre dans l’instant. Pour l’essentiel, ma poésie parle de la précarité de tout. Il peut y avoir bonheur, mais éphémère, intermittent. «La vraie vie, c’est par moment», écrit Georges Perros. Il en va de même du poème réussi : l’impression d’avoir capté la vraie vie par moments.</p>



<p><strong>Pourriez-vous définir le poème réussi ?</strong></p>



<p>C’est difficile. Je suis plutôt quelqu’un d’intuitif. Un poème qui tient doit avoir avant tout sa solidité dans le langage. On peut le définir par la négative : un poème m’apparaîtra insuffisant dès lors que je m’apercevrai que je m’y suis laissé aller à l’épanchement. Un poème réussi pour moi est un objet de langage assez stylisé, assez coupant.</p>



<p><strong>«Plusieurs lisent, écrivez-vous, mais c’est à l’envers de leur peau que ce qu’ils cherchent est écrit : à soi-même toujours, on est livre fermé.»</strong></p>



<p>La poésie exprime une sorte de mission impossible. Elle est volonté de connaître l’intérieur, espoir de capter le dehors. Mais il ne s’agit que d’une connaissance instantanée. Le poème, c’est la tentative et, nécessairement, la déception.</p>



<p><strong>«Il n’y a plus qu’à disparaître, visage et pays saisi par la clarté […]» : il y a bien là quelque chose d’extatique.</strong></p>



<p>C’est peut-être un désir de mort au fond, ce désir de s’effacer. Le phénomène de disparition de l’être n’est pas pour moi quelque chose de négatif. Est-ce que le monde n’est pas plus vrai quand on n’est pas là pour en parler ? «Passe, oiseau, passe, et enseigne-moi à passer !», écrit Fernando Pessoa. Je préfère les êtres qui passent, qui ne marquent pas. Avant tout, j’aime la figure du passant. Il ne marque que par le passage, non pas par une possession. J’adorerais ne laisser d’autre marque dans l’esprit des gens que celle d’un nuage minuscule, tel ceux qu’on aperçoit dans le ciel des tableaux de Magritte. Oui, il s’agirait de ne pas altérer la beauté du monde.</p>



<p><strong>Il est clair que les ciels reviennent souvent dans votre poésie, comme nostalgie, comme «appel du vertige».</strong></p>



<p>Quand je parle de beauté du monde, je pense surtout aux grands éléments : la mer, le ciel. Et à cette espèce de conflit, entre l’être humain et ces grands éléments. J’adore la perfection du ciel. Je déteste l’idée d’enracinement, d’attachement. Je ne suis pas l’homme du pays. Je crois que c’est ce que signifie le désir de transparence : une métaphore du refus de posséder un lieu et d’être possédé par lui.</p>



<p><strong>Vous vivez dans un village du Thouarsais, est-ce vraiment malgré vous ?</strong></p>



<p>Il y des raisons familiales et professionnelles à ce choix. Et c’est le choix de la campagne avant tout, pour ses silences, pour le ciel plus vaste ici, aperçu autrement qu’entre deux toits. Mais je ne suis pas un campagnard, dans mon jardin je ne fais que détruire : je tonds, je taille, je désherbe. Il ne s’agit pas pour moi de m’inscrire dans le paysage, mais d’y trouver un certain détachement, loin des bruits, du mouvement.</p>



<p><strong>Vous évoquez dans un poème le fait d’avoir «[…] choisi d’habiter là où une colline monte devant les yeux».</strong></p>



<p>Cette colline s’élève en fait derrière chez moi. Elle fait que notre maison est la première du village à perdre le soleil. On est les premiers à l’ombre. C’est une idée qui ne me déplaît pas, cet apprentissage de son propre crépuscule.</p>



<p>Je voudrais tout de même ajouter que si je n’ai pas à proprement parler «choisi» ce lieu, il me convient parfaitement. C’est une région de beaucoup de ciel, de beaucoup de vent. Une région glissante, de peu d’enracinement. On y éprouve une sensation d’ouverture sur les éléments, mais sans que cela soit spectaculaire. L’influence océanique marque le ciel. J’aime beaucoup ces passages de lumière quand on va du Poitou vers la Charente. Beaucoup plus que dans mon Berry natal, où les haies viennent clore le paysage, j’éprouve ici une sensation d’ouverture. Les variations du ciel y sont très subtiles, entre nuages et éclaircies. On y peut bien voir que tout n’est que passage.</p><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dernier-passage-de-jean-francois-mathe/">Dernier passage de Jean-François Mathé</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/dernier-passage-de-jean-francois-mathe/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Lesson de voyage</title>
		<link>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/lesson-de-voyage/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=lesson-de-voyage</link>
					<comments>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/lesson-de-voyage/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[administrateur]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Sep 2021 09:24:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Bibliodiversité]]></category>
		<category><![CDATA[Alberto Manguel]]></category>
		<category><![CDATA[Argentine]]></category>
		<category><![CDATA[bibliothèque]]></category>
		<category><![CDATA[cabinet de curiosités]]></category>
		<category><![CDATA[Corderie royale]]></category>
		<category><![CDATA[curiosités]]></category>
		<category><![CDATA[frères Lesson]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Rochefort]]></category>
		<category><![CDATA[voyage]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/?p=34378</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un manuscrit inédit conservé à la bibliothèque municipale de Rochefort : le voyage de Pierre-Adolphe Lesson, chirurgien de marine à bord du Pylade, brick de guerre parti de Rochefort en 1739 pour participer au blocus de Rio de la Plata.</p>
<p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/lesson-de-voyage/">Lesson de voyage</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Du 21 au 23 octobre 2021 se tient à Poitiers un colloque avec Alberto Manguel à propos de son œuvre d’écrivain et de lecteur.&nbsp;<em>L’Actualité Nouvelle-Aquitaine&nbsp;</em>propose à cette occasion de publier au gré des semaines les articles de l’écrivain parus dans ses précédentes éditions. Le colloque est organisé par le laboratoire FoReLLIS, université de Poitiers, équipe&nbsp;B2&nbsp;« Histoire et poétique des genres », programme « La lecture et les genres » (Alain Bègue, Séverine Denieul, Charlotte Krauss, Pierre Loubier et Antonia Zagamé). Pour consulter le programme des trois journées :&nbsp;<a href="https://emf.fr/ec3_event/alberto-manguel-ecrivain-lecteur-la-lecture-le-livre-la-bibliotheque/">Alberto Manguel, écrivain lecteur. La lecture, le livre, la bibliothèque</a>.</p></blockquote>



<p><strong>Par Alberto Manguel Photos Marc Deneyer</strong><br><strong>Traduit de l’anglais par Christine Le Bœuf</strong></p>



<p>Au nombre des éléments qui confèrent son identité à une bibliothèque (l’importance et la singularité de ses collections, l’architecture qui les abrite, son histoire anecdotique), il faut compter la personnalité de ses donateurs qui, dans certains cas, hante les lieux de façon particulière. Raisons d’État et considérations financières façonnent une librairie d’une certaine manière, si bien qu’elle acquiert souvent le statut d’un monument, mais celui-ci peut être supplanté à l’occasion par des intrusions généreuses ou intéressées qui, tels des coucous bien intentionnés, viennent nicher au cœur de leurs livres. Une bibliothèque est parfois définie par une donation fortuite plus que par ses collections personnelles. Tel est le cas de la bibliothèque municipale de Rochefort.</p>



<p>La bibliothèque municipale (d’abord communale) de Rochefort est née d’ouvrages confisqués aux religieux par la Révolution française, auxquels vinrent bientôt s’ajouter plusieurs bibliothèques privées saisies chez des aristocrates émigrés. Les livres furent remis entre les mains de trois érudits qui, à leur tour, les répartirent entre des institutions distinctes&nbsp;: les livres sur la navigation et la science donnèrent naissance à la bibliothèque de la marine, les ouvrages de médecine à la bibliothèque de l’hôpital maritime et le reste fut alloué à la bibliothèque municipale. Mais ce ne fut pas avant 1835 que celle-ci bénéficia d’un catalogage efficace (effectué par un professeur de rhétorique, un certain M. Dubois) et qu’environ six mille volumes trouvèrent sur les rayonnages la place qui leur convenait. En 1988, la place devenant insuffisante pour les collections spectaculairement accrues, la bibliothèque fut transférée à la Corderie royale, une ancienne fabrique dont le bâtiment magnifique couvre une surface de quelque trois mille mètres carrés, où elle est désormais logée.</p>



<p>La bibliothèque grandit, surtout durant les dernières décennies du <span class="smallcaps">xix</span><sup>e</sup> siècle et les premières du suivant, incorporant à son trésor toutes sortes de textes et d’objets (non seulement des livres, des journaux et diverses babioles, mais encore des cartes, des gravures, des animaux naturalisés, des armes et des curiosités), sans principe directeur particulier, faisant preuve d’une bienheureuse curiosité à l’égard de tout ce que ses différents donateurs étaient disposés à lui offrir.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Vif intérêt pour toutes choses</h4>



<p>L’une des plus caractéristiques de ces nouvelles collections éclectiques fut la donation effectuée, en 1888, de quelque deux mille volumes ainsi que d’un abondant bric-à-brac, dont trois têtes humaines tatouées provenant de Nouvelle Zélande<sup>1</sup>, par les frères Lesson, docteurs en médecine et navigateurs, tous deux originaires de Rochefort. René-Primevère était né en 1794&nbsp;; son cadet Pierre-Adolphe en 1804. Les deux frères étaient fascinés par les sciences naturelles, la recherche pharmaceutique et l’exploration géographique. Tous deux voyagèrent dans le monde entier, observèrent, collectionnèrent et écrivirent, et ils semblent tous deux avoir éprouvé le plus vif intérêt pour à peu près toutes choses. De leurs seuls voyages dans les mers du Sud, Pierre-Adolphe et René-Primevère ramenèrent des manuels d’ethnologie, des anthologies de légendes de ces régions, des dictionnaires en tahitien, en fidjien, en maori, en hawaïen et en samoan, des livres traduits dans ces langues, tels que les <em>Évangiles traduits en tahitien</em>, des grammaires et des almanachs en langues indigènes et, bien sûr, des écrits de voyage. Leur époque marquait la fin de l’âge d’or du voyage, c’était un temps où, le monde entier se trouvant désormais, à quelques exceptions près, cartographié au bénéfice de la race européenne, les éditeurs avaient commencé à abreuver un public avide d’aventures d’un volume après l’autre de voyages imaginaires. La série <em>best-seller</em> en trente-six volumes des <em>Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques</em> avait été lancée en 1787–1789 par l’audacieux Charles Garnier à Amsterdam et à Paris&nbsp;; une quarantaine d’années plus tard, Hetzel allait publier le premier des romans de Jules Verne, où se trouvaient combinés le fantastique et une géographie respectueuse de la réalité. Mais les frères Lesson ne se contentèrent pas de collectionner des ouvrages relatifs au monde connu&nbsp;; ils en écrivirent aussi, et la bibliothèque municipale de Rochefort conserve plusieurs de leurs manuscrits inédits. Des livres sur la botanique, l’anthropologie, la taxidermie, la mythologie, la médecine, la linguistique, les événements historiques et (naturellement) les voyages furent le résultat de leur insatiable soif de connaissance, même si leurs travaux n’aboutirent pas toujours à des traités valables (de la <em>Flore de l’Ouest de la France</em>, de René-Primevère, voici ce que déclara le botaniste anglais James Lloyd&nbsp;: «Cet ouvrage n’est pas conçu d’une manière qui en permette l’usage»). L’exactitude des faits ou la confirmation d’une théorie présentaient aux yeux des deux frères moins d’importance que l’accumulation de données, si peu fiables ou improbables fussent-elles&nbsp;; ils attachaient plus de prix à la quantité qu’à la qualité. René-Primevère, par exemple, se considérait comme un acquéreur insouciant et doué du savoir et se fiait à ses talents naturels. «Dès mes plus jeunes années, confia-t-il, j’ai été dévoré par la soif d’apprendre, et je lisais tout ce qui me tombait sous la main, ma mémoire était tellement heureuse que je pouvais retenir la matière de plusieurs volumes après huit jours de lecture attentive.» On pouvait certainement en dire autant de son frère.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/09/deneyer_bm_rochefort_portrait_lesson_r__10002-1a-886x1024.jpg" alt class="wp-image-34380" width="420" height="485"><figcaption>Portrait de Pierre-Adolphe Lesson conservé à la bibliothèque municipale de Rochefort.</figcaption></figure>



<p>Et pourtant, à côté de la masse d’informations douteuses réunies par eux, on trouve d’extraordinaires témoignages, de la main des deux frères, à propos de certains détails essentiels de l’histoire de ces régions lointaines, détails de l’importance desquels ils ne peuvent avoir eu qu’une vague intuition. Il en existe de nombreux exemples dispersés çà et là dans leurs écrits&nbsp;: on peut en trouver dans leurs descriptions de la Polynésie, dans celles des installations supposées des Maoris dans le Pacifique, ou même dans leurs évocations de croyances et coutumes populaires en Poitou-Charentes. Mais il peut être intéressant de choisir un exemple plus surprenant encore de l’étendue de la curiosité des Lesson. Il apparaît dans le journal de voyage que tint Pierre-Adolphe à bord du <em>Pylade</em>, sur lequel il embarqua en qualité de chirurgien de première classe le 28 janvier 1839. Le <em>Pylade</em>, un «brick de guerre de vingt canons», était destiné à prendre part au blocus de Rio de la Plata et, de là, à faire voile vers les mers du Sud, d’où il devait revenir, avec à son bord son valeureux chirurgien, trois ans plus tard, le 28 avril 1842.</p>



<p>René-Primevère avait écrit (et, là encore, son frère Pierre-Adophe faisait écho à ce sentiment) que voyager était la meilleure de toutes les écoles. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-style-large is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«Un voyage autour du monde&nbsp;! Ces mots magiques ébranlent toutes mes idées&nbsp;; le vœu le plus ardent de mon cœur est donc accompli. Que d’illusions, que d’idées fausses puisées dans les livres vont cependant disparaître, usées par l’expérience des choses.» </p></blockquote>



<p>L’expérience des choses&nbsp;: c’est là ce que Pierre-Adophe (à l’instar de son frère René-Primevère lors d’autres voyages) allait découvrir à l’occasion de son voyage à bord du <em>Pylade</em>.</p>



<p>Le <em>Pylade</em> entra dans le Rio de la Plata en 1839, au cours de l’été de l’hémisphère sud. À ce moment-là, l’Argentine était depuis plusieurs dizaines d’années aux mains du dictateur Juan Manuel de Rosas qui, d’abord en tant que gouverneur de la province de Buenos Aires et ensuite à la tête du pays entier de 1835 à 1852, avait établi un système de gouvernement fédéral, expulsant les «Unitaires», qui avaient pour alliés les puissances européennes. Pour des raisons peut-être en partie humanitaires (le gouvernement de Rosas fut l’un des premiers d’une longue histoire de dictatures sanguinaires dans le sous-continent) mais surtout politiques et économiques, la France soutenait les rebelles unitaires qui s’étaient réfugiés sur la rive opposée du Rio de la Plata, en Uruguay. Dans l’intention de contrôler tout le commerce à partir du siège du gouvernement à Buenos Aires, Rosas avait interdit l’importation de grain et de farine en provenance de l’étranger&nbsp;; en réaction, mais sans aller jusqu’à déclarer la guerre, la France institua le blocus du port de Buenos Aires. Telles sont les circonstances dans lesquelles Pierre-Adolphe Lesson posa pour la première fois le pied en territoire argentin.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/09/deneyer_bm_rochefort_ms_pylade_10003-12a_2-971x1024.jpg" alt class="wp-image-34379" width="650" height="685"><figcaption>La première page du manuscrit du <em>Pèlerinage de Pylade</em> de Pierre-Adolphe Lesson (4 vol. CGM 64–67, Inv. 8131–34).</figcaption></figure>



<h4 class="wp-block-heading">De Montevideo à la Terre de Feu</h4>



<p>De son écriture claire et fleurie, Pierre-Adolphe raconta dans son journal les longues semaines de son séjour sud-américain. Ancré d’abord à Montevideo, puis à Quilmes, ensuite à Buenos Aires et enfin de nouveau à Montevideo, avant de reprendre la mer en direction de la Terre de Feu, le <em>Pylade</em> offrait à Pierre-Adolphe un poste d’observation d’où il lui était possible d’examiner tout ce qui lui tombait sous les yeux. Cet étonnant polyglotte, qui avait déjà tenté de maîtriser les langages polynésiens compliqués, étudia seul l’espagnol et acquit en peu de temps une aisance qui lui permettait d’écouter et de noter les conversations et les discours des indigènes <em>rioplatenses</em>, ainsi que de lire et de transcrire toutes sortes de documents et de se tenir au courant des nouvelles dans les journaux locaux.</p>



<p>Peut-être est-ce au fait même que Pierre-Adolphe fût dépourvu de toute formation académique en histoire, en anthropologie, en ethnographie ou en linguistique qu’il devait la fraîcheur de son regard et de son écoute face aux réalités du Nouveau Monde. Le hasard veut que, quelque huit ans plus tôt, Charles Darwin était arrivé en Amérique du Sud à bord du <em>Beagle</em>, et il est intéressant de comparer avec celles de Pierre-Alphonse les descriptions que fit Darwin des gens et des paysages (ainsi que de la politique de la dictature de Rosas). Chez Darwin, c’est manifestement le flair du naturaliste qui domine, l’intérêt scientifique qui le porte à collectionner des spécimens botaniques, minéraux et animaux&nbsp;; pour Pierre-Alphonse, presque tout, humain ou pas, offre un intérêt et il prend note de ses observations, détail par détail, avec la patience de l’Ange greffier.</p>



<p>Au nombre des abondants exemples de la vaste curiosité de Pierre-Adolphe se trouve un poème en espagnol sur lequel il est tombé par hasard dans un journal daté du 25 mai 1839 (date du vingt-neuvième anniversaire de l’indépendance de l’Argentine par rapport à l’Espagne), et qu’il a transcrit sous l’intitulé «Extrait du <em>Grito Argentino</em>», en précisant que cette «marche patriotique» avait été composée par un certain D<sup>r</sup> Vincent (Vicente) López. Bien qu’on ne chantât pas officiellement cette marche sous le gouvernement de Rosas, le poème de López avait été adopté en 1813 par l’Assemblée nationale en tant que paroles de l’hymne national argentin. Pierre-Adolphe ne se borna pas à en faire une simple transcription. Il commenta le style et la portée du poème, ainsi que son importance au regard de la politique de Rosas, et ajouta même des éléments supplémentaires glanés dans un journal d’opposition paraissant en Uruguay, lesquels consistaient en dialogues satiriques, d’autres chants patriotiques (avec leur traduction française) et des descriptions rapportées, avec explications détaillées, de dessins humoristiques et de caricatures du tyran. Il transcrivit également des sections de la <em>Gaceta mercantil</em> de Buenos Aires, un journal fidèle à Rosas, en prenant bonne note de l’épigraphe&nbsp;: «Vivan los federales, mueran los salvages (sic) unitarios y sus aliados los franceses» («Vivent les fédéraux, mort aux sauvages unitaires et à leurs alliés les Français»). Et tout cela n’est qu’un exemple entre tous ceux qui constituent le journal de Pierre-Adolphe, un journal qu’il continua de rédiger avec une inlassable énergie au long des mois que dura encore le périple du <em>Pylade</em>.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/wp-content/uploads/2021/09/deneyer_bm_rochefort_ms_el_grito_10002-4a_2-1024x793.jpg" alt class="wp-image-34382" width="728" height="563"><figcaption><em>El Grito argentino</em>, copié par Pierre-Adolphe Lesson en 1839. Ce poème de Vicente Lopez est devenu l’hymne national argentin.</figcaption></figure>



<p>Pierre-Adolphe écrivit son journal en plusieurs volumes qu’il transcrivit et corrigea ensuite avec soin en quatre tomes reliés, avec l’intention manifeste de les publier. Cela ne se fit jamais. A l’instar de tant de leurs pareils, le journal et ses observations éclectiques attendent patiemment, sur les rayonnages de la bibliothèque municipale de Rochefort, l’érudit curieux qui les sauvera de l’oubli et leur conférera la modeste immortalité que leur auteur espérait de l’impression.</p>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>1. Ces têtes ne se trouvent plus aujourd’hui à la bibliothèque.</p></blockquote>



<blockquote class="wp-block-quote ensavoirplus is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>Les éditions Atlantique ont fait paraître&nbsp;<a href="https://editionsatlantique.com/index.php?id_product=38&amp;controller=product">La Perle d’Estrémadure. Une histoire de l’île de Ré</a>, par Alberto Manguel avec les photographies de Thierry Girard.&nbsp;</p></blockquote>
<p></p><div class="qnimate-post-series-post-content"><div>Cet article fait partie du dossier <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/post-series/alberto-manguel-ecrivain-lecteur/">Alberto Manguel, écrivain lecteur.</a>.</div></div><p>The post <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/lesson-de-voyage/">Lesson de voyage</a> first appeared on <a href="https://actualite.nouvelle-aquitaine.science">L'Actualité Nouvelle-Aquitaine — science et culture, innovation</a>.</p>]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://actualite.nouvelle-aquitaine.science/lesson-de-voyage/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
