Paul Lévy - L’impossible parachutage

Paul Lévy, historien et ancien maire de Lessac en Charente. Photo Jean-Luc Terradillos.

Par Héloïse Morel

« Notre adolescence a été marquée par la guerre d’Algérie et puis par mai 68. À cette période, je terminais mon diplôme d’histoire à Nanterre. J’allais aux réunions et progressivement je me suis engagé dans les défilés. » Ainsi, lors du colloque organisé par l’université de Poitiers sur François Mitterrand et les territoires, l’historien et socialiste Paul Lévy raconte son entrée en politique. Ami de Pierre Mauroy, il approche d’abord le Ceres (Centre d’études et de recherches socialistes) dirigé par Jean-Pierre Chevènement. « C’était un groupe d’amis rassemblés autour de Mauroy et destiné à l’aider à prendre le contrôle de la SFIO et à participer à sa rénovation. » Finalement, après les congrès d’Alfortville puis d’Épinay, la SFIO et les groupes satellites rejoignent le Parti socialiste. 1972 voit la signature du Programme commun avec les communistes. Paul Lévy suit le mouvement.

La 3e circonscription de la Sarthe

« Lors d’une réunion, Pierre Mauroy et Roger Fajardie me proposent la 2e ou 3e circonscription de la Sarthe. Je leur réponds que je sais où se trouve la Sarthe, je connais les rillettes, le Tour de France par deux enfants, également. “Sincèrement, je vais être parachuté, sans comité d’accueil. J’ai de la famille dans la 3e circonscription de la Charente vers Confolens.” Mitterrand se tourne alors vers Fajardie : “C’est bien là qu’il y a un élu communiste bien implanté ?” et Fajardie de répondre “oui… mais que va-t-il faire dans cette galère ?!” J’étais devenu fou pour eux mais ils m’ont donné la 3e circonscription de la Charente. » Le fief était effectivement celui du communiste André Soury, le mouvement des réformateurs était aussi bien implanté.

Soutenu par l’arrière-garde mitterrandienne, Paul Lévy fait ses premières armes, allant de canton en canton, faisant du porte-à-porte. « Une campagne électorale dans cette région, 15 jours c’est 50 litres de pineau ! Et pas du pineau de Jérôme Royer, c’est-à-dire de qualité, mais du pineau fabriqué sur place par l’agriculteur du coin. C’était dur ! Un journaliste de Sud-Ouest m’avait suivi et avait titré l’article me concernant : Le pèlerin du socialisme. » Les verres de pineau ont payé, puisque Paul Lévy est élu en 1976 à la mairie de Lessac.

Rêveries en Charente

Avant d’être élu, Paul Lévy demande le soutien de François Mitterrand. « En 1976, je vais le voir et nous évoquons la situation en Charente et fixons une date : le 15 juin. Je vais le chercher à l’aéroport de Limoges, sur la route pas d’église du XIIe siècle. Mais nous traversons la ville de Saint-Junien, il voit le panneau “site Corot” – c’est là où il a peint une toile. Mitterrand demande à ce que nous nous arrêtions. Le site Corot, c’est la Glane, un ruisseau. Il reste là une demi-heure, il va d’un arbre à l’autre, regarde le ruisseau couler, et moi je regardais ma montre ! Nous sommes arrivés en retard à Confolens où 1 500 personnes nous attendaient sous le marché couvert. C’était l’événement, car il était connu. Tout le monde applaudissait, excepté un tiers de la salle. Une partie de la droite était venu l’écouter. Avant de partir, il déclare à Jean Pronteau, ancien député communiste à la Libération, passé au PS : “Finalement, ma première visite officielle en Charente, je l’aurai faite par la porte du Nord.”»

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